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PRECIS
LA GÉOGRAPHIE
UNIVERSELLE.
TOME VIII.
PRECIS
DE LA
GÉOGRAPHIE
UNIVERSELLE^ ...
OU :
»ESGRIPlIO]V DE TOUTES LES PARTIES DU MONDE
SUR UN PLAN NOUVEAU,
d'après les grandes divisions naturelles du globe ;
rSBCBDBB
DE L^HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE CHEZ LES PEUPLES ANCIENS ET ftlODEaNKS,
ET D^UNE THÉORIE GENERALE DE LA GÉOGRAPHIE MATUBMATlv{UK,
PHYSIQUE ET POLITIQUE;
ACCONFACIIBB
Ue CARTBfl, DB TABLBAUX AlfALTTIQUBS , STKOFTIQUBS , STATUTIQCB5 BT KLKMBNTAIBKt ,
Br d'vKB TABCB ALFHABBriQUB DBS NOMS DB LIBUX, DB MOHTAOHB8 , DB BITtîtllB* , elc.
PAR MALTE-BRUN,
NOUVEIiIiE lÊDITIOW ,
Revue, corrigée, mise dans uo nouvel ordre, et augmcnCée ' ■■ ' ^-- -A ^ I
de toutes les nouvelles découvertes, ,
■ :te ,
|ïor iîl. J.-J.-n. I^uot,
ltrm)>re de plusieurs Sociétés savantes , nationale*» rt étrangères ; continuateur de ret ourrjge,
ft l'un de» collaborateurs de rEucyclopédic nictiiodiquc et de l'Kncvclupéilie modenic , etc.
TOME HUITIÈME.
DEScRipTion ne l'aste occidentale.
PARIS,
AIMÉ ANDRÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR..
RUK CHRISTINE , K» I .
V* LE NORMANT, RUE UE SEINE, N' K.
1835.
PRECIS
DE LA
GÉOGRAPHIE
UNIVERSELLE^ :.:...
OU '
DESGRIPIIOIV DE TOUTES LES PARTIES DU MONDE
SUR UN PLAN NOUVEAU,
d'après les grandes divisions naturelles du globe ;
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PE L^UISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE CHEZ LES PEUPLES ANCIENS ET MODERNES,
ET d'aune THEORIE GENERALE DE LA GEOGRAPHIE MATUBMATlv{UK,
PHYSIQUE ET POLITIQUE;
ACCOMPACIIBB
lie CARTB5, DS TABLBAUX AlfALTTIQVBS , STKOFTIQUBS , STATUTIQUBS ET ELKMBNTA1BK5 ,
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PAR MALTE-BRUN,
NOUVEIiIiE ÉDITIOW ,
Revue, corrigée, mise dans UD nouvel ordre, et augmcnCée - ' ' ^ '' i ^/ /
de toutes les uouvelles découvertes,
par Û\. J.-J.-n. I^uot,
M<*iulire de plusieurs Sociétés savuutes , nationales ot ét^ang^res ; continuateur de cet nurrjge,
et l'un de» col lalio rate urfc de rEncjrclopédic niétliodic|uc et de l'Kucjrclopédie iiiodonie , ei(>.
TOME HUITIÈME.
DESCRIPTION DE LASTE OCCIDENTALE.
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1835.
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AVERTISSEMENT
DU CONTINUATEUR
SUR CE HUITIÈME VOLUME.
La. description de l'Asie, telle qu'elle était connue
en 1 8 1 1 , époque à laquelle elle parut dans ce Précis ,
est si différente de ce que l'on sait aujourd'hui sur
cette antique et importante partie du globe, que
nous avons dû nous résoudre , d'après les conseils de
MM. Klaproth , Reinaud et d'autres savans dont les
lumières nous ont été si utiles, à refaire presque en-
tièrement tout ce qui concerne les régions que nous
offrons dans ce volume , et à être extrêmement sé-
vère sur le choix 4es passages du texte de Malte-
Brun qui pouvaient être conservés. Nos additions et
nos changemens sont tellement nombreux , que plus
des deux tiers du volume nous appartiennent.
Nous avons consulté non-seulement des ouvrages
que Malte-Brun n'avait pu connaître et les publica-
tions les plus récentes, mais aussi plusieurs voyageurs
et savans distingués. Les voyages de M. Fontanier
et de M. Schulze , dans la Turquie d'Asie ; ceux
de M. Botta et de M. J. Buckingham dans la Syrie
et la Palestine; ceux de J. Burckhardt, de M. Riip-
pell et de MM. L. de Laborde et Linant dans TArabie;
ceux de M. A. Jaubert, de M. Ker-Porter*, de Moi ier,
d'Ouseley, de Johnson, de Rinneir en Perse, et le
VI AVERTISSEMENT DU COITTINUATEUR.
Mémoire de M. de Hammer sur ce royaume; les
voyages de Pottinger et Christié; de M. Burnes, de
Mountstuart-Elphinstone , chez les Afghans ; de
G. de Meyendorff , de M. Mouraviev, de M. de Hum-
boldt dans leTurkestan; et plusieurs autres ouvrages
plus ou moins récens , tels que les nombreux Mé-
moires de M. Klaproth sur cette partie de l'Asie,
nous ont offert une foule de matériaux. Mais nous
avons dû en user avec modération, pour ne point
dépasser les bornes que nous nous sommes imposées
dans ce Précis.
Les conseils de plusieurs autres savans nous ont
encore été d'un grand secours : ainsi un voyageur
français, M. de Rienzi, qui a passe de longues années
en Asie, et qui en est revenu tout récemment, a pu
nous donner quelques détails sur l'Arabie; et
M. Jouannin, premier secrétaire interprète du roi, a
bien voulu jeter un coup d'œil sin* notre description
de la Perse, pays qu'il a parcouru et dont il connaît
si bien les mœurs, la langue, les resso4irces et la
civilisation.
--^•P^^
PRECIS
n E
LA GÉOGRAPHIE
DNIVERSELLE.
ao>o»»oo»0i00.ooooa»ooo^o»»oo'00»oo»o<»o»oo«ox«<«o»»ooooooa<
LIVRE CENT VINGT-UNIÈME.
Description de l'Asie. — Gëndralitës sur cette partie du Monde.
•—Montagnes, fleuves, mers et golfes. — Tempe'rature. -^Pro-
ductions. — Habitans. — État civil et politique.
« Rien ne prouve que les anciens peuples asiatiques aient
reconnu ces grandes divisions du globe que nous appelons
parties du monde, ni qu'ils aient désigné celle où ils de-
meuraient sous le nom diAsie. La conjecturée du savant
Bocharty d après laquelle ce nom viendrait d'un mot hé-
breu ou phénicien (i) , qui dénote le milieu^ n'a donc aucun
fondement historique. 11 faut en dire autant des spécula-
tions de quelques étymologistes sur le rapport mystérieux
qui semble exister entre le nom de l'Asie et le mot As^ par
lequel plusieurs nations européennes désignent en général
une divinité (^). Tenons-nous à des faits certains : le nom
d'Asie désignait, selon Hoînère, Hérodote et Euripide (3) ,
une contrée de la Lydie qu'arrosait le Caystre, et où même
•
(0 Bochart, Pîialeg,, IV, c. 33. — (») Comp. Bayéi'y Comment. Pe-
tropolit. V, 334. — W Voyez notre vol. I, pag. 4^ ; ajoutt'Z Eiuip.
Bacch». y. G4.
VllI. 1
a LIVRE CENT VINGT-CNIEME.
des géographes d'un âge postérieur connaissuient une tribu
A'Asiones et une ville A'j4sta. XI paraît naturel que les Grecs
aient étendu peu à peu ce nom d'une seule province à
toute l'Asie mineure , et ensuite aux autres contrées orien-
tales , à mesure qu'ils en eurent connaissance. C'est ainsi
que les Français ont étendu à toute la Germanie le nom
du duché A' Allemagne ; c'est ainsi que l'ancien canton
A'fla/ia, resserré dans un coin de la Calabre, a donné son
nom à la grande péninsule dont il ne formait qu'une por-
tion peu considérable.
■ Les limites de l'Asie sont en partie naturelles et con-
stantes, en partie susceptibles d'être contestées. Au sud-
ouest, le détroit de Babel-Mandeb et le golfe d'Arable la
séparent de l'Afrique , k laquelle l'Isthme de Suez la rattache
sur un seul point. Vers l'occident, la mer Méditerranée,
l'Archipel , les détroits des Dardanelles et de Constanti-
nople , la mer Noire et le détroit de Caffa , forment la sé-
paration de l'Asie et de l'Europe ; mais depuis le détroit de
Caffa ou K.efa jusqu'à celui de Vaïgatch , près de la Nou-
▼elle-Zemble ou Nouvelle-Zemlé, la frontière devient in-
certaine. On suit communément l'opinion de la plupart des
anciens, qui regardaient le Tanaïs, aujourd'hui le Don,
comme la limite naturelle des deux parties du monde ; mais
le cours tortueux de ce fleuve, dont les anciens n'avaient
que des idées vagues, a conduit les géographes dans un
labyrinthe d'opniions contradictoires!')- Les uns ont tiré
une ligne de l'embouchure du Don à celle de la Dvina,
dans la mer Blanche ; les autres ont dirigé cette ligne sur
l'embouchure de l'Obi j l'un et l'autre système n'a pour
base que le bon plaisir de ceux qui les ont proposés. Les
académiciens de Pétersbourg ont enfin démontré le prin-
cipe désormais Incontestable , que la chaîne des monts
Cl Vojnx le« cirlci <le Sanmn . ,\e DelisU, tV llommm , ric.
ASIE : Généralités. H
Ourals ou Ouralieos marque la sépai-aùon naturelle de l'Eu-
rope et de l'Asie septentrionale. Déterminé à lier cette
limite, aujourd'liui gcnéralemenl adoptée, avec les droits
imaginaires iju'un ancien préjugé accordait au fleuve Ta-
naïs , le savant Pallas a essayé de tracer une ligne de dé-
marcation qui, en suivant le contour do ces vastes plaines
«alines dont la mer Caspienne est bordée au nord , laisse
en Asie les gouvernemens russes d'Orenbourg et d'Astra-
khan, et, franchissant le Volga à Tzaritsyne, vient se con-
fondre avec le Don (']. Cet arrangement de Pallas offre
l'inconvénient de partager le cours d'un grand fleuve entre
deux parties du monde, et de ne se rapporter en général
qu'à des circonstances naturelles, à la vérité, mais trop
peu marquantes pour avoir de l'influence sur la géo-
graphie, v
On pourrait fixer la frontière de l'Asie par la ligne qui
termine l'isthme du Caucase au cours du Manytch et de la
E.ouma (3). On pourrait, avec quelque raison aussi, la
fixera la ligne qui, partant de l'extrémité méridionale de
la chaîne de l'Oural, suivrait en ligne directe la rive droite
de l'Oural jusqu'à la rive gauche du Volga , descendrait au
sud avec ce fleuve, le traverserait au coude qu'il forme
pour aller se jeter dans la mer Caspienne , passerait aux
sources du Manytch, et longerait le Terek jusqu'à son
embouchure. On placerait ainsi en Asie de vastes terrains
qui entourent la mer Caspienne, et qui sont au niveau ou
au-dessous même du niveau de l'Océan. Mais il est encore
plus rationnel et plus conforme aux principes géographiques
de choisir pour limite la ligne de partage des eaux ; celte
ligne est nécessairement la crête du Caucase. Ainsi , depuis
cette chaîne, les côtes occidentales de la mer Caspienne
CO Cominentarii Petropol. I, Plan d'une description de la Russie.
fuUas, Observ. sur les montagnes, de.
(') CAait ceire limite qu'aTaif adoptée Mnlle-Brun.
r
4 r.lVllE CENT VIKGT-ONlîiMF.
nous marqueront la frontière de l'Europe jusqu'aux bouches
de la grande rivière d'Iaïk , à laquelle Catherine II a donne
le nom plus géographique d'Oural, Ce fleuve, en nous
conduisant aux montagnes du même nom, complétera le
système des limites naturelles que nous cherchons à dé-
terminer.
■■ Depuis le détroit de Vaîgatch, la mer Glaciale borne
l'Asie. Cette partie du monde est parfaitement séparée de
l'Amérique septentrionale par le détroit de Bering. A
commencer par ce détroit, le grand Océan (ou l'océan
Pacifique) forme la limite orientale de l'Asie. Les îles
Alcoutiennes , et celles qui en sont voisines, doivent ap-
partenir à l'Amérique, n'étant qu'un prolongement de la
presqu'île d'Alaska.
" Mais quelle frontière donner a l'Asie vers le sud-est.''
Faut-il suivre les anciens erremens? Faut-il dire que les
îles Mariannes, les Philippines, les Moluques, Célèbes,
Bornéo et Java, font partie de l'Asie, tandis que la Nou-
velle-Guinée et la Nouvelle-Bretagne ne lui appartiennent
pas? Il n'y a aucune limite naturelle dès qu'on entre dans
cet immense archipel qui s'étend entre le grand Océan et
l'Océan Indien. Nous ne pouvons nous empêcher de voir
dans le détroit de Malacca et dans le passage entre les
Philippines et l'île Formose, la frontière la plus naturelle
de l'Asie. Toutes les îles ù l'est de cette séparation , jusqu'à
la Nouvelle-Zélande et aux îles de la Société, forment
évidemment une cinquième partie du monde, de laquelle
la Nouvelle-Hollande est le tronc principal. Un coup d'œil
sur une carte moderne de la mer du Sud suffira pour con-
vaincre tout homme instruit de la vérité de celte idée, et
des avantages qui résulteront de son adoption pour la
distribution nréthodique des descriptions géographiques.
« Au sud , l'Océan Indien sépare l'Asie de l'Afrique , en
sorte que les îles Maldives appartiennent à l'Asie; celles
ASIE : Généralités. 5
de France, de Bourbon et de Malié, à l'Afrique; quoique
{ dans ridionie des oommercans et des navigateurs français ,
on parle quelquefois de ces dernières îles comme si elles
faisaient partie des Indes orientales. L'île de Socoiora, qui
incontestablement appartient à l'Afrique, est cependant,
dans beaucoup d'ouvrages, décrite comme étant en Asie.
■ Circonscrite dans les bornes que nous venons d'in-
di^er, l'Asie offre, avec ses Iles, une surface qu'on
peut évaluer à 2,100,000 lieues geogiap biques cairees, ou
t^,i58,525 myriamèlres, c'est-à-dire plus de cinq fois la
iluperficie de l'Europe, La plus grande longueur de cette
<:;partie du monde, prise obliquement depuis l'isthme de
Suez jusqu'au détroit de liéring, est de aSgo lieues, ou
io63 myriamètres. Prise sous le 3o^ parallèle de Suez a
rjjïanking, sa longueur n'est que de 960 myriamètres; sous
lie 40*^ parallèle, du détroit des Dardanelles à la Corée,,
■y^e est de g65 myriamètres; et sous le cercle polaire, de
:S69 myriamètres. La larg«ur' du' nord.au:Sud se mesure
«ntre le cap Comorin dans l'Inde, et le cap Taïmoura en
iSibérie, et s'élève à 68a myriamètres. Sa plus granile lar-
geur depuis le cap Severo-Vostotchnoï jusqu'au cap Rn-
mania, à l'extrémité de la presqu'île de Mtilacca, est de
iSaS lieues ou de 812 myrianjètres. Il résulte de ces diy
mensîons que la principale masse du continent de l'Asie
<est située dans la zone tempérée septentrionale. Ce qui se
|.irouve dans la zone torride nous paraît former ^ du total :
«seulement ~ se trouve au-del.i du cercle polaire; mais
^'autres circonstances physiques étendent presque sur la
(bioiUé de ce continent l'influence du froid polaire.
lA '■ I^UF nous former une idée exacte des températures
m opposées qui régnent en Asie, commençons par décrire
•ses principales cbaînes de montagnes , qui nous serviront
lenftuite à distinguer les grandes régions phy.siquos dans les-
quelles la nature ellc-niênic a partagé cet [opartie<lu monde. ».
\
6 LIVRE CEHT VIMGT-tlNIEalE,
M. de Humboldt divise en quatre systèmes les montagnes
de l'Asie centrale: celui de V Altaï, celui du TAian-c/uin ,
celui du Kouen-loun et celui de X Himalaya, Mais d'après les
renseignemens mêmes qu'il donne sur leur direction , tout
nous porte à les considérer seulement comme quatre par-
ties distinctes d'un même système (i)i que nous nppelons
Himalayen.
Le système Himalayen est non seulement le plus consi-
dérable de l'Asie, mais du monde entier. Examinons sépa-
rément les parties qui le composent.
C'est seulement depuis le voyage que M. Al. de Humboldt
a fait en 182g dans l'Asie septentrionale, que les observa-
tions de ce savant ont jeté quelque lumière sur les mon-
tagnes auxquelles on donne le nom d'Altaï. On les a regar-
dées à tort comme formées de deux chaînes distinctes
auxquelles les géographes européens ont donné arbitraire-
ment les noms de Grand et de Petit- Altaï, distinction
inconnue aux habitans des régions qu'occupent ces mon-
tagnes.
(■} fjl i83(i, noua avons insëré dam la contiDualion que nous avons
faite de la Géographie physique lia l'fi'iicj'c/opeifl'e méthodique , à l'article
Système , une clas^ificniion de toutes les montagnes du globe, dan»
laquelle nous partagions les montagnes de l'Asie en quatre grands sys-
tèmes : VHimalayen, l'Indien, Is Caucaàque et X Arabique, rtous igno-
rions à cette époque le> observations que M, de Humboldt venait de faire ,
par lesquelles il est évident que les monts Durais ne se rallachent à
aacuii de ces systèmes. En ce sens notre classificalion doit être modiliëe.
M. A. Balbi, qui s'est montré li susceptible en se plaignant dans son
Abrégé de Géographie de ce ijue nous ue l'avions pas assez fréquemment
cité dans le Traité étémeiUaïre de Géographie que nous ovons rédige en
commun d'après le plan de Malte-Brun , aurait dû prévenir te public ,
dans son Atrégé foblié en i833, qu'il nous empruntait notre division
des montagnes de l'Asie, sauf les rectiGcationa indiquées par M. de
Huroboldt dans ses Fragment de Géologie H de Climatologie atia-
tiquei, et sauf quelques noms qu'il a cru devoir changer. Ainsi il appelle
cet syatémes Altaï-HimaUja , Indien, T'auitt-CaucastVn Arabii/tK et
Ouralien. ■ « "-.u " ' 'I 1 i[i i.t.iH. ... .1,,,
y
ASIE : Généralités. -^
Xje groupe de l'Altaï entoure les sources de l'Irtyche et
du leniseï : à l'est il prend le nom de Tangnou , relui de
monts Sayaniens entre les lacs Kousoukoul et Baïkal; plus
loin celui de Haut-Kentaî et de monts de Daouriej enfin
BU nord-est il se rattache au lablonnoï-khrebet ( chaîne des
Pommes) et aux monts Aldan, qui se prolongent le long
de la mer d'Okhotsk.
Selon les géographes chinois, ainsi que le prouve la
description de l'Altaï, traduite de la grande Géographie de
la Chine par M. Klaprolh , l'Altaï s'étend sur une longueur
3000 li, ou environ 35o lieues; plusieurs branches,
dont quatre principales, s'en détachent. Ainsi Ton voit, par
passage, que les Chinois comprennent aussi sous la
'dÂiominiition d'Altaï un groupe de montagnes ; car l'Altaï
'proprement dît occupe à peine un espace de 7 degrés de
longitude de l'ouest à l'est, c'est-à-dire une longueur de
ïiS lieues. 11 s étend, dans sa largeur moyenne , entre le
lio'' degré de latitude et le 5i' 3o'; mais en y comprenant
les chaînes qui en dépendent , il occupe l'espace qui sépare
\b 48" et le Si" parallèle,
■I Lenomd'Allaïestturc;en mongol on le nomme Altaiin-
;DDla , c'est-à-dire Mont-d'Or; les anciens Chinois l'appellent
.&în-chan , nom qui a la même signification. Il est probable
.^e cette dénomination de Mont-d'Or lui vient de l'abon-
i4ance de ce métal , abondance qui était beaucoup plus
^prande jadis qu'aujourd'hui , à en juger par la quantité qu'on
4n trouve dans les anciens tombeaux que l'on remarque
jiAans les vallées qui se dirigent vers l'Irtyche supérieur.
* C'est dans la chaîne que les géographes nomment Grand-
lAltaï que se trouve , sous le 46^ parallèle , une cime appelé*
m mongol sommet de l'Altaï ( Alta-iin-nîro) : est-elle,
cx>mme l'indique son nom, le point culminant du groupe?
cent ce que l'on ignore encore. Elle aurait alors au moins
11,000 pieds de hauteur, puisque le sommet, appelé lyiktou
O LIVRE CEST ViWGT-tlNIEME.
(Mont-de-Dieti), et en kalmotik Alastau (Mont-Chauve),
sur la rive gauche de la Tchouïa, puraît s'élever, suivant
M. lîuiige, à jirès de 10,800 pieds; la cime d'italitzkoï a
10,068 pieds, et le Tagtau environ gSoo. Le Tangnou
doit âtre aussi très-haut, puisqu'il est toujours couvert de
neige. Ces montagnes paraissent d'autant plus élevées, que
les plaines qui leur servent de hase le sont peu; ainsi,
celles qui s'étendent au sud du lac Dzaïsang, et au nord
du lac Balkachi, ne sont pas ù plus de 1800 pieds au-dessus
du niveau de l'Océan. Au nord du lac Dzaisang elles n'ont
que i5oo pieds, et plus loin, sur les hords de l'Irtyche,
elles n'ont que 1100 pieds; enfin, près de Barnaoul, sur la
live gauche de l'Obi, elles n'ont pas 370 pieds.
Entre le 5o* et le Cig" parallèle, se prolonge de l'est à .
l'ouest, sur une étendue de 260 lieues environ , une chaîne
qui va se terminer dans la steppe des Kirghiz, tandis que
sur nos cartes on étend cette chaîne de l'Altaï sous les
noms d'Aghidin-tsano ou AIghidin-chamo jusqu'aux mon-
tagnes de l'Oural. Ce qui a fait naître cette erreur dans le
tracé d'un prolongement imaginaire qui s'étend à l'ouest,
presque au double de la réalité, c'est qu'au milieu de
collines de 5 à (>oo pieds de hauteur s'élèvent brusquement,
çà et là, à 1000 ou 1200 pieds au-dessus de la plaine, des
sommets isolés qui trompent le voyageur peu accoutumé à
mesurer les inégalités du terrain, et qui lui font croire à
l'existence d'une chaîne importante.
Ce que cette chaîne altaïque offre de i-emarquable inté-
resse principalement la géognosie ; elle a été soulevée à
travers une fissure qui forme, suivant M. de Humboldt, la
ligne de partage des eaux, entre les alTluens du Sara-sou
au sud , dans la steppe , et ceux de l'Jrtyche au nord. C'est
de cette fissure, qui suit la même direction sur une étendue
de 16 degrés de longitude, que sont sortis ces granités
disposés en couches sans alternances de gneiss, et sans
ASIE : Généralités. <)
même faiie aucun passage à cette roche. Ces schistes argi-
leux et traunialiques(grauwaclie), en contact avec les dîa-
bases, renferment des pyroxènes, des roiiches de jaspe,
des roches calcaires compactes de transition , et devenues
grenues; enfin une partie des mêmes su bstîinces métalliques
que l'on trouve dans le Petit-Altaï, d'où part celte fissure,
c'est -à-dii-e la galène argentifère ( montagne de Kourgan-
tagh), Ja malachite, le cuivre natif et tn dîoptase ( Allyn-
touhé ou colline d'Or). D'un autre côté , c'eat-à-dire au nord
du lac Dzuisang, entre la forteresse de Boukhtarma et la
petite ville d'Oust-Kanienogorsk, rirlyche traverse la chaîne
que les géographes appellent le Petit-Altaï, et remplit une
iiimiense fissure , un véritable filon ouvert, ou , plus exacte-
ment, une faille. C'est dans cette vallée longitudinale que
M. de Hnmbokit a trouvé le granité répandu sur les schistes
argileux.
A l'est de l'Irtychc, et non loin des hords de l'Obi, s'é-
tendent plusieurs rameaux de l'Altaï. Celui que les Russes
■ nomment Kolyvan est composé, suivant les détails publiés
dans le Journal des Mines, imprime à Saint-Pétersbourg
en i83t , de stéascliiste , de schiste argileux, de calcaire,
de quarz et de diorite ; on y trouve aussi des grès houil-
I' lers. Les sté.ischistes , les scliistes, le calcaire, le quarz et la
diorite sont riches en liions d'argent ot de plomb : tes mon-
■ tagnes que forment ces roches n'atteignent pas plus de a8oo
piedsj leurs flancs sont couverts de dépôts diluviens auri-
fères. Deux autres rameaux, les niAits Salaîr et les monts
Khoksoun , composés à peu près des mâmea roches que les
monts Kolyvan , renferment paiement des richesses métal-
liques : les premiers des sables aurifères, et les seconds des
mines d'argent. M. de Humboldt porte à 70,000 marcs la
quantité d'argent fin que fournissent lf:s exploilalions de
l'Altaï, et à i<)oo marcs celle de l'or de lavage; mais il
est probable que ces produits :uif;mciiteronL par la dé-
fi LIVRE CENT VINGÏ-TINIBM E.
s'y trouve que des cols qui, depuis les temps les plus
anciens , ont ëte fréquentes par les armées et les caravanes :
l'un , au sud , est entre Badahkcban et Tchitrnl ; l'autre , au
nord, est à l'est d'Ouehi aux sources du Sihoun.
La chaîne du Uolor, en unissant le Thian-chan au Kiien-
litn ou Kouen-loun , appelé aussi Koulkouu, forme avec
ces deux chaînes un seul groupe. La partie la plus voisine
du Bolor porte le nom de Tksoung-Hng , c'est-à-dire monts
des Og nous rm montagne!) Bleues., car T/tsoiing^ en chinois,
signifie à la fois ognon et bleu ; mais la significa lion d'ognon
est la plus exacte, puisque l'ognon sauvage est très-com-
mun dans ces montagnes; il y forme même des touffes sur
lesquelles il est dangereux de marcher, surtout dans les
chemins escarpés, parce qu'elles rendent le pied glissant
et font tomber les voyageurs et les hôtes de somme. Ces
montagnes sont remplies de glaciers et couvertes de neiges
profondes. Les routes qui les traversent sont raides et diffi-
ciles. Le Thsoung-ling est riche en rubis , en lapis-lazuli et
en turquoises.
L'Hindou- A o/t paraît être la continuation occidentale du
Thsoung-ling ou du Kouen-loun; c'est une chaîne consi-
dérable qui part du mont Bolor et se continue de l'est à
l'ouest jusqu'au-delà de Téhéran, au sud de la nier Cas-
pienne. ,
Du Thsoung-ling , le Kouen-loun se dirige de l'ouest
à l'est, sous le nom d'Oneoula, au-del;i des sources du
Houang-ho o\i fleuve Jaune , et pénètre avec ses cimes nei-
geuses dans la Chine proprement dite. Au nord , et presque
sous le méridien de ces sources , se trouve le K/ioufrhaunoor
ou /ftf B/eii, qui n plus de aS lieues de longueur et 7^ de
circonférence : il donne son nom au pays au milieu duquel
il est situé , et aux montagnes qui le bordent au nord , et qui
vonts'appuycr sur la chaîne neigeuse des iV'ïHt/in/*, hi/iatt-
r/ifrn et Aln-rlian-iioln , en chinois Uolrin, (pii s'élèvent nu
ASIE : Généralités. i3
Dord du Houang-ho. Entri; ces chaînes ei celles du Thian-
chan , les montagnes du Tangotit boroent au nord le haut
désert de Gobi.
Au sud de la chaîue du Bolor s'étend c&}\eA%\' Himalaya,
qui se dirige généralement du nord-ouest au sud-est. Mais
bien qu'il ne soit pas parallèle au Kouen-loun, il s'en rap-
proche tellement sous le 70" degré de longitude, qu'il
semble ne former qu'une seule masse avec l'Hindou-kho et
le Thsoung-hng. Le sommet le plus remarquable de l'Hi-
malaya est le Tchnmoidari, qui parait dépasser de plus de
20 mètres la hauteur du Dhavaladgin , qui en a 8556. On
le distingue des plaines du Bengale à plus de 8u lieues de
distance. Le nom de Dbavaladgiri signifie Mont-Blanc; il
est composé des deux mots sanscrits dltavala, blanc, et
àgiri, montagne. Le Djavnhir vient ensuite : il a 7847 mè-
tres. M. Bopp présume que dans ce nom la finale hir rem-
place dgin, Djava signifie vitesse. Tout le monde sait
aujourd'hui que les cimes de l'Himalaya sont les plus hautes
du globe ; mais la température de certaines locahtés y in-
dique de profonde.'i dépressions du sol : ainsi la douceur des
hivers et la culture de la vigne dans les jardins de H'iassa
annoncent l'existence de vallées profondes et d'affaisse-
mens circulaires. Du mont Aaïlas, en tibétain Gang-desri
(mont couleur de neige J, Je mont Kentaisse des cartes de
d'Anville, partent la chaîne de Kara-Koroum-Padicha
(jui se dirige au nord-ouest, les chaînes neigeuses de Hor
ou Khor, el de Zznng ou Dzaiig. Le Hor se rattache au
Kouen-loun en passant près du Tengn-noor ( lac du Ciel ) ,
plus considérable encore que le Khoukhou-noor. Le Zzang,
, plus méridional, borde la longue et profonde vallée dans
l laquelle coule le Dztiiig-bo ou Tsampou, (leuve qui, selon
LjU. Klaprotli, est identique avec l'Iraouaddy.
Au sud du mont Kaïlas, à l'est du Djavahir, et à la nais-
■ aance delà chaîne du D^ang, on remarque deux lacs situés
r
l4 LIVHE CENT VINGT-UHIÈME.
à peu de distance l'un de l'autre. Le plus méridional , appelé
Manassorovar o\i MaphaiH-dal/ù , long de 5 lieues et large
de 4i est, aux yeux des Hindous, le lieu de pèlerinage le
plus sacré; les Tibétains y viennent de très-loin pour y
jeter une partie des cendres de leurs amis. On recueille
sur ses bords le meilleur borax du Tibet ; ses environs sont
riches en lapis et en dépôts diluviens aurifères très-riches,
que le gouvernement tibétain ne laisse point exploiter. Ses
eaux limpides s'écoulent dans l'autre lac au pied du Kailas.
Celui-ci, nommé Rauana-krada ou Lanha, est plus consi-
dérable : il a 8 lieues de longueur sur 3 de largeur , mais il
n'offre rien de remarquable.
Entre les méridiens de Gorkha et de H'iassa, la chaîne
de l'Himalaya envoie au nord , vers la rive droite du
Dzang-bo, plusieurs rameaux couverts de neiges perpé-
tuelles dont le plus haut est le Yarla-Chamboi-gangri ,
c'est-à-dire , en tibétain , la montagne neigeuse dans le pays
du Dieu existant par lui-même. Cette cime est à lest du lac
Yamrouk-youmdzo , ou plus correctement Y ar-hrok-you-
mtkso^ que nos cartes nomment Pa/(e, probablement du
nom d'une ville située au nord, que les Tibétains nomment
Bhaldi; ce lac ressemble à un anneau , parce qu'une île en
occupe le centre et presque toute l'étendue.
La chaîne de l'Himalaya est composée de granité, de
gneiss, demicaschite avec disthène, et d'amphibolîtes con-
nues sous les noms de diorite et de granstein primitif . Lors-
qu'on examine la constitution géognostique de cette impor-
tante chaîne , entre les méridiens du lac Manassarovar et le
glacier des sources du Gange, on est frappé, dit M, deHum-
holdt, de la ressemblance parfaite qu'elle offre avec celle
des Alpes dans les environs du mont Saint-Gotliard (')■
Le système himalayen s'étend jusqu'aux exti'emités orien-
(') M. Al. dt Humboldi : De (juclqucs phénomènes physiques et géo-
logiques qii'nffrcnl les Cordilièrei (les Ancien de Qiiilo et la purlie otfi-
ASIE ; Généralitéi. i5
taies Je l'Asie, ait sud-est comme au nord-est. C'est une de
ses chaînes qui va former la presqu'île de Malacca, tandis
qu'une autre se termine au bord du May-kang ou May-
kaoung sous le nom de Kimoys. A 1 est , une autre chaîne
auJt sommets neigeux traverse la Chine et donne naissance
à nie de Formose. C'est probablement un prolongement
semblable appartenant au Thian-chan qui va former la
presqu'île de Corée et les îles du Japon.
Cet immense système présente des volcans dans quelques
points et des roches volcaniques à l'ouest comme à l'est , au
nord comme au sud. Nous avons vu que le volcan <\'Aral-
toubè appartient au groupe de l'Altaï ; le Pé-chan on Mont-
Blanc, appeléaussi Ho-ckan et Aglde, c'est-à-dire montagne
(le Feu, dépend de la chaîne du Thian-chan : on le nomme
aujourd'hui Khalar; mais son nom turc est Echik-lack,
ou tête de chamois. Des relations qui ne sont pas très-
anciennes, entre autres celles des missionnaires, nous mon-
trent ce volcan vomissant sans interruption du feu et de
la fumée. Au sud de cette montagne, les flancs du Thian-
chan sont remplis de cavernes et de crevasses d'où l'on tire
une grande quantité de sel ammoniac ; suivant une des-
cription de l'Asie centrale, publiée à Peking en 1777, ces
ouvertures sont remplies de feu au printemps, en été et en
automne, de sorte que pendant la nuit la montagne paraît
comme illuminée par des milliers de lampes. Alors per-
sonne ne peut s en approcher. Ce n'est qu'en hiver , lorsque
la grande quantité de neige amortitle feu, que les indigènes
travaillent à ramasser le sel ammoniac. Ce sel se trouve dans
> les cavernes sous forme de stalactites (i}- A l'ouest et à
45 milles du Pé-chan, entre la chaîne du Thian-chan et celle
dentale de l'Himalxya ; Mémoire lu a l'académie des sciences de l'Insititul
les 7 et 14 mars iSiS.
(0 Passage cité par M. de Humboldt dan» ses Fragroen» de géologii' *l
de climatologie asiatiques.
6 L[Vr.£ CEST VIlïGT-DNtKilir.
del'AJa-tau, le lac appelé en kabiiouk 7 emourtou, c'esL-n-iiivti
le l'eri'ugineiix, en kirghiz Touz Koul, en chinois YanrHai
ou le lac salé, et en turc Issi-Koul, le lac clïâud, a i^ à
iS lieues de longueur sur 6 à 7 de largeur. Au sud de la
cliaîne du Thian-chan se trouve le volcan de Tour-fan, ap-
pelé aussi Ho-tckeou du nom d'une ville jadis située auprès
et aujourd'hui détruite.
Depuis que M. de Huniboldt a fait remarquer qu'il n'existe
aucmiechaîneservantdeliaison entre TAItaï et l'Oural, cette
chaîne doit être considérée comme formant un système,
auquel nous donnerons le nom d'ouralie/i , que nous avions
donné à l'ensemble des rameaux del'Oural lorsque nous le
considérions comme un groupe. Ce système se compose des
monts Ourals proprement dits, qui se distinguent du nord
au sud en Monl-Poycis , Ouinl Verkholourien, Oural d'Ieka-
terinbourg et Oural BaclJdnen. Les rameaux qui s'en
détachent sont peu élevés et portent les noms de monts
Obtckei-sfrt, Iliiieii, Goul/erlirwk , en Europe, et ceux de
Moughodjar e\. d'Oust-Ourl en Asie.
On a considérablement exagéré la hauteur des cimes de
ce système. Non seulement, dit M. Ferry ('), qui l'a par-
courue, la chaîne entière est peu élevée an-dessus du ni-
veau de la mer, mais elle le paraît encore moins qu'elle ne
l'est réellement. Cette illusion est l'efl'et de la grande lar-
geur de la chaîne qui couvre partout un espace de plus de
5o lieues. On uy trouve point les précipices, les cascades, les
torreiis, les grands traits qui caractérisent les montagnes
très-élevées. On peut ajouter que des opérations récentes
de nivellement ont réduit à iia3 mètres ta hauteur de
lo'ij toises que l'on avait l'habitude d'accorder au Pau-
diiiskoi-Kamen. Cependant les recherches géologiques faites
(I) Vojci l'article Ourah {monts), ibns la Gto(((Hpliit pliysiqui! ilc
rKncjclopédie mëtliodifiui! , l'ini. V.
ASIE ; Généralités. ly
en 1828 par MM. E. Hoffmann et G. tle Helmersen dans la
partieméridionaledes monts Ourals, prouvent que la chaîne
occidentale qui est la plus élevée atteint 35oo à 4ooo pieds
{ II 37 à 1299 mètres).
Cette partie des monts Ourals est composée de trois
chaînes parallèles dirigées du nord-est au sud-ouest, et sé-
parées par deux vallées dont la plus large est celle de l'Ou-
ral ou de rialk. La chaîne occidentale est composée de gra-
nité, de gneiss, de micaschiste et d'une roche essentielle-
ment siliceuse appelée quarzite, La £e/ûi'n , rivière de 200a
aao lieues de cours, la traverse pour aller se jeter dans la
Kama; il en est de même de VOuJà qui parcourt un espace
d'environ i3o lieues et qui est le principal affluent de la
Belaïa. UOuï, rivière de 70 lieues, et plusieurs autres moins
considérables traversent les monts Umen. ISIaik ou \ Oural
est un fleuve dont le cours tortueux a plus de 700 lieues de
longueur. Dans sa partie supérieure , ses bords sont hérissés
de rochers escarpés et très-hauts , formés de serpentines et
de diorites aurifères ; mais en s'approchant de la mer Cas-
pienne ils deviennent plats et ses eaux serpentent à travers
des steppes arides et couvertes d efflorescences salines. C'est
par plusieurs bras, dont trois principaux, qu'il se jette dans
la mer. Aux approches de l'hiver, ce fleuve devient extrê-
mement poissonneux. On croît que l'Oural est le Rhymnur
des anciens.
Dans la chaîne orientale dominent des gi'anites riches en
beaux minerais de fer et de cuivre. Les monts llmen, com-
posés principalement de granite-gneiss au milieu desquels se
trouvent des syénites, des pegmatites, des quarziles et des
calcaires grenus, ont été signalés depuis peu comme ren-
fermant de très-gros zircons et corindons : quelques uns de
oeux-cî en prismes hexaèdres ont jusqu'à 3 pouces de dia-
mètre. Sur les bords de la Belaïa, entre la chaîne occiden-
tale et moyenne, et sur le côté oriental des monts Irendik^
Vlll. -1
\
ï8 LIVRE CEIÎT VINGT-DBIÈME.
on remarque l'association des roches de talc schistes, dio-
rites et serpentines. Ces dernières roches, dans plusieurs
localités , renferment des dépôts de cuivre et d'or ; cest à
leur décomposition et à celle du schiste siliceux que sont
dues les alhivions qui fournissent par le lavage la plupart
de l'or que l'on tire de cette contrée. Elles sont ordinaire-
ment situées dans des vallons entourés de sommités de dio-
rite , roche qui passe à la serpentine. Quelques montagnes
que nous n'avons point encore nommées, telles que celles de
Ouackkovsk, sont granitiques; celles de Tackkou-targavsk
et celles de Maldakavsk sont composées de diorites, de
schiste talqueux et de granités à grain fin.
Les mines de fer sont extrêmement abondantes dans les
monts Ourals : une seule localité suffira pour en donner
iine idée. La montagne de Blagodat, située dans la chaîne
orientale , sur le versant asiatique , est une butte conique
d'environ 240 mètres de hauteur au-dessus de la petite
rivière de la Kouchvn. "Sa forme arrondie, son sommet
■> conique et son isolement, la rendaient remarquable avant
" que l'on eût commencé l'exploitation des mines qu'elle
■ recelait; et les travaux que l'on y a faits lui donnent une
« forme encore plus pittoresque. Près de la moitié du cône
« a conservé ses arbres et sa verdure; une partie de l'autre
« moitié est dépouillée de la forêt qui la couvrait, et sillon-
■ née de chemins pour les diverses exploitations; le reste
■ de la montagne, depuis le pied jusqu'au sommet, est
« taillé en gradins d'une hauteur prodigieuse , et disparaîtra
1 peu à peu sous les marteaux des mineurs. Mais des siècles
«s'écouleront avant que l'on soit dans le cas d'attaquer les
J parties de la montagne qui sont encore intactes. Cepen-
■ tlant, comme les forges de la Roucliva, de la Toura et
■ plusieurs autres tirent de Blagodat le minerai qu'elles
■ travaillent, la quantité de fer que cette montagne fournit
■• chaque jour s'élève à plus de 1000 quintaux et à peu près
ASIE : Généralités. iq
•> le double de minerai. La musse métallique dont la mon-
1 tagne est presque entièrement formée, s'enfonce au-des-
' sous du niveau de la rivière à une profondeur que la
ti aonde n'a pas pu mesurer ; lorsqu'en suivant le mode
■ actuel d'exploitation, la montagne sera totalement rasée,
dloin que la mine soit épuisée, elle n'aura pas même donné
• la moitié du métal qu'elle contient (<). ■ i
A l'est des monts Moughodjar commence une région
sranarquable en ce qu'elle est dépourvue de montagnes et
lie collines , et qu'elle est couverte de petits lacs jusqiie
tiir les bords de l'Irtyche, c'est-à-dire jusqu'à la naissance
de l'Altaï. Cette région comprend deux groupes principaux
de ces lacs : celui du Balek-Kotd et celui du Kwini'Koul
tu sud du précédent; elle indique, d'après M. de Gens,
yhft ancienne communication d'une niasse d'eau avec le lac
yUc-Sakal, encore plus au sud, et dans lequel se jettent le
Shurgaï et le Kanùchloï-Irgkiz, rivières peu importantes,
ainsi qu'avec le grand lao Aral. * C'est , ajoute M, de Hum-
■ boldt W, comme un sillon que l'on peut suivre au nord-
test au-delà d'Omsk entre VJthim et l'Irtyche à travers la
« steppe de ilaraba , où les lacs sont si nombreux , puis ou
mord au-delà de l'Ob à Sourgout, à travers le pays des
■ OstJaks de lîerezof jusqu'aux côtes marécageuses de la
«mer Glaciale. Les anciennes traditions que les Chinois
■ conservent d'un grand lac ji mer dans l'intérieur . de la
■ Sibérie, lac que traversait le cours du leniseï, se rap-
" portent peut -être au reste de cet antique épanchement
• du lac Aral et de la mer Caspienne au nord-est. Le dfls-
•< sèchement de la steppe de Baraba que j'ai vue en allatit de
-Tobolsk à Barnaoul, augmente constamment par là cul-
■ ture; et l'opinion que M. Klaproth a énoncée relative-
.J>J Ftrry ! Article Onrals ( moula ) , dans la Géographie physique de
l'ib^tlopéilie méthniiiqur:.
W Fragmi'ni de géolonic et dp climatologif asiatique. -
1
ao LIVRE CEffT VltfGT-UNtÈME.
■ ment à la mer amère des Chinois est de plus en plus
«confirmée par les observations géognostiques faites sur
« les lieux. Comme s'ils eussent été assez heureux pour de-
«Tiner l'ancien état de la surface de notre globe lorsque
■ les cours d'eau et l'évaporation ne présentaient pas les
-mêmes phénomènes qu'aujourd'hui, les Chinois nomment
■ la plaine salée qui entoure l'oasis de Hami, au sud du
- Thian-ehan, la mer desséchée { Han-Hai ) 10- ■
Le systetHe cavcasique se compose de deux groupes
distincts : celui du Caucase au nord , et celui du Taurus au
sud. Le premier s'étend depuis la mer Caspienne jusqu'à
la mer Noire; il est formé d'une chaîne dirigée du sud-
est au nord- ou est. Un de ses rameaux au sud va se ratta-
cher au second groupe , composé des monts Taurus qui se
dirigent vers l'ouest , et des monts Ehend qui prennent ta
direction du sud-est. On peut y rattacher aussi le groupe
du i/ian, bien qu'il en soit séparé par la vallée qu'arrose
l'Oronte. Si le versant européen ou septentrional du Cau-
case ne présente que des vallées étroites arrosées par de
nombreux cours d'eau, il n'en est pas de même du versant
asiatique ou méridional : sur celui-ci le bauin du A'owr,
(0 M. Ktaproth (Mémoires relatifs à l'Asie, t. II, p 343) donne
l'extrait ilu Yuan Kian loui han, grande cacyrtopédic raisonnëe, com-
posée d'» près l'ordre de Khang hi par les liltéraleura du Han linj'aan,
et publia en 1711 en i5o volumes. En voici un passage : ' Lieoutchhin
« est éloigné de loooli ù l'ouest de Kbamil. La contrée est traversée par
n une rivière considérable, mais le terrain est sablonneux et aride, et
n manque d'herbe et d'eau; de aorte que les chevaux et les bœufs arec
1 lesquels on traverse le pays, périssent d'imnitian. De grands venll
■ s'élèvent tout k aoup , et cnoevclissent les hommes et les chevaux sous
■ les cables. Pendant toute la jouroce , de mauvais rsprlls et des démons
« aériens tracassent le voyageur. On appelle cette contrée Haii'hal ou
n la mer Salée. La rivière mcntioBnéc coule vers l'occident , et se perd
■ dans les sables mouvans. Une chaîne de petites colliues s'étend le long
•< de son cours ; on dit qu'elle a dté formée par les sables accumulés par
« les tourbillons. Au nord du chemin est le ffo yan ehan ou le mont
■ Enflammé , qui est de couleur de feu. "
ASIE : Généralités. ai
dirigé de l'ouest  l'est vers la mer Noire , n'a pas moins
de t5o à i8o lieues de longueur. Â l'opposé se trouve
celui du Rioni dont les eaux se déchargent dans la mei-
!Noire, et qui a environ 5o lieues de longueur.
Le massif du Caucase se divise dans toute sa longueur
en plusieurs bandes parallèles; la plus hauts, celle du
milieu, dont les.cinies sont couvertes de neiges éternelles,
est granitique; les deux autres sont composées de schiste
argileux auquel sont subordonnées des masses de porphyi-e
dont la structure est basaltique. Aux bandes schisteuses
Succèdent des itandes calcaires dans lesquelles on remarque
des nions métalliques.
Le système nrahique, entièrement séparé du précédent,
comprend les différens groupes qui s'élèvent au milieu des
r^éserts sablonneux de l'Arabie. Ces groupes sont au nombre
lâe trois: i" celui du mont Si/iaï, le moins important par
ton étendue, mais le plus considérable par son élévationj
S° celui de Tehama, dont la principale branche s'étend
'Vénéralement du nord au sud, et qui projette vers le nord-
iest plusieurs rameaux; 3" celui d'Oman, qui borde lelit-
'toral du golfe d'Oman et du golfe Persique. Le second
'^|roupe passe pour être généralement granitique.
I Le système indien est séparé de l'himalayen par le cours
•<hl Gange. Ses principaux groupes sont les monts Nilghenj,
lies Châties occidentales y\ç& Ghattes orientales et les monts
Fîndkia. On peut regarder comme appartenant à ce sys-
tème les montagnes de l'île de Ceylan.
« Pour nous former une idée exacte des températures si
t. opposées qui régnent en Asie, commençons par distinguer
Ifes cinq grandes régions physiques entre lesquelles la nature
a partagé cette partie du monde. »
La région centrale est un assemblage de plateaux et de
plaines compris principalement entre les monts Bolor à
Touest, le Thian-chan cl l'Altaï au nord, les monts Hima-
■ I ouest, le T
23 LiVUE CEST VIHGT-UMIEME.
laya au aijd et l'Âla-chan à l'est. On y remarque, à l'occi-
dent, le plateau de la Petite Bouhharie , au sud celui du
'lïbet occidental et celui du Tibet oriental, à l'est celui de
la Mongolie, et au nord celui de Bickbalik et celui de la
Dzoungai-ie. On peut y comprendre aussi le -vaste désert
de Gohi ou de Chamo, dans lequel on ne voit que des lacs
salés, de petites rivières qui se perdent dans des sables,
et, pour rappeler le souvenir de la végétation, quelques
pâturages ou quelques buissons chétifs. Dans toute cette
région, située entre le 28° et le So" parallèle, l'hiver est
très-long et l'été fort court : cette saison y développe une
chaleur insupportable, augmentée encore par ta répercus-
sion des sables dans les déserts.
" Deux grandes régions s'appuient , l'une au sud, l'autre au
nord, à la précédente. Semblable h un magnifique parterre
de Heurs, sur lequel l'art du jardinier a concentré les rayons
du soleil, la région méridionale ou YInde, garantie des
vents glacés du nord par les montagnes du Tibet, s'incline
fortement vers les tropiques et l'équateur. Arrosé par de
nombreux et larges fleuves , son riche sol reçoit toujours
les feux du soleil , et s'imprègne des exhalaisons d'une mer
que l'hiver jamais n'enchaîne,
■ Quel contraste entre ces contrées fertiles et les tristes
solitudes de la région septentrionale, de cette vaste Sibérie
qui, tout entière penchée vers le pôle et vers la mer Gla-
riale, n'aspire jamais la douce haleine des vents du tro-
pique, et dont l'atmosphère ne reçoit des mers voisines
que des particules chargées du froid polaire !
■ La nature a donné à chacune de ces régions un carac-
tère physique que l'industrie humaine ne réussira jamais à
changer, ou seulement à modifier d'une manière sensible.
Tant que durera l'équilibre actuel du globe, les glaces
t'amoncelleront dans les embouchures de l'Obi et de la
Lena; les vents siffleront dans les déserts de Chami-, et le
ASiB : Généralités. a3
Tibet ne verra point les neiges de ses Alpes disparaître
devant les rayons du soleil qui, à si peu de distance, bi-ûle
les régions du tropique. Ainsi le T:itare est appelé à la vie
agricole et pastorale, comme le Sibérien àla chasse. L'Inde,
en apparence plus heureuse , doit en grande partie à son
climat cette mollesse , cette indolence qui appelle les bri-
gands étrangers et la tyrannie domestique.
■ Il nous reste encore à considérer deux grandes ré-
gions , Von'enlale et Xovcidentale. La première , qui se
confond insensiblement avec la région centrale, présente
trois parties distinctes. Une large chaîne de montagnes,
couvertes en partie de neiges éternelles, s'étend du plateau
de Mongolie jusqu'en Corée. Au nord de ces montagnes,
l'Amour se tourne d'abord vers le sud-est, mais bientôt
vers le nord-esl. Cette dernière exposition est la plus
froide possible dans la zone tempérée boréale. D'ailleurs
le sol paraît y être très-élevé. Ces contrées , désignées com-
munément sous le nom de Tatarie chinoise, ressemblent
à l'Asie septentrionale , (quoiqu'elles soient situées sous les
latitudes de la France. La masse du froid qui , pour ainsi
dire, couve sur la Tatarie, et d'un autre cùté la tempéra-
ture constante du Grand-Océan, jointe à une exposition
directement orientale, donnent à la Chine propre un cli-
mat moins chaud que celui de l'Asie méridionale ; ce vaste
pays, quoiqu'il dépasse un peu le tropique et ne s'élève
guère au-delà du 40" degré de latitude boréale, renferme
tous les climats européens.
■ La troisième partie de la région orientale de l'Asie est
fermée par cette prodigieuse chaîne d'îles et presqu'îles
rvf^caniques qui s'élèvent à peu de distance du continent,
( présentent comme une immense haie contre laquelle la
limeur de l'Océan vient se briser. Voisine d'un côté des
I it^ons du tropique, de l'autre du froid plateau de l'Asie
mttale, et envitpnnée d'un élément ,tumvUii«i(x et incQnr
N
24 LlVIiE CENT VIWGT-UHIÈMIÎ.
stant, cette région maritime, inséparable du continent
asiatique, présente nécessairement d'innombrables Taria-
tions de température.
• La cinquième grande ivgion de l'Asie se détache plus
qu'aucune des autres de la masse du contînenL La mer
Caspienne, le Pont-Euxin, la Méditerranée et les golfes
Persique et Arabique donnent à Y Asie occidentale quel-
ques ressemblances avec tine grande péninsule. On pour-
rait, avec quelque degré de Térilé, dire que cette région
est aussi opposée à la région orientale que celle du midi
l'est à celle du nord. L'Asie orientale est en général hu-
inide^ l'occidentale est sèche, et même en quelques en-
droits aride; l'une a le ciel orageux et souvent nébuleux;
l'autre jouit de vents constans et d'une grande sérénité
d'atmosphère ; l'une a des chaînes de montagnes escarpées,
que séparent des plaines marécageuses; l'autre est compo-
sée de plateaux en grande partie sablonneux, et peu infé-
rieurs en élévation aux chaînes de montagnes qu'ils portent
sur leur dos, et de plaines basses, dont nous parlerons
bientôt. Dans l'Asie orientale, on voit les (leuves de long
cours se suivre de très-près, tandis que dans l'Asie occi-
dentale il n'y en a que deux ou trois d'un volume consi-
dérable, mais, en revanche, beaucoup do lacs sans écou-
lement. Enfin, la proximité de l'immense foyer de chaleur
que renferme l'Afrique , donne à une grande partie de l'Asie
occidentale une température bien plus chaude que celle
dont jouit même l'Asie méridionale. ■
C'est ici que nous devons faire remarquer que tout l'es-
pace compris entre les monts Alatau , Tckingistan et
Mougodjar, jusqu'aux bords de la mer Caspienne et jusqu'au
dernier coude que forme le Djihoun on l'Amou avant de
se jeter dans le lac Aral , c'est-à-dire toute la contrée qu'on
a toujours appelée jusqu'à présent plateau de la Tatarie,
loin de pouvoir être considéré comme un plateau, forme
ASIE : Généralités. a 5
au contraire une vaste Répression dans laquelle le niveau
de la mer Caspienne et celui du lac Aral sont les parties
les plus basses : de telle sorte que les eaux de la mer Cas-
pienne sont à 3oo pieds au-dessous du niveau de l'Océan ,
et celles du lac Aral à 1 92 pjeds (■)■ Mais cette dépression
ne cesse point au bord oriental de la mer Caspienne , elle se
continue en £urope : Astrakhan est à 5o toises au-dessous
des eaux de l'Océan; les bords de ce "vaste bassin se relèvent
insensiblement : d'un côté en suivant les rives du Terek, du
Manytch, de la Sarpa et du Volga, jusqu'aux collines qui
s'étendent depuis ia rive gauclie de ce fleuve jusqu'à Oren-
bourg, de sorte que cette ligne est exactement au niveau de
l'Océan, tandis que tout le terrain qui s'étend à l'est de
cette ligne s'incline vers la mer Caspienne W-
" La formation de ce creux , de celte grande concavité
■ de la surface, dans le nord -ouest de l'Asie, me paraît, dit
« M. de Humboldt, être en rapport intime avec le soulève-
■ ment des montagnes du Caucase, de l'Hindou-Kho et du
■ plateau de la Perse , qui bordent la mer Caspienne et le
■ Maveralnahar au sud ; peut-être aussi plus à l'est, avec
■ le soulèvement du grand massif que l'on désigne par le
- nom bien vague et bien incorrect de Plateau de l'Asie
" centrale. Cette concavité de l'ancien monde est un pajs-
■ cratère, comme le sont sur la surface lunaire Hîpparque,
■ Arcbimède et Ptoléniée, qui ont plus de 3o lieues de
«diamètre, et qu'on peut plutôt comparer à la Bohême
« qu'à nos cûnes et cratères des volcans (5). »
M, de Humboldt pense que ce grand affaissement de
(■) Ces faits sont alteslëa par Icn mesures Laroraétriijuea àc MM. HofT-
manu , Helmerscn , de Humboli) t et Gustave Rose.
W Vojez ce que nous avons dît lom. VI, pag. .IgS. Voyeï ausEï notre
carte physique et géologique de l'Europe. J. H.
(^) De Humholdl : Kiagmeiu de géologie et de climatologie ssiatiriues,
pag. 10 et suiiantes.
i
A
a6 LIVRE CEMT VIWGT-UNlÈME.
l'Asie occidentale continuait autrefois jusqu'à l'embouchure
de lObi et à la mer Glaciale par ime vallée qui traversait
le désert de Kara-Koum et les nombreux groupes d'oasis
des steppes des Rirgbiz et de Baraba. Son origine lui paraît
plus ancienne que celle des monts Durais. Une chaîne
dont la bauteui' est si peu considérable , dit-il, n'aurait-elle
pas entièrement disparu, si la grande fissure de l'Oural
ne s'était pas formée postérieurement à cet affaissement ?
Par conséquent, ajoute-t-il, l'époque de l'affaissement de
l'Asie occidentale coïncide plutôt avec celle de l'exhausse-
ment du plateau dlran, du plateau de l'Asie centrale, de
l'Himalaya du Kouen-loun, du Thian-chan et de tous les
groupes de montagnes dirigés de l'est à l'ouest; peut-être
aussi avec celle de l'exhaussement du Caucase et du nœud
de montagnes de l'Arménie et d'Eraeroum. Enfin aucune
partie du monde, sans même en excepter l'Afrique méri-
dionale, n'offre une masse de terre aussi étendue et soule-
vée à une si grande hauteur que l'Asie intérieure.
• Pour donner plus de précision à ces esquisses générales
des régions physiques de l'Asie, il est utile de classer les
rivières de ce continent d'après leurs bassins respectifs;
c'est ce que nous avons fait dans le tableau suivant, dans
lequel on indique aussi la longueur approximative du cours
de cliaque fleuve et de leurs principaux affluens (')■
Bassin de la mer Glaciale; peiice septentrionale du plateau
de la Mongolie.
L'ÛBoui-'Oai 347 33o ^iï
tl'lrtjehe ^lo aSn SRi
f heTobol Bo 95 îi3
(0 Lc9 fleures «ont en hajoscui.» ; leari RBluenn devant dri accolndct;
le» sEfluena de ceui-ci en ilalitpies; lei i^ivièTW snr le inénip alipiemeiil
que lu flcuvet.
ASIE : Généralités.
Le IniiEl
j La TouDgouska supérieure..
I La Toungouska mojeDne
I La TouDgouaka inférieure...
LePia»ma
La Qiatanga ,
L'Oleoek
!' Le Viliouï
LoVilim
L'Aldan
.L'Olekma
L'Ikdicbiiiia
La KoTlu*
oi calcul*. j^gnp^.
Bassin seplenlnonal du - Grand'
Océan; pentes orientales dt ta
Sibérie et du plateau de la Mon-
golie,
L'Anadjr
LeK
L'Aiiona ou Siibili.
iLe SouQgari
UChilla...
£assin de la mer de Chine .faisant
partie du bassin du Grand-
Océan; pente orientale du pla-
teau du Tibet.
Le Hoisc-Ho (le fleuve Jaune)
LeTlKG-TsiD-Kliire (le fleuve Bleu}...
Idtm en remootaiit jusqu'il la iourcc du
Rin-cha-Kiang
l Le Yaloung-Kiang
LeHan-Klang
Le Ta-KiaDs • qui prendà OmtoQ le ni
de fleuve TcBou-KiiBu
Pentes méridionales i
du Tibet.
a)J
t
4^
4K
i3
381
3oo
67S
'"
LIVRK CENT VINGT-OMIÈME.
Le GiiraE aSo 160 58S
LeM«Hii>HDT .. ..5 aSg
Le GooiTiHi go 134 17g
jLcVourJa » 4S 101
<. Le Mandjera " 63 i3g ■
Le KisRJH 86 106 a38> 1
LeNïBBÏDAH 81 110 j47 .1 J
L'IïDDS ou Sind 11)5? 170 607 '
Pentes et bassins de l'intérieur de
a ) Bassin du lac Aral. ,
Le Sjr ou Sioun 110 iGo 3Go '
L'Amour ou Djioun 145 3oa 4^0 '
b ) Dam la Petite Boukkarie , enU-e les '^
monU Bolor, Thian-chan et Kaulkoum .
Le Yarkand 100 iio 37«
c ) Bassin du lac Baïkat,
Le Selenga 76 100 alS <
Pentes de l'Asie occidentale ou du
Caucase j de VArarat. du. Tau-
rus, etc. 1
a) fers la mer Caspienne.
Le KoirBouMx.TiRi 4^ ^'' ''"
{LVras 41 ;S «70
b ) fert le golfe Persique.
L'Edphbatb (jusqu'flQ golfe) iBS iiS Sob
jLc Tigre 100 i3o aga
c ) fers le golfe jfrabitjue. O
d) Fers la Méditerranée et l'Jfchipel. .^
L'OroDie 38 36 81
U Buïuk-Meîendcr 40 3? 83
c ) fers la mer iVoire,
Le SiKABiA (Sangariiis) 40 ^5 79 '*
LeKisii.-\iiM^s.(Jfafys) 54 -6 171 '^'
Le Rioni ou Phasis ai i3 Sa
« Kn faisant entrer dans le compte toutes les rivièrei
ASIE : Généralités. ag
marfjuées sur les cartes d'Asie, nous avons estime ainsi qu'il
suit la proportion des volumes , ou , pour parler plus exac-
tement, des superficies des eaux courantes de cette partie
du monde.
Le total pris pour unitë I'ûo
Le, fleave. Je Sibérie ( ^"jî^;/ ;■""'" ""';'■ "/^\
— delà Chine et de lo Tatarie chinoiac o,i5
— de toole l'Iode o.a?
— du centre de l'Asie 0,08
— de la Tiirniiie d'Aeie 0,10
— de la Perse (avec rAni'^nie) 0.06
• — de l'Arabie,..,. o,o3
■ Four conclure de/Ces données si un tel pays est plus
sec qu'un autre, il faut avoir égard aux surfaces respec-
tives. L'Arabie, par exemple, est ceriainement beaucoup
plus sèche que la Perse ou la Turquie; mais l'Inde et la
Chine ne sont p.ns moins copieusement arrosées que la
Sibérie ; c'est la moindre étendue des surfaces qui cause la
différence entre le volume des eaux.
« Le continent de l'Asie, étant une masse de terres très-
considérable et peu entrecoupée de mers, doit naturelle-
ment contenir dans son intérieur de grands amas d'eau. Elle
entoure même en grande partie le plus grand lac connu; nous
voulons parler de la mer Caspienne. En général , les lacs de
l'Asie se distinguent par leurs eaux salées, saumâtres ou sul-
fureuses ; il y en a aussi beaucoup qui n'ont point d'écou-
lement. Déjà l'Asie mineure nous oflre, à cet égard, un
échantillon du grand continent dont elle fait partie. L'in-
térieur de l'Anatolic et de la Caramanie renferme une
suite de lacs salés et sans écoulement ; celui de Tazla ou
Touzla, appelé aussi Salato, est d'une longueur très-con-
sidérable: il a i4 lieues de longueur sur 2 de largeur.
En remontant vers les parties les plus élevées de l'Asie
occidentale, nous voyons les lacs de Wan et HOurmia
(plJes eaux salées ou jiaïupâtrç^ s'étendent sur un y,9ste
4
3o LIVRE CEWI VIHGT-UHIÈHE.
espace ; ils ont environ 60 lieues de circuit, Dana la Syrie,
plusieurs lacs de cette nature se succèdent le long de la
chaîne du Liban et de l'Anti-Liban; l'un des plus célèbres
phénomènes de ce genre , c'est le lac Asplmltite , ou la mer
Morte, dans la Palestine, qui a les eaux bitumineuses, et
qui recouvre une étendue de 60 à jo lieues carrées (12a
i5 myriamètres carrés }.
« V Arabie entière ii'a d'autres lacs que ceux formés par
le confluent des eaux de pluie ou de sources , qui se per-
dent ou s'imbibent dans le sable. Mais toutes ces eaux ont
extrêmement peu d'étendue. Les déserts de la Perse, si
semblables d'ailleurs à ceux d'Arabie , nous offrent le même
genre de lacs, mais plus grands. Celui de Zéreh , dans l'Af-
ghanistan, couvre une étendue de i4o lieues carrées, et re-
çoit une rivière dont le cours est de i5o lienes(66 myria-
mètres ) , sans compter d'autres petites.
" \je, penchant occidental de l'Asie est couvert de lacs
salés et sans écoulement. La mer Caspienne occupe une
étendue de i6,85o lieUes carrées, ou 3r39 myriamètres.
C'est le plus grand lac salé qui soit connu, et on peut
hardiment dire qu'il y ait sur le globe. Le lac ou la mer
d'Aral, de 1280 heues carrées; le lac Amer ( Kouli-deria
ou Adgi-Kouyotissi), qui communique à la mer Caspienne;
ceux A'Afcsahttl, de Balkhack-noor , ou Palcati, et un nom-
bre de moindres lacs salés ou du moins saumAtres, dis-
tinguent cette région creusée en entonnoir. .1
L'opinion qui considère le lac Aral comme une antique
dépendance de la mer Caspienne nous paraît fondée sur
des traditions et sur des faits physiques : d'abord le niveau
des eaux du premier à 186 pieds au-dessous de> l'Ooéïiu ;
le témoignage des anciens qui placent l'embouchure de
l'Oxus el de l'Iaxarles dans la mer Caspienne; l'ancien lit
de la mer dont M. Mouraviev a reconnu les traces entre
le lacet la Caspienne; enfin le fait attesté par tes Ki^hiz
ASIE : Généralités. 3r
au colonel Meyendorff que le lac continue à diminuer
d'étendue, confirment également i;ette opinion. Les collines
de 288 pieds qui s'élèvent entre le lac et la mer Caspienne
ne sont point une difficulté réelle à cette réunion, puis-
qu'en supposant les eaux plus hautes , ces collines ne for-
meraient que de petites îles (')■
La présence de lacs salés ne serait point une preuve
suffisante pour attester l'ancien séjour de la mer sur les
contrées de l'Asie occidentale : il y a d'ailleurs de ces lacs
salés bien au-delà des limites que la mer Caspienne , dans sa
plus grande extension, aurait pu atteindre. Cependant
nous avons vu que les Chinois conservent la tradition d'un
grand lac ^mer situé dans cette région de lacs, entre le
Tobol et l'Obi, région qui ne devait faire qu'une seule mer
avec la Caspienne et le lac Aral.
■ \,es penchons septentrionaux de la Tatarie offrent aussi
«n grand nombre de lacs. Le lac Tckanj', qui n'a point
d'écoulement, et qui a 3o Ueues de longueur sur 20 de
largeur, est aussi saumâtre, et c'est peut-être le cas de
toutes les eaux stagnantes, lorsqu'elles se décomposent en
s'arrêtant sur un sol imprégné de matières salines,
" Ces amas d'eau stagnante se retrouvent à un niveau
plus élevé sur le vaste plateau de la Mongolie et du
Tibet. Ces hautes plaines, entourées de montagnes qui
forment le pays des Kalmouks , renferment beaucoup
de lacs sans écoulement qui reçoivent de petites rivières.
Le Dzaisang, lac qui se trouve près des montagnes d'oii
"SOTtentrirtyche et l'Obi , reçoit une rivière dont le cours est
'de 70 à 80 lieues. La plaine élevée entre les monts de Mon-
■golie et ceux du Tibet, entre les deux sommets de l'Asie,
est remplie de rivières souvent assez considérables qui se
0) Vojez ce que iiou) .ivoiis ilil dans la note t) de la page iSi Ju
tome i" <lp cet ouvrage.
3li LIVHB CEST VIMGT-UHliME.
perdent dans le sable, on qui alimentent des lacs sans
écoulement , comme le Yarkand, qui forme le lac de Lop.
« Le Tibet, ou le plateau méridional et le plus élevé de
l'Asie, est singulièrement riche en lacs, dont un grand
nombre n'a point d'écoulement. Le Tengri a 3oo lieues car-
rées de surface. Sur deux alignemens, l'un au nord, de
80 lieues, l'autre à l'ouest, de 160 à 170 lieues, on trouve
33 autres lacs qui n'ont point d'écoulement, ou qui cou-
lent l'un dans l'autre. Au nord-est du Tibet , on remarque,
entre autres, le Hoho-nor ou Khoukkou-noor, lac de 260
lieues de longueur, et de 120 de largeur, dans une situa-
tion très-élevée, et qui n'a point d'écoulement.
n Le phénomène des lacs sans écoulement est donc com-
mun à toutes les parties occidentales et centrales de l'Asie,
mais non pas au nord de la Sibérie, ni à la Chine, ni à
l'Inde. Les parties basses de la Sibérie présentent d'im-
menses marais presque contigus. Les grands lacs de ta
Chine se trouvent dans les contrées basses et marécageuses
du milieu, et ne sont remarquables, pour la géographie
physique, que par leur rapprochement : ils semblent confir-
mer la tradition des Chinois, selon laquelle une partie de ce
pays aurait étérécemmentlaisséeàsecpar la mer, ou plutôt
par deux longs golfes formés par les deux lleuves Hoang-ho
et Yaa-tseu-kiang. Les deux presqu'îles des Indes n'ont
guère de lacs remarquables, encore moins des lacs san.^
écoulement ; preuve manifeste que leur terrain a partout
de la pente. »
Ainsi que l'a fait remarquer M. de Humbotdt, l'Asie
continentale n'offre à l'irradiation solaire qu'une très-pe-
tite portion de terres placées sous la zone torriJe. Ses par-
ties situées dans la zone tempérée ne jouissent consequem-
ment pas de l'effet des courans ascendans que la position
de l'Afrique rend si bienfaisans pour l'Europe. Sa position
orienlale par rapport à cette partie du monde est encore?
ASIE : Généralités. 33
une cause puissante de fioîd. De vastes systèmes de mon-
tagnes dirigées de l'est à l'ouest, et d'une élévation consi-
dérable, s'opposent, suc de grandes étendues, à l'accès des
vents méridionaux; des plateaux élevés qui s'étendent du
sud-ouest au nord-est en traversant et bordant de basses
régions, accumulent et conservent les neiges jusqu'à la fin
de l'été , et agissent par des courans descendans sur les pays
voisins dont ils abaissent la température. " Ils varient, dit
■ M. de Humboldt, et individualisent les climats à l'est des
■ sources de l'Oxus, de l'Alatau et du Tarbagata'i danj
• l'Asie centrale, entre les parallèles de l'Himalaya et de
. TAltaï. .
« C'est à cette conformation du terrain iju'il faut attri-
buer ces vents à période constante qui régnent même dans
l'intérieur de l'Asie. Nous ne parlons pas des moussons de
rinde,quidépendent du mouvement annuel du soleil, mais
de cette longue durée du même vent qu'on observe encore
dans les-contrées éloignées du tropique. Elle vient de ce
qu'il n'y a point de golfes ni de mers dont les exhalaisons
et les courans puissent altérer la nature du vent ou chan-
ger sa direction. Les vents glacés de la Sibérie remontent
jusqu'aux sommets du centre, et, s'ils sont assez élevés
pour dépasser les premières chaînes , ils peuvent s'étendre
jusqu'aux sommets du Tibet. I.e vent d'est, chargé de
brouillards, couvre dans le même instant toute la partie
basse de la Chine. Mais à mesure que l'on s'enfonce dans
la zone tempérée, toute régularité dans les mouvemens
si intimement combinés de l'Océan et de l'atmosphère,
I cesse peu à peu. Ainsi, au Japon, l'on voit le froid et la
B chaleur, les orages et le calme se succéder presque avec la
I même rapidité que dans la Grande-Bretagne. La Chine est
K soumise à ces variations moins sensibles que la Hollande
I éprouve, soit par l'humidité des vents maritimes, soit par
■ ^ siccité de ceux qui ont passé sur les terres. Enfin , si l'on
■, VIU.
34 LIVRE CEHT VIHGT-ONIÈMK.
pénètre des pays orientaux tempérés Vf.rs le centre, les
saisons deviennent toujours plus constantes, mais aussi en
proportion plus froides. Ce sont exactement les mêmes
changemens qu'on éprouve en allant de l'occident à lo-
rient en Europe. "
MM. G. Rose et A. de Humboldt ont constaté par un
grand nombre d'expériences deux faits qui sont caracté-
ristiques de l'Asie septentrionale : le premier, c'est la sé-
cheresse de l'atmosphère; le second, la basse température
du sol. La sécheresse est surtout très -remarquable à l'ouest
de l'Altaï, entre l'Irtyche et l'Obi, lorsque les vents du sud-
ouest ont long-temps soufflé de l'Asie centrale, où les pla-
teaux n'ont cependant pas 200 toises d'élévation au-dessus
du niveau de l'Océan (1). Quant au froid qui règne, même
pendant l'été, dans les mêmes régions à 5 ou 6 pieds de pro-
fondeur au-dessous de la superficie du sol , il n'est pas
moins extraordinaire : les deux savans que nous venons
de nommer, observèrent aux moisde juillet et d'août 1829,
à midi, pendant que la température de l'air était de 5 à 3o
degrés du thermomètre centigrade, plusieurs puits peu
(0 Voici la description que M. de Humboldt donne de cea expériences
failc» comparatiTement avec ïappareilph^chroméniqueùe M. August,
et rhygrométre de Deluc : a Dans la steppe de Platoviikai'a nous nvons
1 trouvé \cpoint de la rosée , 4°, 3 au-deesous du point de la congélation ;
" c'éUit le 5 août , ^ une heure après midi, la température de l'air , a.
« l'ombre, étant aJ", 7. La différence des deux tliermoraclrcB sec et.
■' humide, s'élevait à ii=, 7, lorsque, dans l'état ordinaire de l'atmo-
« sphère (l'hygromètre de Saussure se soutenant entre 74° ^t So°J, cette
1 différence des ibermoinètres ne s'élève iju'à 5° ou 6", a { le point de la
« rosée étant iG", a 011 ij". S). Dana la sleppe de Plnlovekai'a , la lempé-
• rature de l'air aurait dii se rcTroidir de 18'' avant de déposer de la
« rosée. L'air entre Barnaour et la célèbre mine du Sclilangenberg, dans
« une lone renrermée entre les Si" '/i et 53" de latitude, ne contenait
« par conséquent que 'y, „ de vapeurs, ce qui correspond à ^8° ou 30"
" de rbfgromctre à cheveu. Cest sans doute la plus grande sécheressv
>' ^ui ait été observée juiqu'ici dans lut bauei régions de la terre. ••
( Fragment de géologie et de climatologie asinliqucs, pag. 378. )
ASIE : GénéralilcS. 35
profontls dont les eaux étaient » i" 4' et 2° 5', observations
qui ont été faites vers le 54" parallèle ; c'est-â-ttire sous la
latitude dp l'Ecosse méridionale. Cette température reste
la même pendant les froids rigoureux de l'hiver. M. Ad.
Erman a trouvé entre Tomsk et Krasnoïarsk , sur le chemin
de Tobolsk à Irkoutsk, par 56 degrés de latitude, les sour-
ces à 0° et y?i', quand l'atmosphère était à plus de a4° au-
dessous de zéro: mais bi quelques degrés plus au nord, le
sol reste gelé en tout temps à 12 ou i5 pieds de profon-
deur. A Bogoslovsk , par 55 degrés de latitude, M. de Hum-
iKildt a même trouvé à 6 pieds de profondeur, une couche
de terre congelée, épaisse de 9 à 10 piedsj enfin à Iakoutsk
le phénomène de la glace souterraine est général et perpé-
tuel, malgré les chaleurs de l'été qui souvent sont insup-
portables.
« Mais dans l'Asie septentrionale il se présente un autre
phénomène, qui devient surtout sensible si l'on compare
cette région avec les parties de l'Europe situées sous les
mêmes latitudes. Pourquoi le froid de l'Asie septentrio-
nale s'accroît-il toujours en allant vers l'est? Cette aug-
mentation est telle que, sur les côtes de la Manche de
Tatarie, situées sous les latitudes de la France, l'hiver
commence dès le mois de septembre. Plusieurs causes
concourent sans doute à produire ce phénomène. D'abord
il s'élève, entre la Corée et les pays sur le fleuve Amour,
de vastes montagnes couronnées de glaciers; un second
amas de montagnes plus larges encore sépare l'Amour
de la Lénaj toutes les côtes du nord-est présentent d'hor-
ribles escarpemens. On peut ajouter que les mers qui en-
vironnent ces contrées glaciales sont presque toujours
couvertes de brouillards épais et froids qui interceptent et
amortissent les rayons du soleil. Une troisième cause pour-
rait se trouver dans le manque absolu dhabitans, et par
conséquent de culture. Dans la Sibérie orientale, d'après
36 LIVRE CEMT VISGT-UHlèME.
les recensemens officiels, on compte à peine un individu
par lieue caiTce. Néanmoins ces causes ne suffiraient peut-
être pas, s'il n'y avait ici lieu d'appllqu«r une règle géné-
rale que nous avons indiquée dans la Théorie des Climats{i),
Il faut considérer la masse d'air étendue sur un continent
comme un ensemble dont la modification générale dépend
de toutes les modifications partielles. Si un continent s'é-
tend loin dans la zone torride, la masse d'air échauffée
réagit sur la masse tempérée, lui communique une partie
de son calonque, et, en le dilatant, la force par-là de s'é-
tendre un peu plus au nord, et ainsi de resserrer les limi-
tes du froid ; en sorte que les pays se refroidissent vers les
pôles , non seulement en raison directe de leurs latitude»,
mais aussi en raison inverse de la masse des pays ciiauds
qui leur sont contigus au sud. Voilà pourquoi le voisinage
de l'immense masse de terres brillantes de l'Afrique rend
\tL température de l'Arabie, de la Syrie et de la Mésopota-
mie plus chaude que naturellement elle ne devrait l'être.
Parune raison contraire, l'Amérique septentrionale éprouve
jusqu'aux environs du tropique des froids très -yif&i car la
masse de ce continent, ^ui s'étend au-delà du tropique,
n'est rien en comparaison avec le reste : donc il n'y a ici
aucune masse d'air chaud qui puisse réagir sur les masses
tempérées et froides; l'action de la masse froide n'est pas
même contre- balancée. Si nous regardons l'Asie, nous la
voyons toujours aller en se rétrécissant depuis la Chine jus-
qu'au détroit de Bering ; elle n'a plus ici aucun pays chaud;
l'air naturellement froid de ces contrées est encore refroidi
par l'influence de la mer Glaciale, que le grand Océan ne
peut pas contre -balancer, parce que la mer Glaciale dé-
gorge beaucoup de glaçons par le détroit de Déring; ces
glaçons, arrêtés entre les îles Aléouliennes et les autres
CO Vol. II, pag. Sijet
ASIE : Généralités, 37
îles de la mer Je Bering, occasionnent les froids brouil-
lards dont la mer est ici couverte, et, par le mouvement
général de l'Océan, se portent de l'est à l'ouest, c'est-à-dire
de l'Amérique vers l'Asie, où ils s'accumulent dans les
golfes.
■ Cette redoutable immobilité de la nature physique ,
ces climats qu'aucun effort d'industrie ne saurait améliorer
sensiblement, ces retours réguliers des saisons, cette
per-
pétuité des mêmes cultures, et par conséquent de la même
manière de vivre , ont dû influer sur le caractère moral des
peuples asiatiques , tant en modifiant uniformément leur
système nerveux et musculaire, qu'en frappant leur imagi-
nation par le retour des mêmes sensations. Elle a dû con-
tribuer à rendre le Tatare vagabond aussi invariable dans
son penchant pour la vie pastorale, que l'indien l'est dans
sa servile indolence, et le Chinois dans son infatigable in-
dustrie. Les nations éternelles ne naissent guère sous les
climats variables. Mais ce serait se tromper grossièrL-
ment que d'attribuer à cette seule cause l'immobilité
de caractère que l'on observe citez les nations asiatiques.
Hippocrate, qui n'a entrevu qu'une partie des faits physi-
ques, s'est bien gardé de leur accorder une influence ex-
clusive.
■ Si les peuples de l'Asie, dit-îl (>) , sont sans courage ,
• sans énergie , d'une humeur moins belliqueuse et d'un
« caractère plus doux que les Européens, c'est en grande
■ partie à la température toujours égale du climat qu'il faut
- l'attribuer. On ne connaît guère ici de différence de cba-
■ leur et de froid ; les deux températures se fondent l'une
■ dans l'autre. L'âme n'éprouve point ces vives secousses ,
t ni le corps ces changeniens subits qui donnent au carac-
(0 Hippac. df .'\i;rili. sqiiij , brii , S 83-88, édition (msis Don p«»
U-aduction) île M. Coray. ■' . i ■ ' ■ l'i' ' ' ■
38 LIVRE CBHT VIMCT-UNIÈME.
■ tère une vigueur agfreste et une fou^e indocile Mais,
■ ajoute-t-il, une autre raison Je l'inertie des Asiatiques
■ est la nature de leurs lois politiques; ils sont, pour la
■ plupart, gouvernes par des monarques absolus : et par-
« tout où l'homme n'est ni maître de sa personne, ni par-
■ ticlpant au pouvoir législatif, mais soumis à des despo-
• tes, il a soin de ne pas passer pour courageux, parce
■ qu'il sait que cela l'exposerait à de plus grands dangers.
- Les sujets y sont contraints daller à la guerre, d'en sup-
• porter toutes les peines, et de mourir même pour leurs
« maîtres, loin de leurs enfans, de leurs femmes et de leurs
<■ amis. Tous leurs exploits ne servent qu'à augmenter et
« propager la puissance de leurs despotes; les dangers et la
« mort, voilà les seuls fruits qu'ils recueillent de leur bra-
■■ voure. Ajoutez qu'ils sont nécessairement exposés à voir
« leurs terres se changer en déserts , tant par les dévasta-
- tions de la guerre que par la cessation des travaux : de
■ sorte que, s'il se trouve parmi eux des esprits courageux,
• ils sont détournés de l'usage de leurs forces par la nature
• de leurs institutions politiques. Une preuve de ce que
« j'avance, c'est que parmi les Asiatiques mômes, ceux qui
• jouissent de quelque liberté politique, et qui par consé-
- quent travaillent pour eux-mêmes, sont les plus belli-
1 queux de tous, "
■ Si Hippocrate se croyait obligé de faire des exceptions
parmi le petit nombre de pays et de peuples asiatiques
que l'on connaissait de son temps, et dont les Sarmates,
dans les plaines au nord du Caucase, étaient les plus sep-
tentrionaux, comme les Indiens du Pendjab en étaient les
plus orientaux, que sera-ce donc aujourd'hui que nous
connaissons en Asie une étendue de 3o degrés de plus en
latitude, et 80 de plus en longitude? Il faudrait tout l'en-
thousiasme d'un médecin ou d'un helléniste, étranger à la
géographie physique , pour prétendre qu'Hippocrate a de-
ASIE : Généralités. 39
■vine d'avance l'influence morale du climat de la Sibérie,
du Tibet ou de la^ Chine, contrées dont il ignorait l'exis-
tence. Comment Hippocrate aurait-il pu dire des innom-
brables tribus des Tat ares et des Mongols, qu'ils sont moins
belliqueux que les Européens? Mais le sens que ce grand
écrivain donne au nom d'Asie, diffère entièrement de celui
dans lequel nous le prenons; il comprend, dans l'Europe ,
les Sonnâtes ('} , et place expressément les Egyptiens et les
Liby^ensKR Asie (5). Il est donc évident qu'il entendait par
.Asie la partie méridionale et orientale du monde alors
connu, et qu'il appliquait le nom A'Europe à l'autre moitié,
septentrionale et occidentale. Hippocrate, comme Homère
et tant d'autres anciecs, ne distinguaient que (/ew.r parties
du monde; il les oppose constamment l'une à l'autre,
comme le froid au chaud, la sécheresse à l'humidité, la
stérilité à la fertilité. Ce point de vue étant «ne fois bien
saisi, on entend Hippocrate sans difficulté; on voit com-
inent il a pu dire que l'Asie , en général , jouit d'un climat
plus doux que l'Europe, et que tout y vient plus beau et
plus grand (5); on aperçoit aussi d'un coup d'œil tout ce
-qu'il y a de vague et d'arbitraire dans les applications que
" lf!S physiologistes ont faites d'un livre dont ils méconnais-
saient la thèse la plus essentielle.
■ Nedisonsdoncpointque les Asiatiques, en général, sont
des peuples efféminés et voluptueux; disons que tel est le
caractère de quelques nations de l'Asie méridionale; mais
excluons de ce nombre l'Arabe vagabond et le frugal
Druse, ie féroce Malais et les tribus indomptables des
Narattes.
" Nous conviendrons pourtant que les peuples de l'Asie
doivent à quelques circoBSiances géographiques des idéesi
politiques et morales très- différentes de celles qui régnent
■ C>) DeAcr. aqu. Im. 5 H9 -'') /W- S 7G. — '.») Ihid. < -■>, 73.
4o LIVBE CEMT VINGT-DNIÈME.
en Europe. La vie nomade et patriaicale est prescrite par la
nature elle-même à beaucoup de nations asiatiques j le
pouvoir illimite du père de famille devient donc nécessaire-
ment le type du pouvoir des monarques. L'absence des
grandes villes, peuple'es d'une bourgeoisie industrieuse,
empêche qu'il ne naisse chez ces nations aucune idée de
pacte social ni de liherté politique. Dans d'auties régions
de l'Asie, la fertilité uniforme du sol et la douceur con-
stante du climat, en récompensant trop rapidement le plus
léger travail , a étouffé presque dès sa naissance l'énergie de
l'esprit humain, qui , pour ne pas se ralentir, a besoin d'être
stimulée par le besoin et les obstacles. L'une et l'autre ma-
nière de vivre entraînent l'âme et le corps vers une paresse
qui, devenue héréditaire, semble annoncer chez les races
asiatiques une infériorité générale d'activité et de courage.
Cette lenteur d'esprit, en perpétuant quelques maximes
vertueuses, pacifiques et hospitalières, éternise aussi l'em-
pire des religions superstitieuses, sous le joug desquelles
on voit languir surtout l'Asie orientale et centrale; tandis
que le christianisme grec pénètre lentement par le nord ,
et que le mahométisme reste encore debout dans les ré-
gions occidentales. Maintenue par le même esprit de
routine dans toute l'Asie, le Japon seul excepté, la po-
lygamie avilit les liens de famille, et désenchante la vie en
privant le beau sexe de considération et d'inlluence, en
même temps que, contraire aux lois de la nature ('), elle
fait décroître la population et dégénérer les races.
■ Cette immobihté du caractère même n'est pas un phé-
nomène parllcuber à l'Asie; partout où la nature est plus
puissante que l'industrie, soit en bien , soit en mal , l'homme
reçoit du climat une impulsion invariable et irrésistible. Le
pasteur des Alpes, le pêcheur de l'Archipel, le nomade
(0 Comp. »ol. 11. p»g. Gi7 e( 65i. . ,, , ,,
ASIE : Généralités. ^i
Lapon, l'agriculteur de Sicile, ont-ils changé de caractère f
Seulement en Asie, les nations occupant plus d étendue, les
phénomènes de civilisation et de bnrbarie frappent davan-
tage nos regards.
» Cette même circonstance nous aide à expliquer pour-
quoi les grands empires sont plus communs en Asie qu'en
Europe. Il ne suffit pas de dire que les grandes plaines dont
l'Asie est parsemée ouvrent aux conquérans une carrièi'e
plus faciiej cela n'est vrai que pour les parties centrales;
mais combien de montagnes inaccessibles, combien de lar-
ges fleuves et de déserta immenses, n'offrent pas à d'autres
nations asiatiques des boulevards naturels et des barrières
éternelles! Dès qu'une nation asiatique n voulu profiter de
ses locahtés, elle s'est montrée aussi difficile à conquérir
que les peuples européens. Les Druses, les Kourdes, les
Marattes n'en sont pas les seuls exemples; nous pouvons
en citer un plus illustre : la chaîne des monts de l'Assyrie,
au nord'CSt de Babylone, franchie sans dithculté par
Alexandre , devint pour l'empire des Parthes un boulevard
devantlequel échouèrent les légions de ïrajan lui-même.
Les grandes conquêtes en Asie ont une autre cause; c'est,
comme nous venons de le dire , la grande extension de la
même nation. Les capitales de l'Hinduustan, de laClûne
ou de la Perse, s'étant rendues à un conquérant, Tim-
mense multitude de tribus, liées par l'usage d'une langue
commune, se soumet machinalement au même joug. Ces
grands empires une fois établis, leur succession devient
presque interminable par des raisons purement murales
cl politiques. Les nations de l'Asie, trop nombreuses et
trop disséminées, ne connaissent point le ressort du vé-
ritable patriotisme ; elles ne fournissent à leurs chef»
que des troupes sans zèle et sans énergie; elles changent
(le maître sans regret et sans secousse prolongée. J^es
•ouverains asiatiques, enfermés dans leurs sérails, n'oppo-
l\-î LIVRE CENT VI>GT-UmÈME.
sent qu'un vain faste à l'audace des conquéraiis : ceux-ci,
à peine assis sur le trône, se plongent bientôt dans la
niênie mollesse qui avait causé la chute de leurs prédé-
cesseurs. L'organisation des armées, composées en très-
grande partie de cavalerie , et le manque de places fortes,
ouvrent le champ à des invasions subites. Tout concourt
à rendre fucile la conquête totale de ces vastes empires
de l'Orient.
<< Mais cet état de choses est si peu fondé sur la géogra-
phie physique de l'Asie, que nous voyons aujourd'hui
l'Inde divisée en plus de cent souverainetés, la Perse dé-
membrée en partie, et la Turquie d'Asie prête à se dissou-
dre, Lhistoire ancienne nous montre toutes les régions de
l'Asie originairement partagées en beaucoup de petits
royaumes, dans lesquels la volonté du monarque trouvait
des bornes dans les droits de la nation : l'Asie a même vu
naître plusieurs républiques. La résistance qu'opposèrent
Tyr et Jérusalem aux conquérans du monde, n'était pas due,
quoi qu'en dise Montesquieu (i), à Xhérdisme de la servi-
tude. Les Persans de Cyrus n'étaient pas des esclaves, les
Scythes parlèrent au vainqueur de Darius le langage
d'hommes libres.
• L'étonnante rapidité des révolutions politiques en Asie
tient réellement à un fait dépendant de la géographie phy-
sique. ■ Dans cette partie du nmnde, dît Montesquieu W,
" les nations sont opposées aux nations du fort au faible;
■ des peuples guerriers, braves et actifs, touchent immé-
• diatement des peuples efféminés, paresseux, timides; il
■ faut donc que l'un soit conquis, et que l'autre soit con-
" quérani : voilà la raison principale de la liberté de l'Eu-
■ rope et de l'esclavage de l'Asie, ■ 11 faut combiner cette
remarque juste et profonde avec une autre vérité , prouvée
(') tsprit lies Lois.— (') /iirf. . liv. WU . di. „i. wu«tti.'Up»
►
ASIE ; Généralttés . 43
par la géographie physique, savoir, que l'Asie n'a point de
zone tempérée , point de milieu entre les < liinats très-froids
et très-chauds. Les peuples esclaves habitent la zone
chaude; les peuples conquérans, les régions élevées et
froides. Ces peuples sont les Tatares, les Afghans, le»
Mongols, les Mandchoux et aulres, compris vulgaire-
rnenC sous le nom de Tatares chez les modernes , et
sous celui de ScjiAes d'Asie chez les anciens. C'est ici une
tout autre nature physique et morale : le courage anime
leurs corps forts et nerveux; le bon sens est attaché à leurs
fibres gi'ossières; point de sciences, debeajx-arts, de luxe;
des vertus sauvages, une morale brute, à la vérité, mais
profondément gravée dans les cœurs; de l'iiospitalité envers
l'étranger, de la loyauté envers l'ennemi, une (idélité à toute
épreuve envers leur nation et leurs amis; à cùté de ces
bonnes qualités, l'amour de la guerre, ou plutôt du pillage,
de la vie nomade et de l'anarchie. Tels étaient les Scythes,
tels sont les Tatares. Ils bravèrent la puissance de Darius;
ils donnèrent une grande et sublime leçon à Alexandre-le-
Grand j ils entendirent le bruit des armes victorieuses de
Rome, mais ils n'en sentirent pas le poids, plus de vingt
fois ils ont conquis l'Asie et l'Europe orientale; ils ont fondé
de&Etats en Perse, dans l'Inde, en Chine, en Russie. Les em-
pires de Tamerlan et de Tchinghz-Khan embrassaient la
moitié de l'ancien continent. Cette vaste pépinière des na-
tions semble aujourd'hui épuisée, il ne reste que très-peu de
Tatares formellement indépendans, mais ils sont les maîtres
de la Chine, et plutôt les alliés ou les vassaus que les sujets
de la Russie.
Nous remarquerons ici les limites des deux zones dans
lesquelles l'Asie est partagée, par rapport à son climat et
à ses productions. Si l'on tire une ligne le long du Caucase,
autour des bords méridionaux de la mer Caspienne , le long
des montagnes qui bornent en partie la Perse vers Cache-
44 LIVRE CENT vmGT-CNlÈME.
mire , à travers le Tibet j ensuite , en tournant au nord-est ,
à travers les parties septentrionales jusqu'au nord de la
Corée, alors on aura à peu près tracé la limite entre les
climats chauds et froids de l'Asie. Il est naturel que les
frontières de l'une et l'autre zone se confondent quelque-
fois. C'est aussi sur les frontières que se trouvent quelquefois
des climats semblables à ceux de l'Europe, surtout dans
l'Asie occidentale. Généralement parlant, la limite indi-
quée marque le passage rapide du froid à la chaleur. Le
rii et le maïs servent d'aliment aux nations méridionales;
le millet et l'orge à celles de la zone froide; sur la limite
on trouve des pays à froment. La nature offre aux régions
méridionales des fruits déUcieux, et en partie des aromates
piquans ; les contrées septentrionales sont privées même
des productions des vergers de l'Europe boréale. La région
où habitent les rennes marque, dans le nord et le nord-
est (i) , le vaste espace qui est et qui sera long-temps inac-
cessible à toute culture. Les Tatares, les Mongols, et en
partie les Persans, doivent au grand nombre de chevaux
qu'ils possèdent leur goût pour les courses, le brigandage
et la guerre. Dans tout l'Occident, le chameau sert à multi-
plier les communications commerciales et les relations
mutuelles des peuples. L'éléphant, utile à l'agriculture, et
jadis si redoutable à la guerre, a influé sur l'antique civili-
sation de rinde. La Chine, privée en grande partie du
secours de ces divers animaux, y a suppléé par ces millieis
de barques dont ses rivières sont peuplées. Le défaut de
bois de construction a obligé l'habitant du plateau central
et du nord de l'Asie à se loger dans des tentes couvertes
de peaux ou d'étoffes, les unes et les autres provenant de
ses troupeaux. Une nécessité semblable a produit le même
résultat en Arabie, Au contraire, dans l'Inde et d'auties
fij Voj« noire Vd, ll.liv.XLV, Oéogi-aphie loohgique. •
Asir 1 Généralités. ^5
contrées ricbes en bois, mais surtout en bois de palmiers,
l'usage des maisonnettes légères a ete trouvé aussi con-
forme à la paresse des indigènes qu'à la douceur du climat.
L'un et l'autre genre d'habitations n'offrant rien de stable,
rien de solide , les villes d'Asie disparaissent comme les
empires dont elles sont les centres momentanés. Ce carac-
tère général des habitations asiatiques exclut nécessaire-
ment le goilt des meubles précieux, des tableaux, des
statues j ainsi, les beaux-arts n'y feront jamais de grands
progrès. D'un autre côté , l'uniforme influence d'un climat
qui détermine impérieusement les genres de culture et
d'atimens propres à cliaque région , l'influence non moins
irrésistible des religions superstitieuses, des lois despo-
tiques et des mœurs sei-viles, bannissent de l'àme de l'Asia-
tique ces vives et libres émotions qui, en Europe, exaltent
un cœur ami des lettres et des sciences. Ainsi les diverses
régions de l'Asie offrent partout d'antiques ébauches d'une
civilisation à laquelle les avantages et les désavantages
physiques impriment un caractère ineffaçable j mais aussi
partout cette civilisation s'est arrêtée à un degré bien
inférieur à celui qu'ont atteint les peuples de l'Europe
moderne, u
L'Asie, comme nous l'avons dit ailleurs, se vante d'avoir
donné à l'Europe ses céréales ainsi que la plupart de ses
plantes potagères et de ses arbres fruitiers. Cette assertion
est sans doute fort exagérée; mais, si l'on doit entendre
par-là que la culture des végétaux les plus utiles à l'homme
a été importée de l'Asie en Europe, et non pas les végétaux
eux-mêmes , on ne fera qu'énoncer une opinion très-pro-
bable, fondée sur une autre opinion qui ne l'est pas moins:
c'est que l'Asie, attendu l'élévation de quelques unes de ces
régions , doit avoir été le plus ancien point de centre de la
civilisation. La rhubarbe, objet d'un grand commerce , est
originaire de cette partie du monde : elle croît spontané.
40 LIVRE CENT VINGT-DBlÈSIE.
ment , çâ et là , au milieu des déserts du plateau central ,
ainsi que le polystichum harometz, plante singulière que
l'on s classée parmi les fougères, et dont la tige, couverte
de long» poils, et la racine tortueuse, prennent sous les
ciseaux des formes bizarres, imitent même celle d'un ani-
ma! , et lui ont valu le surnom d'agneau de Tatarie.
La région septentrionale offre plusieurs zones de végé-
tation bien différentes : près des sources du fleuve Amour,
le chêne et le noisetier sont faibles et languissans ; le tilleul
et le frêne cessent vers l'Irtychei le sapin ne dépasse pas
le 60* parallèle; d'épaisses forêts de bouleaux, d'ormes,
d'érables et de peupliers bordent le cours des fleuves. Li;
pin cimbro {^pinus cimbra), qui couronne en Europe la
cime des monts, s'élève au milieu des plaines humides de la
Sibérie, où il atteint, suivant Gnielin, une taille gigan-
tesque ; mais il n'étale toute sa magnificence que sur les
terres à l'ouest de l'Ienisseï : à lest de ce fleuve il diminue
de grandeur, et vers le bord de la Lena il ne dépasse guère
la taille des arbustes. Le peuplier blanc est tellement com-
mun en Sibérie que PuUas s'étonnait que le coton qu'il
porte n'y fût pas utilisé ; le peuplier haumier, qui dans nos
jardins n'est qu'un arbrisseau, élèi'e majestueusement sa
tige et répand dans les airs les molécules odorantes de ses
bourgeons résineux. La Sibérie ne produit ni pommes ni
poires : les fruits insipides du poirier sauvage de la Daourie
{pyrus baceata) et du poirier à feuilles de saule, sont di:
la grosseur d'une cerise; l'abricot du même pays est d'un
goût aigrelet. Le merisier à grappes ( cerasusptuliis'), qnî
croît dans la Sibérie méridionale jusqu'au Kamtschatka,
porte un petit fruit douceâtre; celui d'un autre arbre (pru-
nus fruticosa ) , commun dans les steppes, sert à faire une
sorte de vin. On tire aussi des baies de plusieurs ronces et
de diverses airelles une boisson agréable. Un grand nombre
de plantes ornées de (leurs brillantes sont indigène» de la
ASIE : Généralités. 4^
Sibérie: le muguet, la violette, l'ellëbore noir, le vératre
blanc , l'iris jaune-blanche ( iris ochroleuca ) , l'îris des près
(î>M sibirica), l'anémone, la potentille, la gentiane des
marais et l'élégant astragale des montagnes offrent en beau-
coup d'endroits l'assemblage des couleurs les plus variées,
ou répandent des parfums dont le mélange rappelle les
contrées les plus méridionales. Le joli robinier caragan ,
le dapbné altaïijue, dont les rameaux velus portent des
fleurs d'un beau blanc, l'amandier nain, la gentiane altaï-
que, l'oeillet superbe ( dianthus superbus^ que l'on cultive
dans nos jardins , et la valériane croissent sur les flancs
des monts Altaï, tandis qu'à leurs pieds fleurissent l'aster
de Sibérie aux fleurs bordées d'un violet pourpré , la tulipe
sauvage et le rosier à feuilles de pimprenelle. Sur les autres
montagnes on trouve la gentiane croisette et la gentiane
des neiges j mais c'est en Daourie que la flore sibérienne
étale ses principales richesses : les monts se couvrent de
deux espèces de rhododendrons, l'un à fleurs rouges et
l'autre à fleurs jaunes, d'églantiers, de spirées à feuilles de
millepertuis, à feuilles crénelées, à feuilles d'ormes, à
feuilles lisses , à feuilles de saule et à feuilles de sorbier ;
dans les plaines croissent les anémones pulsatiles, vingt
espèces de potentilles et de centaurées, la pivoine offici-
nale à fleurs d'un beau rouge, la pivoine an orna e dont la
racine sert de nourriture, la pivoine à fleurs blanches dont
la graine infusée dans l'eau bouillante donne une sorte de
tîère, et la pivoine à feuilles menues ornce de fleurs cou-
leur de pourpre.
Ces nombreux végétaux et plusieurs autres encore ne
dépassent point les limites tie la Daourie; ceux qui crois-
sent dans les monts Altaï continuent à se montrer sur les
hauteurs qui bordent l'Obi. En remontant l'Irtycbe on
retrouve quelques plantes des régions élevées de l'Europe;
■ inais dès qu'on passe l'Ienisseï la végétation devient plus
■^
H
48 LIVRE CEMT VINGT-UKIÈME.
pauvre, et enfin au-delà du cercle polaire jusqu'au bord de
l'océan Glacial , aux chétifs arbrisseaux succèdent des
mousses et des lichens.
Suivant M. Guillemin, la plupart des plantes qui carac-
térisent la Tégétation du nord de l'Asie appartiennent aux
familles des crucifères, des cypéracées, des gentianées, des
graminées, des légumineuses , des ombelUjeres, des renan-
culacées, des rosacées et des synanihérées. Le genre spirœa
est presque entièrement indigène de la Sibérie ; il en est
de même du genre astrsigalus.
La végétation de la Mantchourie, de la Corée et du
nord de la Chine, diffère essentiellement de celle de la
Sibérie et du plateau central. De magnifiques forets bor-
dent le fleuve Amour; au pied des montagnes qui limitent
ces contrées au sud , croissent le mûrier, l'abricotier et le
pêcher; leurs flancs sont garnis des mêmes arbres qui
peuplent les forêts de l'Europe centrale ; les pins couron-
nent leurs sommets; les plaines basses se couvrent de
rosiers, de lis et de muguets; les bords des ruisseaux sont
garnis de saules, d'érables et de bouleaux; la lisière des
grands bois est ornée de pommiers, d'azeroliers et de
massifs de noisetiers. Les mêmes plantes se présentent dans
la Corée accompagnées de citronniers et d'orangers ; sur
les montagnes croissent le ginseng à cinq feuilles {panax
quinquefolium) , dont la racine est considérée par les Chi-
nois comme un précieux analeptique et comme un excel-
lent aphrodisiaque, et le panic millet, dont on obtient
par la fermentation une liqueur enivrante, et dont la
graine, réduite en poudre, fournit au peuple son principal
aliment.
La flore japonaise, malgré la présence de plusieurs
végétaux de l'Inde , tels que les genres amoninm canna ,
earissa, dioscorea laurus , etc., présente une singulière
analogie avec la flore européenne : on y rencontre des
ASIE : Généralités. 49
allîum, des campa/ml/a, descarex, des euphorbia, des in'*,
des veronica, etc. Les principales espèces pai'ticulières au
Japon sont le rhus vernix, célèbre par le vernis qui en
découle, le lilium japonicum, le sophara japonica et le
spirœa japonica , toutes célèbres comme ornemens de nos
jardins.
La région méridionale de l'Asie offre deux zones de
végétation importantes. La seule flore chinoise, si elle était
plus connue, pourrait être l'objet d'une longue descrip-
tion. Un arbre à cire, qui n'est pas cependont le myrica
cerifera, et l'arbre à suif (^croton sebiferum') offrent à
l'industrie une matière recherchée pour l'éclairage ; le sumac
vernis , le mûrier blanc et le mûrier à papier, le camphrier
( laurus camphora), le camelUer à feuilles étroites (^cameUia
sasanqua), donc la feuille fournit par la décoction un
parfum recherché pour la toilette des Chinoises, et dont la
graine donne une très-bonne huile , le jujubier, le cannel-
lier, la pivoine en arbre {^pœonia moutan ) , à laquelle sa
beauté a fait donner par les Chinois le surnom de reine des
fleurs; V hortensia, qui fut long-temps l'une de nos princi-
pales plantes d'agrément ; le magnifique aster, connu sous
le nom de reine Marguerite; la jolie primevère, introduite
depuis peu dans les jardins de l'Europe sous celui de
primula sinensis; la magnifique légumineuse à Heur couleur
de lilas que l'on cultive dans nos parterres et que l'on ap-
pelle ^^««e*(ne/MÛ;plusieurs espèces de magnollers, entre
autres le pourpre et le yulan , recherchés comme ornemens
Aes'yaLtA\'a&,\keme}'ocallis japonica, qui ressemble au lis par
la forme et le surpasse en beauté; enfin un grand nombre
de rosiers, le thé [thca viriiiis) et ses diverses variétés,
■ont les principaux végétaux de la Chine sous le rapport
de l'élégance et de l'utilité. Nous ne devons point oublier,
parmi ceux qui constituent une branche importante
de commerce, XiUininm anisetum, qui fournit l'anis étoile
VIII. 4
5o LIVRE CENT VINGT-DHIÈME.
que l'on emploie dans la préparation de la liqueur appelle
anisntte.
Dans la presqu'île de Maiacca, des forêts où croissent
l'aloès, le bois de santal, la casse odorante [cassia odo-
rata ) et plusieurs autres arbres précieux, conservent toute
l'année leur brillante verdure; tandis que dans les plaines
et les vallées l'air est embaumé par les exhalaisons d'une
Innombrable quantité de fleurs. Le teck , arbre dont le bois
dur et presque inaltérable est si utile dans les construc-
tions , et dont les fleurs passent pour un bon remède contre
l'hydropisie , fait l'ornement des forêts de la Cochincbine,
de la presqu'île de Maiacca et des bords du Gange. Le
plaqueminier bois d'ébène [diospyros eberium), est indi-
gène de la Cochincbine ; dans toute l'Indo-Chine , le bana-
nier, l'aloès, le calaba qui fournît la résine employée en
médecine sous le nom de àaume- marie, le nauclée d'orient,
dont te bois, d'un beau jaune, est employé à faire des
meubles, rivalisent en élévatiou et en l>eauté.
Dans l'Hindoustan, le bambou qui forme d'épaisses forêts ,
s'élève quelquefois à 60 pieds de hauteur et produit un suc
utilisé en médecine j l'indigo croît spontanément dans le
Goudjérate, Le cocotier doit être rite parmi les arbres les
plus précieux de l'Inde; outre l'aliment et la boisson que
fournit la noix de coco , le brou filamenteux qui l'entoure
sert à calfater les navires et à faire des cordages. Le figuier
des pagodes (ficus religiosa), dont le tronc atteint 10 à
i5 pieds de circonférence, est en vénération chez les Hin-
dous, parce qu'ils croient que Vichnou est né sous son
ombrage; le figuier des Indes (Jicus indica), dont les im-
menses rameaux retombant à terre y poussent de nouvelles
racines , et forment dune seule tige une vaste forêt , excite
l'admiration des voyageurs. Nous devons encore citer plu-
sieurs végétaux bien connus : le balisier, le gingembre, le
cardamome et le curcuma. Le poivre noir (piper lugnim )
ASIE : Généralités, 5 1
«t le bétel [piper bétel ) croissent sur la côte de Malabar.
ÏjB laurus campkora qui donne le camphre, et le laurus
einnamomum qui fournit la cannelle, peuplent les forêts
de l'île de Ceyian. L'Inde possède dans la famille des légu-
mineuses un grand nombre de plantes utilisées dans la
pharmacie et dans les arts : telles sont le tamarinier ( tama-
rindus indica), dont le finit est purgatif; fe moringa olel-
^™, qui fournit l'huile de ben; plusieurs espèces de casses,
enâii le cœsalpinia sappan, qui donne une teinture qui
nvalise avec celle du bois de Brésil. A côté de ces végétaux
remarquables, l'Inde voit croître la plupart des arbres
fruitiers de l'Europe. Ceux qui peuplent les forêts ap-
partiennent principalement aux genres avicennia , œgi-
ceras, rhizopkora. Près des habitations, les habitans de
J'Inde cultivent pour leurs fruits les mangifera , les eugema ,
\t& elate et les arlocarpus et le mangouste (garcirua maa-
gostana ) qui donne le fruit le plus délicieux. Nos serres se
sont enrichies du daphne indica , dont l'odeur est si suave ,
et nos parcs doivent leur plus bel ornement au beau m-AV-
laoniev [œsciLÎus hippocastaniim) si répandu aujoui-d'hui ,
et qui croît naturellement dans l'État du Neypâl.
Quoique la Perse ait perdu presque toutes ses antiques
forêts, la végétation y offre encore de grandes richesses ;
celle de sa région méridionale et maritime se couvre d'une
partie des plantes de llIindousCan : les vallées de Schiraz
sont garnies de platanes , d'azeroliers , de saules pleureurs
et de peupliers d'une hauteur extraordinaire; à l'ombre
de ces arbres , l'anémone étale ses teintes d'écarlate et de
'bleu; le jasmin, ses Heurs d'une éclatante blancheur; tes
' tulipes et les renoncules, leurs couleurs variées. Au nord-
est les montagnes sont ombragées de lauriers, de buis et
de térébinthes.
Les plaines élevées de la Perse et de la Tatarie produi-
sent une foule de plantes salines. Vers les bords de la mer
5a LIVRE CENT VIKGT-UNIÈME.
Caspienne et de la Méditerranée la végétation prend une
■physionomie européenne, et les forêts reprennent leur
vigueiir; en grimpant à travers des bosquets d'églantiers
et de chèvrefeuilles sur les flancs inégaux des collines, on
est bientôt entouré d'acacias, de chênes, de tilleuls et de
châtaigniers; au-dessus d'eux, les sommets se couronnent
de cèdres , de cyprès- et d'autres arbres verts ; le frêne pro-
duit la manne, et le sumac croît en abondance. L'indigo-
tier à feuilles argentées ( indigofera argentea ) croît sans
art siu' les bords du Jourdain; sur ceux de l'Oronte
J'olivier s'élève à la hauteur des hêtres; le mûrier blanc
fait la richesse du pays des Druses. Dans les plaines qui
entourent le Liban on trouve réunis tous les fruits de
l'Europe.
L'Arabie ofïre eRcore une autre nuance de végétation;
les palmiers ombragent de nombreuses oasis; les plaines
sablonneuses produisent les mêmes plantes salines que
l'Afrique septentrionale , mais les côtes de la mer présentent
un aspect plus riche et plus varié. Les ruisseaux qui des-
cendent des montagnes entretiennent sur leurs bords une
verdure agréable; un grand nombre de plantes de l'Inde
et de la Perse y sont indigènes : tels sont le tamarinier, le
coioiiniei', le bananier, la canne à sucre et diverses espèces
de melons et de courges. Mais l'Arabie heureuse se glorifie
de deux arbres précieux : le cafeyer ( coffœa arabica'^ et
le baumier ( ainyris &pobalsamum ). Dans les terrains sa-
blonneux on voit croître spontanément le palmier éventait
(^ corypha iimbraculifera'), arbre commun dans les Indes
orientales, et le mimosa nilotica, qui fournit la gomme
arabique et qui se trouve en abondance sur le sol africain.
Ainsi, sous le rapport de la végétation, l'Arabie se lie à
l'Afrique et à l'Asie orientales.
Pour rendre plus complète cette esquisse de la végéta-
tion, nous devons dire que le riz, originaire de l'Inde,
I
ASIE : Généralités. 53
esL le principal ulinient des peuples de l'Asie méridionale;
que le millet et l'orge sont la nourriture de ceux de la zone
septentrionale , et que ce n'est que sur la limite des régions
que l'on trouve les pays de froment.
Le règne animal est tellement riche eu Asie, qu'il est
indispensable d'en donner une idée. Sur les côtes méri-
dionales les zoophftes brillent des plus vives couleurs :
ici ce sont des coralinées roses, vertes, jaunes, bleues, ou
d'une teinte pourprée; là des gorgones étalent leurs rami-
fications en forme d'éventail k côté des rameaux violets
de l'alcyon plexaurée; plus loin, la marée en se retirant
laisse sur le rivage une foule d'actinies que leurs couleurs
variées ont tait nommer anémones de mer, et qui donnent
à la plage l'aspect d'un brillant parterre de fleurs: l'holo-
thurie trépan est recherchée à la Chine comme aliment
aphrodisiaque.
Les mei'S qui baignent le continent indien nourrissenl
les mollusques conchifères les plus remarquables par l'élé-
gance de leurs formes et la richesse de leurs couleurs: tels
sont parmi les bivalves la donace à réseau; la cythérée
dont les Chinois et les Japonais se servent dans leurs jeux;
celle que l'on a surnommée impudique; la belle cythérée
pourprée et celle qui sous le nom spécifique de cedo-iudli
fait l'ornement des collections; la jolie venus levantine;
l'élégante buccarde cœur-de-vénus; l'arche bistournée,le
tridacne gigantesque, dont les deux valves qui servent de
bénitiers dans l'église de Saînt-Suipice à Paris ne donnent
qu'une faible idée de la taille de cette coquille; la pinta-
dine, qui fournit les plus belles perles fines et la nacre em-
ployée dans les arts; ta précieuse houlette; le peigne man-
teau-ducal; les plus belles espèces du genre spondyle,
l'huître rayonnée de 8 à 9 pouces de diamètre; la pla-
cune vitrée que les Chinois emploient comme vitre. Au
nombre des univalves nous citerons l'ombrelle de l'Inde;
54 LIVKE CKHT VINGT-DMIÈME.
Ja jolie espèce appelée bulle fasciée; l'anostonie déprimée;
la jolie stomatelle rouge; la scalaire surnommée précieuse;
les espèces de troque les plus recherchées; le monodonte
connu sous le nom de pagode ou de toit-chinois; le
beau turbo marbré et celui qui doit à son intérieur d'un
jaune éclatant le surnom de bouche d'or; la fasciolaire
orangée remarquable par sa coloration; le rocher tète de
bécassine; le grand triton émaillé, qui atteint quelquefois
i6 pouces de longueur; le rostellaire bec-droit; le pté-
rocère araignée; l'éclatant casque rouge; la belle harpe
ventrue , dont les côtes pourprées se détachent sur un fond
lilas; la mitre papale, la plus grande et la plus belle de
son genre; la volute impériale, non moins rare; la belle
porcelaine argus ; enfin , la précieux cône appelé cedo-
nulli.
Si ces mollusques méritent d'être cités, quelques uns
uomme servant à la nourriture de l'homme, d'autres
comme objets de luxe ou comme utiles dans nos arts, nous
ne devons point oublier parmi ceux qui, dépourvus de co-
quilles, habitent les mers de l'Asie, la sèche tuberculeuse,
si importante pour les Chinois, qui fabriquent, avec la
matière colorante qu'elle sécrète, la substance connue sous
le nom d'encre de la Chine.
Une grande variété de zoophytes, tels que les polypiers
pierreux, les polypiers corallîgènes, les holothuries et les
actinozoaires , gai'nissent les côtes de l'Asie méridionale et
orientale, ainsi que celles des îles qui en dépendent.
Les crustacés des mers méridionales de l' Vsie sont les
squilles ou mantes de mer, animaux armés de longues
arête.s et d'épines, et dont la chair sert communément de
nourriture; le palémon carcin, espèce comestible ornée de
belles couleurs bleues. Les langoustes, mouchetées de
blanc sur un fond bleu; la niaïa à crête et la maïa pipa,
qui pone ses œufs sur son dos; le itiittule vainqueur, dont
ASIE : Généralités. 55
le corps Mil Dchâlre est parsemé de points rouges, et le crabe
bronzé, sont les plus remarquables des ■animaux de cette
classe.
Parmi les poissons des mers asiatiques, se trouvent des
squales de grande taille, deskalisles, des aleutères, des
chetodons, des labres et des murenoplus. Le plus célèbre
des poissons d eau douce , celui qui fournît une uourriture
abondante et délicate est le gouramy. Le Gange nourrit
une espèce particulière de dauphins, connue de Pline sous
le nom de platynista.
L'Asie est aussi la patrie d'un grand nombre de reptiles
remarquables : l'Euphrate possède une tortue particulière
qui offrirait aux habltans de la Turquie asiatique un ali-
ment succulent, si, par un préjugé religieux, ils ne repous-
saient sa chair; sur la cote de Curomandel vit la plus
grande tortue terrestre que l'on connaisse, c'est celle que
l'on a surnooimée la tortue indienne: sa carapace, d'un
brun foncé, a plus de trois pieds de longueur. Le Gange
et le Brahmapoutre sont peuplés d une innombrable quan-
tité de crocodiles vulgaires, et principalement de ceux à
long bec, qui appartiennent au genre gavial. L'île de Ceylan
passait chez les anciens pour être la patrie de ce serpent
appelé amphisbène, dont le corps desséclié et réduit en
poudre fut long-temps regardé comme le meilleur spécl-
£que contre les fractures, parce que l'on prétendait que,
I lorsqu'on coupait ce reptile en deux, leurs moitiés se réunis-
saient, malgré tous les efforts pour les empêcher de le faire;
mais aujourd'hui le nom d'amphisbène est réservé à un
genre qui liabite l'Amérique. Dans les marais de l'Asie
jiiéridionale , Xhjdrophis obscur et Vhydrophis à bandes
bleues, espèce de serpens aquatiques, dont la blessure est
dangereuse, poursuivent les poissons et les autres habltans
des eaux. C'est au Goromandel et au Malabar que l'on
trouve, dans les bois et sur tes chenil us, ce redoutable
56 LIVBÉ CEHT VIHGT-UHIÈME.
naja^ surnommé la -vipère à lunettes, dont la morsure
donne en quelques instans la mort, que les jongleurs in-
diens apprivoisent, et qu'ils font danser au son de la flûte,
avec laquelle ils prétendent le charmer; tandis que le
peuple réserve à ce reptile une sorte de culte, que le su-
perstitieux Hindous lui porte des alimens dans les lieux qu'il
fréquente , que les brahmines le conjurent, et font de sa re-
présentation le principal ornement de leurs pagodes. Les
autres reptiles les plus répandus, surtout dans les régions
méridionales , sont les crocodiles bi-carénés , les monstrueux
pythons, et Voiilar^limpê dont la pîqûi-e donne la mort avec
des douleurs atroces.
Le gibbon, l'un des plus paisibles singes, habite la côte
de Coromandel ; le doue , le plus remarquable des qua-
drumanes par les vives couleurs de son pelage; et le /V«-
sitiite masqué par la longueur de son nez se trouvent à la
Cochincbine; diverses espèces du genre ma caçwe peuplent
les bords du Gange, le Bengale et l'île de Ceylan. La Si-
bérie et le Tibet sont la patrie de deux ours différens de
ceux d'Europe; dans la presqu'île de Malacca, une autre
espèce se nourrit de miel , de fruits et de fourmis blanches.
C est dans les forets qui couronnent les montagnes de la
Sibérie que se réfugient plusieurs animaux précieux pour
leur fourrure : ces martes, ces • hermines , ces renards ar-
gentés, et cet écureuil samommé petit-gris. Les Chinois
font avec les Russes un commerce lucratif de la dépouille
des loutres du Kamtschatka. L'Arabie et la Perse nourris-
sent un /ion au pelage isahelle. Le chacal ne chasse que de
petits animaux ; le guépard, animal carnassier, que l'homme
n'a point à redouter, habite les contrées au sud du bassin
du Gange; tandis que l'audacieux tigre, la panthère, et le
léopard tacheté de noir, sont la terreur de toute l'Asie mé-
ridionale.
C'est de l'Inde et de la Perse qu'à la faveur des navires
ASIE : Généralités. S-j
marchands le sumiu/ot, ou le gros rat gris, émigra au
XVIII' siècle en Europe, où il a presque détruit l'espèce
indigène noire. C'est dans les contrées les plus méridionales
de l'Inde que Vit le plus grand et le plus intelligent des
éléphans, espèce toute différente de celle d'Afrique, et
que l'on voit ces éléphans albinos si recherchés par les
princes indiens. Le rhinocéros qui vit au-delà du Gange se
distingue de celui d'Afrique par son nez, armé d'une seule
corne, par sa taille plus grande et ses formes plus massives.
Les deux espèces de chameaux, celle à une et celle à deux
bosses, paraissent appartenir plus particulièrement à l'Asie
qu'à l'Afrique. Le chevrotain porte-musc, célèbre par le pro-
duit odorant qu'il sécrète , dirige ses pas timides dans les
lieux les plus solitaires des contrées montueuses de l'Asie.
Plusieurs des nombreuses espèces d'antilopes sont indigènes
de ce continent. L'Asie nourrit encore différens bœufs
sauvages, tels que le zébu, qui habite ses contrées les plus
chaudes^ Varni, qui se tient dans les hautes montagnes de
IHindoustan ; \e gour, espèce de bœuf qui habite par trou-
pes de quinze à vingt les forêts de l'intérieur; le yack,
qui aime à se vautrer dans la fange, et dont la queue
touffue sert d'étendard aux Orientaux. L'espèce de mouton
appelée argali, dont la corne, suivant Gmelin, présenterait
une longueur de 5 à 6 pieds si sa courbure était dévelop-
pée, et dont la force pourrait résister à celle de dix hom-
mes, est très-répandue dans les steppes de la Sibérie et de
la Tatarie. La chèvre , dont le poil soyeux donne aux châles
de Cachemire une souplesse particulière, habite les mon-
"tagnes du Tibet. On connaît encore, suivant M. Lesson,
I -dans les plaines de ces mêmes montagnes, six espèces de
CBT^ observées depuis peu d'années j telles sont Xhippélaphe
dAriatote, le cerf de WalUch et celui de Dui-aucel; des
I OMtiU^es bleues dont les cornes ont mis eu question , parmi
les auteurs anglais, l'existence fabuleuse de la limrne; ie
^1
^
58 LIVHE CENT VINGT-UNIÈME.
chitckara, élégant quadrupède, qui porte quatre cornes.
Dans les forêts dn Bengale, ou trouve aussi ces charrnaniî
axis mouchetés de blanc qui appartiennent au genre Cert
et dont la femelle ne porte point de bois; dans les forêts
d'Orissa, ce jungligau , souche des bœufs de l'Inde, comme
ïurus est celle des bœufs de l'Europe; dans l'Inde, au-delà
du Gange, le buj)2e à la peau noire et demi-nue, qui aime
à se vautrer sur les rivages fangeux de la mer et des fleuves ;
et , dans la presqu'île de Malacca , le tapir bicolore qui rap-
pelle lazoologie américaine. Enlin, sur les bords du Gange,
le tigre, rayé de noir, se tapit au milieu des roseaux d'où
il guette l'homme pour le dévorer,
L'Asie nourrit des oiseaux de grande taille et d'autres
ornés du plumage le plus riche et le plus varié. Ce sont les
gigantesques vautours, les aigles et \es faucons ; des essaims
de perroquets brillans de raille couleurs; des ioris au plu-
mage cramoisi; \a perrucfte -verte, le cacatoès, d'un blanc
éclatant; le couroucou aux plumes dorées; le drongo aux
plumes d'azur, et le calyptotnène vert qui rellète la teinte
de lemeraude. Dans le NeypAI on trouve ces faisans si
riches en couleurs et cespaons magnifiques que nous avons
naturalisés en Europe. La presqu'île de Malacca possède ce
beau crfptonix et ce magnifique luen dont l'immense queue
est semée de mille yeux, qui l'ont fait surnommer argus.
Enfin les eniomologisies savent combien sont variés les
insectes de l'Asie : tous ceux qu'on a rapportés de ses con-
trées orientales, et particulièrement de la Chine, sont dif-
férens de ceux de l'Europe et de l'Afrique ; une partie des
papillons que Linné désigne sous le nom de troyens sont
propres à l'Hindoustan; le genre antlUe se trouve au Ben-
gale; la Chine méridionale donne naissance au papillon
priamus et au bombyx atlas.
ASIE : Généralités.
TABLEAU
i DES MOHTACHEa
fVMea-iin-niro
j , . . 1 , . I Ulriktou ou Jlas-u
«paJelAlU,, •,i.'&,V«l.l
il^ Bokhda-oola
Groupe du Thian-chan ... j Le volcan appelé Pi-chan
(Poiot culmioanL des monls Bolor...
(jroupe de l'Himalnja.
fLe Tchamoutari
I Le Dhavutadgiri
1 Le Djavahir
{Picconnusousladénoi
I Idem . Idem
I Idem. Idem
\Idem. Idem
3373?
3So8
3ï7o
3oS5
83 75?
8555
;845
Groupe du Taurus 1
Groupe de l'anti-Taurui-
Groupedu Liban
Groupe des idodU Elveiid .
Le moiit Jn^s 4871?
Le Liban 33t3
VÀrarat 5i6j
4677
I Pointe culminang 'V° ^ ^600
Point culminant des Ghattes occi-
\ dentales 3900?
:iupc des Glialtra orcid.- Le Taddiandamalla 1730
I Le .^nurc^uni-fiel. point culminant
desmorUi Nit-ghtrriei i68o
6o IIVRE CENT VINGT-UHIÈME,
TABLEAU
DES sivisioirs 1
I. Région du Caucate j G Éorsle Grande Abasie. Im^rc-
(Anatolie. Caramanie. Slvas. Tr^-
\\. Eigioii d'Asie mineure ! bisonde. Iles de Chypre, de
( Rhodes, etc.
i t^rmémc. Kourdistan. Mésopota-
III. Jtégiond'Eufihnue et eùi Tigre.} mie ou Al-Djésireh. Bahylonje
( ou Irac-Arabj.
IV. Bégion du mont Liban | Syrie avec Palestine,
V. Bégion ^Arabie {Arabie.
VI. Bégion de Perse [Perse.
/Grande Boukharte. TurkeKtau oc
Vil. Bègio„del-0^>etdulacA,^l.\ ^''^°'='- ?'"P"^ '^'^ ^^S";"-
^ 1. jï u . Turcomanie ou pajs des
Trouchmèncs.
vm. j,.j,i„ A «.„,„ „„«, f "tkhïi..*'""'"'"' '■"'"■
IX. BigiondetOèi et de l'Ienisseï,., [ Sibérie occideulale.
X. Bégion du Nord-Est 1 ^^ Silërieorientule.avec le fUmt-
^ ( schalka comme appendice.
VI n > ' In 1 (Tatarie, dite chinoise, avec la
XI. Région du fleure Ammtr \ Corëc comme .ippendice.
^ (Iles Kouriles. Tchnka et Yeso.
'!^\\. Bégion iniuiaire d'Eu ( Iles du Japon. Lieou-Kieou.
\ Formosc .
XIII. Région du fleurie Bleu et du\r.i,- , .-,
s 1 "^ j " [Chine proprement di(e.
fleuve Jaune ) "^ '
XIV. Bégion det sources du Gange. \ Tibet,
XV. Bégion du Gange |Hindoix5tan oriental.
XVI. Bégion de l'Indiis | Hindoustao occidental
1 Péninside de l'Inde en-deçà du
XVII. Bégion du Decan ! Gange , avec Cejlan et 1rs Mal -
f dives comme appendice.
! Péninsule de l'Iude nu-delii du
Gance. Empire Birman. Royau-
LIVRE CENT VINGT-DEUXIÈME.
Sditk de la Description de l'Asie. — Pays Caucasiens Mumis k
Russie, ouGéoigic Grsude Abasie,IinéreUiie, Hingrelie,Cb
• Les régions que baigne la mer Caspienne au sud-est,
(ju'arrosent au sud les fleuves du Kour et du Rionî ou
Phasia, et qui comprennent tout le versant méridional du
Caucase, forment une sorte d'isthme qui lie l'Europe à
l'Asie occidentale. -
La largeur de listhme est de i6o lieues géographiques
entre l'embouchure du Rioni et, le golfe de Bakou.
1 On n'est pas d'accord surl'étymologie du nom de Cau-
ceue, si célèbre en histoire et en poésie. L'opinion ta plus
vraîserablable le considère comme un composé des mots
persans Kok, signifiant montagne, et de Knf, c'est-à-dire
montagne blanche. Dans l'ancien persan, ce nom est Koh
kafsp. Celle opinion s'appuie sur un passage d'Eralosthène ,
où ce savant assure que les indigènes du Caucase rappe-
laient Caspios (i) ; mais Pline dit que le nom indigène était
Graucasusy d'origine scythique, nom qu'on peut expliquer
du gothique (2). >•
Suivant M. Klaproth , toutes les hautes montagnes qui
forment des limites de pays sont encore appelées Kaffor
les Persans. Les Arméniens donnent à cette chaîne les noms
àeKov-lasetduKai'kaset, dans lesquels on retrouve l'an-
cienne étymologie persane. Mais les Persans le nomment
aujourd'hui El-brovz, qui signifie monts formant des pics.
Les Géorgiens l'appellent quelquefois Themi; cependant,
(0 Eommel, Caucasi Slral>oniana Descriptio , p. Gi,
6a LIVRE CENT VINGT-DEUXIÈME.
à l'exemple des Nogaïs et des Kouiiiouks, ils le désignent
sous le nom de ïal-bouz ou lel-bouz , dont l'origine est
turque, et qui signide crinière de glace.
" Les anciens ont comparé le Caucase aux Alpes, sous le
rapport de lelévation. Il est certain que le milieu de la
chaîne est hérissé de glaciers, ou blanchi de neiges éter-
nelles (■)■ Reineggs prétend que l'Elbourz ou XAlbanlj (2) ,
sommet du Caucase, n'a que 54oo pieds d'élévation au-
dessus du niveau de la mer Noire; mais on sait aujourd'hui
qu'il est trois fois plus élevé. Au midi, le Caucase joint les
nombreuses chaînes du mont Taurus, qui parcourent toute
l'Asie occidentale; au nord, il borde presque immédiate-
ment les vastes plaines où erraient jadis les Sarmates, et
où errent aujourd'hui les Cosaques et les Ratmouks ; à l'est ,
il domine par des précipices escarpés sur la plaine étroite
qui le sépare de la mer Caspienne (3) ; à l'occident, ta haute
chaîne se termine brusquement au nord de la Mingrélie
par des montagnes escarpées , les Manies Ceraumi des an-
ciens; les chaînes inférieures se prolongent ensuite, en
côtoyant les bords de la mer Noire, et en formant les
montagnes basses qui séparent les Circassiens des Abases,
et que les anciens appelaient Montes Coraxici. Un promon-
toire qui se projette dans la contrée des Circassiens, si
riche en bons cbevauii, se nommait, chez les anciens,
Hippici Montes; chez les modernes, il porte le nom de
Beesch Tau.
1 Les deux principaux passages du Caucase sont désignés ,
chez les anciens, sous le nom de Portes Caucasiennes et
Alhaniennes. Le premier est, sans contredit, le déKIé qui
conduit de Mosdok à Tiflis; c'est l'étroit vallon de quatre
(') Gulétnttedt , Voyagea, I, 43^ (en ail.), fleineggi, Descript. <tu
Caucase, elc. , I, iG (en bII.). Gomp. Procop., Bell. Golh, IV, cap, K.
(') Gmeiin , Vojage , III , 3f35. — (') Dnfiori/y ou fiory, mot persan
aignifiant montagne (H'ahl.).
ASIE : Pays Caucasiens. 63
journées, où, selon Strabon , coulait la rivière Aragon,
aujourd'hui Arakiiii^). C'est, comme Pline dit, un énorme
ouvrage de la nature, qui a taillé une longue ouverture
parmi les roctiers, ouverture qu'une porte de fer grillée
suffirait encore pour intercepter W ; c'est le passage par
lequel, selon Priscus, les barbares du nord menaçaient
également l'empire romain et celui des Perses [5). Le châ-
teau-fort qui fermait ce passage reçoit divers noms chez
les anciens; celui qui subsiste aujourd'hui se nomme Dariel
ou Dariela : il est bâti immédiatement au-dessous de l'an-
cien, et le défilé a été considérablement élargi par suite de
sa construction.
■ Les Portes Albaniennes des anciens seraient, selon
l'opinion commune, la Passe de Derbend, le long de la
mer Caspienne; mais si l'on compare avec soin tous les
indices que nous a laissés l'antiquité; si on^ réfléchit sur
le silence qui est gardé dans tes descriptions de ce passage
à l'égard de la mer Caspienne; si l'on se rappelle que
Ptolémée place expressément les Portes d'Albanie prés les
sources du fleuve Kasius, qui, d'après tout l'ensemble de
83 géographie, est le Ko'ùou ; si on observe que le même
géogi-aphe place les Didari voisins des Tusci, près des Portes
Sarmatiquesy et que ces deux tribus, sous les noms de
Didos et de Tousches, demeurent encore près d'un défilé
qui passe par le territoire d'Ounia-Kban , le long de la fron-
tière du Daghestan , et traverse ensuite le district de Kag-
mamcharie U) , on restera persuadé que c'est là qu'il faut
chercher les Portes Albaniennes ou Sarmatiques , jusqu'ici
méconnues. Le nom de Portes Caspiennes, appartenant en
propre à un défilé près de Téhéran , dans l'ancienne Médie ,
(0 Strxtb. XI. 7G5. — COfWi.. VI, 11. — (î) Prise, de Légation
p. 43. Comp. Pncop. Pers. I, ao. — (4) Lapie, carte du Caucas
Annald dea Voyages , XII.
'4
64 LIVRE CENT VIMGT-DEUXIÈHE.
est applique vaguement, par Tacite et queltpies autres an-
ciens, à diverses passes du Caucase. D'avec toutes ces
passes qui traversent la chaîne du sud au nord, il faut
distinguer les Portes Ibériennes, ou le défilé de Parapaux,
aujourd'hui Schaourapo , par lequel on arrive de l'Imirethie
en Kartalinie; défilé où, du temps de Strabon, on fran-
chissait des abîmes et des précipices, mais que les Persans,
dans le IV^ siècle, ont rendu praticable aux armées (').
" Les témoignages des anciens et des modernes s'accor-
dent à placer dans les contrées caucasiennes des mines
d'or, d'argent et de fer; plusieurs rivières roulent des
paillettes d'or qui , interceptées sur des peaux de mouton ,
fournissent à ceux qui veulent tout interpre'ter, une expli-
cation naturelle de la fable de la toison d'or (^).
" Les sommets du Caucase sont de granité, La bande
granitique est accompagnée, de deux côtés, de montagnes
schisteuses, et ensuite calcaires. On dit que cette chaîne
présente une grande régularité; sa direction en ligne droite
rend cette assertion assez, vraisemblable. Mais les mon-
tagnes calcaires secondaires paraissent devoir occuper plus
d'espace du côté méndional , où la chaîne s'étend par un
plus grand nombre de branches. Du côté septentrional, la
base des montagnes, calcaire et schisteuse, est recouverte
par de vastes dunes de sable qui se perdent peu à peu dans
l'aride plaine appelée steppe de Kouma.
■ Le Caucase est une des régions les plus intéressantes
du globe pour l'histoire naturelle et civile. Tous les cli-
mats de l'Europe et toutes sortes de terrains s'y retrouvent ;
CO/>»co;). Bell. Goth. p. 600. Guldensledt.ï. 3i4.— W Strab. XI,
pûisûn.Wii. XXXIII, 3, Plutarch. mVomp. Àppian. de Bcllo Mithrid.
p. 797. Procop. Bell. Persic. p. 45. Tavemier, lom. 1 , liv. 3 , p. ag5,
Lamberli, fielax. dclla ColchJdc. p. 193. Gmelin , 111, p. Si . Peyttonet,
Traité du Commerce, etc. , 11, p. go. Galdtiisudt, I, p. 1S6, ijt8,
461, surtoul p. 438. Reineggs, 1, p, 11, aS . 188. etc.; II, p. iji.
AS!R : Pays Caucasiens. 65
au centre , des glaces éternelles et des rochers stériles oii
habitent les ours, les loups, les chacals (0, le c/taus,
animal du genre des feiis (2), le bouquetin du Caucase
( capiu caucasica) (3), qui aime les sommets escarpés des
montagnes schisteuses; le chamois, qui se tient au con-
traire sur les montagnes calcaires inférieures; le lièvre
terrier, le putois, l'hermine, l'argali , une in&nité
d'oîseaus de proie et de passage : au nord , des collines
fertiles en blé, et de riches pâturages où errent les superbes
chevaux circassiens; plus loin, des plaines sablonneuses,
couvertes de plantes grossières, mais mêlées de bas-fonds
d'une nature plus grasse : au midi, de magnifiques vallées
et plalues, où , suus le climat le plus snlubre, se développe
toute la richesse de la végétation asiatique. Partout où la
pente se dirige vers l'ouest , l'est ou le midi , les cèdres, le
cyprès, les saviniers, le genévrier rouge, les hêtres et les
chênes revêlent les Aancs des montagnes (4). L'amandier,
le pêcher, le figuier, croissent en abondance dans les
chaudes vallées abritées par les rochers. Le cognassier,
l'abricotier sauvage, le poirier à feuille de saule, la vigne,
abondent dans Icshalliers, les buissons et sur les bords des
forêts. Le dattier, le jujubier, l'épine du Chrîsl, indigènes
dans cette contrée , en attestent la douce température. Les
marais sont ornés de très-belles plantes, telles que le rho-
dodendron poiiticum et Xazalea pontica. L'olivier cultivé et
l'olivier sauvage, le platane oriental, le laurier mâle ft
femelle, embellissent les rivages de la mer Caspienne. Les
hautes vallées sont parfumées par le seringa , le jasmin , le
lîlas et la rose caucasienne.
" L'isthme caucasien renferme un nombre extraordinaire
de petites nations; quelques unes sont des restes des hordes
C') Guldemtedt , Ifavi comment. Peirop. , (om. SX , p , 49 c' snîv.
fy Thîd. p. ^Si. — m l'atlas , CommEnt. Pdtropol. . 1779, p.nrl. II.
174. — M) Giill/ciisleltl. I. 435 si/q. ■■■ ■■ I
1
66 LIVRE CENT VTWGT-DEUXIÈIIIE.
asiatiques qui, dans la grande migration des peuples, pas-
sèrent et repassèrent par ces montagnes ; mais le plus gland
nombre se compose de tribus indigènes et primitives. Ces
tribus conservent chacune leur langage particulier, et ces
idiomes remontent probablement à l'origine du genre
humain. La physionomie caucasienne renferme les traits
caractéristiques des principales races Je l'Europe et de
l'Asie occidentale. Les animaux domestiques et les plantes
cultivées de ces deux parties du monde se retrouvent dans
le Caucase ou dans ses environs. Les antiques et mémo-
rables écrits attribués à Moïse, l'allégorie de Prométhée
chez les Grecs, la fameuse expédition des Argonautes,
plusieurs traditions des Scandinaves, tout nous reporte
vers le Caucase, tout concourt à nous faire chercher dans
cette contrée un des points d'où le genre humain s'est
répandu sur une grande partie de la surface du globe. Mais
ces questions sortent des limites que nous nous sommes
tracées. Nous classerons les nations caucasiennes sous sept
grandes divisions, d'après les sept langues principales
qu'elles parlent; savoir :
ia) Géorginrti prof renient dita .
b) Imiretkiem,
.. _.,.. o . cjGourieits.
I d) AJiiigrélieiis.
\e) Souaiies, m
a. Les Abuies , subdivises en plusieurs tribus. .,A
.,_.,, ^. ( d 1 Circasiiens du Koubaii.
3. I^Bj-cA*r*:«j«ouC<rc««ie™.|4J Circa^Um, d, ta Cabardi, .
4. Les Osstlc», divisés en diverses Iribus,
5. Les Kiiies ou Tchetchenlzes , avec les Iiigauchea et nuires triliu».
6. Les Letghis . divUi's d'après leurs huil dlRleclea.
1- Les restes des Talarsou Tatares, des Mongols, des Huns et d'autn^ii
colonicj élrongùres disséminées sur le Csucase,
« La Géorgie proprement dite appelle nos premiers re-
gards, comme étant située au centre de l'isthme. Les Russes
appellent ce pays Grou.na, et les Persans GourgUtan \
i : Pays Caucasiens. 67
mais les auteurs indigènes lO comprennent les quatre an-
ciens royaumes de Kartuefi, ou Kartlili, d'Imnvehi, on
d'Iméret/tie, de Mingrelua et de Gouriia, sous le nom gê-
nerai d'Jbérie ou Iwe.rie. Il paraît que cette dénomination
classique est aujourd'hui inconnue à la plupart des babitans.
« Selon quelques savans modernes , le nom de Géorgiens
viendrait de celui du grand fleuve Kour ( Kor, Kyros,
Cyrus) qui arrose ce pays superbei de sorte que l'on de-
vrait plutôt les nommer Korgiens ou Koufgiens. <■
Selon dautres, le nom de Géorgiens vient de Gourdji,
dénomination qui a fait donner à leur pays , par tous les
Orientaux, celui de Gounijistan. Mais ce nom de Gourdji
ne date que de la fin du XI* siècle, époque à laquelle les
Persans, sous le règne de Malek-Chah, conrjuireni la
Géorgie, gouvernée alors par un roi nommé Giorgi, au-
quel le vainqueur restitua sa couronne. Ge fut depuis cet
événement que les Persans donnèrent à la Géorjjie le nom
de pays de Gourtlji, c'est-à-dire de Giorgi^ puis celui de
Gourdjistan. Cependant cette dénomination n'a pas été
adoptée par les Arméniens : ceux-ci appellent les Géorgiens
Virk^ et la Géorgie Oitrastan.
* Les divers partages qui eurent lieu dans le moyen âge
entre les princes d'Htérie donnèrent naissance à trois
royaumes, celui d'Imirette, d'Imérètki, ou d' IméreChie ,
dont la Mingrélie et la Goiirie sont des démembremens
postérieurs, et ceux de Knrtalinie ou Knrthli et de Kakh-
ethi. L'Imérethie a quelquefois été désignée sous le nom de
Géorgie turque. Le l'estant a été appelé Géorgie persane;
c'est à cette dernière portion que les écrivains actuels,
surtout les Russes, restreignent le nom de Géorgie.» Un
prince vaillant, nommé Héraclius, en forma, vers la fin du
XVIU* siècle, un Etat indépendant, qui maintenant, .sous
(0 Eugène , archimanilrite , TaHlcau de la Géorgie , dans les Annalei
«frs Foyaç-en. XII, 74.
P «frs yoyai-eii.
68 LIVRE CENT VIWGT-DEtJXlÈUE.
le nom de gouvernement de Géorgie, est incorpore à leni-
pire russe.
■ Le A'o«r, qui arrose la grande vallée de ia Géorgie, s'ac-
croît des rivières àlAragui, d'Iora, probablement \lherus
des anciens, et de XÂlazan , qui est leur jilazon ; arrivé dans
les plaines de Chirvan, il voit ses eaux se confondre avec
celles de l'Aïaa ou Araxe; les deux fleuves foi-ment plu-
sieurs canaux, tantôt unis et tantôt séparés; de sorte qu'il
pourrait paraître incertain, comme il l'était du temps de
Strabon et de Ptolémée, si leurs embouchures doivent
être considérées comme séparées, ou si le Kour engloutit
i'Araa : ce qui a lieu en efl'et.
• La Géorgie jouissant d'une température très-douce, et
en général tiès-saine, offre une agréable variété de mon-
tagnes, de forêts et de plaines; toutes les productions
communes des pays caucasiens y abondent; mais les habi-
tans, peu nombreux, négligent les dons de la nature. Dans
la saison sèche, qui commence ordinairement au mois de
mai et finit au mois de novembre, les Géorgiens s'oc-
cupent à arroser un sol qui leur rend, sans beaucoup de
travail, les fruits les plus précieux. On cultive le froment,
le gomi ou Xholcus bicolor, le djikoura ou ï/iolciis sorgkum ,
le mais et le millet. La culture du chanvre et du lin est
presque générale. On voit prospérer, avec très-peu de soin,
des pêches, des abricots, des amandes, des coins, des
cerises, des figues et des grenades; les vignes, abondantes
et de bonne espèce, donnent un vin qu'on envoie en Perse.
Celui de Kakhethi ne se conserve pas bien , parce qu'il est
mal fait; mais il pétille de feu. Les pommiers, la garance,
les cotonniers sont cultivés avec quelque soin. Les champs
sont couverts de melons et de pastèques; cependant,
malgré la fertilité du sol , l'agriculture y est dans l'enfance :
la charrue y est si pesante qu'il faut y atteler six ou huit
paires de buffles- On vante aussi l'éducation des abeilles;
ASIE ; Pajs Caucasiens. Bg
les chevaux et les bètes à cornes rivalisent avec les meil-
leures races européennes en grandeur et en beauté j les
moutons à grande queue donnent une excellente laine (>)■
Les plus beaux chênes et sapins tombent en pourriture
sans que personne pense à en faire usage W.
" Les Géorgiens, ou, pour mieux dire, les Ibères, peuple
indigène du Caucase, parlent une langue radicalement diFFé-
rente de toute autre langue connue, et dans laquelle il a été
composé, dans le XIP siècle, beaucoup d'ouvrages d'histoire
et de poésie (3}. Les Géorgiens croient pourtant descendre
d'une souche commune avec les Arméniens.
" Les habitans de la Géorgie sont en général beaux, bien
faits et agiles; ils ne manquent pas d'esprit naturel, mai»
ils sont intéressés et aiment à boire. Ils ont adopté une
partie du costume persan, parce que les nobles étaient sou-
vent élevés à la cour de Perse, et que les gens du peuple
servaient de garde aux souverains de ce pays. Les Géor-
giens sont rarement sans armes, et même aux champs ils
ont à côté d'eux des fu.sils et des poignards, pour se mettre
en garde contre les brigands des montagnes voisines.
{•)CiJdenstedi,\, 3S3, 36t, 369, elc. Reineggt ,l\:, 109, \io.
(=) Seineggs, II, 45 S179- — P) Eugène, Annales des Voyages, XII ,
p- 86-g(i. L' alphabet que l'on dit avoir été inveolé par Mearob dnni le
V' liècle, se compose de 38 lettres , dont ai) coDSonnes ; toutes ces lettrei
se proDoncent comme en français. C'est principalement depuis le milieu
du XI' siècle juEiiii'ù la fin du XII*, que la littérature gikirgienDe a été
dans sa plus grande splendeur : elle possède des poèmes , des cliansons
populaires , et surtout des livres de religion. Après udp décadence assez
longue, elle se releva vers le XVllI' siècle; des écoles, des bibliothèques
et des imprimeries Jurent établies en Géorgie; plusieurs ouvrages alle^
mands , russes et français , furent traduits en géorgien; enfin le gouvcr-
nement russe, depuis la conqa<!tc de la Géorgie, n eu la sagesse de
favoriser cet essor de tout son pouvoir. Une clironique géorgienne qui
existe manuscrite a la bibliothèque- royale de Paris, et qui relaie les
événemcns arrivés en Géorgie depuis l'année i3;3 jusqu'en 1703 inclu-
sivement, a été récemment traduite en français par M, FroE.set icunc , et
publiée pnr la société aiiatique. J. H,
■ publiée pr
'JO LIVRE CJÎNT VIMGT-DEUXIEME.
• Dans le triste etut où les gueiies et les lévoiiUions ont
mis ce beau pays, les indigènes, maigre leur goût pour le
négoce et les voyages, font un commerce peu considérable,"
les Arméniens sont leurs commissionnaires. Leurs femmes,
dont la beauté n'est pas moins celcbre que celle des Cir-
cassie/mes , quoicjue leur teint ne soit pas aussi blanc ni
leur taille aussi svelte, ont pris, dans un commerce fré-
quent avecles étrangers, l'esprit de la licence et de la cor-
ruption. Les filles, vendues comme esclaves sous le gou-
vernement mabométan , étaient les victimes de leur beauté,
mais ce trafic honteux a cessé depuis i8oa que la Géorgie
est devenue une province russe. Beaucoup de Géorgiens
habitent des cabanes à moitié enfoncées dans la terre. Dans
le Kakhethi, province où la civilisation a fait plus de pro-
grès, on trouve des espèces de maisons. Une mince char-
pente, des murs en claies d'osier, recouverts d'un mélange
d'argile et de fiente de vache , surmontés d'un toit de jonc;
une chamfire de cinq brasses de long sur quatre de large,
où la lumière entre par la porte; un plancher qui sert /i
.sécher la garance et le coton; une petite fosse au milieu
de l'appartement où l'on entretient le feu , et au-dessus un
chaudron de cuivre attaché à une chaîne , et enveloppé
d'une fumée épaisse qui s'échappe par le plafond et la
porte; voilà de quoi se compose une de ces maisons. On
trouve presque dans tous les villages des tours qui , ,^ l'ap-
proche des hordes de Lesghis, servent d'asile aux femmes
Le gouvernement de Géorgie se compose de six
arrondisse mens dont les chefs-lieux sont Tiflïs, la capi-
tale, Gorî, Telava, Ananour, Sîgnakh et lebsavetpol ou
Ganja.
Tf/liXf ou TeffUs ou Thilisi , compte ordinairement
ao,ooo habitans; il y a 20 églises géorgiennes, c'est-à-
dire où le lit grec est célébré en géorgien, ifi ariuémen-
\.
l
ASIE ; Pays Caucasiens. 7 1
nés, 3 catholiques et 1 mosquées, l'une pour les Persans
de la secte d'Ali et l'autre pour les Tatares sunnites.
La cathédrale, appelée église de Sion, est un vaste et bel
édifice. Les principau^L éiablissemens sont, un hôtel des
monnaies, un arsenal, un gymnase pour les jeunes gens
nobles, une école pour les élèves att.ichés à l'état-major
du corps du Caucase , un superbe hôpital , deux caravan-
sérails : l'un pour les Persans et l'autre pour les Turcs^ et
deux bazurs où l'on compte plus de 700 boutiques. L'in-
dustrie consiste principalement en manufactures d'armes
et de soieries. Le commerce, qui est dans cette ville pres-
que exclusivement entre les mains des Arméniens, est très-
actif et consiste en importations de marchandises de l'Alle-
magne, de la Russie et de la Perse: ou en estime la valeur
à laOjOoo it. par an. TÎHis est à environ 60 lieues de la mer
Noire, 90 de la mer Caspienne, et 480 de Saint-Péters-
bourg. Le Kour coule à ses pieds avec une grande rapidité ,
resserré entre des rochers. Cette ville renferme 3,700 mai-
sons dont la plupart construites en briques liées avec l'ar-
gile, dans le goiit persan, se terminent en terrasses. Elles
sont si peu solides que leur durée n'excède guère plus de
la ans. Les fenêtres, au lieu de vitres, sont garnies de papier
huilé. La moitié des habitans se compose d'Arméniens; le-
reste de Géorgiens, de Mingrébens, de Lesghia, de Ta-
tares et de Persans.
Mtzkhetlia, sur ta rive gauche du Kour, à 5 lieues au-
dessus de Tiflis, dans l'angle formé par le Ueuve et VAra-
gvi, l'un de ses aflluens, était jadis la capitale de la Géor-
gie et la résidence du patriarche; mais après avoir été dé-
vastée, d'abord par Tamerlan, puis par les Persans, elle
n'est plus qu'un village, où l'on remarque encore une
forteresse assez bien conservée, une cathédale construite
il y a neuf siècles, dans un beau style, et quelques ruines
d'anciens édifices qui annoncent sa splendeur passée. On y
r
ya LIVItK TKKT VINGÏ-DKUXIKME.
traverse le Kour sur un ancien pont attribue à Pompée et
restaure par les Russes. Gori, ville de iSoo habitans, est
!\ it lieues plus haut sur la rive gauche du fleuve, sise
entre deux montagnes; elle est défendue par une forte-
resse Mtie sur le haut d'un roclier. Son nom signifie col-
line en géorgien. Elle est principalement peuplée d'Armé-
niens.
^nanour ou ^nanouri, à 12 lieues au nord de Tillis, sur
la rive droite de TArkala, est, malgré son titre de chef-lieu,
iine misérable ville dont les maisons, groupées autour d'une
forteresse , sont en partie très-basses et en partie souter-
raines. Tclav ou T/ie/ai'i est au contraire une charmante
résidence. Elle n'a que 1200 habitans; mais elle est située
dans une jolie vallée, sur le penchant d'une colline, et la
plupart de ses maisons sont ombragées par de beaux ar-
bres. Ses bazars sont bien fournis. Elle est défendue par
trois forts. Signakh ou Signnkhi n'est important que par
sa forteresse.
Au sud du Kour et sur la petite rivière de Candja , af-
lluent de ce fleuve, on remarque lelisaveti/ot , autrefois
Ghemijeh ou Gandja, ville fort ancienne qui était la ré-
sidence d'un khan, et qui, bien qu'elle soit déchue, est
encore la plus importante après Tiflis. On lui donne
12,000 habitans. Elle est fortifiée. Dans ses environs on re-
marque d'immenses ruines en pienea et en briques, un
monument appelé la colonne de CkanikJwr dont l'origine
est inconnue et que les habitans attribuent à Alexandre-le-
Grand. Elle est haute d'environ ifio pieds, et entourée
d'un escalier extérieur en spirale qui conduisait au sommet
lorsqu'il était moins dégradé. Ces monuraens et les mé-
dailles parthes, perses, grecques et romaines, attestent ici
l'antique splendeur d'une ville qui n'est plus.
A l'ouest de la Géorgie proprement dite s'étend la
Géorgie oltoinane, l'ancien packatik de Tchildir, pays qui
L
ASIE : PajfS Caucasiens. ^3
a été cédé en vertu des derniers traités par la Forte à la
Russie. Sa priix^ipale ville est Akhahzikhs dont le nom si-
gnifie château neuf. Les Turcs la nomment j4kiskha. Son
«tendue en a fait évaluer la population à 4(>,ooo tVmes ;
mais il est probable qu'elle n'en a pas pi us de 1 5,ooo. Une
belle forteresse la défend. On y remarque la mosquée tV Ah-
med, bâtie sur le plan de celle de Sainte -Sophie de Cor-
stantinople, et à laquelle est annexé un collège, dans lequel
se trouve une bibliothèque regardée comme l'une des plus
riches de l'Orient avant que les Russes n'en fissent trans-
porter à Saint-Pétersbourg les livres les plus précieux.
En i83a, le gouvernement russe a fait construire la
nouvelle ville ■X Âkhaltsiklie au pied d'une montagne sur
Ja rive droite de la Potchavka, emplacement qui, par sou
étendue, le peu d'inclinaison du terrain et l'abondance des
^eaux, offre tous les avantages que l'on peut désirer; tan-
dis que l'ancienne Akhaltsikbe n'a que de l'eau de citernes.
Ses rues sont larges et bien alignées; quelques maisons
sont belles : tout annonce que cette ville deviendra l'un
des ornemens de la Russie asiatique méridionale.
" La population de la Géorgie proprement dite peut
aller à 390,000 individus, dont les deus tiers sont indi-
gènes et attachés au rit grec; les Arméniens et les Juifs
sont en grand nombre. >•
La ci-devant Géorgie turque est peuplée d'environ 5o à
60,000 âmes.
Ces deux pays ne sont, jusqu'à présent, d'aucun produit
pour la Russie ; mais il n'est pas douteux qu'une sage ad-
ministration peut y faire développer les germes d'une
grande prospérité. Avant la réunion de la Géorgie propre-
ment dite à l'empire russe, les revenus du roi s'élevaient à
près de 3 niillions de francs; mais, suivant M. Klaproth,
ces revenus ont non seulement été employés à embellir les
illes, à construire des villages et à réparer les routes, mais
74 LIVJIE CENT VIMGT-DEDXIÈME.
le gouvernement russe y a envoyé chaque année 8 millions
(le francs, tant pour solder l'armée du Caucase que pour les
frais de l'administration civile. Quant aux revenus de la
Géorgie turque, ils ne s'élèvent qu'à i4o,ooo francs.
• Avant que la famille royale, que les uns font descen-
dre d'un juif Bagrat, et les autres d'un seigneur persan,
nommé Pkamavaz, eût cédé ses droits à la Russie, la
Géorgie était une monarchie féodale, que plusieurs excel-
lens princes n'ont pu ni consolider ni perfectionner. Les
princes et les nobles formaient deux castes distinctes. Les
premiers ne payaient aucune contribution ; mais ils étaient
obligés, en temps de guerre, de suivre le roi avec leurs
vassatix, I^es procès qui s'élevaient entre eux étaient jugés
par le monarque. Les nobles payaient certains droits à celui-
ci et aux princes. Quoique demeurant dans des chaumières,
leur orgueil était égal à leur pauvreté et à leur ignorance (')•
Les gens du peuple vivaient dans la servitude la plus ab-
solue; ils étaient vendus, donnés et mis en gage comme
une pièce de bétail (i). Tous les hommes en état de porter
les armes étaient soldats; chaque noble commandait ses
serfs; mais le roi nommait le général en chef. Les revenus
du souverain consistaient dans le cinquième de toutes les
productions des vignobles, des champs et des jardins, dans
les droits d'entrée et de sortie sur les marchandises, et
dans ce que rapportaient quelques mines faiblement ex-
ploitées (3). Aujourd'hui, le pays est entièrement organisé
comme les autres provinces russes.
■ Les Imérethiens , dont le nom vient de celui des Ibé-
riens, sont les voisins des Géorgiens, du côté du nord-
ouest, et parlent un dialecte géorgien. De petits bonnets
(jui leur sont particuliers, la chevelure longue, le menton
'•') /lemeggs. II, 53, j-j3,~:') GuldmHcdl . 1, ;(Ji-3S4
m Id. , liirf, , 356. '
"\
AsiK : Pays Caucasiens. 75
TBsé, avec une moustache retroussée, des habits qui «les-
cendent à peine aux genoux, et qui forment beaucoup fie
plis sur les hanches, des rubans roules autour des mollets,
des ceintures larges ; Toilà a peu près en quoi consiste la
parure d'nn Imérethien. 20 à a5,ooo familles formant en-
viron 80 à 100,000 individus, demeurent Je long des ri-
Tdères et des bois. A cause de sa situation élevée, le pays
reste long-temps couvert de neige; les vallées sont maréca-
geuses. L'entretien du bétail , des abeilles, des vers à soie,
y est poussé à un plus haut degré de perfection que dans
toutes les autres contrées du Caucase. Un seul cep de vi-
gne fournît du vin à une famille entière ('}- L'indolence des
habitans laisse périr inutilement les riches dons du sol et
du climat. C'est ici que jadis le Ehîon ou Bioni, l'ancien
P/iasrs , sur lequel on ne voit maintenant que des nacelles
détrônes d'arbres creusés, portait jusqu'à cent vingt ponts,
et qu'un ti-ajet continuel de marchandises uni.ssait en quel-
que sorte ce fleuve au Cyrus , et par conséquent la mer
Caspienne à la mer Noire.
"On voit encore les ruines de Saivbana, aujourd'hui
Schomhanrz, qui n'est qu'un gros village, et l'ancienne Cj"-
tœa, aujourd'hui Koutnïs , ou Kotatis, près de laquelle re-
ndait le tzar ou l'ancien prince de \' Imérethie , dans une
espèce de camp. Le faible commerce actuel des Imérethiens
se fait ordinairement eu deux endroits situés sur le Rioni,
à Oni et à Chont; on y échange des grains, des chevaux,
des ustensiles en cuivre , contre des draps et des étoffes. A
Zadis, vers l'orient du paya, on trouve de l'hématite, d'où
l'on tire du fer; on en forge divers ustensiles.
" Vers le nord est situé le Radcha , district principal,
goi peut mettre sur pied 5ooo guerriers. Radchin en est le
chef-lieu. Les villages des habitans de la plaine ont une
V
') Rcineggi. II, (7-.ÎO. liiUiiciutedt , pass;
r
76 LIVRF. CENT VINGT-DEIlXIKWi- J
grande étendue; dans les villages des niontagnai-ds^ les
maisons sont serrées les unes contre les autres ; les habita-
tions di^s premiers sont en claies d'osier; celles des antres
sont en planches. >
La capitale de l'Iméretliie est Koutaïs que l'on appelle
ainsi que nous l'avons dit Kotatis ou Koiithaîhis. Cette ville
n'a (jue 2000 habîtans : elle est située sur la gauche du
Ilioni. C'est la résidence d'un évêque et d'un gouverneur
dont la juridiction s'étend sur l'Imérethie, !a Mingrélie , la
Gourie et la grande Ahasie. On voit dans ses environs les
ruines d'une ancienne ville dont l'antique cathédrale offre
encore de beaux restes, et dont la forteresse dut être con-
sidérable. Les habitans de Koutaïs , dont plus de ta moitié
se compose de Juifs, et le reste d'Arméniens, s'occupent
beaucoup de jardinage. Non loin de celte ville, on remar-
que te grand couvent de Giînath, appelé vulgairement Ge-
lath, dans lequel on conserve une riche bibliothèque, et
l'un des battans de la porte en fer de Derbent, qui y fut porté
par un roi nommé Dawith ('). Le supérieur de ce couvent
est un archevêque ; on lui donne le titre de Genathel, Bag-
dad, à 6 lieues au sud de Koutaïs, est une petite ville for-
tifiée; elle a i5oo habîtans.
Les montagnes de Radcha passent pour être riches en
mines d'argent, de cuivre et de fer. Mais ce que ce district
offre de plus remarquable, c'est une grande quantité de
ruines parmi lesquelles on trouve fréquemment des mé-
dailles grecques et sassanides.
■ Les Gouriens habitent la contrée située aux bords de la
mer Noire , au sud du Phasis, Ruinés par les pacbas voi-
sins, ils abandonnèrent la navigation et la pèche ; et même
depuis qu'ils sont soumis à la Russie , ils ne proBtent d'au-
cune des nombreuses richesses qui leur sont offertes par
ASiF, : Pajs Caucasiens. ^y
la nature. La CounVsjoitlt d'une température saine, d'un sol
propre à l'agriculture et à l'entretien du betait , d'un eliniat
dont !a douce influence (ait prospérer le cotonnier, les ci-
trons, les olives et les orangées; de tous les environs du
Caucase, ce n'est qu'ici que mûrissent ces fruits. Le peuple,
ainsi que sa langue, aéprouvéplusieurs mélanges; on y ren-
contre des Turcs, desTatares, des Arméniens et des Juifs. •
La population se compose tlcnviron 6 à 7000 familles ;
mais il n'y a que deux ou trois endroits où l'on voit plu-
sieurs liabitations groupées autour d'un couvent ou d'un
château; le reste paraît dépeuplé. De nombreuses ruines
de châteaux et de villages annoncent que ce pays fut au-
trefois plus peuplé. On sait que la Gourie est une partie de
laColchide des anciens. A la paix de 181a, les Turcs en
cédèrent la suzeraineté à la Russie : aujourd'hui elle est
une partie intégrante de cet empire. Baioiim ou Baloiiini, le
cbef-Iieu de la Gourie, est situé sur la câte de la mer Noire ;
son port est très -fréquenté. Pote ou Pothi, à l'emboucliure
duSioni, est une ville de laoohabitans.
• Les jW/n^re'/ff/M demeurent au nord des Gouriens, et à
côté des Imérethiens, dans le même pays que jadis possé-
dèrent les Golcliiens, et ensuite les anciens Lazîens. De
vieilles cités en ruines, des forteresses russes sur le bord
de la mer, des vaisseaux qui font voile pour la Turquie,
des princes et des nobles qui parcourent les campagnes
pour piller le paysan, des femmes qui Iraliîssent leurs
maris, des coml^ats entre tous les villages, tel était na-
guère le tableau de la Mingrélie. Un grand bonnet de
I feutre sur la tète, les pieds nus ou enveloppés de peaux,
qui ne sont que de faibles préservatifs contre la boue
de ce pays humide, des chemises et des habits sales;
Toilà le costume du Mingrélien : c'est ainsi qu'on le
trouve au milieu de femmes débauchées, qui mangent
•jS LlVliK CEMT VINGT-DEUXIÈME.
au pillage et au brigandage. Voici comment naguère un
noble mingrelien se procurait îles esclaves : ■ pendant une
attaque subite, ou une fuite précipitée, il guettait quelque
ennemi qu'il pîlt renverser de cheval, et dont il pftt ainsi
faire son prisonnier; une corde attachée à sa ceinture lui
servait à lier le prisonnier aussitôt qu'il était descendu. Le
commerce des esclaves se faisait aussi en temps de paix ;
car, en MingrélJe , avant la domination russe , le maître
vendait son domestique, le père son Ids , le frère sa sœur.
s Les Turcs vont chercher en Mingrélie de la soie, de la
toile , des fourrures , et particulièrement des peaux de cas-
tors , du miel rouge et blanc; ils y portent en échange des
sabres , des arcs et des flèches, des orneniens pour les che-
vaux, des draps, des couvertures, même du cuivre et du
fer; car les anciens possesseurs de la toison d'or n'exploi-
tent à présent aucun métal. -
Redoiit-Kalé , petite ville fortifiée, possède le port le
plus fréquenté de la côte : il y entre annuellement i3o à
i5o navires. Elle n'a que 5oo babitans; mais elle peut de-
venir importante sous le gouvernement russe. AnakUa ou
Anakria , à quelques lieues au nord-ouest à l'embouchure
de rinéour, paraît occuper remplacement de l'antique Hé-
raclée; il y a un port et une forteresse. C'est le siège d'un
commerce assez actif,
« La Mingrélie est encore aussi humide , chaude et fié-
vreuse qu'à l'époque où }Iippocrate la décrivit sous le nom
de Colchide. En été , il y règne des maladies pestilentielles
qui enlèvent les hommes et les animaux, La végétation y
est d'une extrême activité; tous les fruits y viennent sans
<|u'on prenne soin de les greffer ; il est vrai qu'ils ne sont
pas toujours d'un goût exquis. Les châtaigniers et les fi-
guiers abondent(i). On ne vante que le vin, qui est salubre
£') tttintggt, 11 , açf iq/f. Guldenttedt , I, 4o°-4'>S'
►
ASIE : Pays Caucasiens. ~j()
et plein de feu; il y a nussl dci riz et du millet ou du gom.
LesMingréliens ne cultivent plus le lin (0, qui, du temps
d'Hérodote etdeStr^bon, fournissait aux Col chien s la ma-
tière dune fabrication importante, dont Chardin observa
encore les restes. Le seul objet auquel ils donnent quelque
soin, c'est l'entretien des abeilles. Le miel de quelques
cantons où abonde \azalea pontica, est amer W, comme
Strabon l'avait observé. C'est au-delà du Phasis, dans la
Courte, que Xénophon trouva une sorte de miel qui don-
nait une espèce de délire à ceux qui en mangeaient , effet
*jue Pline attribue au r/iodoilendro/i, arbrisseau abondant
dans les forêts où voltigent les abeilles (3).
« Les superstitions sont extrêmement répandues en Min-
grelie. Les missionnaires du XVII' siècle ne parvinrent pas
même à faire supprimer une fête qu'on y célébrait en l'hon-
neur d'un bœuf, et qui rappelle le culte d'Apis. Le prince
de la Mingrélie prend le titre de Datlinn on maître de la
mer; depuis i8o3 il s'est déclaré vassal de la Russie, qui
lui assura, ainsi qu'à ses descendans, la jouissance des
droits qu'il possédait. Malgré son litre de maître de la mer,
il ne possède pas une barque de pêcheur; ordinairement
il erre avec sa suite d'endroit en endroit, et son camp,
séjour de la licence, l'est aussi de la misère (4). Les Min-
gréliens nobles aiment la chasse; ils savent apprivoiser des
oiseaux de proie qui servent à faire la guerre an gibier. Un
proverbe mingrélien cite un bon cheval , un bon chien et un
bon faucon , comme trois choses indispensables à la félicité
humaine. La chasse fournit au Mingrélien une provision
abondante de venaison. Dans ses repas il mange encore
desfaisans, oiseaux indigènes de ce paya, dont le Phasis
forme la frontière. Les mahométans, qui sont en grand
(0 Heineggs , 11 . 3o. — ;=) Guldensledt, I, 375, -jSi , ag; si)/}.
W Xénophon, Cyri cipcd, , IV. 8. PUn. . XXI, i3.— (1) Ftlir
.agorio , Lettres sur la MingréllR, Annales des. Voyages, IX.
8o [.IVHE CENT ViNCr-DEUXEÈMl;.
nomlire dans la Mingrélie, ne voient pas sans une indi-
gnation profonde labondance de vin et de porc qui y
règne, tandis qu'on manque de bon pain.
« A l'est d'Odichi et de la Mingrélie proprement dite,
est située la petite province mingrélienne de Letch-
gou/ttf où les habitans demeurent dans des cabanes de
pierre. "
La population de la Mingrélie se compose de i4,ooo
familles géorgiennes, arméniennes, tatares et juives; mais
la religion grecque y est dominante, et le pays est divisé
en trois diocèses.
La Grande-Abctsie s'étend sur le versant méridional du
Caucase depuis la Mingrélie jusqu'aux frontières de la Cir-
cassie occidentale. C'est un pays arrosé par un grand nom-
bre de petits cours d'eau, et très-fertile, quoique mon-
tueux.
« Les Abases, qui se donnent eux-mêmes le no\nè^Absne,
sont des barbares bien faits, endurcis et agiles; un visage
ovale, une tète comprimée sur les côtés, un menton court,
un grand nea , des cheveux d'un cMtain foncé, leur donnent
une physionomie nationale très-remarquable. Les Grecs
les connurent jadis, sous le nom d'jischœi, comme des
pirates rusés et redoutables; sous le nom d'^basgi, ils
étaient décriés chez les Byzantins pour leur commerce
d'e^avea. Les Circassiens invitèrent un jour les princes
abasiens à une assemblée, et après avoir gagné leur con-
fiance, ils assassinèrent les cbefs de ce peuple libre. Depuis
cette époque, les Abases, livrés à des guerres civiles, ont
perdu le peu de civilisation qu'ils avaient reçu de Constan-
tinople. On trouve pourtant dans la célébration du dimanche
une faible trace de leur ancien christianisme. Les uns,
nomades paisibles, errent dans les forêts de chênes et
d'aunes qui couvrent le pays; les autres vivent d'un peu
d'agriculture; tous sont enclins au brigandage, et seven-
ASIE : Pays Caucasiens. 8i
dent les uns les autres aux marchands d'esclaves (■). La
langue et les coutumes des Abases ressemblent beaucoup
à celles des Circassiens, selon Guldenstedt (^) ; tandis que
Patlas affirme que leur idiome ne lui parut avoir de rapport
avec aucune langue connue Ç>). On présume quil y a dans
le pays des Abases des mines d'argent cachées ; mais ils n'en
savent pas plus profiter que de leur situation, si propre à la
navigation et à la pèche.
- Les objets de commerce des Abases consistent en man-
teaux de drap et de feutre, en pelisses de renards et de
fouines, en miel, en cire et en bois de buis, dont les Turcs
lont des achats considérables. Les marchands turcs et ar-
'méniensqui leur apportent du sel etdesétofi'es, se tiennent
'constamment en garde contre les attaques de ces perfides
f sauvages, qui, dés qu'ils se trouvent en force, dépouillent,
I dit-on, sans distinction, leurs amis et leurs ennemis (4).
" La Gr.inJe-Abasie est en général couverte de forêts, où
[la chaleur et l'humidité entretiennent une végétation aussi
f-ftbondante que celle de l'Amérique; les lianes y étouffent
f-les arbres sous leurs branches entrelacées. >
Soudjoak-kalè , la plus occidentale et la plus septen-
i'trionale des villes de la Grande- Abasie, est à 6 lieues au
sud-est de la cité circassienne d'Anapa. C'est une place de
commerce bien située , à l'entrée d'une petite baie , avec un
l)on port, et défendue par une forteresse, SouliacÂi n'eut
qu'un bourg à l'embouchure dune petite rivière du même
; Mamaï n'est aussi qu un bourg, mais avec un bon
port. Les autres lieux habites de la côte ne sont que des
I bourgades, à l'exception de Sotikgouni'kalé oa Sokhoum-
I Aalé^ petite ville qui, sous le gouvernement turc, n'a fait
i.') Ràneggs ,\, \}. 1^1 si/q. Guhienitt/Ù, 1, ^b^, Comp. Cliardiit.
tj^mùen, ete.—(')Guldenstedt, 1, i^i el ^6-;.—!?) Patlat. Voyngo
B Is HuBsic méridionale, 1 , 2-ji. — (M P^yssoniiel, Traité du Coin-
'ce, )1 , au commencenu^nt.
VIII- li
L
B-2 LIVRE CENT VINGT-DEDXlÈME.
que déchoir d'année en année : en 1787 elle avait 3oou
haLitans; aujourd'Iiui elle n'en a pas 3oo, mais déjà elle
commence â éprouver l'heureuse influence d'un gouverne-
meni européen. C'est à une lieue au sud-est que se trouve
Iskouria, ville maritime ruinée, qui paraît être l'antique
Dioscurias , port dans lequel , au rapport de Pline , venaient
commercer des marchands de 3oo nations différentes. Pil-
jioani«, àfilieuesau nord-ouest, paraît être l'ancienne Jp/(7uj.
Les peuplades abases se distinguent sous les sept noms
suivans : les Arestkovacites , les Baghis y les Ibsips, les
Inalkoups, les Madchaveis , les Oubyks et les Stzsks (i),
La province de Chirvan occupe le bassin inférieur dii
Kour, depuis l'extrémité orientale de la Géorgie jusqu'à la
mer Caspienne. Sa longueur, de l'ouest à l'est, est de plus
de 60 lieues, sa largeur moyenne d'environ 5o, et sa su-
perficie de 1200 lieues carrées. On y rencontre, surtout
près des bords du Kour, un grand nombre de marais et
de lacs, dont plusieurs sont salés. On y trouve aussi des
Steppes, dont la plus considérable est celle de Mogkan,
longue de a5 lieues et large de plus de 10, qui abonde en
pâturages, mais qui est infestée de serpens. Les montagnes
y renferment plusieurs métaux, parmi lesquels on exploite
principalement le fer. Leurs cimes sont couvertes de forêts
qui servent de retraite au chacal, à la gazelle, à l'antilope
et à plusieurs autres espèces d'animaux. Les pâturages qui
bordent les rivières nourrissent un grand nombre de cha-
meaux, <le buftles, de clièvi-es, de moutons à grosse
queue , et de chevaux d une race estimée. Les coteaux sont
garnis de vignes qui fournissent le meilleur vin du Cau-
case; les champs sont couverts de coton, de chanvre, de
garance, de safran, de soude et de tabac.
l'imvrage intitulé : Aper^ des divtrtei peuplades du Cau-
3 homme J'Ëtat russe ; traduit par le doWpiir Sieffcns , pru-
fesKur i BfwUu ( Hertha , i8j6. —Vol. VU , cah. 11 , p, ï3 ).
ASiH : Pays Caucasiens. 83
Le cotonnier du Chirvan est une plante herbacée an*
nuelle qui a Tinconvénient de produire un coton trop court
pour pouvoir être filé fin. La totalité du coton récolté an*
nuellement est d'environ 100,000 pouds ( 1,6379200 kilo-
grammes ) ; mais le pays pourrait en fournir dix fois autant ,
si les habitans étaient moins indolens et mieux éclairés
sur leurs intérêts. Cest surtout sur le territoire de Bakou
que la culture du safran est la plus répai^due. On le ré-
colte en mai. On assure qu'il ne le cède ni à celui de Tltalie
ni à celui de Flnde; il s'en fait une grande consommation
dans le pays , et il s'en exporte annuellement pour 1 5o,ooo
roubles.
Les pêcheries de l'Âras et du Kour forment une des
branches les plus importantes de l'industrie du Chirvan.
Les ports destinés à ces pêcheries se nomment uatagas^ et
sont au nombre de sept : Bojii^ Acouscha^ Lopatine^
ToprakaU^ Ai-boutagne^ Aboulianeel Meneïmane. La pêche
se partage en trois périodes : celle du printemps ( béliak ) ,
celle de l'été [jarkovsky)^ et celle de l'automne. La pre*
mière commence en mars et finit en juin; la seconde dure
de juillet à septembre j et la troisième de septembre à dé-
cembre. Celle du printemps est la plus importante, et
fournit à elle seule les trois quarts du produit annuel. Les
poissons que Ton prend sont les principales espèces d'es*
turgeons , telles que Y esturgeon commun y le bélouga et le
seçruga; quant aux silures^ ils sont aussi très-nombreux,
mais on les rejette après en avoir extrait la colle que le
fermier de la pêche abandonne aux pêcheurs. Tout le pois-
son pris en été et en automne est mis en balyk^ c'est-
à-dire découpé, salé et séché au soleil; la pêche du prin*
temps fournit les œufs d'esturgeons, qui sont convertis de
suite en caifiar. A l'exception du balyk, les produits de la
pêche sont expédiés à Astrakhan, et forment le chargement
d'une douzaine de navires. Ce qui complétera l'idée qu'on
6.
84 LIVRE CENT VINGT-DEUXIÈME.
(ioit se former de l'importance de ces pêcheiies , c'est
qu'elles étaient affermées en i83o à 66,000 roubles argent,
c'est-à-dire à 227,000 francs; que les frais du fermier s'é-
lèvent à plus de 600,000 francs, ce qui, sans compter ses
bénéfices , porte la pèche à plus de 827,000 francs ['}.
On estime la population de la province de Chirvan à
i35,ooo habitans , la plupart Turcomans , Arméniens^
Tadjiks et Lesgbiz.
On remarque , en traversant le Caucase , une grande
différence dans l'aspect que présente le versant septentrio-
nal ou européen et Je versant opposé. Sur le premier on
ne voit pas même nn buisson ombrager les coteaux arides;
sur le second, des ruisseaux serpentent au milieu de forêts
d'arbres fruitiers et forestiers. Noufi/iiétuit autrefois le chef-
lieu du khanat de Cheki ; il est situé au pied de montagnes
abruptes dont la cime atteint la hauteur des neiges perpé-
tuelles (3}. Cette ville est moins importante qu* celle de
Cheki, composée de 5oo maisons et défendue par un châ-
teau-fort où résidait le khan. Vieux- Chamakhi ^ que le roi
de Perse Nadir-chah détruisit en 1 735 , a vu dans ces der-
nières années relever ses muiailles, réédifier ses bazars,
reconstruire ses anciens édifices; et, replacé par les Russes
ou rang de capitale de la province, tout fait espérer qu'il
reprendra son ancienne activité commerciale. Nouveau-
CA««inM/, bâti par Nadir-chah, et qui a eu jusqu'à 3o,ooo
habitans, est aujourd'hui beaucoup moins important,
tandis que Bakou, chef-lieu d'un arrondissement de ce
nom, est la principale ville de la province comme place
de guerre et de commerce, ainsi que par son port et sa
population que l'on évalue à 12 ou i5,ooo âmes. Ses
maisons sont mal bâties, et les toits se terminent la plupart
L
{■) Journal de Saint-Pëtersboiirg , du 5 juillet iSIti
(') M. Steven .* Voyage dans le Caucase oriental.
i
ASIE : Pajrs Caucasiens. 85
en terrasse; les rues sont étroites et tortueuses; la prin-
cipale est formée de deux rangées de boutiques, et, comme
celles-ci, ne s'onvreiit qu'en selevant de bas en haut:
quand toutes ces portes sont ouvertes , ta rue ressemble à
un passage couvert. IVous ne dirons pas, comme un voya-
geur récent ('), que Bakou est située sur le mont Bech-
Bannak : ce serait une erreur; mais nous Ferons remarquer
que, du côté de la terre, elle est entourée d'une double
enceinte de murailles flanquées de tours ornées de canons;
tandis que, du côté de la mer, il n'y a qu'un simple mur
C{ue les vagues baignaient autrefois et qui n'en approchent
plus qu'à la distance de i5 pieds : ce qui semble indiquer
un abaissement des eaus de la mer Caspienne. Cette ville
possède quelques ruines remarquables; entre autres une
arcade en ogive, servant autrefois d'entrée à la Mosquée.
Ses plus beaux édiSces sont l'ancien palais du chah, et une
église arménienne ; mais le plus digne d'attention est une
tour ancienne, appelée la Tour de la Vierge , et qui parait
avoir servi de phare. Son port est le meilleur qu'il y ait sur
la mer Caspienne : il est fermé par deux îles et défendu par
deux forts. Il s'y fait une pêche importante; c'est celle des
phoques qui fréquentent ses parages. Ses principales expor-
tations sont celles de l'opium, du vin, de la soie, du sel,
du salpêtre et du naphte, que l'on recueille sur son terri-
toire. Cette ville est regardée comme un lieu saint par les
Hindous qui suivent encore les croyances des anciens Par-
sis, adorateurs du feu. Les motifs de cette croyance tien-
nent à un phénomène qui mérite d'être relaté.
■ A l'orient de Vicux-Chamakhi , le Caucase s'abaisoe;
une grande langue de terre s'avance dans la mer Caspienne;
c'est la péninsule d'^^cAe/»n ou d'OXo/iej*« , dont les terres
ai^ileuses et salines se couvrent d'usé végétation languis-
} M. Camba.
86 LIVRE CENT VIPiGT-UEUXlRBII'.
santé, mais où les t'ameuses sources de iiaphte sont un
sujet d'admiration pour les voyageurs, et un trésor iné-
puisable pour la ville de Bakou. Les principaux puits, au
nombre de 82, sont au village de Balkhany; l'un d'eux
donne 5oo livres par jour. Non loin de là, à 3 ou 4 lieues
de Bakou, setend le champ des grands Jeux , d'environ un
quart de lieue en carré ; c'est un terrain d'où il sort conti-
nuellement un gaz inflammable. Desguéhres, ou adorateurs
du feu , y ont bâti plusieurs petits temples. Dans l'un d'eux ,
près d'un autel , on a fixé dans la terre un large tuyau creux
en forme de canne. De son ouverture supérieure sort une
llanime bleue, plus pure que celle de l'esprit-de-vin ; il
s'échappe une flamme semblable d'une ouverture horizon-
tale ménagée dans le rocher. Une colline, près de Bakou,
fournit du naphte blanc , mab on ne l'y trouve qu'en petite
quautité; les Russes s'en servent comme cordial et comme
métlieament; ils l'appliquent aussi à l'extérieur. Non loin
de là se trouvent deux sources d'eau chaude qui bouillent
comme le naphte; l'eau est imprégnée d'une argile bleue
qui
, mais elle s'éclaircit en la lois
poser ; quand on s'y baigne , elle fortifie et donne de l'appé-
tit. Le khan de Bakou tirait du naphte un revenu de
40,000 roubles. »
Ce qui peut donner une idée exacte des salses et des
feux de Bakou, ce sont les observations faites sur les lieux
par des sa vans dignes de confiance. Suivant le rapport d'une
commission chargée d'examiner les phénomènes qui se
développèrent aux environs de Bakou le 27 novembre 1827:
A 5 heures après midi il s'éleva, près de lokmali, une
énorme colonne de feu accompagnée d'un grand bruit;
après s'être soutenue à la même élévation pendant trois
heures, elle diminua successivement pendant vingt-quatre
heures, et resta enfin à la hauteur de 26 pouces. Le feu
s'étpndaii sur un terrain de :>.g25 pieds de longtieiu' et de
ASIE : Pays Caucasiens.
i3oo de largeur. Dans les premiers momens, ce petit
lança une grande quantité de pierres en incandescence,
ainsi que des masses d'eau. Il ne s'est point formé de cra-
tère, mais la place d'où s'éleva la colonne de feu s'est aou-
levée à la hauteur d'environ 3 pieds. Près du volcan, une
source marécageuse rejette continuellement des bulles denu
d'im pied et demi de diamètre et de hauteur; quelquefois
elle lance des masses d'eau deux fois plus considérables.
Les environs de Bakou semblent d'abord n'avoir rien de
volcanique; mais, en réunissant les dîfférens faits qui y ont
été observés, on voit que les phénomènes qu'ils présentent
tiennent le milieu entre les véritables volcans et les salses,
et l'on est alors autorisé à admettre ces dernières , même
parmi les effets volcaniques. Ainsi la chaleur qui se mani-
feste dans les orifices par lesquels s'échappe le gaz en-
flammé dans les environs de Bakou , est plus considérable
que dans les salses de l'Italie : M. Lenz (■) a reconnu dans
la plus grande des cavités de lokmali une température de
la degrés (centigrades), et dans un des trous des grands
feux a8 degrés ^. De plus, une autre salse près de Bakou
ofïre des caractères communs avec les véritables volcans :
elle est située sur une montagne de forme conique, haute
de loo pieds, mais qui était deux fois plus élevée avant
que sa cime se fût écroulée. Elle est couverte d'un grand
nombre de petits cônes d'argile d'environ 20 pieds de hau-
teur. La masse de limon liquide rejelée par la bouche
ûtuée au point le plus élevé occupe un espace d'environ
1000 pieds de longueur sur 200 de largeur. Cette bouche,
lorsque la cime était intacte, n'avait que quelques pouces
de diamètre; elle était remplie d'un limon liquide; des
bulles de gaz s'en dégageaient et lançaient à 2 pieds en
l'air le limon qui, en retombant, augmentait les dimen-
(') UUrc « M d,.- Itumhold' sur ks salw'* el ks fpu.\ '\f H.Ami
volcan ^^M
i
88 LIVRE CENT VlMGT-DEUXlîfME.
aioni du cane. On trouve dans ce limon de nombreux
quartiers de rochers, qui tous paraissent avoir éprouve une
chaleur plus ou moins considérable; on voit même aux
environs des morceaux d'une véritable scorie.
Quant aux salses qui jettent du limon liquide, situées
pFès du village de Balkliany, ce sont, dit M. Lenz, des fosses
remplies de limon et de naphte noir ; les plus grandes ont
2 ;i 6 pieds de diamètre. Des bulles de gaz s'y élèvent à des
intervalles plus ou moins longs. Des deux côtes de la colline
le gaz sort perpétuellement de terre avec un sifOemenl.
L'île Po^orélaïa-Ptita (le Roc brûléj, à l'embouchure du
Kour, présente les mêmes phénomènes que les champs île
limon de lokmalî.
A l'endroit où commence le delta du Kour on voit ia
petite ville de Salian, célèbre par la pèche et le commerce
de l'esturgeon. A environ 4o lieues à l'ouest, ChoucJah ou
Choiichi, forteresse construite sur un roc escarpé, n'est
accessible que par un sentier étroit.
Les deux khanats persans d'Erivan et de ïïakhtchivan ,
cédés par la Perse en vertu du traité de 1828, forment la
province russe <X Arménie, peuplée de 400,000 âmes. Elle est
divisée en quatre arrondissemens ; sa capitale, Erifcin, se
compose de uooo maisons éparses au milieu de champs et
de Jardins; sa population est de 1 3,000 habitans , la plupart
Arménien.s. La forteresse qui la défend couronne un rocher
qui s'élève de 600 pieds au-dessus du Zenghi , petite rivière
qui arrose la ville. Cest dans l'enceinte de cette forteresse
que se trouvent le palais du gouverneur, une belle mos-
quée et une fonderie de canons.
A 10 lieues au nord-ouest de cette ville on voit le lac
Sifdn ou Sebanga, appelé aussi Gouktcha, nom qu'il doit
à ta couleur bleue de ses eaux , qui est elle-même l'effet de
sa grande profondeur. Il est long de i4 lieues, et large de 5.
il nourrit un grand nombre de poissons, dont plusieuis
ASIE : Pays Caucasiens. 89
passent pour des mets exquis. Vers son extrémité occiden-
tale s élève une petite île qui renferme un couvent où Ion
relègue les moines de celui d^ Etchmiadzine , lorsqu ils se
sont rendus coupables de quelques délits. Ce dernier cou-
vent , situé à quelques lieues à Touest d'Erivan , est lancien
chef-lieu de la religion arménienne : cest là que réside le
principal patriaiche de TArménie. Le village qui selève
auprès a le rang de chef-lieu d'arrondissement.
Ptolémée parle dune ville de Naxuana^ située en Ar-^
ménie; on croit la retrouver dans Nakhtchivan^ à peu
de distance de TAras, et à 3o lieues au sud-est d^Erivan.
Elle fut ruinée au commencement du XYIP siècle, sous le
règne d'Abbas I*', qui en fit transporter les habitans dans
l'intérieur de la Perse. Chef-lieu d'arrondissement, sa po-
pulation , qui fut plus de dix fois plus considérable , ne
parait pas dépasser 3 à 4^00 âmes. En descendant l'Aras
on arrive à la ville ^Ourdahad^ peuplée de 6000 âmes.
Elle est sur la gauche du fleuve, près d'une cataracte que
forment ses eaux en tombant de 20 pieds de hauteur.
La province d'Arménie compreod un plateau de 800
pieds de hauteur , entrecoupé de montagnes et de collines.
Le sol en général en est bien arrosé , et fertile en céréales ,
en riz et en vignes. Le climat en est sain ; Tété y est doux ,
mais l'hiver y est très -rude.
Telles sont les provinces asiatiques qui forment la Russie
méridionale.
90
LIVRE CENT VINGT^DEUXIÈME.
TABLEAU
DES POSITIONS GÉOGRAPHIQUES DE LA RUSSIE
ÀU SUD D8 LA CRETE DU CA.UCASE.
NOMS DES LIEUX.
TiFLlS
Ielisavetpol
Akhaltsikhe
KOUTÀÏS
Batoum
RsDOUT-KALé
SoUKHOUM-KALÉ
Chbki
Nouveau -Chamakhi
Bakou...
Érivak
NAKHTCHiyAK
LATITUDE.
4i« 3o 3o N.
t^o la G N.
4i 55 G N.
4a i*» o N.
4i 38 4o N.
4a i4 la N.
4a 59 ao N.
40 4? o N.
40 34 o N.
40 ai ao N.
4o I i5 N.
LOKGITUDB.
38 59 ao N. 43 ai 10 £.
4ao 4i* i5"E.
45 5 o E.
40 4^ o ^*
4o ao o E.
39 18 40 £•
39 18 i5 E.
38 39 53 E.
44 la o E.
45 ao o E.
47 ^7 48 E.
4a 36 o E.
>««>»4H
LIVRE CENT VINGT-THOISIÈME.
Suite de la Description de TAsie. — Turquie d'Asie. — Première
sectioD. — Péninsule de l'Anatolie ou de TAsie-Mineure , avec
les côtes de la mer Noire.
«Nous allons fouler un sol fertile en grands souvenirs;
mais ces souvenirs même n'existent point pour les habi-
tans actuels, abrutis par Tignorance et Fesclavage. Une
égale obscurité enveloppe la gloire de vingt peuples qui.
jadis florissaient dans l'Asie occidentale; les troupeaux bon-
dissent également sur le tombeau d'Achille et sur celui
d'Hector; les trônes des Mithridate et des Antiochus ont
disparu comme les palais de Priam et de Crésus ; les mar-
chands de Smyrne ne se demandent guère si ce fut dans,
leurs murs que naquit Homère; le beau ciel de l'Ionie
n'inspire plus ni peintres ni poètes ; la même nuit couvre
de ses ombres les rives du Jourdain et les bords de l'Eu-
phrate; la république de Moïse a disparu; les harpes de
David et d'Isaïe sont muettes à jamais; un pasteur arabe
vient avec indifférence appuyer ses tentes aux colonnes
brisées de Palmyre; Babylone aussi a succombé sous les
coups d'un destin vengeur, et cette cité qui régnait sur^
l'Asie opprimée, laisse à peine après elle une trace qui
puisse indiquer où s'élevaient les remparts de Sémiramis.
« J'ai vu sur les lieux, dit encore un voyageur, l'accom^
« plissement de cette prophétie : que Tyi', la reine des na-
« tions, ne serait plus qu'un roc où les pêcheurs feraient
« sécher leurs filets (0. »
« Cependant , si la civilisation européenne , par quelque^
(') JEJzech., ch. xxvi, v. a. ^
l
f)a tIVRE CKHT VlSGT-TROISltiMK.
nouvel ordre de la Providence, retournait vers cet antique
berceau du genre humain, nous y retrouverions encoi*
la côte pittoresque de l'Ionie avec ses îles riantes, les
fertiles rivages du Pont - Euxîn ombragés de forêts iné-
puisables, et, plus loin , les nombreuses chaînes du mont
Taitrus couronnées de plateaux qui donnent, ainsi que
nous l'avons dit, un échantillon des grands plateaitx de
l'Asie centrale; nous verrions encore l'Euphrate et le
Tigie porter les glaces de l'Arménie vers les brûlantes
plaines de lu Mésopotamie; et, assis à l'ombre des cèdres
du Liban, nous pourrions laisser errer nos regards sur les
prairies et les vergers de Damas. Les hommes seuls ont
changé; la nature est restée essentiellement la même. Il
nous est donc permis, en décrivant ces contrées, de sup-
pléer à l'ignorance des babitans et aux. lacunes qu'offrent
les récits des voyageurs , par les renseignemens précieux
qu'ont donnés les anciens. Déjà nous avons tracé, d'après
Strabon , un tableau assez complet de la géographie an-
cienne de ces régions; Strabon sera encore notre guide
pour combiner les notions éparses dont se compose leur
géographie moderne. Mais, pour mieux jouir d'un tableau
si varié et si vaste, déco m posons -le d'après ses groupes
principaux, et bornons ici notre attention à la péninsule
de V^sie-Mineure, de laquelle nous ne séparerons pas la
côte du Pont- Euxîn.
• Les montagnes de Taurus, selon les opinions unanimes
des anciens, s'étend.iient des frontières de l'Inde jusqu'à
la mer Egée; leur chaîne principale, en sortant du mont
Imaûs vers les sources de l'Indus, se pbail comme un im-
mense serpent, entre la mer Caspienne et le Pont-Euxin
d'un côté, et les sources de l'Euphrate de l'autre ('). Le
Caucase semble compris dans cette ligne, selon Pline; mais
{>) PtiiiE, V, i;.
^
ASIE : Turquie d'Asie. j)3
Strabon, mieux infornit;, trace la chaîne principale du
Taui'us entre les bassins de l'Euphi-ate et de l'Araxe, en ob-
servant qu'une chaîne détachée du Caucase, celle des
monts Moscliiques , se dirige au sud, et joint le Taurus [■);
celte jonctioD même n'est pas très-niarquee d après les re-
lations les plus modernes (2). Strabon, né sur les lieux, et
qui avait voyagé jusqu-'en Arménie, se représente tout le
centi-e de l'Asie-Mineure , avec toute l'Arménie, la Médie
et la Gordyène, ou le Kourdistan, comme un paya très-
élevé, couronné par plusieurs chaînes de montagnes qui
toutes se joignent d'assez prés, selon lui, pour pouvoir
être considérées comme une seule. ■ L'Arménie et la Mé-
« die, dit-il, sont situées snrle, Taurus. <• Ce plateau sem-
ble encore comprendre le Kourdistan, et les branches qui
en sortent s'étendent dans la Perse jusque vers le grand
désert de Rerman, d'un cùlé, et dft l'autre jusque vers les
sources du Djiboun et de l'Indus. £n considérant de cette
manière le grand Taurus des anciens comme unp/ateau, et
non pas comme une chaîne , nous croyons concilier les té-
moignages de Strabon et de Pline avec les relations des
voyageurs modernes.
« Deux chaînes de montagnes se détachent du plateau
d'Arménie pour entrer dans la péninsule d'Asie. L'une
resserre et franchit le lit de l'Euplirate, près Samosatc ;
l'autre borde le Pont-Euxin, en ne laissant entre lui et
cette mer que des plaines étroites (3). Ces deux chaînes,
dont l'une est en partie \' Anti-Taurus , et l'autre le Pa~
rj'adres des anciens, ou te mont Tclwldir ou Keldlr des
modernes, sunis.sent à l'ouest de l'Euphrate, entre les
villes de Sivas, Tokat et Raisariéh, par la chaîne de \Ar-'
gœusj aujourd'hui nommé Àrgis-dag, et dont le sommet
(0 Strabon . XI , 3^1 , cdil. Atrebat. 1S87. — (0 Carie du Caucase , p.iv
M. Lapie. Annales des Voyages, lome XJl. — W Sùaùoii , XII , p, 378.
Fourcttdc, consul général ^ Sinope, notes manuscrites. ^
[
9^1 LIVBE CEWT VIMGT-TnOISliME.
se couvre de neiges éternelles ('); circonstance qui, sotis
une latitude aussi méridionale, suppose une élévation de 9
à io,Qoo pieds. Le centre de l'Asie ressemble à une terrasse
appuyée de tous eûtes sur des chaînes de montagnes qui
en forment les escarpemens. Là s'étendent des marais saians
et des rivières qui n'ont point d'écoulement ; là se trouvent
plusieurs petits plateaux, dont Strabijn en a décrit un sous
le nom de la plaine de Bagadaonie. • Le froîd y empêche ,
« dit-il, les arbres fruitiers de réussir; tandis que les oli-
« viers viennent près de Sînope , qui est à trois mille stades
" plus au nord W. . Les voyageurs modernes ont égale-
ment trouvé de gi-andes plaines élevées dans tout l'intérieur
de l'Asie-Mineure , soit au midi, du côté de Koniéh (3),
soit au uord , du côté d'Angora (4). Mais tous les bords de
ce plateau présentent autant de chaînes de montagnes, qui
tantôt ceignent le plateau, tantôt se prolongent à travers
les plaines inférieures.
» La chaîne qui, venant à la fois du mont Argœus et de
\' Anti-Taurus ., borde l'ancienne Cilicie au nord, porte d'une
manière plus particulière le nom de l'aurtis, nom qui,
dans plusieurs langues, paraît avoir une racine commune,
laquelle signifie tout simplement montagne. Tiir en phéni-
cien a cette signification. L'élévation de cette chaîne doit
être considérable, puisque Cicéron affirme qu'on ne sau-
rait la passer avec une armée avant le mois de juin , ix cause
des neiges (5). Diodore décrit en détail les affreux ravins
et précipices qu'il faut traverser de Cilicie en Cuppadoce (<J).
Les voyageurs modernes qui ont traversé plus à l'ouest
celte chaîne, aujourd'hui nommée Ala-dagh, la représen-
'0 Siralion, KII. Paul Lucas, second Voyage, I, 1.I7, Ifai/gi-
Khalfah, Gikigrapliie lurqnc, IrsUuclion manusCrilc . p. i;;^.
W Slrabon, \l, p. 5o- — t') Olivier, Voyage dans l'Empirt otioni.iii .
VI , 3S8 , 399, 401 . — (« Touni'fort , leltrp XXI . Paul Lucas , (Iciiiiùnir
Voyage, 1 . cap, ixi.— *) Cic. Epiât, ad. t'nmil. \V. /,, cir.
'^ Diod. . XIV, 10. Iteradian . cIc,
àsiE : Turquie dAsie. 95
tent comme semblable à celle des Apennins et de THé-
mus (!)• Elle projette à louest diverses branches, dont les
unes viennent se terminer sur les bords de la Méditerra-
née, comme le Cragus et le Masicystes des anciens, dans
la Lycie; les autres, infiniment plus basses (s), s étendent
jusqu'aux rivages de FArchipel, vis-à-vis des îles de Cos et
de Rhodes. A lest , le mont Anianus , aujourd'hui \Alma-
dagh, branche détachée du Taurus, sépare la Cilicie de la
Syrie, en ne laissant que deux passages étroits, Fun vers
FEuphrate, Fautre sur la mer (3); le premier répond aux
Portes Amaniques des anciens; Fautre aux Portes de Syrie;
celles-ci, avec leurs rochers taillés à pic, sont les seules
que les voyageurs modernes aient visitées.
« Deux autres chaînes de montagnes sortent de la partie
occidentale du plateau central : Fune, dirigée au sud-ouest,
est le Baha-dagh des modernes, qui formait le Tmolus^ le
Messogis et le Sipylus des anciens, et qui se termine ver»
les îles de Samos et de Chio; elle change aussi de nom
pour prendre ceux ^lourlou-dagh^ de Baïkous-dagh et
âJ Ac'deveren ; Fautre, dirigée au nord- ouest, présente des
sommets plus élevés , parmi lesquels ïlda et ï Olympe ( de
Mysle)-ent acquis une grande célébrité; le reste de cette
chaîne porte les npms de Calder-dagh^ Mourad^dagh, et
de Maltépeh. Elle aboutit au canal de Coustantinople. En-
fin, le côté septentrional du plateau s'élève vers la mer
Noire, et donne naissance à la chaîne de YOlgassys^ au-
jourd'hui Kouset-eUGhas^ chaîne qui remplit de ses bran-
ches tout Fespace compris entre le Sangarius et FHalys. Les
sonunets conservent leurs neiges jusqu'en août (4).
« Dans tout le système de montagnes que nous venons
(') ,Paul Lucas , deuxième Voyage , 1 , 35. Troisième Voyage , I ,
pag. 184. — C^) Strab.f XIV, gSa. Almclov. — (}) Xéiiophoiif Cyri
exped^ 1, 4* Airian, elc. , etc. Ouer^ Voyages, I, p. 82 (enallem.).
PocockCy II , p.. 257 ( Idem). — (4) M Fourçade, notes manuscrites.
g6 LIVRE CENT VirfGT-TROISlÈHE.
de décrire, les roches calciiires paraissent prédominer. Les
anciens vantent beaucoup d'espèces de marbres de l'Asie-
Mineure; mais depuis le San^arius jusqu'à l'Haljs , on ne
rencontre que des roches granitiques,
" Les trerablemens de terre ont souvent affligé celte
belle péninsule ; treize villes y furent renversées dans un
seul jour sous le règne de Tibère. Les anciens avaient dis-
tingué un canton singulièrement rempli de traces d'érup-
tions volcaniques , c'était la région appelée Katakekauménc,
c'est-à-dire le P(tfs brûlé, * où très-souvent des flammes
1 sortaient de la terre , et où la vigne croissait dans un sol
« tout composé de cendres (')■ ■ Ce centre des secousses
volcaniques qu'éprouve l'An atolie , doit se trouvera l'est
de Tbyatira; les voyageurs modernes ne l'ont point visité.
1 La péninsule de l'Asie- Mineure n'offre que des riviè-
i-es peu considérables, quoique très -célèbres. Celles qui
descendent au midi vers la Méditerranée ont le cours le
moins long et le plus rapide. Le Pjmmus, en Ciiicie, au-
jourd'hui nommé Djihoiui , franchit le Taurus , en passant
par une gorge dont les angles correspondent si exactement
qu'on les prendrait pour un ouvrage de l'art (a). Celte ri-
vière , qui n'a que 3o à 4» lieues de cours , est sujette à des
débordeniens annuels qui fécondent te territoire environ-
nant. Elle se jette dans le golfe d'Alexandrette ou de Scan-
deroun. Le Seihoun, l'ancien Sarus. tombe dans la Méditer-
ranée après un cours d'environ 5o lieues. I,a mer Egée
reçoit des rivières plus considérables : on distingue parmi
elles le sinueux Méandre, aujourd'hui Meïnder-Buïuk,
lleuve profond , quoique peu large ^) , et qui mine souvent
les terrains qui lavoisinent, ce qui jadis avait donné nais-
sance à un usage singulier : les propriétaires qui souffraient
[>) Voyez notre Volume I", p. i5o. — (") Straboii,'%.\\\, 809. Almcl.
-CTfficria.O«rom«(ej,p. laSlCorp. Bja. J- ïïi-itV., XXXVIII, i3.
ASIE : Turquie dAsie. m
par ces ravages, intentaient un procès au fleuve; ils rece-
vaient des indemnités sur les péages établis le long de son
cours. Ce petit fleuve, dont il est difficile d'évaluer les nom-
breux détours, parcourt une vallée de 60 lieues de lon-
gueur. Il faut encore remarquer le Sarabat ou Kédous^ l'an-
cien Hermusj long de 70 lieues, qui, ainsi que le Bagouly
ou Pactole^ l'un de ses a£Quens, roulaient des paillettes d'or,
dont, déjà du temps de Strabon , on négligeait la recher-
che; enfin , le Mendere-sou ou Simoïs qui reçoit le ruisseau
du Scamandrcj tous deux immortalisés par l'auteur de 1'/-
liade. Les plus grandes rivières de FAsie-Mineure s'écou-
lent dans la mer Noire; le Sakaria des Turcs (i) est le
Sangarius des anciens , fleuve sinueux et rapide qui n'a pas
moins de 100 lieues de cours; le Barûn ou Parthenius coule
encore, comme du temps de Strabon, dans une vallée
étroite entre des prés fleuris et de rians coteaux ; YHalys^
aujourd'hui le KizilrErniak ^ ou Jleuife rouge ^ dont Pline seul
a bien indiqué le bras méridional , en le faisant venir des
pieds du Taui*us de Cilicie , et se diriger du sud au nord ,
parut à Toui*nefort, qui le vit près de son embouchure,
large comme la Seine à Paris (2). Il n'a, malgré quelques
cartes modernes , qu'une seule embouchure (3), et son cours
est de 220 lieues. La largeur ordinaire de ce fleuve , le plus
grand de F Asie-Mineure, est de 100 pieds. Le lechiUErmak
( lejleuife Vert) ou l'/m, ne le cède qu'à THalys ; cependant
il est moitié moins long ; son principal affluent est le Keom-
lou-Hissar^ l'antique Lycus; mais les autres rivières de la
côte du Pont-Euxin ne sont remarquables que par la rapi-
dité de leur pente.
« L'Asie-Mineure renferme beaucoup de lacs qui n'ont
point d écoulement, et dont les eaux sont imprégnées de
(0 Plin. VI, a. —(a) Tourne/on, Lett. XXL— (3) Fourcade , nofM
manuscriles.
VIII. 7
(fS LIVRE CENT VINGT-THOISIÈME.
sel : la Géographie ancienne nous les a déjà fait connaître
en partie ['); les relations modernes ne diminuent point
l'idée que nous en ayons prise. Le lac Tazla ou Touz/a,
appelé aussi Salato, qui a i4 lieues de long sur 2 de lar-
geur, présente, suivant les anciens, une Taste plaine cou-
Terte de cristaux de sel W. C'est une réunion de plusieurs tacs
liés les uns aux autres, donc les eaux saléeii paraissent être
sans écoulement , excepté dans la saison des pluies , époqee
à laquelle elles vont joindre au nord-est la rive gauche du
Kizil-Ërraak. Le lac d'^/cseraï est sur le même plateau ; ses
produits en sel alimentent presque toute la péninsule. En
passant la crête du Taurus, un autre plateau nous offre,
près Beg-ckeher , deux grands lacs dont les eaux sont
amères et salées (3). Celui A'Efnani a 3 lieues de longueur
sur 1 de largeur. Ces amas d'eaux sans écoulement prou-
vent le peu d'inclinaison qu'ont les parties centrales de la
péi
iule.
Dans la partie de l'Anatolie dont les pentes forment la
moitié du bassin de la mer de Marmara, se trouvent plu-
sieurs lacs d'eau douce : celui Alstiik a 7 lieues de longueur
sur 3 de largeur : on y prend d'excellent poisson dont la
pêche produit à la couronne , sur les droits qu'on y perçoit ,
un revenu de 12,000 ducats par an.
■■ Les anciens et les modernes ont vanté le climat de
l'Asie-Mineure ; il y règne une température douce et pure,
qu'on ne retrouve même plus de l'autre côté de l'Archipel ,
sur la côte européenne. La chaleur de l'été est considérable-
ment modérée par les nombreuses chaînes des hautes mon-
tagnes; le voisinage de trois mers adoucit à son tour l'in-
tensité du &oid (4). C'est sans doute à cette région heureuse
CO Voyez Ariitote , Pline, Hérodote , etc. , cites dans notre Volume l--',
p. iSi. — (') Taveniier, lom. I, Ijv. 1 , chap. ;. Pococke , III , iSj.
— l^) Paul Lucat , deuïièrne Voyage, t, 1. e. ixiiii.TroiiiètaeVoyige,
— W Hippoc. , de Aer. aqu. loc.
4SIE : Turquie lîAsie. qn
que l'on a particulièrement appliqué ce que dit Hippoctste
de l'Asie en général : « On ne connaît ici guère de difTérence
•> de chaleur et de froid j les deux températures se fondent
■ l'une dans l'autre. ■ Cependant les côtes méridionales
éprouvent des chaleurs accablantes, tandis que les rivages
du Pont-Euxin ou de la mer Noire souffrent quelquefois
de la trop grande humidité. L'atmosphère épaisse et bni-
meuse qui se développe au-dessus de cette mer, est, par
son propre poids , sollicitée à se porter vers les côtes. »
Ajoutons qu'en hiver les pluies tombent par torrens;
qu'en été la terre est desséchée par une chaleur excessive,
ex que les habitans des campagnes, surtout des vallées
voisines de la Méditerranée, pour échapper à une tempé-
rature brûlante, sont quelquefois obligés de se réfugier
dans les montagnes ^ que le sirocco accable de son souflle
aride les habitans des côtes occidentales , et que , malgré la
salubrité de l'air, la peste y exerce souvent ses ravages.
■ Les anciens connaissaient mieux que nous les richesses
de l'Asie Mineure (']■ Cependant les modernes en tracent
un tableau assez brillant, quoique incomplet. Les côtes de
cette péninsule donnent presque les mêmes productions
que la Grèce méridionale ; les oliviers, les orangers, les
myrtes, les lauriers, les térébinthes, les lentisques, les
tamariniers, ornent les bords sinueux du Méandre et les
rivages charmans de Chio et de Rhodes. Tandis que la vigne
sauvage y grimpe jusqu'aux sommets des arbres, retombe
en festons, et forme de petites grottes de verdure, le pla-
tane étale avec plus de majesté son vaste ombrage au-dessus
d'un sol parsemé de fleurs odoriférantes j les froides hau-
teurs du Taurus se couronnent même de cyprès, de gené-
vriers et de saviniers. Le chêne qui produit la galle deâ
irorie Vulunic I" , p. iS^-iii; on SoiAon , iîv. XII, Mil,
l
lOO LIVRE CIÎHT VISGT-TROISIEME.
teiuturiers(') est répandu depuis le Bosphore jusqu'en Syrie,
et jusqu'aux, frontières de la Perse (i). De Tastes plaines de
l'intérieur ne sont occupées que par des plantes salines,
par l'absinthe et par la sauge (3). Souvent à côté des tristes
marais salans s'étendent d'autres plaines plus sèches, où
toute la verdure ne se compose que des deux espèces de
genêt , le spaHium junceum et le spinosum ; ces contrées
stériles nourrissent aujourd'hui, comme jadis, des ânes et
des brebis (4). Des cantons montagneux vers l'est éprouvent
des incendies souterrains, tandis qu'à peu de distance le
sol est noyé sous des eaux stagnantes et froides. Sur les
bords de l'Euphrate, les vignes, les oliviers, tous les arbres
fruitiers reparaissent. Les brûlantes côtes de la Caramanie
doivent partager la végétation de la Syrie maritime^ les
arbres y exhalent des gommes précieuses; \a styrax fournit
une résine estimée; les anciens tiraient d'ici des bois de
construction navale. D'autres forêts et d'autres plantes
couvrent les rivages de la mer Noire; les chênes et les sa-
pins dominent dans les forêts ; cette côte est Je verger de
Constantinople et de Kherson. Des bois entiers se com-
posent de noisetiers, d'abricotiers, de pruniers, et surtout
de ceiisiers. Ce dernier arbre doit même son nom à la
ville de Cérasonte. Les plaines autour de l'Halys, du San-
garius et du Méandre, offrent de superbes pilturages. »
La récolte en céréales ne suffit point à la consommation
des habitans; sur le bord des rivières on cultive le riz; la
vigne fournit plusieurs espèces de vins , mais qui ne peuvent
se garder; les jardins abondent en melons délicieux, et les
vergers en Bgues d'un goût exquis. Dans les champs on
cultive le chanvre , le lin , le tabac , la garance , l'indigo , le
^fran , et surtout le coton herbacé.
CO Quercusinfectoria. — f.') Olivier, 1, p. iS3. — |î) P. Btloii.Oh-
nervations, elc. , CXEI.— C« St>-abon . liv. XII, passim. Pline, XVI,
cap. 37, XIX, cap. I, e\c.
I
AsiR : Turquie dAsie. loi
Les habitaos de l'Asie-Mineure élèvent en général peu
de bestiaux ; dans beaucoup de cantons le buffle remplace
notre bœuf à la charrue et dans les boucheries; notre bœuf
y est rare, et sa chair est d'une médiocre qualité : celle du
mouton lui est supérieure; sa laine est peu estimée dans
le commerce; il faut cependant en excepter celle des mou-
tons d'Angora, qui est renommée pour sa longueur et sa
finesse. Les chèvres de ce canton montagneux se distin-
guent aussi par la beauté de leur soie : il en est de même
des chats et des lapins quon y élève. Les chevaux de l'Ana-
tolie sont en général robustes, légers et d'une très-belle
race : ils semblent encore descendre de celle de Cappadoce ;
les mulets et les ânes y sont forts; enfin on y élève des
chameaux, et l'habitant tire un grand profit du produit des
abeilles, et surtout des vers à soie.
B Les gazelles de la Syrie s'égarent quelquefois au-
delà du mont Taurus, et peuvent y rencontrer les ibex
ou bouquetins descendus du Caucase. Leurs ennemis
sont les chacals, les loups, les hyènes, les ours; mais
il est très-douteux que le lion se montre encore dans
l'Asie-Mineure. Les cygnes se plaisent toujours sur les
boi-ds du Caystre ; les perdrix rouges couvrent les rivages
de l'Hellespont; toute sorte de gibier abonde dans ce
pays à moitié inculte; sur le mont Taurus il y a des mou-
tons sauvages {')■
■ Les mines de cuivie de Tokat, celle du bourg de Kdu-
céh,prèsRastamouni, et celle de Goumouch-Khanéh, non
loin de Trébizonde, ont encore de la célébrité. Toutes les
chames voisines de la mer Noire offrent des indices d'
cellent cuivre ; mais on n'exploite plus le cinabre du mont-
Olgassys, ni l'or de la Lydie, ni les cristaux de roche di
Pont, ni le précieux albîUre et le marbre coralitique de;
10 Hadgi-Khalfitk, p. 1753-1773, etc.
1
■ ou LIVBE CENT VINGT-TROISIÈME.
provinces centrales. Nous en savons moins que les anciens
sur la minéralogie de celte vaste contrée. C'est dans Strabon
qu'il fant chercher la description de lantre cotyclen, ca-
verne romantique de la Cilicie; des terrains près d'Héphes-
tion en Lycie, d'où il sortait un gaz inflammable; des
sources pétrifiantes d'Hiérapolis, et de plusieurs autres
curiosités naturelles. Nous les avons rapportées dans l'ana-
lyse de la Géographie de ce Grec{ij; car, dans le silence
des modernes, aurions -nous pu affirmer que ces objets
remarquables existent encore dans le même état? Cela est
pourtant probable. Chandler (a) confirme le rapport de
Strabon sur les sources chaudes d'Hiérapolis ou de Pam-
bouk ; il a trouvé un rocher formé par le tuf que déposent
ces eaux; il ressemble à une immense cascade qui se serait
glacée tout à coup, ou dont les eaux auraient subitement
été converties en pierres. Près de là est encore la fameuse
caverne dont les anciens ont remarqué les pernicieuses
exhalaisons. >
Nous savons encore par un voyageur français récent que
dans la plaine de Goumouch-Khané nn exploite de riches
mines de plomb argentifère P).
L'Asie-Mineure, que les Turcs nomment Anadoli, se di-
vise en 6 gouvernemens, cest-i-dite pac/utli/cs ou eyalets
qui se subdivisent en sHndjakso\xlii>a3.
Nous allons décrire les principaux lieux de celte con-
trée , dont nous venons d'esquisser le tableau général ; nous
partirons des bords du rapide et violent Tchamuvk, appelé
aussi Tchorok Tchot-oklii ou Batoumi, qui est VAhampsis
.d'Airien et XAbsarus de Ptolémée (4), rivière de 70 lieues de
L
(0 Vojez notre Volume I", p. i43 «t m
(0 Chandler. Voysge en Âsie-Mincurc, II. 117, édilbn fratiçaige.
C) M Fomaitier. Voyage en Orient, entrepris par ordre du gouvcr-
Trançais, de l'annde iSii à l'année iSitp. — Paris , 1S19.
(4) J/aruieii, Gdographicdci Grecs cl deh Romain», V, p. II.p, .\(,itgq.
^^^ ASIE : Turquie dAsie. io3
H cours; c'est la limite A\i pachalik de Tarabosan ou Trébi-
^ zonde. La première ville turque de ce côté qui soit digne
de remarque , est Rizeh ou Irizeh autrement Iriza , l'an-
tique Rhizœum , qui pas.^e pour une ville importante , mais
tqui n'est, suivant M, Fontanier, qu'une petite bourgade de
4ooo âmes dont les habitations entourées d'arbres sont
disséminées dans la campagne. Le bourj d'(?/"ou ^Ouf, sur
une bauteur inaccessible au bord de la mer, fait un assez
grand commerce. Un autre bourg, celui de Snurmeni ou
Sournieneh, exporte du vin, de l'huile et d'autres produits
du sol, La pêche y est abondante. On y compte 2000 babi-
tans; les maisons en sont petites et basses, et construites
en pierres; on a soin, dit M. Fontanier, d'en faire les
murs assez épais pour qu'on puisse les défendre aisément;
la plupart ont un enclos dans lequel on sème du mais. Les
montagnes qui bordent la cote sont calcaires; celle sur
laquelle est placée ta bourgade est d'une couleur noirâtre
et d'une apparence schisteuse : ses couches ont i5 pieds
d'épaisseur. Les pâturages qui couvrent ces montagnes
nourrissent un bétail remarquable par sa petitesse; les bœufs
ne sont pas plus gros que les ânes de l'Europe. Les noise-
tiers y abondent ainsi que les tiguiers : les fruits de ces
arbres forment une branche d'exportation. Les habitans se
nourrissent de gâteaux de mais cuits sous lu cendre; mais
ces gâteaux, qui leur paraissent délicieux, sont encore
moins bons que le pain de seigle noir et mal cuit que l'on
vend dans le bazar. •• Les boutiques sont mal fournies, et
■ tenues pour la plupart pai' des Grecs qui vendent du
■ drap, des cotonnades, du tabac et des épiceries. Chacun
■ de ces marchands a un fusil chargé auprès de lui, et-
■ souvent il est obligé de s'en servir, lorsqu'il y a quelque "
I- alerte causée par l'irruption d'un village voisin. Quand il
• ne s'agit que de querelles locales, ils n'osent, en leur
■ quabtë de chrétiens, recourir à leurs armes, et jugent
I04 IIVHE CENT VIS GT -TROISIÈME.
■ plus prudent de les laisser terminer par le bâton [i), »
« Ensuite vient la célèbre ville de Tréhtzondc , que les
Turcs nomment Tarabosan. C'est l'ancienne Trapezus ,
colonie des Grecs de Sinope ; elle devint importante sous
Trajan, et encore plus sous Justlnien (^) ; elle fut la capitale
d'un Empire i'ondé par une branche des Gomnènes de
Gonstnntinople, qui en furent dépouillés en i452 par
Mahomet II, Quoique déchue de son ancienne splendeur,
elle est encore considérable, et renferme, selon quelques
géographes, i5,ooo, selon d'autres 20 à 3o,ooo habitans. »
Cependant M. Fontanier nous apprend que les habitans
estiment la population de leur ville à 60,000 âmes, et
que cette évaluation paraît être en rapport avec le mou-
vement qui règne dans le bazar et les autres lieux publics.
Au surplus, il ne peut y avoir sur ce point que des esti-
mations approximatives, parce qu'on ne fait jamais de
dénombrement exact en Turquie. On y compte 7 à 800
chrétiens grecs, arméniens et catholiques, qui habitent un
quartier sépai-é sur le penchant d'une coUine qui s'avance
vers la mer. La plupart des maisons sont basses et con-
struites en grosses pierres ; elles communiquent entre elles
par des passages secrets pratiqués pour favoriser !a fuite
des propriétaires attaqués par quelque particulier puissant.
Pour comprendre l'utilité de ces passages secrets, il faut
savoir que non seulement l'autorité du pacha est souvent
compromise par des révoltes partielles ou générales, mais
que beaucoup de particuliers se font aussi la guerre;
que plusieurs maisons sont de véritables forteresses, et
qu'il arrive fréquemment que, pendant plusieurs jours de
Isuite, on n'entend que des coups de fusil tirés d'une mai-
(') V. Fonianier; Voyages en Orient (Turquie d'Asie).
W Euilaïk. , nd Dionys. Periég. v. 687. Notîl. Imp. c. 17. Proeop
()e£diGciis, III, 7.
L
ASIE : Turquie d'Asie. ï6S
son à l'autre. On aperçoit cà et là dans cette ville des dé-
bris de monumens grecs du Bas-Empire. Hors de son
enceinte, dans la partie occidentale, on voit l'église de
Sainte-Sophie, monument grec de forme circulaire, dont
le pavé est une mosaïque , et dont le dôme élevé est sou-
tenu par quatre colonnes en marbre : elle parait remonter
au temps de Justînien ; une partie de l'édifice a été changée
en mosquée depuis i46i. A l'est se trouve une cluipelte
qui passe pour avoir été jadis un temple d'Apollon ; sa
forme est octogone, et les peintures sur stuc qui l'ornaient
ont été détruites par les Turcs. Dans tous les environs,
les pics élevés sont couverts de couvens grecs et arméniens.
Dans la ville on compte i8 mosquées et plusieurs petites
chapelles grecques. Les bains sont remarquables par l'élé-
gance de leur architecture : ils sont en marbre , et la plupart
de construction grecque. Les rues sont étroites et garnies
de trottoirs pavés. Le commerce de Trébizonde est assez
actif: il consiste principalement en exportations de chanvre,
detoiles, de cordages, de filets à pécher, de tabac, de cire et
de métaux pour Constaniinople, et de fruits secs et d'étoffes
pour la Russie. Elle exporte même un peu de vin (').
' Deux enfuncemens de la côte nous présentent succes-
sivement Traboli et Aeresoun, qui partagent le commerce
de Trébizonde; leurs cantons produisent un peu de soie. ■
Cette dernière petite ville, située au sommet d'un roc
que domine un château en ruine, occupe l'emplacement
de Cerasm; son enceinte est formée par le mur antique;
elle renferme environ 700 maisons.
"Sur la côte nord-ouest du pachalik de Trébizonde,
au sud de la Gourie, demeurent les Lnzes ou Laziens ^
a qui , dans la langue turque , signifie les marins. Il se
peut que ce peuple suit un reste des anciens Lasi qui, au
.. Cump. Pcyaoïuml et Tmiiiirfan .
I
Io6 LIVRE CENT VIHGT-TROISIÈME.
temps des Uyzantins, étaient établis en Golchide. Cette
peuplade est presque entièrement indépendante- C'est sur
son territoire que se trouve Irizeh. «
Le pachalik de Sivas ou de Roum , situé à l'ouest de celui
de Trébiionde, est dune grande étendue : il a i3o lieues
de longueur sur fio de largeur. L'Auti-Taurus le traverse;
le Kiïil-Ermak, l'Iechil-Ermak, le Keouïlou-Hissar, et le
Tliermeh, sont les principiles rivières qui l'arrosenL Ses
montagnes sont boisées, son climat est agréable et salubre,
son sol est fertile, ses richesses métalliques sont variées, et
ses habitans sont industrieux.
n Ceux qui habitent Ounièk ou. Eunieh^ l'ancienne OEnoe^
placés dans un territoire stérile, se iivi'ent à un cabotage
actif, soit avec les ports russes , soit avec la cote des Abases.
L'ancienne Amisus, une des résidences du grand Mithri-
date. est aujourdliui un petit bourg nommé Sarnsoun; i!
a une rade par où l'on exporte les cuivres de Tokat, les
soies, les fruits et les toiles d'Amasieh ('}. Sa position , au
milieu de jardins et de bosquets d'oliviers, est fort agréa-
ble; son enceinte est formée par une vieille muraille en
ruine, et sa population est de ■looo habitans.
« En remontant la rivière aujourd'hui nommée leckil-
Ermak, et anciennement Iris, nous visitei'ons une ville
chère à la Géographie; c'est Amasieh ou Aniasia, la patrie
de Strabon; elle est située entre des rochers escarpés,
mais les environs produisent d'excellens fruits et du bon
vin (a).
n Ce n'est que quatre heures avant d'arriver à Amasia
n que l'on trouve les jardins qui dépendent de cette ville,
> Alors c'est un magnifique spectacle que la suite non in-
■ terrompue de maisons de compagne, de mûriers, d'ai'-
(■) H. Fourcade , nutei manuscHtoi.
(>) Strab., Xll, p. 8^. Almcl. Tafcnùa-,
I
ASIE : Turquie (TJsie. 107
• br«8 fruitiers qui se succèdent jusqu'à ses portes. Sur le
• penchant des montagnes sont de vertes forêts, dans les-
> quelles les meilleurs fruits naissent sans culture, tandis
" que sur le plateau on récolte les céréale». Pour abréger
n la route, ni>us gravîmes par une pente assez doure la
« colline au pied de laquelle la ville est située; de là nous
■ voyions la route ordinaire suivre les sinuosités du Tokat-
« léou-sou. En descendant le revers abrupte qu'elle pré-
■ sente, j'aperçus un des canaus qui, d'après le rapport
- de Strabon, portaient l'eau dans la ville iO- "
On y entre , ajoute le voyageur que nous venons de citer,
par une longue rue, h droite et à gauche de laquelle on
voit de larges pierres qui ont probablement servi à d'an-
ciens monumens. Cette ville renferme 10,000 maisons; elle
est encore placée comme au temps de Strabon; seulement,
dit M. Fontanier, les maisons qui ctaient construites sur
la citadelle inférieure n'existent pins , et l'on n'y trouve que
des ruines. Les murs qui entouraient cette citadelle sont en
partie debout. Les restes d'un temple antique se trouvent
au sommet de la ville, près d'une fontaine d'ancienne <^on-
struction. Deux ponts élégans traversent le lechil-Ermak.
Dans l'intérieur on voit une ancienne église convertie en
mosquée, mais que les Turcs, par une singulière supersti-
tion, s'empressent de rendre au culte chrétien lorsque
la peste fait de trop giands ravages. Dans les environs on
remarque des grottes antiques taillées dans une roche de
calcai re -marbre , et dont la plus belle porte le nom de
îacA-^i>i(pierre-miroir), parce que toutes les parois en
sont polies : c'est une sorte de maison de 35 pieds de hau-
teur sur 3o de largeur, placée dans une montagne. Il est
ditiBcile de décider si ces cavernes ont été des lieux de re-
fuge pour les premiers chrétiens, ou les anciens sépulcres
ier: Voyages en Orient ( Tur
I08 LIVRE CESr VINGT-TROISrfeME.
des rois de Perse. L'antique citadelle est nussi une des
euriositës de cette cité, qui offrirait sans doute une foule
d'objets curieux si l'on pouvait y faire des fouilles. Quant
aux monuinens modernes, le plus beau est, sans contre-
dit, la mosquée bâtie par le sultan Bajazet ou Bayazid. La
soie forme la principale richesse d'Amasieh : on en récolte
environ cent charges de mulet, dont le produit est évalué
à a millions de piastres par an.
1 Au sud-est d'Aniasielij dans une vallée profonde, s'é-
lève en forme d'amphithéâtre Tokat, que l'on prononce
Tokate , ville entourée de vergers et de vignobles (>). Il y a
deux étages auxbàtimens, et chaque maison a sa fontaine;
les rues sont bien pavées, chose rare dans le pays; on y
fabrique des maroquins bleus; le commerce a pour objet
la soie, dont on fait beaucoup d'étoffes, la vaisselle de
cuivre et les toiles peintes, qui sont apportées de Bassora
par des caravanes. Tokat est l'ancienne Berisa. «
On entre dans Tokat en traversant sur un pont de bois
le Tokatléou-sou , qui descend des montagnes situées au
sud. Cette ville , selon M. Fontanier , renferme 1 7,000 mai-
sons, dont, en évaluant à 5 personnes le nombre d'indi-
vidus par famille, celui des habïtans s'élèverait à 9a,5oo ,
parmi lesquels se trouvent 5ooo Arméniens et aSuo catho-
liques. Mais les famUles étant plus nombreuses en Asie
qu'en Europe , il est probable que la population est d'en-
viron 1 5o, 000 âmes W.
» Le bourg de Zifeh, anciennement Ze/a, est, comme
plusieurs villes du Pont , situé sur une colline artiScieile (3).
C'est près de Zela que César défit Phamace, fils et succes-
seur de Mitbridate,
{•) Jachon àaia ^reiieel, BiblioLli. do. Voj.ngi.'» (en ullcni.) . Vll[ .
k.
("J V. FoiUaiùa- ; VojagCR en Orit
<î) Ttu-rmitr, I. tap, vu, p. toi.
»
I
ASIE : Turquie d'Asie. locj
- 'Les mmilagnes qui, depuis Tokat , s'étendent vers
Trébizonde, en séparant le bassin du Pont-Euxin de celui
de l'Euphrate , nourrissent dans leurs vallées verdoyantes ,
ombragées de forêts de châtaigniers, plusieurs tribus de
Kourdes nomades {'), dont la vie agreste rappelle celle
des anciennes peuplades que Xénopbon et Strabon placent
dans ces contrées j peut-être en sont-elles des restes. Le
nom des anciens Thianni ou Tzani s'est conservé dans
celui du canton de Djnnih , ville peu considérable. Les
montagnes de l'intérieur de le canton portent à leurs som-
mets des anneaux de fer, auxquels, disent les habitans, on
attachait les câbles des vaisseaux à l'époque où la mer
Noire étant sans débouché, s'élevait jusqu'à ce niveau ('').
L'industrie métallurgique des anciens Chaiyhes ou Chaldœi,
règne encore dans la région montagneuse qui a gardé le
nom peu défiguré de Tckeldlr ou Kcltlir. -
Bâfra , dans le sandjak de Djanik , sur la rive droite , et
à 5 lieues de l'embouchure du Kizil-Ermak, est une ville
de 2O0O âmes où l'on voit un beau pont, deux mosquées
et des bazars bien pourvus. Marsiva/t, dix à douze fois plus
peuplée, est l'ancienne Eiichaïles , qui fut surnommée
Tliéodorvpolis par l'empereur Jean Ziniiscès , en commémo-
ration d'une victoire qu'il remporta sur le roi des Bulgares
le jour de saint Théodore. Une belle église, qu'il y fit bâtir
en celte occasion , est convertie aujourd'hui en mosquée.
Elle doit en partie son importance à ses riches mines de
cuivre. Osmandjik, sur la rive droite du Kizil-Ermak,
offre un beau pont en pierre, construit par Bajazet. On
croit que celte petite ville est l'ancienne Pimolis. Une cita-
delle U domine \ de vieux murs et des fortifications ruinées
'entourent. Tchouroutn, jadis Taviuni, est le chef-lieu
(0 Tourne/oit, Voyage, led. XXi, p. 175,
(>) Hadgi-Kkalfah, y. 1798,
) LIVRIÏ CENT VI^GT-TfiOISIEME.
d'un sandjak qui «imprend l'ancienne Gniatie orientale.
Ouscataalouzghat, chef-lieu d'un autre sandjak, est une
ville denviron 18,000 âmes , entourée d'un mur en terre et
en briques cuites au soleil. On y remarque une mosquée bâtie
en pierres sur le modèle de celle de Sainte-Sophie à Con-
sUntinople , et le palais de Tchapan-Ouglou , chef qui s'était
rendu célèbre dans ces derniers temps par sa puissance, et
qui s'était même déclaré indépendant. C'est à ce gouver-
neur, mort depuis peu d'années , que la ville doit sa prospé-
rité. Il existe dans les environs des mines de plomb en
exploitation.
Le nom de iV^'^Jrtr indique l'antique cité de ^eo-C(e*«rea.-
cest la résidence d'un évêque grec; elle est grande, popu-
leuse , et bâtie en bois. Sa population peut être estimée à
10,000 ha bilan s.
Sifas, chef-lieu du pachalik que nous parcourons, est
une ville importante située dans une plaine, près dun des
affluens du Kizil-Ermak. Elle est la résidence du pacha et
d'un évéque arménien. On y voit les restes d'une citadelle
qui paraît avoir été bâtie par les Grecs. Il y existe des restes
de fortifications qui régnent encore sur les trois quarts de
sa circonférence. Ses deux plus beaux édjiices sont une
ancienne mosquée, dont l'entrée est murée, et un vaste
caravansérail, tous deux bâtis en marbre. Les bains pubhcs
sont aussi d'une architecture élégante. Les rues sont étroites
et tortueuses, et les maisons bâties en terre : on en porte
le nombre à 1000 environ , ce qui annonce une population
de 6 à 8000 habitans. Sivas passe pour être l'antique Cabira
qui, en l'honneur d'Auguste, reçut le nom de Sebaste ,
nom qui , en grec , signilie Auguste. Mais M. Fontanier n'a
reconnu la situation que Xénophon trace de cette ville,
que dans des ruines que l'on remaïque à quelques lieues
de Sivas, et parmi lesquelles on voit encore une citadelle
placée sur un monticule.
ASIE ; Turquie d'Asie. i r i
A environ 3o lieues à l'est de Sivas , la petite ville de
• Devrigki paraît être celle de NicopoUs, que Pompée bâtit
pendant la guerre qu'il fit contre Mithridute ; et au sud de
celle-ci, jlrabkir est l'ancienne Ambrace.
A l'ouest du pachaliL de Sivas , se trouve l'Analolie pro-
prement dite, qui forme un vaste gouvernement auquel
les Turcs donnent le nom AAnndolL
■ En passant le fleuve Halys ou le Kizil-Ermak, nous
«ntrons dans l'intendance ou le moiisselimat de Kastamouni
qui répond à l'ancienne Paphlagonie maritime. Quoique
peuplée de Turcs, la ville de A'aslamouni ou Kastamoun
voyait autrefois fleurir dans ses remparts divers genres
d'industrie; on y fabriquait de la vaisselle de cuivre; sa
population s'élevait en i658 à 5o,ooo âmes (0, mais
aujourd'hui elle ne renferme que ia,ooo Turcs et 4»
femilles arméniennes; ce qui la porte en totalité à environ
i4)000 âmes. L'ancienne Pompeïapolis , long-temps capitale
de ce paya , a été retrouvée dans le bourg actuel de TiwA-
Kouprou W ou Tach-Koupry, bâti sur la droite d'un affluent
du Kizil-Ermak, le Kara-sou, que l'on passe sur un beau
pont construit avec des restes de monuraens antiques.
La côte depuis l'Halys jusqu'au Bospliore a long-temps été
défigurée sur les cartes; les observations de M. Beauchamp
l'ont enfin â peu près rétablie; le prétendu golfe de Sam-
soun a disparu , et la côte en général s'élève d'un degré
entier plus au nord que les cartes de d'Anviile ne l'in-
i piquent.
«Avant d'arriver au cap Kerempeh, le Carambis des
anciens , pointe septentrionale de l' Asie-Mineure , nous
trouvons la célèbre ville de Sinope, appelée Sinab par les
Turcs, située sur un isthme, couverte au nord par une
(')M. Foarcadt, M&n. aur Kastanniuni.
('} Jd. Meta, sur Pompeïopolis , Annales des Foyages , XIV,
1
111 LIVIIE CEHT VIHGT-TROISIIÎME.
presqu'île, et ayant à l'est une excellente rade avec des
chantiers pour la marine impériale turque. Cette ville, que
les émigrations des Grecs ont réduite à une population de
10,000 âmes, exporte du riz, des fruits, des peaux et des
planches ; le commerce de poisson , autrefois immense , est
tombé. On sait que c'est dans ses murs que naquit Diogène
le Cynique. Son commerce et ses chantiers de construction
lui donnent encore une certaine importance. Incboli, l'an-
tique/ontyjo/w, est l'échelle, c'est-à-dire te port de Kasta-
mouni^ elle exporte des bois de construction, du cuivre,
du chanvre, jimastrak ou j4 masserah, Imicientie jirnastris ,
hâtie en amphithéâtre sur le bord de la mer Noire, et Erekli
ou Heraclea , n'ont conservé qu'un nom célèbre.
- Le Bosphore s'ouvre devant nous comme une magni-
fique rivière bordée de villages , de châteaux et de maisons
de plaisance. Aux lieux où ce détroit finit, s'élève Scutari,
que l'on vanterait comme une grande et belle ville, si elle
n'était pas située vis-à-vis de Constantinople; elle compte
40,000 âmes, u Elle est bâtie en amphithéâtre sur le pen-
chant de plusieurs collines, dans ie même style que la ca-
pitale de l'empire ottoman; la plupart des mosquées, les
bazars et les bains publics sont de beaux édifices^ le grand-
seigneur y possède un trèa-beau palais avec des jardins dé-
licieux. On remarque au sud et à l'est les cimetières de
cette ville , les plus beaux de l'empire. Scutari est l'ancienne
Chijsopolis.
« Sur le premier golfe de la Proponlide ou de la mer de
Marmara, nous trouvons le port appArtenimt à ta ville
A' Isnikmid ou A'Ismid ; c'est l'ancienne Nicomédie de
Bithynie, où mourut l'empereur Constantin ; elle renferme
encore 4ooo habitans. Il n'en est pas ainsi de celle à'Jsnik,
l'ancienne Nicée , célèbre par la tenue du premier concile
général , mais qui aujourd'hui , réduite à a ou 3oo maisons ,
n'est peuplée que de quelques Juifs, qui fabriquent de la
I
AsiB : Turquie d'Asie. ii3
faïence ou Tendent de la soie. La Propontide est entourée
de ruines céU'bres, parmi lesquelles celles de Cyztque attes-
tent encore la grandeur et la magnificence d'une des pre-
mières villes de commerce de l'antiquité [')■ Les restes de
ses anciennes murailles se voient suitout près de Perumo^
petite bourgade sur la côte orientale de la presqu'île qui
s'est formée par les atieirissemens qui ont réuni l'île de
Cyzique au continent.
"Mais les cimes du mont Olympe, couvertes de neîge
jusqu'au milieu de l'ete, appellent nos regards. Au pied de
celte pyramide naturelle s'étend Brousse, l'antique Bursa ou
Prusa , qui doit son origine à Annibal W , et qui fut la capi-
tale de l'empire ottoman avant la prise de Constantinople.
C'est à Drousse que les Turcs ont leurs plus habiles ouvriers ;
l'on estime surtout les satins et les tapisseries de cette ville.
Les belles soies qu'on y recueille eu abondance ne suffisent
pas à ses fabriques ; on y supplée par celles de Perse. La cité
de Brousse proprement dite occupe une émincnce qui do-
mine une plaine fertile où jaillissent des eaux thermales.
Cette vUle, peuplée d'environ âo,ooo habitans, contient
365 mosquées, dont 3 sont magniliques : celles des sultans
Achmed et Osman, ainsi que celle d'Aoula. Elle est ornée
d'un nombre prodigieux de fontaines. Sur un rocher à pic ,
au centre de la ville, s'élève un château dont une des tours
est attribuée à Comnéne-Lascaris ; il occupe l'emplacement
de l'ancienne Pi-usa. Brousse se sert du port de Montagna,
communément nommé Moudania , ville de ao,ooo âmes qui
remplace l'ancienne Jpamea de Bithynie, d'où il s'exporte
une grande quantité de salpêtre, de vin blanc, de fruits,
et divers produits manufacturés.
n Nous allons nous hasarder à traverser les parties cen-
(0 Paul Liicai. fcroad Voyage, I, c. i. Pacocke, part. III, vol; Jl , "
chap. mil.— ("> Plin-, V, ii ( Nonobs.UDt Araion, etc.), ■
VIII. S
1
Il4 LIVRE CENT VlMGT-TROISliME.
traies de l'Asie -Mineure , infestées par des bandes de Tur-
comans, qu'on accuse de ne pas trop respecter les Toya-
Sur le bord d'un ruisseau qui va se jeter dans la Sakaria,
nous -verrons Terekli ou Tarak!', petite Tille sale et mal
bâtie, mais connue par ses manufactures de peignes. Sur
une hauteur, à l'extrémité occidentale d'une plaine riche
et fertile, on aperçoit les ruines d'un château. Ce château
domine la ville de Boly, que M. Fontanier nomme Bolo,
composée d'un millier de maisons, et renfermant un bazar
assez vaste et douze mosquées : c'est le passage continuel
des caravanes. A ses portes se trouvent des bains d'eaux
thermales , et à une lieue les ruines à'Hadriaiiopolis, nom-
mées Eski-hissar par les Turcs. Un des faubourgs de Boly
est entièrement peuplé de chrétiens, qui ont le droit de se
renfermer dans des niui'ailles , et de ne laisser pénétrer
aucunTurc chez eux (i). Jt'A/rfttt, que M. Fontanier nomme
Cherkès^ n'offre rien de remarquable; c'est une ville mu-
rée, à 22 lieues à l'est de Boly, sur la rive droite du Bartïn,
que l'on y traverse sur un pont en bois et en terre. Sa
population est de 3 à 4ooo âmes. On élève dans ses envi-
rons des chèvres de l'espèce de celles d'Angora , et l'on
exploite du sel gemme dans les montagnes qui l'envi-
\
Sur un afiluent du Kizil-Ermak, Tosia ou Tossia, dans
une vallée fertile et bien cultivée, renferme 3ooo mai-
sons turques, 3o de Grecs et lo mosquées, dont l'une
est remarquable par l'élégance de sa construction. On fa-
brique à Tossia des cliâics en tissus de poil de chèvre
d'Angora, qui sont estimés pour leur finesse et leur moelleux.
A lo lieues au sud de Tossîa on trouve Kiankaiy ou
Kiangary, l'ancienne Gangm, qui reçut de l'empereur
(') Fontaiûtr- Vojoge en Orienl.
I
ASIE : Turquie tîAsie. ii5
Claude le nom de Germanicopolis , et que Constantin érigea
en capitale de la Paplitagonie. Cette ville est assez grande,
mais elle est bâtie en bois.
1 La route de Brousse par Koutaïeh et Koniéh, en Cara-
manie , traverse principalement le plateau des lacs salés et
sans écoulement dont nous avons déjà parlé. Koutaïeh,
l'ancien Cotyœutn , est une ville considérable , embellie da
5o mosquées, de 30 khans ou caravansérails et de 3o bains
publics , entourée de jardins , de vignobles et de prome-
nades. Elle contient plus de 10,000 maisons, et probable-
ment plus de 5o,ooo habitans ; son territoire fertile produit
d'excellens fruits et beaucoup de noix de galle ['}• "
A une vingtaine de lieues de cette ville on trouve, dans
une bourgade appelée Séidi-Gazi, les restes d'un monu-
ment phrygien taillé dans le roc, et dont l'inscription au
roîMidas, sculptée sur un des côtés, indique les restes d'un
tombeau érigé à l'un des anciens rois de Phrygie, peut-être
6CL siècles avant notre ère.
A 10 lieues de Koutaïéli, les habitans du village de
TùutbaA, au pied du mont Olympe, sont exempts de toute
contribution , à la condition de protéger et de guider les
voyageurs qui traversent la montagne et ses défilés cou-
verts de neige. Us ont, comme dans les Alpes, des chiens
dressés à découvrir par l'odorat les malheureux qui se sont
égarés.
•i JJioum-Kara-Hissar,'^ 18 lieues au sud-est, est célèbre
par la culture de l'opium, et un sujet de dispute parmi les géo-
graphes; un des plus érudits a récemment soutenu que .c'est
l'ancienne Celœnœ (2) ; d'autres prétendent , peut-être avec
plua de raison , que c'est Apamea Cibotus^ fondée par Antîo-
chu» Soter. La plupart de ses maisons sont en bois; elle
C') Olivier, Voyage dans l'empire olloman , VI ,
(') JUa/utert , Géif r. des Grecs et des Rora;iin5 , V
ij5. Comp. Fococke, e(c,
. 4o8(i,.-8").
I
r
I ib LIVRE CENT VINGT-TROISIÈME.
est la résidence d'un pachn , le siège d'un evêque grec , et le
rendez-vous ordinaire des caravanes de Constantinople et
de Sniyrne, qui de là se dirigent vers l'intérieur de l'Asie.
Son nom signifie la forteresse noire de l'Opium, et sa po-
pulation est évaluée à 5o,ooo âmes. Âkcheher, ville consi-
dérable, répond, selon d'Anville, à l'ancienne Anîiochia
ad Pisidiam, et, selon Mannert, à Tjriœam; la montagne
voisine étant à l'occident, tandis que la plaine, fertile en
blés et fruits, s'étend à l'orient [') : l'opinion du savant
allemand paraît mériter la préférence. Eilgoun ou llgoun
a des marchés bien approvisionnés. Elle occupe, selon
d'Anville, l'emplacement de Philomeliuni.
• Komêh, l'ancienne Iconium, est aujourd'hui la capi-
tale de l'Anatolie, le siège d'un pacha qui gouverne la
partie septentrionale de la Cammanie, province dans
laquelle on comprend l'ancienne Pamphylie , la Pisidie , la
Lycaonie, la majeure partie de la Cappadoce et la Cilicie.
Cette ville, importante lorsqu'elle était la résidence des
sultans seldjoukides de Roum (a) , compte encore aujour-
d'hui 25 à 3o,ooo habitans. Une petite rivière se perd dans
les jardins qui l'environnent. "
La plus remarquable des nombreuses mosquées de Ko-
niéh est celle de Selim, bâtie sur le modèle de celle de
Sainte-Sophie à Constantinople. On cite aussi le couvent des
Mevlevis, qui possède de grandes richesses, et qui est le
chef de tous les étabUssemens du même ordre répandus
dans l'empire ottoman. Quant au palais du pacha, il est
bâti en bois, mais il renferme quelques restes élégans de
celui des anciens sultans de Roum. Le plus beau monument
de Koniéh est le tombeau d'un personnage révéré en Tur-
quie, Près de la porte de Ladik on voit une sculpture
L
i^y Olivier , VI, SgS.
C") Voyez notre Volume I"
I
ASIE : Turquie d Asie. lï-j
antique et une statue colossale d'Hercule, que l'on consi-
dère comme deu\ morceaux remarquables.
• A l'orient de Kouiéh s'étendent de vastes marais [']•
Xia ville de Caraman, qui a donné son nom à la province,
n'est pas loin de la source du bras méridional de l'Hatys. v
Ses monumens ont été Mlis avec les restes de l'antique
Larenda. On évalue sa population à 3ooo familles turques ,
arméniennes et grecques.
« En descendant le Kizil-Ermak pour se rapprocher
d'Angora , on examinerait si Akserdi est l'ancienne Archc'
lais, ou plutôt Garsauza^ suivant l'opinion de d'Anville ;
si Kirckeher, sur la droite du Kisil-Ermak, répond à Na-
xianzus, surnommée Dio-Oesarea, ou à Andrapa, ce qui
paraît plus probable; si la rivière Chaux, sur laquelle s'é-
lève aujourd'hui Nigdèh , serait le Cappadoa: de Pline ,
l'ancienne Cadyna. Mais cette route étant peu fréquentée,
ces questions resteront peut-être long-temps sans déci-
sion complète.
■> Un chemin plus connu nous conduira de Brousse à
Angora, à travers les anciens Etats floiissans de Tchapan-
Oglou, gouverneur qui s'était rendu indépendant de la
Porte. Begbazar, ville traversée par l'Idou-sou, reriferme
environ tooo maisons. En avançant à l'est, dans une plaine
très-élevée , nous découvrons Angora , appelée par les
Turcs Ankonih et Engour. C'est la finesse du poil de ses
chèvres qui a fuit sa renommée et sa fortune ; elle contient ,
à ce qu'on croit , 40)0oo habitans. Le peuple y est plus
doux et plus policé que dans aucune autre ville de l'Ana-
tolie; les rues y sont larges, et pavées d'assez giands mor-
ceaux de granité. On y voit de très-beaux restes d'antiquité ,
entre autres le fameux temple en l'honneur de l'empereur
tO AlioiilJ'fda . chi'j BuscUiiig , Magasin gtiigi aphiq!
Vojage cil Turquif , 1 , cliap, vu.
L
LIVRE CEHT VINGT-TBOISIÈME,
Auguste, du règne duquel date la grandeur de cette ville,
auparavant peu considérable. Angora est l'antique Ancyra.
■> Le bassin de l'Halys oriental touche, du côté du midi,
à celui où coule le Kara-san, c'est-à-dire la Rivière Noire,
le Mêlas des anciens. Dans le haut de cette vallée nous re-
marquerons Kaisariéli , l'ancienne Ccsarèe (de Cappadoce) ,
grande ville située au pied du mont Ârdjiek ou Ardehis.
Un voyageur injustement décrié trouva aux environs de
cette viile toutes les montagnes percées de grottes , qui ont
probablement servi de demeures d'été aux anciens Iiabitans
de ce pays {'). Cette manière de se loger a été commune à
beaucoup de peuples. Il est plus difficile d'admettre entière-
ment le récit de ce voyageur sur les 20,000 petites pyra-
mides, munies de portes et de fenêtres, qu'il assure avoir
vues non loin de Césarée, près XYrkotip. Mais fai-t-il re-
jeter entièrement tout ce qui offre une apparence mer-
veilleuse?-
Raisariéh, à laquelle on accorde aS, 000 Iiabitans, est le
siège d'un évêque arménien, et le rendez-vous des mar-
chands de l'Asie-Mineure qui vont y acheter le coton qu'on
récolte dans ses environs. On fait remonter son origine à
2000 ans avant l'ère chrétienne. Elle portait alors le nom
de Mazaca. Mais lorsque sous Tibère elle tomba au pou-
voir des Romains, elle reçut de ceux-ci, en l'honneur de
ce prince , le nom de Césarée. Elle acquit une telle splen-
deur que, sous le règne de Valérien, lorsqu'elle fut pillée
par le roi de Perse Sapor, elle renfermait plus de 400,000
babitans. Julien, qui en releva les murs, la resserra dans
des limites plus étroites. Mais les chrétiens de cette ville
ayant miné les temples de Jupiter et d'Apollon, ce prince,
irrité, lui retira le nom de Césarée pour lui restituer celui
Mazaca, imposa une forte amende à chacun des habi-
) Paul Lucat, deu.\
^m ASIE : Turquie d Asie. ng
H tans, fit enrôler dans la milice les prËtres chrétiens, et
* obligea la ville à relever les temples mutilés. Saint Basile,
le fondateur des cenobîles d'Orient, naquit dans cette ville
en Sag, en fut évèque, et y mourut en 379.
(■ La contrée qui borde le Kara-sou ou Mêlas, fournît aux
hordes errantes de Turcomans d'assez, maigres pâturages.
Les villages paraissent des oasis dans un désert. Mais en
approchant de l'Euphrate, l'œil se repose agréablement sui-
tes jardins , les vergers et les bosquets de peupliers qui
environnent Malatiah , l'ancienne Melitène, dans le pacha-
lit de Marach. Cette ville a de i a à 1 5oo maisons [')■ C'était la
principale cité de la/'eiffe-^rmen/e, contrée que traversait,
»dans le moyen âge, la route commerciale de l'Europe ans
Indes (a) , et qui , dans les temps modernes , n'a été parcou-
rue du sud au nord que par deux voyageurs (^} ; aussi
est-elle au nombre des terres inconnues. Nous savons qu'en
allant de Malatiah au village â^Ayas, l'ancienne Issus, on
traverse une petite province nommée par les Turcs Doulga-
tlir m, et gouvernée par un pacha qui réside à Mérach;
mais tandis que d'Anville place cette ville au sud-ouest du
mont Âmanus , voulant la faire répondre à l'ancienne Ger-
rnanicia, un témoin oculaire la met au nord-est de cette
chaîne, et à la vue de l'Euphrate (4). -
Cependant Marach ou Mèrach, sur laquelle nous n'avons
d'ailleurs rien à dire d'intéressant, est bien sur une colline,
I baignée par un afiluent du Djihoun, et séparée du bassin
de l'Euphrate par une chaîne de montagnes. Il est certain
aussi, malgré ce que dit ce voyageur, que Marach est à
plus de 3o heues du fleuve.
jiïntcA, que l'on croit être l'ancienne Deba, renferme
<0 M. Trézel, Itinér. manusc. Comp. Siraien, etc. — W Pegol'U' ,
yojKX notre Volume I", p. 516-S17, — I?) Paul Lucas , premier Voyage
SD Levant, c, nj, Scl^elUnger, persiche und ostindische Reise. Nnrera-
Iiprg, 1716. p. GB. iqi. (en allemand). —(4) Schtllitigtr , loc. eil.
LIVRE CENT VIITGT-TROISifeME.
dit-on, 5o,ooohabitans;5'emf'jfrf,surlebor(l(lerEuphrat(;,
est l'ancienne Samosntc, patrie du poète Lucien.
« La Cilicîe ou la côte de la Caramanie n'est pas non plus
très-bien connue. Les témoignages de Strabon et d'Olter
prouvent que la plupart des rivières de cette côte prennent
leur source au nord de la cbaîne du Taurus , qu'elles fran-
cliissent au moyen de gorges étroites. Le plateau où naissent
ces rivières, entre le Taurus et l'Anti-Taurus, représente
en partie l'ancienne Calaonie. C'est dans ces montagnes
que les Caranianiens nomades, et même les citadins, cher-
chent un asile contre les ardeurs de l'été qui dévastent la
plage maritime. Ces hauteurs se couronnent de cèdres,
tandis que les bords de la mer se couvrent de forêts entières
de lauriers et de myrtes (']. "
Adana, siège d'un pacha, et Sis, où résidèrent long-
temps les rois de la Petite- Arménie, sont de peu d'impor-
tance. La première de ces deux villes est sur l'emplace-
ment de Bathnai^ célèbre jadis par les agrémens de sa po-
sition, et l'une des plus anciennes cités de l' Asie-Mineure.
Elle est grande , assez bien bâtie , et peuplée de ao à 3o,ooo
âmes. On y remarque un beau pont et un ancien aqueduc
que les Turcs ont eu le soin d'entretenir.
• Tarsous, jadis la docte rivale d'Athènes et d'Alexan-
drie, passe pour la plus belle et la plus riche cité de la
Cilicie. Les fraîches ondes du Cydims, si dangereuses à
l'infatigable Alexandre, arrosent encore ces riantes plaines
où Sardanapale avait fait graver au bas de sa statue cette
sentence : n 11 faut jouir des plaisirs de la vie ; tout le reste
l'est rien. »
Tarsous, à laquelle un voyageur récent donne 3o,ooo
habitans, est sur la droite du Kara-sou ouCydnus, ù a ou
3 lieues de la Méditerianée. L'hiver elle est beaucoup
(■) P Hdon , OWrvations . tic. CVII el CI\-
ASIE : Turquie dAsie.
moins peuplée que lëté. Une partît; ile ses murailles passe
pour avoir été construite par le calife Haroua-al-Raschid ,
et son château par Bajazet. L'église arménienne est belle
et fort ancienne , mais on l'attribue à tort à l'apôtre saint
Paul. Tarsous est une des plus importantes places de com-
merce del'Asie-Mineurej elle exporte du cuivre, de la noix
de galle et d'autres marchandises pour l'Europe méridio-
nale, principalement pour l'Espaj^ne et le Portugal, et
reçoit une grande quantité de produits de l'Egypte. Aussi
dans la guerre de i833 le paclia d'Egypte, qui s'était emparé
du paghalik d'Adana , a-t-il tenu à le conserver : il fait partie
de ses nouvelles possessions d'Asie.
L'ancien pacbalik, aujourd'hui sandjak d'Itchil, com-
prend presque toute l'ancienne Cilicie avec la partie orien-
tale de la Paniphylie. Ce pays est presque entièrement
désert : ce n'est que sur la cûte de la Méditerranée qui
baigne sa partie méridionale que l'on l'eneontre quelques
lieux habités qui méritent à peine le nom de villes. Selefkeh,
l'antique Seleucia Trachea , est de ce nombre : ce n'est
qu'une réunion de cabanes en terre et en bois^ mais tout
autour on voit des ruines considérables, parmi lesquelles
on distingue un théAtre, un temple qui a été converti en
éghse, une citadelle, d'immenses citernes, des catacombes
et plusieurs sarcophages. A 22 lieues à l'ouest, le misérable
château à'jinamour s'élève près des ruines d'Aiiemurium ,
qui comprennent un grand nombre de tombeaux antiques.
Plus à l'ouest encore , les ruines de Sidè portent chez les
Turcs le nom de Eski-Aifalia : on y distingue les murs
d'enceinte et un théâtre très-bien conservé, garni de ses
sièges en marbre blanc. Enfin on y a découvert des statues
et des inscriptions intéressantes.
' " Le pachalik de h'outahiék ou à'jfnadoli, comprend lu
Tekiék ou les côtes de l'aucienne Pamphylie et de la Ly-
cie. Satiili ou Satalieh, sur son goU'e dangereux, au pied
L
"Ï22 LIVKE CKNT VltlGT-TROlSlÈllK.
d'une forêt de citronniers et d'orangers, fleurit par le
tommerce, et compte, dit-on, plus de 3o,ooo habi-
tans (') ; mais, selon quelques voyageurs, elle n'en a que
8000. Elle occupe remplacement de l'antique Olbia : on
y voit «n bel arc de triomphe érigé en l'honneur d'Adrien. »
A 16 lieues vers le sud , on trouve les magnifiques restes
(le l'antique Pkasefis, tels qu'un théâtre taillé dans le roc,
des mausolées et une longue colonnade, Jlmali, dans l'in-
térieur des terres, n'offre rien de remarquable; mais non loin
des bords de la mer, le village de Mira a conservé le nom
de la ville antique dont on voit encore de belles ruines,
entre autres un vaste théâtre et de nombreux tombeaux.
• Sur les côtes pittoresques de la Lycie, les magnifiques
ruines A' Andriace, aujourd'hui Cacamo, attestent le bonheur
du siècle d'Adrien ou de Trajan ; la nécropolis ou le cèrneliè/v
offre à elle seulel'aspectd'uneville (2]. Son port est tellement
grand qu'il pourrait contenir toutes les Hottes de l'Europe.
n Dans l'intérieur des terres , au nord de Sataliéh , où s é-
tendait l'ancienne Pisidie, un hasard singulier a conservé
à une ville peuplée de Turcs le nom de Sparla ou Espar-
tah; c'est un reste de l'ancienne Sagakssus , qui se vantait
d'une origine lacédémonienne , et dont les' ruines imposan-
tes se trouvent dans le voisinage; les Turcs donnent aussi
à celte ville le nom de tlamid (3). Cette contrée, peu vi-
eltée, est un plateau avec un ou plusieurs lacs; les eaux
s'écoulent par la rivière Douden, (jui souvent se pei-d dans
des gouffres souterrains 14). ■
il/o^/nA , l'ancienne AUndn; Melasso ou Miless^ autre-
fois Jtf//(WJ(i, dont on voit encore les ruines intéressantes;
(•) M. Coraneei, consul gdnëral, Ilinéraire nanuscrît. — (') Itoberi
^l'juia, viewi in Ibc ottoman Empire, e(c. (Londres, iBo3), pi. I- VI II,
— {^)Paul Lucas, second Voyage, t. I, c. «iiv. TroisiÉme Voyage,
t. I, I), iBi. — (4) CAnnrf/ir.Voyagecn ABie-Mineure, L, iSgji//^. tra-
duction fraiiçaise.
A5IK : Turquie dAsie. 1 23
Degnizli qui fut détruite en lyii) par un tremblement de
terre, sont des villes peu importnntes ; mais Ala-ckeher,
l'ancienne Phi/adelphia, compte 6 à 8000 liabitans; c'est
la résidence d'un évêque grec et d'un proto-pape; la ca-
thédrale est ornée de dorures, de peintures et de sculptu-
res. Tiif/t ou Tirra, au pied d'une montagne de la chaîne
du Kcstenous-dajfh , paraît être une ville de ao,ooo âmes ;
elle a des manufiactures importantes; et Akhissar, jadis
Tliyathira^ n'a dans son enceinte murée que des maisons
en terre et une population de a à 3ooo individus.
" Les côtes occidentales de l'Asie, plus fréquemment vi-
sitées par les voyageurs, fourniraient à elles seules la ma-
tière d'un volume intéressant. Ce fut ici que les arts et les
lettres embellirent les villes de la Doride, de l'ïonie et de
l'Eolide; c'est ici que les tristes ruines ô'Halicarnasse, de
MiieC et tXEpliène arrêtent les pas de l'honnne familier
avec la sublime antiquité. Mais s'il est certain que les res-
te» d'Ephèae se trouvent au sud-ouest du misérable vil-
lage turc à' Ayosnlouk ('), l'emplacement du fameux tem-
ple de Diane n'a pas encore été déterminé; ni te savant
Chandler, ni l'ingénieux Choiseul-Gouffier, n'ont résolu
cette question. Il est {)robable qu'il aurait fallu en chercber
les restes au nord d'Ayasalouk ( qui occupe le premier
emplacement d'Epbèse avant les bâtisses de Lyaimaque),
dans les plaines marécageuses qu'arrose le Caystre (2). l\
règne aussi des doutes sur l'emplacement de Milet. I-e
ToyageurSpon ayant trouvé au petit village de Patatcha des
inscriptions qui portaient le nom des Mllèsiens, crut avoir re-
trouvé les restes de l'ancienne ville (3). Cbandier, en partant
de cette donnée, eberchait en vain le golfe Latmien, avec les
(') Hadgi-Khalfali, Gi^graphie turque, p. i^33-i84G,
(') Poleni , DisBertuIion sur le temple de Diane, ilans les Mémoins
deVJcadèmiede Corlone; eiMamiert ^Géog. rfesGrreiict licaRomiiiiis,
Tl, p. m. p. 3o5.3>3. — (î) .9*0.1 et rrheler. Voyst-. p. 358,
»
1^4 LIVBE CËMT VINGT-TROISIÈME.
villes de Mytis, â'Héraclée et autres, situées sur ses bords. 11
imagina que ce golfeetaitreprésenté parlelac OuJ'a-Bassi ,
et que les teires basses qui séparent ce lac de la mer
avaient été accumulées par le Méandre (>). Cette hypothèse,
très- embrouillée chez son premier auteur, a été attaquée
dans sa base même par un savant allemand, qui regarde
les ruines de Paiatcha comme étant celles de Myus, petite
ville incorporée à Milet , et dont les habitans étaient
qualifiés de Milésiens; ce savant pense que le lac d'Oufa-
fiassi est celui qui, selon Pausanias , se forma par un aHais-
sement près de M/u.i (2). Les ruines de Milet et le
golfe Latmien devraient Être cherchés plus au midi et à
l'occident. Mais les modifications qu'un habile géographe
français [3) a récemment apportées au système de Chandler,
et les belles cartes de M. de Cboiseul-Gouffier, semblent
mettre hors de doute la réalité d'un atterrissement plus
moderne que ceux dont parlent Strabon et Pausanias. Le
lac d'Oufa-Bassi paraît décidément être l'ancien golfe Lat-
mien j toutefois les ruines de Milet doivent être plus à
l'ouest que Paiatcha. Cette question intéressante ne nous
semble pas encore entièrement éclaircie. »
Quant à l'ancienne Halicarnasse , c'est Boudroun qui en
occupe la place. Les maisons de la ville moderne sont
éparses sur le bord d'une baie profonde, et entremêlées de
champs, de jardins et de tombeaux. Le palais du gouver-
neur et quelques mosquées garnissent les côtes de la baie;
sur un rocher qui s'avance dans la mer, s'élève un château
bâti en 1402 par les chevaliers de Rhodes; un petit port
occupe un enfoncement sur la côie occidentale. Les ma-
tériaux antiques dont le château est construit, et qui pu-
L
t') Chandler, Voyage, c iiiii , et*. — W JUaiinert, ItifographiL' ilcs
GrucB et dci Bomaios , VI , p. III , p, i5i-a6&. — W hariné du Bocage ,
Reclicrctie! eur les alterrissi'mens duMéBndriï, lUiu le Mugubin encjcIo-
péJique du ATiUiVi , t. IV, p. 74, et scBDOtmturaiandlur.
>
ASIE : Turquie d'Asie. i a5
raissent avoir fait partie du fumeux tombeau érige par I»
reine Artémise à son époux ; les fragmens de colonnes et
de sculptures qui se font remarquer dans la ville j des mu-
railles encore debout, les vestiges d'un théâtre de 2S0 pieds
de diamètre, enfin la position que les anciens donnent à
Halicarnasse , suflisent pour prouver que Boudroun est
bien sur l'emplacement de l'antique cité. Il y a à Boudroun
des chantiers où l'on construit des frégates et des bàtimens
inférieurs pour la marine turque.
« Les villes modernes de ces belles régions sont d'assez
peu d'importance. Goit::xl-Hissar,ïancienne Magnësie-sui'-
Méandre, ou peut-être Tml/es, fait encore un commerce
considérable, et sa population paraît être de 20 à 3o,ooo
âmes. Mais en remontant la pittoresque vallée du Méan-
dre, un voyageur moderne vit les ruines de la riche et
superbe Laodicée habitées par quelques renards. Le port
assez étroit de Scala-JVopa ou Kauch-adasi est très-fré-
quenté; et cette ville, qui remplace en quelque sorte celte
de Neapolis, étale en amphithéâtre ses musquées entre-
mêlées de beaux cyprès. Elle renfermait avant la révolution
grecque plus de 20,000 habitans.
■ La reine des villes de l'Anatolie, Smyme, brave tou-
jours les incendies et les trcmblemens de terrej dis fois
détruite, dix fois elle s'est relevée avec une gloire nou-
velle. Sa situation centrale et la bonté de son port y atti-
rent un concours prodigieux de négocians de toutes les
nations, par mer et par caravanes. Les marchandises que
l'on tire de Smyrne sont des soies, des poils de chèvre et
de chameau, des toiles de coton, des mousselines brodées
en or, en argent, des maroquins, des camelots de cou-
leur, des laines, de la cire, des noix de galle, des raisins
de Corinihe, quantité de drogues, comme du galbanum ,
de la rhubarbe, de l'ambre, du musc; enfm du lapis-lazuli ,
et diverses gonunes. On y cherche encore des tapis de plu-
r
ia6 LIVRE CENT VIKGT-TROISIZMK.
sieurs espèces, des perles, des diamans, des emeraudes,
des rubis et autres pierres précieuses. Enfin, Smyrne est le
centre du commerce du Levant : cette ville, très-sujette à
la peste , compte plus de i3o,ooo habitans. »
Appelée Ismir par les Turcs, elle s'élève en amphi-
théâtre sur le Uanc d'une montagne couronnée par un
vieux château construit par les Génois. On y remarque
deux quartiers distincts : la partie élevée est la ville tur-
que, la partie basse celle des Francs, Elle n'est belle que
vue de loin ; son intérieur ne présente que des rues étroi-
tes, que des maisons basses, construites en bois et en terre,
et dans lesquelles cependant règne souvent tout le luxe
oriental. C'est au despotisme turc qu'il faut attribuer ce
singulier contraste ; il est naturel dans un pays où il sidifit
de l'extérieur de l'opulence pour être en butte aux exac-
tions des agens de l'autorité. C'est surtout dans le quartier
des Turcs que ce contraste est le plus frappant. Sous le
rapport des mœurs, du langage et de l'administration, les
deux quartiers forment deux villes distinctes : le quartier
des Francs est pour ainsi dire une république fédérative,
dont la langue commune est le français, et dont les per-
sonnes et les propriétés sont affranchies de la domination
turque. En matière civile, commerciale et criminelle, les
Francs ont pour seuls juges les consuls des diverses nations
auxquelles ils appai'tiennent.
A 12 lieues à l'est de Smyrne, entre des montagnes et
près d'un grand marais, Cfissaba est une vaste et indus-
trieuse ville; et à i4 lieues plus loin DourgoiitH ou Tour-
goiid, l'antique OEgara, qui se fait remarquer aussi par
son industrie et son commerce, renferme, suivant les voya-
geurs modernes, 6000 maisons.
« Depuis le Méandre jusqu'à la Propontide ou mer de
Marmara, l'ordre, la tranquillité et la prospérité attestent le
bienfaisant génie de la famille de Kam-Onmaii , qui depuis
EASiE : Turquie d Asie. 127
règne avec une autorité presque absolue. Les
1rs y sèment et récoltent en paix. Les Grecs ont
dans l'ancienne Eolide des écoles où on lit Homère et
Thucydide ['}. Les Turconians qui campent vers les sources
de l'Herinus, aujourd'hui nommé Sarabat ou Kedous , se
WÊ^ IJTrent à l'agriculture. Si la résidence de Crésus n'est plus
^V reconnaissable clans le village de Sart, où l'on voit cepen-
^P dant encore les restes d'un temple, d'un théâtre et d'un
^P stade, et les 60 grandes buttes <jui sont les tombeaux des
^ rois de Lydie, d'autres villes conservent une ombre de leur
antique splendeur; le commerce fait fleurir Manika ou
Manissa , l'ancieune Magnesin , dont la population est
estimée à 40)OOo âmes. Eerganio , ]aà\s Pergame, offre
^des ruines magnifiques. Phokia ou Phocèe possède encore
son excellent port- La petite péninsule qui forme l'ancien
royaume de Priam a été explorée avec un soin minutieux;
on a reconnu le cours du Simoîs et du Scamandre ; on
a démontré que l'ancienne Troie , Xllium d'Homère ,
s'élevait sur la colline occupée aujourdliui par le village
de Bounarbachi ; tandis que Vliium du siècle de Strabon
était située plus près de la mer, près du village de Tchihlak.
L'Hellesponl aussi a été i-eexaminé. Les ruines à'Abydus
sont plus au nord que le Ckâteau-d' Asie , forteresse peu
redoutable. Lamsaki n'est qu'un faubourg de l'ancienne
Lampsacus, dont les véritables ruines ont été reconnues
à TckardaJc {^).
• Nous avons achevé le tour de la péninsule de l'Asie-
'• Mineure; embarquons-nous, et visitons cette chaîne d'îles
* qui la bordent à l'occident. Ici chaque rocher a son histoire ;
chaque île a eu son beau siècle, ses héros et ses génies. »
Ck>inmençons par la mer de Marmara : les îles les plus
('3 aïoistul-Gauffier.
{'i CaittUan , Lcttret
\
ia8 LIVRE CRMT VISGT-TROISlÈME,
orientales et à la fois les plus septentrionales sont celles des
Princes ou. îles Demonisi, près de la c6ie de Scutari. Elles
sont au nombre de neuf: jlntigone, Khalkî, Niandro,
Oxea, Pittn, Prinkipos , Pmti, Plaloa et Yîle des Lapins.
Piinkipos est la plus considérable; elle est habitée ainsi
que Proti, Khalki et Antigone ; les autres ne sont que des
rochers. Les habitans sont tous des Grecs , au nombre de
5 à 6000. Ces îles ont reçu leur nom de ce qu'elles ont sei-vi
de lieu d'exil à plusieurs princes grecs. L'île de Kalalimni
s'élève à quelques lieues de l'entrée du golFe de Moudania.
Au nord de la presqu'île de Cyzique, Marmara qui s'ap-
pela successivement Proconnesus , Elaphonnesus , et NevrU
ou plutôt Nebris, a donné son nom moderne à la Propon-
tide, du mot grec marmaran qui signifie marbre. En effet,
elle est montagneuse, et renferme des carrières de marbre
bianc que l'on exploite encore et que les anciens nom-
maient marire de Cyzique. Cependant ce n'est point à ses
carrières qu'elle doit aucun de ses noms anciens , mais à
une particularité qui a frappé ceux-ci avant qu'ils aient
connu sa ricliesse en calcaire statuaire : c'est la grande
quantité de cerfs qu'elle renfermait; ainsi ses noms tous si
différens, viennent de trois mots grecs qui signifient cerf (').
Aujourd'hui elle ne nourrit plus en fait de ruminans que
des troupeaux de moutons. Sa longueur est de 4 Heues et
sa largeur de 2. Elle a un bourg appelé Marmara, et plu-
sieurs villages assez peuplés. L'île de Linian- Pacha, à l'ouest
de la presqu'île de Cyzique, n'offre rien d'intéressant. Il en
est de même de Rahby; qui cependant est un peu moins
petite : elle a a lieues de longueur,
A la sortie du détroit des Dardanelles ou de l'Hcllespont,
qui est long d'enviion 1 3 lieues, et dont la largeur moyenne
nSpit,
AsiK : Turquie (T Asie. 12g
est tt'un peupliisd'iinelieue,on voit d'autres /7e5(/«^£fl/j/rtj
( Taaucfian-jidassi), appelées judi s Lagnsnte. Elles sont ro-
cailleuses, boisées et inhabitées.
Ténédos est encore la ciel' de l'Hellespont, les Turcs lui
ayant donné le noni de Bogilja- Àdassi ou Bogdja. Elle a
deux à trois lieues de longueur, et bien qu'elle soit couverte
de montagnes rocailleuses, elle est Irés-fertile. Elle renferme
une ville appelée aussi Bogdj'n ou Trnédos qui compte
6000 h a bit an s.
«De celte île, riche en vin, nous arrivons à iWeVe//ff, l'an-
cienne Lesùosii], Autour des nombreuses baies de celle-
ci s'élèvent des coteaux chargés de vignes et d'oliviers; les
montagnes de l'intérieur se couvrent de lentisques, de le'ré-
bintlies, de pins d'Alep, de pins à pignon et de cistes;
les ruisseaux coulent à l'ombre des platanes; le vin, les
figues et les femmes de Lcsbos conservent leur ancienne
réputation. L'île a 5o,ooo linbltans, dont 8000 dans la ville
de Castro.
« Évitons le cap Kambouroiim et ses sauvages habitans;
débarquons dans l'île de Scio ou Ckios ^ à laquelle son
arbre à mastic a valu l'avantage, en devenant le domaine
de la sultane-mère , de jouir d'une sorte de liberté. Aussi
l'industrie transforma- t-el le en un jardin cetie île occupée
en gi'ande partie par des rochers granitiques ou calcaires.
Sa population se montait au commencement de iBau à
110,000 habitans, presque tous Grecs, et dont 3o,ooo ré-
sidaient dans la capitale, qui porte le mènie nom que l'Ile.
Partout des limoniers, des orangers, des cédrats parfu-
maient l'air; quelques figuiers et grenadiers s'y mêlaient.
Les rosiers sont ici plus communs que les chardons ne le
sont ailleurs; on récolte de lorge, de l'huile, du vin mus-
cat. Ni les cotons, ni les soies, ne suffisaient à l'industrie
(■) Olivier, Voyage dans l'Empire oIlaDun^ II, Sj-i
VIII
1,(0 LIVRE CEPfT VrKGT-TROISIEHE.
de nie : on y était pnrvenu à imiter toutes les écofTes de
Lyon et des Indes. Les femmes de-Scio sont belles comme
des statues grecques, mais elles se défigurent par un cos-
Aux heureux fruits du travail et de quelque apparence de
liberté que présentait avant l'insurrection grecque l'heureuse
Scio, succédèrent, lorsque larévolution éclata, l'espoir de l'in-
dépendance , les combats , les désastres de la guerre et enfin
la destruction presque totale des habitans. Les Turcs chas-
sés de l'île y rentrèrent en 1822 avec des forces formida-
bles. Après un combat acharné de part et d'autre, les vain-
queurs incendièrent la capitale, massacrèrent les hommes,
les femmes et les enfansj et aujourd'hui la population de
l'île entière est réduite à i4)00o âmes.
" Après avoir traversé le golfe de Scala-ïïova , le grand
port Vathi nous reçoit dans l'île de Snmos, que les Turcs
nomment Sonsam-Adassi., île une fois moins grande que
Scio , et peuplée , dit-on , de 60,000 âmes. Le sol est très-
fertile : il produit des vins muscats, des oranges, de
l'huile et de la soie; on y trouve du beau marbre. Samos
montre aux antiquaires de superbes restes d'un temple de
Junon ; c'est la seule île de l'Archipel ou les femmes aient la
réputation de laideur. Megali-Oiora est le chef-lieu mo-
derne; mais la principale ville est /^fl(/«. Le mont A'e/vti con-
serve la neige pendant la plus grande partie de l'été (3). ,.
Megali-Ghora n'a que 1000 à 1200 habitans; son port,
nommé Tigali, est peu sûr; aucun navire ne peut y abor-
der avec le vent du nord, Vathi a 4oo maisons. Vers l'ex-
trémité orientale de l'île on voit encor^ quelques restes
de la célèbre ville de Samos : les débris de ses murailles
(0 Tburwe/oM, 1, Lellreg. Olivier, \l, io3 ii/q.
(■') Joseph Géorgirintt , an-hci'éque de Samos, Dcscript. de .Samos,
?iicariu . PatliinDS, de. Londres, tSoi). {PauluM. Magasin ùea Vojnaea
au Levant, V, aj3.)
ASiF : Turquie dAsie. i3t
flanquées de tours carrées ont la à i5 pieds d'épaisseurj
on reconnaît parmi des monceaux de ruines les vestes
d'un théâtre et du magnifique temple de Junon , ainsi que
ceux de la jetée du port, haute de 120 pieds; enfm la mon-
tagne percée est tout ce qui reste d'un canal de 8^5 pas
de longueur, pratiqué dans une montagne et qui servait ù
conduire l'eau à la ville.
" Nous passons devant Nicaria , l'ancienne Icaria , riche
en bois de construction, d'ailleurs stérile, habitée par un
millier de Grecs, très - pauvres , très-fiers, qui prétendent
descendre du sang impérial des Constantins, et qui ne
couchent jamais dans un lit, même quand ils peuvent en
avoir (')■ Nous ne nous arrêterons pas non plus à Pathmos,
qu'un de ses habitans dépeignit, il y a i5o ans, comme ri-
che en vins, blés et figues , ornée de myrtes et d'arbousiers,
et remplie de 16 à 17 villages (2), mais qui depuis a beau-
tx)up perdu. »
Le nombre de ses babitans est d'environ i5oo; le chef,
lieu , appelé Pntkinos ou Saint-Jean , ne renferme que 200
maisons ; on voit à peu de distance de cette ville le n;lèbre
couvent de l'Apocalypse, d'où sont sortis tant de maîtres
qui ont répandu TinsEruction dans une grande partie de la
Grèce. On sait que c'est dans une des grottes de lîle que
saint Jean écrivit l'Apocalypse,
Les petites îles Lf/j^o ouLepsia,Nacriou j4rcilis tt^^ga-
thonisi ne nous offrent rien de remarquable. .
Lero, cbez les anciens Leros ou Leria, avec un grand
port, une petite ville qui porte le nom moderne de l'île et
une population de 2000 âmes; Calamine, jadis Cafymna,
qui produit d'excellent miel , et qui ne renferme que 3oo ha
bilans grecs; enfin la petite Capronenu Caproni , se suivent
au sud de Samos.
tO Géorginne' . IhiJ, , p ?.«/,. -£>) W., iiiHl.,p, atg.
1
i3j livre cent VIHGT-TROISIKME.
• Nous arrivons à la patrie d'Hippocrale, Cas, dont le
nom est défiguré en Slan-Co ou Stanchio par les Grecs et
en htan-Kini par les Turcs ; cette île offre de belles planta-
tions de limoniers, mêlés de grands érables; elle a donné
son nom en latin à l'espèce de schiste qu'on nppelle vulgai-
rement pierre à aiguiser(i). »
Longue de 7 lieues, Stan-co est traversée longitudinale -
ment par une chaîne de montagnes dont la plus élevée est
le mont Christo, que M, Durville a reconnu avoii- 860 mè-
tres de hauteur : elles sont formées de calcaire et de schiste ;
un grand nombre de sources limpides s'en échappent. Les
vents y souillent avec violence ; l'été le thermomètre s'y
élève à 23 degrés, l'hiver on y éprouve quelquefois un
froid qui paraît assez piquant, bien que le mercure ne des-
cende pas au-dessous de zéro et que les orangers le sup-
portent sans inconvénient; depuis la révolution grecque,
cette île est considérablement dépeuplée; les indigènes ont
été presque tous massacrés; la population se réduit à quel-
ques milliers d'individus, la plupart turcs. La ville de
Stan-co, l'antique cité de Cos, offre depuis les derniers évé-
nemens de la Grèce plus de ruines modernes que de débris
antiques; elle renfermait 9 à 10,000 individus avant l'in-
surrection grecque. On sait que cette ville a vu naître
Hippocraie, le père de la médecine, et plusieurs hommes
célèbres à divers titres, tels que le peintre Apelles, le
poète Philétas, et l'historien Polybe; que son fumeux
temple d'Esculape fut renversé par un tremblement de
terre, rebâti, détruit par un incendie, puis reconstruit en-
core, et enfin converti en mosquée par les Turcs. Tout près
de cet édifice , on voit encore des restes de sculpture qui
par les sujets qu'ils représentent paraissent en avoir fait
partie, On a même prétendu que l'énorme platane qui otn-
(■) Z7i(.m/-io«, TraïHi, clc.lir, loî.
ASIE : Turquie dAsie. i33
brage la plate sur laquelle s'élève cette mosquée est celui
qui existait du temps d"Hippocrate et dont parle Pline; ce
qui lui donnerait environ 32 siècles. D'autres pensent que
cet arbre a remplace l'ancien et qu'il existe depuis goo ans ;
son tronc, qui est creux, a 35 pieds de circonférence, non
pas au-dessus de ses racines, mais à 10 peds au-dessus du
soi. L'antique hippodi'ome a été transformé en cimetière
par les Turcs, et le palais des ai'chontes en citadelle.
Au sud-est de Stan-co s'étendent plusieurs petites îles:
ta première est Ntsari ou Indjirli^ l'ancienne Nysiras, lon-
gue de 3 lieues et large de 2; la seconde est Piscopi ou
7î7o, jadis Telos, de la même grandeur que la précédente
et aussi peu peuplée ; à une égale distance de l'une et
l'autre de ces deux îles, se trouve l'îlot de Mudane. Au nord-
est de Piscopi et à l'entrée du golfe de Sjniia on voit Sx""
ou Symia, jadis Symé, qui n'est qu'une montagne terminée
en forme de cône ; tout à côté un îlot porte le nom de
Diamant. Enfin à peu de distance de la cûte occidentale de
Bliodes s'élèvent plusieurs îles dont les plus considérables
sont Limoiu'a et Narki , couvertes de quelque groupes d'ar-
bres et de bons pâturages,
" Vis-à-vis les extrémités de l'Asie , au su(f-ouest, s'élève
l'île de Rhodos ou de Rhodes, célèbre dans l'antiquité par
ses sages lois , fameuse dans les XIV et XV* siècles comme
siège des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem,
Cette île, peu fertile en grains, vante comme autrefois ses
fruits, ses vins, sa cire et son miel; on en exporte du
savon, de beaux tapis et des camelots. Elle a 17 lieues de
longueur, 7 de largeur et 58 de superficie. Sa population
paraît être de 20 à a5,ooo âmes. Rhodes, la capitale, oc-
cupe le penchant d'une colline, en face delà mer; dans une
lieue de circonférence, elle offre un mélange agréable de
jardins , de minarets, de tours et d églises. C'est une des villes
les mieux bAties de toutes les îles de cette partie de l'Asie ;
LIVBlî CENT vmr.T-i
l
sont larges et garnies de trottoirs ; les maisons régu-
et solidement construites ; im grand nombre de celles
de la rue principale sont encore décorées des écussons des
anciens chevaliers. Deux des principales églises, entre au-
tres la vaste église de Saint- Jeao, ont été converties en mos-
(piées, et le grand hôpital en grenier d'abondance. Le pa-
lais du grand-maître est aujourd'hui celui du pacha; les
iomiidables remparts construits par les chevaliers sont en-
core debout. C'est une des meilleures forteresses des Turcs ;
elle a un assez bon porC, dont l'entrée est resserrée par
deux rochers, sur lesquels s'élèvent deux tours qui en dé-
fendent le passage. Le fameux colosse de bronze, qui avait
i3o pieds de haut, ne paraît pas avoir été placé en travers
de l'entrée du grand port , mais plutôt sur la jetée ou môle
qui en séparait le port intérieur , où les chevaliers conser-
vaient leurs galères [i).
« Les côtes méridionales de l'Asie-Mineure sont presque
sans îles; les escarpemens du Taurus pressent la mer par
leurs énormes falaises; des canaux étroits en détachent
quelques îlots rocailleux, tels que Caste/msso.
" Nous laissons à l'entrée du golfe de Satalie, le cnp
Cbelidoni ou Kilidonia^ l'ancien Promontorium sacrum , en
poupe, pour nous diriger sur le port de Paphos, dans l'île
de Chypre, Cj^ra.f, aujourd'hui Kibris. Les modernes ont
changé le nom de la ville de PapJios en Bnj'fa, relui
X Amatlionte en Limasol, et celui de Nîcosia en Lijliaschfi.
Un tremblement de terre a, comme on sait, englouti Snlniiiis
l'an 78 de notre ère; et les ruines qui en portent le nom,
étant plus près du fleuve Pedasus, doivent appartenir à la
nouvelle ville de Couslanfia, Mtîe par l'empereur Con-
stance (a). D'autres villes ont acquis la piééniinence; IVicosi'o,
(•) Dind. Skil., X\, 85, O^Wir. III. V,- -
('■> Piirockf . Il, 3a(pii iillcm)
ASIE : Turquie cPAsie.
au centre, est devenue la capitale; 7<"flnin^o«jte partage avec
LarrUca et avec le bourg de Salines, un commerce languis-
sant. Nous avons dépeint la fertilité de cette île d'après les
anciens (')i les modernes en ont à peu près les mêmes no-
tions. Les neiges, long -temps conservées sur le mont
Olympe, aujourd'hui mont de la Sainte-Croix, y répandent
un froid vif, qui rend plus insupportables les ardeurs de
l'été. La plus précieuse production actuelle est le coton;
nous y cherchons encore de la térébenthine , des bois de
construction , des oranges, et surtout du vin de Chypre. Le^
hyacinthes, les anémones, les renoncules, les narcisses
simples et doubles qui exigent tant de soins en Europe ,
viennent ici sans culture ; elles tapissent les montagnes, et
changent les campagnes en un immense parterre; mais
l'agriculture y est négligée ; un air malsain afflige quelques
districts où l'on n'a pas su conduire les eaux. On croit que
le nom de Chypre ( Kypros ) lui vient de son abondance
en cuivre : cependant ce nom signiGe aussi en grec un
arbre odoriférant que l'on croit être le troène; outre ce
métal, elle produisait autrefois de l'or, de l'argent et des
émeraudes. Ce qu'on appelle le diamant de Paphos est un
cristal de roche que l'on trouve près de cette ville ; on tire
encore de cette île de l'amiante, du jaspe rouge et de la
terre d'ombre. »
L'île de Chypre est une des plus grandes et des plus
fertiles de la Méditerranée, Sa longueur du nord-est au
sud-ouest est d'environ 5o lieues et sa largeur moyenne de
ï5 à 20. Elle est partagée longitudinale ment en deux ver-
sans pai' une chaîne de montagnes hautes et escarpées.
Cette chaîne ne donne naissance qu'à de petits cours d'eau
qui tarissent pendant l'été, et ne laissent aux habitans que
l'usage de puits dont In plupart ne renferment que de l'eau
0) Vol. I dcie Pi-Kh. p. iS-S,
i
l36 LIVUK CEHT VIHGT-TIIOISIÈMF.
saumâtre, La végétation est tardive dans les montagnes :
elle commence dans les plaines an mois de février, A l'ex-
ception de quelques points de la côte , l'air y est en f^ënéral
salubre; mais lapestey est souvent apportée de l'Egypte et
cause de grands ravages. Celte île est souvent dévorce par
des nuëes de sauterelles. Chypre est divisée en trois sandjaks :
Baffa, Cerîna et Nicosia. BtiJJa n'offre plus aucune trace du
célèbre temple que Paphos consaci'a à Vénus. Les cryptes
creusées dans les montagnes des environs sont habitées;
on y voit même une église souterraine, Cerinn ou Djeriiia
a seulement conservé de l'antique CetyniaAss catacombes;
cette ville, qui possède un port, n'a que 200 ou 3oobabitans.
Nicosia, appelée aussi Leucosie^ est la résidence d'un arche-
vêque grec; le gouverneur turc demeure dans l'ancien
palais des rois de Chypre , qui n'offre plus que de tristes
ruines. Cette ville, dominée tout autour par des montagnes,
est renfermée dans de hautes murailles tlanquées de i3 bas-
tions; mais bien que ces fortifications, qui sont ducs aux
Vénitiens, aient été réparées pai- les Français pendant l'ex-
pédition d'Egypte, sa position défavorable empêcherait la
ville de soutenir un siège. Sous le règne des Lusignans elle
renfermait 3oo églises et une population considérable ; il
ne reste de sa splendeur passée que quelques belles rues,
8 mosquées, l'ancienne cathédrale catholique de Sainte-
Sophie, bel édifice gothique, 6 églises grecques, un cou-
vent, un bazar et iS à 16,000 habitans.
" Les habitans de Chypre sont une belle race d'hommes;
tes femmes, par la vivacité de leurs grands yeux, trahissent
combien elles sont encore fidèles au culte de Vénus. Cette
île, anciennement composée de neuf royaumes, dont cha-
cun renfermait plusieurs villes llorissantes, avait peut-
être un million d'habitans; clic n'en a aujourd'hui que
80,000. Les grands visirs la possèdent comme apanage de
leur place; et pour en tirer avantage, ils louent au plus
ASIE : Turquie d'Asie. i37
offrant In chnrge d'intendant ou de inousselim('}. Dans le
déclin deVempired'Orient, Chypre, conquise par RichardI"',
roi d'Angleterre, futdonnéeà In maison del.usignan com-
me fief anglais , pour la dédommager de la perte du trône de
Jerusi)lem(3). Dans le XV* siècle, l'héritière de cette maison
en résigna la souveraineté en faveur des Vénitiens, qui,
en iSjo, en furent dépouillés par les Turcs; maïs une prin-
cesse de la maison de Lnsignan ayant épousé un duc de
Savoie, les rois de Sardaigne ont conservé des prétentions
sur les couronnes de Chypre et de Jérusalem. •
« Nous terminons ici noire course topographique dans
l'Asie -Mineure et dans les îles voisines; elle a dft être ra-
pide, attendu que de vastes espaces inconnus, ou seule-
ment connus par les vagues relations des Orientaux, sé-
parent les routes des voyageurs, européens, routes trop peu
multipliées et trop peu variées pour nous fournir une topo-
graphie moderne comparahle à cuHe que l'on peut tirer des
écrivains grecs et romains. Il nous serait plus facile d'al-
longer cette description, en répétant les ohservations tant
de fois faites sur les mœurs des diverses nations qui habi-
tent cette belle contrée ; mais le peu de détails de ce genre
que nous croyons devoir nous permettre, trouveront une
place plus convenable ; les Grecs et les Arméniens qui ha-
bitent les villes commerçantes nous occuperont lors de la
description des pays dont ils tirent leur nom ; les Kourdes et
les Turcomans, dont les tribus nomades et quelquefois agri-
coles se sont répandues dans l'intérieur, deviendront éga-
lement l'objet d'un article à part.
« U ne nous reste donc qu'à comparer les divisions an-
ciennes et modernes, travail fastidieux dont nos lecteurs
trouveront les utiles résultats dans le.s tableaux qui vont
suivre. "
(0 Marin, Voyage, c'f— (') .tWns JiVi'iHs, Tofinograpli. , r. r,;.
LIVRE CEKT VllTGT-TnOISIFME.
TABLEAU COMPARATIF
■s acceptions des noms (fAsTA , (fAsi
et li' Asie-Mineure.
(Un canlon compris entre Ii
idii:... Tmolus, le mont Mcssog
i'Pont, Paphiagonie, Eithynie, Ly-
die , etc. Phrvgie , Cappaiioce , Ci-
licie, Syrie (Aral>ieî).
Haiite-J^ie /Caucase, Arménie, Mésopotamie,
. fiinïuÂoii,) } Médic, Perse, etc. , etc. .Scytbie,
* Inde (").
royaume de Pergaoïe).
[Mjsie, Phrygie, Lycaonic, Lydie P).
f Mysic , Lydie , lonie , Carie , Phrj-
! eie(«.
Quelquefois synonyme avec l'Asie
Frélorienne , et quelquefois . daos
usage quotidien, comprenant la
péninsule jusqu'à l'Halys, et au
golfe de TarsusCS).
Asie prétorienne , plus la Lycic , la
aniin \ Pamphylie, moins les côtes occi-
( dentales fi).
jLcs cotes occidentales, depuis le
ic épotiiie. , cap Lectuiu jusqu'aux environs de
( MiletW,
<: dans le IV siècle j '^"^îrJ'ii "-S^T*"
ion cl.ririii«i,pniir«. VoIoiimln'VuJurucI".
Xrt, S4S (E.IL Al.iid.). T.i./.ii..
^
^
^
TABLEAUX SYNOPTIQUES
DES DIVISIONS
DE L'ASIE-MINEURE.
I. Asie-3Iineure , d'après les Divisions les pltts usitées
chez les Grecs.
DIVISIONS.
sons- 1)1 VIS IONS.
.-,..„ „,.c™™.
Mtsu
LmiB
l'"
PUIPBTLIE. . . .
PlSIDIB
i
Pergame.
Cyme, Lartsse, Tcmnos.
Mj-tllène.
Troie.
Sardes , Philadelpliie , Tliya-
lire.Hjrcanic,MBHné!ie(au
pied du mont Sipyle ), Mag-
nÉileaurluMi-niidrc.
Phocéc, Srayme, Erytlires ,
aazomène,T^os,l«l>edus,
Cnlophon . Ephèse , Priénc .
Mjus.Milet (ces trois en
Ci>rie).Itcdc}Jain(is. llede
Chio.
Alabnndc, Stralonicéo, My-
lassc, ApoUonic, aiinde.
AntiocLe sur Méandre.
Halicarnassc, Coa , Guide,
Rhodes , Milet , Cérame ,
Enide.
pBlare,Myre,Limyre,Xantlic,
PotlalccHiM.
AHalie,Olbic,Slde.
Sabgassus , Selgc, Sinde.Ter-
messe. Bar», Ambtadc.
Acaburc.
Homona.
Oroanda.
Ifanrp, Derho
Colc des Pelasges, des
- Diirdaiiiii.
JV. B. L> Tiudr cl 1^ Prlltr
ijffie maritime ou Iwiie.
('ariemAnfimeau Daride.
T^::::::::::::::::::::.
Canton A' Eteneiues
LIVRE CKHT VIITGT-TIIOISIÈME.
Suite de VAsie-Miti:
re , d'après les Divisions les plus usitées
chez les Grecs.
S0CS-D1\1S[0NS.
Phrygie pnmn
I GalaU>(GaHoGr!tch)
. Synnadc, Apain^e, Coryjpum,
Cibyre. Doryléc, Hierapo-
lU, G>losaK,TheniiEonium,
Sagalasse , Dinix , Pbilo-
tniUe, Thjmbriuni.
, Iconium , LaoUiceacornbusta ,
1 Btthynie
1 Mariandyiies .
(Pays des Leucosjrei..
1 * IhiiiiDiiitU
IPont PaUmoniaijue...
] ■ci«iïC('«rid..ua.:
tPont Cappadocien ....
. Pruac, Hicée.
. NicoiDi^dic. Clialcedon.
. Héraclce.Bitliynium.
.. Gangra , Pompeïopolis , Si-
nope , Amnslris, SOBamc,
Cytorus, lotiopolU, Germa -
. Amisus.
,. Amasie, Cotnana Ponlica
' Cokii [ocïid
f Cataonie . ,
' ÂfeUtène..
' Arménie m
CybiiEre, Comana.
. Cybi
. Meli
Suite de \'Asie-Mineuiv. , d'apivs les DisUt
chez les Grecs.
Tar.
noyauine de j
Salamis .. > Salamiiiie.
-Chjlrr...)
— Ciliniu,..) , ., .
-Cri™.. I -'"■«''"•"
Si:!'--^"
■Sûloe )
LapetliuB. \Lapeihie..
Aiimllionle.
Paplioa.
\— Ceronia,. )
II, Asie- Mineure , cFaprcs tes Divisions de Constantin
DIOCÈSES.
..OV...S.
VIILES
Pnm.hylie
Saga) assii B- Laced.Tinoii .
SjnnaJn.Cotyaiimi.
Pergamc.
Philadelphie.
Slralonic&
Épht,e .
capirate.
'ISr^:^-.
_
indânenilnnte àa diocèse?,
d'.4.!r(>)
1 ""*
Smjrn
L
p"'" " t"-^-""'
l42 LIVRE CENT VIMGT-TROTSIÈME.
Suite de y Asie-Mineure, diaprés les Divisions de Constantin.
DIOCÈSES.
PROVINCES
„..,..
BiAynie.
CliakcdDn.
ClaudJopulia.
Pompeïopolis.
Ancyra.
Pessinus.
Sinope.Amisus.KÉo-
Cerasus.Trapeius.
Césarëe.
Tjane.
Sabus.
Melilèae.
Anazarbus.
Tarsus.
SeliDus,S^leucic,La-
randa.
Conslamia (Salamis).
Hffl.orJ™. EiJf .EO.1.1. (1...
cmata ayant eu peu di:
ernes, nous ne la don-
len'iun orientale. Nous
can (les Byzantins eni-
la premiùri! fois que le
c du lerinc AnaloUke ,
vanl, était sans doulc
Diocèse
Calaiir ( '•<''*"'* prtmièrt. .
«=. Tl.Jod«.. (_ ^ ,„ù,(a<re
HéUiwponli')
Césarée,
■™,v-i™. 1 Cajipadoce le-
\ concU[i)
aiicie jx-emière
le Dioche
«.,.„.
{,) Ti,«a«. II
(., Sowmi, .iu
15) L., !»„,«=.
IV. B. La iliv
Jurée, et point
nerons pas. On
ferons observer
bruBsnit il peu l
<iom A-Analoii
Boua-cntendu C
aaléritar à la tl
Cl>yi>re ^
ision de l'empire d'Orienl par 77
d'influence sur les divisionn inod
peut la voir dans Banduri, Imf.
ré» l'Asie Prëtoriennc. C'est pour
figure en gêt^grapLic; mais l'uMg
lore, c'est-ù-Uiro le Pays du Le
yauin piT Thimata.
TABLEAUX. l43
m. L' Asie- Mineure , d'après les Divisions données par la
Géographie turijue , întitulte Djéluin-Numa , ou Miroir
du Mande , romposL' par Hadgi-Khalfah , donl on conserve
1,1 tr.iduction manuscrite à la Bibliotlièque royale.
DITISIONS TBHODES. VILLES PBI!«CIPALES[i;.
DIVISIONS AHClE.'razS
I. Pac/ialik rf'AwiDBOULÏ.
I
4- — MaUrchfh. .
^.—Tékiêh
i. — Sultan E,in
. ' A"DU(ai^/i (Co(ya:um).
Degnizii ou Luzakich
(non loin de Laodieéa-
. Magnissa ( Magnesia
ad fiipyUim )
^A/iijjar(Thvatira).
folchia (Photëc),
. •Tiréh
Coiizelliiiiar (Magnes E.i
adMcDandrum).
Jlackeker ( PhiladeL
^louk,:
irt , cl
• MogUah.
Meiilecheh (Myndus),
Alelasso (Mylasa).
• Àntaliah ou Satalièh
(Adalifl)
Koupribasar ( Perça î )
/.■e;Wer(01ïnipus?)
' j-Js/iariah { Sagalassiis-
Lacedœmoii)
Bardah.
Mvhar.
• Jfioum - Karahùsai
(lj;la?n.ie?)
ISoidvadin. (Philorae-
Kodjacheher ( Naco-
Partie* occidcnlalcK cl
cenlrales de la Pliry-
gie proprement dite.
Lydie Gq)leiilrianale.
N.n. SarouKkantiii
lo nom d'un prinee
qui r<!gDa sur ce pays.
Lydie cenlrale et m^
rtdioDale. Parties de
Hil^Bs cl PLïidic; m{é.-
f (44 LIVRE
CEHT VIMGT-TIÎOISlÈMi:.
Itl VISIONS TURQDES.
„..„„„C,P.„.
DIVISIONS ANCIENNES
A, ouri
' Àiigouri ( Ancjra)...
Canton à' Haimandh.
r„u„:,h (ï»i.).
rck„u..
Tokat.
La Gakrie centrale
(Tectosoges).
L'inlérieur de la Pa-
emlroit).
Paphlagonie maritime
Honorins ou Bitliynie
partie de 'la Paplila-
gnnie.
Bilhynie méridionale
avec rinlérieiT de la
Grande-Mjsie.
Cotes de la Myaie et
del'Eolide, viB-ii-vis
Lesboa, et une partie
Bithynie à l'occident du
Sangarlua.
Troadee'tPclitc-Mjaic.
Partie del'lonie.
Catupiiie dana le Poiil
Polémoniaque.
Daximonilis dam It
Pont Gahtiqut.
^ K-
.Sinoubi^iaitac).
Tadi-Kouyry (Pora-
peïopolis).
InébolH\oao^o\h).
Jmoi s eralt (AmaatTis).
A>e«/{Heracka).
Ouiracheher.
' Broussah ( Prusa ad
Je^ielulier.
Pergamah { Persaraufl).
Dazar/ieoui.
• /ialitcheher tUWelo-
li.—Kodja-eili
Adi-amiti { AilramjE-
Safidavli.
' Jsnikmid ( Nicume-
din) .
Kadikeui m.\a\ceàoi\\
apannge impérial.
'ÉZàh^
UowiliaiéachUTtoK).
' Ismir ( Sinjrnc )
Ourlait.
Memmai (Teianoi).
I. Pachalik de Siva
■ tiifas (Sebaatia)
Tocai (Comati» Pott-
ticB ) TOJVQllat
I
.. UTahde5iW«
TABLEAUX.
145
DTVISIONS TURQUES.
^.-^Djanik.
3. — Arebkir...
4 . — Diouriki —
5. — - Tehouroum.
6. — Amassiah.
7. — Bouzouk,f.
VILLES PRINCIPALES.
* Samsoun (Amisus) .. ,
Ouméh{ŒTaoé).
Jrebkir (Arauraci?).
* Diouriki
* TcAooroum (Tavium).
Osmandjik.
* Jmassiah ( Amasëa ). .
Marzitfon (Phazemon?)
* louzgatti^) (Mithri-
datium?)
DIVISIONS ANCIENNES
COBKUr OVSASTBfl .
Côtes d* Hélénopont ,
depuis THalys , de
PoiU Galatique , et
PoUmoniaque.
Confins de x Arménie
mineure et du Pont.
Idem.
Galatie orientale.
Chiliocome et Phana-
rœa dans le Pont Ga-
latique.
Confins du Pont , de la
Cappadoce et de la
Galatie.
III. PachaUk de Tarabozak (').
I. \Àv9\iàeTarabozan.
a. — Gouniéh
3. — Batoumi.
Kadîlik. de * Tarabozan
(Trapezus)
— Kerezoun (Cerasus).
— Irizéh ( Rmzxum ).
— Gouniéh ( Absarus) . .
— Soumlah.
— rikah.
— Batoumi
Pont Cappadocien.
Idem.
Colchide méridionale.
IV. PackaUk de Ronieh.
I. Livali de iTome/i.
a.
3.
4.
5.—
6.—
Nighdék..
■Begcheer .
'Akcheher.
Akseraï. . . .
Kaisai'iéh .
Kircheher.
^ Koniéh ( Iconi um ) . . . .
Ladikiéh.
Erekli.
*Nighdéh
Bousteréh ( Cibystra ) .
* Begcheer
Serki-Seraï ( Isaura ).
* Akcheher {^ï-^T\2R\aa).
* Akseraï ( Garsaura ) . . .
* Ka isariéh ( Cxsarea ) .
* Kircheher (Arche-
lais?)
Lycaonie centrale et
méridionale.
Partie occidentale de la
Cataonie.
Isaurie.
Partie occidentale de la
Zjrcaonie.
! Parties occidentales et
centrales de la Cap-
padoce.
(i) Hadgi-Khalfah ne nomme pas louzgaU, mais c'est aujourd'hui le chef-lieu de Douzouk.
(a) Hadgi-'Khalfah regarde le pachalik de Tarabozan comme une dépendance de l'Arménir.
vm. . 10
,45
LrVEE CEMT VIHGT-TROISIliME.
Divisons TURQUES. Vir.l.ES F
VISIONS ANCtIÎNNES
V. Pacluilii de Mabich (■>.
I, Livah lie Afarach..
'jlforiicft(inccrlainc) . \
""««Jff,™"""''^- Conf... J. 1
Taurum) l
* i%mis(fc(Samotele]... /
' 3ralalia(,Mémènc)...\ Mètilèiie.
VI. Pacha/ikd-&BAVA(').
i. Livah d'Adana 1* jtdana ( Aniiochia adl
Sarum ) ICi/ici'e propre
1. — Taraoua ]' Tarsous (Tarsas)....|Wem.
VII. 3Toiisselimlik de Cbyvbz.
A. Ile lie Chypre.
l'oint de Bous-diviaionï.
B. Pay»d/(cAi7(ï>.
I. Llra)iil7(cAif
ï. — Jlaiàëk
SeUfieh(9,e\euc\e)..
Selutti (Sdinus).
Maiiiéh (Sjdeï)....
aiicie Tmchéa.
Pamphylîe.
(,)C.p
s D«4ls«'l<r DQ Zirnlhidir, a,
TABLEAUX. ' '47
î V. L' Asie-Mineure , diaprés les Divisions les plus récentes.
ETALETS AD PACHALIKS.
I. Akadoli
II. Si VAS
m. Trabezoun.
IV. KOKIÉH.
V. Maracr.
VI. AdamaCO.
CriEFS-LÏEUX
d'EjaleU ou Pachaliiu.
Koutaiéh.
Si vas.
Trëbizonde
Koniéh.
Marach.
Adana.
de livahs ou SAidjak».
Iznik-mid.
Brousse.
Smyrne.
Gouzel-hissar.
Antalia.
Kara-hissar.
Angora.
Kiangary.
Kastamouny.
Boly.
Ouscat.
Tchoroum.
Irizéh.
Batonm.
Ak-cheher.
Ak-seraï.
Nikdéh.
Kircheher.
Kaisariéb.
AïDtab.
Kars.
Semisat.
Malatia.
Alaïe.
Ci) Ce pacbalik appartient de fait au pa»lia d'Ëgjpte depuis la dernière guerre.
lO.
r
LIVRE CENT VINGT-QUATMÈMË.
ivne de la Description de l'Asie. — Turquie d'Asie. — Dciixitni<
ScclioDiCompreiiaiit l'ArméDic, te Kourdistan» la Mésopotainii
el l'Irak-Arabj .
\
I
«Les provinces orientales de l'empire turc, en Asie,
forment trois divisions naturelles, la région de l'Oronte et
du Liban , ou la Syrie et la Palestine ; la région des sources
de TEuphrate et du Tigre, ou l'Arménie avec le Kourdis-
tan; enfin, la région du Das-Euphrate , ou l'Al-Djesira,
avec l'Irak-Araby, autrement la Mésopotamie et la Bahy-
lonie. Nous rapprnclierons ici, sans les confondre, les
deux divisions euphratiqucs j la Syiie sera l'objet d'une
description à part.
« L'Arménie, la Mésopotamie et la Babylonie, très-né-
gligées par les géographes modernes, ont pourtant des
droits à toute notre attention. Ce fut ici que naquirent
les premières villes, les plus anciens royaumes connus
dans l'histoire; ce fut ici qu'Alexandre donna le coup
mortel au colosse de la monarchie persane; plus tard,
les rives du Tigi'C et de l'Euphrate devinrent le sanglant
théâtre où les Trajan, les Julien, les Héraclius conduisi-
rent les légions romaines contre les escadrons de l'indomp-
t.-ible Parthe; dans nos siècles modernes, ce sont encore
deux grandes puissances, les Osnianlîs et les Sophis, la
secte d'Omar et celle d'Aly, qui se disputent ces contrées.
Même sans qu'il soit nécessaire de rappeler les hommes et
leur puissance passagère, la nature à elle seule nous pré-
sente ici assez d'objets d'intérêt et d'étude; il y a peu de
régions du globe où, dans un aussi petit espace, d'aussi
frappnns contrastes se trouvent réunis; une étendue de
ASIE : Turquie d'Asie. I^rj
flij: degrés «le lalilude nous offre, à Bagdad, des chaleurs
égales à celles de la Sénégambie, et sur la cime de l'Aramt,
des neiges éternelles; les forêts de sapins et de chênes
touchent, en Mésopotamie, à celles de palmiei-s et de
cîti'onniers ; le lion d'Arabie répond par ses ruglsseniens
aux hurlemens de l'ours du mont Taurus. On dirait
que l'Afrique et la Sibérie se sont donné un rendez-
vous.
" Ce rapprochement de climats opposés résulte princi-
palement d'une grande différence dans le niveau du ter-
rain, L'Arménie, plateau très-éievé, est ceinte de touteii
parts de montagnes encore plus élevées; VArarat élance
au centre de ce pays sa léte toujours blanchie de nei-
ges (') ; au nord les monts Tcheldir et Djanik séparent
l'Arménie du Pont-Euxin : cette chaîne, quoique en partie
couverte de belles forêts, ne le cède pas en hauteur au
Caucase, puisque sur ses pentes méridionales, à Erze-
roum, il tombe quelquefois des neiges au mois de juin (^).
Les chaînes du Taurus entrent dans l'Arménie près des
cataractes de l'Euphrate; elles s'élèvent considérablement
en avançant à l'oiieni; le Niphates des anciens , le Keleshin
des modernes, au sud-est du lac de Wan ou Van, tire son
nom des neiges (jui en couvrent les sonmiets toute l'an-
née P). Les monts Gonl/ens de Xénophou, ou les monts
Giou/idi, remplissent tout le Kourdistan; une branche
prolongée au sud, le Zn^'z-a* des anciens, le Djebel-tag' des
modernes, sépare l'Empire ottoman de la Perse; ses bran-
ches intérieures se terminent à quelques lieues du bord
oriental du Tigre; une branche détachée du Taurus, le
mont Masiiis des anciens, aujourd'hui le Ktirar/Jéh-Oagh/ar
passe entre le Tigre et l'Euphrate, forme l'escarpement
(') Tauineforl , elc. — i') Djèhan-Pfiima , p. ii3&, tratl. l'raiiç. ma-
nuscrite, B la Bibli(>lhèi|iic luyalu. Voyages iriin IMiB^kiimaire, p. r,',.
(Paris, (;3o,) — 1*1 Iklaliou .iL.nQLiscrilK ilc M luùi'icr.
tlVRE CÏIïT VIIÏGT-QUATAIKME.
sur lequel eal assise la Tilte de Mertlin, et vient expirer
dans les collines de Slndjar, à l'ouest de Mossoul. Depuis
tes deux points on voit se déployer jusqu'auit bords du
golfe Persique une immense plaine, où l'œil fatigue remar-
que à peine de légères ondulations de terrain^ une grande
partie de ces plaines , au-dessous du point de réunion des
deux fleuves, fut jadis couverte de plusieurs lacs aujour-
d'hui desséchés (i), et encore à présent il s'y trouve beau-
coup de terrains qui sont inondés à la moindre crue des
L.0
Hiui
b
■ A cette peinture générale du terrain nous ferons
succéder celle des deux grands fleuves qui l'arrosent.
■ \Sliiiphrate naît de plusieurs sources; deux branches
suitoiit se disputent l'honneur d'être la principale; l'une
jaillit non loin de la ville de Bayazid , dans tes monts nom-
mes j^/a-D«^A, dont rArarai.fait partie, et delà montagne
même appelée Bin-Goiieil ( mille sources ), anciennement
le mont Abus, Cette rivière, qui porte le nom de Mourad-
Tcîini, se perd sous terre â quatre heures de chemin de
iïayazid W^ i-epai-aît de nouveau, reçoit près de Meiez-
Giierd une autre rivière du même nom, et traverse tout
le district de Tourouberatt, partie méridionale de l'Armé-
nie propre : son cours n'a pas moins de loo lieues. L'au-
tre bras de l'Euphrate, que les Orientaux nomment Frat,
se forme sous les murs d'Erzeroum, par la jonction de deux
rivières, dont l'une, peut-être, représente le Lycits de
Pline; ces deux rivières réunies n'égalent pas le Mourad-
ïchaï. que Xénoplion regardait comme Je véritable Eii-
phrate. Le Frat et le Mourad-Tchaï mêlent leurs eaux un
peu au-dessous du bourg de Ziléh, Le fleuve, déjà très-
onsidérable, descend rapidement vers le défilé nommé
{•) Pliii.,V\. c. i;. Siiat., XV, p. 1060 (Almclov.) Âbu^«da,i>\..
Butehins, p. 356.~(') /ladei-Khal/ttli.ji. iiii njtj. D'JnviUe,lEa-
liliriiti; cl le Tiftrc.
Turquie dAsie. lïi'
Pas de Nouchar; l'ayant frnnchi , il serpente sur une plaîae
élevée; mais bientôt, ayant rencontré uns nouvelle inéga-
lité de terrsiin, il forme une double cataracte à 8 lieues
au-dessus de Semisat ou Sainosate. Dégagé maintenant de
tous les obstacles qui enchaînaient sa force , il roule majes-
tueusement dans une large et verdoyante vallée. Au sud-est
deKerkisiéh, il entre dans des plaines immenses; cepen-
dant, repoussé dn côté de l'Arabie par quelques hauteurs
sablonneuses et calcaires, il est forcé de s'approcher, en
serpentant, du fleuve du Tigre. »
Depuis la reunion du Mourad-Tchaï et du Frat, l'Eu-
plii'ate ajusqu'à sou embouchure 385Heues de longueur :
ce qui, en comprenant la première de ces rivières, lui don-
nerait près de 5oo lieues de cours. U éprouve des crues pé-
riodiques, dont la plus farte alieuen janvier : elle est de la
pieds. La marée se fait sentir jusqu'à 5o lieues de son em-
bouchure.
■ Bival et compagnon de l'Euphiate, le Tigre , que plu-
sieurs géographes font venir de Bitlis, a sa source la plus
apparente dans les montagnes du pays île Zopli , l'ancienne
Sop/iène, partie du pachalik de Diarbekir; l'Euphrate, déjà
très-fort, enlève à cette région le tribut de toutes ses eaux
coiu^ntes; mais , par un hasard singulier, le Tigre seul , la
plus petite rivière de ces montagnes, échappe au destin de
ses frères; une hauteur l'empècbe de couler vers l'Euphrate;
une gorge de montagnes au-dessus de Diarbekir lui ouvre
un passage; il s'élance à travers un terrain toujours très-
et fortement incliné. Leittrème rapidité de son
cours, effet naturel des localités, lui a mérité le nom de
Ti'gr ca langue médienne, de DiglUo ou Didgilèlt en arabe ,
«t de Hhidilekel en hébreu, noms qui tous rappellent le
rapide d'une flèche {i). Outre ce bras, le plus connu
■II, I, ;ii-.
M
jSa LIVRE CEMT VIHGT-QU ATRIÈME.
des modernes, Pline nous en a décrit en détail un autre
qui sort des montagnes du Kourdîstau , à 1 ouust du lac de
Van; cette rivière passe par le lac Âréthuse; arrêtée par
une branche du Taurns, elle se précipite dans la caverne
dite de Zoroanda, et reparaît en bas de la montagne; une
preuve (jue c'est la même rivière , c'est que les choses qu'on
y jette en haut des montagnes, reparaissent sur sa surface
lorsqu'elle sort de dessous leurs pieds. Il passe encore par
le lac Tfiospitis { près la ville d'Erz-en ), s'engloutit dans
des cavernes souterraines, et reparaît aS milles plus bas.
Ce bras se réunit au Tigre occidental, au-dessous de la
ville de Diarbekir (').
« A mesure que le Tigre et l'Eupbrate se rapprochent,
le terrain intermédiaire perd de son élévation; des marais
et des prairies en occupent toute l'étendue; plusieurs conj-
munications artificielles, peut-être un ou deux canaux na-
turels, préludent à la prochaine réunion des fleuves ; cette
fusion se fait enfin auprès de Korna. Le fleuve uni porte le
nom de Cluit~al-j1rab, c'esl-à-ùîrejleui'e ele l'jiral/ie. il ja
trois grandes embouchures, outre un petit canal; ces di-
vers bras occupent un espace de i5 lieues; la rivière du
Sud est la plus libre et la plus profonde; des bancs de sa-
ble, et qui changent de place, en rendent l'approche dange-
i-euse pour les navigateurs. La marée qui remonte au-delà
de Bassora , et même au-delà de Korna, refoule souvent
avec violenc-e les eaux du ileuve, et les soulève en vagues
écuniantes ['j).
> Telles sont les notions certaines que nous possédons
sur le cours de ces deux l'ivières. Il faudrait un ouvrage à
part pour éclaircir tous les doutes qui ont été élevés sur ce
même sujet. Quelques anciens ont soutenu que l'Euphrate
(0 Plin. , loc. cil.
(APhiUi-p \\ Sancln Trinilalc, llincr. p. i4f
ASIE ; Turquie tTjésie. i53
se perdait dans les lacs et marais au sud de Babylone (')■
D'autres, au contraire , regardent le cours uni du Tigre et
de l'Euphraie comme appartenant exclusivement à ce der-
nier l^) : il y en a selon qui l'Euphrate s'écoulait originaire-
ment par une bouche particulière que les Arabes ont dft
fermer par une digue P). Celte dernière opinion a été en
quelque sorte renouvelée par un voyageur moderne , qui
suppose que le canal de Nanr-Sares , dérivé de l'Euphrate ,
au nord de Babylone, se continue sans interruption jus-
qu'à la nier (4), Cest la baie Khore- Abdallah, qui, dans
cette hypothèse, représenterait l'ancienne embouchui'e du
fleuve j mais cette baie existait dans son état actuel du
temps de Ptolémée, sous le nom de golfe Mesanites. Quant
au canal Nnar-Sares, il paraît certain qu'il se réunit de
nouveau au fleuve près Semava. Le lit sec qui corres-
pond au golfe de Klnire- Abdallah , et sur lequel on
voit les restes du Vieux-Uassora , aboutit à l'Euphrate,
un peu à l'occident de Korna. Le Pallacopns , ou le
canal de Koufa, ne semble s'étendre que jusqu'aux lacs qui'
sont au sud de Babylone. Les changemens continuels qu'a
subis ce sol uni et meuble , les inondations , les travaux de
l'homme, tout concourt à rendre impossible la solution de
ces doutes,
> il règne aussi des incertitudes sur la grandeur i-elative
du T^i-e et de l'Euphrate. Ce dernier a bien le cours le plus
lougj mais, affaibli par les saignées, il ne pi'ésente à Hillé
qu une largeur de 4oo pieds; tandis que le Tigre, déjà près
Bagdad, en a 600. Les riverains, pour arroser leurs campa-
gnes, arrêtent l'un et l'autre de ces fleuves par des digues,
que les historiens d'Alexandre ont assez plaisamment [>rises
CO^mnn. , Vil, 7. Mêla. JH, S. PU,,., V, ■,(,. Piolèmée , i:ic.
(') a™fi., II, t3i, XV, 1060.
W Plin., VI. 17.
m mciuh,-, v.ijaec u, 3ï3, ^53, ibi-
l54 LIVRK CENT VIHGT-QCAXRIÈMB.
pour des barrières militaires destinées contre les pirates
d'Arabie (>).
■ La description de l'Arménie nous ramène maintenant
vers les sources de l'Euphrate. Cette contrée, nous l'avons
déjà dit , forme un plateau très-élevé , et couronné de mon-
tagnes encore plus élevées, l^Àrarnt et le Kohi-Seiban (i)
montrent à une grande distance leurs cimes couvertes de
neiges éternelles. Les tremblemens de terre ont bouleversé
plusieurs parties de l'Arménie P). Le Dgebel-Nimrowi , ou
mont de Nimrod, a vomi autrefois des Hamntes, et offre
encore sur son sommet un petit lac, qui, d'après la des-
cription d'un géographe turc, semble être un ancien cra-
tère : le pays paraît riche en curiosités naturelles. Le grand
lac de Van , qui porte quelquefois le nom A'Anijwli et qui
'islXArsissa Palus de Ptolémée et le lac Mantien de Sirabon,
roule des eaux très -sau ma très (4). "
Ce lac a 27 lieues de longueur, 20 dans sa plus grande
largeur et plus de 60 de circonférence. Il reçoit un grand
nombre de petites rivièi'es et ne paraît avoir aucun écoule-
ment. Il renferme plusieurs îles dont l'une des principales
est jikIUnmar sur laquelle s'élève un fort qui date du IV^ siè-
cle et qui est la résidence de l'un des quatre patriarches de
l'Arménie. Les autres sont Anler, Li/n, et Glièdontck.
• Le froid, très-vif dans les parties hautes , ne laisse pour
la semailie et la récotte que trois mois d'été. Les blés
viennent cependant eu abondance. On vante les noyers et
les pommiers. En descendant l'Euphrate, on voit ileurir
la vigne, et même l'olivier, tandis qu'aux environs de la
ville (i'Ei'zeroum, il n'y a ni arbres fruitiers, ni bois à
brftter. Les anciens vantaient les chevouK (rArniénJe;
Ci) Ivci, Vojagca, p. 5i (en ail,). Niebuhr, II, |>. iJJ. — C>)//a(^i-
KluUJalt, p. iqS8. — (3) Idem, logg-iiao, cit. — (^) Tavemier, le*
six Vc^agES, liv. 111, chap. 3.
»
ASIE : Turquie d Asie. i55
ils parlent dea mines d'or qu'on y exploitait; auJDUrdhui
exporte du cuivre et du fer pour Mosaoul. «
Erzeroum ou Arz-ronm, nppelé en arménien Garvn, est
le rempart de l'empire ottoman au nord-est. Cette ville est
située dans une plaine élevée et entourée de montagnes.
Elle est environnée d'un mur peu solide et d'un fossé ; mais
au centre s'élève une fortereise nommée Ik-Aalé qui passe
pour porter le noni d'une femme qui l'a fait bâtir. Cette
citadelle présente de hautes murailles flanquées de bastions
et défendues par un fossé. Elle a été construite avec des
restes de monumens antiques : on voit encore sur plusieurs
pierres des peintures d'aigles impériales. C'est là (jue réside
un pacha qui a le titre de chef permanent de l'armée de
l'erse, et qui a sous sa juridiction les pachaiiks deBayazid,
de Kars, de Moucli, de Moussoul, de Tiébizonde et de
Van, mais qui n'exerce pas sur les chefs de ces pachaiiks
une grande autorité. Erxeroum passe pom' avoir été biltie
par Anatolius, général grec sous le règne de Théodose-le-
Jeune. On y compte ao mosquées dont la plus grande est
une ancienne égUse grecque qui fut dédiée à Saint-Etienne ,
et que I on prétend pouvoir contenir 8000 personnes. Ses
rues sont étroites, tortueuses et mal pavées. On y voit une
horloge, ce qui est très-rare eu Turquie, L;i population de
celte ville est, dit-on, de 100,000 âmes, nombre qui parait
«tagéré en considérant celui des maisons qui est d'environ
5ooo, et la circonférence de son enceinte dont on peut faire
le tour en trois quarts d'heure. 11 est probable qu'elle ne
renferme pas plus de 60 à 70,000 àmes('). Erzeroum est
l'entrepôt du commerce entre la Turquie et la Perse : elle
reçoit de ce pays de la soie, du 00 ton , des châles, des
cotonnades peintes, du tuliac, des roseaux pour écrire et
du bois de cerisier pour faire des tuyaux de pipe; elle en-
(0 f'onlaiiÎLT ; Voyages en OriciiL
1
M
56 LIVRE CENT VUÎGT-QCATRlàME.
voie à Constaiitinople la gomme adragant recoltëe dans '
ses environs, et sur il'autres points de l'intérieur, du poil
de chèvre, des chevaux et des moutons. C'est à Erzeroum
que se fabriquent les meilleures armes blanches de l'em-
pire, mais qui ne valent pas celles de la Perse.
" Un armurier d'Erzeroum, dit M. Fontanier, s'était ac-
■> quis une grande réputation par l'habileté avec laquelle il
n damasquinait les sabres; le pacha du lieu le chargea de
i' lui en faire un qui aune belle apparence joignit le mérite
" d'une grande pesanteur; mais l'armurier, voyant qu'après
" plusieurs expériences il ne parvenait pas à le satisfaire,
« s'avisa à lafin d'en fabriquer un de plomb. Le sabre convînt,
• et resta long-temps dans le fourreau sans qu'on s'aperçût
" delasupercherie. Un jour cependant, )e pacha ayant parié
« avoir un s:)bre meilleur qu'un de ses amis, on les frappa
• l'un contre l'autre, et l'étonnement fut grand quand on
■ vit l'arme favorite coupée si facilement. Il manda aussitôt
" l'armurier; mais comme il ne voulait que plaisanter, sans
« perdre un artiste précieux, il se contenta de lui faire
« couper le nez, et l'obligea à prendre le nom de Bournou-
• sez (sans nez). Aujourd'hui les meilleurs sabres de la
" contrée ont conservé le nom de l'ouvrier, et une lame
• quiporte son chiffre acquiert une plus grande valeur. Son
« tils est encore fabricant d'armes; c'est de lui que je tiens
• ces détails , qu'il ne racontait jamais sans un sentiment
1 d'orgueil et de plaisir. »
I,a plaine d'Erzeroum est parsemée de villages : on en
compte 94- Ces villages sont nus : aucun arbre ne s'élève
aux environs. A l'est descend du mont Taurus une source
limpide qui alimente la ville et qui est en grande réputation.
C'est là que s'arrêtent les voyageurs qui arrivent de la Perse ;
plus loin on trouve des sources ferrugineuses gazeuses,
qui se répandent dans les jardins situés au nord de la ville;
vers l'ouest, près du village à' Eldija om Ififfjah , se trouvent
I
I
ASIE : Turquie dAsie. \S']
d'autres sources semblables maïs chaudes : elles font monter
le thermomètre à 16 degrés au-dessus de zéro. Ce village
remplace l'antique Elegia.
Er>inghian, à environ 3o lieues au sud-ouest d'Erzeroum,
près de la rive gauche du cours d'eau que les Orientaux nom-
ment Frat, est une ville qui passe pour avoir 20 à 3o,oooha-
bitans. Les prairies qui l'entourent sont renommées pour la
belle race de moutons qu'elles nourrissent, et ses jardins
pour la beauté des fiuits qu'on y cultive.
Mais à 5 ou 6 lieues à l'est d'Erzeroum, Hassan-Kaïek ,
s'élève près de la rive gauche de l'Aras, sur la pente d'une
colline. Cette ville, à peu près de ta même population que la
précédente, est fort ancienne : sous le règne de Théodose-
le-Grand, qui y fît construire une forteresse, elle reçut le
nom de Théodosiopolis,
Francliissons une chaîne de montagnes , et au nord-ouesi
d'Erzeroum nous verrons d'abord les mines de cuivre de
Maaden près la ville deBaïboiiCoa Baïbounli, fondée, dit-on ,
du temps d'Alexandre, peuplée de 3 à 4000 âmeS, et dont
les femmes passent pour être fort belles. Ipsi'rou Ipsera,
l'ancienne Hispiratis dont Strabon vaute les mines d'or,
occupe une vallée fertile d'où l'on exporte du bois de con-
struction et d'excellentes conserves de miel (0-
A 20 lieues à l'est de Baibout, Goumouck-khanek, ou la
maison d'argent, tire son nom d'une mine de ce métal ex-
ploitée depuis long-temps dans ses environs. On y compte
7 à 8000 habitans dont un millier de Grecs et 7 à 800 Ar-
méniens. D'Anville pense que cette ville est l'ancienne if^/tr.
Dans \Gpachalik de Kars nous lemarquerons d'abord le
chef-lieu. A^a/v jouit de quelque importance par son com-
merce avec la Perso , maïs surtout par sa citadelle qui passe
pour une des plus importantes de la Turquie d'Asie, Ai-da-
<.') Hadgi-K/uU/ali, p. 1137,
r
l58 LIVRE CENT VlNGT-QUATRlJîME.
noudji^ située au nord-ouest, n'a que quelques milliers d'Iia-
bitans : les autres villes ne méritent pas de nous arrêter.
Des tribus de Turcomans parcourent le pacbalik de Kars
ainsi que celui de f^an qui s'étend au sud. Celui-ci a environ
60 lieues de longueur du nord au sud , sur 5o de largeur de
l'est à l'ouest. On évalue sa superficie à aooo lieues carrées
et sa population à i5o,ooo individus. Nous ne parcourrons
que ses principaux chefs -lieux. Fan^ sur la rive orientale du
lac auquel elle donne son nom, est environnée de murail-
les crénelées et défendue par une citadelle située sur une
colline escarpée. Sa population parait être de plus de
20,000 âmes , mais les Arméniens l'évaluent à plus du
double. Cette ville est l'ancienne Artemita qui porta dans
l'origine le nom de Semimmocerta, parce qu'elle dut sa fon-
dation à Sémiramis. Les Arméniens l'ont appelée pendant
long-temps Schamiramakert. Suivant un voyageur récent (1),
on y voit encore sur la colline qui porte la citadelle d'énor-
mes quartiers de rochers qui pourraient bien avoir fait
partie de quelqu'une des gigantesques constructions que
cette princesse fit faire près de cette ville , au rapport de
Moyse de Khorène. Dans l'intérieur de celte colline on
trouve des appartemens voûtés et quelquefois des débris
de statues. L'entrée de la montagne et même ses flancs
sont couverts d'inscriptions cunéiformes.
Bayazid , k^^Vieues au nord de Van, est située dans une
vallée étroite : ses maisons sont bikties au fond et sur les
deux côtés de la vallée. Bien qu'elle ne soit qu'un chef-
lieu de sandjak,elle est la résidence d'un pacha héréditaire.
Sa population paraît être de 13 à i5,ooo individus. Moucli
est aussi habitée par un pacha héréditaire. A l'ouest du lac
de Van et à 20 Ueues de cette dernière ville se trouve Betli.s
0) M. Schidz, cnïojc eo iSa; tLiiiB r.Arménic p.ir Ir goiivet
ASIE : Turquie d'Asie.
■ou Bidlis où l'on compte 1 2,000 habitana et dont les mai-
sons, presque toutes isolées et environnées de jardins, sont
untant de petites forteresses. On dit que ses murailles bâties
en pierres ont 100 pieds de hauteur. Les Kourdes qui ha-
bitent les environs de cette ville portent le nom de Betlisi.
u La nation arménienne, l'une des plus anciennes du
monde, se désigne dans sa propre langue sous le nom
d'Hoi'/iani; et quoique ce que dit l'historien de l'Arménie,
Moyse de Khoiène, sur un prétendu roi Htiih , petit-fils
de Japhet, soit eiïveloppé d'obscurités, il est certain que
la langue arménienne , rude et étrange pour les sons, of'h-e
dans sa syntaxe plus de rapports avec les langues européen-
nes qu'avec celles de l'Orient (').
■ Une taille élégante et une physionomie spirituelle dis-
tinguent cette nation, qui, toujours victime des guerres
dans lesquelles les grandes puissances se disputaient l'Ar-
ménie, a été obligée de quitter en partie le sol de ses an-
cêtres. Livrés au commerce et aux fabriques , les Arméniens
ont prospéré partout, depuis la Hongrie jusqu'en Chine;
ils pénètrent dans des régions inaccessibles aux Européens;
ils traversent les déserts de la Tatarie et le plateau qu'ar-
rose le Niger, Chei eux, la frugalité conserve ce qu'ac-
quiert l'industrie. Dans leur pays {^) comme dans l'étranger,
ilsvivent ordinairement en grandes familles, sous le gouver-
nement patriarcal du membre le plus âgé, et dans une
concorde rare ; mais cet esprit de famille permet la dureté ,
l'injustice et la perfidie envers ceux d'un autre sang. La
religion des Arméniens est celle de l'ancienne Eglise orien-
tale; seulement ils nient le dogme des deux natures dans
Jésus-Christ, ou, pour mieux dire, ils considèrent les deux
a comme réellement existantes, mais unies et fou-
1S9 H
ont ^1
(0 Vojex les auteurs dtéa pur Àdelung, Mithridate, I, p. 4^'''
<') Carlwright, Itiner. in Persiâ. Elievir, p. Il, p, 137.
\
i
iGo LIVRE CEMT VINGT-QUATHIÈME.
(lues dans une seule (0 ; ils ont encore quelcjues opinions
particulières touchant l'eucharistie. Ils admettent comme
les Grecs le mariage des prêtres; leurs jeAnes et leurs
ahstinenoes surpassent en rigueur et en fréquence tout ce
qu'on voit chez les autres sectes chrétien nes(2). Deux grands
patriarches, surnommés caï/io^/yiie* ou uninersels , gouver-
nent l'Eglise d'Arménie ; celui qui réside au couvent d'Elch-
iniatzin avait , ilyaun siècle et demi, i5o,ooq familles sous
sa juridiction spirituelle. Celui qui hahite l'île Akhtamar, au
milieu du lac de Van, dirige environ 3o,ooo familles. Le
patriarche de Sis, dans l'ancienne Peti te -Arménie , et qui
seat ï-éuni à l'Eglise romaine , n'en comptait que 20,000.
On pourrait, d'après ces données (3), estimer le total de la
nation arménienne d'alors à 2,000,000 d'individus au moins.
■ Outre les Arméniens qui sontiiégocians ou cultivateurs,
et les Turcs- Os ma ni is qui occupent les fonctions civiles et
militaires, l'Arménie nourrit une nation tatare dont il faut
tracer le portrait. Les Turcomans ou Turkmènes , ou mieux
Trouckménes , originaires des bords orientaux de la mer
Caspienne, se sont d'abord établis dans l'Arménie- Majeure,
appelée pour cette raison Turcomame^mM& leur amour pour
la vie errante en a amené plusieurs hordes dans l'intérieur
de lAsie-Mineure et dans te gouvernement d'Itchil. Ils ont
adopté la langue turque et une espèce de mahométisnie
grossier, Ignorans , coiitensde leur pauvreté, ils ne se nour-
rissent que des produits de leurs troupeaux , vivent la plu-
part du temps sous des tentes de feutre, et n'ont d'autre
combustible que la fiente de leurs vaches, *
Leur nourriture consiste en un peu de farine et de
gruau , en lait aigri et en viande. Ils se rasest la tête et
(') Nkeplior.-, Hist. Eccles., I. XVIII , cap. 53. Conrcuio Armcnior.,
art. iG-3a. Concil. Coiutant. 3, canou. 3», etc.— W fiViucuj, Histor.
orient., c. 79. — P) Léonard., Sidon, rpbi:.. np. TUom à Jei., lib. Vil ,
\
ASIE : Turquie dAsie, i6i
portent des vâtenieiis en étoffes de laine cramoisie, et des
bonnets rond» garnis de peau d'agneau noire d'Astrakhan,
Leurs feniinf^s ont pour ornement un anneau à une narine.
£lles sont bien faites, et ont une pliysiononiie gracieuse:
les hommes ont la taille élevée et les épaules larges.
■ Les l'eninies filent des laines et font des tapis dont
existe dans ces contrées de temps immémorial.
Quant aux hommes, toute leur occupation est de fumer et
de veiller à la conduite des troupeaux. Sans cesse à cheval ,
la lance sur l'épuule, le sabre courbe au c6té, le pistolet
ceinture, ils sont des cavaliers vigoureux et des sol-
dats infatigables. Ils ont souvent des discussions avec les
Turcs, qui les redoutent. On peut compter environ 3o,ooo
TuFcomans erraus dans les pachaliks d'Alep et de Damas \
ce sont les seuls qu'ils fréquentent dans la Syrie. Une grande
partie de ces tribus passe en été dans l'Arménie et la Cara-
manie, où ils trouvent des lierbes plus abondantes, et re-
viennent passer lliiver dans leurs quartiers accoutumés. ■
Nous devons ajouter qu'ils sont de la secte des mahomé-
tans sounnites ; qu'ils suivent exactement les pratiques de
leur religion ; que , bien qu'ils aient des chefs ou des prin-
ces, ils ne reconnaissent qu'imparfaitement leur autorité, et
prétendent que Dieu seul est leur chef; mais qu'ils ont un
grand respect pour leurs prêtres ou kasi.
« Le Ao«rf/M(fl«,oulepaysdesKourdes, du moins celui
qui est soumis à la Turquie , s'étend au sud de l'Arménie ,
sur une longueur d'environ gS lieues du nord-ouest au
sud-est et sur une largeur de 5o lieues ; mais ses hmites
sont pour ainsi dire arbitraires. Les montagnes connues des
anciens aous les noms de Gordyœi et l'iipkates , restent en
partie couvertes de neiges éternelles j jamais les chaleurs
de l'été, qui brident les plaines de la Mésopotamie , ne des-
sèchent les verdoyans pâturages où le Kourde laisse errer
ses troupeaux de chèvres. Les riantes vallées et les longues
VIII. 1'
i
i
l6a LIVRE CENT VINGT-QUATRIÈME.
terrasses des montagnes produisent des fruits et du riz. Les
forêts consistent principale ment en chênes qui donnent la
meilleure galle de l'Orient ('). Les plaines sont cultivées
en grains, cotons, lin et sésame. Un petit arbre , semblable
au chêne , se couvre d'une manne délicate que les anciens et
les modernes vantent, mais sans que l'on connaisse d'une
manière précise à quelle espèce appartient ce végétal (a), ■.
■c Les rivières, parmi lesquelles le Diala,\e Grand eX. le
Petit Zaab sont les plus importantes, descendent avec ra-
pidité vers le Tigre. "
Le Kourdistan empiète sur l'Aiménie sans qu'il soit
facile de les distinguer l'un de l'autre. Cependant il est cer-
tain qu'il formait autrefois les deux pachaliks de Moss nul
et de Cliehrezour qui n'en font plus aujourd'hui qu'un
seul, qui porte le nom de ce dernier.
" Au sud du lac de Van , la ville de Giulamerk ou
Djoulanierk est le chef-lieu de la principauté du même
nom, dont les habitans s'appellent Sciambo; selon d'au-
tres, ils portent aussi le nom d'ffakiarj, qui est peut-être
celui de la famille régnante P). Djoulanierk est une petite
ville qui n'offre rien de remarquable. Les Kowdes-BaeUnaH
demeurent à l'ouest de la principauté de Djoulanierk , entre
Mossoul et Betlis. Leur capitale s'appelle jimndia ou jima-
diéh. C'est une ville de 6000 habitans, près de laquelle se
trouve le tombeau de l'iman Mohamed-Bekir , révéré dans
tout le Kourdistan. Ce canton produit beaucoup de fruits ,
et entre autres il'excellens raisins (4). Plus au nord-est , et
déjà dans le pachalik de Diarbekir, on trouve Dgezira ou
Djeziréh, capitale d'une principauté dont les habitans s'ap-
pellent Bottani. Cette ville, à laquelle on accorde 20,000
(0 Garzoni, Gratnmat. t vocab. ilolj.i lingua Kurdn ; ltum;i , 17S7
{Prrifflcc, p. 4). Hadgi-Klutlfak , p. ni3, etc. — W Strabiui, II, -jZ
( Alroelov.). Biad., etc. ffadgi-K/ialfah , p. 118/,. Olivier, Voyag. , elc. ,
IV,ï74. —m Hadgi-Khalfah . p. itoB.— («O/rWw, Voyage , IV, a-5.
k^\T. \ Turquie d Asie. i63
habitans, mais qui a été beaucoup plus peuplée, est en-
tourée d'une muraille. On voit au centre un cimetière où
reposent les cendres de plusieurs Âbbassides. Le même can-
ton renferme la montagne de Dgioudl^ où larche de Noé,
selon les Kourdes, a àîi s*arrêier; et celle AeKiaveh , tou-
jours entourée de brouillards ^ et sur laquelle on voit des
abeilles sauvages logées dans des trous sous terre , et qui
font du miel excellent et un^ cire odoriférante (i). La plus
grande principauté kourde est celle de Kara-Djolan ou
Chehrezour , avec une capitale du même nom , peuplée de
5 à 6000 âmes. La tribu ^ selon Garzoni, se nomme «Sb-
ranes ; mais, selon Niebubr^ ce nom ne désigne que la
famille régnante. Cet Etat, qui renferme tout le Kourdistan
méridional , peut mettre sur pied i5,ooo fusiliers ; les quatre
autres princes nen peuvent'lever chacun que 10 à ia,ooo. »
Les princes kourdes de Djoulamerk, Amadiéh, Djeziréh,
Karadjolan , et Souleimaniéh dont le chef réside à Zahoû^
sont plutôt des vassaux que des sujets de la Porte.
Kerkouky qui paraît être une ville de i5,ooo âmes, est
bâtie sur une montagne, entourée de murailles et défendue,
par une citadelle. Ses rues sont étroites et ses maisons mal
bâties; on y voit une assez belle mosquée. Cette cité donne
son nom à une petite rivière (leKerkouk-soui) qui coule
à ses pieds et qui se jette dans le Tigre après 25 lieues de
cours. Kerkouk est lancienne Corcura^ qui porta le nom de
Demetrias et de Memnis. C est dans ses environs que se
trouve une célèbre source de bitume que visita Alexandre.
Sur la petite rivière du Kilgehsou, Eriil^yille de4ooo âmes^
défendue par un fort en terre et en pierre, et située au mi*-
lieu de plaines fertiles, est lantique Arbela ou ArbèUs.ÏTâ"
mortalisée par la défaite de Darius et la chute de la «o^
narchie persane.
(0 Ifadi^i-Khalfahyp. 1170-1181.^ • ■
1 1.
lfi/( LrVRB CEKT VINGT-QUATRIÈME.
« Un bourg nomme Chah-Méran, sur le Dîalah, occupe
une position si escarpée, qu'on n'y arrive ijucn grimpant
sur des échelles faites avec des sarniens de vigne {')■
■ On cite encore d'autres cantons indépendans, .Les
Ourghiany, sur la frontière de la Perse, diffèrent entière-
ment des autres Kourdes : seraient-ce des descendans des
HyrcanienSf dont les Perses établirent des colonies dans
^'autres parties de leur empire ? Les Sekmanes^ brigands et
pasteurs, dévastent l'Arménie. Les géographes turcs nom-
ment plusieurs tribus kourdes dépendantes du pachalik de
Diarbekir, mais ces bordes errantes sont étrangèi-es à une
description duKourdistan.
«Les Kourdes, descendans des anciens h'anluchi, ou
•GonlfeBi , ou Kyrti ) parlent la langue persane mêlée do
plusieurs mots arabes et chaldéens. Ils se servent de récri-
ture persane , et chaque village entretient un mollah ou
docteur qui entend le persan(2], La religion inahométane
s'allie chez eux à diverses superstitions qui semblent des
restes de la croyance des mages. Ils révèrent, selon les
Turcs, le diable, c'est-à-dire le mauvais principe, \'j4hn-
man des anciens Perses (3), Environ 100,060 Kourdes sont
chrétiens-nestoriens; ils obéissent à deux patriarches héré-
ditaires; l'un, toujours appelé Mar-Simon, réside à Kod-
jiunisi, près Djoulamerk ; il a cinq évêques suffragans;
l'autre, qui demeure à Raban-Orraes, porte le nom de
Mai-Elias, et a sous lui treize évèques. La dignité épts-
«opale est aussi héréditaire de l'oncle au neveu. On voit
ordonner des évêques à l'âge de douze ans. Le bas-clergé
-sait à peine lire (4). Xénophon nous apprend qu'enclavés
de toutes parts dans l'empire des Perses, les Karduques
avaient cependant toujours bravé la puissance du grand-roi
ji-Khatfah. p. iioS.— f') Gai-ioiù, p. .1— 1') liadgi-
Xhatfah, p. im iz/q. — H) Ganoni, p. j si/q.
ASIE : Turquie ^Asie. iG5
cl les armes de ses satrapes. Us ont peu changé dans leur
Etat moderne. Quoiqu'ils soient en apparence tributaires
des Ottomans, ils portent peu de respect aux ordres du
grand-seigneur et de ses pachas. D'après les renseignemens
que recueillit Niebuhr, ils observent dans leurs montagnes
une espèce de gouvernement féodal. Chaque village a son
cher, qui est vassal du prince de la tribu. Toute la nation
est partagée en trots factions principales. Garzoni convient
que les assiretCa\>) , ou petites tribus, se révoltent souvent
contre les princes, et les détrônent quand elles en ont 1»
force. Les guerres naturelles à cet état d'anarchie ont sé-
paré de la nation un grand nombre de familles qui ont pris
la vie errante des Turcomans et des Aral)es. Elles se sont
répandues dans le Diarbekir, dans les plaines d'Erzeroum,
d'Erivan, de Sivas, d'Alep et de Damas : on estime que
toutes leurs peuplades réunies passent i4o,ooo tentes, c'est-
à-dire I i 0,000 hommes armés. Ces Kourdes sont, comme
les Turcomans, pasteurs et vagabonds; mais ils en diffè-
rent par quelques uiiages. Les Turcomans dotent leurs tilles
pour les marier^ les Kourdes ne livrent les leurs qu'à prix
d'argent: les Turcomans ne font aucun cas de la noblesse
d'extraction ; les Kourdes y attachent le plus grand prix :
les Turcomans ne volent point ; les Kourdes passent pres-
que partout pour des brigands W. Ceux-ci ont le teint
blanc, la physionomie spirituelle, la taille avantageuse.
C'est une nation capable de tout. Un grand homme les a
jugés ; Mahomet disait qu'ils amèneraient un bouleverse-
ment du monde. ■
Un voyageur récent nous donne quelques détails sur les
mœurs de la population kourde. Elle est divisée en tribu&
qui quelquefois sont en paix et d'autres fois en guerre,
(0 Sans Joule ha^reih , tribu . troupe , on hcl-reii.
l'I Vobity, Voyage ea Sjris-
n
l66 LIVIIE CENT VIHGT-yUATlt1Ê.llIÎ.
Sont-ellca unies, elles ne paieat aucun împôl au griuid-
seigneur et souvent même en prélèvent sui- les pachas
qu'elles attaquent et mettent à contribution. Aussi la poli-
tique du tiivan est-elle d'entretenir la jalousie et la divi-
sion parmi les chela koiirdes, «Ces peuples, dit M. Fonta-
■ nier, ne manquent pas d'une certaine loyauté; un vol
• est-il commis, le voleur soupçonné peut nier deux fois;
■ mais à la troisième il se croit consciencieusement obligé
• de confesser la vérité; ce n'est pas toutefois une raison
« suffisante pour qu'il restitua Je t'ai volé ton bien par la
■ force, dit-il; reprcnds-le de même ou tu ne l'auras pas.
■ Souvent ils sont en guerre entre eux. Ou voit des villages
" dont un quartier s« bat avec l'autre, on y met le feu.
- Passe-t-il un étranger, un vieillard, une femme, le
■ combat est suspendu pour recommencer bientôt après....
1 Aussitôt qu'on a mis le pied dans une tente , qu'on s'est
■< assis sur le tapis, on peut se croire dans une parfaite
• sécmîté. Elle est plus grande encore lorsque l'on a bu
' dans la coupe de la famille et que l'on a mangé de son
• sel.
■ Je puis montrer jusqu'où va chez eux le sentiment de
• riiospitalité. Personne n'ignore qu'en Asie, et spéc-iale-
■< ment chez les Kourdes, chaque blessure est évaluée à un
■< certain prix. Une dent brisée vaut un chameau; un bras
1 cassévaut deux chameaux; un chien deberger tué est rem-
» placé d'une façon assez singulière : on élève l'animal pur la
■• queue, et on jette de l'orge sur son corps, jusqu'à ce
» qu'il soit entièrement recouvert ; cette orge appartient au
• plaignant. Quand un homme a élé tué, le meurtrier est
■■ livré à ses parens, qui le mettent à mort ou s'accordent
H avec lui pour une somme nommée le prix du sang. Telle
" doit être la législation dans un pays où la justice n'agit
■• jamais d'office ; si personne ne se plaint d'un meurtre , il
' reste ordinairement impuni ; ce sont les proches q4ii doî-
ASiB : Turquie dAsie^ ' 167
« vent poursuivre et demander réparation. H est pliis hono*
« rable cependant de se venger soi-même que de recourir
« aux tribunaux, et cette marche est plus spécialement sui-
« vie par les Kourdes. Quand un membre d une famille a
« été tué, son plus proche parent se charge du soin de la
» vengeance. S*il est homme d*honneur comme on Tentend
« dans ce pays : // ne doit pas dormir avant de s^ être défait
« du meurtrier; il doit veiller le jour et la nuit^ guetter son
« adversaire , et prendre sang pour sang. Quand il a réussi,
« la famille du défunt doit à son tour le venger; de cette
« manière il n y aurait aucun terme à ces querelles, si llios*
« pitalité ne servait à les apaiser. Un meurtrier n a pour
« cela qu a se rendre dans la tente du parent du défunt; s'il
« parvient à s y établir sans être aperçu, s il se met en son
« pouvoir sans aucune condition, celui-ci est obligé de faire
« la paix avec lui et de lui donner un baiser sur le iront,
« comme marque d une réconciliation que Ion cimente en-
« core davantage en prenant de leau et en mangeant des
« alimens dans la préparation desquels le sel est entré. Aussiy
« quand la vengeance doit être éclatante, quand il n'y a au*
« cun accommodement à espérer, le Kourde offensé ren^-
« verse sa tente , sa famille demeure en plein air , tandis que
« la carabine à la main il erre dans les bois et sur les mon**
< tagnes, demandant partout l'hospitalité (i)* »
« La Mésopotamie, dans le sens le plus étendu, empiète
sur lancienne Arménie. Les Turcs donnent à cette partie de
TAsie-Mineure le nom d^AUDjezyréh. Le pachalik de Dior-
Jc^/r comprend lancienne Sophène; il a environ 7$ lieues,
de longueur sur 4o de largeur; c est un pays de montagnes,
moyennes, bien arrosées, et entrecoupées d agréables val-
lons. Les mines de Maaden fournissent de lor, de l'argent,
et surtout du cuivre. Les forêts d'où Alexandre et Traja»
(0 Fontanier : Voyage en Orient.
r
168 LIVRE CENT VINGT-QUATRlfesiK.
tirèrent le bois nécessaire pour la construction de leurs
flottes (■)) n'ont pas entièrement disparu des bords du
Tigre. Les rivages de l'Euphrate se couronnent de lîias, de
jasmins, de vignes, d'oliviers et d'autres arbi'es fruitiers;
les tabacs, les cotons, les soies, les laines, enrichiraient
cette province, si un gouvernement plus régulier y répri-
mait le brigandage des Kourdes.
• L'anciennevilled'^niiV/ii,aujourd"hui nommée j^m/i/j et
plus souvent Dinrbekir, fleurit par ses manufactures de ma-
roquin et de soieries; Ses maisons, bâties en laves, sont au
nombre de 8000 au moins, et contiennent au-clelù de 4o,ooo
habitansl'^] selon les uns, de 75,000 (5) et de 8o,ooo(4} selon
les autres. Elle est entourée d'une muraille dont on attribue
la construction aux Romains, et qui, haute de 25 pieds,
est flanquée de 72 tours. Elle est la résidence d'un pacha,
d'un patriarche et d'un évêque chaldéens catholiques,
d'un patriarche jacobite et d'un évêque arménien. L'an-
cienne église de Saint-Jean, transformée en mosquée, la
cathédrale arménienne, et le palais du pacha, sont ses édi-
fices les plus remarquables. Les environs produisent des
melons et des pastèques qui pèsent cent livres ; le blé y
donne trente pour un, La ville de Menlïn ou Marclïn , l'an-
tique Marrie ou Miride, de 4 à 5ooo maisons , domine du
haut de ses rochers calcaires les plaines de la Basse-Méso-
potamie. Son commerce est considérable et sa population
est d'environ 3o,noo individus. »
Le bourg de Maaden ou â^ Arghaiia-Madden^ siège d'un
évèché arménien, s'enrichit par ses mines de cuivre dont
on expédie annuellement 8000 quintaux à Bagdad. Siverek
ou Souerek, à 30 lieues à l'ouest de Diarbekir, est une ville
de aoDo maisons. UJeziret-el-Omnrou DJezirék, qui donne
(')iJio Ca.j., LXVIII, a6. LXXV, ;,.-(') M. Tnicl . Ilh
— (') Dupré. — (4) Cai'daime.
ASIE : Turquie tTJlsie. 169
son nom à Tancienne Mésopotamie, était autrefois beau-
coup plus considérable : elle est remplie de ruines. PaloUy
qui a 8000 habitans, ^gel et Gouky sont des chefs-lieux de
principautés kourdes.
« En descendant le Tigre , on entre dans le pachalik de
Mossoul^ pays peu étendu, mais fertile, et dont une partie,
située «à lest du fleuve , appartient à Tancienne Assyrie. Les
grains, le coton, les grenadiers, les figuiers y abondent;
l'air, très-froid en hiver, est quelquefois fiévreux en au-
tomne (0. Mossoul compte 60 à 70,000 habitans, dont
1 5,000, Turcs, autant de Kourdes, 25,ooo Arabes, 8000
chrétiens. Gouvernée par un pacha à peu près héréditaire,
cette ville jouit d'une assez grande liberté ; c'est une place
de commerce très-fréquentée ; elle possède des fabriques
de maroquins et de toiles de coton, qui, de son nom, ont
pris celui de mousselines ('^). »
Sur la rive gauche du Tigre, des monceaux de ruines
auxquels les habitans de Mossoul donnent le nom de
Nounia font croire avec quelque raison qu'ils sont les
restes de lantique Ninive. On a cru reconnaître dans ces
ruines celles du mausolée que Sémiramis fit élever à Ninus
son époux. Le village à'Elkorh^ au nord de Mossoul, mérite
d être cité : on y voit un tombeau qu'on dit être celui du
prophète Nahum^ l'un de ceux qui prédit la destruction
de Ninive. Sur une montagne voisine s'élève le monastère
de Saint-Matthieu ,. siège apostolique du patriarche chal-
déen catholique de Mossoul.
« La partie occidentale de la Mésopotamie que l'Euplurate
embrasse dans ses détours , est séparée de la plaine déserte
par la grande rivière de Khaboury l'ancienne Chaboras ^
longue de 80 lieues, qui, selon un géographe oriental,
est formée tout d'un coup par trois cents sources jaillis-
(0 Hadgi-Khalfah, p. ii34.— (^ Olivier, Voyage, IV, a65.
r
l^O r.IVr.E CEM VINGT-QU4Tr.IEll£.
santés (')■ De semblables sources entretiennent encore en
d'autres endroits la plus riche verdurel^); mais, en général.
le défaut d'urrosement diminue la fertilité naturelle de ce
pays, (pi répond à l'ancienne y^roéVie, et qui forme aujour-
d'hui le moussetimat, autrefois le pachalik A'Orfa, dépen-
dant maintenant de celui de Rakka. Orfa ou Relia., l'an-
tique Ef!essa , peuplée de 4o à 5o,ooo habltans, fleurit par
ses manufactures et par le passage des caravanes d'Alep.
Sur une montagne qui domine !e fort de cette ville, quel-
ques ruines, parmi lesquelles nn voit de belles colonnes
d'ordre corinthien, passent chez les habitans pour être les
restes du palais de Nemrod, Les environs offrent des traces
de volcansP). A quatre heures de maiche de Djiaour-
Kauri, au nord-est d'Orfa, une innombrable série de
grottes, creusées et arrangées avec art, présente les restes
d'une ville souterraine (4). Les étés brCllans , et l'hiver en-
core sensible de ces climats, n'ont jamais dû incommoder
les anciens Cyclopes , Arabes ou Syriens qui habitaient ces
maisons éternelles. A 18 lieues au sud-est d'Orfa, la ville
ruinée de ffarran[5)^ déjà connue dans le siècle d'Abraham,
figure dans l'histoire romaine sous le nom de Charrœ; c'est
ici (pie Crassus périt avec ses légions. A deux heures de la
ville, dit le géographe turc, on voit sur la colline dite
d'Abraham les restes d'un temple des sabéens ou adora-
teurs des astres. Les anciens nous apprennent en effet qu'à
Charrre il y avait un temple du dieu Lunus {&). »
Le village de Rakkn, chef-lieu du pachalik, est l'ancienne
ville de Nicep/toriitm ; on y voit les restes du palais dont
le célèbre Haroun-al-Raschid faisait sa résidence favorite.
(0 J/iulfedit, ap. Huscliùig , Magasin géiigr. V, aSg. — W Niebultr,
11,407. Tavemier, I, 11, cup. iv. — (3) Olivia; Vojagu, IV. 3;,j.—
(l) Uadsi-Klialfali, p. iigi. Comp. Olivier. — (.'•) IVitbuhr, M, 410.
Oiter, I, cap. XI. — Ifi) .'^lartian. , Cararalla, cap. ni Comp. Jmniîan.
Mm-ctU. . XXIII , 3.
ASIE : Turquie cTAsiè. 171
En remontant TEuphrate, nous trouvons Bir on Biridjéhy
Tantique Birtha de Ptolémée , qui paraît avoôr 3 ou 4000.
habitans.
« La partie nord-ouest du paehalik de Bakka^ ou l'an-
cienne Mygdonia , présente de superbes pâturages et des
collines ornées de mille fleurs; aussi les Grecs ^ dans leur
belle langue , lavaient surnommée Anthemusia , la fleurie»
C'est ici que la fameuse forteresse de Ni'sibis^ appelée de-
puis Antiochia Mygdoniœ , arrêta si long-temps les armes
des Parthes; il n'en reste que de faibles traces dans la ville
de Nisibïn ou Nasebi/iy aux environs de laquelle toutes les,
roses sont blanches (i).
« Dam, aujourd'hui Kam - Déré^ autre forteresse ro-
maine^ qui porta depuis le nom d'Anastasiopolis de celui,
de l'empereur Anastase qui la fit fortifier, offre de gi*andes
ruines. En descendant la rivière qui de Nisibïn se rend'
dans le Khabour , on doit arriver à un lac nommé Chatoniéh y
avec une île sur laquelle s'élève une pyramide W.
« Au sud^est 9 la montagne isolée de Sindjar domine au.
loin les plaines arides ; ses flancs , arrosés d'eaux vives ,,
s'ornent de dattiers et de grenadiers; maïs un peuple féroce
et sanguinaire en a fait l'asile de ses brigandages : ce sont
les Yezidisj peuplade arabe, qu'on accuse d'adorer le
diable, et qui du moins se conduit de manière à ne pa&
discréditer cette opinion. »
Ce peuple habite quelques villages, mais principalement
des tentes en tissus de poil de chèvre, il se divise en uu
grand nombre de tribus indépendantes, ayant chacune
leur chef qui prend le titre de prince. Il parle le kourde,
mais la religion lui fait un devoir de ne pas saroir lire^
Les Yézidis sont les plus dangereux ennemis des musul-
mans; ils attaquent les caravanes et tuent sans pitié ceux
(») Hadgi Khalfah , p. uro. -W Niebuhr, H, 390.
r
L
17a LIVRE CE5T VIIVGT-QUATRIKME.
([ul les conduisent, surtout lorsque ce sont des mahomé-
tans : c'est ù leurs yeux une action méritoire, maïs ils
ménagent les chrétiens. On pnrte leur nombre à aoo,ooo,
et à 'iimo cavaliers et 6000 fantassins celui île guerriers
qu'ils peuvent mettre en campagne dans leurs guerres con-
tinuelles contre les pachas. Leurs cheveux longs et soles,
leur barbe qu'ils ne rasent Jamais, leur donnent un aspect
hideux. Lu secte à laquelle ils appartiennent a été fondén
par un cheyk nomme Yézid ; ils adorent Dieu et regardent
le diable comme une divinité déchue, ils boivent du vin
avec excès, en témoignage de mépris pour les commande*
mens de Mahomet; enfin leur religion est un mélange des
opinions des anciens chrétiens - oËsles et de superstitions
orientales.
" Maintenant le désert de Mésopotamie déploie à nos
regards sa triste uniformité. Des plantes salines, à grands
intervalles, couvrent les sables bn'ilans ou le gypse aride.
L'absinthe s'étend ici , comme en Europe la bruyère , sur
des espaces immenses, d'où elle bannit toute autre plante 1').
Les troupeaux légers de gazelles parcourent ces plaines ou
jadis on vit errer beaucoup d'ânes sauvages. Caché dans les
joncs le long des rivières , le lion guette ces animaux ; mais
quand sa faim trompée na pu se rassasier, il en sort fu-
rieux, et ses terribles rugisseniens roulent comme un
tonnerre de solitude en solitude (a). Les eaux du désert
sont , pour la plupart , amères ou saumâtresj on les cor-
rige un peu en y laissant fondre la racine de réglisse,
assez commune dans ces contrées. Ce désert est une con-
tinuation et comme un échantillon du grand désert d'A-
rabie au-del.î de l'Euphrate. L'air est ici, comme en Arabie,
généralement pur et sec; souvent il devient brûlant dans
(') Xê)u^hoii. Expedit. Cjii min., I, cap. v. Ammiait. MaixeU.
XXV, cap. ïiii. — (') Les Viijngcï et OhwTV.ilioni lUi sieur delà Bou-
laye-le-Gouz, p. liin ((Mit, in-^" <lc >6S7).
ASIE : Turquie d^Asie. l'j'S
les plaines sablonneuses et découvertes; les miasmes des
eaux stagnantes s y répandent; les exhalaisons des lacs
sulfureux et salés augmentent la matière pestilentielle : si
alors , quelque dérangement d équilibre vient donner un
mouvement rapide à une colonne d air ainsi infectée , il
naît ce vent mortel connu sous le nom de samoum ou
sam-yeli^ et qu'on redoute moins dans Fintérieur de l'Ara-
bie que sur les frontières, et principalement en Syrie et
en Mésopotamie. Lorsque ce vent redoutable s'élève , l'air
perd tout à coup sa pureté ; le soleil se couvre d'un voile
de sang; les animaux consternés se couchent à terre pour
éviter ce souffle brûlant , qui suffoque toqt être assez té-
méraire pour s'y exposer.
« Quelques lisières fertiles et agréables bordent le désert.
Des tamariniers, des cerisiers sauvages, des cyprès et le
eaule pleureur aux longues branches pendantes , om-
bragent çà et là les rivages de TEuphrate, dont les eaux,
soulevées par des roues, arrosent même en quelques en-
droits des vergers de grenadiers, de limoniers et de syco-
mores (i).
« Entrons dans le pachalik de Bagdad : la ville (ÏAnah
ou d'Anna est un de ces délicieux points de repos tels qu'en
offrent les bords du fleuve ; elle s'étend sur la rive gauche de
l'Euphrate, et semble plutôt appartenir à l'Arabie -Déserte,
dont les géographies routinières la disent la capitale^ comme
si cent tribus nomades et indépendantes pouvaient avoir
une capitale! Il paraît que cette ville est, de temps à autre,
la résidence d'un émir ou prince arabe , chef d'une puis-
sante tribu. En 1807 elle fut brûlée par les Wahabites ou
Wahahys : depuis cette époque, sa population n'est plus
que d'environ 3ooo âmes. On prétend que c'est dans cette
(') iJaawo^/", Voyage dans l'Orient, p. 187 (en allem. ). Texeiia,
Relaciones , etc. , p. i35 (édition d'Anvers de 1610). PlUlippus à Sanctâ
Trinitate f etc.
r
174 MVRF. CFNT VlNGT-QUATRIlbll'.
villi! que naquit le prophète Jére mie. Au nord d'Anah se-
tend le long de l'Euphrate, jusqu'à l'endroit Ttommé Salit ,
un canton couvert de mûriers; des sentiers ctroits condui-
sent à des cabanes cachées dans l'épaisseur de ces bos-
quets; c'est là qu'une tribu d'Arabes pacifiques, les Beni-
Semen, élèvent des vers à soie dont ils exportent les pro-
duits. Ce canton, peu connu des voyageurs européens,
s'appelle le pays de Zomlouh [i).
• C'est par Anah que passent ordinairement les caravanes
qui transportent des marchandises entre Alep et Ilagdad.
Elles paient un tribut aux Arabes, qui se regardent comme
les maîtres du désert, même au-delà de l'Eiiplirate. Elle^
ont encore à craindre les vents étouffans, les essaims de
sauterelles et le défaut d'eau, dès qu'elles s'éloignent de la
rivière. Un voyageur français assure avoir été spectateur
d'une de ces scènes, les plus affreuses que puisse contem-
pler un homme sensible ; c'était entre Anab et Taïbali. Les
sauterelles, après avoir tout dévoré, avaient fini par périr
elles-mêmes; leurs innombrables cadavres empestaient les
mares d'où, au défaut de sources, on devait tirer de l'eau.
Le voyageur aperçoit un Turc qui, le désespoir dans les
yeux, descendait d'une colline, et accourait vers lui, - Je
suis l'honmie le plus infortuné du monde , s'écria - 1 -i 1 ; j'a-
vais acheté, à des frais énormes, deux cents jeunes filles,
les plus belles de la Grèce et de la Géorgie; je les avais
«levées avec soin, et à présent qu'elles sont parvenues à
l'âge nubile, je me rendais à Bagdad pour les vendre avan-
tageusement. Hélas! elles périssent de soif dans ce désert ;
mois c'est moi que déchire un désespoir encore plus af-
fieux que celui qu'elles éprouvent. -Le voyageur franchit
rapidement la colline; un spectacle horrible frappe aussitôt
ses regards. Au milieu d'une douzaine d'eunuques et d'cii-
(') lladgi-Khalfah , Gûùgraphit <urr|iic, p. irç}7.
ASiB : Turquie et Asie. 1^5
won cent cliameaux , il vit toutes ces filles cliarinantes
l'âge de douze à quinze ans, étendues parterre, livi-eesaux.
angoisses d'une soif artlente et d'une mort inévitable. Quel-
ques unes étaient déjà enlerrees dans une fosse qu'on ve-
nait de (;reuser, un plus grand nombre était tombé ntortl
côté de leurs gardiens, qui n'avaient plus la force de les
inhumer. On entendait de tontes parts les soupirs de celles
qui se mouraient, et les cris de celles qui , ayant conservé
un soufUedevie, demandaient en vain une goutte d'eau. Le
voyageur français s'empresse d'ouvrir son outre où il res-
tait un peu d'eau ; déjà i! se disposait à l'offrir à une de ces
malheureuses victimes :• Insensé! s'écne son conducteur
arabe, que fais-tu P veux-tu que nous périssions aussi de
soif? - — Et d'un coup de flèche il étendit morte la Jeune
>utre , et menaci de tuer celui qui oserait y
loucher, li engagea le marchand d'esclaves à s'en aller vers
Taïbah, où il trouverait de leau. ■ Non, répondit le Turc ;
àTaïbah, les brigands m'enlèveraient toutes mes esclaves. »
-L'Arabe entraîna le voyageur. Au moment où ils s'éloignè-
rent, toutes ces infortunées, voyant disparaître le dernier
rayon d'espoir, poussèrent un affreux hurlement. L'Arabe
est touché; il prend l'une d'elles, lui verse quelques gouttes
d'eau sur ses lèvres brûlantes, et la met sur son chameau,
dans l'intention d'en faire présent à sa femme. Celte pauvre
fille s'évanouit plusieurs fois en passant devant tes cadavres
de ses compagnes qui étaient tombées mortes sur la route
qu'elles avaient suivie. Bieutôt la petite provision d'eau de
nos voyageurs fut épuisée i ils découvrirent un beau puits,
frais et limpide; mais, hélas ! leur corde était si courte que
le seau ne touchait pas même la surface de l'eau. Alors ils
lupèrent en lisières leurs manteaux , les attacheront
l'une à l'autre, et ne puisèrent chaque fois que très-peu
d'eau ; car ils tremblaient de voir leur fragile corde se rom-
pre, et le seau rester dans le puits. C'est à travers tant de
1
JjG LIVRE CEITT VIKGT-QUATRIÈME.
périls et d'angoisses qu'ils atteignirent enfin tes premières
stations de la Syrie (')•
" A mesure que les deux grands lleiives se rnpproclient,
ce qui a surtout lieu vers Dngdad , où ils ne sont éloignés
l'un de l'autre que de six heures de marche W, le désert se
change en une immense prairie, qui n":i besoin que d'être
arrosée pour donner des récoltes prodigieuses. C'est l'an-
cienne Bnbylonie, formée, comme le Delta d'Egypte, de
terres d'alluvînn. Les chaleurs de cette eontrée paraisseni
excessives même aux Onentaux(3) ,- les hivers sont froids à
cause de la proximité des montagnes du Kourdisian. L'Ëu-
plirate et le Tigre inondent les pays bas, mais ils n'y ap-
portent point de limon comme le Nil; pourtant ces irii'
gâtions naturelles, dirigées par l'art, feraient encore des
champs de Bagdad le jardin de l'Asie. Le riz et l'orge y
rendaient jadis jusqu'à deux cents pour un ; aujourd'hui les
canuuK étant négligés , le produit n'est que la (hxième par-
tie de l'ancien. On cultive le cotonnier; l'indigotier y réus-
sirait, et peut-être la canne à sucre; les limons et les abri-
cots y sont excellens. Ce pays manque d'arbres ; les seuls
palmiers à datte ornent les campagnes; leurs fruits nour-
rissent les hahitans, leurs feuilles couvrent tes maisons, et
leurs tiges en forment les colonnades. Le long du Tigre,
les souiees de naphte ou de hitume se trouvent en grand
nombre; le bitume noir liquide sert qux mêmes usages que
l'huile commune et entre autres à l'éclairage; te blanc ou
jaunâtre , qui proprement est nommé naphte, passe pour un
médicament précieux (4). On conserve l'ancienne coutume
d'enduire de bitume les bateaux tressés de branches d'osier
(i) Voyage* i!cs IihIm orienÉalcs, par Carré. Paru, 1699, *"'■ '"■
C^iiip. Vojogcs lie i'iedi) i/e ia ^aUe, de Tereira, etc. —(.'} Niebultr ,
II, p. agi. Isvi, p. 75, de. —(5) Hadgi-Kliatfah, p u^o. Comp,
Olivier, IV, p- 3q8 177. —M) IViptathr, Voysjje, II, .136. Oder, 1. I,
i
ASIE : Turquie dAsie. 177
dans lesquels on navigue sur le âeuve. Cette substance
abonde tellement, qu'on la laisse secoTiler dans le Tigre;
où, suinageant sur les flots, et allumée parles navigateurs,
elle offre quelquefois le curieux spectacle d'une rivière
enflammée. •
Oa prétend que c'est aux environs de RU, à 38 lieues à
l'ouest de Bagdad, que l'on tirait le bitume dont on se ser-
vait pour enduire les briques de l'ancienne Babylone, Hit
«9t l'antique Is ou ^iopoUs.
C'est près de Bagdad que commence le pays appelé par
les Arabes Irak-Arabi, qui correspond à l'ancienne Babylo-
nie , et qu'arrosent le Tigre et l'Eupbrate.
■ Bagdad, cette seconde Babylone , cet ancien séjour des
califes, ce théâtre de tant de fictions orientales, renferme
aujourd'hui à jieine 100,000 habitans, dont 5o,ooo Arabes
et 25,000 Turcs. Ornée de beaux bazars ou marches, elle
a l'aspect d'une ville persane plutât que turque; mais les
rues sont Irès-malpropres, et les maisons de peu d'appa-
rence. Une forte et haute muraille défend la ville propre-
ment dite. Les fabriques en coton et velours se joignent
au commerce de l'Inde pour enrichir ses habitans, dont
les mœurs conservent des restes de cette politesse qui dis-
tinguait la cour brillante des califes (0. Un voyageur fait
remarquer avec étonnemenl qu'on ne mène point ici les
bœu& à la bouclierie : le géographe turc nous apprend que
c'est en vertu d'une ordonnance des Abbassides, qui voulu-
rent protéger l'agriculture (^). Le pacha de Bagdad, qui
étend sa domination depuis Bassora jusqu'à Orfa, et depuis
IScherezour jusqu'aux ruines de Babylone, peut mettre
5o,ooo hommes sur pied, et ne dépend que très-peu de
la sublime Porte. -
:
1
I
(0 Clivier, IV, 3i5. Routteau , Description il« pachalîk de Bagdail ,
Paris, i8o<) —<■') Djéhan-Niima , p. 118&, Iraductioo mannscrîte,
VIII. • i-i
[
u
i-jS trVRE CENT VINGT-QUATRIÈME.
Bagdad offre de loin l'aspect d'une ville importante : elle
a une lieue de longueur. Ses bazars forment une suite de
1 200 magasins. Elle est le centre du commerce de la Turquie
d'Asie avec la Perse, l'Arabie, le Turkestan et l'Inde. Les
seules constructions remarquables qu'elle renferme sont le
vaste palais du paclia , qui embellit le quartier de la cita-
delle ; le tombeau du fameux sopbi Abdoul-Kadir-Ghilani ,
orné d'une élégante coupole, et celui de Zobéide, épouse
d'Haroun-al-Raschid. Un pont de bateaux, long de plus de
264 mètres, unit â la ville le faubourg situé à l'ouest du
Tigre. Ce pont s'appuie sur deux culées ou massifs en
briques de 20 mètres de longueur sur 8 de largeur; il est
composé de 3S bateaux à quille plate et le plancher est
large de 7 mètres,
•< Au-dessous de Bagdad, lesTuines nommées jil-Modaîn,
ou les Deux-Villes , ont attiré l'attention de tous les voya-
geurs; l'une d'elles est l'ancienne Ctésiphon, on ne saurait
en douter ; mais celle qui s'étend sur la rive occidentale
n'est pas Sêleucie^ comme le disent tous les voyageurs (') ;
c'est Â'ocAe, forteresse située vis-à-vis de Séleucie, et qui,
selon le témoignage positif d'Arrien et de Grégoire de
Naiianze, différait de Séleucie W. Les ruines de celle-ci
doivent se trouver à une bonne lieue du Tigre , sur un canal
qui communiquait de ce fleuve à l'Euphrate. C'est à Ctési-
phon qu'on admire l'ancien édifice nommé Takt-Khesrou ,
c'est-à-dire, selon l'opinion la plus répandue , le palais de
Chosroèst^). Toute la contrée est jonchée de débris de villes
grecques, romaines, persanes et arabes, confondues en-
semble dans le même néant. Dans le VHP siècle, les
bourgs de .Samti/ït, d'//«roM«£eA et de Dginfferik formaient,
pour ainsi dire, une seule rue longue de sept Jitrsang.t.
CO Pielro de la yalU , Oiier, Olivier, elc — (') Maiinen , Géogn-
phie des Grecs et des Romains , t, V, p. I , p. 397, ^oi sifij.
(}) P. de ta ralh , Viaggi , lelt. 1 7. Olivirr, IV, 4o3.
ASIE : Turquie dAsie. 1 79
Leurs ruines, vues par Tayernier, attestent la yéritë de
ce rapport (O* »
Samara, qui a été la résidence favorite de plusieurs
<;alifes abbassides, n a plus que 2000 habitans.
« Aucune de ces villes n'approchait en grandeur de la
célèbre Babylone^ dont les décombres occupent un canton
tout entier aux environs de Hillah. Bâtis en briques , quon
a unies par du bitume, les édifices de cette ville, déjà
déserte au premier siècle de lere vulgaire, durent, en
s*écroulant, former des collines que les terres entassées
avec le temps ont en quelque sorte effacées. On y fouille
cependant tous les jours, et Ion en retire une grande
quantité de briques portant des inscriptions; les unes, en
relief, datent du siècle des Arabes; les autres, en creux,
appartiennent aux anciens Babyloniens* Ces briques sont
encore le sujet de plusieurs discussions savantes (2}. ».
Une colline longue de 2000 pieds , formée de décombres
et qui porte encore chez les Arabes le nom de Alcasr ou
\e palais^ passe pour être celui de Nabuchodonosor , dans
lequel Alexandre rendit le dernier soupir. Quelques restes
de hautes murailles paraissent avoir supporté les célèbres
jardins suspendus ; on remarque de longues galeries qui
servent de retraite aux lions et aux tigres. Parmi ces débris
on trouve des fragmens de vases et de tables en marbre,
ainsi que des briques chargées d'inscriptions en caractères
cunéiformes*
« Hillah ou Helléh^ ville assez considérable à laquelle les
uns donnent 7000 et les autres 12,000 habitans, est impor-
tante par ses fabriques, et agréablement située dans une
(0 Hadgi-Khalfak , p. 1270. Tavemier, 1. II, cap. th. — (0 Beau-
champ f Mémoire sur les antiquités babyloniennes , Journal des Savons ,
1790. Hager, Mémoire sur les inscriptions babyloniennes. Niebithrf
dans Zach , Correspondance , VII , 4^^ ( o" il rccti6e son A^03^agc ,
11 , 291 ).
12.
r
180 LIVRE CRffT VINGT-QUATmÈME.
forêt de palmiers; elle semble entièrement bâtie en bri-
ques tirées de l'ancienne Babylone. La fameuse tour de
Nembrod [Birs-Nimrod) , c'est ainsi qu'on appelle un
grand carre de murs ruinés de 2000 pieds de circonférence
et de 200 de hauteur, surmonté d'une tour haute de 35
pieds, se trouve à deus lieues d'Helléh , circonstance qui,
vu l'immense étendue de Babylone, n'empêche pas qu'on
n'yvoie le temple de B élus , ei\Fi tour de Babel.
• A l'ouest de Helléli, on trouve deux villes consacrées,
aux. yeux des Persans et de tous les sckiites, par le sou-
venir de deux des plus grands martyrs de cette secte. Nous
voulons parler de Mesched-Jly et de Mesched-Hossein,
villes assez grandes et naguère rcmpbes de richesses que
la dévotion des Persans y avait accumulées, mais que les
féroces Wahabjts enlevèrent et transportèrent au fond de
leurs déserts, Mesched-Aly surtout est remarquable par
sa superbe mosquée qui est visitée chaque année par plu-
sieurs milliers de pèlerins. Dans ses environs un monument
circulaire serait , d'après les naturels , le tombeau du pro-
phète Ezéchiel.
« Dans la même contrée, la célèbre ville de Koufa, dont
ta savante école a donné aux anciens caractères arabiques
le nom de koiifiques, n'a laissé que des ruines peu reniar-
quahlcs. Nous ne connaissons pas toute l'étendue des lacs
et des marais que forment ici les canaux dérivés de l'Eu-
phrate; il semble que Taver nier les a suivis plus à l'ouest
qu'aucun voyageur de nos jours. Il doit se trouver le long
de l'Euphraie une très-longue suitede marais, ou, comme
on dit dans le pays, des bethai's, au milieu desquels le
village de Dgiamdèh est le chef-lieu d'une peuplade qui
adore les astres et prétend descendre de Seth ('). »
Z^m/ouR, à aa lieues au-dessous de Helléh, sur VEuphra te,
<') Nadgi-Khaifah , p, 117Ï,
jLSiE : Ti^rqi^ie ^Mie. 1 8 1
est un bourg dont les environs produisent du riz en abon-
dance. Cette culture s étend jusqu'à Kud ou Koud^ et même
jusqu a Mansouriéy à quelques lieues au-dessus de Koma,
Cette dernière ville y au confluent du Tigre et de TEuphrate ,
occupe remplacement de celle que Ptolémëe nomme
Apamea , et Pline ùigba. Elle est assez bien bâtie et peuplée
de 5 à 6000 habitans. On remarque vis-à-vis, sur la rive
gauche , un monument qui passe pour être le tombeau du
prophète Esdras.
« En descendant le Fleuve-Uni ou le Chat-eUArahy on
voit les eaux salées de la mer remonter et couvrir les ter-
rains bas qu elles rendent stériles ; mais le sol un peu plus
élevé offre une seule forêt de palmiers.
« Bassra ou Bassorah^ à 12 lieues au-dessous du con-
fluent de FEuphrate et du Tigre j peut être considéré
comme un Etat arabe indépendant, qui rend au grand-
seigneur un hommage douteux. Cette ville a près de 60,000
habitans. Son port est le rendez-vous de l'Europe et de
l'Asie. Les différens produits européens et indiens y sont
échangés contre ceux de la Perse. C'est le point de départ
pour les riches caravanes qui se rendent aux principales
villes de la Turquie asiatique (0.
« Les Arabes de Bassorah ne conservent pas seulement la
généalogie de leurs chevaux, mais même celle des pigeons
et des béliers; ceux-ci ont tous, dit-on^ un anneau blanc
au bout de Toreille : c'est la marque que les doigts du pro-
phète imprimèrent à l'auteur de leur race W. »
(0 Olivier, IV, vers la On.— (>) Hadgi-Khalfah , ^, laaG.
■ l8a LIVRE CEMT VISGX-QUA.TRlfeME.
f TABLEAU
Des Divisions des Pays siir le Tigre et l'Euphratt.
"-'ivr.r
.Z^!fl.
DIÏIBIOSB ANCIENNES.
1
Chorxène.
~ 1
AeilUèoe. \ £
Jt^anine. ) %
Moxoine. \
Mygdonia. \
Ântheniusia. j s
Osroène. f |
CkalcUis. ) S
G<u^a,dtU. i £
Ancob^ritis. \l
Acabène. /
CoiduÈne, Goidrène- ' 3
Arapackitis. 1 *
AdUbkne. J __
BabyhnU. 5
Chaldèe. ) t
\a Géographie ancienne et
ermet pas d'en donner des
ant , pour prouver que nous
chaos de cette section de la
vanle de ont lecleors l'essai
de KiBs.
Bayazid (Siga^)
Melezgherd ( Mauro-
(fEaiEBODH.
/««■r(Hispiratis)
PachaUk
A Vis.
^cUlik
de DiASBEKIK.
/'anCArtemita)
^rrf/icACArsissa)
/).ar*eA.r(Amida)....
Merdin (MiTidU)
ffMiin(Niaibia)
(^u,BaKdad).
^a«a(Hicephorium).
Jtfbj.ou/(Labbana?)...
de MoBSoci..
Esli-MossBul (^iVaVe
desRomaimï)
,
JV. B. L'obscurité cjui couvre en partie
avona t&W. de» tentatives pour débrouiller le
Géographie, nous présenterons à la partie s.
suivant s»r 1rs divisions de VArmému.
TABLEAUX.
l83
TABLEAU
Des Divisions les plus récentes de If Arménie , du Kourdistan
et de la Mésopotamie,
PROVINCES.
ARMÉNIE.
pâchaliks
ou
BTALBTS.
/ PachaUk
' de Kars.
KOURDISTAN
OTTOMAN .
Pachalik
cTErzeroum.
Pachalik
de Vak.
CHEFS-LIEUX
DB FACIALUS BT DB LITAN*.
Kars.
Erdéhan . — Ketchvan .
Ketchik. — KhodjevaD .
. Kaiseman. — Sarouchad .
Erzeroum,
Alechghird. — Ipsara.
Kara-hissar. — Keifi.
Khenes. — Mavreyan.
Meginghird. — Melezghird.
Pasïn . — Tehman .
.Tortoum.
(Fan.
Aadildjouvas. — Aardjich.
Agakis. — Akaf.'
Bar^oul. — Bayazid.
Beni-Kotour. — Berdàn . — Dje •
banlar.
\ Elegher. — Ekrad.
i Ispabard. — Joreghil. — Kas-
f sani.
[ Kerkiar. — Keukdie.
\ Koukouk. — Mouch. •
VOvadjik.
Pachalik
«ieCHEHREZOUR.
Kerkouk.
Baïan. — Ghehrezour.
Erbil.
Amadia. "j
Roï. r Principautés
Kouran. i, kouiîies.
Sindian.
)
i84
LIVRE CENT VINGT-QUATRIEME.
Pachalik
de DlARBBKlR.
AL-DJEZYRÉH
SIVCC
LIRAK-ARABI.
Pachttlik
de Ràkka.
Packalik
de Mossoux.
Pachalik
de Bagdad.
\
Diarhekir,
Maden. — Siverek.
Agil. \
Dje'^réh. \ Principauté»
Goan. ( kourdcs.
Palou. ;
fBakka.
ÎBir. — Beni-Rebia .
D jemassa . — Ha rran .
Orfa. — Khabour.— Tor.
( Mossoul,
[ Badjevanlou. ^- Harounaja.
Bagdad.
Anna. — Bassorah. — Roma.
Helléh. — Nizibïn.
Sindjar.
if» B, Nom ne donnons dans ce tableau que les principaux chefs-lieuK
de sandjaks ou de livahs , pfirce qne tous ne sont pas suffisamment connus.
J. H.
TABLEAUX.
l85
TABLEAU DES DIyI8IO^•8 dr l'Abhékie, d'après l'Histoire arménienne,
composée par Moïse dx KnoBiKECO dans le V* siècle^ comparées avec
celles qu'ont connues les Grecs et les Romains i"^).
GRANDES DIVISIONS
ou raoYiircBi.
FBTITBS
DIVISIONS
•clon MoÏM.
I. Hautb-Armbnii.
Sur le Haut Euphrate .
Carina . ,
Spera . . .
Denane .
Flelesia
( Et cinq autre! )
DIVISIONS
caccQurni «t komaimh.
Chortène . , .
Hastiane , . ,
II. QuatrÙmb Armknii. \ Balahuwitia.
Lisière depuis Kars iusqu'à { Zopha
Scnadacha .
Caranitide. .......
Hispiratide
Xerxène ou Derxène
(3),
yicilisène
Inconnues
DiarbAir.
III. Alziiia.
Sur le Tigre.
IV. TURUBBRAHIA.
Entre le Murad *\ le
lac Vao.
V. MocA.
S
Entre les provinces III ? Ishensis
Hansita
' ( Et trois autres ) . . . .
I
Arzne
Nepherceria
f ( Et huit autres ) . . . .
> Toron
Harkh
Corchorunia
Betnuriia
( Et treize autres ) . . .
I
et IV.
VI. CORXAA.
Le nord du Kourdistan.
((Et huit antres).
I
f Corduta.
Atrovana
' Garthunisia,
à Albacia . . . .
\ ( Et quatre autres ) . . .
Chonène (4)« •••••• •
jéstianène. Austanitis.
Bolbène?
Sophène ' v •
Soducène?
jésetène. Ansitène» . «
Inconnues
Ananène, .
Zabdicènt.
NOMS MODERNES
COftlBSr01IDA«S.
Taurannitium (6) .
( Basilisène ?),,.,
Incertaine
Inconnue « .
Idem
Moxoène ? .
Isichi(B)..
Incertaines.
Gordjrine. Corduèae.
Atropatène propre. . .
Gordjrnesia
Inconnue . .
Id
em.
Eneroum (territoire).
fspirf ville.
Au sud à'Enercum,
Egkelis.
Inconnus.
Ktut.
Incertains.
Idem.
Partie du piurbekîr.
Incertains.
Incertains.
Inconniu.
Arten (5).
Incertains.
Tara.
Vers les sources du Murad.
Htdi-Carcara.
Sur le lac Vun (7).
Incertains.
Jliouch , pr^ le lac de Van.
Inconnu.
Idem.
Dans le Kourdistan.
Dans le packalik de Van (cap.
Gaza).
Dans le Kourdistan.
Alhak , ville du paclialik d«
Van.
Incertains.
(i) Les vieui auteurs écrivent Moïse de Chorène ^ et nous avons conserve cette orthographe dans le
tome I du Précis; mais Irs modernes orientalistes écrivant KhorènCf le nom du lieu où naquit ce savant
géographe, nous croyons devoir substituer cette manière d'écrire à l'ancienne. J- H.
(a) Pline dit que l'Arménie éti)it divisée en cent vingt stratégies (VI, 9), et Ptolémée en noaunç
vingt-tme ; Strabon et Tacite en donnent aussi quelques noms; Mots» de Khorène indique quinie grandes
provinces et cent quatre-vingt-sept sous^i visions. Il nous est à peu pris démontré qu'il a mal classé les
sous-divbions; aussi, tous les eflorts échoueront dans l'ezplicatipn de cette bixàrre topographie ; mais
les résultats choisis que nous en avons eitraits peuvent éclaircir à la fois la Géographie ancienne et la
moderne, en montrant leur correspondance.
(3) Xerxène f Strab. , p. 801 , édit. Âlmel. Derxène, Plin. , V, a4.
(4) C'est probablement la Katarzène de Ptolémée ; mais I9 Chorzane ou Chor$ianène de Procope
( de jEdif. , II , 3 , de fielio Pers. , II , 34 ) doit être tout^'^ait au midi de l'Annénie , à côté de 1»
Sophène ( Manneri).
(5) Ville sur l'Euphrate, dilTérente de Arzeroum ou Erzeroum. D'Anville , l'Euphrate et le Tigrr.
(«) Tac, Annal. , XIV, 24.
(7) C<; lac portail \e nom de Bcznunius , Mo». Cher. Hist. Arm., p. 3l.
(R) Tac, Annal. XIII , 37.
" lOO LIVBE CENT VIHGT-QIJ ATRIEME.
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NOMS MODERNES
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b
LIVRE CENT VINGT-CINQUIÈME.
Suite de la Description de l'Asie. — Turquie d'Asie. — Troisième
partie. — La Syrie avec la Palestine.
<i Les contrées qui nous restent à décrire dans la Turquie
d'Asie ont tant de fois attiré lattention des voyageurs,
qu'on formerait une assez nombreuse bibliothèque des re-
lations dont elles ont été lobjet. Deux ou trois pages ne
contiendraient qu'à peine les noms des pèlerins qui nous
ont laissé des itinéraires de la Terre-Sainte , ouvrages natu-
rellement remplis de répétitions et de puérilités, mais
qu'une saine critique doit cependant consulter, et qui^ soi-
gneusement comparés avec Aboulfeda et Josèphe, ont
fourni au docte Busching un excellent morceau de géogra-
phie. Dans les temps modernes , des missionnaires comme
Dandini , des antiquaires comme Wood , des naturalistes
comme Maundrell et Hasselquist^ ont jeté un grand jour
sur des parties isolées ; mais il était réservé à un homme de
génie, à Yolney, en combinant toutes ces notions fragmen-
taires avec ses propres observations et études , de nous tra-
cer un tableau complet de la Syrie. On conviendra donc
que , puisque la nature d'un précis exclut la discussion mi-
nutieuse d'objets de topographie , nous pouvons nous rap-
porter, en général, aux recherches de Busching et de
Volney. /
« La Syrie a des limites fixes au nord-est dans l'Euplirate ,
au nord dans le mont Amanus, aujourd'hui Alma-dagh^
et à l'occident dans la Méditerranée ; mais à l'est elle con-
fond ses déserts avec ceux de l'Arabie , sans que jamais les
anciens ni les modernes aient pu marquer une ligne fixe de
l88 LIVRE CEMT VIHGT-CIHQOIÈME.
frontières. Paimyre, Damas et la mer Morte étaient les points
extrêmes, selon les anciens; aujourd'hui, les ruines de la
première ville sont plutôt censées appartenir à l'Arabie-
Déserte. De même au midi , une ligne mathématique tirée
de l'extiémité de la mer Morte sur l'embouchure du torrent
d'El-Arisch, paraît offrir la seule limite possible entre la
Syrie d'un côté, et l'Arabie -Pétrée a^ec l'Egypte de l'autre.
° Ce pays portait originairement le nom indigène d'^-
mm, d'où viennent les Àrimi d'Homère. Les Arabes le
désignent sous le nom de Bar-el-Ckam (le rivage de la
gauche), en opposition avec l'Yémen ou le pays de la
droite. Ces dénominations ont rapport à la position de la
Mekke, et à l'idée assez juste que la Syrie n'est qu'une côte
de l'Arabie (').
• Les montagnes de la Syrie ne sont pas toutes des rami-
fications du mont Taurus. Le mont Bossus, venant de
XAinanus, aujourd'hui V Àtma-dngh, se termine à la vallée
de rOroiite. D'autres hauteurs longent l'Euphrale et s'é-
tendent vers Paimyre ; ce sont en partie les ntonts Pierius
des anciens qui vont se joindre à \'j4ïtab des modernes.
Mais la chaîne propre de la Syrie commence au sud d'An-
tiochie , par l'énorme pie du mont Casius • qui élève dans
" les airs une pointe aiguë, ceinte de forêts (a), n La chaîne
de Syrie, sous divers noms, suit la direction des rivages
de la Méditerranée, dont elle ne s'éloigne généralement
jjue de 7 à 8 lieues. Le mont Liban paraît en former le
sommet le plus élevé. Cette chaîne, qui s'étend entre les
parallèles d'Acre et de Tripoli, et dont le sommet, nommé
Herrnon dans la Uible, est entre Damas et Héliopolîs, se
divise en deux chaînes, l'une occidentale, qui regarde la
Méditerranée, l'autre orientale, qui horde les plaines de
Damas. Celle-ci reçut des Grecs de la Syrie le nom A' Ànti-
(•) lla-a^., II, la-— (') Ammiaii. MaivM..\W\. tap. !
I
îrE : La Syrie avec la Palestine. 189
Liban, nom inconnu des indigènes, et qui, employé arbi-
trairement par les historiens, a fourni matière à des dis-
très-épine uses (1). "
L'Anti-Liban a pris chez, les modernes le nom de mont
jinsarièh. Les parties les plus remarquables de la chaîne
occidentale sont le Thabor, le Ceirmel, les monts Ebal et
Garizim , le Golgotha ou Calvaire. Les parties orientales
nous montrent les monts Galaad, Ahurim et Moab k l'est
de la mer Morte.
- Le Liban et toutes les montagnes de Syrie représenient
souvent des ruines de tours et de châteaux. Elles sont
composées d'une pierre calcaire, dure, blanchâtre et son-
nante W. Le granité ne commence guère à paraître que
dans le voisinage du mont Sinaî, Il y a près de Damas d'im-
menses cavernes, dont l'une peut contenir 4ooo hommes.
Dans la Palestine plusieurs montagnes sont aussi creusées
de cavernes immenses. »
Sur la côte de CaJfTa , près Saint -Jean -d'Acre , il se forme
dans la mer un grès coquillier à gros grains, très-solide,
qui rend certains points de cette côte fort dangereux pour
le navigateur. On l'exploite pour In bâtisse. Les coquilles
de cette roche moderne sont absolument les mêmes que
celles qui vivent sur la plag6.
Grâce aux recherches d'un naturaliste qui a parcouru
dans ces dernières années le Liban (3), on sait que cette
chaîne présente de haut en bas, 1** des marnes calcaires
alternant avec une roche également calcaire mêlée de
nodules et de lits de siles; 2" des sables et des grès ferru-
gineux, dont quelques couches sont très-coquillières;
3° un calcaire caverneux rempli de silex, d'ammonites
(0 Seland , Palscst ina. Busching , Aûen , I , a./^^ sqq. Mannert , Géo-
graphie îles Grecs et des Romains , .VI, part. 1, 3ji sqq, — (') f^olney,
Voyage en Syrie, I, 171. — P) M. BoHa.-Vojci le Mëmoirt
is de juin i83i ii la socidtt! gëfdogîque de France.
1
f
r
L
190 LIVRE CENT VlNOT-CINQDlfeftlE.
et d'autres coips marins. La nature des fossiles doit faire
considérer ces deux derniers systèmes de couches comme
appartenant à la craie et au calcaire du Jura, Quelques
unes de ces couches sont plus ou moins inclinées et sou-
vent même verticales. On les remarque en partie sur les
bords de la mer. Dans les couches sableuses on a exploité
autrefois des minerais de fer. On y trouve aussi des traces
de lignites.
Sur quelques sommets du Liban, M. Botta a observé
du porphyre contenant du pyroxène. Les marnes du Liban
sont abondantes en poissons fossOes. Dans quelques ca-
vernes on a signalé des brèches à ossemens de mammifères
et à coquilles marines. En général le Liban paraît être le
résidtat d'un soulèvement qui se serait fait suivant une
ligne parallèle à cette chaîne.
' Le bassin du Jourdain offre beaucoup de traces de
volcans. Les eaux bitumineuses et sulfureuses du lac As-
phaltite, les laves, les pierres ponces rejetées sur ses bords,
et le bain chaud de Tabariéh , prouvent que cette vallée a
été le siège d'un feu qui est à peine éteint. On observe qu'il
s'échappe souvent du lac Asphaltite des tourbillons de fu-
mée, et qu'il se fait de nouvelles crevasses sur ses rivages.
Strabon dit que la tradition des habitans du pays portait
que jadis la vallée du lac était peuplée de treize villes floris-
santes, et quelles furent englouties par un tremblement
de terre {') ; il avoue toutefois que le savant Eratosthène
attribuait cette catastrophe à un simple affaissement du
terrain. Les éruptions ont cessé depuis long-temps; mais
les tremblemens de terre qui en sont les entractes, se
montrent encore quelquefois dans ce canton. La côte en
général y est sujette, et l'histoire en cite plusieurs exem-
ples qui ont changé la face d'Antioche, de Laodicée, de
'.0 .'iiivb. , Wi. p. Sir>, eilil. Airebal.
ASIE : La Syrie aifec la Palestine. . igi
Tripoli, de Béryte, de Sidon, de Tyr. Presque de nos
jours, en 1759, il en est arrivé un qui a causé les plus
grands ravages. On prétend qu'il tua, dans la vallée de
Baalbek , plus de 20,000 personnes. Les pertes ne sont pas en*
core réparées. U y en eut encore en 1 778 un qui ruina Alep ;
un autre, en 1783 , qui se fit sentir à Âlep , à Tripoli et dans
le LibaÀ; un autre en 18 19, enfin un autre en 1822. On a
observé en Syrie que les tremblemens de terre n'arrivent
presque jamais que dans Fhiver, après les pluies d'automne»
« VOronte et le Jourdain descendent tous les deux du
Liban; le premier coule au nord, l'autre au sud. L'O-
ronte, que les Arabes nomment El-Aassi ou Makloub^
est, sans contredit, le roi des fleuves de la Syrie; cepen-
dant, sans les nombreuses barres qui en arrêtent les eaux,
il i*esterait à sec dans 1 été. Profondément encaissé , il ne
fournit de l'eau aux campagnes voisines qu'au moyen de
machines à roues placées sur ses bords ^ ce qui lui a valu
le nom moderne SAassi ou d'Obstiné (^), t» U prend sa
source au pied d'un contre-fort du Liban, coule vers le
nord , forme le lac Faniiéh , reçoit les eaux de celui d'An-
takiéh et se jette dans la Méditerranée après un cours de
80 lieues. Sa largeur est d'environ 240 pieds; ses eaux
coulent avec lenteur ; sa profondeur est seulement de 4 ou
5 pieds , mais ses bords sont élevés et argileux.
• Le Jourdain , dénigré par Voltaire , a paru à Pline le
naturaliste , « une rivière jolie , limpide , assez large pour
« la vallée qu'elle arrose » ; et cette manière de voir est
conforme à celle de la plupart des voyageurs. »
Cette rivière est appelée par les Turcs et les Arabes El-
Cheria ou Arden. Elle a sa source dans le lac Phiala au
pied d'une montagne de l'Anti-Liban. Après avoir traversé
le lac Maron et celui de Tibériade ou de Tabariéh, elle^se
(0 Jbulfeda, tab. Syriœ, p. i5o, edit. Rœhler.
r
i
iga LlVilE CENT VtMCT-CtNQUIKBIE.
jette dans la mer Morte. Son cours est tout au plus de 4o
lieues, sa largeur d'une centaine de pieds et sa profondeur
de 6 à 7 en été. Ses eaux, toujours troubles, déposent un
limon bitumineux : ce qui ne l'empêche pas d'être assez
poissonneux.
" Parmi les autres rivières qui, pour la plupart, ne sont
que des torrens , le Kasmié ou Casimir, au nord-est de
Tyr, semble repondre au Léontos des anciens; le Nahar-
eUKebiT est X Eleutherus , qui terminait laPhénicie, et dans
laquelle une fausse tradition fait périr l'empereur Frédéric
Barberousse.
■' Les nombreuses chaînes transversales qui arrêtent le
cours des fleuves de la Syrie donnent naissance à beaucoup
de lacs. Nous avons vu que le bassin de l'Oronte renferme
le lac Famiéh ou iiÀpamée que traverse le fleuve , et celui
d'Antakiéh ou S Antioche. On y trouve aussi le Bahr-el-
Kades près d'Hems.
« [1 y a dans les parties orientales et méridionales plu-
sieurs lacs sans écoulement. Tels sont le lac d'Acla, celui
du Vieux-Alep, et ceux de Geboul et d'Al-Zarka, qui tous
ont les eaux salées. Le lac dit Bahr-el-Mardjs ou du Pré,
non loin de Damas, rassemble les eaux séléniteuaes des
montagnes voisines. Enfin, le plus fameux de tous, le lac
jlsphallite, ou la mer Morte, a probablement toujours été,
comme aujourdliui , sans communication avec la mer.
• Lu Syrie renferme trois climats ti-ès-différens ; les cimes
du Liban, couvertes de neige, répandent une fraîcheur
sainbre dans l'intérieur, tandis que les parties maritimes,
plus basses, éprouvent constamment des chaleurs humides,
et que les plaines voisines de l'Arabie- Déserte sont expo-
sées en été à une chaleur sèche. Les saisons et les produc-
tions varient en conséquence. Dans les montagnes, l'ordre
des saisons est presque le même qu'au milieu de la France;
l'hiver, qui dure de novembre en mars , est vif et rigou-
ASIE : La Syrie a^c la Palestine. ig3
reux. Il ne se passe point d'année sans neiges/ et souvent
elles y couvrent la terre de plusieurs pi^s , et pendant des
mois entiers. Le printemps et Tautomne y sont doux, et
1 été n y a rien d'insupportable. Dans les plaines , au con-
traire , dès que le soleil revient à Téquateur, on passe subir
tèment à des chaleurs accablantes qui ne finissent qu'avec
octobre. En récompense, lliiver est si tempéré, que les
orangers, les dattiers, les bananiers et autres fruits déli-
cats, croissent en pleine terre. Ainsi un chemin de quel-
ques heures sépare ici le printemps de Thiver (>).
« Si lart venait au secours de la nature, on pourrait
rapprocher en Syrie, dans un espace.de vingt lieues, les
richesses végétales des contrées les plus distantes. Outre le
froment , le seigle , l'orge , les fèves et le coton , qu'on y
cultive partout, on y trouve encore une foule d'objets
utiles ou agréables^ appropriés aux diverses localités. La
Palestine abonde eh tabac ^ en blé, en orge, en millet, en
sésame propre à l'huile, et en doura pareil à celui d'Egypte.
Le maïs prospère dans le sol léger de Baalbek, et le riz
même est cultivé avec succès sur les bords du marécage
de Haoulé. On ne s'est avisé que vers la fin du dernier
siècle de planter des cannes à sucre dans les jardins de
Saïde et de Baîrout; elles y ont égalé celles du Delta. L'in-
digo croît sans art sur les bords du Jourdain , au pays de
Basan, et il ne demande que des soins pour acquérir de
la qualité. Les coteaux de Latakiéh produisent des tabacs
à fumer qui font la base des relations de commerce avee
Damiette et le Caire. Cette culture est à présent répandue
dans toutes les montagnes. Voulez-vous des arbres? 1 oli-
vier de Provence croît à Antioche et à Ramlé à la hauteur
des hêtres. Le mûrier blanc fait la richesse de tout le pays
des Druzes par les belles soies qu'il procure; et la vigne,
(0 f^olney, I , a84 sqq-
VIII. i3
194 LIVRE CEMT VIMGT-CINQUIÈME.
élevée en échalas ou grimpant sur les chênes , y donne des
vins rouges et blancs qui pourraient égaler ceux de Bor-
deaux. Dans l'ancienne Judée les flancs des montagnes
sont couverts aussi de vignes, d'oliviers et de sycomores,
et leurs sommets sont couronnés de cyprès et de chênes.
JafTa vante ses limons et ses pastèques. Gaza possède à la
fois les dattes de la Mekke et les grenades d'Alger, Tripoli
produit des oranges aussi bonnes que celles de Malte;
Baïrout a des figues comme Marseille et des bananes comme
Saint-Domingue. Les pistaches ne viennent nulle part aussi
bien qu'à Al ep jet Damas se vante, avec justice, de réunir tous
les fruits de notre Europe. Son sol pierreux convient égale-
ment et aux pommes de la Normandie, et aux prunes de la
Touraine, et aux pèches des environs de Paris (i).
• Niebuhr pense que la Palestine pourrait s'approprier
la culture du café d'Arabie. •
Ajoutons que la garance, le lin, le safran, le pêcher,
l'amandier et l'abricotier, garnissent la plupart des coteaux
de la Syrie; que cette contrée possède la canne à sucre,
et le nopal, espèce de cactier qui nourrit la cochenille ;
que dans la vallée qui s'étend entre le Liban et la Médi-
terranée on trouve le palmier et le chêne qui produit la
noix de galle; que cette montagne offre des forets de
sapins, mais que les cèdres y sont devenus fort rares.
« La Syrie produit tous nos animaux domestiques, mais
elle y ajoute le buffle et le chameau ; les mulets et les ânes
y sont d'une légèreté remarquable; les moutons à large
queue y sont très-nombreux; les chevaux y sont d'une
belle race ; les gazelles remplacent nos chevi'eiiils ; au Ucu
de loups, on a des chacals, des hyènes, des caracals et des
guépards ; ces derniers ont mal à propos été pris pour des
tigres. Aucun de ces animaux féroces ne cause des ravages
(') y^oUit/, II, H7, i53, l^, a3o.
ASIE : La Syrie avec la Palestine. 19a
comparables à ceux qu'occasioiieBt les sauterelles; un
hiver trop doux fait ëclore ces insectes dans les déserts de
l'Arabie; leurs légions, qui obscurcissent le ciel , viennent
fondre sur les campagnes de la Syrie; les herbes, le feuit*
lage, tout périt sur leur pi^sage; la terreur précède ces
redoutables essaims, et la famine les suit. Le Syrien, eA
les voyant arriver, espère dans l'oiseau êamarmar^ qui les
dévore, et dans les vents du sud-est, qui les noient dans
k Méditerranée. Il y^ a une espèce de sauterelles dont la
chair fournit une nourriture passable (i).
« La Syrie, successivement envahie par les t^ersans, tes'
Grecs, les Arabes, les croisés et les Turcs, présente une
population très-mélée ; les indigènes du pays se sont fon-
dus avec les Grecs, et forment une très-petite portion des
habitans. Les Turcs occupent les places civiles et militaires.
Un grand nombre d'Arabes s'y sont fixés comme cultiva-
teurs ; il y a aussi beaucoup d' Arabes-Bédouins ou nomades ,
surtout dans le pachalik de Damas : dans celui d'Alep on
voit errer des hordes de Turcx>mans et de Kourdes. Enfin ,
les Druzes , les Motoualis ou MoAtouaUs , les Ansariéh et les
Maronites constituent de petites nations qui seront dé-
crites à part à l'endroit convenable. >»
U est impossible dévaluer d'une manière seulement
approximative la population de toute la Syrie; mais c'est
l'exagérer beaucoup que de la porter, comme quelques
voyageurs , à 3 millions d'individus.
« L'ancienne langue syriaque ne se parle plus que dans Un
petit nombre de cantons, principalement aux environs de
Damas et du mont Liban , mais avec moins de pureté <}i]e
dans la Mésopotamie, à Orfa et à Harran (s) : l'arabe pre<*
domine dans les campagnes connne dans les villes. Le niàha-
(») I/asselfjuist j Voyage en Palestine, p. aSa, ^5x sgq^, 563 (en
allem.). Ludolf, Dissert, de Locustis^ in Histor. i£thiop., etc.
(>) Les auteurs cités dans Jdelung, Mîthridatcs, I, p. 333-34 1 .
i3.
r
1^6 LIVRE CENT VIMGT-CIHQUlèME.
théen esi un dialecte syro-chaldëen trés-corrompu, et que
parlent les Nabayoth , c'est-à-dire les paysans. Parmi les di-
verses sectes chrétiennes que les Turcs tolèrent dans ce pays,
les Syriens du rit grec sont les plus nombreux; le sobriquet
de Melchites ou royalistes, qu'on leur donne, rappelle la
mauvaise politique des empereurs byzantins qui se mê-
laient de disputes théologiques. Les Jacobiles comptent
beaucoup de partisans; les Maronites sont réunis à l'Eglise
romaine. La religion des Druzes, et plus encore celle des
Aiisariéh, semble un mélange d'anciennes croyances sy-
riennes et de quelques idées mahométaues. Les Motoualis
suivent la doctrine d'Ali, détestée des Turcs. Ajoutons à
cela des Chinganés ou Bohémiens!'), et des Arabes-Hé-
douins, vivant à peu près sans religion ou du moins sans
culte ; ajoutons-y encore des chrétiens d'Europe, des Juifs,
des Arméniens, des Nestoriens, et l'on conviendr;i qu'il
n'y a point de contrée qui offre, plus que la Syrie, le rap-
prochement de toutes les croyances religieuses. Les di-
verses sectes mahométanes et chrétiennes rivalisent ici de
zèle et de dévotion apparente,
■ Quatre pachas turcs sont censés gouverner ce ramas de
tant de sectes et de tant de nations; mais celui A'Alep
compte dans son pachalik les hordes peu soumises de Tur-
aomans et de Kourdes; celui de Damas paie auK cheiks
des tribus arabes , au nom du sultan , des sommes d'argent
qu'on lui présente enveloppées dans un morceau d'étoffe,
ce qui fait nommer ces sortes de cadeaux choiirrah-es-sul-
tân, l'étoffe du sultan {'A ; enfin les pachas de Tripoli et de
Saille ou A' Acre voient la plus grande partie de leurs pro-
occupée par les Maronites, les Druzes et autres
peuplades indépendantes. L'anarchie qui résulte de cette
ASIE : La Syrie auec la Palestine. 197
situation politique prend divers aspects ,. selon que les pa-
chas, les émirs druzes ou les cheiks arabes montrent du
caractère et de la conduite. On a vu dés chefs entrepre-,
nans créer pour quelques momens des Etats indépendïtns ,
et pourtant la Syrie retourne twijoups sous le joug incer-
tain des Turcs; le sort malheureux du peuple resté tou-
jours le même : le cultivateur se voit dépouillé par les pa-
chas et pillé par les Arabes ; \g voyageur n*a que le c^oix
des brigands dont il veut se foire escorter; les arts et: mé-
tiers languissent faute de bras et de connaissances ; le com-
merce, exposé à des vexations arbitraires, reste circonscrit
dans de timides échanges ou livré aux hasards des cara-
vanes. Telle est le déplorable état d'une contrée riche par
son sol , importante par sa position y et qu'une nouvelle
croisade arracherait facitement à la barbarie. »
Dans les dernières guerres entre la Porte ottomane et le
pacha d'Egypte y la Syrie est tombée au pouvoir de ce der-
nier, qui l'a conservée.
«Examinons les lieux \es plus remarquables, en com-
mençant par la partie voisine de l'Euphrate, ou par lepa-
chalik dUAlep, La ville de ce nom.^ qui , selon la Byzantine,
est bien certainement Fancienne Berœa[^)y Femporte sur
toutes les villes de la Turquie d'Asie , tant pour ta politesse
des habitans que pour la grandeur et la richesse. Les Orien-
taux la nomment Haleb^el-Chahba, Elle contenait 280,000
habitans (^) avant 182 a. Les édifices étaient en pierres de
taille ; les rues pavées de même. Les cyprès , dont le sombre
feuillage contrastait avec la blancheur des nombreux mina-
rets, produisaient un aspect très<pittoresque. Les manu-
factures de soie et de coton étaient dans un état florissant ;
de grandes caravanes de Bagditd^et de Bassorah y portaient
(0 Voyez les auteurs cités par Harduirit notœ ad.i'/m. , V, ai.
(*) Seelzeii ^ dans Zach , Correspondance, XI » p. 364'
LIVRE CEMT VIMGT-CIMQUIEME.
les productions de la Perse et de l'Inde. Alep était la Pal-
myre moderne. »
Elle s'est à peine relevée des désastres terribles qu'elle
a éprouvés: le i3 août 1822 elle fut ravagée par un Dem-
blement de terre qui se renouvela avec plus de force trob
jours après. Ces deux événemens renversèrent /jojooo mai-
sons et firent périr plus de ao,ooo individus. Au mois d'oc-
tobre de la même année de nouvelles secousses répan-
dirent l'alarme chez les habitans; enfin la crainte d'un
fléau non moins terrible, la peste, força la plus grande
partie de la population à abandonner la ville j à peine si
aujourd'hui elle est sortie du milieu de ses ruines.
"Les environs d'Atep, plantés en vignes et oliviers,
produisent aussi du blé en abondance ; mais les Arabes et
les Turcomans enlèvent au cultivateur le fruit de ses pei-
nes. Le bouton d'Âtep, maladie endémique nullement dan-
gereuse, paraît dû à des eaui un peu saumâtres (')■
n Près de la frontière du pachalik, non loin des bords de
l'Eupbrate, sont les restes imposans d'Hiérapolis ou Bam-
bj-ce , connue aujourd'hui sous son ancien nom syiien de
Mabog, que les Arabes prononcent Mamlteilge; les murs,
encore debout, attestent l'ancienne grandeur de celte ville
consacrée au culte d'AstartéW.
■ Les déserts qui s'e'tendent aujourd'hui depuis Alep et
Mabog jusqu'à Palmyre, offraient jadis une culture soignée;
L c'était la province C haty bonites , dont le chef-lieu Chalybon-,
appelé aussi Bei-œa, ne diffère pas d'avec Alep.
■ L'illustre Antioche ( AiUiockia Magna ) , bâtie par An-
tigonus, jadis plus grande, plus riche que Rome, maïs
détruite plusieurs fois, et en dernier beu par les Mame-
louks en 1 369 , n'est plus qu'une misérable ville remplie
de Jardins, et connue sous le nom A' Antakiéh, <•
:
(0 Maïuidrtl, oatural History of Alcppo. Comp. Olivier, IV, i;8.
C") Poaocke, II, iji (Tr.ifi, allcm )
ASIE : La Syrie avec la Palestine. 199
Cependant elle paraît renfermer encore environ 10,000
habitans ; mais ils sont disséminés au milieu dés restes dé
son antique enceinte qui comprenait 6 à 700,060 individus :
une partie de ses murailles et de ses aqueducs, échappés
aux ravagés de plusieurs tremblemens de terre, sont le»
seuls témoins de son antique magnificence*
« Le port di Alexandrette ou Scanderoun , fréqueôté en-'
core par les Européens il 7 a peu d'années, a un. climat
presque piortel. Cette petite ville a été presque abandon-
née depuis les tremblemeus de terre de 1822. Ses pigeons
sont fort célèbres dans tout FOrient; on les dépéchait
autrefois pour porter des nouvelles promptes à Al^, dont
Alexandrette est,. pour ainsi dire, le port : les montagnes
intermédiaires sont remplies de bourgs et de villages.
Dans ceux de Kesfin et de Martaouan^ les femmes poussent
l'hospitalité aussi loin que jadis les Babyloniennes; cette
prostitution légale semble être un reste des anciei|& cultes
asiatiques (i). Le jasmin jaune et blanc embaume le& monts;
Casius; on y distingue de loin deux espèces de gené-
vriers (2}, qui égalent presque le cyprès en hauteur; les.
sapins, les mélèzes, les chênes, les buis, les lauriers, les.
ifs et les myrtes couvrent partout l'aridité des rochers. »
KiRisy à 12 lieues au nord d'Alep, est l'ancienne Ciliza^
Sa population industrieuse s'élève à 12,000 âmes; on y
fabrique des cotonnades, des harnais de chevaux et la
meilleure huile de l'Orient. Entourée de beaux .vergers et
située dans une vallée profonde où coule l'Qrdnte, que
l'on traverse sur un pont de sept arches , la ville de Chogry
ou de Cesser^ Chourl^ renferme environ 4ooo habitans.
« En suivant les bords de l'Oronte , on trouve les sqye-
lettes de deux villes jadis célèbres^,. Apamea^ aujourd'hui
(0 Voyez le Mémoire à^Heyne^ dan& les Annales des Voyages , XUL
C>) Juniperus drupacia et oxyedms. L.
\
I
aOO LIVBE CEHT VIMGT-CIHQUIEME.
Fnmiéh, et Hemi, ou Homs, qui est ranciennc Emesa, où
l'on adorait une pierre noire dans un fameux temple dont
les ruines même ont disparu. »
On sait que la première de ces deux villes fut fondée
par Séleucus-Nicator, qui lui donna le nom de sa femme,
et qu'elle était célèbre pour ses haras; on sait aussi que la
seconde, qui renferme encore quelques antiquités, est la
patried'Héliogabale. La première est peu importante; mais la
seconde compte environ 3o,ooo habîtans, qui s'occupent
beaucoup de la fabrication et du commerce des étoffes de
soie.
1 Hamak , l'ancienne Epiphania , a repris l'importance
qu'elle avait du temps des Hébreux : Ali-Bej luidonne 1 00,000
habituns, et Burckhardt 3o,ooo : ce dernier chiffre paraît être
beaucoup plus rapproché de la vérité. C'est dons ses murs
que se fixent les grands seigneurs turcs disgraciés ou retirés
des affaires. Divisée en deux quartiers par l'Oronte, elle s'ap-
provisionne d'eau à l'aide d'une vaste machine hydraulique
dont la grande roue a 70 pieds de diamètre. Cette ville
commerçante passe à tort pour avoir vu naître Aboulfeda ,
prince et géographe arabe , qui vante beaucoup la fertilité et
les riches cultures du pays arrosé par l'Oronte (1); ce célèbre
auteur naquit à Damas, mais il reçut le titre de prince de
Hamah et gouverna pendant 1 2 ans cette principauté.
"De Hamah, ou plus exactement de Famiéh, une an-
cienne route romaine conduisit ,i Palmyre, le Tadmor de
Salomon et la résidence de l'immortelle Zénobie. Cette
ancienne ville est à 67 lieues au sud-est d'Alep et à une
distance égale au nord-est de Damas , dans un petit canton
environné de déserts, et désert lui-même. Le voyageur
aperçoit tout à coup une vaste étendue de ruines; ce ne
sont de tous côtés qu'arcs et voAtes , temples et portiques ;
) Aboulfeda, r»h. Sjrii, \o^. loS, pIc.
ASIE : La Sjrrie açec la Palestine. 201
une colonnade qui a dû s^yoir 4ooo pieds de longueur,
commence à un magnifique portique et aboutit à un beau
mausolée; le temps a conservé en partie les péristyles, les
entxe-cotonnemens , les entablemens ; le tout est d une élé-
gance égale à la richesse des matériaux (0. On y distingue
deux époques reconnaissables à l'architecture des monu-
mens : lune est représentée par quelques monceaux de
ruines qui semblent attester que cette ville fut détruite par
Nabuchodonosor lorsqu'il marcha sur Jérusalem ; l'autre^
qui comprend les monumens en partie renversés , est cçUe
qui se termina à la défaite de Zénobie, à la prise de Pal-
myi'e par Aurélien. Quel contraste que celui de ces ruines
imposantes qui surpassent tout ce que la Grèce a de plus
remarquable, et qui occupent plus de 3 lieues de circon-
férence, avec les misérables cabanes de quelques Arabes
sauvages, seuls habitans actuels d'une ville qui osa se
croire* la rivale de Rome! . ^
«< Après avoir parcouru les parties de la Syrie voisines
de l'Euphrate et de l'Oronte , nous allons revenir sur la
côte maritime pour visiter les deux pachaliks de Tripoli et
XAcre^ qui comprennent la Phénicie et en outre une par-
tie de la Cœlé-3yrie (^), et quelques autres petites divisions
anciennes. La chaleur humide , qui rend le climat de cette
côte dangereux pour les Européens, y entretient une ver-
dure éclatante; les orangers, les limoniers, les grenadiers
forment de rians bosquets au pied des montagnes, dont
les saillies s'avancent sous différens a^ects pittoresques;
c'est encore , malgré le défaut de culture , « une contrée
« pleine de charmes et de grâces (3). » Ladikiéh ou Latakiélt ,
l'ancienne Laûdicea^ad^mare^ est une ville florissante par
le commerce; elle exporte des tabacs.: un aga turc a rebâti
(0 JFood et Dawkins y the Ruins of Palmyra. — (*> Folney, 11, 166,
aïo , 329 , etc. — (5) « Regio plena gratiarum et venustatis. » Aimnian^
Marcellirif XIV, cap 8^.
202 LIVRE CRNT VIMGT-C1NQD1EME.
cette ville entièrement ruinée (il. C'est «ne curiosité qu'une
ville reconstruite par des gens qui ordinairement se bor-
nent à détruire. ■
Ladikiéli est la résidence d'un évêque grec et des con-
suls des principales puissances de l'Europe : elle est ouverte
et elle occupe une vaste superficie, bien qu'elle ne ren-
ferme que 5 à 6000 individus, parce qu'elle fut en grande
partie ruinée par les tremblemens de terre qui, en iSaa,
détruisirent Alep. Son nom de Laodicea est celui qui lui
fut donné par Seleucns-Nicator en l'bonneur de sa mère.
Antérieurement elle se nommait Ramitha. On y voit en-
core d'immenses catacombes , des restes de l'ancienne cita-
delle, eC un bel arc de triomphe qui, situé a près d'une
demi-lieue de la ville , indique l'étendue considérable qu'a-
vait celle-ci.
" L'île de Rouad renfermait autrefois la ville d'jlradus,
dont les maisons, comme les nôtres, avaient cinq à six
étages; la liberté et le commerce y rassemblaient une im-
mense population; aujourd'hui l'île déserte ne présente pas
même une seule ruine de celte antique cité, et la tradition
n'a pas niênie conservé le souvenir d'une source d'eau
douce que les Aradiens avaient découverte au milieu de
la mer (3), H n'y a plus dans l'île qu'un petit fort défendu
par quelques pièces de canon.
" Tiipoli est nommée Taraholos en turc et en arabe ;
c'est une ville très-commerçante , quoique son port, comme
tous ceux de cette côte, n'offre ni commodité ni sûreté;
elle exporte des soies , des cotons et des cendres. ■
Longue, étroite et traversée par la petite livière du Na-
har-Aha-Aly, elle est bâtie au pied d'une montagne qui
appartient à l'une des branches du Liban, et qui est cou-
CO AfuiuufreW, Joiirney from Aleppo. p. n- Kon9, dani/bu^,
CoUeclion des VoyiiBes dan. l'Orient, 11, t.lt. — (») folmy , 11, 161
( St:ha<K , Maundrelt et Pococke ont vu det ruinea ]■
AâiJB : La Syrie €Mi»€c la Palestine. i2o3
ronnée par un château-fort. Les ibaisanB en sont bien bâ-
ties, les rues la plupart pavées et ornées de nombreuses
fontaines. Sa population est d'environ 16,000 âmes. Ba-
troun et Djebail sont les écbellesdu pays des Maronites; la
première représente l'antique Botrus et la dernière Bjrblas.
Non loin de cette ville coule le fleuve jadis nommé ^do'
nis, aujourd'hui Ibrahim-Pacha, et dont les eaux ne se
rougissent pas du sang du favori de Vénus, mais bien de
la craie rougeâtre qu'elles tiennent en dissolution à certai-
nes époques de l'année (O* L'ancienne Berytus^ aujourd'hui
Baïrout^ est le débouché pour les cotons et l^s soies du
pays des Druzes. On y voit les restes d'un palais élégant
bâti par le fameux émir des Druzes Facardin ou Fakhr^ed--
Din et différens débris antiques. La ville, entourée de su-
perbes plantations de mûriers , jouit d'un climat salubre (s).
Résidence d'un évêque grec et d'un évêque maronite, on y
voit des églises, un couvent de capucins et des mosquées.
Elle renferme 10 à 12,000 âmes.
« L'antique Sidon^ cette mère de toutes les villes- phéni-
ciennes, n'est plus, sous le nom de Saïde ou Seyde^ qu'une
ville de commerce de 7 à 8000 âmes; c'est le principal dé-
bouché de Damas. Le port de Sidon-, comme ceux des autres
villes de cette côte, était formé avec beaucoup d'art,
et à des frais imme|ises, par de lopgs môles; ces travaux,
qui subsistaient encore sous le Bas-Empire (3), ont été né-
gligés , et le port s'est comblé. L'émir Facardin , qui redou-
tait les visites des bàtimens turcs, a achevé la destruction
des fameux ports de l'ancienne Phénicie. » On y remarque
les restes de son beau palais, bâti dans le goût italien, et
dans ses environs d'antiques tombeaux creusés dans le roo^
et qui servent d'asile à des bergers» Du côté de la tner un'e
(0 Lucian, , de Dea Syria. Mawtdrell, Joumey, etc. , p. 35.
(0 0/iVi>r, Voyage, II, a6. —(})AchiU. Tat. , U p. 1.
ao4 LIVRE CEIÎT VINGT-CIHQUIÈME.
haute muraille est dominée par une tour dont la construc-
tion est attribuée à saint Louis.
■ Un sort plus triste encore a frappé Tyr, ta reine des
mers, le berceau du commerce qui civilise le monde; ses
palais out t'ait place à quelques cabanes chétives; le pa-
yeur indigent habitait naguère les caves voûtées où jadis
s'entassaient les trésors du monde; une colonne debout au
milieu des ruines, marque la place où était le chœur de la
4:aihédra!e consacrée par Eusèbe (')■ La mer, qui ordinai-
rement détruit les ouvrages de l'homme, a non seulement
respecté, mais agrandi et changé en un isthme solide le
môle par lequel Alexandre joignit l'île de Tjrus au conti-
nent. Cependant, depuis i8i5, cette ville, que les Orien-
taux nomment Sour, a changé d'aspect : a ou 3oo maisons
en pierres , une mosquée , trois églises et des bains publics
«n font une assez jolie petite ville moderne dont les babi-
tans sont au nombre d'environ aooo.
« Acre ou SainUjean-d'Acj'e, en arabe ^cco, qui joue un
grand râle dans l'histoire des croisades , et dans l'antiquité
sous le nom de Ptolêmaù , était, vers le milieu du XVlIi*
siècle, une place presque déserte; le cbeik Dahsr, rebelle
arabe, y ramena le commerce et la navigation. Ce prince
habile, qui dominait sur toute l'ancienne Galilée j fut suivi
par le fameux ijran Dj'ezzar- Pacha, qui a fortifié la ville
d'Acre, et la ornée d'une mosquée enrichie de colonnes de
marbre antique , recueillies dans les villes voisines. Le port,
étroit et peu profond, est cependant un des meilleurs de
toute la côte. » Cette ville, dont la population est d'environ
20,000 àmea, est célèbre chez les Orientaux par ta résistance
qu'elle opposa aux Français sous les ordres de Bonaparte.
" Quittons ees rivages brillans pour parcourir la contrée
montagneuse qui les domine. Celle qui s'étend depuis An-
<.•) MauiidreU, Jeurocy, «le. , p. So. Euihbt, Hiit. Ecchs. , X , 4.
ASIE : La Syrie avec la Palestine. 2o5
tioche jusqu'à la rivière dite Nahar'êl'Kebir^ est habitée
par les Nassariens ou Ansarièh (0^ que les savans les plus
versés dans les langues et les histoires de l'Orient regardent
comme une secte mahométane fondée dans le YIP siècle
par un certain Nassar (2} , mais qui , d après un passage de
Pline (^) , remarqué par le judicieux Mannert , nous paraît
une ancienne peuplade syrienne , qui , même sous les Ro-
mains , conservait son tétrarque ou prince particulier. »
. Selon Burckhardt , les Antariéh occupent des montagnes
d'un accès difficile y et peuvent armer 1 2 à 1 5,ooo honunes.
On a fait beaucoup de suppositions sur la nature de leur
culte, qui parait admettre l'existence d'un Dieu en cinq
personnes; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ont
plusieurs degrés d'initiation.
« C'est dans la même contrée que les croisés rencontré»
rent la fameuse nation des Assassins^ gouvernée par le
Vieux de la Montagne y prince redoutable par le zèle aveu-
gle de ses sujets, qui, d'après ses ordres, allaient donner
la mort à ceux qu'il désignait pour victimes; et il en dési-
gnait jusque sur les trônes les plus augustes. L'Assassin
périssait-il dans ces sortes d'expéditions, les nymphes du
Paradis , qu'on lui avait fait connaître dans une vision, lui
tendaient les bras, et lui offraient leurs charmes divins.
Burchard on Brocard , SLUteur d'un célèbre Itinéraire de la
Terre-Sainte , parcourut dans le XIII® siècle le pays des As-
sassins, et le trouva non nK)ins fertile que bien cultivé (4).
Il est difficile de choisir parmi les diverses explications
qu'on a données de cette énigme historique; nous- pen-
chons à croire, avec le savant M. de Sacy, que le nom d'As^
(0 C'est le même mot arabe diversement décliné. — (>) Tychsen , Mé-
moire sur les Nassairiens, dans Paidus , Memorabilia, IV. Niebuhr,
Voyage, II, p. 4^0» 44 >• Catéchisme des Driizes, dans EichJioni^ Ré-
pertoire oriental, XII, 129, 174. — (^) Apamiam Marsyâ amne divisam
à Nazarinotiim Tetrarchiâ. Plin. , V, a3. — (4) Burchard, Descriptio
Terrae Sanctae , in fine.
2o6 LIVRE CEBT VIlVCT-CinQCIÈME,
sassin vient de haschick , plante qui enivre , et que ce nom a
été donné à une tribu arabe chez qui on aura employé ce
moyen pour exalter le courage. Le Vieux de la Montagne
n'est autre chose qu'un cheik arabe, ce mot signifiant en
même temps vieillard et seigneur. 11 ne serait pas impossible
encore aujourd'hui à un prince arabe d'armer le bras d'un
fanatique, qui irait frapper un monarque au milieu de sa
cour, pour satisfaire à ce système de vengeance du sang,
qui semble héréditaire chez cette nation. Voilà, ce nous
semble , les faits ; l'imagination aura produit le reste. •
Jo in ville et plusieurs autres auteurs ont parlé de cette
tribu d'Ismaéliens ; le premier les appelle Haussaci, les au-
tres Neisscssini , Âssissini et enfin Aisassini. Voici en peu
de mots quelle fut leur origine : après la mort de Mahomet,
ses disciples se divisèrent, comme on sait, en plusieurs sec-
tes ennemies; c'est de celle des Ismaéliens que sortirent les
califes fatimites qui enlevèrent aux Abassides l'Egypte et
la Syrie. Ces califes, pour assurer et augmenter leur puis-
sance, envoyèrent dans les différentes provinces soumises à
l'autorité spirituelle et temporelle des califes de Bagdad,
des missionnaires qui enseignaient en secret les dogmes des
Ismaéliens et qui poussaient même les peuples à ta révolte.
L'un de ces missionnaires était, vers le milieu du V siècle
de l'hégire, un certain Haasan fils d'Ali, qui, après avoir
long-temps travaillé à faire reconnaître la suprématie du ca-
life fatimite Mostanser^ui régnait alors sur l'Egypte, se dé-
clara indépendant , et s'étabht au milieu des montagnes de
l'ancienne Parthie , à peu de distance de Raivïn ; su rési-
dence lui fit donner le nom de Cheik- al-DjehrA, c'est-à-
dire Cheik ou Prince de la montagne. Les princes qui lui
succédèrent pendant deux siècles, ne se contentèrent pas
d'avoir établi leur puissance dans la Perse, ils retendirent
sur une partie de la Syrie, et ce fiât dans les montagnes de
l'Anti-Liban que se fixa leur lieutenant; ce sont aussi les
ASIE : La Syrie avec la Pcdestine. 207
Ismaéliens de ces montagnes qui forent connu» des- Occi^
dentaux sous le nom di Asscissins* Il parait que certaine» prt^
parations végétales faites dans le but d'exalter Tiroaginâ'*
tion, furent connues de quelques chefs de cette secte, et
employées par eux secrètement pour accroître leur puis*
sance et le dévouement de quelques fanatiques. L*une de
ces préparations est encore connue en Orient sous le nom*
dHaschich et ceux qui en font usage sous celui d'Haschis^
chin, La base de cette préparation est une espèce de chan«-
▼re appelée cannabis indica^ dont Tusage paraît s'être établi
primitivement dans l'Inde où on en fait encore une boisson
enivrante.
« Après le pays des Ansariéh, le mont Liban commence
à élever dans les nues ses cimes, qu'ombragent encore quel*
ques cèdres , et qu'ornent mille plantes rares ; VanihjrUis
tragacanthoïdes y étale ses grappes de fleurs pourprées ;
l'œillet de Liban , Y amaryllis des montagnes, le lis blanc
et le lis orangé , mêlent l'éclat de leurs couleurs au vert
des pruniers rampans (1). Les neiges même sont bordées
de xeranthemum frigidum. . Les profonds ravins de ces
montagnes sont sillonnés par un grand nombre d'eaux .
courantes qui jaillissent de toutes parts avec une extrême
abondance C^}. Les neiges en couvrent perpétuellement les
vallons les plus élevés. Arvieux et Pocooke les ont vues au
mois de juin , Rauwolf et Korte en août^ le Pèi*e Queux et
Philippus à Sanetâ Trinitate au mois d'octobre (3); mais il
' ne paraît pas certain qu'il y ait des sommets qui portent
une calotte de neige. L'eau, la fraîcheur, la bonté du ter-
rain dans les vallées-, entretiennent ici une éternelle ver-^
dure; mais que seraient ces dons de la nature, si la liberté
ne protégeait pas les travaux des habitans? C'est à une
(0 Pru/iusprostrata. L. — (^) Â'orfe , Voyage en Palestine, p. 458 ( en
aUeni. ). — (3) Voyez la discussion de leurs témoignages , chez Busching »
p. 348 sqq.
[
208 LIVRE CENT VINGT-CIMQUIÈ3IE,
industrie plus libre que celle des autres Syriens, que les
montagnes du Liban doivent ces murs qui, selevant en lei^
rasses, soutiennent les terres fertiles, ces vignobles plantes
avec art, ces champs de blés soigneusement laboures, ces
liosquets de cotomiiers, d'oliviers et de mûriers, qui, semés
de toutes parts parmi ses rochers escarpés, rappellent la
puissance de l'homme ['). La vigne produit ici des grappes
énormes , dont chaqufi raisin a la grosseur d'une prune.
Les chèvres et les écureuils, les perdrix et les tourterelles
paraissent les races animales les plus nombreuses; les uns
et les autres tombent souvent sous la serre de l'aigle et sous
la griffe de la panthère , qu'on nomme ici tigre W, »
Les cèdres du Liban méritent toujours d'être visités par
le voyageur. Pour arriver sur le sommet qu'ils ombragent,
on traverse la vaste plaine appelée el Sa/i/tel, couverte de
villages maronites et de plantations de mûriers, d'oliviers
et de figuiers. Cette fertile partie du Liban est gouvernée,
disent les vojageurs récens , par un délégué du grand émir
des Druzes. Plusieurs cheiks nommés par lui , résident dans
les villages ; ce sont eux qui exercent le pouvoir temporel ,
et qui perçoivent les impôts et les adressent au délégué qui
à son tour les expédie au trésorier du grand émir. Le pou-
voir spirituel est confié à des évèques ou à leurs tiélégués.
En cinq heures on traverse la plaine, puis l'on franchit la
montagne pour arriver au village à'Eilen. Pendant qu'on la
traverse , on suit une route au milieu de rochers nus où la
végétation se borne à quelques pins ou à quelques sycomo-
res dispersés çà et là. Une source abondante, formée par la
fonte des neiges, sort d'une grotte située au pied du mont
Liban, et se partage en plusieurs ruisseaux qui arrosent le
chemin des cèdres. Après trois heures de marche, on aper-
(,'i- DoJidini , Vojrage du mont Liban , Lraduction Iranç . , p. 76-80.
<'•) Sûàulse , ilsn» Paiilus, Collect. dra Voj»ge«, VII , aoa.
ASIE : La Syrie avec la Palestine. aog
çoit plusieurs villages maronites assis sur d énormes niasses
de rochers dépourvus de végétation. Les pierres répandues
sur le sol en empêchent la culture. Enfin après neuf heures
de marche depuis lextrémité de la plaine del Sahhel, on
ai'rive au village d'Eden. Sa situation pittoresque^ la vue
de la plaine et de la mer, ses vergers remplis d arhres frui-
tiers, les Sources qui serpentent de tous côtés, lair em-
baumé qu on y respire , justifient le nom qu'il porte : selon
Topinion des Arabes, cest dans cet endroit délicieux que
Dieu plaça le paradis terrestre et qu'il créa Adam et Eve ;
mais le déluge de Noé et la succession des siècles Font en-
tièrement défiguré. '^
G est à trois lieues de ce village, que se trouve la planta-
tion de cèdres; oh y arrive à travers des sentiers couverts
de rochers. Ils occupent une région élevée où le thermo-
mètre de Réaumur descend à lo degrés au-dessus de zéro,
tandis qu'il est à 3o dans la plaine. Le parfum des cèdres se
fait sentir à quelque distance : sur une plate-forme, on voit
une centaine de ces arbres (i) dont quelques uns ont i5 à
20 pieds de circonférence; mais c'est par l'étendue de leurs
branches, toujours vertes, plutôt que par leur hauteur et
leur grosseur, qu'ils sont surtout i*emarquables. Cette plan-
tation, la seule qui rappelle les antiques forêts qui ont
fourni des matériaux au temple de Salomon , est placée
sous la protection du patriarche de la nation maronite:
ce prélat vient chaque année, le jour de la Transfiguration ,
célébrer une messe sur un autel en bois de cèdre j^lacé au
pied du plus majestueux de ces arbres. La sombre verdure
(0 Ce nombre a considérablement augmenté : on en comptait 28 selon
Bellonius en i55o; a/J selon lïauwolf, en i575j 23 selon Vandini, en
i5yg ; 22 selon Roger ^ en i632 , et Boulaye-le-Gouz , en i65o ; 23 selon
Théuenott Jrvfieux ^ etc., en 1660; 20 selon La Roque y en 1688; 16
selon Maundrell , en 1696; 12 selon le P. Queux ^ en 1721 ; 18 selon
Korte, en 1738 ; et 20 selon Schulze j en 1755.
VIII. 14
L
alO L[VHE CEHT VINCT-CIHQIITKMR.
de ces gigantesques végétaux forme un singulier contraste
avec l'ariiiité du soi qui )es environne.
"Dans ces asiles inaccessibles aux armes, mais non pas
malheureusement aux intrigues des pachas turcs, vivent
deux peuplades qui diffèrent de religion et de mœurs, mais
qui se ressemblent par leur penchant pour l'indépendance,
les Maronites et les Druzes.
■ Le pays des premiers s'appelle le Kesraouan, d'où les
historiens des croisades ont fait Castravan; il s'étend
depuis le cours du Nahr-el-Kehir jusqu'à celui du Kefb.
Les Maronites , au nombre d'environ i5o,ooo, vivent
dans des villages et des hameaux. Le village de Aa/iobïn,
où leur patriarche réside dans un couvent, peut être consi-
déré comme leur chef-lieu. La plupart des cellules de ce
monastère sont taillées dans le roc ainsi que l'église et
les deux souterrains qui servent de sépulture, l'un aux
njoines et l'autre aux patriarches. Les Maronites exportent
leurs blés, leurs vins, leurs cotons par Tripoli et Djebail.
Divisés en peuple et en clicikg ou notables, tous s'adon-
nent avec ardeur au travail , cultivent la terre de leurs
propres mainsj tous vivent frugalement au sein de leur
chaste famille, et sous un toit rustique où le voyageur
chrétien trouve toujours une réception hospitalière.
"Le son des cloches et la pompe des processions at-
testent la liberté dont jouit ici le culte des chrétiens. Deux
cents monastères observent rigoureusement ia règle de
saint Antoine. Un grand nombre d'ermites demeurent
dans les antres et les cavernes (i). Quoique réunis à l'E-
glise romaine, et ayant renoncé à l'hérésie de Mitron leur
fondateur, en conservant toutefois l'usage de célébrer
l'ofËce divin suivant leur rite et dans leur propre dialecte
qui est un mélange de syriaque et d'arabe , les Maronites
(<) Daiidùii, Voj'age lu mont Liban , pas
: La Syrie avec la Palestine. 21 r
maintiennent l'antiijue institution du mariage des prêtres.
Il règne ici une ferveur de dtîvotion qui rappelle les siècles
de l'Église primitive.
« Les Druzes, an nombre de i So,ooo, habitent au sud des
Maronites. Ils peuvent mettre sous les armes i5,ooo hom-
mes, ; compris 4ooo chre'tiens qui habitent plusieurs vil-
lages où ils ont leurs églises. Leur contrée est divisée en
plusieurs quartiers qui diffèrent par le sol et les pi'oduc~
tions. Le Matnéh, qui est au nord, renferme, au sein de
ses rochers , de riches mines de fer. Le Gharb , qui vient
ensuite , nourrit de belles forêts de sapins. Le Sa/thel, dont
nous avons parlé, ou le pays plat , voisin de la nier , produit
des mûriers et des vignes. Le Choùf, canton central ,
donne les meilleures soies. Le Fefah, ou le district des
pommes, est au midi. I^ Chakif 9. les meilleurs tabacs;
enfin, on désigne sous le nom de Djourtl la région la plus
élevée et la plus froide, où, dans l'éié, les pasteurs se
retirent avec leurs troupeaux (0. Deir-el-Kamar ou Dalil-
Camar, c'est-à-dire la maison de la lune, gros bourg mal
bâti dans le canton de ChouJ', est la résidence de l'émir on
prince des Druzes qui y habite une forteresse,
- C'est la religion qui élève une barrière entre cette
peuplade et les autres Syriens. Long-temps ignorée en Eu-
rope, concentrée parmi les OkhaU on docteurs des Druzes,
elle est à présent connue par ta publication de plusieurs
livres dogmatiques écrits en arabe, mais d'un style très-
obscur (a). Les Druzes croient à un seul Dieu qui s'est
montré pour la dernière fois sous une figure humaine dans
la personne de Hakein, calife d'Egypte, en io3o. Ils ne
C') /"oiiiey, Voyage en Sjric, 11 , i;3. — W ^(i/er, Musseum Kuficum
_ Borgiaiiitm(Uoine, 17B1). Eichham, Ana^ton ilépertoire de Litléra-
^ (lire biblique et orientale, XII, ar[. 4- -AdUr, Méra. iliid. , XV, art. 8,
^U Brunt ,DisBerlat. XVII, art. 3. Pau^ , dans ses MemoraùHia , 1, -irt, S
^1' etq. Fenture, ilana lea Annales des Foyages , IV, 3iS s/fij.
L
212 LITRE CENT VIHGT-CIMQUlfeME.
pratiquent ni circoncision, ni jei\nes,nl prières j ils boivent
du vin, mangent du porc, se marient entre frère et sœur,
et ont le droit d'avoir plusieurs femmes. Persuades que
toutes les autres croyances viendront se fondre dans eelle
qu'ils professent, ils les regardent toutes avec une indiffé-
rence égale; cependant les chrétiens ont cru voir qu'ils
méprisaient particulièrement le mahométisme. D'autres
doctrines, qui respirent la plus haute antiquité, se mêlent
à ce système de déisme : telles sont la croyance en la mé-
tempsycose et l'adoration d'un veau ('}. Ces traces d'an-
ciennes religions des Samaritains et de quelques sectes
juives, autorisent bien la judicieuse conjecture d'après la-
quelle la société politique des Druzes serait antérieure à
l'époque du calife Hakera et de son prophète Hamzah ou
Hamzeh. Cette conjecture prend le caractère d'une grande
vraisemblance lorsqu'on rapproche les passages où les Hé-
breux parlent d'une nation d'//«/'jW, ceux où les Grecs et
les Romains peignent la valeur indomptable des Iturœi, maî-
tres du Liban depuis Beryte jusqu'à Damas P) , et le témoi-
gnage d'un voyageur moderne, selon lequel le vrai nom
de Druzes serait Diirzi ou Turzi (4). On est tenté de penser
que les anciens Iturœi, Ilurs, ou Turzi, se sont toujours
maintenus dans une sorte d'indépendance au milieu des
révolutions qu'a éprouvées la Syrie, et que la doctrine
d'Hakem n'a fait que prêter une nouvelle énergie à une
association déjà formée.
«Selon un voyageur récent, le nom de Druze indique-
rait une secte qui étudie les mystères; il dériverait du
(') Atarili, Islaria île FacaiMlino ( Livournu, 1787 ), p, 3<) ilc la trnd.
allem. Niebahv, Vojage , Il , p. ^18. — (') Paralip., I . cop. 1 , v. 3;
L-ap. 3, V. 19. Joii^ptK, Aoliq. judaic. , XIII, ig.— W Whi. . V, 33.
Sirab., XVI, p. 10^3- tiK,!). Almelov. Ci'c. , Philipp., Il, 8-^4. Dion
Ca.*. ,XXX1X . 5-59. ^ppian. , Bell, ci», , V, <o.-~^'')Niehû,r. Voyage.
11 , p. 436 en ■llem.
i : La Syrie avec la Palestine. a 1 3
■sei'be tlarass , qui signifie étudier. Le fondateur de cette
secte serait Monsoui-ebn-el-Aaïir, que les Druzes nomment
Mohamed-ben-Ismael , qui naquit au Caire l'an 985 de notre
ère, succéda à son père, et se déclara troisième calife de In
race des Fathmioun en Egypte j puis il prétendit être un
Dieu incarné et descendu de Fatinie, fille de Mahomet. Ses
prosélytes devinrent nombreux; il conquit la Syrie, per-
sécuta les juifs et les chrétiens, et fut massacré en 102t.
Hamzeh, son disciple, déclara qu'il avait disparu, et avait
laissé un manuscrit précieux sur sa doctrine : on peut
considérer celle-ci comme un tissu de rêveries mêlées de
doctrines juives , chrétiennes et musulmanes (')■
« Quelle que soit l'origine des Druzes, cette nation peu
nombreuse représente seule, en Turquie, la dignité de la
nature humaine. Républicains par l'austérité de leurs
mœurs, toujours redoutés comme rebelles, ou respectés
comme vassaux libres par les pachas voisins, ils obéissent
pourtant à un prince héréditaire.
«. Quand ta famille régnante est éteinte, un autre prince
estporteautroneparlessuffragesdupeuple.il est toutefois
obligé de se reconnaître tributaire de la Porte. Le hakem
ou émir régnant ne peut faire la paix ou la guerre qu'après
avoir consulté les notables ; mais tout paysan qui , par son
esprit et son courage, a acquis quelque crédit, a droit de
donner sa voix dans l'assemblée générale. Les prêtres ou
okhals ont plusieurs degrés d'initiation, dont le plus élevé
exige le célibat
'Plusieurs familles jouissent d'honneurs particuliers; mais
une noble simplicité les rapproche tous dans ta vie sociale.
Invincibles dans leurs montagnes, ils ignorent l'art de com-
battre en plaine; leur fidélité égale leur courage, jamais ils
(0 No<e sur les Sruzes, c&traitc d'un mémoire miiDuscrït Aîté <lc
Sarde, 185G. — Nouvrilc» Annales des Voyage», iy, iB.la.
l4 LiVUE CEMT VINGT-CINQUIJÎMK.
ne trahissent l'infortuné qui vient implorer leur protection ;
mais ils vengent le sang par le sang, et on a vu Xe&feda-
riéhSf ou satellites de leurs émirs, semblables aux anciens
Assassins , frapper les ennemis de leurs maîtres au milieu
des cités populeuses ('}■
■ La jalousie des Druzes est poussée très-loin. Un voile
sévère dérobe à tout regard profane les charmes de leurs
femmes , qu'on dit très-belles et animées des sentimens exal-
tés des Lacédémoniennes. Le mari entend avec peine le bien
qu'on lui dit de sa femme, et un éloge un peu vif delà part
d'un étranger expose la vie d'une Druze W. L'agriculture et
la politique forment le sujet des conversations des Druzes
rassemblés devant leurs cabanes ; les enfans môme écoutent
en silence le rustique sénat, et, ignorant l'art de lire, se
livrent avec joie aux exercices guerriers.
" Les Moutoualis , nommés pour la première fois par Ar-
vieux(3), occupent la grande vallée qui sépare les deux
chaînes principales du Liban , et dont les modernes
aiment à désigner la plus orientale sous le nom d'Anti-
Liban. Ce sont d'anciens Syriens qui ont embrassé la
doctrine des Schïites mahométans; ils adorent le calife
jîli presque à l'égal de la Divinité. Gouvernés comme
les Druzes, leurs rivaux constans, par des cheiks et des
émirs, ils se sont fait redouter des Turcs : leur cavalerie
passait pour invincible; mais la discorde les a singulière-
ment affaiblis.
" Dans leur pays se trouve Baalbek ou Balbek, ville de
1 5oo âmes , qui est comme ensevelie dans les ruines impo-
santes de l'ancienne Héliopolis. Le portique du temple du
Soleil j quoique défiguré par deux tours turques , est d'une
beauté inexprimable. On sait qu'il fut construit sous !e
L.
(') fenlurt, Ann.i). des Vojag., [V, 345. — ('1 Niebulir. Il , 35^-435.
Aivieux , I, oliap. 6. — (') Honobstanl /'o/nfy, II , jg.
Asii: : La Syrie avec la Palestine, ai5*"
règne d'Antonin-!e-Pieux. On a tiré d'une carrière voisine
les matéi-iaux qui ont servi à construire le temple. Il rpste
encore attaché au fond de cette carrière une pierre qui a
70 pieds de longueur, i4 de largeur et i4 pieds 5 pouces
d'épaisseur. Qu'on juge de la grandeur des édifices auxquels
on employait des blocs semblables!
"Au pied oriental du Liban, de nombreux ruisseaux
arrosent la fertile prairie où s'élève l'antique Damas, le
DamasGus des Romains, et le Dcmechk ou Cham-el-DÎ-
michk des Orientaux. Cette ville était célèbre par sa ma-
nufacture de sabres, fabriqués, à ce qu'il paraît, avec des
bandes minces et alternatives d'acier et de fer; ce qui les
rendait si flexibles qu'ils se pliaient jusqu'à la poignée, et
qu'ils pouvaient cependant couper les corps les plus durs,
Le seci-et de cette fabrication est aujourd'hui perdu. Ta-
nierlan emmena les ouvriers en Perse; pourtant on y fabri-
que encore des sabres, mais moins bons. D'autres manu-
factures produisent d'excellent savon et des étoft'es mêlées
de coton et de soie ; les ouvrages d'ébénisterie en bois
|»récieux, ornés d'ivoire et de nacre de perle, ont excité
l'admiration des Européens (i). !-« commerce et le passage
des caravanes pour la Mekke animent celte ville j la grande
rue qui la traverse offre deux rangs de boutiques où les
richesses de l'Inde brillent à côté de celles de l'Europe W.
La population peut aller à près de i5o,ooo âmes. Les mai-
sons particulières de Damas , d'un aspect simple au dehors ,
offrent dans l'intérieur tout l'éclat et tous les agrémens
d'un luxe rafQne; on y marche sur le marbre; on voit
briller de toutes parts l'albâtre et la dorure ; chaque grande
sède un ou plusieurs jets d'eau qui jouent dans
1
I
(0 SchiUze, Voyage, etc., Aam PauUts, Collection des Voyages dan»
l'Orient, Vil, i;4' — W Nouveaux Mémoires de» Missious de la Com-
pagnie de Jésus, VI, tt-j it/if.
1
I
■ si"""
2l6 LIVRE CEIÏT VINGT-CIWQUIÈME.
de magniliques bassins (']• La moindre habicatlon a trois
conduits d'eau, l'un pour la cuisine, l'autre pour le jardin,
le troisième pour nettoyer les immondices. Les mosquées,
les églises, les cafés de Damas répondent à cette magnifi-
cence: le Chan-Verdy, ou café aux rosiers, est regardé
comme une des curiosités du Levant. ■
La longueur de cette ville, dit un vojageur anglais (2) ,
paraît être de 3 milles et sa largeur de 3. Elle s'étend sur
la lisière orientale d'une belle plaine près d'une chaîne de
collines au nord-est, et la plaine s'agrandit à perte de vue.
Les maisons de Damas, construites le bas en pierres, le
haut en briques jaunes , et les édifices publics peints des
plus riantes couleurs, donnent à la ville un aspect ravissant.
C'est au centre que se trouvent le château entouré de mu-
railles et la grande masquée , édifices imposans par leur
magnificence. Les nombreux minarets qui s'élèvent dans
tous les quartiers donnent à cette importante cité un ca-
ractère particulier d'élégance. Les jardins qui l'entourent
du côté du nord, les plantations d'oliviers et les longues
avenues au midi, les nombreux villages à l'est, le grand
faubourg de Salbejah à l'ouest, tout cela, joint aux som-
bres et hauts cyprès, aux peupliers élancés, aux champs
de blé, aux rivières et aux ruisseaux qui fertilisent le sol ,
présente un paysage enclianteur et cligne de l'imagination
descriptive d'un conteur arahe. Ajoutons que ses rues sont
bien pavées et garnies de trottoirs,
«Les environs de la ville, arrosés par le BaiTady et
d'autres petites rivières, présentent en toutes saisons une
verdure agréable et une longue série de jardins et de mai-
sons de campagne. La vallée de Damas, ou le Goittha.,
est, selon Aboulfeda, le premier des quatre paradis ter-
(0 MaiindreU, Joaracyirom Aleppnto Jcrusalcm , p. 1 aS (dililion G'},
Schulie, (fans k Collection t\ePaulus, VU, 177 si/q. — f') J. Btickin-
gkam .' Travpis arnoog the orab Iribcs. — 183S.
I
ASIE : La Sjrie avec la Palestine. nf]
rcstres (')• Fnut-ïl que partout les lieux les plus charmans
soient habités par des mëchansl' Les Damasquins sont
accuses de fanatisme par les chrétiens , et de perfidie par
les musulmans. Trois proverbes arabes peignent le carac-
tère des babitans de trois grandes villes voisines de l'Ara-
bie; Sclianii scho/imi, les Damasquins sont traîtres; Halebi
tchelebi, les Alepins sont petits-maîtres ; Maseij harami ,
les habitans du grand Caire sont vindicatifs (a). Mais un
voyageur récent, Seelzen, contredit ces idées reçues, en tant
qu'elles regardent les Damasquins. •
>> Il nous reste à considérer l'ancienne Palestine, avec les
petites provinces qui le plus souvent en ont fait partie et
qui dépendent du pacbalîk de Damas. Au sud de Damas
s'étendent les contrées nommées Aumnitis et Gaulonitis
par les anciens, aujourd'bui Hauran et Chauldn, contrées
formées presque en entier par une vaste et superbe plaine
qui n pour limites, au nord, XHermon des anciens, aujour-
dliuï Djebel-el-Schech; au sud-uuest Djebel-Edgetlwim, et
à l'est Djebel-Haouran. Toutes ces contrées ne renferment
pas une seule rivière qui conserve de l'eau pendant l'été;
il n'y a que des torrens ou ouadi. La plupart des villages
ont chacun leur éiang, qu'ils laissent remplir par un ouadi
pendant la saison de la pluie. Dans toute la Syrie il n'y a
pas de contrée plus renommée pour la culture du froment
que le Baotiraii. Quand le vent remue les blés, la plaine
immense présente l'aspect d'une nier ondoyante. On trouve
dans cette plaine des tertres épars, dont chacun porte un
village habité ou désert. Tous ces tertres, toutes les pierres
roulées qu'on trouve dans les champs, toutes les pierres
de bâtisse et la montagne entière de Haonran, consistent
uniquement en basalte; toutes les maisons en sout con-
struites, ce qui leur donne un aspect sombre; les hattans
.ilii LIVRE CENT V(KGT-ClNQtIIEME.
même des portes sont de celte substance ('). L'ancienne
Bostra, ou Bosra, chef-lieu du pays de Haouraii et capi-
tale de l'Arabie romaine dans le HP siècle, conserve en-
core son nom , maïs elle est en ruines. On y voit la colon-
nade d'un temple et un long pont qui conduit à un château
construit sur l'emplacement d'un vaste théâtre romain.
1 Le district de Bothïn, l'ancienno Batanea, ne renferme
que des montagnes calcaires; on y voit de vastes cavernes
creusées dans le roc, et où des familles de bergers arabes
vivent à ia manière des anciens Troglodytes; le troupeau
de chèvres vient spontanément offrir ses mamelles pleines
de lait, et un énorme tronc d'arbre allumé chasse à la
fois le froid et les ténèbres. C'est ici qu'un voyageur mo-
derne a découvert les magnifiques ruines de Gerasa , au-
jourd'hui Djerrach, où des temples, des amphithéâtres et
plusieurs centaines de colonnes, encore debout, attestent
la puissance romaine (^), Cette découverte confirme l'opi-
nion de Mannert, qui a fixé l'emplacement de Gerasa beau-
coup plus au midi que ne le veut d'Anville. Le mont Edje-
ioun, l'ancien Gilead, nourrit des chênes à noix de galle.
Les hahitans de la ville de Es-Szalth , chef-lieu de la con-
trée El-Beika, l'ancienne Perœa, n'obéissent à personne;
leur territoire présente, sur ses nombreuses terrasses, un
mélange de vignes, d'oliviers et de grenadiers, Knrrak-
Moab, ou simplement Kcrek, siège d'un évèque grec , clief-
lieu d'un canton qui répond à l'ancienne Moabitis , doit
être distingué d'un autre Karrak dans l'Arabie Pétrée.
Telles sont les contrées à l'orient du Jourdain.
"Cette rivière, dans la partie supérieure de son cours ;
borde la fertile et pittoresque Galilée, qui forme aujour-
d'hui le district de Sftfètdou Safei. La ville de ce nom est,
L
I') Seelzcn. Annalrs ilt's Vojiiges, 1 , p. ïgB, prtmii-re ûdilioii (^i"
i" ). — '.') Seetaai . CorrMpoatlann; tic M, Zacli , XVJIl , ^'5.
jVsie : La Sjrrie avec la Patextine. -j ig
dit-on, l'ancienne Belhu/ia qu'assiégea Holoferne et qui
vît naître Tobic. Elle occupe une montagne au pied de
laquelle s'étendent de toutes parts des bosquets de myr-
tes (']■ ' Sa citadelle, quîpai-ak être une des plus anciennes
constructions de la Palestine , est remarquable par l'épais-
seur de ses murailles. La prétendue maison de Jacob n'est
qu'une suite de tombeaux taillés dans le roc. Safet est une
des quatre villes regardées comme sacrées par les Juifs,
qui y ont une école célèbre et une imprimerie.
■ Tabariék, peuplée de 4ooo âmes, remplace la «grande
ville de Tibérias, qui donna son nom au lac voisin, appelé
aussi le lac Génézarelh ou la mer de Galilée. Des dattiers,
des orangers, des indigotiers couronnent ce pittoresque
bassin; maïs aucune barque de pêcbeur ne poursuit les
milliers de poissons qui s'y jouent (.'^j, » Un peu plus loin
vers le nord-est se trouvait Capharnaum, dont il n'existe
plus de traces.
Nazareth, aujourd'hui Nasra, où naquit Jésus-Christ,
est une ville à laquelle les voyageurs modernes accordent
4000 habitans, la plupart chrétiens. Lu rue principale est
droite; les maisons ont toutes une partie souterraine
creusée dans la montagne. Le couvent de Franciscains
passe pour le plus beau de la Palestine : il est habité par
Il religieux; l'église de l'Annonciation est aussi la plus
belle après celle du Saint-Sépulcre à Jérusalem : sous cette
église il en est une souterraine qui passe pour avoir été
construite sur l'emplacement de la demeure de la vierge
Marie, dont chaque partie est occupée par une chapelle ;
non loin de là tes religieux montrent aux pèlerins l'atelier
de Joseph , l'école que fréquenta Jésus et une piene en
forme de table sur laquelle ils assurent qu'il mangea avant
et après sa résurrection. Dans les environs on voie encore
k
v')&?.u;îe,ilaQsbColle<:. Jcfofi/uj.VlI.Go. — (■')Ai!e<ie»,ib. ,j4o.
1
i
220 LEVm CENT VIWGT-CINQUIEME.
la petite ville de Caria, peuplée de 5oo familles , et célèbrp
par le miracle de leau cliangée en vin.
" A deux lieues au sud de Nazareth s'élève , au-dessus
de la plaine d'Ezdrelon, une pyramide de verdure; les
oliviers et les sycomores en couronnent le sommet, où
s'étend une plaine couverte de blé sauvage j c'est le mont
Thabor, V Atabyrion ou \ Ithaburius des anciens , célèbre
dans les fastes des armées françaises par la victoire qu'y
remporta ISonaparte en 1799. Du haut de ce mont, où
une tradition vénérable place la scène de \a. transfiguration
de Jésus-Christ, la vue plonge sur !e Jourdain, le tac de
Tibérias et la Méditeiranée [')■
■ I^ Galilée serait un paradis si elle était habitée par
un peuple ^dustrieux; 00 y voit des ceps de vigne qui
ont un à deux pieds de diamètre, et qui forment avec leurs
branches de vastes salles de verdure: une seule 2
appe
raisin, longue de deux à trois pieds, sulTit, avec de l'eau
et du pain , au souper d'une famille entière W. Les plaines
d'Ezdrelon et tous les autres cantons de pâturages sunt
occupés par des tribus arabes; autour de leurs tentes
brunâtres, les agneaux et les moutons bondissent en ca-
dence au son du chalumeau qui , à l'entrée de la nuit , les
rappelle (5). .
L'ancienne Samarle cumprend les districts SAreta et de
N<iplotis. Dans le premier on trouve, au nord de la foràt
de chênes nommée anciennement Saronas, les restes de
Cêsarée, bâtie par Hérode, restaurée par saint Louis et
qui fut le séjour des rois de Jérusalem, On l'appelle aujour-
d'hui Kaisariéh. C'est une ville qu'on est étonné de voir
abandonnée, car on y trouve encore des rues, des places,
des églises assez bien conservées, un port en bon étnt et
('] Maundrell, a Journcy, cLc. , p. 1 iTi, Nau, De la S'allc , cLc , etc.
(') Schdze. dans la Collection de Paidus . VU , 101,
y) Scimht , dans ta Collection île Patdai , VII , p. (i8-
ASIE : La Sp-ie avec la Palestine. la
des remparts qui ne sont pas entièrement tombés. On y
remarque des colonnes de marbre et de granité qui pa-
raissent avoir appartenu au grand temple d'Auguste.
« Au sud-ouest du golfe de Saint- Jean- d'Acre s'étend la
chaîne de montagnes dont le promontoire est spécialement
connu sous le nom de mont Carmel, nom fameux: dans les
annales de la religion; là, dit-on, le prophètft Elie prouva
par des miracles sa mission divine; là des milliers de reli-
gieux chrétiens vivaient dans des grottes taillées dans le
roc; alors toute la montagne était couverte de chapelles et
de jardins : aujourd'hui l'on n'en voit que les ruines éparses
au milieu de forêts de chênes et d'oliviers dont la verdure
est interrompue par la blancheur des rochers calcaires !')■
L'ancienne église, qui avait été démolie par suite de l'in-
surrection grecque, a été rebâtie avec les matériaux de la
première au moyen des sommes envoyées par Charles X.
Un air vif et pur embaume les hauteurs du Carmel, tandis
que dans l'intérieur de la Galilée et de la Samarie l'at-
mosphère est quelquefois obscurcie par des brouillards
secs W. "
La ville de Naplous, l'ancienne Kéapolis du siècle
d'Hérode, mais plus connue sous son nom primitif de
Sic/iem, renferme, dans des maisons de peu d'apparence,
une population considérable pour ce pays désert: on la
porte à 10,000 âmes. On y montre encore les grottes sépul-
crales de Joseph, de Jacob et de Josué, ainsi que le puits
creusé par ce dernier. C'est à Naplous que Bonaparte fit
exterminer, en 1799, un corps de Naplousiens qui, après
avoir été faits prisonniers et renvoyés sur parole, avaient
repris les armes contre les Français.
Les Samaritains , nommés en arabe Semrc, adorent encore
I
<0 PkiUppusà iiincfa Trinilete, Itiner.
(>] Scladze, dans h Collection de i><iuAu, Vil, 5S.
322 LIVIiF, Ci-NT VINGT-CINQUIEME.
Jcliovali sur les verdoyantes hauteurs de Garizint (') , où ils
avaient jadis un temple qui rivalisait en magnificence avec
celui de Jérusalem, Ils ont oublie leur idiome, qui était un
dialecte deriiebreu. A deux lieues plus au nord, des vergers
couvrent les ruines de Samarie, aujourd'hui petit village
appelé Sebaste ., ou Kalaad- Sànour ; le pays produit en
abondance du blé, des soies et des olives W.
" La Judée proprement dite comprend le district de Gazn
ou l'ancien pays des Philistins, celui de KhalUoaà'Hébron,
et celui à'El-Kods ou de Jérusalem. Dans le premier on
remarque, outre le chef-lieu du iiiême nom, le célèbre
port de Jaffa-i qu'on devrait écrire lufa, et qui répond ;i
l'ancienne Jappé, Tour à tour fortifiée et démantelée , dé-
vastée et rebâtie, cette ville change continuellement de
face dans les relations des voyageurs. On s'accorde cepen-
dant à lui donner 4 ou 5ooo habitans^ elle s'élève en am-
pbithéAtre au bord de In mer sur une colline que domine
une forteresse en ruines. >, C'est ici que , suivant une tradi-
tion populaire, Noé construisit l'arche; c'est ici que dé-
barquèrent les matériaux que Saloraon employa dans la
construction du temple de Jérusalem; c'est ici que Bona-
parte, voulant rassurer son armée effrayée des ravages de la
peste, toucha les tumeurs pestilentielles d'un grand nombre
de pestiférés pour prouver que ce Héau n'était point conta-
gieux; enfin c'est ici qu'abordent les pèlerins de Jérusalem.
Si la Judée était cultivée, les exportations de cotons de ce
port seraient considérables.
■■ Le sol , composé d'un terreau sablonneux , s'élève de
Jaffa vers les montagnes de la Judée en formant quatre
terrasses (5). Les bords de la mer se couronnent de len-
tisques, de palmiers et de nopals; plus haut, les vignes,
1
ASIE : La Syrie avec la Palestine. 2j.?t
les oliviers, les sycomores répondent nu soin du Jardinier;
les bosquets naturels se composent de chênes verts, de
cyprès, d'andrachnes et de téiëbinthes ; la terre se couvre
de romaiins , de cistes et de tubéreuses. Pieire Bp.Inn com-
pare la végétation de ces monlagnes à celle de llda en
Ci'ète(i). D'autres Toyageurs ont dîné à l'ombre d'un ci-
tronnier de la grandeur d'un de nos forts chênes j ils ont
vu des sycomores qui ombrageaient trente personnes avec
leuri clievauxW. Le vin de Saint-Jean, près Bethtéhem,
est délicieux. Les oliviers sauvages, près Jéricho , donnent
de très-grands l'ruits et une huile très-fine (3J. Dans les
lieux arrosés, le même champ, après avoir donné des
blés au mois de mai, produit des légumes en automne:
plusieurs arbres fruitiers sont continuellement ehargés,
en même temps , de Heurs et de fruits ; les mAriers , plantés
en ligne dans les campagnes, sont enlacés de branches
de vigne (4). Si , dans les chaleurs, cette végétation semble
languir et même s'éteindre, si dans les montagnes elle est
en toutes les saisons clair-semée, il ne faut pas s'en prendre
uniquement à la nature de tous les climats chauds et secs,
mais encore à l'état de barbarie où sont plongés les habi-
tans actuels. On aperçoit encore les restes des murs par
lesquels les anciens habitans soutenaient les terres, les
débris des citernes où ils recueillaient les eaux de pluie, et
les traces des canaux par lesquels ces eaux se distribuaient
dans les campagnes. Quels prodiges de fertilité ces soins.
n'ont-ils pas dii produire sous un soleil ardent où il ne
faut qu'un peu d'eau pour vivifier les germes des végétaux !
Les rapports des anciens sur la fertilité de la Judée,
{■) Pierre Belon, Observ , Ju plusieurs singularilés , p. 1^0. Jfasselijiiist ,
VojngeenPalfisline.p. 535, 5.ïo, 5(i3,etc. (en allem.). —i.^) Scliuhe ,
JoDs Paulits, CoUettion, V!, ajS; VII, 3(. — (3) &/m£te, Vojagcs ou
les Voies du Très-Haut, clc. . H, 86. i35 (en allcm,). — [4) A'one,
Voyoge en Palestine, p, 187 (en allem.). ffasselquisl, passim.
'Ja4 LIVnK CENT VlNCT-ClNQlJlIiME.
recueillis par l'abbe Guenée, no présentent donc iiuciine
contradiction avec IcÉat présent des choses. -C'est pré-
■ cisement, dit Bel on , le cas des îles de l'Archipel; l'es-
• pacc où à présent on voit languir une centaine d'indi-
1 vidus en nourrissait autrefois des milliers. - Moïse a
pu dire que dans le Chanaan il coulait du lait et du miel;
les troupeaux des Arabes y trouvent encore des pilturages
très-succulens, et les abeilles sauvages ramassent dans le
creux des rochers un miel parfume qu'on voit quelquefois
en découler. D'un autre côie, les anciens, et surtout les
Hébreux, n'ont pas négligé de remarquer l'aridité de la
chaîne centrale de la Judée et des déserts qui s'étendent
fi l'est de ces montagnes vers In mer Morte. Des pierres,
du sable, des cendres, quelques arbustes épineux; voilà
ce que les anciens et les modernes y ont vu. Helon avait
déjà remarqué ce contraste entre le^ deux versans de la
chaîne de Judée.
» En s'approchant du centre de la Judée, dit un écrivain
• célèbre, les flancs des monts s'élargissent et prennent à la
» fois un air plus grand et plus stérile; peu à peu la végétation
» se retire et meurt, les mousses même disparaissent, une
» teinte rouge et ardente succède à la pâleur des rochers
• Au centre de ces montagnes se trouve un bassin aride,
> fermé de toutes parts par des sommets jaunes et rocailleux;
■ ces sommets ne s'entrouvrent qu'au levant pour laisser
" voir le gouffre de la mer Morte et les montagnes lointaines
' de l'Arabie. Au milieu de ce paysage de pierres, sur un
■ terrain inégal et penchant, dans l'enceinte d'un mur, on
" aperçoit de vastes débris, des cyprès épars, des buissons
<• d'aloès et de nopals; quelques masures arabes, pareilles
" à des sépulcres blancliis, recouvrent cet amas de ruines :
' c'est la triste Jérusalem l').. Cette admirable peinture
(0 De Chateaubriand, les Miirlyrs, oh le Triomphe de la Hcligion
cliràicnnc, liv xvi[ , vol. II , p. iio. Qiintrij'inc i^dtljon.
ASIE : La Syrie avec la Palestine. aaS
de la ville sainte, dans le IQ' siècle, lui convient encore
à peu de cliose près. Quoique peuplée de 20 à 3o,ooo ha-
bitans, selon les estimations incertaines des voyageurs,
cette ville ne présente à la vue que de tristes masures qui
ressemblent plutôt à des prisons qu'à des habitations; ce-
pendant l'intérieur est plus élégant et plus riche que ne
l'annoncent les dehors. Trois couvens appartenant ans La-
tins, aux Grecs et aux Arméniens, ressemblent à des châ-
teaux-forts. La mosquée élevée sur l'emplacement du tem-
ple de Salomon domine avec éclat une belle place ; mais les
chrétiens n'ont pas la permission d'en approcher, encore
moins celle d'y entrer. L'église du Saint-Sépulcre enfermait
dans son enceinte magnifique, mais irrégulière, la place où
futélevée la croix de Jésus-Christ, et la grotte où son enve-
loppe visible fut déposée. Une garde turque lève des droits
d'entrée sur le pieux pèlerin qui visite les endroits mémora-
bles où le premier fondateur du christianisme confirma par
sa mort sa morale divine. Tel est néanmoins l'empire de la
■vérité; le mahométan même, s'arrètant avec respect devant
ces lieux, s'écrie: Ici mourut un ami de l'humanité, un
martyr de la vertu! En i8z i , un incendie réduisit en un mon-
ceau de ruines ce sanctuaire commun des nations chré-
tiennes; le cénotaphe qui couvre l'entrée du tombeau résista,
comme par miracle, à la chute de la coupole enflammée. •
Cet édifice, fondé sur la colline du Calvaire, avait été bâti
par l'impératrice Hélène ; il renfermait les tombeaux de Go-
defroi de Bouillon et de Baudouin. En 1812, il fut recon-
struit aux frais des moines grecs, soupçonnés d'y avoir
mis le feu. 11 a environ 100 pas de longueur sur 60 de lar-
geur; mais la distribution en est si bien faite que malgré
sa faible étendue il renferme treize sanctuaires ou chapel-
les, consacrés à l'un des mystères de la Passion, de la mort
et de la résurrection de Jésus-Christ. Des moines grecs et
latins habitant ses dépendances, s'occupent à célébrer dans
1
I
aa6 LIVRE CENT VINGT-CISQDIÈME.
son enceinte les cérémonies du culte, cl a entretenir les
lampes i{ui brûlent continuellement dans les différentes
parties de l'église. Les pèlerins qui viennent visiter celle-ci
sont d'abord conduits près d'une large pierre entourée d'une
grille où sont aitacbéea plusieurs lampes; ils ne s'en appro-
(^bent que sur les genoux : on dit que c'est sur cette pierre
que le corps du Sfiuveur à u monde fut embaumé avant d'être
mis dans le sépulcre. Un peu plus loin, sous le dôme, est le
tombeau de Jésus-Cbrist, autel en marbre de y pieds de long
sur 3 ^- de large, entouré de petites arcades et éclairé par
des lampes d'une grande richesse. Au fond de lediHce se
trouve sur une plate-forme, à laquelle on arrive par quel-
ques degrés, une pierre qui passe pour avoir servi de
siège à l'ange qui vint annoncer à Marie la résurrection
de son divin fils,
Jérusalem renferme des objets vénères aussi par les
Turcs : telle est , dans la masquée d' Omar, la Sakhra-Halah
ou la roche sacrée. Elle a 33 pieds de long; c'est sur cette
pierre que le patriarche Jacob reposa, dit-on, sa tète; les
Turcs prétendent même y reconnaître l'empreinte du pied
de Mahomet qui s'y serait placé pour monter de là au ciel,
et qui la fait garder par une légion de 70,000 anges. Cette
mosquée, appelée el Hnram ou la sacrée, est une réunion de
plusieurs mosquées comprises dans une même enceinte.
L'une des deux principales est appelée el Aksa , la reculée,
parce que pour les Arabes elle est en effet beaucoup plus
éloignée que celle de la Mekke : elle est divisée en sept
nefs dont la principale, située au centre et surmontée d'une
coupole, a 160 pieds de long sur 32 de large; l'autre, nom-
mée el Sakhra ou ta roche, a été construite pour renfermer
la pierre de Jacob dont il vient d'être question. Elle est de
forme octogone , et d'un diamètre de 160 pieds, surmontée
d'une coupole de pS pieds de hauteur, que supportent
quatre piliers et 12 colonnes magnifiques. L'entrée princî-
L
ASIE : La Syrie avec la Paiestine. aay
pale de la mosquée est ornée d'uD portique soutenu par
huit colonnes d'ordre corinthien. Cet édifice s'élève sur
l'ancien emplacement du temple de Salomon.
Deux autres édifices méritent encore d'être cites : l'un
est l'immense couvent des Arméniens , qui renferme environ
looo chambres pour loger les pèlerins; l'autre est le cou-
vent catholique de Saint- Sauveur dont l'église est tellement
riche de tous les dons faits par les différentes cours de
l'Europe qu'on évalue à plus de 8 millions de francs la va-
leur des ornemens précieux qu'elle renferme. Jérusalem, que
les juifs nomment leruschalàim , est environnée d'une mu-
raille d'environ une lieue et demie de circonférence; on y
compte sept synagogues, ses rues sont étroites, tortueuses
et mal pavées, à l'exception des trois principales; les mai-
sons sont la plupai-t en pierres , à 2 ou 3 étages , et terminées
en terrasses : elles ne reçoivent le jour que par une petite
porte et pai' une fenêtre grillée en bois. Tout y indique la
misère des habitans. La principale industrie de ceux-ci
consiste dans la fabrication et la vente de rosaires, de re-
liques, et de quelques tissus de soie et de coton.
La population paraît se composer de 6 à 7000 chrétiens,
de 6 à 7000 luahométans et la à 1 6,000 juifs. La plupart
des chrétiens habitent aux environs de leurs monastères,
dans le quartier haut et dans la partie orientale de la ville ;
Ifis mahoraétans habitent près de la mosquée d'Omar. Les
Âl'méniens de Jérusalem scmt très-hospitaliers ; ils sont en
général d'une forte constitution et d'une haute stature.
Leurs femmes sont aimables et prévenantes. Généralement
beUea,ellesontles yeux noirs et une physionomie agréable.
a Peu de villes ont éprouvé autant de l'évolutions que
Jérusalem. Capitale du puissant royaume de David et de
Salomon , elle vit l'or d'Ophir et les cèdres du Liban orner
■ ^ ses temples. Dévastée par les Babyloniens, elle renaquit
H plus belle sous les Macliabée et les Hérode; l'architecture
i
LIVRE CEMT VINGT -CrMQDifeME.
grecque s"y introduisit , comme le démontrent les sépulcres
royaux , au nord de la ville (')■ Elle comptait alors plusieurs
centaines de milliers d'habitans^ mais une vengeance ce-
leste l'attendit, et dans l'année 70, Titus la détruisit de
fond en comble. Adrien bâtit à sa place la ville A'^lia Ca-
pilolina; mais, depuis Constantin, te nom de Jérusalem fut
rétabli par l'usage. Hélène, mère de cet empereur, orna la
ville sainte de plusieurs monumens. Dans le VIP siècle , elle
tomba au pouvoir des Persans et des Arabes ; ceux-ci l'ap-
pelèrent El-hods, la sainte, et quelquefois FA-Chérif, la
noble. Les chevaliers de l'Europe chrétienne vinrent la dé-
livrer des mains des infidèles, en l'an 1098 ; le trône des Go-
defroi et de Balduin ou Baudouin jeta un éclat momentané
«pie les discordes éclipsèrent. En 1187, Saladin replanta le
croissant sur les cimes de Sion. Depuis cette époque , con-
quise tour 3 tour par les sultans de Damas, de Bagdad et
d'Egypte, elle changea pour la dis-septième fois de maî-
tre, en devenant, en l'an iSi^, une ville turque.
■ BethlêherHy où naquit Jésus -Christ, est une petite ville
habitée par des chrétiens et des musulmans qui s'accordent
dans leur penchant à la révolte. La crèche où naquit le Sau-
veur du monde est recouverte d'une église magnifique , fon-
dée par sainte Hélène , et ornée par les dons pieux de toute
l'Europe. 1.
Cet édifice, qui est la seule curiosité de Bethlébem, est
assez spacieux; sa charpente en bois de cèdre est soutenue
par 48 colonnes en marbre rouge j toutes les chapelles
sont incrustées de matières précieuses telles que le maibre,
le jaspe et le bronze doré, et ornées de mosaïques et de
peinturesj une innombrable quantité de lampes d'or et
d'argent les éclairent. Un couvent de catholiques, attenant
à l'église, et qui par ses hautes murailles ressemble à un
château-fort, renferme la célèbre chapelle de la Natif Hé ,
(') Dt Chnttauliriarid , Kminae, 11, 35i-36i.
ASIE : La Syrie avec la Palestine. 229
vaste grotte souterraine pavée en marbre et comprenant
trois autels éclairés par des lampes d'argent : l'un s'é-
lève à la place où, suivant la tradition, naquît Jésus-
Christ; le second indique celle de la crèche, et le troi-
sième celle où les mages se prosternèrent devant le nou-
veau-né; près de là un petit bassin de marbre est, dit-on,
l'auge dans laquelle il fut déposé. I^es trois quarts des habi-
tans de Bethléhem forment 3oo familles, qui professent la
religion chrétienne, et fabriquent avec du bois et des
coquilles nacrées qu'on pêche dans la raer Rouge, des
croix , des chapelets et autres petits objets de dévotion
qui sont bénis au Saint-Sépulcre, à Jérusalem, et qui se
vendent aux pèlerins ou s'exportent à Sain t-Jean -d'Acre.
" Nous n'irons poim, en nous livrant à une critique mi-
nutieuse, discuter l'authenticité de ces traditions antiques ,
d'après lesquelles on indique les lieux consacrés par la pré-
sence de Jésus-Christ ; ces traditions peuvent offrir du vague ,
mais contiennent aussi du vrai. Nous dirons toutefois que la
ville d'Hébron, nommée en arabe Khalil^ et Kahr-[brahim ,
se vante à tort de posséder le tombeau d'Abraham , vénerie
des musulmans comme des chrétiens , ainsi que ceux d'Isaac ,
de Rebecca , de Jacob , de Rachel et de Joseph ; ce qui est
plus certain c'est qu'Hébron, situé au sud de Jérusalem,
dans une contrée moins aride, compte 4ooo à 5ooo habitans ,
qui passent pour se livrer au brigandage ; qu'elle produit de
belles verreries et exporte une grande quantité de dibsèy
espèce de sucre de raisin (1)-
On sait qu'Hébron se nomma primitivement Kîriatb-
Arba, qu'elle prétend à une très-haute antiquité, et que, selon
Moïse et l'historien Josèphe, elle était plus ancienne que
Tanis, Memphis et quelques autres villes de l'Egypte.
A 7 lieues au nord-est de Jérusalem, dans la grande et
fertile plaine nommée F.t-Gar, qu'arrose le Jourdain, oti
('J Siaw. Vnyanp i-n B.irliarir , PiileHinf , e\c.
a3o LIVRE CENT VIBGT-CIIiQlIlÈME.
visite le village de Ricka, ou Raka, appelé aussi Rak,
l'ancienne /encAo, à laquelle Moïse donne le nom de cite des
^(t/m/'era', nom qu'elle méritait ; mais les plantations d'opoiiï/-
samum, ou baumier de la Mekke , ont disparu , et les envi-
rons de cette ville ne se couronnent plus de ces fleurs que ,
par une erreur superstitieuse , on a nommées roses de
Jéricho. De loin cette cité célèbre semble être réduite à une
seule tour. Au lieu de cette muraille qui défiait les armées,
on ne voit plus qu'une haie de bois mort; à la place de ses
nombreuses habitations s'élèvent une douzaine de maisons
en pierres et couvertes en ciiaume.
- A l'orient de la Judée, deux âpres et arides chaînes de
montagnes enferment , entre leurs murailles noirâtres , un
long bassin creusé dans des terres argileuses, mêlées de
couches de bitume et de sel-gemme. Les eaus de la mer
Morte, qui recouvrent cet enfoncement, imprégnées de
sel, se chargent encore d'acide hydrochlorique et d'acide
sulfurique; ces eaux tiennent en dissolution une quantité
de sulfate de chaux et d'hydro chlorate de chaux, de ma-
gnésie et de soude, égale au quart de leur poids ('). " De
loin elles paraissent d'un vert pâle ; de près leur teinte
devient bleuâtre; lorsqu'on en prend dans le creux de la
main elles ont la couleur de l'huile. Cinquante pas avant
que le Jourdain ne s'y jette, les eaux de celui-ci contractent
un goût amer. « L'asphalte, ou bitume de Judée, s'élève, de
^L temps à autre, du fond du lac, flotte sur su surface et est
H^ recueilli sur ses rivages; autrefois on allait, en nacelle ou
^^^^^^_ en radeau, le chercher an milieu du lac; aucun voyageur
^^^^^^hn'a pensé à y naviguer, ce qui pourtant serait le meilleur
^^^^^^Knoyen de l'explorer. D'après la plupart des témoignages,
^^^^^^Fîl ne vit dans ce lac ni poissons ni mollusques; une va-
^^^^^^B^ur malsaine s'en élève quelquefois; on n'aperçoit çk et
H^^^^f iiA aux..environs qu un petit nombre d'arbres rabougris; et
^T I') Goiiiim. Kil>lir>lli<.'n<ii' hnlanni>)nr.
ASiK : La Syrie avec la Palestine. -iZi
SCS rives, affreusement stériles, ne retentissent des chants
d'aucun oiseau. Il paraît que le bassin de la mer Morte
était jadis une vallée fertile , en partie suspendue au-dessus
d'un amas d'eaux souterraines, en partie composée de
couches de bitume; le feu du ciel alluma ces matières
combustibles; les terres fertiles s'écroulèrent dans l'abîme
souterrain; les villes de Soilonw, de Gomorrhe et autres,
construites peut-être en pierres bitumineuses, devinrent
également la proie de ce vaste incendie. C'est ainsi que la
Géographie-Physique aime à concevoir les révolutions
dont ces lieux , selon Moïse , ont dû être le théâtre ('). •■
Le lac Asphaltite, ou la mer Morte , qui porte ces noms
depuis lu plus haute antiquité, est appelé par les Arabes
Bahr-el-Loud, ou mer de Loth; il a une vingtaine de
lieues de longueur et 5 ou 6 ilans sa plus grande largeur.
Sur sa rive orientale on trouve plusieurs sources sulfureuses
qui ont reçu les noms de Bains de Moïse , de Salomon et
de David; les montagnes qui l'environnent renferment
du bitume et des bois bitumineux; il paraît avoir été formé
par une éruption volcanique ; on remarque même à son
extrémité inférieure des roches qui portent l'empreinte des
feux souterrains. La pesanteur spécifique de ses eaux est
de 1,21, c'eat-à-dire d'un 5" plus considérable que celle
de l'eau distillée; elles ont un goftt désagréable, et l'on ne
peut en boire sans éprouver une sorte de suffocation.
Bien que les anciens voyageurs s'accordent à dire qu'on
n'y trouve aucun être vivant, et que les poissons du Jour-
dain y meurent dès qu'ils y sont entraînés, quelques mo-
dernes asstu-ent que ce lac nourrit quelques petits poissons
qui lui sont particuliers.
■) Ann.iLcï ilcs Voj.iges , XIJT . Mémoire tiir la mer Morte , iXaprr^
LITRE CEST VINGT-CIUQCIEUE.
TABLEAU des Divisions de la Syrie, sous les Romains,'
dans tes trois premiers siècles.
VILLES PRinClPjlLES.
Ancmie. .
Aucune . .
. Snmusata.
. CjrrhuB , Bersa (Alep),
■ Aotiochia'
. Laodieca, ad mare.
. Apamia, EmeiA.
. Chalcia.
. . Chalyboii , Thapsacm.
. Palmjra.
■ Damascus. Héliopolii.
PenUpolIs s, PaliEBl
Idumxa
Trachoniris
GauloDÎtis
Balança ou Batania..
Auranicig
Iturœi
DecapolM
Periea propria
Moahilis
■*.<rio™
,. Tibérias, Nazar^h.
"i,fleapoli>,i
, Cfesarea.
soiyma , v , Jd
lem , Jéricho, Joppé.
. Gaulon.
. Batanifl.
. . Gcrasa , Gadorn . Hippoi,
Adraa.Canalhti.
.. Pclln. Amathus.
..Pkllaildphia.
. Aréopulis.
TABLEAUX.
TABLEAU COMPARATIF (/ej Divisions de la Palesline o
Cbanaan, d'après les douze Triliwt.
ÀNCIEErNEE DIVISIONS
DIVISIONS judaïques.
SiJonxtm et Outniinéens.
; Tribu à'Aschri ou ^i«
Tribu de iVvAMKouff^ft-ljy^^^.g^^.,^^
Hévitea ou Hévèent. . ,
Idem et Phéréséem..
^Tribu A'Isasohar ou /jja- ^
bo., Jnnol. J
( Irihu d
idAp/iraim 1"
/Tribu de Berùamin
) Entre Ephtaim rt Jndi. Jn
Jebuséens
Héthius ou Héthéens , l Tribu (le Jada. -
Jmorites ou Àmonhéens. I Hibnin , Ji Jndét
f Tribu de iSïmïan.
Philiuins / *° «a-m»! d« 1
{P«Di>pib> >. Piini^.. p.o-ITribudeZ*.»!....
orUl. ; J„ppf,rtc.
( Tribu de iîuien
(Tribu de Gflrf f
1 lunpiniedeliIMapoliiMl
flaMn(roïauracde) i^'^^^f'^^^^^"'"""''' 1
Moabitet . . .
ir Hita~!l et d'An,'
a34 LIVRE CEITT VINGT-CIHQDIEME.
TABLEAU des Divisions du Diocèse d'Obtest, établies
par Constantin-le-Grand et ses tuccesseurs , et en partie j
par IVofon.
,.„,..„..
VILLEE PUINCIPALEE.
Divisions
Cœj-H-ea(admare)....
Philistins.
Scytkoiiolii
(Bell.™.),
cripoli..
J>alŒstùia ténia ou
■tro:
•Ap™„.
Apamène.etc.
•Sjnn Euphratesia...
Sa ata
G>magena , Cyrrhcstlca ,
Chalcitis.
Otroeiie. Mesopota-
Vojeï la MésopWamie,
Citicia prima et >e-
cuitda. Cypnu.
Voyez l'Aflie-Mineurc.
TABLEà'UX. s35
TABLEAU des Divisions du Royaumb de Jébvsaxbm 5 dans
le XII' siècle , daprhs ^abhé Guénëe.
DIYISIOKS FEODALES.
! Jérusalem et son district.
Tyr, idem.
l Comté de J^ifffa.
I — ^ Ascalon,
II. Première grande Baronie. ... { Seigneurie de Rama.
I —de Miraùel.
III. Deuxième grande Baronie... Principauté de Galilée'
. . . ( Seigneurie de Sidon.
IV. Troisième grande Baronie. . . | .^ ^ Césarée.
(*— de Bethsan.
. ( Seigneurie de Krak ( Petra ).
V. Quatrième grande Baronie.. } iJIébron,
\ — de Montréal.
VI . Comté de JYwoli i Pri°«îp»»t* dépendante mais distin-
^^ 1 guée du royaume de Jérusalem.
DIYISIOKS BCiCLésiASTlI^CES.
(Évéché de Bethléhem.
I . Patriarcat de Jérusalem < -^ de Lydde.
(-^d'Hébron.
IL Archevêché de Krak Évéché dn Mont-Sinaï.
III . — de Césarée Evéché de Sébaste ( Samaria ) .
TTr j %r ^L ( Éyéché de Tibériade.
IV. ---de Nazareth ( Prieuré de J*fon«.7%€iAor.
/Evéché de Béryte.
V- ^lejyr {-^dePanéas.
V*-**de Ptolémaïs.
a36 LIVRE CEMT VIMGT-CIWQUIÈME.
TABLEAU des grandes Divisions modernes de la Syrie.
Alep Aintab Bir-('-''"""8i'nK . Cyrrhesli-
pKhalik d-jiUp Mambedi , Anlakiéh . ?"* '. Cl'»l''4'^|"« • S^"
( Scandcroun leucie Anl.»;hçne
\ (delaHaule-Sjne.)
' T-^L^ I IT ■ ,■^ l CaB*'f''5 (dela/ftuMe-
■ \ -tjrte ). 1^
■■( Phftiicie.
Pachalik de Sàide
iSaïdr.. Acre, Dair-el- l Phëni.
1 lem , Gaza , Beth- ', orientale , Palestine ,
' iihem | ii l'eicepHon delà Ga-
I , lilée.
TABLEAU des Divisions modernes de l'ancienne Palestine,
i^aprè.s Biisching , Folney, etc.
I. El-Kad. (J陫,Iemo«EI-Kod. Jéricho, etc..
l Le nord-ouest de la Judée.
II. El-KhdU Hébronet lemididela Judée.
III. Gasia ou le Falcstin Lu côte avec Jaffa, Gaza , etc.
IV. Loudd. Le canton de la ville de Loudd.
Tillc de ce nom av
contri5c de Samarie.
e d'Ezdrclon.
L'ancienne Galilée . nommée auiii
Beldd- el-Jlouichra , c'est-i -dire
Paya de l'Evangile.
L'ancienne Trsch onitia, avec le AeJdf/'
Hauran , l'Auranitii , etc.
L'ancienne Péréc. Un canton e>t nom-
mé Ei-Stallh.
V. Nabotoi oulfaplouse
VJII. Beldd Schtkyf-.
IX. fZ-Gauroricnlal
X, El-Scharrat
TABLEAUX. 237
TABLEAU des Diluions les plus récentes de la 6^^.
EYALETS
ou PACHALIKS.
Alsp.
Taipou.
Acii.
Damas
CHXFS-LIXOX
B'BtA&Sn OO tACIAI-UU.
DB tVIAMM OU OB SAXBllAU.
jél^.
TripoU.
IAïntab.
Scanderoiin.
Antakîéh.
Chogr.
Latakiéh.
/Bafrout.
\ Caïffa.
Acre, /Saïde.
ITabarieh.
\Nazareth.
/Hamah.
I Naplous.
Damas /Gazsa.
I Jérusalem*
\Tadmor.
POPULATIOV BT SUPSEFICIB DK TODTB LA TVaQUIX D ASIX.
^H
SUPERFICIE^
en lieues carrées ,
6a,5oo.
POPULATION
absolue ,
1 a, 000,000.
POPULATION
tAB LIBUB CABâil,
19a.
r
LIVRK CEMT VIMGr-CIMQUIKMF.
TABLEAU des longitudes et des latitudes des principaux lieu.
de la Turquie d'Asie, d'après les meilleures observations .
NOMS DES LIEUX.
Trébi-andt
Koniëk
Cap Samioun
Samsoun (ville)
Omùéh
Bouches de r/(iify»--
Cap Kerempé
laid^'éh
ErekU
Ile Marmara , poinl<
orientale
ChàEeau des Darda-
neUes d'Asie
Ténidos , pointe N. E.
CayBaùa
Brousse ■■•
Akkûsar
Angora
Kaëteiaouni .
Boir
Smynie
Scio, ville
C'iara{iledeSamo8).
Rliadei (le port)
I Idem
H Chéiidonie (cap de').
H Komaïéh
ADTORITES,
CoimaifiS. des Temps.
Beauekamp .
D- Galiano , Connaii
lies Temps.
Corr. aat,
D, Gaiiaiio,
Triesnecke , Archjy.
de UcItlCDBtern.
Seeaen.
Idem.
Niebuhr , Correipon-
dance Je Zach .
De Cliazelles, Méiu.
de l'Académie dei
Greavas , 'pLûoph.
Transact., XV.
KUbuhr, Porocke.
Idem
.39
NOMS DES LIEUX.
Malatiak...
Meraeh
Adaaa
Taiiaia
Àtaïe........
KaùarUh...
jl!ntaà
Mvat
Tocal
Jmatiih
Outiiih
Goumik
Kiraioum . .
■> Schillinger (doulen}.
0 Idem ( id. ).
o Jauben.
■o Gaultier.
0 Idem.
5 Jaubert.
o NilMli:
o Corr. asi
o Jaubert.
o Copr. »t.
ï Auteur».
S Jdem.
5 Jdem.
■ Nieèulu-
o Jauben.
S rdem.
0 Idem.
Cap Saint- ^aiiré . .
Larcana (le château). [
Nicosie
Limatol
Jaffa(port).,
Cirigna
0 Vojagc ïnéJil. Cod-
iBs. (Ica Temps ,
M, p. loS.
0 Id'Z'.
S Beaiichamp.
' Simon , calculé
Monnier (*)■
.. Niebuhr.
Simon , calculé
Trietnecktr , d
Zach, V, 3iG.
. Niebuhr-
(i) r.iiD|i. Ztck. Cstwp., tu, 571, où l'on tt
•i^O LIVRE CRMT VINGT-CINQUIÈME.
NOMS DES LIEOX,
LalitiKl. N.
Longit. E.
d€ Paris.
AUTORITÉS.
3?' "g' To
i 2 1
33 34 ;
4= 4 3o
Beauchamp. Mémoires
acadénii(|ueB.
Simon.
Niebuhr.
Beauchamp, Mémoires
Beauchamp , calculé
par Triesnecker ,
Ephémër. , Vindob.
i8oo,p. 397.
Jauiert.
Ren. Tablei,
Jauifrt.
mebuhr.
Utm.
Idem.
Idem.
Simon, calculé par
Momiier et JHes-
iiecter; voy. laCor-
resp. de Zach.
Niebahr.
Gaullier.
Auteurs.
GauUier.
Idem.
Idem.
Auteura.
Idem.
Idem.
Seelzen.
Pauitre . Carte de
Syrie,
■ laZ'.'.""."".
f HilL^ (ouBabjlooe).
5i 53 .5
4- 4 ^7
39 Si o
i 3? 'i
U " -i
36 5q o
36 >; 5o
35 3ï 3o
34 3& i6
33 .1 3o
3b 11 3o
36 II 33
33 3 i5
3i iS o
3i 54 35
33 34 î5
iJ °
34 55 o
i; lî *
Basra oa Bassorah
33 ^o 0
33 ,4 0
33 a4 5
3. 4, o
34 si 9
JaJFa
3. i5 55
3i 3a o
3i 4G S
33 3 >5
3:. 54 ao
34 53 o
36 4o o
34 4^ o
33 11 .0
33 9 o
Tadmor ou Palmyre...
Jérusalem (couvent de
Terrd Sanctd)
i
L
i
[
LIVRE CENT VINGT-SIXIÈME.
Sdite de la Description de l'Asie. — Arabie, avec les golfes
Arabique et Persique.
L
■ Intermédiaire entre l'Afrique et le reste de l'Asie,
la péninsule arabique borde, au sud-est, une partie de
l'océan Indien, et du côté opposé elle toucherait à la
Méditerranée sans l'interposition de la Syrie; au nord-est
ses liniite.s variables suivent assez souvent l'Euphrate. Le
golfe qui à l'est la sépare de la Perse, prend le nom de ce
dernier pays; mais l'Arabie donne elle-même le sien au
golfe occidental, au-delà duquel nous trouvons l'Egypte
et l'Abyssinie.
• Cette position rend l'Arabie en quelque sorte le cen-
tre de l'ancien continent. Tantôt elle a offert une route
et un entrepôt au commerce qui lie les peuples; tantôt
elle a vu naître dans son sein les révolutions qui boule-
versent le monde. Mais la nuit de l'antiquité enveloppe
tout ce qui regarde la parenté des Arabes avec les Assy-
riens et les Phéniciens, parenté indiquée par le langage;
il en est de même des conquêtes des rois nommés Tobba,
et de la puissance des Homérites ou princes du pays d'Hi-
miar. Les écrits de Moise et de Job nous retracent la tou-
chante image de cette civilisation patriarcale dont les
mœurs des Arabes portent encore l!empreinte ineffaçable.
Alexandre-le-Grand, selon quelques uns, voulait, placer
en Arabie, ou du moins sur les confins de ce pays, le
siège de son vaste empire; la fiotte de Néarque se prépa-
rait déjà à faire le tour de l'Arabie, lorsque la mort du
conquérant interrompit ces grands desseins. Sous les Pto-
VIII. 16
1
■ cie
L
2^a I.IVBb CENT VINGT-SIXIÈArE.
lémées et sous les Romains, l'Égypie recevait par la mer
Rouge, et des mains des Arabes, quantité de marchandi-
ses précieuses que l'on croyait dabord originaires de l'A-
rabie-Heureuse. On apprit, il est vrai, que les meilleurs
aromates , l'ivoire et les vases murrhins venaient de l'Inde ,
de la Carmanie et de la Sérique; mais rien ne put effacer
la brillante idée qu'on s'était formée de l'Arabie. Un géné-
ral d'Auguste fit une tentative pour pénétrer au pays des
riches Sabéens. Les déserts défendirent l'Aïubie, divisée
alors, comme aujourd'hui, en plusieurs petits Etats qui
florissaient par le commerce (')■
" Les villes des Arabes , leurs temples , leurs palais s'em-
bellissaient des métaux précieux que les Romains et les
Perses donnaient en échange des aromates, du baume de
la Mekke, de l'encens, des pierres précieuses et des vases
murrhins , tandis que les Arabes n'achetaient aucune den-
rée étrangère. L'art de la navigation était bien peu avancé;
les richesses de l'Inde , et peut-être de l'Afrique orientale,
étaient apportées sur de misérables pirogues ; le trajet et
le retour exigeaient cinq ans; et ce ne fut que dans le pre-
mier siècle de notre ère vulgaire que l'on apprit à connaî-
tre les moussons, et à traverser la haute mer. Voilà, ce
nous semble , à quoi se réduit l'ancienne civilisation des
Arabes, objet des rêveries de quelques auteurs modernes.
11 pai'QÎt toutefois que des colonies arabes se répandirent
de bonne heure dans l'Afrique et dans l'Inde.
" Le commerce entretenait encore en Arabie une grande
opulence, lorsque, dans le VII^ siècle de lère chrétienne,
Mahomet y fit une révolution politique et religieuse. L'A-
rabie , premier siège d'une secte fanatique et conquérante,
devînt bientôt la maîtresse de la plus belle partie de l'an-
cien continent. Le croissant victorieux s'élevait dans la
0) Voyez notre Vol. I", p. aSa-atio.
i
ASIE : Arabie. a43
froide Tatarie et dans la brûlante Ethiopie; il dominait de-
puis l'Espagne jusqu'aux îles Moluques, peut-être même
jusque dans l'arcliipel <les CaroUnes; son empire dépassait
au midi et Mozambique et Madagascar.
■ La nation arabe a évité le sort ordinaire des peuples
conquérans; elle jouit encore de son ancienne indépen-
dance; mais elle n'a plus SAvicenne, ni dA/>oul Faradj,
ni A'Edrisi; mais elle est rétrogradée vers ce bas degré de
civilisation d'où l'ardent et vaste génie de Mahomet l'avait
tirée en la réunissant dans un seul État. Divisée aujourd'hui
entre plusieurs souverains, faible, vexée par une foule de
petits tyrans, elle n'offre plus aux regards de l'univers ces
magnifiques cours de califes, où le génie et le savoir trou-
vaient de si généreux protecteurs, où les Européens demi-
sauvages allaient chercher les règles des beaux-arts et les
modèles du luxe.
« Le premier objet à considérer dans la description de
l'Arabie, c'est la nature des deux golfes qui la baignent.
Une simple continuation du bassin de l'Euphrate forme le
golfe Persique; tandis que le golfe Arabique occupe à lui
seul un enfoncement dans lequel ne s'écoule aucun fleuve.
Ainsi ce golfe présente aux amateurs d'hypothèses l'aspect
d'un ancien détroit qui aurait uni la Méditerranée à l'o-
céan Indien, mais qui aurait été comblé à son extrémité
septentrionale. Strabon l'a justement comparé à un grand
fleuve. Ses eaux, qui paraissent avoir été autrefois plus éle-
vées que celles de la Méditerranée, sont aujourd'hui plus
basses que celles de cette mer. Il a 55o lieues de longueur
sur 5o à 60 de largeur. L'un et l'autre golfe, remplis de
récifs, de bas-fonds et d'îlots, n'offrent à la navigation que
peu d'espace libre et sftr. La mousson du nord-est, qui règne
du iSoctobreau iSavrîl, facilitel'entréedugolfe Arabique,
qui est impossible avec la mousson contraire. Ces vents pe-
iodiques font considérablement augmenter ou diminuer
a44 LIVRE CENT VINGT-SIXIEME.
la force des niarees ; de sorte qu'on peut quelquefois
passer à pied sec l'exti'einité du bras d'eau qui sépare Suez
de l'Arabie (').
■ Dans le golfe Persique, les vents de nord-ouest, quel-
quefois interrompus par des tempêtes de sud-ouest, ré-
gnent depuis octobre jusqu'en juillet (=). Les vents de sud-
est, qui soufflent le reste du tempSj sont favorables aux
vaisseaux qui entrent dans le golfe ; ils apporieut une
humidité excessive. Les marées et le niveau moyen du
golfe varient beaucoup selon les vents (3). Sa longueur est
d'environ 200 lieues et sa largeur de 23. Les rivages
et les parois de l'un et l'autre golfe se composent prin-
cipalement de rochers calcaires coquilliers; cependant le
golfe Persique offre des rochers basaltiques ou du moins
formés de roches d'origine volcanique. Les fonds sont ta-
pissés de coraux verdâtres; par un temps calme, on croi-
rait voir s'étendre sous les eaux des forêts verdoyantes et
de fraîches prairies; spectacle qui contraste agréablement
avec la triste monotonie d'un rivage de sables arides [4). Ce
corail est inférieur à celui de la Méditerranée !5). De beaux
fucus avaient attiré l'admiration des anciens (6).
■ C'est de ces plantes marines que le golfe Arabique a
reçu le nom hébraïque de Bakr-Souph , c'est-à-dire mer des
Algues. Celui de mer Rouge, que les Grecs donnaient à
toutes les mers qui baignent l'Arabie, paraît venir du nom
propre Edom ou Idamée, qui signifie aussi rouge.
• Les grandes plaines qui bordent les deux golfes pa-
raissent avoir été couvertes d'eau à une époque peu an-
C') Niebuhr, Description de l'Arabie, II , 3a3 sqq. , éJit. di: Pariai.
M D'Après de Maiinevillette , Ncplune oriental, inatructiuuB, p. 34.
P) Kazwyny, Antholog. arab. de Wahl. , p. itja. Arrian. , Peripl.
maris erjlb, (Genève, 1577), p. 14, 73, j^- — '*' Farskal, Deacrip.
anim. , p. .3a. — fi) Plin. , XXXll , a. — W Aritmid. ap. Slmb. Dio-
do,:, III. Plm., XIII, iS.
ASIE : jdrabie.
^^
l
clenne; mais la plaine dite de Tehania longe seulement le
golfe Arabique du côté oriental, tandis que la plaine de la
Chaldée et de la Mésopotamie se trouve au nord du golfe
Persique , et dans la même direction que ce golfe. Nulle
part, dit un ariL-ien, les atierrissemens des rivières ne sont
plus sensibles qu'aux embouchures de l'Euphrate (<)■ I-e dé-
troit d' Ormus est moins étroit et moins encombré d'îles que
celui qui porte justement le nom de Bal-al-Mamleb , c'est-
à-dire " Porte de malheur » ou ■ Détioit des Naufrages. •
iNous indiquerons ailleurs les îles de ces mers \ mais il ^ut
remarquer ici que dans le golfe Persique il jaillit en plu-
sieurs endroits, et particulièrement prés l'île Bahrein, des.
sources d'eau douce au milieu des flots salés ('') , et que le golfe
Arabique renferme dans l'île i3/'eie/ 7"ar un volcan dont l'ac-
tivité semble être réduite à une émission fiéquente de fumée
et quelquefois de flammes, et que c'est dans les parages de
celte île que se trouvent les célèbres pêcheries de perles.
« La principale chaîne de montagnes d'Arabie paraît
suivre la mer Rouge à une distance de lo à 3o lieues.
Elle s'élève davantage en se prolongeant au sud, et il pa-
raît très-certain qu'elle se continue le long de l'océan In-
dien Jusque dans l'Oman. Il est probable que cette chaîne
renferme des sommets très-élevés. Les pèlerins, en allant
de Damas à la Mekke, aperçoivent à deux journées de di-
stance le mont Schahâit, qui s'élève comme une tour du
milieu de la plaine P). L'intérieur de l'Arabie est proba-
blement un plateau qui paraît s'inchner vers le golfe Per-
sique; de vastes déserts en occupent une grande partie;
mais ces déserls sont séparés par de petites oasis monta-
gneuses, qui semblent former une série continue depuis le
sud-est de la Palestine jusque vers l'Oman..
(0 i'iiii. , VI , a; . — {■•) J^ci , Vojagcs , 1 , 369. Niebiûir.
>') Seelzen , Correspoiiilante tle Zach , XYIII^ 389.
i
a46 LIVBE CENT VlKGT-SlXlfeMË.
1 Tous les coursd'eau de l'Arabie partagent plus ou moins
la nature des torrens. Leur nom commun en arabe est
ouadi. La sécheresse du so! de TArabie est presque deve-
nue un lieu commun; mais un géographe turc nous ap-
prend que le Nedjed , le plateau Intérieur de l'Arabie,
renferme quelques lacs (0- Strabon , témoin oculaire, parle
aussi des lacs formes par des rivières.
• L'Arabie partage le climat de l'Afrique septentrionale.
Les montagnes de l'Yémen éprouvent des pluies régulières
depuis le milieu de juin jusqu'à la fin de septembre; mais
même alors le ciel se couvre rarement vingt-quatre heures
de suite; pendant le reste de l'année, à peine aperçoit-
on un nuage. A Maskat, et dans les montagnes d'Oman, la
saison pluvieuse commence au milieu de novembre, et
continuejusqu'à la mi-février. Dans les plaines, il se passe
quelquefois une année entière et quelquefois davantage
sans qu'il pleuve. En juillet et en août, le thermomètre
monte, à Moka, à (j8 degrés, tandis qu'à Sana, dans les
montagne^, il ne s'élève que jusqu'à 85 degrés, échelle de
Fahrenheit. Il gèle quelquefois à Sana, quoique rarement W.
Edrisi nomme des montagnes où il gèle même en été. »
Sur le bord de la mer la rosée est abondante en toutes
saisons. Les pluies sont périodiques sur la côte occiden-
tale; sur la côte méridionale elles commencent en février
et finissent en avril; sur la côte orientale elles durent depuis
la ml- novembre jusqu'à la mi-février; dans les plaines du
nord elles ont lieu régulièrement en décembre et en jan-
vier. Pendant la saison des chaleurs, celles-ci seraient in-
supportables si elles n'étaient tempérées par la brise venant
lie la mer. En général le climat de l'Arabie est sain; et si
cette contrée renferme peu de vieillards, il faut l'attribuer
(') Hadui-Khaljali, U|(ihaii INuma . p. lagS, Tard. M.
W JVietuftr, I. 1 , |i. 5 sq'/- C,ïou/«r( , Annales drs Voyage*. X . 17g,
ASiK : Arabie. a47 ^^\
à (a vie miséi-uble des habituits, et à la mauvaise qualité de
t'eau, causes qui produiseniaussi la lèpre et plusieurs autres
maladies endémiques. L'inoculation est généralement ré-
pandue chez les Arabes.
" C'est dans le désert entre Bassorali, Bagdad, Hâleb et
la Mekke, que l'on redoute le plus le vent mortel qu'on
nomme sam, samoum, samiel ou sameliy suivant les diffé-
rentes prononciations des Arabes. Il n'est à craindre que
dans le temps des plus grandes chaleurs de l'été. Comme
les Arabes du désert respirent ordinairement un air pur,
quelques uns d'entre eux ont, dit-on, l'odorat assez Gn
pour reconnaître le samoum à l'odeur du soufre. On assure
qu'un autre indice de ce vent est que l'air, du point d'où
il vient, paraît rougeâtre. Quand les Arabes en sentent
l'approche, ils se couchent à terre. Ils disent que la nature
enseigne aux animaux à tenir la tête baissée dans cette
circonstance. Oes hommes téméraires, qui ont osé braver
ce souffle brûlant, ont été subitement suffoqués; te terri-
ble gonflement de leurs cadavres a fait croire aux Arabes
que ce vent funeste portait avec lui un poison subtil. •■
Dans l'hiver,surioutdans la région occidentale, le vent du
sud-ouest est insupportable : il fait gercer la peau; il s'oppose
à la transpiration, et, pour s'en garantir, ïl faut faire usage
de vètemens de laine; tandis que sur les câtes du golfe
Persique le vent du sud-est est si humide qu'avec une
chaleur très-modérée ïl provoque une abondante transpi-
ration. Le vent du nord-ouest, bien que sec et brûlant,
est moins dangereux; cependant, loisqu'îl souffle à l'im-
pruviste et violemment, ses effets ressemblent à ceux du
samoum : il est capable d'étoutïer les hommes et les ani-
maux. Enfin, sur la côte de l'Yémen, le vent du sud-est
qui règne pendant 8 mois est si violent qu'il rend impos-
sible la communication des vaisseaux avec les ports.
Malgré les montagnes qu'elle renferme, il n'existe pas ^^^
a48 LIVIIE CENT VINGT -SIXIÈME.
sur le globe de contrée plus dépourvue d'eau que l'Arabie.
On n'y trouve pas un seul lac, pas un cours d'eau qui mérite
le titre de fleuve. Le Meïdam et le Ckab, qui se jettent dans
l'océan Indien, ont reçu improprement cette dénomina-
tion : ils n'ont que 3o à ^o lieues de longueur. L'^ftaa, ou
la rivière de Lahsa, qui tient un rang important sur nos
cartes parce qu'elle a dans certaines saisons jusqu'à loo
lieues de cours pour aller se jeter dans le golfe Persique ,
n'est qu'un grand torrent (jui se dessèche pendant l'été.
Les autres rivières sont l'Abbacy, le Rebyr, le Séhan et le
Zebyd , tributaires de la mer Eouge , le Masora ou Couriat ,
et le Prim, qui coulent dans l'océan Indien, La principale
cause de l'absence de grands cours d'eau dans la presqu'île
doit être attribuée à ce qu'aucune cliaîne de montagnes n'y
conserve sous un ciel brillant assez de neiges pour les ali-
menter.
Une partie des prétendues montagnes de l'intérieur de
cette presqu'île ne sont que des collines de sable amoncelé
par les vents et que les ouragans déplacent. Les bords de
la mer offrent généralement un sol formé d'argile et de
sable qui devient très-productif lorsqu'il est sufQsamment
arrosé. A côté de ces régions fertiles on trouve souvent
d'immenses espaces couverts de sable stérile. Près de Mé-
dinc on voit d'anciennes traces de volcans, attestées par
les laves poreuses qui couvrent le sol; les auteurs arabes
font mention de plusieurs volcans en activité qui existent
sur le plateau central, et nous croyons qu'on peut en
porter le nombre à trois au moins.
Les arides déserts de l'Arabie ont repoussé l'audace des
naturalistes; cependant J. fiurckhardt y a recueilli quelques
renseignemens sur l'histoire naturelle en 1 8 1 4 > et M. Rtip-
pell, de Francfort, a exploré l'Arabie-Pétrée en 1817. De
nombreuses oasis montagneuses ombragées de palmiers et
de dattiers pourraient mériter d'être visitées. Les plaines
: Arabie.
I
sablonneuses produiseni les mêmes plantes que celles de
l'AFiique septentrionale. La plupart appartiennent aux
espèces salines et grasses, telles que le mésembryanihème,
l'aloès, l'euphorbe, la stapélic et la soude. Elles servent à
étancher la soif du chameau et à récréer la vue du voya-
geur dans les marches pénibles des caravanes.
• Les côtes de la mer présentent un aspect plus riche et
plus varié. De nombreux ruisseaux qui descendent des
montagnes entretiennent le long de leurs bords une ver-
dure agréable. Les plantes nées dans les sables qui couvrent
le voisinage de la mer participent de la nature de celles des
déserts. Mais les bords des rivières, les vallées, les plaines
jouissent d'une fertilité qui contraste avec l'aridité des
montagnes. Beaucoup de plantes de l'Inde et de la Perse,
que leur beaulé ou leur utilité a rendues célèbres, y ont
de tout temps été indigènes. Tels sont le tamarinier, te
cotunniert') , le bananier ou jîguier dé l'Inde, la canne à
sucreW, une espèce de muscadier (3) , le bétel, toutes
sortes de melons ei de courges, L'Arabie-Heui-euse s'en-
orgueillit .surtout de deux arbres précieux : l'un est le
cafeyerW), l'autre le baumier (5). Ce dernier produit le
baume de la jVIetke, la plus odorante et la plus chère de
toutes les gommes -résines. Les plantations du café s'élè-
vent en terrasses sur le penchant occidental des grandes
montagnes qui traversent l'Yémen. On trouve beaucoup
de café dans les provinces A'Hachid-el-Bekîl , de Kataba et
de Jaf'a; mais il parait que le climat des cantons d'Outl-
den, de Kousma et de Djebi lui est plus favorablej on en
tire le meilleur et en abondance. On dit que les Arabes ont
défendu , sous des peines très-sévères , d'exporter cet arbre ,
{')Pli»., XIX, .. Comp. XII, To, — (")&rai,,XVl, 533,339(cil,
Atreb.). Plin. , XII, 8-— (3) Mi Abdallah Un Ealhoiaé. voyageur
arabe. JHJ. <le la Bibliolh. AeGolha lSeelMii). — ii)Caffa:a arabica. L
— (*! Amyrit opobaUamunt, L.
I
25o LIVRE CEMT VIHGT-SIXIÈWE.
et que les Hollandais, les Français et les Anglais ont ce-
pendant trouvé moyen de le faire passer dans leurs colo-
nies; mais le café de ITémen conserve toujours sa supé-
riorité. Les Arabes assurent qu'ils ont tiré l'arbre à café
de l'Abyssinie ; peut-être les Abyssins en ont-ils les pre-
miers découvert l'utilité et les moyens de culture.
■ Anciennement l'Arabie n'était pas moins célèbre par
l'encens que par l'or; mais tout l'encens que les pays sep-
tentrionaux tiraient de l'Arabie -Heure «se n'était pas de
cette province. Actuellement on ne cultive que sur la côte
sud-est d'Arabie, dans les environs de Beschein, Dafai;
Merbat, Hasek, et surtout dans la province de Chahr,
l'espèce seule d'encens nommée libàn ou oUbân par les
Arabes, et cette espèce est très-mauvaise. Le sol des mon-
tagnes où croît l'encens est argileux et nitreux. Les Arabes
tirent beaucoup de .sortes d'encens de l'Abyssinie, de Siam,
de Sumatra, de Java. On en exporte de grandes quantités
en Turquie ; et la moindre des trois espèces de benjoin que
vendent les marchands est réputée meilleure que l'olibàn
d'Arabie {'].
' Quelques bocages couvrent les montagnes de l'Arabie ;
mais il ne paraît pas qu'on y trouve de forêts proprement
dites. Dans la classe des palmiers, l'Arabie possède le
dattier, le cocotier et le grand palmier à éventail. On dis-
lingue, parmi ses autres arbres naturels ou cultivés, le
figuier, l'oranger, le sycomore, le plantain ou bananier,
l'amandier, l'abricotier, l'arbre à chapelet, l'acacia du Nil,
la sensitive et d'autres mimoses. On tire parti du cognas-
sier et de la vigne W. Parmi les arbustes et les plantes, il
faut remarquer le ricin, le séné, tous deux d'usage en mé-
decine, l'amaranthe globtdeuse, le hs blanc et le grand
pancratium , tous distingués par leur odeur et leur parfimi ;
1,0 NUbiihr, 1 , 101. — t") La flnijue , VojMgc (VArabir, iliS.
ASIE : Arabie. si5i
l'aloèa, moins bon que celui de Socotori», le slyras. et le
sésame qui remplace l'olivier (')■ " Le buisson appelé tarfe,
qui produit la manne, ne se trouve en abondance, selon
M. Rùppell , que dans quelques vallées, particulièrement à
Ouadi-Firan. La plupart des vallées produisent de gi-os
acacias.
« Le froment , le blé de Turquie , le tloiira , couvrent les
campagnes de ITémen et de quelques autres contrées fer-
tiles. Les chevaux y sont nourris avec de l'orge, et les ânes
avec des fèves. On y cultive aussi lindigo, l'ouars, plante
qui teint en jaune , et que l'on exporte en grande quaniilé
de Moka dans l'Oman, et \efoua, employé pour teindre
en rouge. La charrue est simple ; on se sert de pioches au
lieu de bêches. Les soins principaux de lagrieulture y
consistent à attiener dans les terres ensemencées l'eau des
ruisseaux, des puits ou des mares. A la moisson on arrache
les épis avec leurs racines, le fourrage se coupe avec la
faucille W.
* Le chameau à une bosse a justement été appcié un
navire vivant sans lequel l'Arabe ne saurait traverser les
mers de sable dont sa jmtrie est couverte. Pline et Aristote
ont très-exactement décrit les deux seules espèces distinctes
de ce genre que 1 on ait encore découvertes jusqu'à ce jour :
l'une qui est la plus répandue dans l'Arabie, l'Egypte et
toute la moitié septentrionale de l'Afrique , n'a qu'une bosse
sur le dos; ils l'ont nommée chameau d'Arnbie; l'autre,
qui se trouve en Perse , dans la Russie méridionale , et dans
la Boukharie ou l'ancienne Bactriane , a été appelée cha-
meau de la Bactrmne. Mais parmi les variétés de l'espèce
d'Arabie on a distingué celle qui était la plus propre à
porter des fardeaux, d'avec celle qui était propre à la course.
Diodore, Strabon et Isidore ont nommé les variétés qu'on
(') Sraè., loc-àl. — '.'} Il/ iebukr, 1, iiiiqq.
r
20*2 IJVRlî CENT VINGT-SIXIïï.fllE.
employait à ce dernier usage camelos dromas, ou chameaux
coureurs; de ce dernier substantif, qui ne sei-vait que
depithète, les Européens ont fait le nom de dromadaire-^
denoniinution qu'ils ont mal à propos étendue à toute
l'espèce du chameau d'Arabie, ou à celui qui n'a qu'une
bosse. Les noms arabes de hadgiii et de raguakil paraissent
s'appliquer à deux races distinctes de chameaux arabes
destinés, les premiers au portage, les seconds à la course;
celui de beckt ou baclu dénote le chameau bactrien(i). 11
est démontré que le chameau arabe peut produire des métis
avec le chameau bactrien, mais il n'est pas cei'tain que cette
race mixte soit féconde, »
Burckhardt nous donne quelques renseignemens peu
connus sur le chameau du désert de Sjrie ou de la partie
septentrionale de l'Arabie W, Selon lui , cette race est plus
petite que celle de l'Analolie et du Kourdistan ; elle supporte
mieux la chaleur et la soif, mais elle est très-sensible au
fi'oid. Les Arabes ne se servent pas du chameau à deux bosses :
aussi en trouve-t-on très-peu dans l'Arabie. Selon son
âge le chameau reçoit des Arabes un nom différent : à i an
on le nomme lioiiar; à 2 ans méfroud ou niikhlal; à 3 ans
Jûtiidj ; une chamelle de 4 SQS reba'a; un mâle du même
âge djétTa. Cet animal vit jusqu'à ^o ans. En Arabie on
n'estime pas la couleur brune chez les chameaux; on pré-
fère le rougeâire ou le gris-clair. Tous ceux des Bédouins
sont marqués sur l'épaule gauche avec un fer rouge, afin
de pouvoir être reconnus. Chaque trîbu a sa marque parti-
culière. Les chameaux du désert sont sujets à plusieurs
maladies.
Les bœufs d'Arabie ont en général une ou deux bosses sur
le dos comme ceux de Syrie : ils appartiennent à l'espèce
lib. ]l,cap. rï. — C')y, Bwckhardl:Voyigt*
par M. E;riis, tom. tn. —Paris, i834.
ASIE : Arabie. a53
appelée zébu. Dans le Nedjed occidental le beurre remplace
riiuile(')> On a peu de re n se ign émeus particuliers sur la
race des moutons; on a dit qu'ils traînaient leur queiie
épaisse sur une petite charrette ('J) ; mais c'est une erreur :
Burckhardt dément ce fait. Il dit positivement que leur
queue n'est pas grosse, et qu'ils ont les oreilles plus longues
que celles de la race anglaise ordinaire. Il paraît que leur
laine est grossière, et leur chair peu délicate.
" Ou trouve la chèvre des rochers dans les monlag'nes de
l'Ara bie-Pétrée. Les autres animaux sont le chacal, l'hyène ,
des singes, le gerboah ou gerbo, espèce ù\x ^^anve gerboise ,
(les antilopes, des bœufs sauvages, des luupS, des renards,
des sangliers, enlîn la grande et la petite panthère,
' On rend presque une sorte de culte à un oiseau de l'es-
pèce de la grive, qui chaque année vient de la Perse orien-
tale, et qui détruit les sauterelles, fléau de toutes les cul-
tures. Une espèce de sauterelles est regardée comme un
mets délicat [5], La perdrix peuple les plaines, la poule-
pintade les bois, et le faisan les montagnes, La stupide au-
truche abandonne quelquefois ses œufs dans les déserts. "
Ce dernier fait mérite cependant quelque explication. On
a supposé que la chaleur du soleil suffisait pour faire éclore
les œufs d'autruche; mais Burckhardt a acquis la preuve
que cette opinion est erronée, et que du moins dans la
saison pluvieuse l'autruche couve ses œufs, et que ses
petits éclosent au printemps avant que le soleil ait acquis
une force considérable. Cet oiseau, dit-il, s'appareille au
milieu de lliiver^ la femelle place son nid au pied d'une
colline isolée, et pond 12 à 'ji œufs, qu'elle dépose en
cercle tes uns à côté des autres, à moitié enterrés dans le
sable, afin de les préserver de la pluie; elle a même soin
{')Slrab., XVI, 537. — WBortftema.Nayig. Il.esp. M-in.I/erodol..
lit, iiS. — (3) Buchart, Hjprozoïcon , p. II, lib. IV, cap. yi. Fankal ,
DcEcripC. Buim. , p. 81 .
I
r
354 LIVRE CKHT VINGT-SlXlÈMË.
de creuser tout autour une tranchée par laquelle l'eau se-
coule. A 10 ou 12 pieds de ce cercle elle place a ou 3 œufs
qu'elle ne couve pas, et qu'elle reserve pour la nourriture
de ses petits lorsqu'ils viendront à éctore. Le niàle et la
femelle couvent alternalivement, de manière que l'un des
deux fait le guet sur le sommet de la colline. Quand les
Arabes aperçoivent un de ces oiseaux dans cette position,
ils en concluent qu'il y a des œufs dans le voisinage, et le
nid est bientôt découvert, A l'approche de l'homme l'au-
truche s'enfuit ; alors l'Arabe creuse près des œufs un trou ,
dans lequel il place son fusil chargé et dirigé du coté des
œufs, après avoir attaché au ressort une mèche allumée. 1!
se retire; le soir les oiseaux reviennent, et, n'apercevant
plus d'ennemis, se placent ordinairement tous deux sur
leurs œufs; le fusil part, et le lendemain matin l'Arabe
retrouve lun des oiseaux, et quelquefois tous les deux
abattus sur le coup (>)■
" Le poisson abonde sur toutes les côtes; celle du sud-est
nourrit la pinne-inarine avec son brisas éclatant W ^ et
d'immenses quantités de tortues de mer, ressource des tri-
bus entières. Les tortues de terre sont en grande abondance
en Arabie; c'est la nourriture des chrétiens les jours d'ab-
stinence. On y a remarqué un petit serpent tacheté de blanc
et très- venimeux; on le nomme baétan; sa morsure passe
pour causer une mort soudaine. Le grand lézard guaril
égale, dit-on, en force, le crocodile P).
« N'onbUons pas le cheval, la gloire de l'Arabie; il y en
a de deux classes: les kadishi ou espèce commune, et les
kocfUani ou chevaux nobles, qu'on prétend issus des haras
de Salomon, et dont on conserve la généalogie depuis
L
(0 J. Burckhardt .■ Notes on tlie 1
Voyage» et des Sciences g^ographiq
(0 Ploient. , Gflog. , VI, cap. vn.
m Kazwyiy et AtdaUatif, dan» Bochart , para I , tib. IV. cap. i
ASIE : Arabie. a55
aooo ans. On a le plus grand soin d'en tenir la race pure.
Us supportent les plus grandes fatigues, passent des jours
entiers sans manger, et se jettent sur l'ennemi avec impé-
tuosité. Les meilleurs sont élevés par les Bédouins dans
les déserts du nord. ■
Ceux-ci, selon Durckhardt, distinguent jusqu'à cinq races
de chevaux nobles, qui descendent, disent-ils, des cinq
jumens de prédilection du prophète, et ces cinq races se
subdivisent en une infinité de ramifications, en sorte que
les noms des difTérentes races du désert sont innombrables.
Les Arabes tiennent leurs chevaux en plein air toute l'an-
née; jamais ils ne les étrillent ni ne les frottent ; ils ont
seulement soin de les faire marcher doucement toutes les
fois qu'ils reviennent d'une course. Ils ne les marquent
jamais; les empreintes que portent leurs chevaux sont celles
d'un fer rouge appliqué sur la peau de ces animaux, pour
les guérir de certaines maladies.
" L'Arabie possède aussi une excellente race d'ânes qui
se vendent à grand prix, et dont les qualités approchent de
celles des mules. Dans l'Yémen, les soldats font, avec ces
ânes (') , leurs patrouilles et tout le service ijui n'est pas de
parade. Ils servent aussi aux pèlerins musulmans pour la
longue et pénible route de la Mekke. Nîebuhr évalue le
chemin que font en voyage les ânes arabes, dans une demi-
heure , à i^So pas doubles de ceux de l'homme ; les grands
chameaux arabes n'en font que 775, et les petits tout au
plus 5oo. Le trot du chameau est très-incommode.
1 Selon Niebuhr, ce pays n'a ni mines d'or, ni mines
d'argent; seulement on trouve une petite quantité de ce
dernier métal mêlé au plomb que l'on tire de la province
d'Oman. Le district de Saade, dans la partie septentrionale
(') Grandpré . Voyage au Bengale . Cnmp, Bocharl, Hicroz. , pan I .
1
1
L
256 LIVRB CENT VISGT-SISIÈME.
de l'Yémeii, a des mines de fer, mais il y est cassant. LTé-
men fournit des onyx ; l'agate , appelée pierre de Mok.a ,
vient île Surate, et l'on tire les plus belles cornalines du.
golfe de Canibaye (0- Le même voyageur ne croit pas que
l'Arabie produise aucunes pierres précieuses, celles qu'on
y trouvait y avaient été importées de l'Inde, Maïs les té-
moignages positifs et unanimes des anciens ne permettent
pas de douter de l'ancienne ricliesse des mines d'Arabie {^} ;
et comment un pays aussi vaste n'en offrirait- il pas? C'est
dans les montagnes de l'Yémen qu'on exploitait les tnines
d'or, les unes cachées dans les entrailles des rochers, les
autres déposées par rognons dans les terres meubles. On
exploite encore du sel-gemme près de Lohéia et en beau-
coup d'autres endroits. La ville de Gerra, sur le golfe
Persique, était construite en sel-gemme. Les anciens dé-
signent probablement le succin sous le nom de pierre aro-
matique'?); Xémeraude boiteuse de Juba pourrait être la
diallage (4). On place encore parmi les pierres fines d'Ara-
bie le béryl et la topaze. Niebuhr a observé dans l'Yémen
des colonnes de basalte à cinq pans, de l'albâtre bleu, de
la sélénite, et différentes sortes de carbonates calcaires,
" Nous allons examiner l'Arabie province par province.
Les anciens la divisent en trois parties inégales : ÏÂrabie-
Pétrèe, petite province située entre l'Egypte et la Pales-
tine, au nord de la nier Rouge, "l^' Arabie-Déserte s'éten-
dait vers l'Euphrate et vers le centre. Tout le reste formait
y Arabie- Heureuse. Selon Niebuhr, les divisions de ce pays
sont absolument différentes de celles des anciens. Le centre
de l'Arabie est occupé par une vaste province, ou plutôt
!') Niebulir, Description ilu l'Arabie, I, igj. — (0 Vojei les cita-
tions dans notre Volume !•', p. 175, noiej 7, 8, et p, 176, noies 1 , a,
3, 4, 5. (Il faut 7 ajouter /oi, cli. xkviii. t. 45. Âbulfeda, A rallia .
edit. Gagn, , p. 4-''- Triphaich, excerpla de gemmis, etc. , cdit. Rau. ,
p. ;,6-i(«,) — [') Aromatitcs. Plin. , XXXVII, ^o. —{i) Smaragdui
ekoloi. Juba , ap, Plin. , XXXVII , 5,
I
ASIE : Arabie. iBn
par une série de déserts, appelés IVedjed, Neeljid ou Tiedjd.
X^Hedjaz est sur lu mer Roug'e; c'est là que se trouvent la
Mekke et Médine; XYémeii est au sud, vers le détroit de
Bab-el-Mandeb; X Hattramaout s'étend sur les rivages de
l'océan Indien; VOmnn se trouve au sud de l'entrée du
golfe Persiqiie; et le L/ihsa ou Hadjar, que d'Anville ap-
pelle Hejer, et que l'on nomme aussi Hesse, occupe le bord
septentrional du même golfe. •
■ La presqu'île formée par les golfes d'Aïlah et de Suez,
ou le désert du mont Siitaï, attire les voyageurs par son
ancienne célébrité; car les villes AAHah, sur un bras du
golfe Arabique, d'Herac ou Karac, au sud de la mer
Morte, ainii que le port de Tor, ne présentent rien d'in-
téressant. •■
Aïlah, l'antique ^/anti, est le port d'où Salomon faisait
partir ses flottes pour Ophir. C'est aujourd'hui le rendez-
vous des pèlerins qui se rendent à Médine et à la Mekke;
les Turcs y ont construit une petite citadelle, Karac est
un fort situé au sommet d'une colline, et auquel on
monte par un escalier taillé dans le roc. Tor ou Tour n'est
plus qu'un village depuis que son port est fermé par un
banc de corail; cependant les navires s'y arrêtent pendant
les gros temps et pour y prendre de l'eau, qui passe pour
In meilleure de la côte.
•< Le mont Sinaï, masse imposante de roches granitiques,
au pied duquel est le couvent grec de Sainte- Catherine ,
s'élève au-dessus d'une chaîne de montagnes que les Arabes
appellent Djebel-Moiisa, et dont on ne peut faire le tour
qu'au moyen de plusieurs journées de marche. Cette chaîne
est en partie composée de grès. On y trouve plusieurs val-
lées fertiles, dans lesquelles sont des jardins plantés de
vignes, de poiriers, de dattiers et d'autres excellens fruits,
que l'on transporte au Caire , et qu'on y vend très-cher.
Mais, en général, la péninsule entre les deux golfes d'Aï-
Vni. '7
1
[
a58 LIVRE CEBT VIHGT-SIXlÈHH.
lah et lie Suez présente aux voyageurs le spectacle d'une
cffrojante stérilité, La rose de Jéricho, la coloquinte, i'a-
pocyn, aiinent ce sol aride. Divers arbres buissonneux y
viennent aussi; tels sont Vacacia gummifera ou l'épine
d'Egypte, qui fournit la gomme arabique, substance qui
au besoin peut servir de nourriture ('), le tamarinier, qui,
dans les mois de juin et de juillet, laisse transpirer un suc
doux et aromatique, nommé encore elmann, et qui est la
manne de Moïse W; enfin, le ban ou balanus myrepsica,
dont les fruits donnent une huile recherchée (5). Le câprier,
le laurier-rose, le cotonnier, et divers autres arbustes,
forment cà et là une touffe de verdure au milieu des
rochers noirâtres de granité, de jaspe, de sycnite, et des
plaines couvertes de sables, de pierres à fusil et de cail-
loux routés. Les Arabes peu nombreux qui errent dans ce
désert paraissent vivre d'abstinence. Il y a pourtant beau-
coup de gazelles et d'autres sortes de gibier. Les côtes
de cette presqu'île sont bordées de récifs de corail , et cou-
vertes de pétrifications sans nombre, »
Le Sinaï offre, vers lu moitié de sa hauteur, deux cimes
séparées par une petite plaine : la plus haute est celle de
Sainte- Cat/wriiie, qui passe pour être élevée de 84oo pieds
au-dessus de la mer Rouge. Le couvent cjui lui donne son
nom, et qui est situé sur sa pente, est à 54oo pieds de hau-
teur. 11 date du siècle de Justinien ; c'est le siège d'un ar-
chevêché dont le titulaire fait sa résidence au Caire. Il est
entouré de fortes murailles; les personnes qui le visitent y
sont introduites au moyen d'un grand panier attaché à une
corde ; la porte ne s'ouvre que pour recevoir un nouvel
archevêque. Il renferme afi moines et frères lais, Grecs
(')flaj«Wçiii*j(,VojBge Je Palestine, p. 57o{enallein,). — (')Seetxen
tiimZach, Correspond. XVH, i5i.— (') P. Btlon, Obie rva lions ii
■•JivencB tiogularitéi, p. iii>.
ASIE : Arabie^, 259
schismatiques 9 qui emploient une partie de leur temps à
distiller de leau-de-vie, et une partie du reste à consoni^
mer la plupart des produits de leur distillation. Un voya*
geur connu, M. de Kienzi, a vu une inscription tracée par
un ingénieur français , envoyé par Napoléon au mont Sinaî et
au golfe de Bar-el-Akabak, et qui rappelle la mémorable
conquête de TEgypte par 1 armée française. On monte de
ce couvent au sommet de la montagne par des degrés
taillés dans le roc.
« La tradition a consacré les monts Sinaî et Horeb aux
yeux des chrétiens, des juifs et des musulmans; ces der-
niers , à leur retour de Médine , honorent , par le sacrifice
de quelques agneaux, le lieu ou Dieu daigna se montrer à
Moïse dans tout lappareil de sa puissance. Le Djebèl-el-
Mokateb est un grand rocher situé sur la route du Sinaî à
Suez , et couvert d'inscriptions hiéi'oglyphiques qui ont été
le sujet de beaucoup de discussions entre les savans. En
s*y rendant , Niebuju: vit des catacombes remplies de magni*
fiques pierres sépulcrales, avec de très-beaux hiéroglyphes,
monuniens qui prouvent l'ancienne existeqce de villes
populeuses et florissantes. »
M. Rùppell a signalé dans le nord de l'Arabie, ou VA-
rabie-Pétréej cinq races d'hommes : les Arabes y les Dje*
belliesy les HaiterieSj les Chrétiens et les Tehrms, Les pre-
miers sont originaires de THedjaz et du Niedjed, et vivent
4e leurs troupeaux : leur tribuda plus nombreuse est celle dM
Misèn£Sj qui parcourent les pâturages situés entre Aiabmh^
Cheroum et le nv>iit de Sainte- Marguerite; elle compce^
45o hommes en état de porter les armes; une antre, oirik»
des Soëlhe, habite Ouadi-Firan, et s étend jusqu'au village
de Tor. Les Djebellies descendent, «livant 1 opinion des
moines de Sain te- Catherine, des esclaves que l'empereur
Justinien fit venir du Pont-Euxin et de la Haute -Egypte,
et dont il fit présent à ce couvert. Etablis d'abord comme
«7-
r
260 I.rVRE CEMT VIMGT-SIXIVME.
serfs aux environs du mont Sînaï, ils ont fini par être éman-
cipés, en embrassant l'islamisme. Mais ils ont continué à
travailler pour les moines qui leur paient uti salaire. Les
)Vrabes ne les estiment pas plus que les Hatteries, qui des-
cendent des soldats maugrebins que le sultan Sélini mit en
garnison au château deTor, Les cbrétiens se réduisent aux
moines du couvent de Sain te -Catherine et à neuf familles
domiciliées à Tor, Ils vendent des vivres aux pèlerins qui
se rendent à Djeddah; chaque père de famille a parmi les
Arabes un patron qui lui garantit sa propriété, moyennant
TobHgation de donner chaque année une pièce de toile et
daccorder l'hospitalilé à l'Arabe. Les Tehmis paraissent
■être venus de lYémen, à en juger par leur physionomie.
Les Arabes, comme les anciens Israélites, exagèrent par
vanité la force de leur tribuj mais M. Rûppell n'estime qu'à
6 ou 7000 âmes la population de toute la péninsule du
mont Sinaï, et même il croit cette estimation au-dessus de
la vérité, à en juger par la stérilité du sol. Cette population
ne vit que de lait caillé, de dattes sèches et de pain non
levé. Depuis que l'Arabie est devenue une province du pa-
cha d'Egypte, chaque cheik est soldé par le gouvernement.
Dans la partie septentrionale de l'Ara bie-Pétrée les
ruines imposantes d'ime cité antique, de celte magnifique
Pefra qui fut la capitale de la troisième Palestine, de ce
pays habité par les Edomites, les Amalécites et les Moa-
bites, réunis depuis sous le nom de Nabatbéens, méritent
<de fixer l'attention. Entrons avec le seul voyageur qui ait
décrit cette brillante cité oubliée depuis tant de siècles('),
dans l'agréable vallée appelée Ouat/c- Camiidei ; nous trou-
verons sur un rocher à droite du cûté d'Ouadi-Araba les
ruines d'un édifice dont il est difficile de déterminer la
(0 Voyage dans l'Arabie-Pélr*f, par Léon île Laloy
publié par L, Je La torde. In-fbl. —Paris, 18.^0.
AsiF : Arabie. a6i
destination. Mais, ainsi que le fait observer M. L. de La
borde, tout porte à croire qu'elles appartiennent à quelqui
fort qui défendit l'entrée du territoire de Petra , accessibti
par cette vallée, en même temps qu'il protégeait l'étnbli
sèment que les communications dti commerce avaient
fondé près de la source et des palmiers que l'on voit à
l'entrée de la vallée. Les rapports de distance coïncident
ici avec le Gjpsaria de Piolémée et le Gypsaria des Tables
de Peutinger, à 4^ milles d'Aïlab. On traverse pendant
quelques heures une contrée désolée; enËn, après avoir
suivi un chemin difficile parce qu'il s'élève sur les bords
d'un ravin qui s'encaisse et se creuse un ht an pied d'un
rocher coupé à pic, aprè^s avoir suivi VOiuidi Pabouc/ièbe,
dont le lit est délicieusement ombragé de grands lauriers-
roses, on approche de la ville célèbre.
■ If ous tournons , dit M. L. de Laborde, autour d'un
■ pic surmonté d'un arbre isolé. La vue est immense de ce
•1 point, la solitude, affreuse; c'est une mer et ses vagues
«pétrifiées; c'est plus. que cela, c'est un chaos. En conti-
• nuant le sentier, nous apercevons devant nous le mont
<i Hor, surmonté du tombeau du prophète (Aaron), an-
■ tique tradition conservée par un peuple si vieux, qu'il
• n'a plus que des impressions d'enfance ou des souvenirs
■ de tant du siècles. Quelques excavations grossières et en
■ ruines arrêtent le voyageur qui s'y intéresse , ne sachant
■ ce que lui cadie le rideau de rocher qui s'étend devartt
■ lui : enfin , le sentier le conduit au haut d'un autre ravin.,
■ et ses yeux découvrent â leur horizon le plus singulier
•I. spectacle, le plus magnifique tableau que la nature, dans
■ sa création grandiose, les hommes dans leur ambition
•"Vaniteuse, aient légué à la curiosité des générations qui
■ devaient suivre. A Paimyrc, la nature annule les efforts
"des hommes par son immensité, par son horizon sans
■ ■fin, sur leqviel se perdent quelquescentainesdecolonnes; ^^M
u
î6a LIVRE CEHT VIWGT-SIXIÈHK.
■ ici elle semble au contraire s'êlre plue à encadrer de sa
■ grandeur des constructions qui luttent non sans avan-
"tage aTCc elle, ù mettre «n harmonie la force el la
"hizarrerie de sa structure avec le grandiose et les con-
"cepiions variées de ces monumcns des hommes. On
1 hésite un moment auquel des deux l'on accordera son
■ admiration, à ta première qui fixe l'attention par une
"Ceinture de rochers grands et majestueux de formes et
• de couleur j aux seconds qui n'ont pas craint de mettre
■ en regard de cette forte création le produit de leur
. génie. .
Petra est située dans un bassin entouré de tous côtés
par des rochers et des montagnes qui se perdent dans le
désert. Ces rochers sont percés de milliers de tombeaux
tous plus ou moins riches de sculpture, et dont quelques
uns sont d'un grandiose qui étonne. Au fond de la vallée
( Ouadi-Mousa ) s'élève une colonne isolée, reste d'une
ancienne basilique; puis se présente, à la suite dune Ion-
gue avenue de tombeaux, nn temple, le seul qui soit resté
debout à Petra; on remarque encore deux arcs de triom-
phe, dont un qui traverse le défilé qui conduit à la ville;
plus loin, un théâtre, puis un tombeau gigantesque ap-
pelé El Deir, sculpté en relief sur le front de la mon-
tagne et présentant, comme dans le style de la renaissance,
un fronton triangulaire coupé au milieu par une sorte
de tour ornée de colonnes comme les antres parties du
monument; enfin un autre appelé KItasnc Pharaon par
les Arabes, c'est-à-dire Trésor de Pharaon. Sa façade,
taillée dans le roc, est une des plus élégantes que l'on
puisse imaginer. La conservation en est admirable : ses
colonnes, ses frontons, ses chapiteaux corinthiens et ses
bas-reliefs ont conserve tout leur fini primitif. L'urne qui
le couronne renfeime, suivant les Arabes, toutes les ri-
iliesses de Pharaon. L'architecture de toutes ces construc-
Asir. : Arabie. a63
tions n'est ni d'origine grecque, ni d'origine latine; elle
rappelle plutàt, comme à Baaibec et à Palmyre, le style
hindou.
La côte orientale du golfe Arabique est formée de roches
granitiques. On y remnrque les villages de Mokilah et de
Magnah. Entre ces deux villages les Bédouins font paître
leurs troupeaux dans de petites vallées creusées au milieu
du granité. Aux environs, les Honndals se font redouter
par leur brigandage. Le château de Mohilah renferme une
garnison de 4o soldaLs égyptiens. Le village de Magnah est
habité par des Arabes qui se font des maisons en blocs
de granité recouverts de nattes. On dît que dans les mon-
tagnes il existe une tribu presque sauvage qui se couvre de
peaux d'animaux et vit de viande et de lait. Elle parle une
langue particulière, et l'on vante la beauté de ses femmes.
S'il nous était permis de nous acheminer avec la grande
caravane des pHerins, nous chercherions la ville de Maan ou
Maanan, située sur la frontière de l'Arabie, au sud-est de
1b mer Morte. Les habitans ne vivent que du profit qu'ils
retirent en logeant les pèlerins de ta Mekke. La ville est
divisée en deux quartiers, situés chacun sur une colbne, et
qui sont presque constamment en guerre l'un contre
l'autre.
Dans des oasis fertiles, au milieu de ÏJJec/jaz , contrée un
peu moins déserte que les environs du mont Sinaï, nous
trouverons Tebouk ou Tabihat, puis Hitdjar, dont les ha-
bitans se sont creusé des habitations dans le roc, et plu-
sieurs autres villes peu importantes.
Nous laisserons à droite la côte où se trouvent peut-être
les restes de Madîan ou Midian, appelée aussi Madajin , de
Haoura, et de quelques autres endroits; mais nous visite-
rons à gauche Médine. Cette ville , qui porte en arabe le
nom de Medinet-el-Nabi, c'est-à-dire ville du Prophète,
passe pour être l'antique Jatrippa, dans laquelle se réfugix
LIVRE CENT VINGT-SIXIEME.
Mahomet pour échapper aux poursuites de ses ennemis.
C'est de celte époque, appelée la fuite ou Yhégire, que les
Arabes comptent le commencetnent de l'ère mahomélane.
Cependant M. Jomard a fait remarquer que la latitude de
latrippa n'est pas la même que celle de Médine, et que ce
qui a fait croire que celle-ci occupe l'emplacement de l'au-
tre, c'est qu'elle porte chez les auteurs arabes le nom
d'Iatr/b; mais que la similitude de noms prouve seulement
ici que deux villes diftërentes ont été appelées de même,
ou bien que latrippa , située plus au nord , a cédé son nom
à latrib, qui est moins ancienne ('). Médine est située dans
une vallée arrosée par le ruisseau appelé les Sources bleues
(.^ioun-Znrkéh). Elle est précédée d'un faubourg; une
muraille et un fort la défendent, et la font considérer comme
la principale place de l'Hedjaz. On j entre par trois belles
portes. Sa population n'est que de 7 à 8000 hiibitans, qui
rançonnent les pèlerins et ne vivent que de la dépense que
font ceux-ci. C'est une des villes les mieux liâties de l'Orient :
ses maisons sont en pierres, et quelques unes de ses prin-
cipales rues sont pavées; mais depuis qu'elle a été au pou-
voir des Wahabys, elle n'a pas repris sa première splendeur,
ei beaucoup de maisons tombent en ruines. Les deux prin-
cipales rues sont celle qui mène de la porte du Cuire à la
grande mosquée, et celle qui va de la mosquée .i la porte
de Syrie, Ce sont les seules qui renferment des boutiques.
Sous ce rapport Médine ne ressemble pas à la Mekke , qui
est pour ainsi dire un marché continuel : la grande mos-
quée est le seul édifice public. Les faubourgs occupent une
plus grande étendue que la ville même ; ils en sont séparés
par un espace vide, étroit au sud, qui s'élargit à l'ouest
devant la porte du Caire , où il forme une vaste place pu-
(') Jemard, Noiicr géographique , ù la suite ie l'Histoire de l'Egj'plF
loui le goufernemenl de Mohamiaed-A)i, par M. /'. Mengin. Tom, II.
ASIE : Arabie. !i65
Lliqué appelée Monàkk^ nom qui indique que les caravaûefl
y font halte. L'une des deux mosquées du Monakh , nommée
Mesdjed'jiliy remonte , dit-on , au temps du cousin du pro-
phète. Médine et ses faubourgs sont approyisioniîés d eau
par un beau canal souterrain, qui commence au Yillage de
Koba , à trois quarts de lieue au sud. En outre les faubourgs
sont arrosés par un torrent considérable que Von traverse
sur un beau pont en pierre dans le quartier del Ambariéh.
Médine possède deux ou trois mosquées et trente
medressehs ou écoles. C est dans cette ville que mourut
Mahomet, et la mosquée fondée par celui-ci est vénérée
presque à I égal de celle de la Mekke, parce qu'elle ren-
ferme son tombeau. Les-pèlerins ne sont pas obligés de
visiter ce tombeau, qui est de la plus grande simplicité.
Le temple de Médine, appelé El-Haram^ comme celui de
la Mçkke, est un des plus anciens que possède l'isla-
misme. On le nomme plus généralement Mesdjed en Nebi;
il est soutenu , suivant l'Arabe Samboudi, par 296 colonnes
oiiiées de pierres précieuses et d'inscriptions en lettres
dor. Sa longueur est de i65 pas, et sa largeur de i3o.
Il est plus petit que celui de la Mekke; mais du reste il
est bâti sur un plan semblable. C'est une grande cour
carrée entourée de tous côtés par des galeries couvertes et
ayant au centre un petit édifice. Les colonnes qui forment
ces galeries offrent la plus grande irrégularité : elles n'ont
même pas toutes les mêmes dimensions ; il n'y en a pas
deux semblables. Elles n'ont pas de socle, et leurs fftts
posent immédiatement à terre. Ces colonnes sont en
pierre et revêtues de peintures grossières représentant
des fleurs et des arabesques. C'est près de l'angle du sud-
est de la mosquée que se trouve le tombeau de Mahomet.
Ce n'est point en Orient qu'a pris naissance le conte ré-
pandu autrefois en Europe, que lis cercueil du législa-
teur arabe est suspendu en l'air. Il est renfermé dans un
u
^G6 LIVRE CEKT VlIfGT-SIXI feniP.
ëdîEce carré construit en pierres noires el soutenu par
deux colonnes : ceux de ses deux disciples et successeurs
l'accompognent ; mais celui de Mahomet, le plus grand des
trois, est placé le premier, celui d'Abou-Bekr ie second, et
celui d'Omar le troisième. Ils sont couverts detoffes pré-
cieuses, et en forme de catafalque, comme celui d'Abraham
dans la grande mosquée de la Melfke. Les historiens arabes
prétendent que le cercueil qui renferme les cendres de
Mahomet est revêtu d'argent. Autour de son tombeau règne
une grille en fer, du plus beau travail, imitant le filigrane,
et entrelacée d'inscriptions en cuivre, que les Arabes pré-
tendent être de l'or; l'enceinte formée par cette grille pré-
sente un espace irrégulier d'environ 20 pas carrés; on y
entre par quatre portes, dont trois sont toujours fermées.
Le Hedjira , lieu qui comprend et les tombeaux et le trésor
de la mosquée, trésor qui était considérable avant le pillage
qu'en firent les Wahabys, est surraonléd'une belle coupole
qui s'élève au-dessus de toutes celles de la galerie, et que
l'on aperçoit d'une grande distance; cette coupole est cou-
verte en plomb , et surmontée d'un globe et d'un croissant
dorés, d'une grande dimension.
Suivant la tradition musulmane, lorsque \n trompette du
jugement dernier sonnera, Aisa (Jésus-Christ) descendra
sur la terre, annoncera le dernier jour, puis mourra et sera
enterré auprès de Mahomet j à la résurrection générale , tous
deux se lèveront et monteront au ciel , et Aîsa recevra de
Dieu l'ordre de séparer les bons des méchans.
Les pèlerins qui visitent Médine viennent presque tous
de la Syrie; les autres niahométans se contentent d'y en-
voyer de riches présens , en sollicitant des prières. Telles
sont les particularités que l'on possède sur cette ville, qui
chez les sectateurs de Mahomet porte gj noms différens,
dont l'un des moins mérités est celui de Cité r-eaplendissanfe
( Medinek-Mounevéré).
ASIE : Arabie, ^67
Parmi les lieux <jue les })èlerins visitent aux environs de
Médine, nous citerons, d*après Burckhardt, lemoitf C^Aoi/,
où se trouve le tombeau de Hamzé, oncle de Mahomet fie
village de Koba , entouré de vergers et de jardins qui appro-
visionnent Médine de citrons , doranges , de grenades , de
bananes , de pèches , d abricots, de raisins et de figues; une
jolie mosquée, entourée d'une quai*antaine de maisons ^
selève au milieu des arbres fruitiers.
Les Médinaouis ou habitans de Médine sont pour la plu*
part des étrangers .établis dans cette ville : il ne se passe
pas d'année que plusieurs pèlerins ne sy établissent. Us
portent tous le costume des Turcs. Les faubourgs sont peu* -
plés de Bédouins. Médine est peut-être la seule ville de
rOrient d'où les chiens soient exclus : tous les ans les gens
de la police chassent ceux qui auraient pu sy introduire.
Médine est gouvernée par un conmiandant militaire ^
ayant le titre d aga ; Vautorité ecclésiastique et administrative
est confiée à Xaga el haram , qui a à son service environ 80
soldats; le plus important persotinage qui vient ensuite est
le kahdi; enfin le sadat ou chef des chérifs y jouit d'une
grande considération.
Yajnbo-cl'Bakr est le port de Médine. Les grandes iré-
gates peuvcfnt y mouiller, bien que l'entrée en soit difficile
k cause des récifs de corail qui l'obstruent. La ville, qui
2'enferme 5 à 6000 âmes, est bâtie sur la côte septentrionale '
d'une baie profonde; elle a deux murailles, dont l'une en-
toure le quartier central, et l'autre lextérieur (0* La plupart
des maisons n'ont qu'un rezrde-chaussée ; ses seuls édifices^
publics sont trois ou quatre mosquées, la maison du gou-
verneur et quelques khans à demi-ruinés. Yambo répond
parfaitement, pour la position astronomique, au lambia-^
^icus de Ptolémée. Les riches Yambouis ont' des maisons
(0 BuppéU: Voyage dans la Nubie , Je Kcmrdofan et rArabie-Pëtréc^
L
LIVIIE CEHT VINGT-SIXIÈME.
dans une fertile vallée appelée Yambn-el-IVakel ,
Kara- Ynmbo ou Yambo-el-Berr^ située à 6 ou 7 lieues , au
milieu des montagnes. Elle est longue de 1 2 Heues , et ren-
t'cnne une douzaine de hameaux.
La roule de Médine à la Mekke traverse la vallée A'El-
Ssajin, près du village de ce nom, où s'arrêtent les cara-
vanes. Ce village est peuplé de Bédouins de la tribu de
Béni Salem ; la vallée est étroite et arrosée par un ruisseau
qui la fertilise. Elle est célèbre dans tout l'Hedjaz par ses
dattiers et par l'abondance des fruits qu'ils produisent.
C'est dans les montagnes voisines, et principalement dans
celles appelées Djebel Sohh que croît l'arbre qui fournît le
baume de la Mekke; les Arabes le nomment beschem; i\
s'élève à la hauteur de 10 à i5 pieds, et donne deux sortes
de résine : l'une blanche et l'autre un peu jaunâtre. Il y a
deu\ manières de reconnaître si cette substance est pure :
la première est d'y tremper le doigt et de le mettre au feu;
si le baume briiIe sans faire du mal ou sans laisser une
marque sur le doigt, il est bon; la seconde consiste à en
laisser tomber une goutte dans un vase plein d'eau ; s'il se
coagule et se précipite au fond , il est pur.
• On regarde comme sacré tout le terrain de la ville de
/n Mekke. Cette ancienne capitale de l'Arabie porte chez
les mahométans un nombre si considérable de noms qu'on
a pu en faire un petit recueil en un volume; elle était con-
nue des Grecs sous le nom de Mncoraba. La terminaison
de ce nom exprime sa giandeur, qui néanmoins, dans ses
temps les plus ilorissans , n'a point égalé le quart de Paris.
Le sol n'est qu'un rocher stérile; l'eau môme du puits sacré
de Zemzem est amère et saumàtre(i). Les pâturages sont
éloignés de la ville; les fruits y sont apportés des jardins
de Tayef, situé dans un canton montagneux, où il gèle
' Jtouljeda , cAil. Gago, , p. ig. Ilakoui, Nolice: et Ea Irait) , H,
liarthema , np, liamUi,, Havig. , 1 , i5i . Nietuhi-
ASIE ; Arabie. aGi)
quelquefois même en étét'). Le courage des Koréischites ,
qui l'égiièreiii. à la Mekke, les rendit célèbres parmi les
Arabes; mais leur sol se refusait aux travaux de l'agrieul-
ture. Leur position , en revanche, était favorable aux entre-
prises cnmmerciales par le port de Gedda ou Djeddah , qui
n'était distant que de 4o milles. Us pouvaient entretenir
une correspondance aisée avec l'Abyssinie. Les ti-esors de
l'Afrique étaient transportés à travers la péninsule jusqu'A
el Katif, dans la province de Hadjar. Embarqués sur des
radeaux avec les perles du golfe Persique, ils arrivaient à
l'eniboucbure de l'EupIirate. La Mekke est placée à une
distance à peu près égale d'environ trente jours de marcbe
de l'Yénien, à droite, et de la Syrie à gaucbe. Les cara-
vanes d'Arabie faisaient leur station d'hiver dans le pre-
mier de ces pays, et celles d'été dans l'autre. Le plaisir de
les voir arriver consolait les navigateurs de l'Inde de l'en-
nuyeuse et pénible route de la mer Rouge. Les ciiameaiix
des Koréischites se chargeaient d'une précieuse cargaison
de parfums dans les marcbea de Sana et de Mérab, ou dans
les ports d'Oman et d'Aden. On se procurait des provisions
de blé et d'objets manufacturée dans les foires de Uostra et
de Damas s^].
" Mais le commerce a cliangé de route, et la Mekke,
dont la population n'était que de 18,000 âmes, lorsqu'Aly-
Bey la visita, et qui paraît avoir aujourd'hui plus de 3o,ooo
habitans 13) , ne subsiste plus que par l'afduence des pèle-
rins qui viennent offrir un hommage de vénération à In
sainte kaaba, temple principal des mahoniétans. Un y re~
(0 Aboulfeda , Gsgn. , p. {3. Edriai, ciim. Il , p. 5,.
(>i Masaoïidi, ap, SchuUiiis, HUtorîa luctanid. , p. i8i.
iV J. Burckkardt ostiinc U population de la MeLle h iS uu :tn,ooa
ûmes , en y comprenant les faubourgs ; à quoi il faat ajouter , ilit-il , 3 '.\
{000 AbjBBÎns et tstlaves noirs. Mais la ville pourrait loger une popula-
tion trois Tois plus considérable, J. H.
270 I,1VP,F CENT VtlVGT-SlXEEME.
marque plusieurs quartiers abandpnnés ou en ruines, depuis
qu'ella fut prise par les WaJuihys en 1804. -
Duns les geogiaphies ordinaires on viinie la magnificence
du temple de la Mekke, de ses cent portes et de son dôme
doré; voyons ce quVn dit Burckliardt qui, s'étant fait passer
chez les Arabes pour un véritable musulman, a pu l'exa-
miner dans le plus grand détail. La giande mosquée de la
Mekke, appelée la Maison de Dieu {BeithouUlah), ou El
Hni-am, n'est remarquable que parce qu'elle renferme la
kaaba. Eiie est ornée en dehors de sept minarets inégalement
distribués. On entre dans une cour longue de aSo pas et
large de aoo , entourée à l'est de quatre rangs de colonnes
«t de trois sur les autres côtés ; ces colonnes sont unies par
des arcades en ogives, d'où pendent des lampes, dont quel-
ques unes sont allumées le soir et toutes pendant la nuit
du ramadhan. Au-dessus de cette cotonnade s'élèvent de
petites coupoles dont on porte le nombre à lôa, l^s co-
lonnes ont 10 pieds de hauteur : les unes sont en marbre
blanc, les autres en granité ou en porphyre, et la plupart
sont en pierre. Les auteurs arabes ne sont pas d'accord
sur la quaniité de ces colonnes; les uns disent qu'il y en
a 589, les autres 553; mais ces évaluations sont antérieures
à l'année 1626 de notre ère, époque de la destruction
d'une partie de cette mosquée par un torrent oui se forma
pendant un terrible orage. Parmi les 45o h 5oo colonnes
de galeries qui ornent l'enceinte de la mosquée, Bnrckhardt
dit qu'il n'en a pas vu deux dont les bases et les chapiteaux
fussent exactement semblables; quelques unes portent des
inscriptions arabes ou Koufiques. En dedans du grand mur
enferme les galeries, on lit les noms de Mahomet,
Abou-Bekr, Omar, Otliman «i Aly ; celui d' Allah , en gran-
des lettres, se lit en plusieurs endroits. En dehors au-des-
sus des portes les noms de ceux qui les ont construites
sont écrits en caractères soloutà. On entre dans la mosquée
; Arabie.
irrégulièrement a
•X']l
r (le son
par 17 portes disiribin
enceinte.
C'est à peu près au milieu de la cour que s'élève la kaaba,
ou la maison sainte j elle est à ii5 pas de la colonnade du
nord et à 88 de celle du sud. Sept galeries assez larges
pour que 4 ou 5 personnes y marchent de front conduisent
des galeries à la kaaba. Celle-ci est placée sur une base
haute de 2 pieds et présentant une pente fortement inch-
née. Son toit plat, la régularité de ses faces, lui donnent
l'aspect d'un cube parfait. L'unique porte par laquelle on
y entre est située du côté du nord : elle est entièrement
rcTètue d'argent , ornée de quelques dorures , et fut appor-
tée de Constantinople en i633.
L'édifice doit son nom à sa forme carréej il n'a que
a^ pieds de largeur sur 34 de hauteur, et est entièrement
couvert d'une grande tenture en soie noire sur laquelle est
brodée en or la profession de foi des musulmans : // ny
a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prop/iéte.
L'usage de couvrir la kaaba existait avant Mahomet chez
les Arabes idolâtres {')■ Cette étoffe, qui n'est assujettie
que par quelques cordes, ce qui n'empêche pas le vent
de la faire doucement ondoyer, donne au monument un
aspect singulier et imposant. Ce voîie est renouvelé tous
les ans. A l'angle nord-est de la kaaba, et près de la porte,
est encbâssée la célèbre pierre noire k ^ q\i S pieds au-
dessus du sol de la cour. Elle est d'une forme ovale, irré-
gulière, et d'un diamètre d'environ 7 pouces; mais elle
était jadis plus grande : sa surface a été polie et même
usée par les baisers et les attouchemens de plusieurs mil-
lions de pèlerins. Sa surface ondulée, qui annonce être la
réunion d'une douzaine de petites pierres d'inégale gran-
deur, liées par un ciment, son apparence qui est celle
I.') Max. Tyr., Suid.,ctK., ap. Atttman., BlblJotli. >
it.,p- 334.
2^2 LIVItE CRÎÏT VIJVGT-SIXIEHf:.
d'une sorte de lave, se ni feraient indiquer que c'est une
pierre tofnl»ee du ciel. Elle pnsse pour avoir ête apportée
par l'ange Gabriel et [x»ur avoir servi de siège à Abraham
pendant la construction de la kaaba. A l'angle sud-est de
l'édiiice on voit une autre pierre placée à peu près à la
même hauteur que la pierre noire, mais elle est'blanche
et du même calcaire que celui qui sert à la jVlekke pour
les constructions; elle est longue d'un pie<l et demi et large
dedeux pouces, et placée perpendiculairement dans le mur;
les pèlerins se contentent de la toucher de la main droite.
Sur le côté septentrional de la kaaba, tout près de la
porte et contre le mur, il y a une fosse appelée El Maajeii,
i-evêtue cnmnrbre et assez grande pour que trois personnes
s'y asseyent. On regarde comme très-méiitoire d'y faire sa
prière, parce qu'elle passe pour être celle dans laquelle
Abraham et son fils Ismaèl gâchaient te mortier dont ils
se sei'virent pour bAtir la kaahu.
Sur le côté occidental , à deux pieds au-dessous du som-
met, est le fameux /«/soi ou In gouttière par laquelle coule
l'eau de pluie qui tombe du toit. Elle a 4 pieds de long
sur 6 pouces de large , et passe pour être en or niassIT. Au-
dessous du mizab, autour de la kaaba, le pavé consiste en
unejolie mosaïque en pierres colorées; au centre se trouvent
deux grandes dalles de l>eau vert antique, sous lesquelles
les musulmans prétendent qu'Ismaël et sa mère Agar sont
enterrés. I>es pèlerins vont y faire une prière et s'y prosterner
deux fois. Le reste du pavé autour de la kaaba est en marbre;
il est entouré d'une balustrade en bronze doré, à laquelle
sont suspendues sept lampes que l'on allume après le cou-
cher du soleil. Le terrain sablonneux de la cour et une par-
tie du pavé extérieur de la kaaba sont couverts pendant la
prière de tapis longs de 6o à 8o pieds sur 4 *l<! largeur (i]."
t') J. Burekkai-dl : Voyage en Aroliii--
ASIE : Arabie. a^î
Vis-À-vis les quatre côtés de la kaaba s'élèvent quatre
petits édifices où les inians des quatre rlts musulmans se
placent et dirigent la prière de leur communauté. Sous
plusieurs parties de la colonnade de la cour de la mosquée
86 tiennent des écoles publiques pour les enfans. L'inté-
rieur ne consiste qu'en une seule pièce qui ne reçoit la
lumière que par la porte,-et dont le toit est suppoitépar
deux colonnes. Le plafond et les parois, jusqu'à la hauteur
de 5 pieds au-dessus du plancher, sont garnis de tentures
en soie rouge, richement ornées de broderies en argent,
représentant des fleurs et des inscriptions. Au-dessous des
tentures les murs et le plancher sont revêtus de dalles en
marbre de différentes couleurs. Un grand nombre de
lampes d'or, ou peut-être dorées, sont suspendues entre
les colonnes.
■ Avant Mahomet il y avait sur l'emplacement qu'occupe
la kaaba un temple célèbre (i) , rendez-vous reli^eux de
toutes les tribus d'Arabie, qui, après avoir fait sept fois te
tour de l'édiâce sacré , baisaient avec respect In pierre
noire '?). Des sacriâces de moutons et de chameaux étaient
adressés aux 36o images placées dans le temple, et que
Mahomet détruisit. Ëtaient-ce les génies des jours de l'an-
née.'' et le dieu Hobal, placé sur le sommet du temple,
n'était-ce pas le soleil?'
^> Ld porte de la kaaba ne s'ouvre que trois fois par an :
flBie fois pour les hommes, une autre pour les femmes, et
fa troisième pour la nettoyer. Les pèlerins en f^ont sept fois le
'tour en récitant des prières et en la baisant diaque fois. Les
quatre premiers tours doivent être faits d'un pas accéléré, à
l'ùnitation du prophète, qui, pour démentir ses ennemis
qui faisaient courir le bruit qu'il était dangereusement ma-
(■) Diod., I, 3. — (') Pococke, Spécimen histor. , p. 3ii. Rrland,
de relig. Moliamed, , p. 88 tqq. Mill. Dissert. de Mohamed isino ,
p. titqq-
VIII. i8
1
2^4 LIVKE Cr\T VENGT-SlSlrniF,
'lade, 96 mit n courir quatre t'ois Butourde la kaaba. Dansune
partie de la grande mosquée se trouve \c puits de Zemzem,
dont l'eau laiteuse est bue par les pèlerins et employée aux
ablutions. Cette eau est regardée comme un remède infail-
lible pour toutes les maladies. Le chef des gardiens du
puits est un des premiers ulémas de la Mekke. Il parait que
cette ville doit son antique origine à cette source. Les pè-
lerins vont aussi prier, au centre de la ville, sur la colline
de Ssafa; puis à 600 pas de là au Merouak, plate-forme
en pierre , élevée de fi à 8 pieds , à laquelle on monte par
de larges degrés; et liors de la ville, aux sources qui ali-
mentent le puits de Zemzem; enlin à unu lieue et demie de
la Mekke, à la montagne de VOmrah, où Mahomet allait
fréquemment faire sa prière du soir.
, La Mekke porte chez les Arabes les titres les plus pom-
peux : les plus Ditlinaires sont Oui el Kara ( la mère des
villes), el Moscherej'é (la noble), et Balad el Einïn(^VA
patrie des Qdètes). Elle est située dans une vallée étroite et
sablonneuse, dirigée du nord au sud, et fermée par des
collines de aoo à 5oo pieds de hauteur. La ville est ouverte
de toutes parts et n'est défendue que par une forteresse
d'une construction grossière, dans laquelle réside lechérif,
et placée sur une colline appelée Djebel-Liila. I^es rues
sont généralement régulières et sablées, et les maisons
bâties en pierre. En un mot, elle peut passer pour une
jolie ville. La seule place publique qu'elle renferme est la
vaste cour de la grande mosquée. Elle n'est ombragée par
aucune plantation j maïs à l'époque des pèlerinages elle est
animée par l'aflluence des étrangers et par une multitude
de boutiques. Les murs extérieurs de la grande mosquée
sont ceux des maisons et des autres bàtimens qui l'entou-
rent de tous côtés. Le plus remarquable de ces bâtimens est
le Mekham ou la maison de justice, bel édifice sohdement
construit, avec de hautes arcades dans l'intérieur. On fait
ASIE ; Arabie. . ayS
voir dans la ville le Mouled-el-Nebi , lieu de naissance du
prophète, dans le quartier qui porte le même uom; c'est
une rotonde dont le sol est à 26 pieds au-dessous du ni-
veau de la rue; on y montre aux fidèles un petit enfon-
cement dans le pave : c'est là, dit-on, qu'était assise la
mèi-e de Mahomet quand elle le mit au monde. La maison
appelée Mouled-Sittna-Fatmé est vénérée comme le lieu où
naquit Fati:ié, tîlle de Mahomet : on y montre une petite
chambre dans laquelle lange Gabriel apportait à celui-ci les
feuilles du Coran. Dans le grand cimetière du quartier ap-
pelé Ma'ala se trouve le Kaber-Sittna-Khadidjè , ou \e. tom-
beau de Khadidjé, la femme du prophète. Avec ses fau-
bourgs, la ville occupe une longueur de 3 à 4ooo paa-
Les rues sont remplies demendians, surtout à l'époque du
pèlerinage ou liadj, car il n'y a que les pèlerins qui Fassent
l'aumône; la plupart des habitans s'en abstiennent. Malgré
la sainteté du lieu , la Mekke renferme un grand nombre de
femmes publiques : elles habitent le quartier appelé AAa'A-
j^'awe;; elles sont assujetties à un impôt particulier, comme
dans beaucoup d'autres villes mahométanes, mais elles sont
plus modestes que celles d'Egypte, et ne se montrent ja-
mais sans voiles dans les rues; il y a parmi ces femmes
beaucoup d'esclaves abyssines, dont on prétend que les
anciens maîtres partagent les profits. Le célèbre baume de
la Mekke, objet de son principal commerce, y est apporté
de l'intérieur de l'Arabie. On l'extrait de la plante appelée
par Linnée am/ris balsanitfera. Sa gi-aine est employée par
les Mekkaouis à faire avorter leurs esclaves.
Le nombre de pèlerins ou Hadjl qui vont chaque année à
la Mekke est très-considérable; mais il le serait encore plus
si tous les niahométans riches et bien portans regardaient
comme un devoir de s'y rendre. Il en est beaucoup parmi
ceux-ci qui, pour un salaire bien moins coûteux que le
voyage, y envoient à leur place quelque pauvre qui ne
1
r
U
276 LIVRE CENT VINGT-SIXIÈME.
craint point la fatigue : ce métier d'ailleurs est assez lu-
cratif. La plupart des mahométans contractent avec un de
ces pèlerins de profession un marché par lequel celui-ci
s'engage à faire le pèlerinage après la mort du riche. Il ar-
rive aussi très -fréquemment que les héritiers d'un homme
opulent, s'ils sont dévots, envoient à la Mekke en son nom
un de ces pèlerins, gui au retour reçoit son salaire sur l'at-
testation de quelque iman qu'il a rempli touct:s les for-
malités voulues. Les pèlerinages de la Mekke forment six
ou sept caravanes : celle de Damas ou de Syrie, la plus
importante, conduite par un pacha à trois queues, celui de
Damas même; celle d'Egypte commandée par un bey qui,
pendant tout le temps qu'il remplit ses fonctions, reçoit le
titre d'Emir-Hadji; celle des Arabes de Barbarie , qui se joint
à celle de Damas à quelques journées de marche de la
Mekke; la quatrième, celle de Perse, vient de Bagdad,
sous la conduite d'un chef nommé par le pacha de celte ville;
la cinquième vient du Lahsa et du Tfedjed; enfin il en
vient une du pays d'Oman , et une autre de l'Yémen ; sans
compter une foule de pèlerins qui partent de l'Inde, de
Java, de Sumatra, et même de la JVubie et de la côte mé-
ridionale de l'Afrique. Ija caravane de Damas est de >j à
5 000 personnes.
Autant la durée du pèlerinage offre un spectacle animé
et imposant, autant sa 6n présente un aspect lugubre et
pénible. Aux fatigues supportées pendant un long voyage
succèdent les tristes conséquences de la mauvaise nour-
riture et des logemens insalubres que l'on est obligé de
prendre dans une ville comme la Mekke, qui à celte
époque surtout offre peu de ressources pour un accroisse-
ment de population de 60 à 70,000 âmes : ces causes, et
quelquefois le manque absolu de vivres, remplissent la
mosquée de cadavres et de mourans qui s'y font apporter
afin d'être guéris par la vue de la kaaba.
ASIE : Arabie. %'j']
Parmi les lieux que l'on visite hors de la ville, nous ci-
terons le Djebel Ahoit Koube'ù^ l'une des plus hautes mon-
tagnes qui environnent la Mekkc, et celle qui, selon les
Arabes, fut une des premières créées sur ta terre.
On peut, à l'exemple de Burckhardt, dire que tous les habi-
tans de la JVIekke sont des étrangers ou des fils d étrangers, à
l'exception de quelques Bédouins ou de leurs descendans qui
se sont établis dans cette ville, ou d'un petit nombre d'an-
ciens Arabes appelés Schérifs ou descendans de Mahomet.
A chaque pèlerinage, quelques uns de ceux qui en font
partie s'y établissent. Cependant cette population mélangée
a adopté les mêmes mœurs et le même costume. Ixts indi-
gènes seuls se distinguent par une marque particulière que
les parens font aux enfans 4o jours après leur naissance, et
qui consiste en trois longues entailles au bas de chaque
Joue, et en deux autres sur la tempe droite : cicatrices qui
ne s'effacent jamais. En hiver, les hommes de la haute classe
portent un béniche ou manteau de dessus en drap, et un
jubbè ou manteau de dessous de la même étoffe; une robe
de soie attachée avec une ceinture de cachemire, un tur-
ban de mousseline blanche et des pantoufles jaunes complè-
tent le reste de la parure. En été, un béniche de soie rem-
place celui de drap. Les femmes portent des robes de soie
des Indes, de très-grands pantalons bleus rayés et brodés
en argent ; elles mettent par-dessus ces vêtemens une ample
robe appelée habra, en soie noire, ou un meKnyeh , égale-
ment en soie, mais rayé de bleu et de blanc; leur visage est
caché par un bourko blanc ou bleu pâle , et leur tète , coiffée
d'une espèce de turban , est couverte du mellayeh.
Chez les riches Mekkaouis, c'est une honte de vendre
une esclave concubine. Si elle devient mère et que le
maître n'ait pas plus de trois femmes légitimes , il l'épouse,
.sinon elle reste toute sa vie dans la maison. Il y a des Mek-
kaouis qui ont plusieurs douzaines de concubines.
u
ajS LIVRE CEST VIKGT-SlXlflME.
Depuis la conquête de l'Arabie par Mohained-.\l y, le khadi
de la Mekke a recouvré l'autorité que lui avait enlevée la
Porte ottomane'; il nomme aux offices de judicature de
cette ville et de celles de DjiddEih et de Taïf , et ne les confie
(£u'ù des Arabes. Les quatre mouFtis des quatre sectes or-
tbodoxes siègent au tribunal que préside le khadî. La Mekke
est sous les ordres d'un gouverneur qui jouit du rang de
prince, mais qui n'a ni le titre d'iman ni celui de calife.
" I! y a aussi plusieurs petits États souverains dans les
montagnes de l'Hedjai, Les Arabes qui y demeurent ne vi-
vent pas sous des tentes tomme ceux des plaines; ils pos-
sèdent des villes et des villages murés; ils se défendent
dans de petites citadelles situées sur des rochers et des
montagnes escarpées. Parmi ces Etats se trouve le district
de A^(6er^ qui est au nord-est de Médine, et qui est habité,
dit-on , par des juifs indépendans, soumis à leurs propres
cheiks comme les autres Arabes. Les Turcs les ont en
horreur, et les accusent de piller leurs caravanes. Il paraît
que les juifs de Kbeîbar n'ont aucune liaison avec ceux qui
demeurent dans les villes sur les confins de l'Arable. Peut-
être sont-ils karaîtcs} on sait que les juifs ,de cette secte
sont plus odieux aux juifs pharisiens que ne le sont les
mahométans et les chrétiens. >
La ville de Tnyef ou Taïf, surnommée \e jnitlin de la
Mekke, mérite d'être citée. ISàtie au milieu d'une plaine
sablonneuse dont on peut faire le tour en quatre heures
de marche, et qui est renfermée entre des montagnes peu
élevées appelées Djebel -Ghazou an , elle est renommée dans
toute l'Arabie par la beauté de ses jardins, situés aux pieds
de ces montagnes, et plantés de rosiers, de vignes et d'ar-
bres fruitiers. Elle est assez belle et renfei-me deux petites
mosquées. Les Wahabys la ruinèrent en i8oa; mais elle a
été presque entièrement réparée. Ses maisons sont généra-
lement petites et bâties en pierres; ses rues sont plus larges
ASIE : Arabie. Ù99
que dans la plupart des villes de l'Orient. Il n'y a qu'un»
pliice publique où se tient le marclie; elle est devant le
château, ediBce qui ne mérite ce nom que parce qu'il est
plus grand que le reste des bâtimens de la ville. Ce château
est situé sur un rocher élevé. TaïF est entoui'ée d'un mur et
d'un fossé dont on peut faire le tour en 35 minutes pour
peu qu'on marche vite. Sa population se compose princi-
palement d'Arabes de la tribu de Thékif qui ont quitté la
vie nomade pour s'y établir. Sur le somniet des montagnes
voisines, le froid est assez rigoureux pour qu'il y gèle
quelquefois. Suivant Durckhardt , d'après lequel nous
venons de donner sa description , elle est à iS grandes
lieues de Djedduh ou Djiddah, que M. Rùppel écrit
lijelta. Celle-ci est la résidence d'un pacha ou gouver-
neur dont le pouvoir est fort restreint. Située sur le bord
de la mer Rouge, elle est le centre du commerce de cette
partie de l'Arabie. Elle n'a cependant qu'un petit port et
une rade entouré» de récifs de coraux et de 1
repores;
la cote est stérile et manque d'eau ; mais la ville, entourée
de faubourgs composés de cabanes en joncs et eu roseaux,
est belle et riche; ses rues ne sont point pavées, mais elles
sont grandes; ses maisons sont élevées de deux étages et
construites en une pierre qui se forme journellement dans
la mer par une agrégation de polypiers et de coquilles. Cette
pierre se décomposant facilement par l'action continuelle
d'un air humide, tel que celui qu'on respire sur cette côte,
il n'est pas étonnant que Djiddali ne renferme aucun édi-
fice de quelque ancienneté et de quelque importance ; il y
a cependant plusieurs mosipécs , dont deux sont d'une di-
mension considérable. Cette ville peut avoir i5,oouà 20,o«o
habitans, et quelquefois plus du double à l'époque des pèle-
rinages ou lorsque les marchands y affluent- Cltaquepderi-.
nage procure à Djiddah un accroissement de population
d'auiantplus nécessaire , que le nombre des décès y surpasse
LIVRE CEST TIMGT-SIXIÈME.
de beaucoup celui des naissances. Les Djiddaouis s adonnent
presque exclusivement au commerce; plusieurs jouissent
d'une grande opulence : on en cite quelques uns qui pos-
sèdent une fortune de 4 à 5oo,ooo francs ; aussi le nom dé
cette ville signifie-t-il riche. On y compte a5 cafés, 21
marchands de beurre, 18 de fruits, 8 de dattes, 4 de crêpes
et d'autres fritures, 5 de fèves, 5 de sucreries et de confi-
tures, 10 à 12 boulangers, 2 marchands de teben ou lait
aigri, 8 magasina de graines, 3i marchands de tabac, 18
droguistes, ri magasins de diverses marchandises indien-
nes, 6 de toiles des Indes, i5 tailleurs et marchands d'ha-
bits, 4 cordonniers, 3 parfumeurs, 1 horloger et 7 ban-
quiers. Sauf quelques dattiers qui s'élèvent près d'une mos-
quée, Djiddah est dépourvu dejardinset de végétation; ses
environs n'offrent qu'un déseit stérile (1). Près de cette ville
on montre le tombeau d'Eve (Hova), la mère du genre
humain. Suivant M. de Rienzi, c'est un édifice mesquin,
de forme carrée, qui ne paraît pas remonter, du moins dans
son état actuel, à plus de deux ou trois siècles,
Sur la côte de l'Hedjaz, entre Mohilah et Djeddah, l'un
des ports les plus fréquentés est celui de Foiichk; le châ-
teau-fort du même nom, à 4 lieues à l'est, sert de station
pendant deux jours à la caravane des pèlerins : il s'y fonne
alors une espèce de foire. Un autre port, celui de Cherm-
Yambo, est habité par un mélange d'Arabes, d'Egyptiens,
de Syriens et d'autres peuples.
M. Rûppel, en se rendant du golfe de Suez à celui d'A-
kaba, a signalé la vallée de Koubab, réservoir naturel des
eaux pluviales de la contrée, petite vallée couverte de pâ-
turages et de buissons. A Ras-el-Sat on est étonné de voir,
entre les blocs de granité décomposé, un bassin naturel
d'eau de pluie à i5oo pieds au-dessus de la mer Houge.
U
(>) Burckhardt: Voyagea en itrnbie, loin. 1.
ASIE : Arabie. ai
Aox environs d'Akaba il suf&t de cretiser la terre pour
avoir de bonne eau.
n A l'est de l'Hedjaz s'ouvrent les vastes déserts duNedjed.
Selon Niebuhr, ce grand pays s'étend depuis te désert de
Syrie au nord jusqu'à l'Yémen au sud , et de l'Irac-Araby à
l'est, à l'HedJaz à l'ouest. De la sorte, il comprend principale-
ment ce que les géogiaphes européens ont désigné sous le
nom d'Arabie ■ Déserte , division inconnue aux Arabes, La
partie de cette province que l'on connaît plus absolument
sous le nom de Nedjed est montagneuse , couverte de villes
et de villages , remplie de petites seigneuries ; presque chaque
petite ville est gouvernée par un cheik indépendant. Elle est
très-fertile en toutes sortes de fruits , et principalement en
dattes. On y trouve peu de rivières, et même celle A!JJlan,
i est marquée sur la carte de d'Anville, et qui descend
s montagnes de Toueyk, n'est qu'un ouatli ou torrent,
i n'a de l'eau qu'après les grandes pluies. "
L Le Nedjed ou Nedjd, comme l'appellent la plupart des
fageurs modernes, est célèbre dans toute l'Arabie par ses
: pâturages, qui nourrissent une excellente race de
kadaires : aussi les Arabes appellent-ils le Nedjed Ont
i-dire la mère des chameaux. On y élève des
i. qui passent dans toute l'Arabie pour être du sang
'S qui divisent le Nedjed peuvent être générale-
dés comme autant d'oasis arrosées par des sources
ens. Cependant il arrive souvent que le Nedjed
la disette dans les années peu pluvieuses. La
montagnes de ce pays sont couvertes de
iplées d'hyènes, dé loups, de tigres, de cerfs, de
, et même d'ânes et de vaches devenus sauvages.
On trouve dans le Nedjed beaucoup d'anciens puits
construits en pierres et dont l'origine, inconnue aux habi-
tans, est attribuée par ceux-ci à une race primitive de
i
■iOa LIVRK CENT VINGT-SIXIEME.
gëans. Il en est de même de nombreux restes d'anciens
bâtlmens d'une construction très-massive, mais complè te-
ll y a dans cette province un grand nombre de districts;
celui iVEl-jii-ed, qu'on appelle quelquefois Nee(jed-el-jired,
confine à lest à l'Hajar on Lahsa. On y trouve le Hamfa,
canton autrefois célèbre, plus connu aujourd'hui sous le
nom de Damieit ou Dreyeh , et appelé aussi Derareh (O- Sa
capitale, qui porte le même nom , était la principale ville
des Waliabys avant sa destruction par Ibrahim-Pacha en
1819, Elle se composait de cinq quartiers séparés, entourés
chacun d'une muraille garnie de bastions. On y comptait
38 mosquées, 3o collèges, 25oo maisons, et i5 à 18,000
habitans. L'armée égyptienne s'en empara après un siège
de sept, mois. Les coteaux voisins produisent toutes sortes
de fruits, on y élève d'excellens chevaux et d'innombrables
troupeaux de moutous noii-s \A-
Le village appelé El-A'yeynek a donné naissance au nou-
veau prophète Wabab, fondateur de la secte des Wahabys.
El-Manjoulali , ville de 2000 familles, a tu détruire ses
murailles par l'armée égyptienne, Anizek ou Aneyzek^ ou
encore A'neizi, ville commerçante, située presque à égale
distance de la tuer Rouge et du golfe Persique, a éprouvé
le même sort. C'était le lieu le plus considérable du pays
appelé Kassiin : on y comptait près de 3ooo maisons. Ce
pays renfermait plus de 26 petites villes ou villages bien
peuplés; la principale est Bcreïda, où réside le cheik.
■■ Niebuhr place le district de Kerjé dans la partie sud-
ouest du Nedjed , et par conséquent sur les frontières de
l'Yémen. Il parait qu'on l'a trompé. Le Khardj ou Kheidjc
est, selon les Arabes, le même canton qui comprend la
(>) niebuhr, Dcsrrijit. , H, p. ao3. Bui-ckhaiih .• Vujiijjts en Aiiibit,
loin. Il , p. a37 , traduclion de M. Eyiiit.
(=) Comp. Hmlgi-Kkalfah, p. i4Si s?i/.
AsiK : 'Arabie. 283
ville dHIémamah^ renommée dii temps de Mahomet, à cause
de lanti-prophète Moseilàma; elle forme, avec les villes de
Làhsa et lébrin , un triangle ëquilatéral , dont chaque côté
est de trois journées dé distance (i). EUSoulemyeh est la
capitale du Khardj. Il paraît que c'est le même lieu que
celui que les écrivains arabes nomment Salemia. Le mont
El'Ared des géographes arabes pai'aît être un plateau de
rochers calcaires, escarpé à roùést, incliné doucement à
lest, et étendu dans la direction du nord an sud (3). Ce
sont les mantes Marithi de Ptolémée.
« Suivant un voyageur de Damas, depuis les confins du
canton de Haourâh jusqu'aux bords de TEuphrate , tout le
sol n est qu'une immense plaine, sans rivières, sans sources
pi^rmanentes, sans la moindre élévation , sans trace de ville
ni de village, mais où cependant plusieurs arbustes épineux
et quelques plantes agréables à Tœil croissent avec vigueur.
Cette plaine s'appelle El-Hamad (3j, C'est XAUDahna d'A-
boulfeda et de d'Anville. Elle n'offre qu'un sol aride, cou-
vert de sable mouvant; mais il s*j trouve quelques oasis
fertiles et de bons pâturages» Cest là qu'errent les Aneséhy
les Beni'Shaher^ les Szeleb^ et d autres tribus nomades (4). Les
Montejik occupent les deux rives de l'Euphrate, dépuis Koma
jusqu'à Arasje. Au sud de cette plaine les caravanes de
Damas, en partant d!Esraky à une journée et demie de
Bostra, suivent pendant sept journées une vallée, ou, si
l'on veut, le lit dune rivière sans eau, dans l'été du
moins, nommée Ouady-jirab^S'Szj'rhan. Cette route, di-
rigée au sud-est, les conduit au canton DJqfou Dchof^-
Szyrhan, C'est VAl^Giouf^ que d'Anville a bien placé : on
(0 Àboulfeda , edlt. Gagn. , p. 16. — (') Idem , Prolegom. , p. 18-1 , vers
Rciskei. Bommel^ Arabia Aboulfed. , p. 86. Hadgi-Khalfah ^ Djehan-
Numa, p. i45o-i45i MS. Comp. les notes siipplémenlaires à la fin du
V« volume de ce Précis. — (^) Joussouf-el-Milkyj caravaneur de Damas ,
dans Zach, Corresp. , XVIII , p. 383.
(4) Seetzen , Mémoire , dans les Annales des f^oyag-es , VIII , îSi.
•204 LIVRE CEST VIHGT-SIXIEME.
y voit une haute tour pyramidale. Les habîtans virent dans
un état de guerre civile perpétuelle. Il y a ici , dit-on , des
chiens sauvages qu'on mange. On traverse ensuite un dé-
sert pierreux de deux journées de long, et un autre désert
de sable de trois journées; on y va à la chasse aux bceufs
sauvages. Derrière ce désert s'élève le mont Chemmar ou
Djebel- Ckammar , couvert de forêts et de villages; sa hau-
teur et son étendue semblent l'égaler au mont Liban, Cette
montagne donne son nom à un pays dont l'une des prin-
cipales villes était Et-Mostailjeidlé. Ici se termine la route
du voyageur damasquin , auquel nous empruntons ces
renseignemens; il n'entra pas même dans le canton de
Chemmar, qui est le mont Zametas de Ptoléniée, et le
Belad-Shemer de d'Anville, mais que ce géographe paraît
mettre trop à l'ouest, et peut-être un peu trop au sud.
Notre voyageur apprit que la ville de Derayeh capitale
des Wahabys, est éloignée du mont Chemmar de dix
journées; elle doit être à la même distance des rivages
du golfe Persique , selon l'estimation des Arabes ; mais
M. Reinaud, voyageur anglais, qui s'y est i-endu en venant
de Dassorah par mer, a d'abord fait sept journées d'el Katif
à la ville A'Àscka, où il y a des chevaux d'une beauté sin-
gulière , mais qui n'ont que 5o pouces de hauteur (i). De là
il fit huit Journées à travers les déserts avant d'arriver à
Derayeh, qu'il appelle Dmhia.
• Au sud et au sud-est , le Nedjed est séparé de l'Yémen
et de l'Oman par le désert (l'Akkaf, jadis, selon la tradi-
tion, un paradis terrestre, habité par des géaus impies,
nommés les J'aclites; un déluge de sable fit périr ce peuple ;
cependant leur langue est encore parlée dans les îles Kurian
et Muriani^].
V
(0 Reinaud, Icdrc J .Seet^eit , .laii> Znt
(')Coiup. nadgiJikalfalt, p.'i338. '
ASIE : Arabie. aSS
■ Les -villes qui subsistent encore dans le Nedjed font un
commerce considérable, soit entre elles, soit avec des pla-
ces voisines de l'Hedjaz, de l'Yemen et de Lahsa. C'est du
Nedjed qu'est sortie la redoutable secte des ff'ahnbites ou
ff^ahafys, dont la puissance fixa jusquen i8ig les yeux
de l'Asie et de l'Europe. Voici un précis de ce qu'on a
pu savoir jusqu'ici sur l'origine , les progrès et les revers de
cette secte célèbre (')■
■ Une tradition répandue dans l'Arabie, et surtout dans-
l'Yémen, raconte qu'un pauvre pasteur, nomme Souleiman ,
vit en songe une flamme qui sortait de son corps et se ré-
pandait au loin, dévorant tout sur son passage. Il consulta
les devins sur le sens de cette vision , et ils lui répondirent
qu'elle présageait la fondation d'une nouvelle puissance qui
serait établie par son tils. Ils ne se sont pas beaucoup
trompés ; car si la prédiction ne s'est pas vérifiée dans la
personne du fils de Souleiman, nommé Abd-El-Jfahab,
elle s'est réalisée dans le fils de celui-ci, le cheik Moha-
med-Ibn-Abdoul-ff^akab, (juii\ii<iuitÀ'E\-\'jeyneh en 1696.
C'est lui qui est le véritable fondateur de la secte, que
l'on a appelée tPahabys. M sut se prévaloir auprès de ses
compatriotes de ce songe vrai ou faux. 11 leur persuada
qu'il descendait dii'ectemenf de Mahomet, dont il portait
le nom. Ses dogmes sont peu nombreux, 11 prescrit le
culte d'un Dieu unique, éternel, tout- puissant , juste,
miséricordieux, qui récompense et qui punit. Il apprend
à regarder le Coran comme un livre écrit dans le ciel
même par les anges. Il veut qu'on en suive les préceptes;
mais il rejette toutes les traditions des musulmans. 11
regarde Moïse et Jésus-Christ comme des êtres privilégiés.
{') Histoire des Wahabya, par W. L. A. Paris, iSio. Noiicc sur les
Wahabjs, par M Rousseau, consul - général , à I» suile de sa Description
dupachalik île Bagdad, 1S09. Hiituirc de Mc^Mmet-Alj, parM. Alengin.
Vajtfe» en Arabie, par J. Eurekhttrdt.
I
■ioh iiVRr; cent vinot-sixiiimf.
Il consent à voir dans Mahomet nu sage aimé de Dieu;
mais il blâme les liommages qu'on lui rend. Il dit que
Dieu, blesse de cette sorte de culte, la envoyé sur la
t«rre pour en détromper les hommes, et que tous ceux qui
repousseront ses instructions méritent d'être exterminés. ■
Il ordonne de prier cinq fois par jour; de jei\ner pendant
le mois de rhamadan ; de ne point faire usage de boissons
spirilueuses j de ne point tolérer les femmes prostituées; de
prohiber les jeux de hasard et la magie; de donner en au-
mônes la centième partie de son bien; d'empêcher l'usure;
de faire an moins une fois le pèlerinage de la Mekke; de
ne point fumer; de ne point se vêtir de soie ; de ne point
élever de dômes ni de mausolées, et de détruire ceux
qui existent, parce que ce luxe de monumens favorise
l'idolâtrie. Enfin on voit que, relativement au mahomé-
tisme, le wahabysme est une véritable réformation, bien
que dans loutrOrienl on ait répandu le hniit que c'était une
religion entièrement nouvelle, et que les Wahabys ne trai-
taient les Turcs avec cruauté que parce que ceux-ci étaient
musulmans.
" D'abord il répandit sa doctrine en secret, et se fit
quelques prosélytes. Il fit un voyage en Syrie pour le même
objet. N'ayant pas réussi, il revînt en Arabie au bout de
trois ans d'absence. Il y fut plus heureux, et trouva un pro-
tecteur dans un chef arabe nommé Mohamed-lbn-Souhoud
on Saoud, issu de la tribu de Negedis, comme l'aîeul de
Gheik-Mohanied. Cet Ibn-Souhoud était im homme ardent
et brave, qui, après s'être rendu chef de sa tribu, en avait
subjugué deux autres de l'Yémen, et avait attiré dans son
parti tous les Arabes vagabonds de cette contrée. Avec eux
il se vit en état de faire des excursions, et dans l'espace
de i5 ans il avait déjà beaucoup étendu ses conquêtes.
Curieux de les étendre encore, il crut que le cheîk Ibn-
Abdoul-Wabab pourrait servir ses vues en inspirant plus
ASIE : Arabie. aSy
d'ardeur et d'enthousiasme à ses Arabes. Il seconda donc-
Ja propagntioii d'une doctrine qui avuît l'ait déjà quelques
progrès parmi les siens ; et le clieik de son càtii se livra
volontiers à celui dont il attendait le plus solide appui
pour sa secte. Ses dogmes lurent bientôt adoptés par tout
le peuple. Le nouveau culte pnt une forme régulière. Le
fils d'Abd-EI-Wahab fut declart; pontife suprême des Wa-
habites. Ibn-Souhoud retint l'autorité temporelle sous le
litre d'émir; et ce partage de puissance s'est conservé entre
les descendans des deux cbefs, qui choisirent pour leur
capitale Derayeh,au sud-ouest de Dassorab, dans le désert.
uS'il fallait, dit Uurckhardt, d'autres preuves pour cons'
« tater que les Waliabîtes sont des musulmans très-ortho-
■ doxes, leur catjéchisnie les fournirait. Quand Ibn-Snu-
« houd prit possession de la Mekke, il distribua aux habi-
• tans des exemplaires de ce livre, et ordonna que les écoles
• publiques l'apprissent par cœur. On n'y trouve que ce que
• le Turc le plus orthodoxe doit adaiettre comme vérité.
' Souhoud avait l'idée absurde que les habitans des villes
■ étaient élevés dans une ignorance entière de leur reli-
■ gion, c'est pourquoi il désira que ceux de la Mekke fus-
■ sent instruits de ses premiers principes. Cependant ce
■ catéchisme ne contenait que ce que les Mekkaouis sa-
• valent déjà, et quand Souhoud reconnut qu'ils avaient
nplus d'instruction que ses prosélytes, il s'abstint de le
• répandre parmi eux ('). »
■ ibn-Souhoud s'occupa dès lors à réaliser ses projets
d'agrandissement. Il forma une armée bien disciplinée,
dont le cheik augmentait l'enthousiasme par ses prédica-
tions. Souhoud mourut au milieu de ses projets j mais son
bis, Abd-£1-Aziz, hérita de son courage et de son zèle.
(') J. Barekhardt : Voyages en Arabie, tradiiclion de M. Eyrift,
tom. 11, p. ibo. — Parii, i83{.
1
r
U
î88 LIVRE CEHT VINGT -SI XIKBIE.
Quand il voulait réduire une tribu, il envoyait la sommer
de croire au Coran tel qu'il l'expliquait, la menaçant de
l'exterminer si elle s'y refusait. Prenait-elle en effet ce
dernier parti , on passait tout au fil de l'épée , ne respec-
tant que les femmes et les filles, et enlevant toutes les
richesses des vaincus. Si au contraire la tribu consentait
à se soumettre, Abd-El-Aziz lui nommait un gouverneur,
et se élisait donner la dîme des troupeaux, de l'argent,
des meubles, et même des hommes, que ton tirait au
sort. Il amassa ainsi de grands trésors en peu de temps ,
et se forma une armée nombreuse , que l'on estima au
moins à 120,000 hommes. Les Arabes-Bédouins, cédant
les uns après les autres , ont ployé sous une puissance qui
embrassait tout le vaste désert compris entre la mer Rouge,
le golfe Persique et les environs d'Alep et de Damas. ■■
Ce fut vers la fin de l'année 1767 que les habitans du
pays de Nedjed , qui avaient embrassé les principes répandus
par le cheik Mohamed-Ibn- Abdoul-Wahab , reçurent des
peuples voisins le nom de Wahabys. En 1791, le 1 4 juin ,
ce chef de secte mourut à l'âge de 95 ans, après avoir
aplani à la famille de Souhoud le chemin qui la conduisit
au trône. U avait épousé ao femmes dont il eut 18 enfans.
En i8o3,le i4 octobre, Abd-El-Aziz, dans sa 82* année,
fut assassiné par un fanatique que les Persans avaient
gagné pour se venger de ce que deux ans auparavant ses
troupes avaient pillé la ville de Kerbelé, et profané le tom-
beau d'un saint personnage. Son fils, l'intrépide Souhoud,
lui succéda. Il soumit la plus grande partie de l'Arabie et
mourut à Derayeh au mois d'avril i8i4- Sous son succes>
seur Abdallah , les Wahabys étaient maîtres de toute la
contrée et s'étendaient jusqu'aux portes de Damas et de
Bagdad, lorsqu'en 1818 le fils du pacha d'Egypte, Ibrahim-
Pacha, à la tète d'une armée aguerrie, parvint, non pas à les
soumettre, mais h les détruire, après avoir saccagé leurs
ASIE : Arabie. 289
principales villes et avoir fait prisonnier leur chef Abdallah ,
qui fut détapite à Cous tan tinople. Cependant comme le
wahabysme est le raahonielisme réforme, il a jeté dans les
cœurs arabes de profondes racines que la force ne pourra
jamais extirper. Déjà les sectaires de Wahab, que l'on croyait
anéantis, ont repris les armes contre les troupes égyptiennes
stationnées dans les forts du Nedjed ; et s'ils sont loin d'être
redoutables, qui sait s'ils ne le deviendront pas à l'aide de
quelque circonstance favorable?
« Les // 'ahahys ont les Malioméians en horreur. On a tu
plus haut qu'ils ont cependant retenu d'eux beaucoup de
pratiques religieuses ; mais leurs mosquées n'ont ni décora-
tions ni minarets. Ilsneprofessentaucun respect pour la mé-
moire des cbeiks etdesimans, et ils enterrent lenrs morts
sans aucune pompe. Ils vivent de pain d'orge, de dattes, de
sauterelles , de poissons. Ils ne mangent que rarement du
mouton et du rii. Le café leur est interdit. Leurs vèiemens
et leurs cabanes sont fort simples. La nation peut se par-
tager en trois classes : les guerriers , les laboureurs et les
artisansj car ils cultivent et travaillent à différens métiers.
Leurs ouvrages en osier, en laine, en coton, en cuivre, en
fer, ne le cèdent pas à ceux des autres Arabes. »
Le pays qui s'étend à l'est de Derayeh , vers le golfe
Persique jusqu'aux limites de la province iï\x Lahsa, à six
journées de distance de Derayeh, porte le nom de Zedeïr.
Pendant trois jours on n'y rencontre pas d'eau.
« IJi descendant du platean de l'Arabie, nous arrivons
dans le Hadjar ou Lalisa, appelé aussi El-Alisa, province
qui borde à l'ouest le golfe Persique , maïs qui est une des
moins connues de l'Arabie. Les Wahabys y avaient fait un
grand nombre de prosélytes. Lahsa ou El-Ahsa , ville con-
sidérable sur la rivière HÎAftan, en est la ville principale,
et' donne son nom à toure la contrée. »
Cette ville fut bâtie dans le X^ siècle par les Karmates;
VIII, l'j
1
r
l
ago LIVRE CEWT ViNGT-SiXIEME.
ses murs sont flanques de tours. La petite pl<ice niaritinic
A'jikir, sur le golfe Persique, lui sert de port. Le terri-
toire d"EI-Ahsa est célèbre chez les Arabes par ses puits
nombreux. Il renferme une vingtaine <le villages.
El'Katif, sur une baie dans laquelle s'élève l'île de
Tarout, l'une des îles Bahréïn , paraît être l'ancienne Gcrra,
bâtie en pierre de sel. Les habitans de cette ville, au nom-
bre de 5 à 6000, subsistent principalement par la pêche de.s
perles; et lorsqu'ils ne sont pas assez riches pour pêcher à
leurs propres frais, ils se louent pour ce travail à des mar-
chands étrangers. On y trouve encore les ruines d'un ancien
fort portugais. Une autre ville considérable est EI-Koneit ;
les Persans l'appellent Grain. Ses habitans vivent aussi du
produit de la pêche des perles et de celle des poissons,
sur la côte de Bahréïn. On assure qu'ils sont au nombre
de 10,000. Toute cette côte est très-peuplée; elle abonde
en dattiers, en riz et en coton; les lis et les troènes bordent
les rivières; mais les sables mouvans y envahissent souvent
des cantons entiers (■].
« Tarout, petite ville à l'orient d'El-Katif, possède d'excel-
lens vignobles ; ils sont quelquefois inondés par la haute
marée; c'est là qu'il faut placer la regio Maciiia Ae Strabon,
oit les vignes, cultivées dans des corbeilles de jonc, étaient
quelquefois entraînées par les flots de la mer, et ensuite
remises dans leur place à coups d'aviron ['■'). Dans quelques
villes de l'Hadjar il y a des manufactures de tissus de laines ;
on y fait des ahbas ou manteaux. ■
Ei-Foiif oti El-Hof/iouf, chef-lieu du pays de l'Hadjar
ou du Lalisa, est un gros bourg dont on porte la popula-
tion à i5,oon âmes, et qui est défendu par un fort. La
ville de Ras-el-Khyma, située à 100 lieues au sud-est d'El-
{') Hiidgi-Khaipili. p. i^;'>. Nichuhr. I)cscripti..ink l'Arabie , II,
198.— W Abaidfyiia.Qa^n.,^. i?,. .Sirai.,XVI, 5ui<,i-dit. Atrtli.
ASIE : Arabie. agi
Katif, esl bâtie sur une presqu'île sablonneuse que défen-
dent plusieurs batteries. Son port est le meilleur de toute
la cûte. C'était autrefois un repaire ife pirates redoutables,
appelés Djoasmis, dont Jea flottes furent détruites en 1809
par les Anglais. Une partie des eûtes de la province de
Lahsa forme le pays de Bahréïn, fertile en dattiers. El-
Katif en dépend.
•1 On doit considérer comme une partie du Hadjar le»
îles Bahréïn dans le golfe Peisique, tout près de la cûte
d'Arabie. Elles sont remarquables par la riche pèclie de
perles qui se fait dans leur voisinage aus mois de juin,
juillet et août; pêche qui rapportait, dans le XVI" siècle,
la valeur de 5oo,ooo ducats ('). Aujourd'hui son produit
est estimé à 3,5oo,ooo francs. •
C'est le mollusque bivalve nommé avicule peiiiére (twi-
cnla margaritifera) qui fournit la substance appelée nacre,
et ces sécrétions calcaires, connues sous le nom de perles,
et si recherchées lorsqu'elles ont un vif éclat et une sphéri-
cité parfaite. Ces mollusques forment, le long de la côte
du pays de Bahréïn, mais principalement autour des îles
de ce nom, des bancs épais qui sont à i5 ou 30 pieds
au-dessous de la surface de l'eau, et qui s'étendent sur une
longueur de plus de aS lieues. Les perles des îles Balirém
sont moins blanches que celles de Ceylan et du Japon, mais
beaucoup plus grosses et plus régulières.
^ Le nom de Bahréïn signifie deux mers, et semble mO'
derne; car Aboulfeda, aussi bien que les Arabes du Lahsa,
appellent la plus grande de ces îles Âoiiai , nom que
d'Anville a mal à propos transporté à la presqu'île de Ser,
située A environ 3oo milles à l'est. Cette grande île, qui
est appelée aussi Bahréïn, a une viUe fortifiée. Elle abonde
en dattes, selon les modernes; les anciens l'ont mieux
I
I
L
aga livre cent vingt-sixième.
décrite sous le nom de 7}1<m; plane et peu boisée, elle
produit des figuiers, des vignes, des palmiei's, des coton-
niers; un arbre à fleurs et à feuilles semblables au rosier,
s'épanouit et se contracte avec la lumière du jour; le tama-
rinier, arbrisseau dans nos climats, devient un gros arbre;
les pluies ne sont pas favorables à la végétation ; c'est avec de
l'eau salée que les habitans arrosent leurs vergers; les côtes
sont bordées de palétuviers ('). Tout cela serait-il cliangé? "
On sait aujourdbui que l'île d'Aoua! a 1 1 lieues de lon-
gueur sur 4 à 5 de largeur; qu'outre une ville de 5ooo âmes,
appelée Ménaïna, elle renferme plusieurs petits villages;
qu'elle est arrosée par un grand nombre de sources dont
l'eau est excellente; que son sol est fertile et bien cultivé,
et qu'on y élève beaucoup de bœufs et démoulons; qu'elle
fait un commerce considérable avec les tribus arabes de la
côte; qu'enfin près de ses côtes jaillit du fond de la mer
une source d'eau douce que des plongeurs vont puiser dans
des outres. Parmi les autres îles lîabrétn, il n'en est que
trois qui méritent d'être citées : j^ratl est basse , sablon-
neuse et entourée d'écueits ; Samahe ou Samak est la plus
orientale du groupe; Tarout est embellie de plantations et
de jardins agréables.
" Après un grand espace inconmi ou l'on place tme ville
de Mascalat, nous trouvons le pays d'Omnn. Il est rempli
de montagnes qui, presque partout, s'étendent jusqu'à la
mer. Il abonde en grains et en fruits. La mer qui le baigne
est si poissonneuse, qu'on y nourrit de poisson les vaches ,
les ânes et d'autres animaux , et qu'on s'en sert même pour
fumer les champs. On exporte des dattes. Il y a des mines
de cuivre et de plomb. Viinan d'Oman, le plus puissant
prince du pays, fait sa résidence à Hosta^, près du Djebel-
<■) Théo/ihroit. , Hist. plant., IV. 9. V, 6. De Cpiw.
Comp, /-/»!., XU, lo-M, XVI, 4.. ^rrim<, Vil.
ASIE : Arabie. agS
Akdar, la plus hnutc montagne du pays. Mais Maskat ou
Mascate est la ville la plus considérable et la plus connue
des Européens. C'est l'antique cité appelée Moscha-portus.
Elle est située à l'extrémité niéi'idion»le d'une baie d'envi-
ron 900 pas géométriques de long, sur 400 de large. A l'est
comme à l'ouest, ce golfe est bordé de rochers escarpés,
dans l'eiiceinte desquels les plus grands vaisseaux sont à
l'abri de tous les vents. Des deux côtés de ce beau port il
y a plusieurs batteries et quelques petits forts. Partout
où la ville n'est pas défendue pur la nature, elle est enfer-
ïiiée par une muraille. Derrière cette muraille s'ouvre une
assez grande plaine, terminée aussi par des rochers qui
n'ont que trois issues étroites. Mascate était anciennement,
comme aii}ourd'hul , l'entrepôt des marchandises d'Arabie,
de Perse et des Indes. Sa population est estimée à 1 2,000
âmes par les anciens voyageurs, et à 60,000 par les mo-
dernes. Les maisons y sont très- simples , et la plupart cou-
vertes en nattes; les mosquées sont les seuls édifices. I-es
Portugais, sous les ordres d'Albuquerque , prirent cette
ville en i5o8, et la conservèrent jusqu'en i548. Le prince
lui-même est commerçant. Il a quelques vaisseaux armés,
dans lesquels il fait venir chaque année des esclaves, des
dents d'éléphans et d'autres marchandises d'Afrique. Il pos-
sède l'île de SocDtora, célèbre par son aloès [»)■ Sohar ou
Onuitiy ville maritime, fait un commerce considérable.
■ Les habltaus de l'Oman sont les meilleurs marins de
l'Arabie. Ils ont de petits vaisseaux marchands appelés
trankis, dont les voiles ne sont pas de nattes comme dans
l'Yémen, mais de toiles comme en Europe. Ces navires
sont très-larges à proportion de leur longueur, très-
bas par devant, fort hauts par derrière; ils ont ceci de par-
ticulier, que les planches n'en sont point clouées, mai^
(0 V'njr* l:i Dcsïrlpti"ii de rAlri<|UP
r
294 LIVRE CERT VIHGT-SIXIÊHE.
liées et comme cousues ensemble. La plupart des soldats de
l'iman sont des esclaves cafres (0.
■ L'Oman , et par consétjuent toute l'Arabie , se terminent
â l'est par le cap Has-al-Had^ communément Rnsalgate. »
Au sud-est de l'Oman se trouve XEtal de Beladser, dont
les habitans t'ont le métier de corsaires , et dont l'une des
principales villes est Ser, appelée aussi Sièer, Omana ou
Djulfar, résidence d'un cheik qui reconnaît la souverai-
neté de l'iman de Mascate.
• I^a côte méridionale se dirige d'abord au sud' sud-ouest
jusqu'au cap Kanseli; elle court ensuite au sud-ouest vers
le détroit de Bab-el-Mandeb, Elle est, dans la partie orien-
tale, précédée par des bas-fonds et des récifs de corail; il
y croit, selon Slrabon, des arbres que la mer couvre à la
haute marée ; ce sont probablement des palétuviers. On
passe devant fe pays de Gad, dont l'une des bourgades
sur la côte est Harmïn, peuplée de pêcheurs. A peu de
distance de la côte s'étend l'île de Mazeira ou Messirah^
qui a environ i5 lieues de longueur, et qui est rarement
visitée par les Européens. Vient ensuite la côte plus mon-
tagneuse du pays de Chedeker ou Cfwdjer, où croît l'encens;
ses ports sont Hasec, sur le grand golfe de Kourya Moiirya,
environné d'îles; Merbat o\i Morebat, Dafaroa Dofar^ ré-
sidence d'un cheik indépendant, et Kalhat ou Calujate,
dont le port est très-fréquenté. Derrière le pays de l'encens
est le Makrakj grand district montagneux, qui paraît être
un vaste plateau où l'on parle un dialecte particulier,
« Tous ces cantons pourraient être compris dans l'Ha-
draniaout, en prenant ce nom dans le sens le plus large;
mais XHndramaout propre est au sud -ouest et avoisine
l'Yémen. Doan y est une jolie ville, située dans une vallée
profonde, et résidence d'un cheik indépendant; elle esta
(') Nieiiilir, Descriplioii ilt l"j\rabic, 11, p. i^t-ibo.
ASIE : Arabie. agS
environ laS lieues de Sana, et à 5o de Kechin ou Ketem.
Cette dernière est sur la mer; elle manque d'eau, et n'a que
celle d'un puits situe dans ses environs ; les habitans sont
très-polis envers les Européens et tous les étrangers; le
cheik qui les gouverne possède un district considérable. •
Makalla ou Macoula, avec un bon port, est la résidence
d'un clieik qui prend le titre de sultan ; le commerce de
cette ville avec Moka se fait par des caravanes. A Terim ,
danslesmontagnes, on fabrique des châles de soie; Chibant,
que l'on dit plus importante que Térim, est la résidence
d'un cheik indépendant, l'un des plus puissans de la région
montagneuse où demeurent les Kabaïh.
■ L'Hadramauut , déjà célèbre du temps d'Auguste par
la bravoure de ses habitans, oITre en plusieurs endroits
des contrées montagneuses très-fertiles, et des vallées bien
arrosées par les eaux qui tombent des montagnes. Des dif-
férens ports de ce pays on exporte, pour Mascate et pour
les Indes, de l'encens, de la gomme, de la myrrhe, du sang
de dragon, de i'aloès; et pour l'Yémen, des toiles, des
tapis, et beaucoup de ces grands couteaux nommés yn/zi-
bea, que les Arabes portent sur le devant, à la ceinture. ■
Les habitans de l'Hadramaout , Arabes Sunnites, ou
Sounnites très-attachés à leur croyance, sont en partie sé-
dentaires et en partie nomades. 11 serait diffîcile de nommer
toutes tes petites principautés ijul divisent ce pays : chaque
ville a son cheik, qui prétend à l'indépendance.
•■ La plus belle province de l'Arabie demande notre at-
tention. C'est \Ycmeii., autrefois un royaume considérable,
que l'on a prétendu être identique avec celui de Saba.
Soumis par Mahomet, et ensuite par Saladin, l'Yémen dé-
pendait des sultans mamelouks d'Egypte. Devenu libre par
l'affaiblissement des Mamelouks en 1^17, il fut menacé
d'une invasion ottomane; maïs en i63o le sultan Amurat IV
reconnut Sejid Khassen-ib-Mohammed puur loi d'Yémen ,
•îCjS LIVRE CENT VIMGT-SIXlfeME,
en se réservant toutefois une suzeraineté nominale. Depuis
cette époque, ces rois ont perdu plusieurs provinces, sur-
tout au nord et à l'est. Cependant l'État d'Yémen propre-
ment dit peut avoir aEoo lieues carrées, et contient
peut-Étre 3,ooo,ooo d'habitans. Le souverain est en même
temps chef de la secte des Zéidites, qui domine dans tout
ITémen. Voilà pourquoi ce prince a d'abord pris le titre
A'iman, lilre qui, en Turquie, s'applique aux simples
desservans des mosquées, mais qui, en Arabie et en Perse,
parmi les adhérens des sectes Zéidile et Scbiite, désigne
un docteur, un successeur du grand prophète. Les mo-
destes jmans d'Yémen n'ont pas tardé de prendre sur leurs
monnaies le titre plus imposant de prince des fidèles, en«>
al-moumenim; on dit même que les croyans de leur secte
les traitent de califes. Le trône de l'Yémen est héréditaire.
L'iman ou émir y est indépendant, et ne reconnaît aucun
supérieur, ni spirituel, ni temporel. Il a le droit de faire la
paix et la guerre. Cependant le fier et brave Arabe ne sup-
porte jamais le moindre abus de pouvoir; l'iman ne peut
pas même ôter la vie ni à un juif, ni à un païen , à moins
que le prévenu n'ait été mis en jugement devant le tribu-
nal souverain de Sana, composé de plusieurs cadis, dont
l'émir n'est que le président. Si un émir paraît tendre au
despotisme, on le détrône. La dénomination de fakis semble
embrasser toutes les personnes au-dessus du commun. On
donne le nom de ilotas aux gouverneurs des districts ; et si
ceux qui exercent ces fonctions sont d'une naissance dis-
tinguée, ils sont nommés oualîs. Le magistrat d'une petite
ville sans garnison est appelé cheik; s'il exerce son autorité
dans un endroit plus important, il s'attribue le titre d'émir.
Il y a encore des contrôleurs publics qui inspectent la con-
duite des gouverneurs. L'Yémen est aujourd'hui aous !a
suzeraineté du pacha d'Egypte.
• Autrefois la force armée, en temps de paix, était entre-
AsiB : Arabie. 297
tenue sur le pied de 4oon homines d'infanterie, et de 1000
de cavalerie. Les soldats, suivant l'usage de l'Orient, n'y ont
point d'uniforme ; ils ne connaissent aucune espèce de
tactique; à peine savent-ils manier un fusil. L'Yemen n'a
point de marine; les vaisseaux, grossièrement construits,
portent des voiles faites avec des nattes.
n Les i-evenus annuels du prince montent, selon Niebuhr,
à 480,000 écus de Danemark, environ i,goo,ooo francs.
Ce voyageur pense qu'ils proviennent surtout des droits
d'exportation sur le café. Outre cette précieuse denrée,
l'Yémen exporte l'aloès, la myrrhe, dont la meilleure vient
de l'Abyssinie ; l'oliban ou l'encens de qualité inférieure;
le séné, l'ivoire et l'or de l'Abyssinie. Les importations
d'Europe sont le fer, l'acier, des canons, du plomb, de
l'étain, de la cochenille, des miroirs, des couteaux, des
sabres, du verre taillé et des pcrlrs fausses. C est dans des
manufactures tenues par les juifs que se fabriquent les
ouvrages d'or et d'argent, et jusqu'à la monnaie. Il se fait
quelques mousquets dans le pays , mais ils sont d'une
médiocre exécution. Il y a une verrerie à Moka. On trouve
aussi dans l'Yémen quelques fabriques de toiles, la plupart
grossières. Les juifs , au nombre de 5ooo familles, exercent
un commerce très-actif; mais la jalousie et la superstition se
réunissent pour les persécuter.
- Tel est l'état du plus puissant royaume de l'Arabie. Il
se divise en un grand nombre de départemens, et générale-
ment en haut pays, nommé en arabe Djebel, et en bas
pays ou Téhama. La principale ville est Sana ou Satma,
située au pied d'une montagne appelée Nikkom, sur la-
quelle on voit les ruines d'un vieux château qui, suivant
les Arabes, fut bâti par Sem. Selon Niebuhr, cette ville
n'est pas très-étendue; on pourrait en faire le tour dans
l'espace d'une beuie; encore , une partie de cet espace est-
elle occupée par des jardins, Ses murs sont de briques;
ag8 LIVRE CENT VirfGT-SIXM':ME.
elle a sept portes et plusieurs jolies mosquées et palais, les
uns construits en briques cuites, les autres en pierres; les
maisons ordinnires ne sont bâties qu'en briques scchées au
soleil. Il y a beaucoup de simseras ou caravansérails pour
les marchands et les voyageurs (i). Le chauffage y est né-
cessaire et très-rare; mais on y trouve quelques mines de
charbon et de la tourbe. Il ne paraît pas , quoi qu'en dise
Pline, que les Arabes se chauffent avec des bois odorifé-
rans. Les fruits y sont excellens, .surtout les raisins, dont
on compte 20 variétés. •
Sana est défendue par un château qui renferme deux
beaux palais, appelés Dar-el-Dahhab et Dar-Amer, et qui
sont ordinairement habités par les membres de la famille
de l'iiiian, une mosquée et un hôtel des monnaies. Un
nombre considérable d'autres mosquées s'élèvent au centre
da la ville; la plus belle se nomme Djnmea; elle a deux
minarets. Les autres édifices remarquables sont des palais
de riches particuliers. Du reste, bien que cette ville passe
pour une des plus belles de l'Arabie, ses rues sont sales et
mal pavées. Il parait qu'elle est très-peuplée , o'est-àMlire
qu'elle renferme environ 3o,ooo habltans.
« Selon le récit très-obscuv de Pline et de Strabon, Ma-
reb ou Mariaba aurait été l'ancienne capitale de l'Yémen;
d'Anville s'empresse même d'y reconnaître la fameuse ville
de Saba, connue des Hébreux, et citée par Ptolémée,Aga-
tharchide et quelques autres géographes grecs. Cette ville,
entourée de murailles et contenant environ 3oo maisons,
est aujourd'hui l'endroit principal du pays de DjoJ\ qui s'est
rendu indépendant de l'iman de l'Yémen, ■
Ce pays, appelé plus correctement Beledrcl-Djol , s'étend
au sud-est de Sana jusqu'à l'Hadraniuout. Il consiste gé-
Ouaiili, [luil. >(><
ASIE ; Arabie. 299
néralement en vastes plaines, quelques unes sablonneuses
et désertes, d'autres fertiles et arrosées de ruisseaux. Près
de Mareb on exploite une grande quantité de sel gemme.
Le Beled-el-Djol se divise en trois parties : à l'est le Beted-
el-Bedaoui-, habité par des Bédouins^ au centre le Beled-
el-Saladin, qui comprend la partie montagneuse occupée
par des Arabes sédentaires, et à l'ouest le Beled-el-Cheraf,
gouverné par des descendans de Mahomet.
• Dans une vallée d'envicon 6 lieues de longueur près
de Mareb , sont réunis 6 ou 7 ruisseaux. Quelques uns
sont poissonneux, et conservent de l'eau toute l'année. Les
deux chaînes de montagnes s'approchent si près l'une de
l'autre à l'est, que l'on peut franchir l'intervalle en 5 ou
6 minutes. On dit que cette ouverture fut fermée jadis par
une épaisse muraille qui retenait l'eau superflue pendant
et après les pluies, et qui servait à la distribuer dans les
champs et les jardins situés au pied de ces hauteurs. Cet
ouvrage passait en Arabie pour une des mei-veilles du
monde; les historiens arabes ont même fait de la rupture
de cette djgue, et des désastres qui la suivirent, le point
de départ d'une époque historique sur laquelle les sayans
n'ont pu tomber d'accord (').
Entre Taïf et 5ana la ville de Beïscké, sur un territoire
fertile et riche en dattiers, est regardée par les Arabes
comme la clef de l'Yémen. Elle est située dans une large
vallée, longue de 8 à 10 lieues, où les ruisseaux , les puits
et les jardins abondent. Les maisons de cette ville sont assez
bien bâties et éparses dans tout l'Ouadi; le château , solide'
ment construit, est entouré de murailles hautes et solides,
et d'un fossé. A quatre ou cinq journées au sud-est dt
Beïsché, demeurent en hiver les Arabes Doimseï- i\u\ , ei:
été, se transportent dans les fertiles pàlunigtrs du JNedjed
1.0 iitiski: dt Ai'atjum cpucliù rctusliksiiuà, ctt, Lip;, i'^S.
J
300 LIVBE CENT VIMGT-SIXlÈME.
Près d'eux vivent les Béni K'dlb, Bédouins sur lesquels on
débite dans l'Hedjaz plusieurs fables absurdes : ainsi ils
passent pour aboyer comme des chiens, bien que leurs
femmes parlent arabe. Cette idée est peut-âtre due à ce que
lu nom de Kclb signifie chien (').
« Dans le Djebel, ou baut-pays, l'inian possède Damar,
ville de 5ooo maisons, dans laquelle les Zéidites ont leur
grande université, fréquentée par 5oo étudians; Doran,
autre ville, avec de grands magasins de blé taillés dans les
rochers; Djohla, distinguée par ses rues pavées, ses 1200
maisons, la plupart hautes et bien bâties, et ses fabriques
de savon; Tat-sou Taas, qui s'enorgueillit de ses mosquées,
et dépend aussi de l'iman de Sana. On monte à Kousma
par des escaliers ; on emploie une journée pour y grimper
en venant du Téhama. A Mnakek, toutes les maisons sont
taillées dans le roc vif,
■ Le Djebel indépendant comprend de grands cantons ,
entre autres le Sahan, dont Sanrle ou Saadek est le chef-
lieu. On y trouve en abondance des fruits, des raisins, et
de plus quelques mines de fer exploitées. Les habitans de
cette province communiquent peu avec les étrangers ; l'on
croit que leur dialecte approche le plus de celui du Coran ,
livre dont^cependant ils ne connaissent guère que le nom.
Leur nourriture est de la viande, du miel, du lait, des lé-
gumes. Mariésplus tard que lesautres Arabes, ils parviennent
à un Age avancé, et conservent la vuejusquà la fin de leurs
jours. Le brigandage leur donne de quoi exercer l'hospita-
lité. Nedjran ou Nedjeràn, petit domaine , est situé dans une
contrée agréable où il y a beaucoup d'eau. Il se trouve à l'est-
nord-est, et à quatre ou cinq journées de Saadeh. Ilest ti-ès-
fertile en blé , en fruits , et surtout en dattes. La ville de Ned-
^c)w« doit son nom .à son fondateur, Neiljerùn-Jbn-Sadnn. »
L
rckUui-'l' : Vm ap.'> on Aii.l.ic ,
1
ASIE : Arabie. 3oi
Les Arabes appellent le district de Nedjeran Otiadi
Nedjerân. C'est une Tallée fertile située entre des monta-
gnes inaccessibles, où les défilés sont si étroits que deux '
chameaux ne peuvent y passer à la fois. Elle est habitée par
les Béni î'am, ancienne tribu qui ne s'est jamnis soumise
aus Wahabys, Quand un homme de celte tribu entreprend
un voyage, il envoie sa femme dans la maison d'un ami
qui doit remplacer en tout le mari, et la lui rendre à son
retour (i)- Les tanneries du Nedjeran sont célèbres dans
toute l'Arabie.
Les cheiks sans nombre du pays de Hachid-el-Behil oa
àapaysde Kobnïl, forment une confédération très-redoute'e
de l'iman, et qui fournit des soldats à plusieurs Etats de
l'Arabie. Ce pays est montagneux, et s'étend eiitre le Nedjed
et l'Yémen. Il se divise en plusieurs cantons, dont les
principaux sont ceux de Beni-AU, Beni-Cheiar, Deiban et
Ghoula-Jbn-Hossein, dont les villes sontDei/àn, à r4 lieues
au nord de Sana , Kharres , Debîn , à a5 lieues de la même
ville, elBarrad, où se tient un marché important j C/tarnir,
fortifiée et considérable , est enclavée avec son canton dans
ie pafS de Aobaïl. i^h
> Dans la plaine ou le Téhamah, territoire qui borde la ^^H
mer Bouge sur une longueur d'environ aoo lieues, il y a ^^|
de petits États qui ont bravé la puissance de l'iman. Tel
est celui SÎAden, ville très- anciennement célèbre par son
commerce et la bonté de son port, sur l'océan Indien (s) ;
les géographes arabes en décrivent les relations étendues
avec l'Inde et la Chine dans les XII", XIII' et XIV^ siècles;
les richesses de l'Orient s'accumulaient sur une plage ro-
• cailleuse sans eau, sans arbres (^}. Aden, dévastée dans les
guerres des Turcs et des Portugais, a perdu son commerce
1})J. Burckhardt! Voyagea en Arabie, tom. IL
W Voyez notre volume I", p. uSf ~ P) EdrUi , clim. I , (i. 5 ; Il.,i „l
_ Ouardi, edit. Hyinnd. , pari, lo; 74oticeset Extraits, 11. p, j3 , cic. ^^^
3o2 LIVRE CENT VINGT-SIXlfeMF.
depuis qu'elle est soumise à l'iman. Ce prince est maître
lies meilleures villes sur le golfe Arabique , telles que
Mti/ca , dont le nom est béni par tous les amateurs du cafë ;
Beihel'Fakik, grande ville qui, grâce à son port Hodeïdali ,
fait la plus grande exportation de cette denrée; Lolieïa,
qui en vend aussi beaucoup, mais d'une qualité inférieure;
et Zebid, qui n'est pas l'ancienne .^aÂoï^n, mais qui, avant
la destruction de son poit, était maîtresse de tout le
commerce, »
Moka, jadis une des villes les plus célèbres de l'Arabie,
n'a plus rien de sa splendeur passée. Son port est désert;
son commerce est anéanti. Au commencement de i834 les
Bédouins en ont fait la conquête, et ont vendu comme
esclaves la plupart des habitans : aussi la ville est-elle
aujourd'hui presque déserte; mais c'est à l'état de déca-
dence où elle était tombée qu'il faut attribuer ses derniers
désastres. Plusieurs années avant ces événemens , lord
Valenlia ne lui donnait que 5ooo habitans. Beil-el-Fakili,
ville de 4of"* ànies, est aujourd'hui l'entrepôt de tout le
café de l'Yémen : un fort en bon état la défend contre
les excursions des Bédouins. Hodeidah, petite ville mari-
time bâtie en torchis, n'a que ses édifices publics qui soient
bâtis en pierre. Loheïa, le port le plus septentrional de
l'Yémen , est peu sûr pour les navires un peu forts. La
mosquée, la douane^ la demeure du gouverneur, et les
grands magasins à café , sont les principaux édifices de cette
ville bâtie en bois et en torchis. Zebid est, de toutes les
cités du Téhania, celle qui a le plus d'apparence. Elle
est bâtie en pierre ; elle a une académie inahométane où
l'on instruit la jeunesse, et une population de ao à 3o,ooo
âmes.
Le Xébama renferme si peu de terrains fertiles, il y pleut
si rarement, que ses habitans, à l'exception de ceux qui
font le commerce, sont presque tous pauvres.
ASil! : Arabie. Soli
Parmi les nombreuses petites îles qui bordent la côte ,
celle de Kameran ou Kamaran, fertile et malsaine, con-
serve un bel nqueduc eonstruitpartes Portugais, et possède
un assez bon port, "
Nous avons étudié le pays; jetons un conp d'œii rapide
sur ceux qui l'habitent.
Les habitans de l'Arabia se partagent en deux classes :
les Bédouins ou nomades, et les Arabes sédentaires. Les
uns et les autres se divisent en un grand nombre de tribus.
Le nom de Bédouin vient de Ber/ouy, qui signifie babitant
de la plaine ou du désert ; c'est dans le désert de Sjrie
qu'ils sont en plus grand nombre. Ils se distinguent en
deux classes ; celle qui, 31U printemps et en été, sappro-
cbe des cantons cultivés de la Syrie et les quitte l'hiver;
et celle qui reste toute l'année dans le voisinage des terres
en culture. Dans la première, dit Burckhardt, on compte les
ti'ibus des A'nezé; dans la seconde celles à' Ahl-el-Schémal
et d-Amb-el-Kebli.
Les A'nezé forment l'un des corps de Bédouins les plus
puissans des déserts de l'Arabie. La plupart ont embrassé la
doctrine des Wahabites. Ceux du nord se divisent en quatre
branches principales : Aoulad-aljr, El-Hessenné, El-Baoualla
et El-Bescher. Burckhardt pense que l'on peut évaluer la
population de tous les A'nezés à environ 35o,ooo âmes.
Les Ai'abes nomiaésAhl-cl-Schèmal, c'est-à-dire nations
du nord, campent en effet toute l'année, soit parmi les vil-
lages de la Syrie orientale, soit dans le désert depuis le
Haouràn jusqu'à Paimyre. Parmi leurs nombreuses tribus
se trouvent les Maouali, les Hadédïetn, dont les femmes
sont célèbres par la blancheur de leur peau ; les Ssoleïb, qui
sont vêtus de peaux de gazelles; les Djebel-Haoïirdn , qui
vivent dans les montagnes du paysd'Haouràn; les Faddhal,
dont le cheik prend le titre démir;etles Beni-Ssakker,
hommes vigoureux, aux traits larges et à la barbe touffue.
I
3o4 LIVRE CENT VINGT- SIX IKMK.
Les Arabes appelcs Arab-el-fiebli ou nation du sud,
comprennent les Huoueïtat, qui envoient tous les ans ait
Caire une caravane de plus de J^aao chevaux; et les Scke-
ra'ru't, qui ont peu de chevaux, mais qui sont tous bien
arifiés.
I^es mœurs ont plus ou moins dégénéré chez l'Arabe
sédentaire, tandis que l'A'nezé a conservé les mêmes lois
et les mêmes coutumes dès la plus haute antiquité. Celui-ci
est nomade dans toute l'acception de ce mot. Il veste rare-
ment plus de trois ou quatre jours dans le même endroit.
Les camps varient pour le nombre des lentes; les plus pe-
tits en comprennent une dizaine, les plus grands en ont
jusqu'à 800. Chaque père de famille plante sa lance à côté
de sa tente, et attache par-devant son cheval ou sa jument.
Ses chameaux restent aussi à l'extérieur, ainsi que ses mou-
tons et ses chèvres, confiés jour et nuit à la garde d'un
berger. La tente porte chez les Bédouins le nom de maison
{beith). Faite en poil de chèvre, elle est divisée en deux
parties; l'appartement des hommes à gauche de l'entrée, et
celui des femmes à droite. Sa hauteur est d'environ 7 pieds,
sa longueur de aô à3o,et salargeurde 10 au plus. L'A'nezé
le plus riche n'a qu'une tente, à moins qu'il n'en dresse une
petite pour celle de ses femmes qu'il ne veut pas répudier,
et qui ne vit pas en bonne intelligence avec l'autre; quel-
quefois aussi il prend avec lui la l'amille de son fils ou celle
de son frère délunt, et place alors une ou deux tentes à
côté de la sienne.
L'habillement des Bédouins consiste, pour l'été, en une
chemise de grosse toile de coton, par-dessus laquelle les
riches mettent une longue robe de soie ou de cotonnade;
la plupart n'ont cependant qu'un long manteau de laine sur
la chemise. Les cheiks en portent qui sont brodés en or et
dune grande valeur. Au lieu d'uii bonnet rouge comme
les Turcs, les Bédouins se coiffent d'un fL-eJfic, turban ouj
ASIE : Arable. 3o5
mouchoir, qu'ils roulent autour de leur lête, en laissant
tomber un bout par-derrière et deux autres sur les épaules,
de manière à préserver leur visage de la pluie, du vent ou
du soleil : autour du keffié , une corde en poil de chameau
fait le tour de la tête en guise de turban. Leurs cheveux,
qu'ils ne rasent jamais, tombent par-derrière en longues
tresses noires. En hiver ils mettent sur la chemise une pe-
lisse faite de plusieurs peaux de moutons. Les femmes ont
une large robe de cotonnade de couleur foncée, et sur la
tète un mouchoir rouge pour les jeunes, et noir pour les
vieilles. Elles portent des anneaux d'argent aux oreilles et
au nez; dans quelques tribus elles se tatouent les joues, la
poitrine et les bras. Elles se couvrent le visage avec un
voile de couleur foncée , qui est noué de manière à cacher le
menton et la bouche. La plupart ont des bracelets, soit en
verroterie, soit en argent, et quelques unes même des
chaînes d'argent. En hiver comme en été, les hommes et
les femmes vont nu- pieds.
La plupart des Bédouins sont armés d'une lance qu'ils
jettent quelquefois à l'ennemi qu'ils poursuivent, lorsqu'ils
n'en sont qu'à une petite distance, d'un sahre qu'ils ne
quittent jamais, et d'un fusil à mèche. I* cavalier qui n'a
pas de lance se sert d'une masse. Les fantassins ont quel-
quefois un bouclier rond de i8 pouces de diamètre, fait en
peau de bœuf sauvage et recouvert de lames de fer. La cotte
de mailles est aussi en usage parmi eux; enfin ils se coiffent
d'un bonnet en fer, rarement orné de plumes.
L'ignorance qui distingue les Bédouins est une consé-
quence naturelle de leur vie nomade et de leur amour'
pour le pillage et pour la guerre : il y a des tribus entières',
telles que les Ibn-Dhouahi, où persoime ne sait ni lire ni
écrire. Cependant la poésie est très-estiméc chez eux; leur
talent naturel s'exerce à chanter le mérite d'un chef ou les
charmes d'une maîtresse. L'objet de son amour n'est jamais
VUI. 10
Ti
L
3o6 LIVRE CEHT VINGT-SIXIÈME,
un mystère pour un Bédouin; le nom de la jeune fille est
connu de toute la tribu; les rendez-vous et les rencontres
clandestines sont les seuls secrets des amans.
Les Bédouins peuvent avoir plusieurs femmes; cependant
la plupart n'en ont quune; très-peu en ont deux, et il est
infiniment rare qu'ils en aient quatre; mais ils en changent
fréquemment, et avec d'autant plus de facilité que le mari
n'est pas obligé de dire pour quel motif il l'èpudie sa
femme; il lui suffit de la renvoyer à sa famille en lui don-
nant une chamelle. La loi accorde aussi à la femme la fa-
culté de se séparer de son mari : si elle n'est pas heureuse
avec lui, elle se réfugie chez ses parens, et l'époux ne peut
la réclamer; mais it peut l'empêcher de se remarier en re-
fusant de prononcer la formule du divorce ; ent talek ( tu
es répudiée).
Les formaUtés du mariage sont très-simples : un Arabe
qui recherche une fille envoie dans la famUle de celle-ci
un ami qui la demande en son nom; le pt're consulte sa
fille, et si celle-ci y consent, et si le père i-epond affirmati-
vement, l'union est arrêtée : ce sont les fiançailles; jamais
il n'est question de dot : ce n'est pas l'usage chez les Bé-
douins. Cinq à six jours après, le fiitui' porte à la tente du
père de la fille un agneau qu'il égorge devant des témoins,
et dès que le sang coule à terre, la cérémonie du mariage
est accomplie; les amis des deux familles ne songent plus
qu'à se régaler et à se divertir, l'eu de temps après le cou-
cher du soleil, le nouvel époux se retire dans une tente
dressée pour lui à une certaine distance du camp; la jeune
fille court de la tente d'un ami à celle d'un autre, jusqu'à
c^ qu'enfin quelques femmes parviennent à la saisir et la
conduisent en triomphe à la tente du mari.
Les Bédouins et tous les Arabes exercent envers les étran-
gers l'hospitalité la plus empressée; un simple voyageur qui
se rendrait chez un cheik considéré pourrait s'attendre à
ASIE : Arabie. Sot
un très-bon accueil. On prétend que lorsqu'un cheik bé-
douin mange du pain avec les voyageurs, ils peuvent être
assurés qu'il les protégera de son mieux. Quelquefois ce-
lui qui rient d'être dépouillé entre, sans le savoir, dans la
tente du voleur, qui le plaint, en disant que Dieu est
miséricordieux, et lui donne d'autres vêtemens que les
siens, que l'autre ne fait pas semblant d'apercevoir. Chez
les Mérékedé, tribu qui habite les frontières de l'Yémen,
l'hospitalité va même plus loin qu'on n'a droit de s'y at-
tendre de la part d'un peuple do l'Orient, Il est d'usage
d'offrir à l'étranger, pour passer la nuit avec lui, une
femme de la famille, et ordinairement c'est celle de l'hôte,
car ce n'est jamais une hlle (■)■
Les Arabes, et particulièrement les Bédouins, se regar-
dent comme une nation libre, qui n'a d'autre maître que
Dieu. Aussi le cheik le plus puissant n'a-t-U aucun pouvoir
pour empêcher les querelles et arrêter l'anarchie qui les
divisent i il n'oserait même infliger la punition la plus lé-
gère à l'homme le plus pauvre de sa tribu sans encourir
la vengeance mortelle de celui-ci et de ses parens. C'est
donc une erreur de la part de quelques voyageurs de re-
présenter ces cbeiks ou émirs, ainsi qu'ils se qualifient
eux-mêmes, comme des princes du désert. Leurs seules
prérogatives consistent à conduire leur tribu à l'ennemi, à
négocier les conditions de la paix ou de la guerre , à fixer le
lieuoùl'ondoitcamper,età traiter les étrangers de distinc-
tion. Un clieik ne tire aucun revenu de sa tribu, et quel-
quefois même ïl est déposé par celle-ci et remplacé par un
autre qui passe pour plus brave ou plus généreux. Cepen-
dant, autant qu'il est possible , on prend toujours le cheik
dans la même famille.
•■ Les Arabes sont de inoyenne taille, maigres et comme
(0 J. Burckhanb : VoyAga en Arabie, loin. Itl,
3o8 LIVRE CENT VINGT-SIXIÈMR.
desséchés par la chaleur. Ils ont le teint basané , les yeux
et les cheveux noirs; légers à la course et excellens ca-
valiers, ils passent généralement pour braTCS, pour lia-
biles à manier l'arc et la lance, et pour très-bons tireurs
depuis qu'ils sont familiarisés avec les armes à feu. La
gravité, considérée chei tous les peuples orientaux comme
la qualité distinctive d'un boname bien élevé, paraît
moins naturelle aux Arabes qu'aux Turcs. Si le brigandage
est le métier avoué des nomades ou Bédouins, l'art de
tromper y supplée dans les villes commerçantes. A côté
de ces vices, nés de l'absence d'un gouvernement régulier,
subsiste encore l'ancienne hospitalité patriarcale. On trouve
dans quelques villages du Téhama des maisons publiques
où les voyageurs sont logés et nourris quelques jours sans
payer. Quand les Arabes sont à table, ils invitent ceux qui
surviennent à manger avec eux, qu'ils soient chrétiens ou
mahométans, grands ou petits. Les Arabes le disputent
aux Persans en politesse; ils baisent la main des personnes
au-dessus d'eux , en signe de respect,
1 Les maisons, quoiqu'en pierres, sont bâties sans goût.
Les appartcmens des hommes occupent la face de l'édifice;
lajalousie a placé ceux des femmes par-derrière. Nous avons
vu plus haut que le pauvre Bédouin même partage sa tente
en deux par un voile , derrière lequel les femmes se
dérobent à tout œil indiscret.
- L'Arabe ept très-sobre. Les gens du peuple ne font qu'un
repas de mauvais pain de doura, espèce de millet; ils y
joignent du lait de chameau, de l'huile, du beurre ou de
la graisse; l'eau pure étanche leur soif; la viande est peu
en usage; celle du porc était défendue long-temps avant
Mahomet ('). Pour le repas, on place de petites tables d'un
(■) MiU, .
an. IL c-
ASiB : Arabie. Sog
pied de haut sur un large tapis ou sur des nattes, où les
personnes invitées s'asseyent. Les Orientaux aiment pas-
sionnément la pâtisserie. On sait que leur liqueur favorite
est le café ; ils le préparent en le bri\lant dans une poêle
ouverte; ils le broient ensuite dans un mortier de pierre
ou de bois. Cette me'thode conserve au café un parfum qu'il
perd lorsqu'on le réduit en poudje dans un moulin. Les
habitans d'Yémen prennent rarement cette boisson , qu'ils
regardent comme très -échauffante ; mais avec les cosses
du café ils préparent une hqueur semblable au thé. Les
Arabes de distinction se servent de porcelaine de la Chine.
Quoique interdites par la loi, les hqueurs spiritueuses ne
sont point inconnues en Arabie. On fume quelquefois,
ainsi que nous l'avons fait remarquer à propos du peuple
nommé Assassins, une plante qui ressemble au chanvre,
et qui produit une sorte d'ivresse (']■
> Les Arabes, comme les Turcs et les Persans, aiment
les habits longs. On les voit aussi porter de larges culottes ,
avec une ceinture de cuir brodée, et sous laquelle brille
un poignard ou dague. Tous les Arabes portent le man-
teau, qu'ils appellent habba; c'est un grand carré double,
fendu au milieu, ayant une échancrure pour le cou, avec
deux ouvertures aux deux, côtés pour y passer les bras. Le
tissu de ces manteaux est de poil de chevreau bien tordu
avec celui de chameau; l'épreuve qu'on en fait avant de
lesacheter,cest d'y verser un seau d'eau, dont quelquei'ois
il ne s'échappe pas une seule goutte durant près d'un quart
d'heure. Les Arabes se surchargent la tète d'un grand
nombre de bonnets , qu'ils entourent encore d'une écharpe.
Communémentilsneportent point de chaussure j la plante
de leurs pieds s'endurcit au point de braver les sables
bridans. Dans les montagnes, cependant , ils les garantissent
(') mebuh,-, lJL«;iinl de 1 ^ral.io, I. im^ùm.
I
LIVRE CEST VINGT -SIXIÈME.
des peaux de mouton. Quelques uns se rasent la tête;
d'autres portent leurs cheveux.
•> Les femmes du peuple ont pour tout vêtement une large
chemise et un pantalon. Dans l'Hedjaz, ""comme en Egypte ,
leurs yeux ne parais sent qu'à travers les mousselines qui en-
veloppent leurs têtes ; mais dans l'Yémen elles portent de
longs voiles. Une femme arabe , surprise sans vêtement par
Niebuhr , cacha avec les mains son visage , laissant à décou-
vert le reste. La coquetterie arabe prodigue les anneaux, les
bracelets, les colliei-s de perles fausses. Quelquefois les fem-
mes ajoutent à leurs pendans d'oreilles un anneau au nez,
comme dans l'Hindoustan. Avec le jus de l'henné elles se
teignent les ongles de rouge, et les pieds et les mains d'un
brun jaune (') ; elles se noircissent les paupières avec de l'anti-
moine. L'usage de graver sur la peau des figures d'animaux,
de fleurs ou d'étoiles, usage antérieur au siècle de Maho-
met (=) , a laissé quelques traces chez les femmes bé-
douines [3). Les modes changent peu dans l'Orient ; le cos-
tume d'Esther, de Sulamite ou d'autres personnages du
Vieux-Testament , offre déjà le modèle de celui d'une dame
arabe moderne (4).
• La contrainte dans laquelle vivent les femmes arabes
n'exclut pas les intrigues amoureuses; mais les périls, les
combats, la mort, entourent les pas dujeune audacieux qui
cherche à s'inti-oduire dans le sanctuaire du harem. La vie
pastorale des Bédouins procure aux deux sexes un peu plus
de facilité de se voir; aussi le désert est-il le théâtre de ces
vives passions que les romans arabes nous peignent (5).
{1} Voyez sur la Aenne la note de /ons-fÂi, GilIectioD portât. desVoja-
gci>, II, 117. — (1) MoaUakat, trad. de Hartmann, p. 6g-ia5; Tara-
pkae MoaUakat, éd. fieiske, p. $5. — C^) Arvieux , Mémoires, «dit.
Laliat, m, 197. — (4) Hartmann, die Hebraerin , etc. , la Toilette des
feiiinieshdhraïqiie!(cnalkm.); SPhrceder, de ïe-srilumulierum hebria-
rum, — (5) Medjnoun cl Leila, Iraduct. de M. Chcz-y. préf. XXV, elc.
ASIE : trahie. 3
Une taille élancée, semblable au jonc flexible ou aux lon-
gues lances d'Yémen , des hanches d'un volume immense
et qui peuvent à peine passer par la porte de la tente, deux
pommes de grenade sur un sein d'albâtre, des yeux vifs et
languissans comme ceux de la gazelle, des sourcils bien
arqués, une chevelure bouclée et noire qui flotte sur un
cou long comme celui des chameaux : voilà, selon les
poètes du pays, le portrait d'une beauté arabe (')■ Les
femmes du peuple , dans les plaines maritimes , ont le teint
d'un jaune foncé; mais dans les montagnes on rencontre
même des paysannes qui ont des traits, une taille et un teint
que ne désavoueraient ni la Grèce ni l'Italie.
• La langue arabe ancienne semble se rapprocher de
l'hébreu. Avant Mahomet il y avait deux dialectes princi-
paux , celui des Hamiarites ou Homérites , qui régnait dans
l'Yémen; et celui des Koréisckites , qui était répandu aux
environs de la MekVe; ce dernier, le moins pur et le moins
agi'éable, triompha, grâce au Coran et aux victoires de
Mahomet (3). Cette langue sacrée est enseignée dans les
écoles d'après des règles invariables; c'est la seule qui serve
aux lectures publiques faites dans les temples. La langue
savante d'aujourd'hui, employée dans les discours solennels
et parmi les gens instruits, n'en diffère pas quant à l'es-
sence des mots et des constructions (3); mais cette confor-
mité ne s'étend pas à l'arabe vulgaire, qui, comme toutes
les langues très-répandues, a éprouvé des mélanges et des
altérations (4). Non seulement on parle tout autrement
(0 Les passages de Ilariri, Jbn Doreid, Motannabi, Einawabi e,l
autres, recneiWiiàiva Hartmann, jluflLlxruDgen uber Aûen, I, 54g i??.
— (') Pococke, Spécimen historise Arabura , p. iSo, Ei'chham, préface
ï la traduction allemondc ile Rickardson , Traité de la littérature orien-
tale. Addung , Mithridates , I, 383, etc. — (^) Aryda, arcliiprétre à
Tripoli en Syrie, Mëmoire contre Niebuhr, en arabe; vojrez lahn,
Cbrestoraathie arabe, p. an (Vienne, iBoa). — (4) JVi'eiufcr, Descrip-
tion de l'Arabie , 1 , < iR n/i/
L
3ia IIVHE CEMT VINGT-SIXIIÎHE.
dans les montagnes de l'Yemen que dans le Téhama, mais
les gens distingués ont une prononciation difficile , et
d'autres mots que les paysans, pour exprimer différentes
choses; et tous ces dialectes n'ont qu'un faible rapport
avec celui des Bédouins. La différence est encore plu*
grande dans les provinces éloignées. C'est ù la fusion de
tant de dialectes que la langue arabe doit sa richesse en
mots. On lit dans les livres qui en traitent, qu'elle n'a pas
moins de looo noms pour exprimer chameau, et de 5oo
pour exprimer lion. La prononciation des Arabes du sud et
de l'est paraît plus facile à un gosier européen que celle des
Arabes d'Egypte et de Syrie. Les conquêtes des Arabes ont
répandu leur langue au sud de la Méditerranée, depuis
l'Egypte jusqu'au -détroit de Gibraltar, et le long de l'océan
Indien, du côté de l'ile de Madagascar.
■ Il parait que très- anciennement les caractères en forme
de clous, appelés persépolitains , étaient en usage en Ara-
bie. Ces caractères furent remplacés par les caractères ka-
miariques, ainsi appelés d'une dynastie de ce nom; et ceux-
ci cédèrent la place aux koufiques.
• Quoique les sciences en Arabie se réduisent à quel-
ques grossières notions de médecine et à des rêves d'as-
trologie , on ne peut pas méconnaître chez les Arabes ce
génie ardent qui a répandu dans le Coran tant de tour-
nui'es poétiques. La morale et la poésie sont encore les ob-
jets favoris de leurs études. Le pays de Djof, dans l'Yemen,
produit beaucoup d'improvisateurs. »
Chez les Bédouins même il existe un grand nombre de
poètes qui se distinguent par leurs hymnes et leurs chants
héroïques. Habitués dès l'enfance à entendre ces chants,
presque tous les Bédouins font leurs récits en prose rimée^
tant la langue arabe est riche en rimes. Leurs contes sont
pleins de charme et de naïveté : ils se transmettent de
bouche en bouche, et rarement par écrit. Après avoir brillé
ASIE : Arabie. 3i3
dans toutes les sciences; après avoir possédé , à l'époque où
l'Occident était plongé dans les ténèbres de la barbarie,
des astronomes, des mathématiciens, des historiens, des
géographes , des médecins et des philosoplies qui s'étaient
instruits en lisant les écrits d'Aristote et de Platon, le»
Arabes ne possèdent plus qu'une instruction grossière : ces
connaissances ont presque entièrement été oubliées cheï
eux : leur astronomie n'est plus que de l'astrologie ; les ma-
thématiques se réduisent aux règles d'un arpentage gros-
sier; leur histoire n'est plus qu'un tissu de fictions; leur
géographie se réduit à ce qu'en ont laissé leurs anciens au-
teurs ; leur médecine n'est plus qu'une sorte d'empirisme , et
leur philosophie qu'un tissu d'argumentations sur le Coran.
«L'éducation, quoique déchue en Arabie, n'est point
entièrement négligée ; beaucoup de personnes , parmi les
Arabes sédentaii'es, savent lire et écrire. Ceux d'un plus
liaui rang tiennent des instituteurs chez eux pour instruire
leurs enfans et leurs jeunes esclaves. Communément une
école est attachée à chaque mosquée; de pieuses fondations
assurent l'entretien du maître et des enfans pauvres. Les
grandes villes possèdent beaucoup d'autres écoles où la
classe mitoyenne du peuple peut envoyer ses enfans. Ils y
apprennent à lire, à écrire, à compter. Les filles sont in-
struites séparément par des femmes. Dans quelques villes
principales il y a des collèges pour l'astronomie , l'astrolo-
gie, la philosophie , la médecine. Le royaume dTénien a
deux universités oii académies célèbres : l'une à Zébid pour
les Sunnites, et l'autre à Damar pour les Zéidites. L'in-
terprétation du Coran , avec l'histoire de Mahomet et
des premiers califes , forment les branches d'études les pV^'
suivies.
" L'homme extraordinaire qui a fondé la religion maho-
métane eut à combattre l'idolâtrie des anciens Arabes. Il
paraît qu'anciennement les sacrifices humains étaient eu
V
LITRE CENT VINGT -SIXIÈME.
usage parmi eux, comme chez leurs frères les Syriens et
les Carthaginois. Le sabéisme, ou le culte des astres, leur
fut commun avec les peuples de la Syrie et de la Chaldée.
La religion chrétienne y eut quel{jues prosélytes avant
Mahomet. Les juifs y -vivaient en tribus nombreuses (']. Le
prophète arabe eut de la peine à les subjuguer. Son Église,
comme toutes les autres, s'est partagée d'opinion. Outre la
secte des Sunnites, il s'en esl formé une autre fort considé-
rable; ceux qui la suivent se nomment Zéidites. Ils parais-
sent d'accord avec les premiers sur les principaux points
de doctrine; mais ils observent avec peu de rigueur les
pratiques religieuses. Vers le milieu du siècle dernier, un
cheik d'Yémen, appelé Mékrami, établit une secte nou-
velle parmi les mahométans. Ce fut vers le même temps
que naquit dans le centre du Nedjed la nouvelle religion des
Wahabys , dont nous avons décrit plus haut l'origine et les
rapides progrès. Les Sckiites, ou la secte d'Ali, dominent
Je long du golfe Persique. L'Oman a vu naître une autre
secte, plutôt politique que religieuse; ses adhérens s'ap-
pellent Bejas, et n'accordent aux descendans de Mahomet
aucune de ces grandes prérogatives qu'ils exercent, surtout
dansl'Hedjaz.
« Nous avons déjà donné quelques idées de l'état des arts
et du commerce dans l'Yémen et l'Oman : ajoutons ici
quelques remarques générales. Les arts sont négligés en
Arabie. Il n'y a aucune imprimerie dans ce pays. L'obstacle
principal vient de ce que les lettres arabes modernes, liées
ensemble, et souvent placées l'une sur l'autre et entrela-
cées, sont plus belles lorsqu'elles sont proprement écrites,
que lorsqu'elles sont imprimées. Les ïélés Sunnites ne pou-
vant souffrir les figures, on ne trouve parmi les Arabes ni
COVojci! les passages reçue il li^: dans ic/miwiis, Ilisloria Joclanidariim,
p. 6i-liï-.4i.
ASIE : Arabie. 3i5
peintres ni sculpteurs; cependant ils exécutent très-bien
leurs inscriptions en relief. On travaille bien l'or et l'argent
dans l'Yémen; néanmoins, Ea plus grande partie des ou-
vi'ages d'orfèvrerie se font par les juifs et par les Banians;
la monnaie même est fabriquée à Sana par les premiers.
L'art de l'horlogerie n'est ni avancé ni considéré. Celui
de la musique est tout aussi négligé, du moins n'y en-
tend-on que des tambours et des chalumeaux. Tous les
ouvriers travaillent assis. Il y a plusieurs sortes d'ouvrages
pour lesquels les Arabes se servent aussi adroitement de
leurs orteils que nous de nos doigts. On ne trouve en
Arabie ni moulins à vent ni moulins à eau; mais comme
Niebuhr a vu dans le Téhama un pressoir à huile tourné
par un bœuf, ce voyageur présume que les Arabes ont des
moulins à grains du même genre, ■•
Les Arabes forment environ les sept huitièmes de la po-
pulation de la péninsule; les juifs y sont répandus partout,
et sont reconnaissables à leur habillement , qui doit être
en bleu, et à leur petit bonnet; les Banians, venus de
l'Inde pour faire le commerce , habitent les villes mari-
times; ils se distinguent, comme tous les Hindous, par
un vêtement rouge; les nègres se trouvent aussi dans les
villes; ils y servent comme esclaves : cependant le Nedjed
méridional en renferme quelques tribus particulières.
■ L'Arabie possède peut-être une population de lo à
13,000,000 d'âmes, population peu considérable pour
l'étendue qu'elle occupe. Réunie sous un seul chef, elle
serait redoutable aux Persans, aux Turcs, à l'Afrique
3l6 LIVRE CEKT VI H GT -SIXIÈME.
TABLEAU
DES POSITIONS GÉ0GRAPHI;QUES de L'ARABIE.
HOMS DES LIEUX. Latilud. N. ^"la^f AUTORITÉS.
Tor(Arabie-Pélr^e)...
Saz Jboit Mohammed.
Mèdine
J.aMekhe
Ghwnfude ou Comfida.
Zebid
TaaU
iSiina , capi I aie d' Yémen.
Moka
idem
WeFerim dans le dëtroi t
de Bubel-HaDdeb
jiboUr-Jrich
Jde»
Beù-el-Fiikih
Voyage inédit cité dans
Ja Connaissance des
Ttmps.
Nhhuhr, dans Zaïih,
Corresp.
Voyage iniidil , Con-
tiais3, des Temps,
Niebuhr, dans Zack ,
Corresp,
Vojage Inédit , Con-
nais!, des Temps.
Nieblilir, par dea dist.
lunaires. ZacA.Cor-
reep. VI , p. 16&.
Jomard.
Auleurs.
Voyage inédit , dm-
iiaiss, des Temps.
Xiebuhr , dana Zash ,
Girrcsp.
Niebuhr , calculé par Te
F, Helli^).
Coniiaiss. des Temps.
tiappei.
Niebiihr.
I
ZocS,\II,p.6j,P(iehiihr.
TABLEAUX.
3.7
NOMS DES LIEUX.
Latilud. K.
Langit. E.
Je Paria.
ADTORITÉS.
.
^
\l 46 l
|5 Q 0
■6 l „
>6 5o a
,S 40 0
\t n 3:
.4 "7 0
iq 5o 0
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M 35 3o
« 34 0
18 36 4°
aG 3S 34
48 49 45
53 S6 45
49 45 0
Purdy.
0' Après de Mamievitlette .
1? IS *s
t: ,1 ,1
a îi °
f. Il 'l
Purdy.
Purdy.
jyjpi-ès de MamuviUme.
Ail elgaie(cap)
Ste-Catkenne{co\iyl!nt).
Zouida
Purdy.
Hûppel.
Connaiss. des Terop».
JV- B. Les diTision» politiques anciennes et mcxlcrnes n'offrent rien
de fixe ; elles sont d'ailleurs en grande partie inconnues ; voil^ pourquoi
on n'en donne point de Tabkau compai-atif.
TABLEAU
cipalcs tribus de Bédouins , d'aprbs i. ]
LES ANEZÉtO.
I
; El Aouadii.
/ElMesehatta \El Atéljat.
' El Mekeïbel.
I
I Jrab et Taïar.
\%\ Mi'schadeka IeI Meitzikat.
i^^ly / t^^ Latihaoueïn.
JEl Haramamédc 1
Y'^m^t'-i iliSXv
\E1 Touloulih !
LIVRE CENT VINGT-SIXIÈME.
Et Schéma.
El Keddaba,
El Aueïmar.
ElHemrmé
El Rèfaaché.
El Meheùuit.
ElHewnné
El Hedjadj.
y El Schera'abé.
EIMesalikh
El Belsan.
f El SouaUmé.
Et AbdMi.
ElOmlinlIef.
El Jâia'aiKk.
El EowiIU
\ElBcdour.
ou e[ Djela.
Ilbn ^ouïdjë.
Et Zër^.
Sabl^n.
HtdiUU.
VElRoualIa
Deraié.
El KlaïiBii.
El Doghama.
El Eereggè.
\El Naisir.
(El Fedha'ait.
Ibn Imkid.
Tana Madjeil
Ibn Ghebeïn,
Ibn Kaï ScUsch.
Ibn Ghedzour.
*
El JtfoouMe.
El Matar^é.
Selg.
El Seleimat.
El HossauùW.
AHL
EL SCHÉMALou ^AT.o^8
ElTurki
El Diemiidiemé
ElMaoualii.')....
El Akeïdat
EIHadheïfe
El Medaheïsdi
ElSeken(4)
El Uadèdieïni})..
El Berat
El Medjel
ElTurkman
(=)
[i)CiMirilK,«doi.
„ tir,, «ufoodu^ ..« c<n. qiri . JU dn
Bn,^plu.L.ut«=.l,n«
ien.-(3)L=ll.d«*
o»u.=. ■« rM «..«
Je citi][ir> qns 1« Hiuuali. — (4) Tril.
d'cnrin» 6oa ioiIh. -
<S)ll,..di,i«.t«-i™
pl«.„n..nl™.
3.9
El Jrai (•) Tahht
Tcka'n.
Abou Schaban
1Ë1 Abounxi..
' B KaraBcMrfn
Ànbei
El Tnrlman Soueïdidi
JhitlDiebtl
BlSerdié(4)
\
Ji^b el hi^ker.
Jrab et Ouaked.
\AhlDjd>el(^H(ur«ii...
/ El Hattai}.
i Haddié.
\ El Scherfat.
f El Kerad ou A'oHnfe».
l El Raoï^a.
\El Gktiatk.
iEl Szoloul
El Mediedi
El Selman
El Dhou^'heré...
El Diab...,
ElNalm...
El H«rb....
^«tod.i),oto.. 115^:
1 prt> iSo aniini. — (ï) Cn '
KéUb(7)
«l«.-(6)CaAab_
duïBH 4 pn prk iSi»
LIVRE CENT VINGT-SIXIÈME.
El Aoussié..
1 El Schoiiaîe
i El Diab
lElKébaré..
lEt DJB'ateTD.
iBenî Rabin..
lEl Mebam m
ElTurkraanC')..
dii Djebel Ueisck.
\Beni Az
El Ubeïb . . . .
VSA ï^emaké ■ ■ .
JeI Bcrkeïat...
JeI Atbé
IeI Ouabeib...
] El Zegherié. . .
El Seia'd
El Azzié
El HabiLda..
El Dabeioua't.
El Arakié...,
El Sclieraiil . .
El Scbam . . . .
^El Ka'abcnii XBenî Zehelr.
Kn Ramtè.
Surbban ou el Scrraheîn ... Ht" ^r^o^^,-
\lbn el Batli.
{El 1/ebeileï.
\Beni Ai
iBcni Hassan
Ibn al Gnanam.
El Hatabié.
Kl Abad.
El Adieremd.
VEl Bed.
i. I^rptiDdpiI.'IiciVpi
TABLEAUX.
321
' El DicliaouaEché
El Aoiialhem
El Aoulad-Said.
El Ouaiené.
El Gheriiichi.
Et Bahami.
El O-m^tut
El Ilja'ii.
Et Mesk.
El Besaï
El Kheïat.
Et Lehaouai.
Ban Haueùû
.irabe-^ \ El Zef.:iTa
i El Dadjé
^ El Mtsdialekha
l El Baschaloné
*»•"'■ (B^iSS";:::::::;::::::
El Djclahcin
1
ELS,.ualeli,-i
A,-abe.,deTor \
un Kl Tauara
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AHL EL KÉBLI o.i NiTcoNs n
_, , lElAmerCîJ
Al Di^bel &héra.. i El Hadjadid (5)
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Arabes a Akaha' \
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LIVRE CEMT VIHGT-5EXIE1
H,l™,«
Béni Said
El AoMé
Jrab el Fahliel.
ElDeleit
B
LIVRE CENT VINGT-SEPTIÈME.
Suite Je In Dcsciipliou de l'Asie. — Desciipliou île la Perse, —
Description physique gcncralc de ce royaume.
jLa Perse telle que noua allons ht décrire n'est plus ce
qti'elle était sous les sophis oit sepliis. Ses de me m brème ns
ont formé le royaume de Kaboul ou des Afghans, celui
de Hiirat ou ie Khorassan oriental, et te Béloutchistan ,
que l'on appelle aussi la Confédération des Séloutchis.
Dans ces derniers temps le sort des armes lui a iait aban-
donner à la Russie la Géorgie et l'Arménie.
Ce qui constitue aujourd'hui le royaimie de Perse forme
encore un vaste État, mais faible relativement à son éten-
due : d'abord parce que la population y est disséminée,
et en second lieu parce qu'elle se compose de diverses
nations, les unes sédentaires, et les autres nomades, qui
ne sont liées par aucitn esprit public.
" Les révolutions politiques atixquelles les différentes
provinces de la monarchie persane ont toujours été en
proie, ont conslatnment fini par les réunir sous un seul
sceptre. A l'aurore de l'histoire nous y voyons plusieurs
nations indépendantes ; les Perses au raidi , les Ariens à
l'est, les Mèdes au centrej diverses hordes barbares, telles
que les Hyrcaniens, les Parthes, les Cadusiens au nord, 11
est très-douteux que les antiques empires de Ninive et de
Babylone aient jamais compris la Perse ancienne , c'est-à-dire
le Farsistan actuel , avec le Kerman et le Laristan, Lliistoire
n'ose ni garantir ni rejeter les merveilleuses expéditions de
Sémiramis; mais il est certain que toute invasion
I
3a4 LIVRE CE«T VINGT-SEPTIÈME.
tanëe figure comme une conquête dans le chaos de l'histoire
' primitive. Les Mèdes isubjuguèrent réellement les Perses.
Ce peuple parait avoir fait ses premières armes contre les
. Scythes d'Asie , dans le Touran ou la Tatarie actuelle , et
contre les Indiens. Gnq siècles et demi avant Jésus-Christ^
Cyrus délivra sa nation et la rendit maîtresse de toute
l'Asie occidentale. Mais à l'entrée de l'Europe, une petite
nation arrête les innombrables essaims de l'Asie ; bientôt
réunis sous Alexandre , les Grecs renversent le faible co-
losse de la puissance persane ; la discorde des vainqueurs
fait naître une foule de royaumes ; la tribu guerrière des
Parthes (vers l'an 248 avant J.-C.) s'empare des provinces
qui forment la Perse moderne. Pourtant les Grecs se
maintiennent dans la Bactriane ; leur roi , Démétrius , sou*
met et civilise THindoustan; Eucratides P' règne sur mille
cités; mais les Scythes, ou plutôt des nations nouvelles
qui avaient remplacé les Scythes, réunies aux Parthes,
renversent le trône de la Bactriane. Les Parthes, sous leurs
rois de la dynastie Aschkanienne ^ les Arsacides des auteurs
grecs, balancèrent la puissance des Romains. Vers l'an 220
de J.-C. , un particulier nommé . Ardchour^ Persan , selon
les Grecs, enleva le pouvoir aux Parthes, et fonda la dy-
nastie des SassarUdes; mais les Orientaux ne distinguent
point les Persans modernes des Parthes; et le premier
monarque persan, Artaxerxès ou Ardchour , est , selon eux ,
un prince du sang royal des Parthes. Quoi qu'il en soit de
ce point obscur, l'empire persan , après avoir lutté contre
celui de Constantinople , après avoir jeté un grand éclat
sous le règne du sage Nouschirvan ou Khosrou /"*, plus
connu sous le nom de Chosroès-le- Grand y subit le joug
des Arabes et du mahométisme , vers Tan du Christ 636 ou
642 > par la défaite àHIsdegerte à la bataille de Néhavend.
« Deux siècles après , le royaume de Perse se trouva
rétabli dans le Khorassan , et après plusieurs révolutions il
ASIE : La Perse. 3a5
reprit sa première extension. En l'an 934? 1& maison de
Bouiah paiTint au trône ; elle résidait à Ghiraz. C'est à cette
maison qu'appartient le célèbre Mahmoud y troisième ou
quatrième prince de la dynastie des GhazneçideSy mais que
Ton peut regarder comme en étant le fondateur, qui fit de
la Perse un grand empire que conquit TogrouUbegy fonda-
teur de la dynastie turque des Seldjoukides. La Perse , enve-
loppée dans les conquêtes de Djenghiz-Khan et de Tamer-
lan , respire sous la dynastie des Sophis^ qui monte au trône
en i5o6. Chah-Abbasy surnommé le Grand y prend les
rênes de l'empire en i586, et gouverne près d'un demi-
siècle avec éclat, quoique d'une manière tyrannique. Les
Afghans conquirent la Perse en 1722. Cet événement fut
suivi; en 1736, de l'extinction de la maison' des Sophis,
et de l'élévation au trône impérial de iVW/r, surnommé
ThamaS'Kouli'Khan, Ce chef féroce , mais^ habile et heu-
reux, était né dans le Khorassan. Le 20 juin 17479 ^ ^'^^
tué après un règne de onze ans , qu'illustra surtout la
rapide conquête de l'Hindoustan.
« Ici nous voyons commencer une période absolument
nouvelle , et qui intéresse de plus près la géographie mo-
derne, La faiblesse des successeurs de Nadirs-Chah, et
l'affreuse guerre qui ensanglantait la Perse occidentale y per-
mirent aux Afghans de consolider un nouvel empire , dont
Candahar devint la capitale , et qui embrassait toute la
Perse orientale. Le Khorassan oriental, le Ségistan, l'Aro-
kasche, le Candahar, sont les principales provinceé des
Afghans en Perse; ils possèdent dans l'Inde le Koutar, le
Kaboul et le Cachemire; ils ont envahi une partie de la
Boukharie.
« Les plus sûrs matériaux conceraant ce royaume de Can-
dahar ou des Afghans , semblent être ceux qu a recueillis le
major RennelL II en résulte qvL Ahmed- Chah- Abdatiah^
premier roi de Candahar, était originairement chef d'iHi«
LIVRE CEMT VISGT-SEPTIÈBIE.
tribu d'Afghans, que Nadir-Chali réduisit sous son obéis-
sance. A la mort de celui-ci, Ahmed reparut soudain au
milieu de ses anciens sujets. Il s'empara des provinces de
l'Inde cédées par le Mogol à Chah-Nadir. Aluned choisit
Kaboul pour capitale , parce que cette ville lui paraissait le
plus à l'abri d'une attaque des Persans occidentaux. Ahmed
mourut vers 1773. Tîmour, sou successeur, continua de
résider à Kaboul. Timour laissa le iiône à Zemaoun, qui
régnait encore au commencement du XJX* siècle. Après la
grande bataille de Panniput contre les Marattes, donnée par
Ahmed-Abdallab, en 1 761, le royaume de Candahar paraît
avoir conservé ses premières limites.
" Quant à la partie occidentale de la Perse , elle jouit de
quelque repos sous le gouvernement de Kerym-Kkaii, qui
néanmoins ne prit point le titre de Chah, se contentant de
celui de vékil^ou régent. Ce bon prince avait servi sous
ïïadir, dont il avait été le favori, A la mort du tyran il
était à Chiraz. Il s'empara du gouvernement , et fut soutenu
par les hahitans de cette ville, charmés de sa bienfaisance
et rassurés par sa justice. Pour reconnaître cet attache-
ment, Kerjm embeUit leur ville de beaux palais, de mos-
quées et de jardins magniâques. 11 répara les grandes
routes et rebâtit les caravansérails. Son règne ne fut souillé
d'aucun acte sanguinaire. On loue sa charité envers les
pauvres, et les efforts qu'il fit pour rétablir le commerce. Il
paraît qu'il mourut vers 1779, après un règne de 16' ans.
- Une nouvelle période de malheurs et de confusion sui-
vit la mort tle Kerym. Ses frères cherchèrent à s'emparer
du pouvoir à l'exclusion de ses fils. Un prince du sang,
Aly-Mourad , resta, en 1 784, paisible possesseur du trilne de
Perse. Cependant, après la mort de Kerym, un eunuque
appelé Aga-Mehemed-Khan, s était emparé du Mazan-
deran, où il se rendit indépendant. En marchant contre
lui, Alv-Mourad lit une chute de cheval, dont il mourut
ASIE : La Perse. mj
sur-le-rhamp. Son fils Ojaafnr prit le sceptre j mais il fut
déiâitpar Aga-Mehemed à Yezd-Khast, et il se retira à
Chiraz.
« En 1792, Aga-Mehemed attaqua cette ville, où Djaafar
périt dans une insurrection. Le vainqueur brise le tombeau
de Kerym et insulte à ses cendres. La valeur héroïque de
Louthf-Aly, fils de Djaafar, balance en vain dans plusieurs
combats désespérés ta fortune de l'eunuque , qui enfin reste
maître de toute la Perse occidentale. Il nomma pour son
successeur son neveu Baba-Klian^ qui, depuis 1796, règne
paisiblement sous le nom de Fclh-Aly- Chah. Il fit plusieurs
guerres aux Russes; et pour mieux défendre contre eux
les provinces septentrionales, il établit sa résidence à Ta-
hiran ou Téhéran ; les provinces qui obéissaient à son sceptre
étaient, en 1810, TÉrivan, l'Azerbaîdjan , le Ghilan, le
Mazanderan, le Kliorassan occidental, l'Irak- Adjemi, le
Kourdistan persan , le Farsistan et le Kernian \ les cheïks
arabes sur le golfe Persique lui payaient tribut, et le "vely
ou prince de Mekran lui envoyait des présens respec-
tueux (■).
• Tel était naguère l'état de la Perse, que l'on avait pris
l'habitude de ne plus couronner les souverains, mais seule-
ment de proclamer tous les matins : Un tel khan règneaujour-
fVhui; mais Feth-Aly porta toujours avec dignité le titre de
Chah ou roi. 11 paraît que ce prince, ferme et sévère, a
délivré le peuple et le gouvernement de l'autorité arbitraire
et des exactions de nombreux khans. Ce titre , établi par
les Tatares , répond à ce que les Persans désignaient par
celui de mirzn, donné aujourd'hui à tous les gentilshom-
mes. Ces khans sont quelquefois gouverneurs de provinces ,
quelquefois seulement propriétaires de petits districts, et
<
I
3a8 LIVRE CENT VINGT-SEPTItME.
prétendent à une succession héréditaire, quoique assujettis
à la conSscation et à la peine de mort d'après un ordre
arbitraire du souverain. Les grands kbans sont quelque-
fois appelés begleriegs, et en temps de guerre serdars
ou généraux. Ceux qui commandent les villes sont com-
munément désignés sous le nom de daroghas ou gou-
verneurs.
■ 1-1 Perse peut, malgré la per te de l'Arménie ou du kha-
nat d'Érivan, cédé en 1828 aux Russes, mettre sur pied
plus de 100,000 hommes; et le nombre de ses habitans,
après tant de guerres et de revers, monte probablement
• Passons à la description du pays , pour l'intelligence de
laquelle cet ample préambule historique était indispensable.
la Perse occidentale avoisine au nord la mer Caspienne
et la Géorgie, l'une et l'autre dominées aujourd'hui par les
Russes. Les frontières vers la Turquie n'ont pas été chan-
gées depuis qu'Aly-Mourad rendit aux Turcs la ville de
Bassorah. Le golfe Persîque , déjà décrit avec l'Arabie,
baigne les côtes méridionales de ce pays; mais les Persans
situés entre deux mers ont de tout temps négligé la marine.
I-a Perse orientale a ses limites sur celles de l'Afghanistan
et du Beloutchistan ; les frontières du côté de la Boukharie
sont au nord. •
Le royaume actuel de Perse porte le nom d'Iran, nom
qui , sous les Darius et les Sapor , désignait toutes les con-
trées situées entre la Mésopotamie ou le Djézireh, et l'Inde
ou l'Hindoustan. Cette dénomination fastueuse contraste
avec la faiblesse réelle et les limites actuelles de la Perse,
qui mérite bien mieux celle de ChahUtan ou àc pays du
Choit qu'on lui donne aussi. Sa plus grande longueur du
nord-ouest au sud-est est d'environ 400 lieues; sa plus
grande largeur de 33o, et sa superficie doit être, d'après
nos calculs, de 65,ono licites géographiques carrées. Cette
I
ASIE : Lu Perse. Satj
vaste étendue n'est point en rapport avec la population,
parce qu'elle eomprend des déserts considérables,
■ Toute la Perse est un plateau très-élevé, comme l'a-
bondance de la neige le prou ve. Ce plateau se joint à celui
de l'Asie- iVIin eu re cl de l'Arménie à l'occident, tandis
qu'à l'est il se cuttrond avec le plateau de l'Afghanistan
et du Jîeloutchistan. C'est cette chaîne de terres hautes
que les anciens appelaient Tnurus; elle divise l'Asie en
deux, ou plutôt, selon l'idée de Strabon, en trois parties.
La première est située au nord des montagnes; la seconde
est placée sur le dos même du Taurus, entre les diverses
chaînes de montagnes qui le couronnent; enfin la troi-
sième se trouve au midi. L'idée de cette division est fondée
sur des observations très-exactes relatives à la différence
des climats et des productions. Mais les anciens savaient
très'bien que les chaînes nombreuses comprises sous le
nom de Taurus, étaient « entrecoupées par beaucoup de
« vallées et de plaines élevées l']. » lis savaient aussi ■ que
« plusieurs montagnes de la Perse, après s'être élancées
■ brusquement du milieu de la plaine, s'aplanissent tout à
B coup et ofïrent un plateau absolu l^]. >> Les voyageurs
modernes confirment ces observations. Les montagne^ de
la Perse, selon Olivier, ne semblent en quelque sorte
former aucune chaîne suivie, ni avoir de direction prin-
cipale. Elles s'étendent sans ordre dans tous les sens, elles
sont entassées les unes sur les autres, et jetées comme au
hasard; des groupes qui semblent former un commence-
ment de chaînes, se trouvent tout à coup interrompus
par des plaines unies très-étendues et très-élevées P). Mais
le plateau même qui porte cet amas de montagnes doit
avoir deux escaipemeiis, l'un vers l'Euphrate et le golfe
{■) Strab., lit. XI, p. 358 et auiv. — W Oirl. , lib. VI, cap. ivi,
lib. VU, cop. sMix. — (^) Olivier, VojHHc dans IVmpire Ottoman, la
Parte, etc. , V, eh. vu
r
33o LIVRE CEKT VIMGT-SEPTIÈUE.
Persiqiie, l'autre Ters la mer Caspienne. Ce sont là les
deux branches du Taurus dont les nnciens ont parlé.
« C'est au sud du bassin de la rivière de Kour ou Cyrus
qu'il faut cliercher la continuation septentrionale du
mont Taurus. \Jjérarat et la chaîne dont il dépend se
joint aux hautes montagnes qui séparent le lac Van du
lac Ourmiah ; ces dernières font partie du Ni'phatcs des
anciens. Mais, au sud de la rivière d'Araxe, une chaîne de
montagnes très-froides embrasse l'Azerbaîdjan , l'ancienne
Atropaténe, au sud; ces niontagTies bravèrent les armes
d'Alexandre-le-Grand, De leurs flancs se détachent vers
l'est les monts Alpom, bande de montagnes calcaires
assez hautes qui entourent la partie méridionale de la mer
Caspienne. Dans l'ancienne Hyrcanie ces montagnes ■ pré-
ci sentaient à la mer des flancs non seulement escarpés,
■ mais qui surplombaient même de manière que les rt-
<■ vières s'élançaient de leurs bords dans la mer, en for-
■ maiLt dans Tair un arc liquide, sous lequel on passait à
« sec ('). •
" Les Portes Caspknnes étaient un passage long de a8
milles romains, bordé de noirs rochers, d'où ruissellent
des courans d'eau salée; la largeur du passage n'admet
qu'un seul chariot; la route a été construite de main
d'homme W. Ce passage paraît être près Demavend, à
10 farsangs de Téhéran (3), Selon les anciens, ces mon-
tagnes d'Hyrcanie continuaient jusque vers la Bactriane,
où elles se joignaient aux monts Pawpamisns , les monts
Gaur des modernes. Rien ne prouve que cette opinion
soit fausse. Un voyageur, Forster, n'a point vu de
montagnes entre Candahar et Hérat; ce récit prouve seu-
lement que le voyageur cheminait sur un plateau, et qu'il
ASIE : La Perse. 33i
a négligé de pousser assez loin ses recherches; il sppuie
lui-même notre opinion, en observant qu'il y a au nord
de Therchycli une haute chaîne couverte de neige; ce
sont les monts de la Parthiè/w des anciens (').
1 La chaîne méridionale entre en Perse au sud du lac
Ourniiah. La branche A'j4iagka-Tag , qui se détache au
sud, et qui forme les limites du royaume, est le Zag}-os
des anciens, demeure constante des Kourdes. La première
grande chaîne qui entre en Perse s'appelle Eîvend. Le
géographe persan Ehn-Haukai nous informe que depuis
le voisinage du Kourdistan jusque vers Ispahan , le pays
est entièrement montagneux; il indique parmi les plus
fameux monts qui s"y trouvent, le Damavend, du haut
duquel l'œil parcourt un espace de 5o farsangs ou 72
lieues; tandis que celui de Bisoutoun, dans la même con-
trée, était célèbre par ses singulières sculptures, qui
existent encore. Les Hetzerdara ou raille montagnes em-
brassent, au nord et à l'ouest, le bassin où se trouvent
Cbiraz et les ruines de Pei'sépolis. Cette chaîne ne fut
franchie par Alexandre qu'avec beaucoup de peine, un
corps de troupes persanes ayant occupé le passage appelé
Portes de Suse ou de la Persidei''). Un autre déljlé me-
nait de Perse en Médie; on l'appelait Climax megale, le
grand escalier, parce que le chemin était taillé par de-
grés P). Les montagnes se rapprochent, au sud, du golfe
Persique, et passent â travers le Kerman ou la Carmanie;
et quoiqu'une de leurs branches semble se perdre dans le
désert, à l'est du lac Bakhtehgan , la chaîne principale
paraît se joindre à celle qui sépare le Ségistan ou l'an-
cienne Drangiane du Mékran, ou de l'ancienne Gédrosie.
Un auteur moderne les nomme Djebel-Abad. Cette chaîne
(0 Forster, Voyage du Bengale à PilcrsbouPg , Il , aoi), Ir^Jucl. de
M. Lanelh.-i-') Jrrian., liL. III, cap. xinii. Diod., lib, XVII,
tap. tmii. Sirab-, lib. XV. p. Soi. — (î) Pline, lil>. VI, cap. J
r
33^ LIVRE CENT ViWGT-SEPTlÈME.
joint les monts Solepnan, qui, avec les monts VouUi,
forment un long plateau entre l'Inde et la Perse. O pla-
teau, qui peut bien n'être couronné que de collines épar-
ses, comme ï'orster en a vu près Candahar, est pourtant
en soi-même assez élevé, à en juger d'après la température;
il se joint au grand plateau central de l'Asie.
1 Tel semble être le système de montagnes et de plateaux
qui s'élève entre la mer Caspienne et l'océan Indien (i) ;
mais si notre respect pour les anciens, et surtout pour
Strabon , nous a porté à suivre avec attention les traces
de chaque chaîne, l'amour de la vérité nous oblige à dire
que cette matière exige de nouvelles observations locales
avant de pouvoir être discutée d'une manière utile.
1 En ne considérant les montagnes de la l'erse qu'isolé-
ment, elles sont en général très-peu élevées, quoique
leurs sommets soient couverts de neige une giande partie
de l'année (*} : ce qui prouve combien doit être élevée la
base sur laquelle elles sont placées.
« Un des caractères distinctifs du plateau de la Perse,
c'est la grande étendue qu'y occupent des déserts salins
plutôt que sablonneux. On en trouve cinq principaux. Le
plus éloigné est celui de Karakoum , au nord du Khorassan;
il est sablonneux. Celui qui sépare le Khorassan de l'Xrak-
Adjemi, nommé le Grand-Désert salé, long de i3o lieues,
et large de 70, semble se joindre à ceux qui occupent
tout le nord du pays de Kerman, la Carmauia déserta
des anciens. On remarque encore celui de KJab et celui
de Mékran, Ces déserts occupent les trois dixièmes du
pays. Dans le Grand-Désert salé, la couche de sel marin
très-bien cristallisé qui recouvre la surface dn sol est,
dans plusieurs endroits, de l'épaisseur d'un pouce. Suivant
('] Pcrsarum régna inler iluo maria. Hyrcanuro et Persicum, aLloUuti-
lur jugisCaucasiis, utrinquc per devexa laterum. Pline , lih, VI , cap, xiii.
('] Beauehamp , Journal îles Savons , 1 -jtja . p, •jio.
ASIE : La Perse. 333
Beauchatnp, c'est dans ce désert, non loin de Kom, que
l'on trouve le Koulà-Teliaiii, c'est-à-dire le mont Tèlesine
ou enchante, d'où nous avons pris le mot de taUsman. Ce
mont aride et escarpé semble changer de ligure selon les
points de vue du spectateur. Le sable noir et mouvant qui
le recouvre aide à multiplier ces aspects illusoires. Près de
là passe une petite rivière dont l'eau est extrêmement pe-
sante et salée {0.
" Ces déserts de la Perse , si semblables d'ailleurs à ceux
d'Afrique, nous offrent le même genre de lacs, mais plus
grands. Celui de Bnktehghan, qui est sans écoulement et
dont les eaux sont salées, quoiqu'il reçoive une infinité
de rivières d'eau douce , entre autres le Bend-emir, paraît
avoir environ 20 lieues de longueur, f
Ce lac porte aussi les noms de Maraglui et de Ckahi; il
a environ 60 lieues de circonférence. On y remarque
plusieurs îles inhabitées, dont les plus importantes sont
Aghadj , Coïoun et Echek, fornsées d'une roche calcaire
recouverte d'une terre fertile en riches pâturages où l'on
fait paître l'hiver de nombreux troupeaux de moutons.
Celle de Ckahi, autrefois séparée de la terre ferme par
un passage assez largue, n'est plus maintenant qu'une pres-
qu'île. Ses eaux ne paraissent nourrir mtcun poisson; leur
profondeur ordinaire n'est que de 20 pieds, ce qui fait
qu'on- n'y peut naviguer qu'avec des bateaux.
Les eaux courantes de la Perse suivent les pentes de
deux principaux versans : celui de la mer Caspienne au
nord, et celui du golfe Persique au sud.
" On compte en Perse plus de trente lacs sans écoule-
ments Entre les plus hautes montagnes de l' Azerbaïdjan
et de l'Arménie paraît le grand lac Ourmiah, ainsi appelé
du nom d'une ville qui est près de son extrémité méridio-
(0 Btauekatap , Journal «les Savniis, 171)0. p. ■;i',.
334 LIVRE CEHT VINGT-SEPTIÈME.
nale. Ce lac est représenté comme ayant environ 3o lieues
de long sur une largeur de moitié. D'Anville suppose que le
lac Van , à peu de distance du précédent , estl'Arsissa de l'anti-
quité ; le lac Ourmiah serait alors le Spauta de Strabon et le
ÇapotOH de la Géographie arménienne. Ce lac est forte-
ment salé; un sel très-âcre s'y montre par cffloresceitce (0.
La crue des rivières qui s'y jettent fait hausser de 3o pieds
le niveau de ses eaux. Des plages formées de coquillages
semblent attester qu'il avait autrefois plus d'étendue au sud
et au nord (2). Les montagnes calcaires qui lavoisinent
sont remarquables en ce qu'elles étaient le pays des fameux
Assassins ou Hnschischins. "
L'Euphrate et le Tigre ne peuvent plus être comptés au
nombre des rivières de la Perse; ils ne font que toucher
une partie de sa frontière : le second sur une longueur de
35 lieues, et les deux, réunis sous le nom de Chat-el-Arab,
sur une étendue de 4o lieues. Parmi celles qui versent leurs
eaux dans le golfe Persîque, la plus considérable est le Kérak
ou Kerkknk , appelé en tnrcoman Kara-sou , et chez les an-
ciens le GyndeSy qui , après avoir arrosé le Kourdistan et le
Khouzistan , se jette dans le Chat-el-Arab près de Bassorah
après un cours d'environ i4o lieues. Le Caroun, que l'on écrit
aussi Karoun, et qui porte encore le nom de Khoasp, l'an-
cien Ealœus ou Clioaspes, après s'être frayé un passage à
travers les monts Bakhtéry, se divise en quatre bras avant
de se rendre dans le golfe Persique, et parcourt une lon-
gueur de 100 lieues. Le Sitn-Reghian ou SHa-Rogan, appelé
aussi Jareu, a une étendue de 80 lieues. Enfin le Dir-Roud
ou Roud-SiouU, qui n'a que 63 lieues, tombe dans \'Ab-Si
ou la rivière salée, la lieues au-dessus de l'embouchure de
celle-ci dans le golfe Persique.
" La plus grande rivière du K.horassan , le Tedjen ou
tO Sirab. , lib. XI , p. 35o. — l'i M. Fabviti-, Itiiiérnli'e maniisrrit.
ASIE : La Perse. 335
Tedzen des modernes, ou VOchus des anciens, se perdrait
dans un lac marécageux, selon Wahl; mais îi est reconnu
aujourd'hui qu'à travers les marais tju'il forme il commu-
nique avec
le golfe de Balkan. Son cours est d'environ
loo lieues. Le Marg-ab , que l'on croit être un des afïluens
du Djihoun, est le Margus de l'antiquité, qui fit donner à
la contrée qu'il arrose le nom de Margiane. Parmi les
autres rivières de la Perse qui atteignent la mer Caspienne,
il n'y en a qu'une seule qui ait un cours considérable, c'est
le Kizii-Onspn, comme l'appellent les riverains en langue
turcomane, le Sejyd-roud des Persans, et le Maniiis des
anciens. Depuis sa source dans les monts Knplan-Kouk
jusqu'à son embouchure, son cours est de lao à i3o lieues.
Il précipite ses eaux rapides de cataracte en cataracte , à
travers des ravins pittoresques; à son embouchure, ses flots
impétueux repoussent et séparent ceux de la mer(i).
" Le plateau central de la Perse donne naissance à plu-
sieurs rivières qui n'arrivent |^>oint à la mer et qui s'écoulent
soit dans des sables, soit dans des lacs. Le Bend-cmir, cé-
lèbre sous le nom A'Àraxes par le passage d'Alexandre,
prend sa source au mont Zouh-Zerdeh et va terminer son
cours de loo lieues de longueur dans le lac fîaktehgban,
quoi qu'en aient dit quelques voyageurs (a). Ses eaux sont
rapides, ses rives verdoyantes et ombragées, mais ses inon-
dations sont fréquentes et dangereuses. Le Zayendek-road
ou Zande/t-roud , après 60 lîeues de cours, se perd dans
une vallée gypseuse; enfin le Ckoura-roud , qui passe à
Nichahour, se perd , dJt-on , aussi dans des sables.
• Nous avons déjà fait observer que des plaines couvertes
de sable et imprégnées de sel occupent une grande partie
du sot de la Perse ; la terre de ces plaines est en général
tO OUarias , p. 47' > ediE- origin. Ilainvay, GmeUn, etc.
!')D'^«r£«/D(,Bibliotliè<|u*!oricDlaIe,a[inio(.Miai/-/:f/oM/eI.Conip-
Cliardiii , Figiieroa, Herbert, elc, c-tc.
r
336 LIVRF CKNT VINGT-SEPTli:ME.
une argile t'ortB. On n'a pas examiné les montagnes; mais
la plupart paraissent être de nature calcaire : tes nombreuses
caveines dont parlent les anciens, le rendent du moins
très -probable. Un voyageur français a traversé en deux
endroits la grande chaîne des monts Aipons qui environne
le Ghilan et le Mazanderan, et dans laquelle le pic de
Daiiiavend s'élève à une hauteur de la à i3oo toises au-
dessus du niveau des plaines de Téliéran, qui sont au
moins à 5oo toises au-dessus de la mer Caspienne]; il n'y a
vu que des rochers calcaires, du marbre, de l'albâtre,
mais aussi beaucoup de blocs granitiques semés çà et là.
Les récifs qui bordent la côte du Mazanderan sont de
granité (>).
« Les voyageurs modernes ont vu dans la chaîne ta plus
occidentale, VAïaglia ou Djebel-Tag , le Zagros des an-
ciens, une succession de rochers de grès, de rochers cal-
caires et de granité, semblable à celles qu'on voit en géné-
ral dans nos montagnes dEuropo W. 11 est probable qulun
pays aussi vaste offrira aux observateurs futurs toutes sortes
de roches, de terrains et de phénomènes géologiques. Les
observateurs trouveront les entrailles de la terre à décou-
vert, s'il faut en croire Chardin, selon qui les montagnes
de la Perse sont les plus arides et les plus stériles du monde,
n'étant que des rochers secs, sans bois et sans herbe (3).
"La vaste étendue de la Perse autorise le même voyageur
à la considérer comme étant , en général , tiès-peu sujette
aux tremblemens de terre; mais il faut excepter de cet
aperçu le Gbilan et le Mazanderan, où les secousses sou-
terraines sont aussi violentes que fréquentes (4) ; les envi-
rons de Tauris, qui, en 1721 , éprouvèrent un des houle-
versemens les plus teiTibles dont il soit question dans
(■] Voyage dam le GliiUn , de M. TWzcZ, niattuacrit. — (') Olivier,
V, p. 8,9, aoî.— (î) Oiaidiu, 111, î88. elt. — H) Lerch. Magasin
fiiîogr, de Diisdhùig, IK, ?-38. HeHirrl, Vidage, p. ]ij"
1
ASIE : La Perse. 337
lliistoire (i) ; les montagnes de Tlrak-Adjenii, parmi les-
quelles le mont Elbours nest pas la seule cime volca-
nique (2) ; enfin , les chaînes les plus méridionales du Far-
sistan et du Laristan , où Ton a eu des exemples rëcens de
tremblemens de terre (5), •
Dans la chaîne qui forme la limite occidentale de la
Perse il existe des mines, mais elles sont négligées, faute
de bois, et surtout parce que le gouvernement en conserve
le monopole. On exploite une mine d'argent à lest de
Tauris , une de cuivre dans les montagnes de Talidj , ou
mieux Talich ; il y en a plusieurs dans le Mazanderan et le
Kerman; dans rAzerbaïdjan il y a de riches mines de fer,
dont on tire de grands produits. Les montagnes des environs
de Tauris renferment du jaspe et du niarbre blanc. Dans
celles de l'Irak- Adjemi , telles que le Kouhi-Telism et le
Siah-kouh, on trouve un grand nombre de sources miné-
rales. D'autres montagnes de l'intérieur renferment des
mines d'or, d'argent, de cuivre et de fer. Sur le territoire
de Minab il existe une des plus riches soufrières que I on
connaisse. Le mont Houbenkouh , dans le Khouzistan , est
célèbre en Perse par ses grandes exploitations de sulfure
de fer. IjCS plaines du Farsistan sont imprégnées de sel et
de salpêtre. Le bitume et le naphte se trouvent dans la
contrée riveraine du Tigre. On les emploie dans le ciment ,
dans la poterie , et comme huile à brûler. Le roi se réserve
le monopole du pétrole liquide qui coule des roches de
Kerman. C'est dans le Khorassàn que l'on recueille les plus
belles turquoises, mais le souverain fait un choix parmi
ces pierres.
« L'empire de mon père, disait le jeune Cyrus à Xéno-
« phon , est si grand , que l'on y meurt de froid à une ex-
(0 Wahl , 1 , 937. — (>) Olivier, V, 126. — (3) Niebuhr, Voyage , II ,
1 69 ( en allem . ) .
VIII. :^%
r
338 Livne cfnt viitct-sf.pt[èmf.
" trémitë, tandis qu'on y étouffe de chaleur à lautre. . Ce
portrait convient encore oujourdhui à la Perse. On doit
y distinguer trois climats principaux. Les côtes de la mer
Caspienne, d'autant plus liasses que le niveau de cette
mer en elle-même paraît plus bas que celui de l'Oéean
d'environ 60 pieds, éprouvent en été des chaleurs plus
fortes et plus durables que celles des Indes-Occidentales (■)■
L'hiver y est très-doux , grâce aux vents tempérés qui
viennent de la nter Caspienne; mais dans l'une ou l'autre
saison, il y règne une humidité excessive; l'acier y perd
promptement son éclat, et les visages des liabitans sont
teints d'une pâleur fiévreuse. Le plateau central offre le
second climat. Environnéede montagnes qui en partie con-
servent des neiges éternelles, cette région, depuis Canda-
liar jusqu'à Ispahau, éprouve tour à tour des étés excessi-
vement chauds et des hivers extrêmement rigoureux.
Depuis mars jusqu'en mai, les grands vents y sont fréquens;
mais depuis ce moment jusqu'en septembre, l'air est serein
et rafraîchi par la brise de la nuit, La sérénité des nuiti
permet de lire un hvre ou une lettre à la seule clarté des
étoiles. Depuis septembre jusqu'en novembre , les vents
dominent encore ; l'air y est généralement d'une siccité ex-
trême; le tonnerre et les éclairs y sont très-rares, et l'on
n'y voit pas souvent d'arc-en-ciel ; maïs la grêle y fait bien
des ravages au printemps. Ce climat générai souffre des
modifications locales; le Far/iistan, et surtout la vallée de
Ghirai, est également à l'abri des chaleurs excessives et des
froids rigoureux; les montagnes du Kourdistan et de l'Ader-
baïdjan doivent à leur élévation et à l'épaisseur de leurs
forêts une température plus humide et plus égale.
« Tout change de face en descendant du plateau central
vers les rivages du golfe l^ersique. Le vent brûlant, le
tO Olivier, V, si^i
k i
ASIE : La Perse. 339
samiel des Turcs, le samoum des Arabes 6t des Persans ^
suffoque quelquefois le voyageur imprudent. Strabon rap^r
porte qu à Suse les habitans n osaient sortir de leurs mai-
sons pendant le milieu du jour, et que les téméraires qui
s exposaient à la violence des chaleurs expiraient souvent
«
dans les rues (0.
R Le Kernian, riche en toutes soites d'arbres fruitiers, à
lexception de 1 olivier, possède une espèce de vigne dont
les raisins deviennent extrêmement gros. Le coton est cut^
tivé dans toute la Perse, et la canne à sucre dans le Ma-
zanderan et dans les environs d'Afterabad; le mûrier et le
ver à soie forment la richesse de tout le Uttoral de la met'
Caspienne. Du temps de Pline , le coton venait spontané-
ment dans les îles^ Des palétuviers ou des mangliers , selon
le même auteur (2) , bordaient les rivages de ces mers. »
Province méridionale et maritime, le Kerman est dé-
pourvu d eau ; le sol partout sablonneux y est pour «ette
raison stérile , excepté dans les localités où Ton peut faire
des irrigations. Le climat y est considéré comme un des plus
insalubres de la Perse. Le froid est trè^-vif dans les mon-
tagnes, tandis que dans les plaines voisines de la côte la diar
leur est excessive. Les voyageurs modernes nous apprennent
que les dattiers y sont très-multipliés, quon y cultive le ci-
tronnier, Toranger, le grenadier, le pistachier, mais que leurs
fruits ne sont pas d*une bonne qualité; cependant le vin
qu'on y récolte est excellent. La culture du rosiei* blanc
est une des plus répandues dans ce pays : les habitans tirent
de la rose utie essence très-recherchée en Asie* Les bois
se composent en partie de gommiers qui fourniss^t une
gomme presque aussi estimée que celle d'Arabie.
«« On peut conclure des écrits des anciens, qt^les mon-
(0 Sirabon, lib. XV, p. 5o3.
(0 Pline, 1. XII, cap. ix, cl 1. XIll , cap. x\v.
22
34o ' LIVRE CEMT VIWGT-SEPTIÈME.
tagnes au nord-est se couvrent principalement de lauriers ,
de buis, de terébinthes, d'arbres n mastic et à gonimej et
peut-être d'arbres à sarg-dragon (i), La Perse orientale est
très-peu connue sous le rapport de ses productions, comme
sous les autres points de TueW. ■
C'est dans cette partie que se trouve le Kouhestan, pro-
vince cjui comprend le grand désert sale de Naubendan.
Ce pays élevé est moins chaud que les autres parties de la
Perse. On y récolle cependant du coton, et on y élève
beaucoup de vers à soie.
« Dans le reste de la Perse il faut distinguer trois régions,
les montagnes méridionales, le plateau et les montagnes
septentrionales. Quoique le Farsislan, ou la Perse propre-
ment dite, semble avoir perdu une grande partie des fo-
rêts qui jadis en revêtaient toutes les montagnes, on aime
encore à se promener dans les vallées de Chiraz, à l'om-
brage des platanes dOrient, des azeroliers, des saules
pleureurs et des peupliers d'une hauteur exti'aordinaire (3).
Parmi ces beaux arbres, l'anémone étale ses teintes de
bieu et décarlate; le jasmin y joint sa piquante blancheur;
Yhypericon keterophylluni répand son odeur agi'éable; les
tulipes, les renoncules émaillent les prés. Olivier a recueilli
dans ce pays beaucoup de plantes inconnues; il a poiu'-
suivi jusque sur le mont Elbours le chrysnnthemiim prœal-
tum et la nepeta longiflora; la reconnaissance des savans
a donné son nom à ï'oUviera deciimbens. »
Cette province produit d'exceliens fi'uits, du bon vin,
du raisin délicieux et du tabac fort estimé ; elle passe pour
produire le cactus qui nourrit la cochenille et une grande
quantité de roses qui alimentent les fabriques d'essence
établies à Chiraz.
!') iJeni, 1. VI, cap. i«;l. XII. cap. ii. — (') Forjttr. Voj.igc ilu
Bengale ^ Pdlcrsbourg , II , p. i3i-iji,clc. — W FraiJcliii . Vuyaf c l'ii
J>erse, ilans LaitglÈs , Calieclion portalire de» Voyages .
i
ASIE : La Perse.
Le Khorassan occidental ou persan est une des plus
belles et des plus agréables provinces de la l'erse; on cite
comme l'une des plus délicieuses la vallée dti Nîobabour.
I.e climat y est très- varié : pendant que les montagnes se
couvrent de neiges l'hiver, la pluie inonde les plaines.
Lëté est chaud et sec ; maïs à une chaleur presque insup-
portable pendant le jour succèdent des nuits fraîches et
des rosées abondantes. La plupart des arbres fruitiers de
l'Europe méridionale croissent dans cette province. On y
recueille un grand nombre de plantes médicinales, telles
que i'assa-Jcelida et Vartemisia contra , ainsi que de la manne
el de la gomme adragant.
Dans le Khouzistan, l'été est tellement chaud, surtout
au milieu des plaines et des vallées, que les habitans sont
obligés de se retirer dans les montagnes ; sur ta côte la cha-
leur est tempérée par les brises de nicrj dans quelques
plaines l'air est malsain et l'eau fort rare; d'aub-es sont
ravagées par le terrible vent du samoum qui y porte la
désolation et la mort.
n Les plaines élevées de la Perse centrale se couvrent de
plantes salines , entre autres du slaticé de Tatarie. Cepen-
dant quelques unes de ses plaines découvertes offrent encore
les riches pâturages qui nourrissaient autrefois les seuls
chevaux dignes de servir de monture au gnind-roi.
n Les forêts reprennent de la vigueur dans le Ghilan et
le Mazanderan vers les humides bords de la mer Cas-
pienne; le séjour d'une neige abondante sur le Taurus, et
un printemps très-prolongé au pied septentrional de cette
chaîne, y favorisent la végétation. L'air chaud et humide
permet à la canne à sucre de végéter, et même de donner
un produit médiocre , dont il sera parlé dans la topographie.
En grimpant à traversdes bosquets d'églantiers et de thévies-
feuilles , sur les lianes inégaux et pittoresques des collines ,
les voyageurs se voient entoures d'acacias, de chèues, de
i
343 LIVIIE CIÎHT VIHGT-SEPTlitnE.
tilleuls et du châtaigniers; au-dessus d'eux les cimes des
montagnes se couronnent de cèdres, de cyprès et d'autres
espèces de pins [i}- Le sumac, dont la propriété astringente
est si utile à la teinture et a l'art du tanneur, y croît en abon-
dance. Le frêne tjui produit la manne , fra-Tiitus nrnu.i, n'y
est pas moins commun. Le Ghiinn abonde tellement en
buis j qu'on n'ose pas y mener des chameaux , crainte de les
voir s'empoisonner en mangeant des feuilles de cet arbre,
(jue leur instinct ne leur fait pas distinguer. Un obsei'vateur
ancien nous apprend qu'au sud-est de la mer Caspienne,
l'ancienne Hyrcanie , riche en chênes et en autres arbres ,
ne produit aucune espèce de pin (2),
" Mais cette Perse, dont le sol varié flatte le botaniste
et le peintre, possède peu de terres propres à l'agriculture.
Dans les provinces centrales et méridionales, l'argile dure
et sèche succède aux stériles rochers. Ce sol exige des
irrigations artificielles; malheuretiacmcnt , un des strata-
gèmes le plus souvent employés dans les guerres civiles
de Perse, c'est de détruire les canaux pour couper l'eau à
l'ennemi. A peine cultive-t-on aujourd'hui la vingtième
partie du pays. Le grain le plus commun en Perse est
le froment, qui y est excellent; mais le riz est regardé par
les Persans comme la nourriture la plus délicieuse ; il vient
généralement d.ins le nord, où sont les provinces les mieux
arrosées. On y sème aussi l'orge et le millet, mais extrê-
mement peu d'avoine. Les chaiTues sont petites, et ne
servent qu'à gratter la terre; elles sont conduites par des
bœufs maigres,
« La Perse se console par la lieauté de ses fruits. Il y a
vingt sortes de melons; les meilleurs viennent dans le
Khorassan. Ce fruit est en Perse extrêmement succulent et
(') OIwicr, Vnj.igo, V. p. ji; .«yi/.
C'I Ànstobulf, fitiJ par .Sïmii-'i , 1 M,
Asin : La Perse. 343
salubre. II y en a da si gros, qu* un homme n en peut porter
que deux ou trois. Les fruits les plus estimés de TEurope
passent pour nous avoir été apportés de la Perse : tels sont
la figue ^ la grenade , la mûre , l'amande , la pêche. Les oran-*
gers y sont énormes dans le Farsistan et le Mazanderan : on
les trouve dans les parties abritées des montagnes ; ailleurs
on ne les cultive qu'en selres. La chaleur réflédiie par le
sable est particulièrement favorable dans certaines pro*
vinces à la culture du citronnier. La vigne étale en Perse
toutes ses richesses. Il y a, entre autres, trois sortes de
vins qui sont excellens : celui de Chii*az y comme le meilleur,
est gardé pour le roi et pour les grands de la cour; celui
cYYezd est fort délicat, et on le transporte à Lar et Ormus;
celui d'Ispahan se distingue par sa douceur et par sa
force (0.
« Parmi les plantes et végétaux utiles aux manufactures ,
la Perse produit du lin, du chanvre, du tabac, du sé-
same, doù Ton tire une huile, du coton, du safran^
de la térébenthine, du mastic, des gommes, des noix
de galle. De toutes les provinces, celle de Mazanderan
fournit seule de Thuile, quoique lolivier sauvage croisse
dans tous les bas. Strabon nous apprend que les essais pour
planter l'olivier en Médie n'avaient pas réussi.
«On prétend que la Perse produit tous les ans ao^ooo
balles de soie , pesant chacune 216 livres. On n'en emploie
pas plus de mille dans le pays ; le reste se vend erï Turquie ,
dans les Indes, aux Russes. Le pavot qui donne de'l'opium,
la manne, et même la rhubarl^e, sont comptés parmi les
exportations; il est certain que le pavot y est cultivé en
très-grande quantité.
« Les guerriers de la Perse se servent de chevaux tatares;
(0 0//Vier, V, 281 sqq. Chardin, Vlll , i58; 111, 337, ^^ ^^ no^^ de
Langlès, • .
344 LIVilE CEHT VINGT-SEPTIÈME.
et Keryin-Khan, grâce à une semblable monture, fit une
fois lao lieues en 58 heures. Cependant les chevaux per-
sans passent pour les plus beaux et les mieux faits de l'O-
rient, bien qu'ils le cèdent en vitesse aux chevaux arabes.
Ils sont plus hauts que ceux d'Angleterre; ils ont la tête
petite , les jambes délicates et le corps bien proportionné ;
ils sont doux, très-laborieux , vifs et légers. Les mulets
sont très -recherchés. L'âne y ressemble à celui d'Europe;
mais on en a importé d'Arabie une race qui est excellente;
elle est leste, vive et adroite; son poil est doux, sa tête
haute. Le chameau y est commun. Les chèvres du Kerman
rivalisent avec celles du Tibet. Le bétail de la Perse res-
semble à celui d'Europe , excepté vers l'Hindoustan, où il
a une bosse aux épaules. Les moutons y trament une queue
qui pèse plus de 3o livres, et qui s'élargit par le bas en
forme de cœur. De nombreux troupeaux paissent dans les
provinces septentrionales. Les juifs ne risquent pas souvent
de rencontrer l'animal immonde, dont la chair, damnée
par Moïse , est recommandée par Hippocrate.
• Quelques forêts contiennent des daims et des antilopes,
des zèbres et des renards. Le lièvre se niche en grande
quantité dans les friches. Dans les bois sombres, principa-
lement dans les forêts du Ghilan et du Mazanderan , se
cachent le sanglier, l'ours, l'hyène, le lion, et, suivant
quelques uns, le tigre de la petite espèce. Selon Olivier,
il existe près de l'Euphrate une espèce de lion sans cri-
nière, qui a été connue des anciens; c'est sans doute à cet
animal assez doux qu'il faut rapporter les récits des histo-
riens, d'après lesquels les Persans ont été long-temps dans
l'usage d'apprivoiser les animaux de proie, au point même
de chasser avec des lions, des tigres, des léopards, des
panthères et des onces. Lucrèce rapporte que les Parthea
avaient essayé, mais sans succès, de faire combattre des
i ~ 1
ASiu,: La Perse, 3^5
« Le chat caspien (0 , Yahou ou cervus pygargus W , plus
grand que les daims, et d*autres animaux particuliers, de-
meurent dans les déserts et les forêts voisines de la mer
Caspienne. Une espèce distincte d*écureuil porte le nom de
la Perse. Le sanglier de Perse est très-féroce. L'âne sau-
vage habite les déserts du centre ; l'hyène et le chacal , les
provinces du sud, La mer Caspienne donne de l'esturgeon
et une sorte de carpe délicieuse. Le pigeon et la perdrix
fournissent en abondance une excellente nourriture, que
partagent avec Fhomme les aigles, les vautours et les fau-
cons, habitans des montagnes désertes.
(0 Felis Chaus , Gmc/. — (») Pallas.
\
LIVRClCENT VINGT-HUITIÈME.
;l Iw villes do In Tei
«(
L,
- A PRÈS avoir laissti planer nos regards sur l'enseinlilc de
la Perse, nous nous occujierons des villes remarqu.-ihles et
d'autres objets do géograpliie spéciale, en prenant pour
notre point de départ lancienne et célèbre capitale Ispntian,
et en traitant d'abord des provinces du centre et du nord-
ouest, ensuite de celles du sud-<^st et de l'est. •
Depuis le dernier traité passé entre la Russie et la Perse,
cette puissance a cédé à la précédente la province J'Érivaiï
ou l'Arinénie persane (0 : en conséquence, le royaume de
(0 Voici quels sont dans ce traiti^ , ilalé du 3 avril iSiS, les parngnplies
concLTiiant les nouvelles frontiùrcs eutre lu Russie et la Perse.
."1. S. M. IcaialidcPcr^ie.lantcnsiiii nom <|iiV[i celui <!e ses lubri-
fiera i.-t successeurs , cèdccntoule proprid^d à l'empire de Russie le khanat
d'trivan , tant en deçîi qu'en delà de l'Anixc , et le kbanat de Naltliit-
cbi^van. En conséquence de eetle ccssIod , S. M le Chah s'engage à faire
remellrc aux nutoritck russcsj daaii TcEpacc de six mois nu plus , ù partir
de la signature du prdsent liraité , toute^ les archives et tous les documeos
pul]lic8 concernant l'administra tion des deux khanals sug-menlionntis.
4- Les deux, hautes parties contraclanlcA eonvienncnt d'i^tablir pour
frontières entre les deux Étals la ligne du démarcation suivante :'en
partant du point de la frontitre des Etals ottomans, le plus rapprocha
en ligne droite de la sommité du petit Ararat, celte ligne se dirigera
jusqu'à la sommité de cette montagne, d'où elle descendra jusqu'à la
source de la rivière dite Karassou inférieur , qui découle du versant lué-
riiiiooal du petit Ararat , cl elle suivra son cours jusqu'à son emliouchnrc
dans l'AraxE, vis-à-ïis de Chéronr. Parvenue à eu point, cette ligne
suivra le lit de l'Araxe jusqu'à la forleresso d'Abbas-Aliadi autour dm-
ouvrages exléricurs de colle place, i|ui sont situ(!s sur la rive droite de
l'Araxc, il sera tracé un rayon d'un demiagntcli , ou trois vcrstes et
demie de Russie, lequel s'i'leiidra dans luulis les direclionsi tout le
ksiv : La Perse. 347
Perse nest plus divisé qu'en 1 1 provinces, qui sont Vlrak-
Adjemij \ Azerbaïdjan y le Mazanderan^ le Ghilan^ le
Kourdistan , le Khouzistan , le Tabaristan , le Fa?*sista?i >
le Kennan , le Kouhistan et le Khorassan occidentaL Ces
terrain qui sera renfermé dans ce rayon , appartiendra exclusivement à la
Russie , et sera démarqué avec la plus grande exactitude dans Tespace de
deux mois , à dater de ce jour. Depuis IVndroit où l'extrémité orientale
de ce rayon aura rejoint TAraxc, la ligne frontière continuera à suivre
le lit de ce fleuve jusqu'au gué de Jediboulouck , d'où le territoire persan
«'étendra le long du lit de l'Araxe sur un espace de 3 agatch ou ai
verstcs de Russie; parvenue à ce point, la ligne frontière traversera en
droiture la plaine du Moughan , jusqu'au lit de la rivière dite Bolgarou ,
h l'endroit qui se trouve situé à 3 agatch ou ai versies au-dessous du
confinent des deux petites rivières appelées Odinabazar et Sarakamyche.
De là y cette ligne remontera de la rive gauche du Bolgarou jusqu'au
confluent desdites rivières Odinabazar et Sarakamyche, et s'étendra le
long de la rive droite de la rivière d'Odinabazar jusqu'à sa source , et de
là jusqu'à la cime des hauteurs de Djikoïr, de manière que toutes les
eaux qui coulent vers la mer Caspienne appartiendront à la Russie, et
toutes celles dont le versant est du côté de la Perse , appartiendront à la
Perse. La limite des deux États étant marquée ici par la crête des mon-
tagnes , il est convenu que leur déclinaison du côté de la mer Caspienne
appartiendra à la Russie, et que leur pente opposée appartiendra ù la
Perse. De la crête des hauteurs de Djikoïr, la frontière suivra jusqu'à la
sommité de Rarmarkoui'a les montagnes qui séparent le Talyche du
district d'Archa. Les crêtes des montagnes séparant de part et d'autre le
versant des eaux , détermineront ici la ligne frontière de la même ma-
nière qu'il est dit ci-dessus au sujet de la distance comprise entre la
* source de l'Odinabazar et les sommités de Djikoïr. La ligne frontière
suivra ensuite , depuis la sommité de Rarmarkouïa , les crêtes des mon*
tagnes qui séparent le district de Zouvante de celui d'Archa, jusqu'à la
limite de celui de Welkidji , toujours conformément au principe énoncd
par rapport aux versans des eaux. Le district de Zouvante , à l'exceptioa
de la partie située du côté opposé de la cime desdites montagnes , tom-
bera de la sorte en partage à la Russie. A partir de la limite du district
de Welkidji , la ligne frontière entre les deux États suivra- les sommités
de Klopouty et de la chaîne principale des montagnes qui traversent le
district de Welkidji jusqu'à la source septentrionale de la rivière dite^
Astara , toujours en observant le principe relatif aux versans des eaux.
De là, la frontière suivra le lit de ce fleuve jusqu'à son embouchure dans
la mer Caspienne , et complétera la ligne de démarcation qui séparera
dorénavant les possessions respectives de la Russie et de la Perse.
i
348 tIVHE CEMT VINGT-HUITIÈME.
grandes divisions se subdivisent en beglerbegliks an gou-
verneinens.
■ La vaste province d'Irafi-^djemc, qui répond à pea près
:i la Grande- Média des anciens, tire son nom du premier
fondateur Je la monarchie persane, le ij/BOTt/i/f/ des Orien-
taux, et V^chœnicnes des Grecsj ces deux mots, en con-
sidérant les syllabes mènes et ckyd comme des terminaisons
accessoires, peuvent se réduire à une seule racine, j^'^'ewj ou
Achem. Les Arabes , qui désignent les Persans sous le nom
A' Adjemi, ont étendu le nom à'Irak, sous lequel ils dési-
gnent la Babjlonie, à cette province, en y ajoutant, pour la
distinguer, l'adjectif of^'e/n/, c'est-à-dire l'ersan (1). Cette
province occupe, sur une longueur de plus de 200 lieues,
et sur une largeur de 100 environ, lapins grande partie du
plateau central delà Perse, et la description que nous avons
faite de ce plateau lui convient très- particulière ment W.
■ Sur la frontière méridionale de l'Irak nous trouvons les
restes A'Ispahan, appelée chez les anciens Aspadann, et
par les habîtans actuels Sfahân et Isfahân. Cette immense
ville, à laquelle Chardin donne 12 lieues de tour, et qui
alors pouvait contenir 6 à 700,000 habitans ; cette superbe
capitale que les Persans appelaient la moitié de l'univers
[Noiissfi Djehàn) ^ n'est aujourd'hui qu'une ombre d'elle-
même. On laboure les jardins qui autrefois en parfu-,
niaient les avenues; on marche pendant trois heures dans
des chemins qui étalent des rues , pour arriver au centre
de la ville. Toutefois, dit Olivier P), les marchés que
Chah-Abhas lit couvrir de voûtes éclairées par des dômes
annoncent l'ancienne magnificence de cette capitale. Le
Meïdiin ou la grande place, une des plus vastes de l'univers,
forme un carré, long de près de 200 toises sur 100 de
(') Wahi, Asicn, 1, icig-i,;.
<■') Olivier. Vojagc , etc. , V, p. ]
ASIE : La Perse. 349
large, entouré par un canal , et bordé de maisons régulière-
ment bâties; c'était une sorte de Champ-de-Mars qui servait
aux revues de troupes, aux qpurses de chevaux et aux com-
bats de taureaux. Elle est dominée par les palais des rois,
qui offrent encore les restes de la grandeur de Chah- Abbas.
La mosquée royale s*élève à' côté. Cet édifice somptueux ,
encore assez bien conservé, offre à l'extérieur un revête-
ment de marbre ; son dôme et ses minarets sont couverts
de porcelaines peintes en mosaïque; à l'intérieur, des bas-
reliefs dorés enrichissent les murs et la voûte. Ispahan ,
quoique ruinée des deux tiers , a plus de 200^000 habi-^
tans (0 ; tous les arts et métiers y sont parfaitement exer-
cés. On voit, au midi de la ville, cette fameuse avenue
appelée Tcharbagy qui ressemble assez à celle de Versailles ;
elle est longue de près de.3ooo itiètres; plantée de quatre
rangées de platanes, elle est bordée de jardins et de mai-
sons de plaisance; plusieurs canaux et bassins animent
encore cette superbe promenade , ouvrage de Chah- Abbas.
La rivière de S^ndehroud , qui la divise en deux, a un beau
pont bâti en briques et en pierres de taille, composé de
36 arches, avec une galerie couverte de chaqu*e côté par
une terrasse, d'où Ton jouissait de là vue des jardins des
environs et du faubourg de Djoulfa , situé sur le bord de la
rivière , mais qui est aujourd'hui en ruines. Un peu plus
bas est un autre pont magnifiqtifô bâti par Chah- Abbas; ses
galeries sont plus larges, ayant une place hexagone au
centre; une plate-forme pratiquée sous les arches, en fai-
sant tomber les eaux en cascade, rend fort agréable la po-
sition d un beau palais bâti en face , et environné de jolis
jardins. Mais, afin qu'on ne fît point à tous ces ponts le
reproche de manquer d'eau, Abbas-le«-6rand fit percer à
grands frais quelques montagnes à environ 3o lieues d'Is-
(•) Selon M. T , 20,000 maisons. »
r
35o LIVHE CBNT VINGT-IICITIKMF.
palian, et intioduisit dans 1<; lit du Zendeliroud une autre
riviùre; en sorte que, selon Chxu'din, ce fleuve était aussi
large au printemps que la Seine l'est ;"i Paris en hiver (') :
mais des voyageui* plus vecens disent que cette assertion
l'st exagérée. »
Le palais royal , qui selève siif la grande place , renferme
dans sa vaste enceinte plusieurs autres palais et divers bâ-
timens plus ou muins vemarquables; tel est le palais des
4» colonnes (Tchihil-SoutounJ, le palais de glace (Aïne-
kbanèj, le pavillon de tecurie ( Talari-tainléJ , et le séjour
du bonheur j^6'efK/e(-n6WJ, 'destiné auxambassadeurs./eiA-
Aly-Chah fit construire en iSi6 un palais que l'on regarde
comme le plus bel édilice d'Ispahan; on le désigne sous le
nom de Nouveau -l'aluJ s ('//«nrei-noH^; on y admire surtout
la salle du trône. De même que les palais qui ornaient la ma-
gnifique promenade du Tcharbag tombent aujourd'hui en
ruines, de même l'immense bazar d'Abbas, qui forme une
galerie de plus d'une derai-lleue de longueur, éclairée par
des dûmes et bordée de boutiques, ne présente plus le mou-
vement commercial qu'il offrait à l'époque où Chali-Abbas
le fit construire. Des quatre ponts qui traversent le Zendeh-
roud , celui de Djoulfa , dont nous venons de parler , n'est
pas moins remarquabJe par son étendue que par sa construc-
tion : il a looo pieds de longueur. Sur les bords de la rivière
est située une maison royale de plaisance nonmiée Siadet-
Abful , dont le harem, appelé Hejt-defté, est de la plus
grande élégance. Ispahan renferme plusieurs collèges ou
medressehs , dont un peut être considéré comme une uni-
versité, par le nombre des élèves et des professeurs.
Depuis plusieurs années le commerce d'Ispahan a repris
en partie son ancienne activité; son industrie s'est relevée;
(') Clutrdin, Description d'Ispahan. Olivier, I. c. Mémoires Listo-
i'ii|iics, pnliliqiics^^t géogr.ipliiques de» Voyages ilc Ferriire-Saavebœiif ,
I
A8IB : La Perse, 35 f
on y fabrique de belles étofFes de coton , de riches soieries ,
des tissiis dor et d argent, des armes à feu, des lames de
sabre , des cristaux , des cuirs et des teinjtures.
La plaine qui entoure Ispahan a plus de 20 lieues de
longueur sur 12 de largeur 5 cest une des plus fertiles et
des mieux cultivées de la Perse : on y récolte des fruits de
toutes espèces, et surtout des melons et des pastèques.
« Pour aller visiter le Chah Feth^Aiy dans sa nouvelle
résidence de Téhéran, les voyageurs venant d'Ispahan passe-
ront par Kachariy ville de 3o à 4o,ooo âmes, où Ton trouve
un palais construit par Abbas-le-Grand , et des fabriques
d'ustensiles en cuivre. Cette cité passe pour être, plus que
tout le reste du pays, infestée de scorpions ('). » Elle doit sa
fondation à Zobéïde, épouse d'Haroun-al-Raschyd. Elle a une
demi-lieue de largeur, et le double de longueur. Une vieille
muraille et un fossé forment son enceinte. Depuis les nou-*
velles constructions quon y a faites, elle peut passer pour
Tune des plus belles villes de la Perse; ses mosquées ^ ses
bains, ses cavaranserails sont dune élégante architecture;
le palais du roi surtout est remarquable. Le principal col-
lège ou medresseh de cette ville est magnifique. Kachan
fabrique des châles, des brocarts , des soieries et des coton-
nades; on y travaille avec goût les métaux précieux. Dans
ses environs se trouvent le château royal de Bagh-Sin et
les jardins de plaisance de Baghi-chah,
On arrive ensuite à Koum ou Qoniy l'antique Choana^
ville très-gi'ande , mais qui ne s'est pas entièrement relevée
de ses ruines depuis sa destruction en 1 722 par les Afghans,
Son principal édifice est une ancienne mosquée, dont la
coupole, très-élevée, est entièrement dorée. Cette ville est
un lieu de pèlerinage visité chaque année par plusieurs
milliers de pèlerins, attirés par les nombreux tombeaux de
(«) Olivier y V, 170..
r
352 LtVnn CENT VINCT-HUITIKWE.
rois et (le saints personnages musulmans qu'elle renferme,
et dont le plus riche et le plus venëre est celui de Falime,
fille (le t'iman Riza, Lu population est de lo à i5,ooo Urnes.
Les environs abondent en froment et coton, mais les eaux
sont sauiuâtres (■).
« Theliran ou Téhéran, depuis (ju'elle est devenue la
résidence ordinaire des souverains, acquiert une impor-
tance considérable. Elle n'est pas nouvellement bâtie, quoi
qu'en dise Olivier; elle était déjà, sous Abbas-le-Grand ,
une ville importante, et les derniers sophJs y résidèrent
souvent (■-*). Elle contient i3o,oao habitans en hiver, et
seulement ^0,000 en été, parce que la plupart vont dans
cette saison s'établir sous des tentes dans la plaine de
Sultaniéh, où le Cliab se fixe aussi dans une tente niagni-
lïque pour passer la revue des troupes. Les maisons sont
en terre, comme dans toute ta Perse, et les murs ceignent
un très-fp'and espace qui n'est pas encore rempli. La ville est
carrée, et dans le inilieu est une autre enceinte pareillement
carrée, entourée de murailles, qui renfeimc le palais du roi;
ce palais est très-vaste, et de la plus grande richesse. ■■
Les fortifications de Téhéran ont paru très- médiocres à
M. Jaubert; on y entre par quatre portes ornées de figures
de tigres et d'autres animaux. L'habitation et tes jardins
du Chah, situés dans la partie septentrionale de la ville, en
occupent plus d'un quart. Ce palais est de forme carrée; mats
de même que ceux <les grands, l'intérieur en est plus re-
marquable que l'extérieur. Après avoir, sur un pont-levis,
traversé Iw large fossé qui l'entoure, on entre dans une
cour spacieuse dans laquelle s'élève un mât, au haut duquel
on expose la tète des personnages de distinction que l'on
met à mort. Une porte construite en briques peintes con-
(') Hamdoulta , géographe persan, cilû par M. Laiiglis dans son
edilion éc Chardin , II, 45g. — (>J Laiiglh , Woliçe sur Thehran, Ham
CAnniH, VIH, 166. Ptelro délia t'aOe , III , p. 435 , Mil. in-.i,
L 1
A8i« : La Perse. 353
<luit par une galerie obscure à unesaUe-d's^tenteid^ii ron se
dirige par une longue avenue vers la salie du trdne élevée
sur une terrasse soutenue latéralentent par immiur de^À lo
pieds de hauteur^ et ouverte coname le devant de nos théâ-
tres. Les murs de cette salle sont ornés d*arabesi{ues et d*in»
scriptions en or sur um fond blanc; deux hautes colonnes
torses eu marbre vert soutiennent le feîte de Tédifiee. Le jour
pénètre à i extrémité opposée à l'eutiée , au travers de vitraux
de couleur formant des dessins d une élégance et d une déli*
catesse remarquables; tout le parquet est couvert d'un tepis
de Kachemire qui, par la finesse du tissu et l'éclat des fleurs
dont il est orné , l'emporte sur les plus beaux châles de cette
célèbre vallée. Le trône est. porté sur pliiéieiirs coloffnes en
marbre^ hautes de 7 a 8 pieds ; quatre autres colennes revé^
tues de plaques d'or et d'émail y placées ati-dessiis des pre-
mières, soutiennent un dais; des millier^ dediamansj «de ru-
bis, de saphirs et d'émeraudes, étincelient de toutes parts(f K
Cette profusion de pi^teries n'est rien en compairaison
de celle que l'on admire dans le costume du roi aux jouis
de grandes cérémonies. Voici la description qu'en donne
M. A. Jaubert, en retraçant sa réception porF^hrAly^jtiàh^
« Un soleil, figuré par un graad nombre degrés diamansv
«brillait derrière le Chah,' qui était as^s'^e dos ap{ràyé
« sur un coussin de satin blahc brodé en perles,' vêtu d'une
«robe de même étoffe sur laquelle retombait la longue
« barbe de ce prince. Des paremetis formés par un tissu dé
« perles bordé de rubis et semé de roses^u de pierres de
<c coulem*, remontait presque jusqu'aux coudes. Les épau-
nlettes et la moitié du oorps de la robe étaient couverts
« d'un tissu du même genre. Deiij: grands bracelets de forme
<( ronde, travaillés en pierres précieuses, ornaient la partie
« supérieure dé chaque bras* Le diamant auquel les Persans
(0 M. J. Jaubert : Voyage en Arménie et en Perse.
Vl\l. »J
r
354 LIVRE CRNT VINGT-HlîITUblK.
• donnant le nom de ftoithi-noitr [montagne de lumière),
• était enchâsse au milieu de l'uii des bracelets; et celui
n qu'ils appellent deiyaï-nour (océan de lainière) enricliîssait
■ l'autre Au lieu de turban, le Chah portait une espèce
« de tiare, dont un tissu de pertes, sente de rubis et d'ënie-
■ raudes, formait le rebotd. Une aigrette en pierreries était
■ placée sur le devant de celte coiffure et surmontée de
In trois plumes de héron. Un collier composé de perles,
■ grosses comme des noisettes, les plus égales et de la plus
■ belle eau qu'il soit possible de voir, croisait par-devant
» sur le corps, et en faisait deux fois le tour. Un poignard
n enrichi de pierreries était passé dans un ceinturon orné
• de belles émeraudes, auquel était suspendu un sabre eii-
" tiêrement couvert de perles et de rubis. •
Au sud-est de Téhéran on trouve les vastes ruines de
Rei, qui est l'ancienne Rhagœ , Rkagès ou Rlutgianœ ,
connue pendant un court espace de temps sous le nom
lyArsacia {>}, à 2000 stades à l'est d'Euhatana ou Hama-
dan, et à 5oo des Passes ou Portes Caspiennes. C'est à
Rhagès que se passa l'histoire de Tobie, racontée dans la
Bible, et que naquirent le calife Haroun-al-Rascbyd et le
médecin Al-Rbazès. Cette ville fut détruite par les Tatares
sous le règne de Djenghiz-Khan. Au VHP siècle elle passait
pour une des plus grandes de l'Asie; on y voit d'immenses
débris, trois tours énormes, une belle mosquée et le tom-
beau d'un saint inabométan.
En se dirigeant de Téhéran vers le nord-ouest, on arrive
aux villes deCaïJiin,Sultaniébet Zingban. C'azèm, que l'on
écrit aussi Kasbïn et Kazuïii, est, comme Téhéran, de forme
carrée, mais plus grande et beaucoup moins peuplée : on
ne porte le nombre de ses babitans qu'à 4o ou !ïo,ooo.
Elle était plus considérable lorsqu'elle servait de résidence
iy> Mamiert , GAigrapb. dc!< Orces et des Rointins , V, pari. I, t7ïs^.
L I
ASIE ; La Perse. 355
royale; mais après avoir été presque-^dépeuplée, et avoir
vu la plupart de ses édifices tomber en ruines, elle s'est peu
à peu relevée par le commerce. Suivant Beauchamp, qui
en a déterminé la longitude, elle ne contenait, en 1787,
que 10 à ia,ooo âmes. On yvoit encore l'ancien palais des
rois, mais il est en mauvais état. Ses bazars sont inmtenses.
Elle est célèbre par sa manufacture de sabres. Perrière dît
qu'on y travaille une grande quantité de cuivre qu'on tire
des montagnes voisines, -et dont on fait toute sorte devais-
selle bien mieux ti-availlée qu'en Turquie. Des caravanes
y abondent continuellement, soit du Khorassan, soit de
r Azerbaïdjan , et en font un entrepôt important. Cette
ville est située au milieu d'une vaste plaine, bien cultivée
autour de son enceinte, et comme dans le reste de la Perse ,
inculte entre les villes et les bourgs. Elle a donné nais-
sance à plusieurs personnages célèbres; une montagne,
qui ne permet pas au vent du nord de rafraîchir l'air, est
cause qu'en été la chaleur y est insupportable. Une pous-
sière suffocante y remplit l'atmosphère à un tei point,
que les hommes qu'on y rencontre en ont lu barbe et les vê-
temens couverts. Tout cela n'empêche pas qu'on ne donne
à cette ville le surnom de Djemâl-Ahad ( lieu de beauté ).
Stthaniéh ne se compose que d'une quarantaine de mai-
sons dispersées au milieu de ruines qui surprennent, non
par une haute antiquité, mais par l'étendue immense du
terrain qu'elles occupent. - Sans retracer, dit M. Jauberl,
■ des souvenirs classiques, comme celles de Thèbes et de
1 Denderah , elles offrent matière à beaucoup de reflexions.
■ Pourquoi cette ville, naguère si florissante et si peuplée,
« a-t-elle été presque entièrement détruite, sans qu'une
« autre ait hérité de ses dépouilles? Pourquoi l'herbe couvre-
« t-elle le seuil de ses palais, les cours de ses mosquées.
■ l'enceinte de ses bazars? Les habitans de ces ruines me
• l'ont appris. Tous leurs maus proviennent de l'incurie
I
r
356 LIVRK CENT VINGT-nUlTlÈMR.
• (lu goiiverrement , et sont les tristes fruits des discordes
■■ civiles (')• ■ Sultiiniéh fut, dans fe W" siècle, le brillant
foyer du commerce de l'Europe avec rin<le (a).
Les environs de cette ville ocrent des prairies naturelles
dépourvues d'arbres et arrosées par un grand nombre de
canaux d'irrigation, alimentes par un ruisseau (jui donne
naissance au Zenghian-Roud, rivière qui prend sa source
près de Sultaniéli et qui va se perdre dans le KyzU-
Eusen. La plaiue est dominée par un palais, dans lequel
le roi vient se fixer chaque année à l'époque où il doit
passer son armée en revue. Cette plaine, de forme ovale,
a S ou g lieues de longueur de lest à l'ouest; la verdure
qui la couvre forme un singulier contraste avec les collines
pelées et stériles qui l'entourent, et d'où découlent les
sources qui la fertilisent. Le palais, ou plutôt la tente du
roi, est placé vers le centre; te pavillon principal, servant
de salle d'audience, est soutenu pav neuf mâts <le 25 à 3o
pieds de hauteur, surmontés de boules en cuivre doré; les
muniilles sont en étoffes de soie brodées en or, et le sot
est couvert de riclies tapis. A peu de distance se trouvent
les tentes du harem: ce sont les parties les plus magni-
fiques de cette habitation portative.
Zinghan ou Zengliian est à deux journées de marche
de Sultaniéh; c'est une ville assez bien bâtie, etjtourée d'une
muraille flanquée de tours, avec un beau bazar, un palais
élégant et une population de i5,ooo âmes.
• Hamadati est, par .sa situation, une des plus agréables
villes de la Perse : elle est mal bâtie; mais ses maisons,
entrecoupées de jardins arrosés par les sources nombreuses
qui sortent des collines, forment un ensemble très-agréa-
ble. Elle possède le tombeau d'A-vicenne P) , et ceux des
poètes persans Attar et Ahoid-Hasif. •
COM. À. Janbeit: Voj.igc eu Arménie ït en Perse, p. ii]8. — {''') Ruy
GoiaaUs Ctuvijo. Vojcï notre vol. !". p. 58i- — O Vojagp ilc riniie ù
la Mekke , pnr 4l>diittl-Krrim , traduit par Laaglii , p, tfy.
L i
ASIE: La^ Perse. ' SSy
Les voyageais ne sont pas d'accord snx la population
de cette ville : parmi les plus récens , les nos, comme
M. Alexander^ lui donnent :i5,ooo habkans| les autres,
comme M. Ker-Porter, 45 ^ 5o,ooo. Ses principaux édifices
consistent en plusieurs beUes moâquées. Elle dc^t soa état
florissant à son industrie, et surtout à ses tanneries ^t à
ses fabriques de tapis» Çle vastes ruines, que Ion remar^ie-
hors de son enceinte à moitié écroulée, sont reconnues
aujourd'hui pour celles d'EebcLtane, cette superbe capitale
de la Médie dont les anciens, et prindpalement Hérodote-
et Polybe, nous ont laissé de si brillantes descrip|;ion8. Les^
deux voyageurs niodernes qiie nous venoBS de citer , plus
haut y ont reconnu l'emplacement du magnifique palais des
anciens rois de Perse*
« En passant le mont Elvend^ qui est au sud « ouest
d'Hamadan , près la florissante ville de Kirnianchah , on ad-
mire dans le mont BisoiUoun un monument singulier qui
porte le nom de lyvne de Roustèm ( Tahk-ti-Bjyustem ). Il
consiste en deux salles taillées dans le roc vif, en. forme
de portique, dont lune est à pea près double de Tautre ; la
plus grande peut avoir, sur chaque dimension, aS. à 3o
pieds; elle contient une statue équestne col(>8iBale. Il y a
encore plusieurs autres statues, bàs-reliefs, inscriptions (O**»
Ces inscriptions sont cunéiformes, ou plutôt ressemblent
aux caractères hébreux; le principal bas-relief représente,
suivant un voyageur récent (s), un roi fie^bant amener de-
vant lui plusieurs captifs qui foulent aux pieds uncprînce
qui parait être leur chef. Une autre face du monrBfôoûtoun
est couveite de monumens dune époque moins anc4ennè r
ils pai:aissent être du temps des Sassanides; le principal
est placé dans deux grandes excavations taiHées dans le roc ::
(•) Mémoires sur diverses antiquités de la Perse, par M. Sils^estru de
Sacy, in-4". i79^»>P- 211. — (») K er- Porter :Voyogc en Perse et o».
Arménie. ^
358 IIVKK CKMT VlNGT-HUITlKMt;.
l'un des sujets représente des chasses aux cerfs et aux san-
gliers; sur un autre on voit deux hommes portant chacun
la main sur un diadème ou sur un anneau, et derrière les-
quels on remarque un personnage tenant une épée élevée
et ayant une auréole autour de la tète. C'est probablement
Ormuzd , divinité des mages, qui préside au sacre d'un roi.
Ces sculptures paraissent se rapporter au temps de Khos-
roès Parviz,
Kirmanchahou Kcrnmn-ckahân { la résidence des rois),
chef-lieu du Koni'distan persan , est entouré d'un mur
très épais, en briques, flanqué de tours rondes, et précédé
d'un fossé profond. Dans sa citadelle réside le gouverneiu"
de la province, qui est toujours un membre de la famille
royale. Les rues sont étroites, tortueuses, mal pavées et
sales, les maisons basses et bâties en torchis comme dans
le reste de la Perse. WaU cette ville est commerçante,
industrieuse et riche, et sa population est évaluée à 4o,ooo
âmes par M. Buckingham qui l'a visitée dans ces dernières
années.
« Au nord de Kirmanchah, et à l'occident d'Hamadan
et de Sultaniéh, s'élève une contrée montagneuse, oîi ja-
mais les ardeurs de l'été ne fanent les gazons ni le feuil-
lage; contrée où habite le libre Kourde, toujours prêt à
emmener sa tente et son troupeau pour se soustraire à la
tyrannie. Ce pays se nomme \j4l-Djebal ou le Kourdistan
persan proprement dit. Il n'y passe aucime route fréquen-
tée. Les neiges restent sur les montagnes au mois d'aoîit (t).
Des bois agréables, des vergers, des champs cultivés,
des pâturages toujours verdoyans occupent de profondes
vallées. Les villages sont pour la plupart bâtis sur les som-
mets des montagnes; on y place aussi les cimetières. La
leligion sunnite y domine. Sennejr ou Sennek, ville princi-
(0 llinérairc inaDu«:rï( ilu gëjiciiil Fabvi
1
ASi R : JLa Perse. 3S^
pale des Kourdes, renferme 3ooa maiaotis; ette est en-
vironnée de belles cultures. Tout le pays peut fournir
îio,ooo cavaliers. Il y a des tribus entièrement indépenf
dantes, telles que les MektiS, dont la capitale se nommé
Soouk'Boulak. ( Fontaine-Froide ).i»
C est ce pays qui a fait donner le nom de Kottrdtstan t
toute la province dont Kirmanchah est le chef*lieu. Sui-
vant un des compagnons de l'ambassadeur anglais ^ sir
John Malcolm, la civilisation n*a pas fait assex de progrès
dans le Kourdistan pour que la population «e réunisse
dans des villes et dans des villages : elle est disséminée dans
des cabanes éparses çà et là et dans de petits campSé Les
habitans de Senneh sont les moins barbares de tous ceox^
de la province; cette ville est le chef «lieu du district de
Dlnaçer ou d^Ardelan; le valiy ou vice-roi des Kouitles,
déploie un grand luxe à sa cour* Une preuve de tolérance
remarquable de la part de ce peuple, c'est l'existence à Sen-
neh d'une population de chrétiens nestoriens qui y pos-^
sèdent une petite église. Le gouvernement persan laisse
les Kourdes s'administrer par eux-mêmes. En général
ceux-ci préfèrent la vie nomade à hi vie sédentaire. Ler
Kourdistan manque de bois conmoe la phipait des pro-^
vinces de la Perse; il formait chez les anciens une partie
de la Médie.
« Nous connaissons mieux ÏAsserboidjany qui est XAder-^
baïdjan du Zend-Avesta, et ÏAthjpatèné des anciens; ces
noms signifient Pays du fou (i) , soit que le culte da feu y ait
pris naissance, soit qu'on ait voulu faire alluÀon aux vidiensr
treniblemens de terre auxquels cette contréei est suj^^tte ;
soit enfin parce qu'elle comprenait jadis le district de Ba-
kou. C'est un pays montueux, ftpre et froid, mais pai;semé
de vallées très-fertiles en grains, en fruits et en garance. *
(') Siraboiif lib. XI, cap. xviii.
L
36o LIVltE CEST VlMCT-airriÈME.
Il j a peu de déserts, et ceux qu'on y reniaïque soBt
d'une faible étendue. Le sol est en général eomposc d'une
sorte d'argile, et couvert de plusieurs espèces de plantes
du genre loude; cette argile est salée et les sources qui y
coulent contractent bientôt un goût sauniâtre qui empêche
qu'on puisse se servir de leurs eaux.
■ On voit Tebrizou Tauris, ville constdérabie. I^s bazars
ou marchés et les autres édifices publics sont vastes et spa-
cieux; et l'oD dit, avec quelque exagération, que la grande
place (Meùlan) a contenu jusqu'à 3o,onu hommes i-angés en
bataille. Tauris a été la résidence des monarques de la Perse
pendant plusieurs siècles. Elle fait encore un grand com-
merce en soie. L'abord continuel des Turcs, des Géorgiens et
desKourdes, lui donne l'apparence d'une ville bien peuplée.
On y prépare une grande quantité de peaux de chagrin ,
dont les Persans se servent pour leurs souliers. Cette ville
est remarquable par ses belles mosquées couvertes <le
briques vernissées, et ou l'on a prodigué l'albâtre, com-
mun dans les environs. •
Ce qu'elle offre de plus remarquable est le Ka'ùteiiê/i ,
regardé par les voyageurs comme le plus beau bazar de
ta Perse, et surtout la citadelle d'Aly-Chah {^Ark-Aly-
Chah } dans laquelle Abbas - Mirza a établi un arsenal
organisé à l'européenne et qui passe pour le plus bel éta-
blissement militaire de la Perse. Les hautes murailles de
Tauris sont garnies de tours que ce prince a essayé de
transformer en bastions. Cette ville est la seconde de la
Perse, bien qu'on ne soit pas d'accord sur sa population
que les uns partent à 5o,ooo, et d'autres à 80,000, et même
IV 100,000 àiues. Lorsque Chardin la visita elle en contenait
selon lui .'ÎSoiOooj mais elle est tellement exposée auxtrem-
blemens de terre que la plupart des édifices que ce voyageur
y remarqua n'existent plus, que le Meïdaii est encore couvert
de ruines et que les environs de la ville ont été bouleversés.
AsiK : La Perse^ 36»
La partie sud-ouest de TAzerbaïdjan , qui , outre Tauris,
renferme la ville de Maragha^ est prescfue entièrement
comprise dans le bassin du lac d! Oiumiak. Les bords de ce
lac sont garnis de carrières de marbre. A une lieue de Ja
côte occidentale s élève entre des montagnes escarpées la
ville qui donne son nom au lac et ^i passe pour être, la
patrie de Zoruastre» L'hiver y règne pendant 9 mois. Our-
miah ^ ou bien Ouroumieh , signifie "ville romaine , parce
qu'après la destruction d'Antiodie elle fut peuplée avec les
babitans captifs de celle-ci. Maragba, cité de 12,000 àmes^
est grande et passe pour une des principales pJacesfortes de
la Perse.. On y remarque de vastes souterrains taillés dans^ le
roc et les restes d'un superbe observatoirCé Selmas^ entourée
de jardins délicieux, et renfermant i5,ooo individus, en
partie nestoriens , possède des sources d'eaux sulfureuses.
M. Ker-Porter a découvert dans son voisinage des bas-reliefs
du temps desSassanides, analogues à ceux de Kirmancbarh.
« La ville de KheA^ qui n'est pas fort ancienne, dit M. Jaju-
bert, a des fortifications régulières. On n'y voit pas un
grand nombre de mosquées ni dé maisons considérables;
mais les rues sont ombragées d arbres, et l'on y trouve
un assez beau caravansérail spécialement réservé pour les
marchands. On peut évaluer à 20,000 âmes la population
de cette ville, dont. les habitaus se disent aussi d'origine
tatare, et qui a valu à la contrée le surnom de Turkestan
persan* Les troubles qiû ensanglantèrent k règne d'Aga-
Mehemed-Kliau furent .nuisibles à Khoï, en forçant .un
grand nombre de familles à s'expatrier.» A 11 lieues, à
l'ouest le Tèlkh'Tçhaï ou le fleuife am^ry, ^Qn% Jes'eaux
sont sauraàtres, va se jeter dans le laCj.on reiiïarque sur
cette rivière un pont solidement construit ^ dont les arches
posent sur des piles en granité noir ornées d'ancienhes
sculptures. A 12 lieues au nord-ouest de Tauris, Marend^
l'antique Movunda^ peuplée de 8 à 10,000 àmes^ est
H moins une ville
H les maisons sont
IK CENT VIXCT-milTIH
L
moins une ville qu'iioe réunion de plusieurs villages liunt
les maisons sont sépai'ées par de grands vergers. La partie
nnrd-ouest de l'Azerbaïdjan est formée par le bassin du
Karasou, rivière qui s'écoule dans l'Araxe. On y trouve la
ville A'Ardebil, bonne place de commerce plutôt que place
de" guerre ; ses fortifications sont tout au plus médiocres.
Elle est en vénération chez les Persans, parce qu'elle ren-
ferme les tombeaux Je Seii, clief de la dynastie des SopJiis,
et ceux (le plusieurs princes de celte race. Avant la dernière
guerre contre les Russes elle possédait la plus riche collec-
tion de manuscrits de l'Orient qui font aujourd'hui l'une
des principales richesses de la bibliothèque impériale de
Saint-Pétersbourg. Dans les environs on cueille d'excellens
fruits; de nombreux canaux d'irrigation font prospérer
l'agriculture.
• Nous avons décrit, dans la région caucasienne W , les
provinces de Chîrvan, de Daghestan et de Géorgie, ainsi
que l'Arménie, qui long-temps ont appartenu à la Perse,
mais qui aujourd'hui se trouvent sous la domination russe.
Nous passons à la partie de la Perse qui borde la mer Cas-
pienne.
- A l'est de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan , au sud du
Chirvan, s'étend la fertile, riante, mais malsaine province
de Ghilan. I^s nombreuses rizières et les montagnes boi-
sées y rendent l'air épais. Un voyageur assure qu'en tra-
versant les forêts qui la remplissent, il ressentit subitement
des maux de tête et un malaise qu'il ne pouvait attribuer
qu'aux fortes exhalaisons des plantes, des arbres et des
eaux stagnantes W. L'extrême humidité de l'air introduit
la rouille même dans l'intérieur des montres que l'on garde
avec le plus de soin. Les habitans observent que les femmes,
Li^re rXXJl, p. W. .)1 .iiiv. -
I
ASIE : La Perse. 363-
les mulets et la volaille jouissent d*une bonne santé. Juin y.
juillet et août sont les mois les plus malsains de l'année* Les
chaleurs élèvent sur les rizières et les marécages des va-
peurs qui occasionent des (lèvres presque générales. Il pleut
ordinairement, et avec force, en octobre, en novembre
et en décembre. En 174I9 II tomba une si prodigieujie
quantité de neige dans le Gbilan, que pendant plusieurs
jours les habitans ne purent communiquer entre ^ux que
par le toit de leurs maisons , qui ne sont pas très-hautes.
 Recht, des. maisons sont renversées et une partie de la
ville inondée en moins de deux heures par de violens ora-
ges. Le printemps dure plusieurs mois : c'est la saison la
plus saine dé Tannée. Les prés et les bois restent toujours
éroaillés de fleurs. Le sol y est extrêmement fertile, et pro-
duit du chanvre, du houblon, et presque toutes sortes de
fruits sans culture. Les oranges, les limons, les pêches et
les grenades y abondent. Ici, comme aux bords du Missis^
sipi, les lianes étouffent les chênes, les ormes, les frênes,,
sous le luxe brillant, mais funeste, de leur végétation pa-^
rasite. Les ceps de vigne s'attachent aussi aux arbres, et
croissent naturellement sur les montagnes; mais, faute de
culture, le raisin n'est pas bon pour faire du vin, à moins
qu'on ne le mêle avec d'autres. La principale production
est la soie (i)«
« Les Ghilaniennes ont les yeux bleus,- les cheveux blonds,
la figure petite, et les traits délicats, ainsi que la taille. Leurs
enfans sont très-beaux dans leur bas âge, mais les mâles
changent en grandissant. Les hommes sont maigres, sales ^
et d'un caractère léger. La langue qu'ils parlent leur es(
particulière, et n'a aucun rapport ni avec i'ai'abe ni avec le
persan.» ^
(0 Gmelin, Voyages en Russie, clc. , III , p. 44^ (en ail.). Jlanyvay ^
Travels in Persia, etc. , part. Ih, chap. xl et xn. Forster, Voyage du.
Bengale , etc. , trad. de Langlès ^ II, 3ao.
\
LIVRE CEMT VfNGT-lIUlTlIiMr:.
■ Les {^ilaniens, dit M. le général Trézel, sont Jans
- l'usage de marcher toujours armés de carabines, ou au
« moins d'un épieu et d'un couteau suspendu à la ceinture ,
■ à la manière des Géorgiens. Un grand ne sort pas de ses
• domaines sans être accompagné d'un l>on nombre de fusi-
- liers qui chassent ie sanglier chemin t'arsanC. Its tii-ent
" juste et sont fort lestes. J'ai vu souvent ces hommes à pied
- venir au-devani de nous à plusieurs treoes, et nous pre-
* céder constamment nu retour, quoique nous allassions
•■ quelquefois au grand trot. Ils sautent, en criant, dans
■> des ruisseaux où ils ont de l'eau jusqu'à fa ceinture; leurs
» chefs les animent encore en doublant le pas, et en leur
■ adressant quelques mots (l'encouragement ['), »
La supeiilcie du Ghilan est d'environ 600 lieues carrées ;
sa pt^ulatlon de 5o,ooo familles d'environ cinq individus,
et ses impùts sont évalués à a millions de francs, dont les
quatre cinquièmes seuls entrent dans le trésor royal.
Parmi les villes, on remarquera Recht , capitale de la
province, située à deux lieues de la mer, dans le canton
qui produit la meilleure soie. Cette ville peut avoir 3ooo
maisons , dont les trois quarts sont éparses au milieu des
arbres. Elle est dépourvue de tout ouvrage de défense, et
même de clôture. Les maisons sont construites en briques
cuites, et terminées par des toits peu inclinés et couverts
en tuiles rondes. On y compte 3000 métiers pour la fabri-
cation de la soie (3).
Recht renferme les restes d'un très-beau palais biiti par
un riche seigneur; mais le fils de celui-ci ayant été tué,
, ce bel édifice a été abandonné, et tombe aujoui-d'hui en
ruines. La répugnance qu'éprouvent les Persans à habiter
les maisons de ceux qui meurent de mort violente explique
(0 M. J. A«icrï, Vin^ei.- en Ariiimiiu r( en P.Tst : ^<'li.■^■ sur k-
kCUilitncl leMa«n.lt:rjn. — (■> Ti.-M, llintraLrc .>iimi.stril. ■ |
ASIE ; La Perse. 365
poui'quoi lant de villes de la Perse sont remplies d'IialH-
tntions ruinées. On dit que Reclit paie à la couronne
3oo,ouo francs (le contributions fixes. Les Aaques d'eau et
les inorecages situés dans ses environs en rendent: l'air très-
malsain.
Le port de Reclit est au village de Zinzili ou à^EnzeU,
dans la baie de ce nom, baie de 6 lieues de longueur et de
4 de largeur, qui a l'avantage d'être abritée des coups de
nier par une langue de terre large d'une demi-lieuc. Ce
port est fréquenté par les I>âtimens russes d'Astraklian.
Entre Itecht et Ardebil liabite une partie de la tribu des
Talicbs. A 5 lieues à l'ouest de Beclit, la ville de Foitipii,
renonunée pour ses belles soies, se compose d'un millier
de maisons. Lahidjan en contient environ 1 200. Cette der-
nière s'élève au pied d'une colline boisée. Le khan qui j
fait sa résidence ne paie pas d'inipâts, maïs il tburnit ses
troupes au Chah quand ce prince est en guerre. Leiigher-
Rond, située sur la rivière de te nom , qui signifie la rivière
ilu mouillage, est le port de Lahidjan , dont elle est éloignée
de 3 à 4 lieues. Cette ville se compose de 6 à 700 inaisons
réunies, mais en compiend un plus grand nuuibre disper-
sées dans ses environs.
■ Nous avons déjà parlé de la nature calcaire et de la
grande élévation de la chaîne de montagnes qui séparent
le Ghiian ainsi que te Mazanderan du reste de la l'erse. Les
vallées enfermées dans cette chaîne, et garanties des vents
de la mer Caspienne, jouissent d'un air sec, d'une tempéra-
ture constante, et de saisons plus distinctes que le Ghiian
maritime (■}. Deux défdés tracés à travers cette chaîne, con-
duisent, l'un d'Ardebil à Astara, J'autre de Kasvïn, par
lloudbar, àRecht. Un troisième délilé, près Lengkeritn,
entre les montagnes et la mer, communique avec le Chir-
1>) Gmelùi, IV, 196. Cdmp. I
ique avec le Cliir- ^H
r
366 LIVRE CRHT VINGT-IIU ITIKME.
van. Cette partie montagneuse du Ghilan sappelle le Dylem
ou Deilnm, d'après une tribu qui a donné des souverains à
la Perse, et que Moïse de Kborène cite pour la première
fois sous le nom de DdmiW. Le nom de Ghilaniens ou
Ghelaky, et mieux Ghilek, est le même que celui des anciens
Ge/œ. Les AmbarUns, cest-à-dire les gens de la valle'e, ha-
bitent un district gouverné par un khan particulier.
" Le Mazanderan , situé à l'est du GWilan, y ressemble
beaucoup. De hautes montagnes au sud , la nier Caspienne
au nord , enferment des vallées couvertes de forêts, et en-
trecoupées de courans très-rapides. L'air y est, du moins
en quelques endroits, plus pur que dans le Ghilan W; les
habitans sont plus forts , el jouissent d'une meilleure sauté.
On (lit qu'ils ont les sourcils joints et beaucoup de cheveux.
Us se nourrissent de riz, de poisson et d'ail. Le froment
réussît peu dans ce pays; mais on y cultive ia cn/ine ô JHcre,
chose étonnante pour cette latitude de 87 degrés, et si
près du centre de l'Asie, Elle mûrit quatre mois plus tût que
la canne des Indes occidentales; elle donne beaucoup de
suc, que les habitans expriment et recueillent sans art, sans
soin : ils n'en tirent qu'un sirop grossier ou une pâte épaisse.
Le mauvais goût de ces produits pourrait sans doute dis-
paraître par des apprêts plus soignés. Un Russe a tenté, mais
«ans succès, d'établir ici une raffinerie de sucre (3), »
Les habitans du Mazanderan ont le teint plus basané
^jue celui des Persans méridionaux; leur langage est aussi
plus informe et plus dur. Au lieu des bonnets cylindriques
et des petites calottes dont se coiffent les Ghilaniens, ils
portent un cône bas et pointu fait en peau d'agneau , ou en
drap de laine bmne que l'on fabrique dans le pays.
La principale ville est Baffrouck, ou Balfitrouch, qui
(■) lfahl,k%ien , ! , p. ^o, noie. — W Gmelin. ill. 4^7-17(1. /fau^vaj-.
TrayclE, pnrt. 11, cbap. xm. Pieti-o dcUa l'aile. Il , joS jf/7,
!.'>) 3'rêxel, llin^airc n
L i
ASIE : La Perse. 367
contient au moins 80,000 habitans, surtout pendant Hiiver,
parce que tout le peuple des montagnes y descend avec ses
récoltes avant que la neige en encombre les chemins. Elle
possède d'immenses bazars et plusieurs collèges, qui ont
été fondés par de riches seigneurs. C'est, dit le voyageur
Fraser, un spectacle curieux en Perse, qu'une ville exclu-
sivement livrée au commerce , entièrement peuplée de mar-
chands et d artisans, jouissant d'une aisance et d un bonheur
sans exemple dans les autres parties de la Perse. Le gou-
verneur lui-même est un négociant (i). Elle fleurit par le
commerce de la soie. On travaille le fer de la province à
Amoly appelé aussi Amoul, où il y a un magnifique pont ,
et où les maisons sont épaisses au milieu des arbres sur
une grande étendue de terrain. Le nombre de ses habitans
est d'environ 3o,ooo. C'est dans ses environs que sont
situées les principales mines du Mazanderan. Sari est la
résidence des khans. C'est une ville de 3o,ooo âmes , dé-
fendue par des fossés et de mauvaises fortifications. Elle
est la résidence du troisième fils du roi régnant : le palais
qu'occupe ce prince est petit ^ mais commode.
« Dans l'agréable et pittoresque canton XAster-Abady
qui s'est quelquefois maintenu indépendant des souverains
de la Perse , on trouve la ville du même nom , qui renferme
40,000 habitans. Elle a des manufactures d'étoffes de soie
et de laine. Le voisinage fournit une racine précieuse pour
teindre en rouge les belles étoffes de Perse. Le port de
Mechehedi'Ser^ qui n'est qu'un village situé à 4 lieues de
Balfrouch , exporte du coton , de l'indigo et des drogueries
de l'Inde. Aschrafj où Chah-Âbbas voulait établir sa rési-
dence et sa marine, a vu ses palais tomber en ruines avant
d'être habités. Le Mazanderan compte, dit-on, i5o,ooo
familles sédentaires; ce qui donnerait une^ population de
(0 Fraser: Voyage aux côtes do la mer Caspienne.
3G8 LIVIIE CENT VINGT-tlUlTIKMl:.
ti à 700,000 ilines , et un gi-and nombre de tribus nomaJet
de Kadjar, de Khodjavend et de Modanlou.
« La paiïie montagneuse Ju Mazanderan occidental tou-
che à la fffovince appelée Tabnriiftan , soit du nom des
anciens Tapyri, soit d'un mot avabe et chaldeen , signifiant
montagne boisée. C'est ici qu'un long défile, la principale des
portes Cnspiatnes, conduit de R«ï à Amoul. Un autre défilé
mène du Mazanderun oriental, par le district de Komis,
dans leKborassan. Les chemins, dans le Mazanderan,sont
très-mauvais: point de navigation; les bateaux, ouverts et
mal gréés, ne peuvent affronter les flots ni les tempêtes.
Les maisons, bâties en briques ou en mortier, ont le toit
plat (1). Quand un voyageur d< distinction entre dans un vil-
lage, leshabitans assembles érigent unarbi'een son honneur,
et lui doanent le spertacle d'une lutte. Les Ghijaniens, ainsi
que nous l'avons dit, portent le Lionnet coniijuei celui des
Mazanderanicns, entouré de fourrures, s'allonge en pointe
secourbée. La jatjuettc ouverte et le pantalon leur donnent
un air plus européen <pie les autres Persans (a), >
Fcrh-jihad passe pour fitre la capitale du Mazanderan.
C'était autrefois fa résidence de Chak-Abbas- le -Grand , qui
y mourut en 16:18. Elle est située sur le bord de la mer
Caspienne, à l'embouchure de la rivière <1« Tliedjïn. Les
ruines de son ancien palais et de ses autres édifices attestent
encore la magnificence de son fondateur et la prospérité dont
elie jouissait lorsque sa population s'élevait à environ 20,000
âmes. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un misérable village.
La province de Taharistan ou Tabéristan est bornée au
tiord par le Mazanderan, à l'ouest par le Ghilan , au sud
par rirak-Adjémi , et à l'est par le Khorassan. Sa longueur
est ile plus de 100 lieues, su largeur moyenne de 20 envi-
b
') Fanler. Il, 3i5, (raduct. de laiiff^j. — (') Vojiii la fig. 1
;s la /'ervi'u lies Elzcv. Ti'èzel, Uiiulraire raaiiuscril.
I
ASIE : La Perse. 869
ron. C'est un pays montagneux, dont la température est
douce , et dont le sol est généralement peu Fertile. Son chef-
lieu est Damavetul, ville de a à 3ooo âmes, située dans une
vallée au pied des monts Elbours. L'édifice le plus remar-
quable est une mosquée dominée par une vieille tour qui
sert de minaret. La seule autre ville que nous ayons à men-
tionner, malgré sou peu d'importance, est Damgkan oii
Damagartf jadis florissante sous le nom d'Hecntonpylos ,
aujourd'hui misérable amas de maisons en ruines, donne
encore son nom à un |)ays qui comprend la partie orientale
du Tabarîstan.
■ Deuxgrandes portions de laPersea[^ellent nos regards!
l'une inclinée vers le golfe Persique et la mer des Indes,
l'autre appuyée à la Tatarie. Parcourons d'abord la première.
• En allant d'Ispahan an sud-ouest, on traverse d'abord
les monts El-j4kvas, nommés anciennement Parachoatra,
c'est-à-dire montagnes de feu{i]; il s'ouvre ensuite une
grande plaide, oîi serpentent une infinité de rivières, et où
règne une chaleur humide : pour tout arbre on voit le pal-
mier; pour toute culture, quelques rizières. C'est l'ancieime
Susiane; mais Suse, ou la cité de^ lis (3), le séjour le plus
voluptueux de toutes les résidences des grands rois, n'est
plus qu'un monceau de ruines; la Susiane même a perdu
son nom. Celui de Khouzistan, sous lequel les géographes
la connaissent depuis d'Anvilte , aurait , selon Niebuhr ,
disparu à sun,tour, et le pays ne porterait que le nom de
Louristan. Mais de savans orientalistes prétendent que le
véritable nom général de la province est Khourestân, et
qu'elle embrasse quatre sous-divisions : i" le Ahouazistan,
qui répond au pays des anciens Uxii^ et qui jouit d'un air
tempéré; a" le Khouzistan, qui est le pays des anciens
Cossœi, peuple montagnard et redouté par ses brigandages;
(') Hadgi-Khalfak , jihou^eda , elc. — ^<*} Sui , un lia en persan.
vm »4
l\-]0 LIVRE CRiTT VIIÏGT-milTIKMr,
c'est le même que le Louristan ; 3" le Souzistan, on la Susiane
proprement dite; et 4" \'Elain, ou rÉIymaide, qui s'ëtend
vers les bouches de l'Euphrate (■)■ "
Dautres ne partagent cette province qu'en trois parties :
au centre le Kfioiizistan propre, ou l'ancienne Susiane;
au nord le Lourestan ou l'Elymaîde ; et au sud le pays
d'jihouaz ou X Ahouazistan.
' Des tribus arabes ont dévasté l'Ëlam et le Souzistan ,
contrées fertiles et malsaines. La tribu de Kiab est devenue
célèbre depuis que le cheik Soleyman , en 176^ , s'empara
de trois bâtimens de guerre anglais, et se rendit maître de
tout le golfe Persique. La ville de Chouchter ou Ckouster,
soumise à la Perse , fait un bon commerce en draps d'or et
en soie, et paraît renfermer 20,000 habitans. On y re-
marque un bel aqueduc qui fut construit par Sapiir. "
C'est dans ses environs que se trouvent quelques ruines qui
marquent l'emplacement de l'an tique et célèbre ville deSuse :
ce sont des vestiges de terrasses, des inscriptions en têtes de
clou, et un tombeau que l'on prétend être celui du pro-
phète Daniel, et qui est pour les juifs un lieu de pèlerinage.
Disfoulf où l'on voit un des plus beaux ponts de la
Perse, paraît être une ville de i5,uoo âmes. Dans ses
environs se trouvent les ruines d'une antique cité que les
Persans nomment Chouch,et que le savant M. de Hammer
croit être Éfymaïs, jadis renommée par son temple de Diane.
Goban, sur le golfe Persique, à 38 lieues de Cbouster, est la
résidence d'un cheik, de la tribu de Beni-Kiab. Havizé ou
Haviza, oùdemeure un autre cheik, renferme 2000 mai-
sons. Kourmaabad ou Khoun-emâbâd , appelé aussi Khor-
remabad, qui parait être l'antique Corbiena, est défendue
par un fort dans lequel réside le khan des Feïli
(') Ilaïa. Asleu. I, r,oo. ÀsMmam , Bibliotlici
t., III, part.
, p. {i()-43i. Micliaelis, spicileg. Gci^aph, Hebr. exicr. , II,p. 68-
ASIE : La Perse. 871
, Le Khuuzistan renferme des montajrnes peu élevées,
mais dépourvues de végétation; cependant quelques unes
de leurs olnies passent pour atteindre environ i5oo
toises de liuuteur au-dessus du niveau de la nier. Le sol
de cette province ne jouit de quelque fertilité que dans les
lieux où les irrigations sont faciles, mais elle manque de
forêts, et dans quelques parties les roseaux et les joncs
servent à la construction des tiabitations et remplacent le
bois de cliauffage. Sa population se compose de Tadjtks,
de Sahin ou clirétiens johannites, de Louivs, qui se divisent
en FeïU et en Bn/iktiaris, d'Erdilanù et d'Arabes, ainsi que
de quelques autres tribus moins importantes.
» De Chouster on peut entrer par la ville de Ragian ei les
défilés de Zindjerân, les anciennes ^orfef de In Susiane (1) ,
dans le Parsistan, ou, comme disent les Persans modernes,
le Farsistaii ou le Fars, la Persis des anciens , la plus belle
province du royaume, et qui renferme la seconde ville en
importance et en célébrité. Cliiraz, capitale du Farsistan,
est située sur le Roknubad, dans une vallée fertile d'envi-
ron 26 milles de longueur sur 12 de largeur, fermée de
tous côtés par de liantes montagnes. Le tour de la ville
est d'environ 4 milles : elle est protégée par un mur de
a5 pieds de liauteur sur 10 d'épaisseur, avec des tours
rondes de 80 pas en 80 pas. Ses rues sont étroites et mal
pavées. La citadelle est bâtie en briques; elle est précédée
d'une grande place, garnie d'un pai'c de misérable artille-
rie. La mosquée du Régent, bâtie par Kerym, est magni-
fique, mais elle n'est pas achevée. La principale est celle
à'j4labe}'C/'aA. Les Persans modernes semblent exceJW
dans l'art de peindre en bleu et en or, d'une manière
brillante et durable. Le bazar, dit du vékii, offre un ma-
gnifique assemblage de boutiques. Les bains peuvent riva-
10 Quint. Otrt. , V, 3-4. Kaixpfer, AmcEnit. cxol. , p. .165.
r
3'J-X LIVRE CENT Vr«GT-HClTrtME,
liser avec les plus beaux de l'Orient, Le tombeau de Hafiz,
i'Anacréon persan, est au nord-est, à deux milles des rem-
pni'ts. On voit aussi, hors de ses murs, celui du célèbre
Saady. ■
Cette ville, qui possède ii collèges, ce qui lui a fait
donner par les Persans le surnom de Séjour de la Science,
paraît renfermer 3o,ooo habitans.
n II n'y a pas de lieu dans l'univers où les vivres soient
plus abondans et meilleurs qu'à Chiraz. On ne peut ima-
giner une vallée plus délicieuse que celle où est située
cette ville. Les champs s'y tapissent d'immenses récoltes
de riz, de froment et dorge : on commence à les couper
dans le mois de mai, et la moisson est ordinairement ter-
minée à la mi-juillet. On y mange beaucoup de fruits,
des mêmes espèces que ceux d'Europe, mais qui sont infi-
niment plus gros, et qui ont, particulièrement les abricots
et le raisin, beaucoup plus de saveur et de pariumO).
Chiraz est sous le plus beau climat du monde, et jamais
on n'y ressent ni chaleur ni froid extrêmes. Pendant
le printemps, des Heurs de toute espèce et de toutes les
couleurs parfument un air déjà naturellement doux. Le
rossignol de jardin, que les Persans appellent bulbul-
heza)'dactan ['i) , le chardonneret et la linotte unissent,
dans cette belle saison, leurs mélodieux accens. Tant d'a-
grémens réunis à la politesse des habitans et à lexcellence
de la police, excusent les prétentions des h»bitans de
Chiraz, qui assurent que leur ville n'a pas d'égale dans
l'univers. De si charmantes scènes étaient bien capables
d'inspirer la verve d'un Hafiz, d'un Saady ou d'un Djamy.
Mais ce qui sans doute animait le plus ces poètes élégans
et tendres, c'étaient les dames de Chiraz, si célèbres par
(•) Franklin, Vojsge ilu Bengale à Schirax , dan« U Collecl
Voyages de langlia. ch. ii-xiv. —(■) Tardas babil, Gmtlin.
I
ASIE : La Perse. 3^3
leur beaulé et surtout par leurs grands yeux noirs. Hëlas!
cette ville joyeuse et pacifique iia pu échapper au démon
des révolutions poliiiques. Prise d'assaut plus d'une fois,
elle a été livrée aux ilammes et au pillage. Souvent aussi
les treiubleniens de terre y ont exercé leurs ravages ; en
1834 elle en ressentit un qui renversa ses principaux édi-
fices, et fit périr 2000 habitans.
« On ne peut faire un pas en Perse sans rencontrer quel-
que monument de la cruauté des conquérans et des vicis-
situdes humaines. A la lieues au nord-est de Chiraz, et
à 3 ou 4 lieues à Test du bourg de Main, célèbre par ses
grenades, se trouvent les ruines fameuses A'Istakhnr ou
Persépolis, ancienne capitale de la Perse, détruite non pas
par Alexandre, comme dit Quinte-Curce, mais, au Vil"
siècle, par les Arabes, ainsi que l'a prouvé M. Langlès dans
un savant et curieux Mémoire ('). Ces ruines occupent une
étendue de plus de S lieues, au nord-ouest, au nord, au
nord-est de Chirnz; sur leur emplacement s'étendent des
champs fertiles et s'élèvent plusieurs villages, entre autres
Mourghab et MeMacM. Les principales sont situées sur une
émincnce en forme d'amphithéâtre d'où l'on jouit de la vue
d'une plaine immense. Les restes de l'ancien palais occupent
une plate-forme taillée dans le roc, dont les quatre côtés ré-
pondent aux quatre points cardinaux. La montagne est un
ensemble de plusieurs terrasses, les unes au-dessus des au-
tres, où l'on monte par un escalier de marbre bleu de 5oo-
marches, sur lequel dix cavaliers pourraient passer de front.
Au haut de chaque terrasse se trouvent des restes de por-
tiques et des chambres spacieuses. Les premiers objets qui
frappent la vue en y entrant sont deux portiques de pierre,
qui peuvent avoir chacun 5o pieds de haut. Deux sphinx
(■) Miimoiro sur Perw^polis , .l\ipi
Collection des Vojages de H. Langlii ,
374 LIVBK CEKT VINGT-HUiTltaiï.
debout, et d'une énorme grosseur, en ornent les côtés, dont
la partie supérieure est couverte d'inscriptions grecques,
arabes, koufiques, persanes, et en caractères à tètes de
clou. Non loin des portiques, on monte par un escalier
assez doux à la grande salle des colonnades. Les deux
côtés de cet escalier sont cbargés d'une foule de figures en
bas-reliefs, dont plusieurs, placées d'espace en espace,
tiennent des vases à la main. Des chars de triomphe à la
romaine, des chameaux, des chevaux, des bœufs et des
moutons, font partie de celte sorte de cortège. Au bas de
l'escalier on remarque un lion saisissant un taureau. Quant
aux colonnes qui formaient la salle dont nous venons de
parler, il en reste encore quinze entières et debout. Elles
ont de 70 à 80 pieds de hauteur, et on peut les regarder
comme des chefs-d'œuvre de construction. »
Vers le fond, contre le rocher auquel le gigantesque
palais était adossé, on remarque deux tombeaux taillés dans
le roc et dont on n'a point encore pu découvrir l'entrée.
Les escaliers, les portiques, toutes les parties de l'édifice
3ont en marbre, et les pierres, bien qu'aucun ciment ne les
retienne, sont si bien liées ensemble, qu'il faut beaucoup
d'attention pour en distinguer les jointures. Quelques uns
des bas-reliefs qui ornent le palais représentent ici un
prince recevant les grands de sa cour, là des cérémonies
religieuses. Dans quelques uns ce sont des combats d'ani-
maux la plupart fabuleux. Ailleurs c'est un personnage
de haute stature , couvert de longs vètemens , la tiare sur
la tète et le" sceptre à la main ; derrière lui sont des figures
de moindre dimension sans coiffure : l'une portant un pa-
rasol qu'elle étend au-dessus de la tête du principal per-
sonnage , l'autre tenant un chasse -mouches.
« Ne pouvant décrire en détail ces magnifiques restes ,
nous nous bornerons à faire observer que tout le palais a
4200 pieds de France de circonférence; la façade a 600
ASiF : La Perse. 3^5
nos du nord nu sud, et 390 de l'est â l'ouest. H est connu
lans l'Orient sous le nom de Tchihil-minar, c'est-à-dire les
■quarante colonnes, et sous celui de Takht'Djemchyd , ou
trûne de Djemcliyd ('). »
D'après les recherches de plusieurs savans recomman-
dnbles, tels que MM. Sitvestre de Sacy, Grolefend, de
Hammer et Saint-Martin, qui ont étudié les inscriptions
de ce palais, tout porte à croire que c'est celui qui fut
briMé p.ir Alejtandre lorsque égaré par les fumées du vin
il TTOulut signaler à jamais la chute de l'empire de Cyrus.
Saint-Martin rapporte à la langue zende tes inscriptions
en têtes de ciou. Sous le nom de Daréïousch il y reconnaît
Darius; sous celui de Vyscktasp , Hystaspes, et sous celui
de Khschéarscha, le nom original de Xercès, comme on
(lirait aujourd'hui d'un roi de Perse qui se nommerait
Khschéar, Chak-Kksckèar ou Kkschéaf-Chah. Sur l'une de
celles qu'a données ïïiebuhr il a lu : Darius, roi puissant,
roi des rois, roi des dieux, Jils d^ Hjrstaspes. Sur une autre :
Xercès, roi puissant, roi des rois,Jils du roi Darius, iCune
race illustre ['').
A quelque distance au nord de Tchihil-Minar on voit
une autre montagne, dans laquelle sont creusés quatre
tombeaux semblables à ceux dont nous avons parlé. Cette
montagne porte dans le pays le nom de Nakhchi-Roustem
ou figure de Roustem, parce que le peuple a cru reconnaître
l'image de ce héros persan dans un des bas-reliefs qui
ornent les quatre tombeaux. Ils paraissent se rapporter à
la dynastie des Sassanides, c'est-à-dire au 111' siècle de
notre ère. Sur l'un c'est Ormuzd, le génie du bien, qui
présente à Artaxercès un anneau ou diadème ; sur un autre
I') P«rKpi>)U illustrais. [j<i:<lri's. i;:t>j, in-r<>li<>. Cliardiii, V11I ,
■ii'i sqif. NielnJa; Voyage, 11, m n/ç. faleiilyn , Kam/'fei-, elc.
roni|i. iHadof. Sic.—^i") .Siiiirt-jV«rw« ; Mémoire rulalii" aii\ unliqua»
iirecriplioitï ilc Ptrst'polis,
1
r
376 LIVIilî CEHT VlHGT-lIUlTriME.
c'est une princesse qui reçoit de la main d'un prince le
même emblèmej sur le troisième c'est un homme dans la
posture d'un suppliant devant un prince à cheval : ce tjui
a fait présumer que ce suppliant, qui est en costume ro-
main, représente l'empereur Valerleii tombé an pouvoir de
Sapor 1". A peu de distance de ce monument on en voit un
autre appelé Nahcki-Redjeb, orné de trois bas-reliefs, dont
l'un représente, ainsi que l'indique une inscription en pehl-
viet eu grec, le roi Sapor à cheval, suivi de plusieurs person-
nages de sa cour, tandis que surles deux aulres on voit deux
princes qui paraissent vouloir s'arracher un diadème.
Au nord de ces antiques sculptures on remarque, près de
Mourghab, un édifice appelé Meclilied-Maderi-Soleyman,
c'est-à-dire le tombeau de la mère de Salomon; il est en
marbre blanc , et de forme carrée , sur un énorme piédestal.
D'après la description que Dîodore de Sicile donne du tom-
beau de Cjrus , M. Ker-Porter croît y reconnaître le mau-
solée de ce prince, de même qu'il regarde la plaine où il
est situé comme celle de Pasargade.
Les aulres villes du Farsistan sont nombreuses, mais la
plupart de peu d'importance aujourd'hui. lezil, dont le nom
s'écrit aussi Yezd, est la plus considérable. Elle est située
presque au centre du royaume, dans une vaste plaine sa-
blonneuse qui s'étend à a lieues tout autour, sur les routes
de Kerman et d'ispahan, et peuplée en partie par des Guè-
bres on adorateurs du feu. Les murs d'un grand nombre de
jardins forment la clôture de la ville; on y entre par une
vingtaine de portes étroites qui sont autant de ruelles. Elle
renferme une citadelle entourée d'un fossé, 4 collèges, ao
mosquées et 24 caravansérails; elle possède des manufac-
tures florissantes de tapis et d'étoffes faites de poil de cha-
meau. Les habitans font un grand commerce de soie et de
toile de cotou. Sa population est portée par les uns à 4o,ooo
âmes, et par les autres à 60,000; mais c'est probablement en
1
ASIE : £a Perse. 377
y comprenant celle du eanton ; la ville seule n*a pas 20,000
habitans. On y remarque une quantité de ruines qui sont
dues à un de ces envahissemens de sables transportés il y
peu d années par les vents, comme cela arrive fréquem-
ment dans cette ville. Les environs immédiats sont bien
cultivés, et produisent de très-beau blé.
La vallée de Bast, dit M. de Hammer^ est une des plus
ravissantes de la Perse : elle commence à 4 parasanges de
Yezd ; le Débala , qui Tarrose , la divise en germesir et ser-^
désir y c est-à-dire en région chaude et en région froide.
Aherkhouh^ sur la Toute de Yezd à Chiraz, et sur la li-
mite de rirak-Âdjemi, est le chef-lieu d'un district qui
renferme quinze villages. Cette ville, après avoir été impor-
tante, est réduite à 3oo familles. Le chemin d*Aberkouh
à Yezd traverse une portion du désert, qui nest qu'une
suite de marécages salés.
Komm-chah ou Koum-chah^ autrefois florissante, est
remplie de ruines, d espaces vides et de bazars déserts.
Quelques voyageurs la regardent comme occupant l'em-
placement de l'ancienne Obroatis de Ptolémée. Sa popu-
lation est de 4 à 5ooo âmes. Dans une vallée longue de i z
lieues, large de 2 à 3, et qui est fertilisée par un grand
nombre de ruisseaux, se trouve Kazroun ou Kazeroun^
ville qui a été presque entièrement détruite dans les derniers
troubles civils et par des tremblemens de terre récens. Elle
a encore 4 mosquées et environ 4ooo habitans. C'est dans
ses environs que se trouvent les ruines de Chapour^ cité
qui fut bâtie par Sapor P^, et où l'on voit les restes d'une
citadelle, plusieurs bas-reliefs sculptés dans le roc, et un
souterrain qui renferme une statue colossale. Ces ruines
ont été visitées par Morier (i) , Ouseley (2) , Johnson (3) et
(0 Morier : Second journey, p. 69, — C*) Ouseley : Travels , lom. 1 ,
p. 280. — (}) Johti son : IV^ liyrahon.
3^8 LIVRK CENT VINGT-Hlllïli'.MR,
M, Alexandef. Elles occupent les deux rives du fleuve CIir-
pour, et daprès tous ces voyageurs , les rochers sur lesquels
.sont tailles les baa-reliefs que nous venons d'indiquer sont
du plus grand intérêt par les détails qu'ils offrent sur les
costumes et les armes des différens personnages qui y
sont sculptés : quelques uns présentent les mêmes sujets
que ceux qui sont exécutés prés des ruines de Persépolis :
ils paraissent avoir été destinés à éterniser le souvenir
du triomphe de Sapor sur l'empereur Valérien. La vallée
de KazTOun s'étend vers le golfe Persique ; elle est embellie
par des jardins channans, plantés de jasmins, de rosiers et
d'autres végétaux odoriférans; mais elle est souvent rava-
gée par des nuées de sauterelles.
Fironz-abad , qui portait autrefois le nom de Djiour, et
chez les anciens, à ce que l'on croit, celui de Cyropolis,
est bâtie en partie sur les ruines de Firouz-chah; elle est
entourée de murailles et de fossés ; sa population n'est que
de 2 à 3ooo âmes; mais elle est célèbre par ses fabriques
d'eau de rose, qui passe pour la meilleure de la Perse, Ce
qui rend cette ville intéressante , ce sont les restes des an-
ciens édifices de celle qu'elle remplace. Hors de son en-
ceinte s'élève le palais des anciens rois de la dynastie des
Sassanides; un peu plus loin, sur le bord du Berared, ri-
vière qui baigne les mui's de Firouz-abad, on voit les restes
d'un vaste temple des Guèbres. A 7 lieues de Firouz-abad,
en se dirigeant vers Chiraz, deux sculptures représentent,
dans des dimensions colossales, deux personnages à che-
val (.).
A 4'* lieues au nord de Chiraz, la petite ville appelée
Yezd'Khâst\?) , est suspendue de la manière la plus pitto-
resque sur la crête d'un roc, à l'extrémité orientale d'une
L
(>} MacdonaU Kiiuieir .- G«>(;r. mi-ni.
0 ye:^il~.Khâsl, signifie Dcus-voluU.
ASiK : La Perse. 379
T&llée que traverse ta plaine du même nom, et dont le
sol est arrosé par un grand nomlire de ruisseaux et de
canaux d'inigution (i). • Une reine de la famille des Séfis,
• dit M. de Hammer, y construisit un beau caravansérail et
■ une mosquée; on y trouve aussi la sépulture dun Imeim-
> xadé : elle a sooo âmes de population. Ses productions
■ sont le coton ) le riz, du blé magnifique, qui fait que
« Yezd-Kliâst est renommé par la blancheur et l'excellence
« de son pain. Un proverbe dit que la suprême félicité con-
" siste à manger du pain t/e Yezrl-Khàst , à boire dit vin de
. Chimz auprès d'une Jille de Yezd. • Yezd-Khâst est la
forteresse frontière entre le Farsistan et Tlrak-Adjenii ,
comme Yezd , dont nous avons parlé précédemment , est la
ville frontière entre l'Irak, et l'Afgbanistan.
Dnrnbtljenl ou Dnrabgheiyl , ou simplement Darah, est
le chef-lieu d'un district qui portail autrefois le nom de
Choiibankare , et qui comprend la partie orientale du Far-
sistan, Cette ville est située au milieu d'une plaine ; elle est
fort étendue, mais une grande partie n'offre que des ruines;
au centre s'élève un monticule qui porte la citadelle :
celle-ci seit de palais au gouverneur. Le nombre des mai-
sons est d'environ 800, et celui des habîtans de 9 à 10,000.
A une demi-lieue de la ville sont de magnifiques monumens
antiques dont on admire les sculptures. M. de Hammer
pense que Darabgherd est l'antique Pasnrgade. D'autres
savans ont pensé que celle-ci occupait l'emplacement de
Pasa ou Feza, que l'on nomme aussi Besa; mais ils ont été
entraînés à cette opinion par la ressemblance du nom mo-
derne plutôt que par d'autres considérations; et à ce sujet,
M. de Hammer a fait observer avec raison tjue Besa est trop
éloignée de Persépolis, et n'est point placée sur un fleuve
tributaire du golfe Persique : circonstances qui se trouvent.
î') De Hammtr: Mémoire
1
■ 380 irVRE CENT ViNGT-HDITlfeBIE.
dans la position de Darabgherd. Quoi qu'il en soit, Fesa
ou Besa est une ville que l'on dit aussi grande que Chiraz,
raais qui n'a qun lo à i5,ooo liabitans dont les maisons
sont presque toutes en liois.
■ Les forêts clair-semées sur les montagnes du Farsistau,
et les eaux qui en arrosent les t'oni»ntiques vallées, don-
nent à cette province un grand avantage sur les arides
plaines de l'Irak-Adjcrnî. Les cliènes, les bouleaux, les cy-
près , les lentisques ornent les montagnes; le grenadier, le
platane, l'oranger, la vigne, enrichissent les plaines (')■ Les
chevaux ont un peu perdu de leur renommée ; mais la race
des moutons à grosse queue s'est conservée. Il y a pour-
tant dans cette belle province des déserts d'une étendue
considérable, de vastes plaines de sable, et.heaucoup de
rochers stériles. Ces rochers, aux environs de Darabgherd,
fournissent une production célèbre et précieuse , c'est le
moiiin, espèce de pétrole liquide, d'une limpidité parfaite
et d'une odeur agréable W. On garde avec un soin reli-
gieux la caverne des parois de laquelle distille ce pétrole;
une fois pjir an, le gouverneur du district de Darabgherd
la fait ouvrir, et en fait extraire une petite quantité , qui est
envoyée à la cour de Perse, Le moum passe parmi les Per-
sans pour un baume miraculeux, qui guérit promptement
les blessures les plus graves.
« Les côtes maritimes du Farsîstan nous présentent deux
ports importans, occupés par des cheiks arabes. Le pre-
mier et le plus méridional est Ahou-Ckchr ou Bender-Bou-
cliehr, autrement Bouchir, qui est appelé Boucher par les
Français, et Buscheer pav les Anglais. Les vaisseaux qui ne
prennent que douze pieds d'eau peuvent arriver par le flux
tout auprès des maisons. Le cheik Benderi Abou-Chehir
(0 Franklin, Voyage à Scliiroz , 1, p. 53, etc., Irad. de Langlh.
Chai-dm, Vojogi, VJII, aiS, a3i , ^a8. — (>) Kamp/er, Amœnitat.
'cxoliGx , Si6-5i4. tanglèiy noie sur Cliardtn , 111, 3it.
ASIE : La Perse. 38 1
possède rîlc de Bnhreïn , ce qui le met à même d'entretenir
quelques bàtimens armes en guerre. Il importe infiniment
à la \ille de Chiraz, dont Aboti-Chehr est le port le plus
proche, que ce cheik ne se révolte pas. »
La mer entoure ce port de tous eûtes, excepté au midi.
Suivant les voyageurs, l'air y est très -chaud et l'eau de
mauvaise qualité. Les habitans , au nombre de i5 à
aOjOoo, en iSSa, ont été réduits par la peste à i,5oo. Ils
n'ont, ditM. de Hammer, d'autre moyen de se soustraire à
l'ardeur de lii température, que des clieniinées hantes et
étroites, où le vent s'engoufl're pour se répandre dans les
appartemens , et que l'on nomme Bad-ghii; Les salles sou-
terraines, nommées sei-dab, sont encore un de leurs pré-
servatifs contre l'étouffante chaleur de ce climat. Tout le
territoire est un champ fertile pour l'antiquaire, en raison
de la quantité de médailles, de pierres gravées et d'urnes
cinéraires des anciens Guèbrea que l'on retire des fouilles
qu'on y fait faire (')■ Les montagnes voisines, que l'on
nomme Halilâ ou K Itourmoitdj , oITrent aussi des vestiges
d'antiques constructions. Beitder^Ryk ou Bender-Beyk, au
nord d'Abou-Chehr, est une petite place maritime de la-
quelle dépend un domaine asset considérable. Les habi-
tans logent dans des cabanes de feuilles de palmiers.
" Il y a beaucoup d'Arabes indépendans sur la côte du
golfe Persique, et presque tous y vivent île la mènuï ma-
nière. Ils ne subsistent, pour la plupart, que par le com-
merce, par la pêche des perles et celle du poisson. Leur
nourriture consiste en dattes, en poisson et en pain de
dour.i. Le peu de bétail qu'ils ont se nourrit dil-on aussi
du produit de leur pêche. Chaque bourgade a son chef in-
dépendant , auquel elle ne paie presque rien. Les armes ili
ces Arabes sont le mousquet à mèche, le sabre et leboucli
(') Piiïrfo"-' Tora-I, p, I
r
382 LIVRK CENT VIWGT-UUITI ÉIWE.
Tous leurs Mtîniens deviennent navires de guerre lors-
qu'ils la font. Ces tribus, parmi lesquelles celle dos Houles {>]
vst lu plus puissante, parlent encore lu langue aral)e, et
sont pour la plupart Sunnites, et de là ennemies nées
des Persans , avec lesquels elles ne s'allient jamais. Les mai-
sons de ces Arabes sont si chétîves, que l'ennemi regret-
terait la peine qu'il aurait prise à les détruire. Comme en
général ils n'ont pas beaucoup à perdre en terre-ferme,
dès qu'une armée persane approche, tous les habîtans des
villes et villages s'embarquent sur de petits bàtimens, et se
sauvent dans quelque Ile du golfe Persique jusqu'à ce que
l'ennenil se soit retiré. ■
Le district de Kouré-i-Kobad, dans la partie occidentale
«lu Farsistan , était peu connu des Européens avant la re-
lation du voyage de Macdonald KJnneir, parce que la route
que suivaient les voyageurs étaitsouvent interceptée par
une tribu que les uns nomment Mémacena, les autres
Memessaui, d'autres encore Memeh-Sunni , et enfin Kkogi-
loii, et qui paraît être identique avec les Memaceni dont
parle Quinte -Curce W, qui arrêtèrent la marche d'A-
lexandre comme ils attaquent encore aujourd'hui les cara-
vanes. Ils vivent, dit un voyageurP), dans les plus pro-
fondes retraites de leurs vallées sauvages. ° La structure
a abrupte de leurs montueux repaires, vrais labyrinthes
« pour qui n'en a pas une longue habitude, favorise tetle-
« ment ces bandits, qu'un les a vus parfois fondre sur les
« voyageurs et enlever, au milieu des caravanes, des hom-
" mes et des mulets chargés, lorsqu'ils jugeaient qu'on ne
^■ pourrait leur opposer une grande résistance. »
n Lorsque le général Malcolm traversa leurs montagnes
•< dans sa première mi&sion , ce furent ces brigands qui cliar-
{') NUbuhr, Description lie l'Arabie, 1,^7 i-ï;4. — (') Quiiit. Cun.,
lib. VII. Memaceni, vftlidn gens. — {}) Afort'n-.- First jourucy, p. iSa.
ASIE : ha Perse. 383
■ gèrent sur leurs mulets les riches présens destines au rot
" de Perse, • Cette tribu redoutable peut mettre sur pied
lo Si 12,000 hommes; leurs principales habitations sont
dans les montagnes qui entourent la forteresse de Kala-i-
Sejtd, château inaccessible qui commande le territoire sur
la lisière du Farsistan. Cette l'orteresse est appelée aussi
Kala-i-Espid, Kala-i-Ziad et Zdid-Abad,
Nevbendjan ou Nébangan, jadis cite conside'rable, est
située à peu de distance de la vallée de Ckanb-Bévaii,
l'un des quatre paradis terrestres des Persans. Batza tire
son nom de la blancheur des pierres qui cumposentses édi-
fices. Ses jardins produisent des raisins d'un poids prodi-
gieux et des pommes d'une grosseur énorme. Ardjan, au-
trement Enljàni ou Arglian, est situé sur la frontière du
Farsistan et du Khousistan. C'est une grande ville entourée
de murailles percées de sept portes. On y voit plusieurs
mosquées, de beaux bazars et un pont qui passe pour un
chef-d'œuvre d'architecture persane moderne. Le port
d'Ardjan, situé a peu de distance, se nomme Méh-omaii;
l'air y est chaud et malsain j mais l'activité qui y règne le
rend un des principaux de la Perse (■)■
■ IjC Laristan, dont une lisière maritime s'appelle le Gaer-
masirouKer/Hasir,cest-À-dire le pays chaud, a souvent fait
partie du gouvernement de Farsistan, et doit même être
considéré comme un district de cette province, dont il occupe
l'angle sud-ouest. La/; qui en est la capitale, est bâtie aux
pieds de collines qui dominent une plaine couverte de pal-
miers. C'était jadis une ville florissante j le palais du gou-
verneur et le château sont en délabrement; mais le bazar
est encore un des plus magnifiques de la Perse. Sa popula-
tion, suivant un voyageur, est de i5,ooa âmes W. Celte
('} lie Hammcr : ïliiiiiuif.' sur la Pevso. — (■) MacloiiaU A'.ii
.,«■-■. p. 33
I
384 LIVRE CENT VlrTGT-HtJITlÈME.
ville possède des manulactures d'armes et d'étoffes de soie.
Quoique sablonneux, son territoire est rempli d'orangers,
de citronniers, de tamariniers; les dattes y abondent. On y
boit de l'eau de citerne , qu'on Lt soin de faire bouillir pour
la purger d'un ver contagieux qui, sans cette prt'caulion,
s'établit entre cuir et chair, et est aussi menu qu'un cheveu ;
on l'extirpe en le roulunt sur un petit morceau de bois. Ce
n'est pas sans douleur, m même sans danger, qu'on vient à
bout de s'en défaire. Ce désagrément est commun à presque
toutes les côtes du golfe Persique (')■
n Bender- Àbnssi-, port situé à l'opposite d'Ornius, est
plus connu sous le nom de Goumroun; c'était le plus cé-
lèbre abord du golfe Persique, et l'entrepôt général des
marchandises. Les Portugais s'en étaient emparés. Abbas-
le-Grand, aidé des Anglais, les en chassa en 1614. Le bril-
lant commerce de Cender-Abassi est aujourd'hui bien dé-
chu, et les Hollandais avaient même abandonné cette ville
pour se retirer dans l'île de Kharek. L'entrepôt des Anglais
est à lîassorah, Bender-Kœiigoun ou Bender-Congoun est le
port le plus fréquenté, entre Goumroun et Abou Ghehr (a).
On éprouve, tant à Goumroun que sur le reste de la côte, des
chaleurs excessives ; l'imprudent qui s'expose anx rayons
du soleil, à midi, trouve quelquefois une mort subite (3). La
canne à sucre y prospère, Ziraf ou Si'raf, à 1 1 lieues au
sud-ouest de Lar, était jadis la ville de commerce la plus
importante de la côte. Entre Sira/et Baa/ian, une série de
rochers semblables à des obélisques brisés ou à des tours
ruinées, s'élève du milieu d'un plateau aride (i),
" Toute cette côte est bordée d îles. Nous venons de
nommer Kharek au Kfuiredje, où les Hollandais, attirés
par la bonté du sol, des eaux et du moudiage, bâtirent
(') K<Bmpfer, AinŒnit. cior. SaS sqq. Comp. Chardin, &Aii. de
Langlês , VIll , 473. — W Itinéraire coniinunif|ué par un Arabe h M. T.
— {') Kcempfer, AmrEnil. , p. 710 , 38a. — W Idem, ibid, , p. 434*
ASIE : La Perse. 385
une ville en 17481 peuplée aujourd'hui d'un millier d"Ara-
bes: elle est fermée de bancs de coiail posés sur un rocher
calcaire [")■ H est probable que la même nuture de roche se
retrouve d;ins les autres îles; cependant il faut en excepter
celle de Kais, qui, selon Ibn-el-Ouardy W , produit du fer
excellent. » Cette île est, suivant le voyageur Morier, plus
importante pour la pècbc des perles qu'aucune des îles
Bahieïn.
La plus grande et la plus fertile, c'est Kichmich ou
Keichiiie, appelée aussi Froel ou Djessen, que les Portugais
du XVI" siècle nommaient Qaeùcom et Broct; ce dernier
nom nous rappelle que c'est VOaraçta des anciens. Elle a
environ 26 lieues de longueur sur 6 de largeur ; des récifs
de corail l'entourent; elle est séparée du continent par un
canal large de i à 5 lienes. Elle produit une espèce parti-
culière de raisin sans pépins renommée dans toute la
Perse, On y élève un grand nombre de bestiaux, et surtout
de moutons. Ses habitans sont au nombre d'environ 1 5,ooo.
La seule ville qu'elle renferme, appelée Keichme, est bâtie
en pierres et peuplée de ^oao âmes.
■ Aucune de oes îles, ombragées de cocotiers et de ba-
naniers, ne jouit d'une célébrité égale à celle qui est con-
nue sous le nom d^Ormuz ou à! Ormouz, l'antique Oriatui
ou Ogjrrès. Cependant ce n'est qu'un rocher couvert de
pierres salines rouges et blanchâtres, sans eau potable, et
presque sans végétation. Le commerce y entassait les trésors
de l'Orient: depuis 163a, abandonnée et oubliée, elle n'u
plus que 4 'I 5oo habitans, et est soumise à l'imam ou l'iman
deMascate,quiyenlietient une garnison de 200 hommes, u
Le Kertnan, dont les anciens vantaient les raisins,
blés, les mines, est aujourd'hui connu pour ses beaux châles
(') Nieùulir, Voyage , H , igi [en alkm.'J, — W Notfcca cb extraits
desMMS.. ( II.
I
386 IIVHF. CEffT VIBGT-HOITliîME.
6e poil de cliameau , et pour ses étoffes fabriquées avec !«
duvet soyeux d'une espèce de chèvre semblable à celle d'An-
gora W- On y trouve diverses drogues médicinales et gom-
mes, le moiirn ou le naphte , l'alun , le soufre cl la houille W -
l'or, l'argent, le cuivre et le fer, et le luti'e, substance mi-
nérale dont les Persanes se servent pour rendre plus re-
marquable la douceur de leurs beaux yeux. Les roses blan-
ches y abondent et fournissent une essence assez estimée; la
vigne y fournit un vin excellent; on y élève une grande
quantité d'nbçilles et de vers à soie. Le mont Kophez oti
Kafis se couvre d'une verdure perpétuelle; mais un vaste
désert occupe la moitié intérieure du pays. Plusieui-s de ses
cours d'eau étaient connus des anciens : le Deriiai, torrent
impétueux, est le Datas de Pline et le Dara de Ptolémée;
l'antique Bagrades est le Varabïrv des modernes et le Zi-
degan des géographes orientaux; \e Nehr-lbmhim est VA-
namis de Ptolémée; et le C/wureroiid est le Snlsos de
Pline (3).
La ville de Kerman, florissante par ses métiers de châles
et d'étoffes , ne paraît plus posséder son ancienne fabrique
de porcelaine. Son véritable nom est Sirdjan(i], et sa po-
»pulation est de 3o,ooo âmes. M. de Hammer paraît avoir
confondu cette capitale avec le village de Sùjon ou Sirjoun.
« Les villes de Kermasïn ou de Noukim-Abad, et de
Berdachyr, n'offrent que des noms à remarquer; Velaz-
gherd peut avoir environ 8ooo âmes. Kltomda ou Heme-
daii renferme, selon la tradition des juifs, le tombeau de
la belle Esther et du sage Mardochée. La partie maritime
du Kerman, contrée malsaine, se nomme le Mogkistan ou
Moghostan, c'est-à-dire \t pays des dattes ; c'est la Catinania
déserta des anciens; Minab, l'antique Harmosia , en est le
10 Olivier, V. 3oJ-33i. meùukr. Teixcra, elt. — (') Djil.aii-JVouml. .
aSg. — (3) De Ifammer: Mdmoirc anr la Perse. — Ci) /Ihoidftda, (rad.
lie Beiike, p. 361.
\ i
ASij: : La Perse. 38^
chef-lieu : c'est une ville bâtie sur un coteau et divisée eu
forteresse haute, basse et moyenne. Elle dépend, avec son
territoire, des possessions de l'imam de Muscate, qui pour
cette raison paie un tribut au roi de Perse. »
La grande province du Khorassan mériterait à elle
seule une description très-éteudue; mais il faut nous bor'
aer à ce qu'elle offre de plus remarquable. Eornée au nord
par le Turkestan ou la Tatarie indépendante, et à l'est par
le Khorassan afghan , ou le Khorassan oriental , elle
éprouve de grandes variations de chaleur et de froidure.
On lui donne environ 200 Ileuês de longueur, 100 de lar-
geur, et plus de 10,000 lieues carrées de superficie. Elle
correspond à la Parlhie, à la Margiane et à une portion
de Xjin'e des anciens. Pour justifie^ ce que nous venons de
dire de son chmat, nous ajouterons que la partie monta-
gneuse est très-froide en hiver, et que pendant qu'il y tombe
beaucoup de neige, c'est la saison des pluies dans les
plaines, bien que celles-ci soient humectées souvent au
printemps et à l'jïutomne par des ondées qu'amène le vent
d'ouest.
" Le solj quoique en beaucoup d'endroits sablonneux et
aride, produit en abondance tout ce qui est né(;essaire à la
vie j on en tire beaucoup d'indigo, des noix de galle, et même ,
dit-on , d'assez bonne cochenille. XI y a uo grand nombre
de Turcomans daos cette contrée, qui fournit de bons pâ-
turages à leurs troupeaux. Les plus beaux tapis de Perse
sont fabriqués dans le Khorassan j on y fait des lames de
sabre dont la réputation égale celle des lames de Damas.
Les montagnes fournissent des rubis - balais et des tur-
quoises. La réputation qu'ont les chevauK de celte province
nous a fait penser que l'on pouvait chercher ici le pays
natal de ces fameux clievana: nysaijis ou rtfséens, tant vantés ,
dans l'histoire. Les anciens s'accordent assez généralement
à placer X Hippobotos , ou le grand haras de Perse , dans les
ï
388 LIVRE CE>T VINGT-milTlfeME.
plaines de Rei ou de Iiagœ,àe sorte qu'en allant de Persé-
polis ou de Babylone aux Portes Caspiennes, on y passait
nécessairement (■)• Us appliquent encore assez générale-
ment, mais avec des doutes très'-forts, la dénomination
de Champ Nyséen a. cet Hippobotos de Médie. En se te-
nant à ces données, les chevaux nyséens auraient été une
race trèS'répandue, puisqu'on comptait dans l'Hippobotos
i3o,ooo chevaux, ou, selon d'autres, 5o,oon cavales. Mais
quand on voit Xei'cès faire mener en pompe, devant son
char de triomphe, dix chevaux nyséens consacrés et ma-
gnifiquement ornés; quand on voit ce même monarque
traîné par des chevaux nyséens, tandis qu'on ne donne
point à ses gardes ni à son cortège cette monture pré-
cieuse W , on est tenté de croire, avec le savant Manneit,
qu'il faut distinguer, malgré les anciens, entre le grand
Hippobotos destiné à la remonte de toute la cavalerie, et
le haras particulier du roi à Nysa. Mais quelle était cette
Nysa parmi toutes celles que nomme l'antiquitéP Les an-
ciens mettent les haras royaux de Perse dans la Médie; ce
nom , pris dans le sens très-étendu que lui donne Hérodote ,
peut embrasser l'Hyrcanie et la Parthiéne. On peut donc
croire que Nesa sur le ïedjen , qui correspond à ^ysœa
sur l'OchusP/, était la patrie de ces chevaux tant recher-
chés par les monarques persans. »
La guerre a dévasté depuis im demi-siècle les nom-
breuses villes du Khorassan; elles se rétablissent lente-
ment. Cette province est souvent exposée aux incursions
des nations barbares qui l'avoisinent ; en 1826, une armée
de Tatares-Ouzbeks, commandée par le khan de Khiva, y
commit de grands excès : aussi est-elle dans une situatiou
peu prospère , et n'enrichit-elle pas beaucoup le trésor de
(.')Stiiil>., Gcogr., XI, 796-801. Wodbr,, XVII, 110. Anian., VII.
i3. Eustath. ad Dionya. , Perieg. , v. 101;. liidor. , elc. — CO Herotl. ,
VI, io.—l^)Stra&.. XI. p. ^-jS-iig: Plin-.Vl, cap. xm.
ASIE : La Perse. 389
la Perse, bien qu'on porte à 1,000,000 d'individus sa popu-
lation sédentaire, et à 4 oi^ 5oo,ooo celle de toutes les
tribus nomades,
Mecbehed ou Meckked a le titre rie capitale du Khorassan
depuis l'époque où Ismaèl-Chah , premier sophi ou sephi
de Perse, l'éleva à ce rang vers le commencement du
XV* siècle. Après avoir eu près de 100,000 habitans, elle
en a à peine le tiers aujourd'hui. Ses maisons sont mal
bâties, mais on y remarque plusieurs belles mosquées, entre
autres une dans laquelle Chah-Abbas a fuit ériger un tom-
beau à un saint niahoiuétau appelé Aly-ben-Moussa, que
viennent visiter une foule de dévots et de pèlerins, parce
qu'il est considéré comme le patron du royaume. Cette
mosquée forme un groupe de constructions qui passe pour
le plus magnifique monument de la Perse. Meclihed jouit
d'un autre genre de célébrité ; c'est dans ses murs que
naquirent le poète Firtloucy, le philosophe Cassait, l'astro-
nome JVassiretltàn et le géographe Uamdullah-Moustewji.
Dans les environs de Mechhed on remarque les ruines de
Thous,<\*\\ fut jadis une des plus importantes villes de l'Asie,
et daiis laquelle mourut le célèbre Haroun-al-Raschyd,
Au milieu d'une vaste et fertile plaine s'élève Nichnbour,
ville qui fut bâtie par Sapor 1" sur remplacement d'une cité
détruite par Alexandre. Elle fut pendant long-temps la
capitnie de la Perse sous JesSeldJoukides, mais au Xll" siècle
elle fut complètement ruinée par les Ta tares. Un peut Juger
de l'état Ilorissant auquel elle était parvenue, puisque ses
ruines occupent une circonférence de 10 lieues. C'est la
patrie des philologues Djei-heri et Chaalehi, et des poètes
Attar, Omar-Kiam et Kialibïn. Aujourd'hui elle ne se com-
pose pas de aooo maisons. Ses environs sont célèbres paj-
les turquoises que l'on y trouve, et dont l'exploitation est
affermée too,ooo francs k la couronne. Le bourg de
Knhoiifkaii ou K hou boucha h , à 12 lieues de Nichabour et
WMià
és^m
390 LIVRE CEwr VIMGT-HCITIÈME.
a5 de Mechhed, est la résidence d'un chef que l'on i-egaide
comme indépendant de la Perse , et qui peut mettre , dit-on ,
1 2,000 Iiommes sous les armes.
Pour achever la tournée topographique de la Perse , il
ne nous reste qu'à jeter un coup d'oeil sur la province de
Kokiâtan ou Kouhestan. Son étendue paraît être de 1 20 à
i4o lieues de longueur sur 5o à 60 de largeur. Comprise
entièrement dans le plateau de la Perse , elle renferme une
partie du grand désert salé de Naubendan et celui de
Miané. Le premier de ces déserts est long de plus de 100
lieues, et large de 5o; le second, situé au nord de l'autre,
dont il est séparé par des montagnes, est beaucoup moins
étendu^ à l'est il est borné par les monts Madnofriad,
chaîne importante connue des anciens sous le nom de
MasdoranuSf et qui traverse le centre de la province. Le
Kouhestan comprend une partie de l'antique Arie et le pays
de Tahiéne, dans la Médie orientale. Les déserts qu'elle
comprend s'opposent à ce que sa population soit considé-
rable : aussi ne paraît-elle pas s'élever à plus de i5o,ooo
individus. Elle se divise en deux districts : celui de Terbtdjan
au nord, et celui de Tcbbes au sud.
Le premier a pour chef-lieu Rabat- Chéheristan , ou sim-
plement Chèlieràtan, qui est aussi la capitale de la province.
Elle n'offre rien de remarquable ; c'est la patrie de l'histo-
rien Mihelou-Nihel. Tabs ou Tebbes est plus importante
par son commerce et sa population : on lui donne 20,000
habitans. Toiin, autre ville dans le district de Terbidjan,
est située sur un territoire riche en blé et en soie. Telles
sont les villes de cette province qui ne mérite pas de nous
arrêter plus long-temps.
I
i
LIVRE CENT VINGT-WEUVIÈME.
Suite de la DcscriptioD de l'Asie. —Fin du Tableau de la Pci'sc.
— Aperçu moral et politique.
■ jNoas avons déjà donne quelques idées générales de l'étal
[lolitique actuel de la Perse : nous devons ici nous attacher
à faire connaître la nation dont nous venons de décrire la
patrie^ mais avouons d'abord que ce sujet offre autant
d'obscurité que d'intérêt.
<< Les anciens distinguent tous les Perses en général de
tous les Scythes. Les écrivains orientaux distinguent de
même le Touran, ou la Scythie d'Asie, de l'Iran ou lyran,
qni est la Perse. Ce derftier nom se trouve aussi écrit
Eriène sur les monuniens de Persépolîs (')■ Il est évidem-
ment identique avec celui ^Ariane, connu des Grecs;
mais Ptolémée et Eratostbène ne comprennent sous le nom
d'Ariane que la Perse orientale. 11 semble que l'ancien
nom d'Iran ou Eriène était resté affecté à cette partie
seule, après que la Perse et la Médie, devenues des Etats
belliqueux, eurent illustré leur nom particulier. Hérodote
nous fournit cependant une preuve de la généralité du
nom d'Iran ou Ariane, en nous apprenant que les Mèdeft
étaient d'abord nommés Arii ['^). Le nom d'Iran ne fut
jamais^ éteint dans l'Orient ; le géographe arménien , Moïse
de Khorène, né presque sur les lieux, entend sous Aria
ou j4rianu tout l'eiiipire des Persans dans le IV* siècle.
« Les Scythesd'Asie, loin d être identiques avecles Perses,
en étaient les ennemis constans et implacables; les der-
niers appelaient les Scythes iS'orfs ou i'èA:,' ce qui, en pei'san,
■■') Laneti' , Kolca !.ur Churdin. 111 , 3l>>. »Wif , Asien, 1 , an.
,w.//(TOf/.,yii, &ï.
I
1
mm
I
3qà LIVRE CEWT VINGT-SEUVIÈME-
signifie c/iienW. Les Scythes paraissent, selon quelques
faibles autorités W , avoir fondé dans les temps fabuleux:
un empire qui embrassait la Perse et toute l'Asie occiden-
tale; mais si cet empire n existé, il n'a point laissé de traces.
LTiisloire nadmet qu'une invasion connue des Scythes; elle
eut Tieu l'an 6a4 avant J.-C, Tiès- probablement les tribus
nojnades de lancienne Perse, telles que les Cossœens , les
Uxiens, les Mardes et autres peuplades de pasteurs , furent
des restes des hordes scythiques qui, repoussées dons les
montagnes, continuèrent toujours à infester par leur
brigandages les plaines cultivées.
- Les Partîtes qui, deux siècles après Alexandre, réta-
blirent glorieusement l'indépendance de la Perse, étaient
Scythes ou Saces, selon quelques auteurs dune autorité
médiocre (5)- Hérodote et d'autres écrivains de poids les
nomment simplement comme habitans d'une province de
la Perse orientale; rien, dans leurs usages ni dans les noms
de leurs rois, n'indique une origine scythique (4).
■ 11 semble donc démontré que, jusqu'à la grande révo-
lution provoquée par les Arabes et la religion maliomé'
tane, \ Iran ou la Perse a été, généralement parlant, peu-
plée d'une seule race indigène divisée en plusieurs nations,
et employant , quoique dans divers dialectes , la même
langue.
' Ce résultat des témoignages historiques les plus au-
thentiques recevrait un nouveau jour par la comparaison
des idiomes originaires de la Perse, si le temps et la bar-
barie nous en avaient laissé des monumens complets et
d'une authenticité tout'à-fait incontestable. Voici ce que
la critique a pu recueillir. Le dialecte le plus ancien est
(')Wi>i.,VI,i7.&/û..c.iLii. — (07ujI<«.,HiBl.lI.c.iii.£iuSfa,
Ciironicon Pascbal.^O) Juttiii. , Il , cap. i (C'fst îles Partîtes que parle
Jmmien Marcrllùi, XXI. Comp. XXllI , in fine). — (« Richter, EsnJ
hisloriijue et critique sur les Arsncidcs cl les SaBESnidcs, Lelpsiclt, iSof.
ASIE : La Perse. SgS
la langue zeiid, dans laquelle étaient écrits les livres saciës ,
compris sous le nom de Zend-Jvesta, livres qui, bien que
dépourvus d'une authenticité complète, contiennent cer-
tainement des traditions très-anciennes (0, même très-
probablement des fragmens antérieurs à la prétendue des-
truction des manuscrits des Mages , attribuée à Alexandre W.
11 répugne au bon sens de ne voir dans cette langue qu'un
jargon inventé à plaisir par les Guèbres modernes; mais il
est difficile de fixer les lieux où celte langue a été parlée.
Ceux qui soutiennent le plus fortement l'authenticité du
Zend- Avesta , varient entre Bacires (5) , le point le plus orien-
tal, et r Azerbaïdjan , la contrée la plus occidentale (4).
Peut-être n'était-ce qu'une tangue sacrée, comme le san-
scrit, avec lequel il a beaucoup de racines communes. Le
dialecte /leA/w/ ou ^jeA/oficrtH, c'est-à-dire Tidiome des guer-
riers, des héros, paraît avoir régné dans l'Irak-Adjemi ou
la Grande-Médie , et chez les Parihes. On veut même que
ce dialecte ait été le seul qu'on parlât à la cour des descen-
dans de Cyrus et des rois parthes. 11 est très-mèlé de mots
chaldaïques ou syriaques; mais il n'est pas pour cela un i
dialecte du chaldéen, comme William Jones a paru le
croire (5). Selon quelques auteurs , le peklevi serait encore
en usage parmi quelques tribus du nord de la Pi-rse, entre
autres les Paddars du Chirvan l3). Le géographe turc dit ,
<'} Zend-Ai/esta y uuvragt Ae Zoroastrc , etc. , par M. Jiiijuelii Du-
permii, 1771- Kleuker,\raAuc\.. ftconmienl. aurle Zend-Avesla, i;St>
(en allfin.). Comp. ft'. Jones, LcItreàM. Anquetil , ou Examen, etc.
Londres, 1771- JUeitiers elTf chien , Mémoires ilivergdanB \eB Comment.
Gouing. , aurlont Micluuiiioii , Disscrtalinn un the langusge of eaiiter»
nations , à la tële de son Dictionnaire fienan, — W Massoudi. dans Icb
Hotices et Eitraita, etc. , l , a 1 si/q. — 1') Heereii , Iddes sur la poli-
tique, etc. , II, 4o3. — H) Jiu/uelii-Diipcrroii , Zend-Avesta , passim.
/ro/i^ Histoire dea langues de ]'OrieDt, p. iSj. — (''} //deluiig . nilhti-
datea, 1 , 371. *K Jones, Discimr! sur les Persans, dans les Rechei-ch.es.
asiat. el les noies de M. Laiiglès. — (t^) V. Jngetus à .\ Josepho , Gazo-
phjilac, pcrs. , p. iijg.
i
195 LIVRE CEKT VIMGT-KEUVIEME.
qu'on le parle dans une partie du Farsistan. Les livres sacres
furent traduits dans cette langue, qui est aussi celle de
plusieurs inscriptions du temps des Sassanides [']. Mnis peu
ùpei) les princes de cette dynastie (an 2ii-63a) reléguèrent
le pehlevi dans les monts de la Parthiène , et introduisirent,
même par des lois formelles, l'usage du parsi ou du dia-
lecte de la pi'Oïince de Farsistan , la Perse proprement dite.
Cet idiome, plus doux tyue ie pe/i feu i , qui déjà surpassait en
douceur le zend, a dû, long-temps auparavant, dominer
dans la monarchie persane j c'est le seul qui fournisse l'ex-
plication de presque tous les noms persans connus aux
Grecs et aux Romains {''). Lorsque les Arabes envahirent la
Perse dans le VU^ siècle , le parsi, banni de la cour , perdit
lie sa splendeur; et quand, sous les Dilémiles, en 977, on
voulut rendre à cette langue sa domination antique, elle
se trouva dénaturée par un fort mélange d'arabe. Cepen-
dant de grands poètes, d'habiles orateurs en firent une
langue riche et liaimonieuse , qu'on distingue sous le nom
de persan moderne. L'ancien parsi, usité parmi les Guebres
ou adorateurs du "feu, devra son immortalité au Ckah-
Naiiw, long poème historique de Ferdoucy, et à Vjiïinî-
^/!-ier(, statistique de l'Hindoustan , écrite en 1600; car à
mesure que la vraie lajigaeparsi perdit de son empire dans
sa contrée natale , elle en gagna à la cour du Grand-Mogol.
Aujourd'hui le persan moderne n'est pas le seul usité dans
le nord de la Perse : on y emploie aussi le grossier langage
de:î Tui'cs. Le persan moderne mérite cependant encore le
surnom de dert, c'est-à-dire idiome de la cour (3}, sous
lequel le désigne Ferdoucy dans le passage suivant;
n Le langage des Perses était divisé en sept dialectes
(') SUfeiti-e de Sacy, Antiquité de Perse, p. a si}q. — (0 Reland,
de relit] ui il lingnse pcrs, in Diu. miacell, , II, 97-166. Adeliing 1 I^-
IhridateB, !, 37$. Anquelil, Zend-Avesla , II, elc. —(^) i^r, porte ,
jiaUia ( dœr su danoli , lltor uii allemand , door cd anglai: '
ASiK : La Perse. îgS
» férens : quatre d'entre eux, le souki, le harohi, le sagsi,
• le sewa/i, sont tombés eu désuétude, et n'ont jamais «u
• de vogue; mais il n'eu est pas de mènit des trois autres :
■ le parsi, le deri, le peklcvi. Le parsi est célèbre par sa
■■ douceur, et se parle principalement dans te district d'Is-
» takhar. Le deii, dérivé de l'ancien parsi, est célèbre par
- sa politesse et son élégance, fiaikh, Mervichah-djihan
" et Doukliura sont les principales villes où on le parle;
• quelques auteurs ajoutent la ville de Qedakhcban. <•
■ Parmi ces dialectes , le hazoki ou liezt'y était parlé dans
le Khorassan , le sègs ou sagzy dans le Sedjestan , et le snaly
ou zabouly dans le Zaboulistan. D'autres nomment encore
les dialectes soghdjr^ khoazy, adevy et merouzy. Le Jcourde
est un persan mêlé de chaldéen , comme le peblevi,
« Venons maintenant au grand phénomène que cette
langue persane , tant ancienne que moderne , présente à la
géograpbie historique. Le persan, dans tous ses dialectes
et à toutes ses époques, offre non seulement un grand
nombre de mots germaniques, mais même des inflesions
et des constructions allemandes (i). H renferme encore des
mots danois, islandais, anglais, qui ne sont pas germani-
ques, mais purement gothiques W. Enfin , pour comble de
singularité, il suit en partie les règles si bizarres et si ar-
bitraires de la versification islandaise l^). Cette ressem-
blance, moins forte et moins suivie que ne l'a cru Leib-
I
(') Adelung avait réuni an rnriflCB allemandes dans \cparai. Les in-
Goitifi se terminent en len. den, elc. Les artiules pn^ptultirs bi, mi,
der, répondent ii be , ge, etc. , dans l'allemand. Mitiiridales , 1, 3^4'
W Frètent, grandeur (zend) ; Jretaum , nourrissant (^idem'j; freya ,
force nutritive (islandaii)j ihraiifd, aliment [aend); trifes, s'engrais-
ser Çdanoii); gueochte , troupeau (mu/); queg, îdvia (danois); khouda ,
<Jieli (parii)f gud, prononcez ghiiiid , idem (suédot))/ halaeh, pur,
^nC (pehtevi); hatog, aaini {ïslandoia), — (^1 Comparez Gtadwin;
Persi.-inrhe|[iHc9,ctla.^iUi/.f ,MS. ,i»lmid., ou OlaJUn, Podl i<|iie dci
LIVRE CEHT VISGT-MEUVil
z('), toujours copié par les compilateurs, l'est poi
tant assez pour iju'un Islandais transporte à Chiraz en aoit
frappé, et pour que les anciens noms persans et Scandinaves
s'éclaireissent souvent les uns à l'aide des autres. Ainsi, la
ville de Pasargnilce , dont le nom signifiait camp retran-
ché des Perses (s) , s'appellerait en islandais Parsa-Gaiii; et
c'est probablement le nom persan dont les Grecs ont fait
Pnsargndœ.
n De celte ressemblance bien constatée, les faiseurs de
système ont tiré mille conséquences hasardées ; on a vu
dans les peuples ^othico -germa niques une colonie persane,
et dans le Kerman l'ancienne Germanie. Des compilateurs
audacieux ont été plus loin; un Écossais ayant renouvelé
la vieille erreur de ceux qui confondent les Scythes, les
Gètes et les Goths, a osé tracer, depuis la Perse jusqu'en
Ecosse, la marche icnaginaire du peuple chimérique qu'il
a créé de tant d'éléniens hétérogènes. Ces l'èveries s'éva-
nouissent comme un songe, lorsqu'on observe que la res-
semblance du persan avec le gothique n'est pas plus forte
que celle de la même langue avec le sanscrit et les autres
anciens idiomes de l'Hindoustan (3). Dun autre côté, elle
se montre également entre le sanscrit, le grec et le latin (4),
£nSn, d'après l'observation récente d'un grand critique,
l'ancien slavon, dont la ressemblance avec le persan était
déjà connue, présente aussi plus d'affinité avec l'allemand
et avec l'islandais, que les idiomes slavons modernes (5).
Ainsi ces langues se ressemblent toutes; l'une n'est pas la
mère de l'autre, mais elles remontent toutes à une souche
inconnue. Est-ce que des hommes d'une même race au-
10 R Iiitegri venui periicè scribi posiUiit'quot Germanui iiileUigat. >
Ot. Hanov., p. >5i. — W iï^/i. , in voce Oirtûu, V.b.~t}) Paul, à
S. Bartholomeo , île Aniiquitale et allinllnle lingiiic zendica? , samaerda-
micn; rt gcrmanii^ic. Rome, 179^. — W SchUgel, sur la langue et lu
Eogcsbc des Indiens, ch. 1. —<.••) Schlaiei; dana son édition de JWsMP.
ASIE : La Perse. 397
raient peuplé tous ces pays à uii« époque antérieure à l'Iiis-
toire i" Est-ce que d'anciennes communications auraient ré-
pandu dans taus ces pays les mêmes idées de civilisation ,
et plié sous le joug de règles assez semblables entre elles
les sons (jui désignaient ces idées? Nous l'ignorons; mais
nous savons que l'une de ces nations n'a pas plus de droits
que l'autre à être considérée comme la souche des autres.
« La constitution physique des Persans les rapproche des
Syriens, des Arabes et des Juifs. Le sang est beau; mais le
teint, même dans les provinces septentrionales, est un
peu jaunâtre. 11 devient aussi un peu olivâtre, du moins
chez les hommes, dans le Farsistan et le Kerman. Ils ont les
cheveux noirs, le front haut, le nez aquilin, les joues
pleines, le menton large, et la coupe de la figure le plus
communément ovale, La sobriété habituelle aux Persans,
et la sécheresse du climat, expliquent pourquoi les exem-
ples d'obésité sont si rares eu Perse. Une beauté persane
doit avoir une moyenne taille, de longs cheYeux noirs, les
yeux grands, les sourcils arqués, de longues paupières, une
belle carnation, avec un peu de couleur, un petit nez,
une bouche étroite, un menton resserré, les dents blancbes,
le cou long, le sein garni avec une ricbcsse modeste, les
mains et tes pieds petits, la taille mince et la peau extrême-
ment douce. Les hommes sont généralement forts et ro-
bustes, et propres aux exercices militaires: mais la siccité
d'un air brfilanl et rempli de particules salines les rend par-
ticulièrement sujets aux maux d'yeux. I^a forme et les orne-
mens de la coiffure varient selon la dignité, les richesses
ou le caprice ; une sorte de turban en usage chez les grands
et les princesse couvre d'aigrettes flottantes, de perles, de
diamans : le monarque seul charge sa tête des emblèmes
du soleil ou du globe terrestre (0. La barbe est sacrée pour
) Vciyci nalU, Asicn. I. plancht-s III cl IV,
3qB LIVnF CENT VINGT-SEUVIKME.
les Persans; ils l'entretiennent avec le plus grand soin. Us
mettent souvent trois ou quatre habits légers l'un surl'autre,
attaches avec une ceinture. Les paysans ne portent qu'un
simple surtout carré; mais ce vêtement varie d'ampleur et
de longueur de province à province (')■ Les femmes senve-
loppentla tête de morceaux de soie dediftërentes couleurs:
leurs robes, plus courtes que celles des hommes chez
les danseuses, descendent, chez les femmes de condition,
jusqu'à la pointe des pieds (a). Flottant, ample et léger, cet
habillement a l'air d'un costume religieux ou d'un négligé
magnifique. Le voile est de rigueur dans les villes. Une
mode générale, dans l'Orient mahométan, oblige les femmes
de Perse à porter des pantalons énormes, bourrés de co-
ton. Le luxe. des habits a diminué pendant les derniers
troubles. »
Nous pourrions donner plus de détails sur l'habillement
persan, en énuméranr, d'après IVI. de Hammer, tous les vête-
mens dont il se compose. C'est d'abord, pour les hommes,
le zir-djamé, sorte de pantalon en soie ou en coton , rouge
ou bleu, long, large et attadié par une ceinture en filet;
la pira/ien, chemise de soie, de lin ou de coton, ne des-
cendant qu'un peu au-dessous de la ceinture; ïarkalik ou
nlkalik, tunique d'indienne peinte, ouatée en coton, ou-
verte sur le devant, taillée carrément sur la poitrine et ne
dépassant pas le mollet; le donc, kaba ou ouiemè^ longue
robe, sériée sur la taille et descendant jusqu'à la cheville;
le btdapouch, vêtement de dessus, que l'on peut regarder
comme le manteau de ville; le tiqniè, habit de drap dont la
manche est ouverte en dessous, depuis les aisselles jusqu'au
coude, et que l'on porte principalement à cheval; Iskatihi,
vêtement de brocard garni de fourrure sur les épaules et
sur le dos, que l'on ne porte que dans les joun
(OVojez «nW.piauclii^V, — l'I /*h/c«^ planche VI.
ASIE : La Perse. Bgç)
; le kourdi-nimten, , espèce de camisole serrée à la
ceinture el ne couvrant que la moitié des cuisses; \epoustik
on. hameimi , pelisse eh peau de mouton, dont le poil est
en dedans et que l'on met pour aller au bain ; le kemer on
la ceinture; les tckorab, sortes de bus ou de grandes bottes
en drap rouge; les kechf o\\ pantoufles en sagfiri ou cha-
grin; et les djizmè ou bottes en cuir. Le complément du
vêtement persan est le poignard (khandjar), le couteau
[kard^, et le sabre ( cAemchir ). La coiffure habituelk-
d'un Persan est un bonnet en peau de mouton noir de
forme conique ; mais dans les jours de cérémonies on roule,
sur un bonnet semblable , un cbàie qui donne à cette coif-
fure la forme dun baril. Ce costume est moins majestueux
que celui des Ottomans; mais il est plus commode et plus
élégant. On voit, par les parties que nous venons de décrire,
qu'il est entièrement différent de ce qu il était du temps de
Chardin. Quant aux couleurs, elles changenlsuîvant les âges ,
et surtout suivant les variations de la mode. En général,
les Jeunes gens aiment les couleurs claires et éclatantes.
Les femmes, dans leur intérieur, ne sont vêtues que
d'une simple chemise fendue jusqu'au-dessous du nombril,
et d'un pantalon de toile ou de soie. Lorsqu'elles sortent,
elles se couvrent de quatre voiles épais et s'enveloppent
d'une pièce de toile immense, souvent quadrillée, qui les
cache de manière qu'on ne leur voit que les yeux.
Pour ajouter à leurs attraits naturels , elles se teignent les
ongles, la plante des pieds et la paume des mains en une
couleur rougeâire (le lianna), et rendent leurs sourcils
plus noirs et plus arqués au moyen d'une leintur'j de surme
de cette couleui-. Une de leurs coquetteries serjrètes est de
se peindre autour du nombril des fleurs et d'autres orne-
mens qui ressemblent au tatouage (■}.
<l
i
400 LIVRK CENT VINGT-KËCVIÈME.
» Les Persans mangent deux ou trois fois par jour : ils
dîuent vers midi; leur meilleur repos est le souper. Le
mets favori des riches est le p/'/au ou le r'a, bouilli , préparé
de différentes façons. Le blé est la nourriture ordinaire du
peuple. Les melons, les fruits, les confitures jouent un
gr.ind rôle dans les festins persans. Les gens comme il faut
trahissent presque ouvertement la loi du prophète pour le
culte dé Baechus ; mais le peuple ne connaît pas l'ivrogne-
rie. Cérémonieux et silencieux, leurs repas ne durent ja-
mais plus d'une heure. On loue leur propreté, tant sur leur
personne que dans leurs habitations; le peuple est pour-
tant sale. " La manière dont ils prennent leurs repas n'est
pas très-commode : le jo/ra, grande nappe d'indienne,
souvent ornée d'inscriptions, s'étend moitié sur le sol et
moitié sur les genouK des convives accroupis; elle est
couverte de petits plateaux chargés de trois ou quatre sortes
de riz bouilli; plusieurs petits bols pleins de ragoûts sont
entremêlés de petites soucoupes de confitures ou d'autres
sucreries, et de grandes jattes de sorbets.
■ La circoncision des garçons s'opère par un chirurgien ;
mais celle des filles, pratiquée par les Arabes, est incon-
nue chez les Persans. Les mariages se font par la média-
tion des procureurs; il n'y a de dot que le trousseau : la
mariée est conduite chez son époux, de nuit, en grande
procession, à la lueur des flambeaux et au son fies instru-
mens. La polygamie est permise; maïs la première épouse
jouit de grandes prérogatives, ils mettent beaucoup d'os-
tentation dans leurs pompes funèbres. On élève auK riches
de superbes tombeaux : tels sont ceux des douze imans ou
vicaires du prophète, regardés par les Persans comme ses
seuls successeurs légitimes.
" Le luxe des Persans modernes rappelle, sur plusieurs
points, celui des anciens Perses. De vastes jardins offrent
une promenade solitaire aux femmes des grands, qu'une
ASIE : La Perse. 4o i
jalousie extrême dérobe à la vue des étrangers. Les harems
sont peuplés de belles esclaves, qui, par une dépense énorme
en parures frivoles, ruinent les seigneurs les plus riches.
Outre le goût efféminé pour les bijoux et les pierreries, le
Persan conserve encore lancien usage de se peindre en
noir les sourcils et la barbe (i). Les parasols, les chaises
à porteurs, lès tapis de pied, et bien d'autres usages de
luxe et de commodité, nous sont venus de 1 ancienne Perse,
par Imtermédiairé des Grecs, et surtout des Macédoniens.
Les monarques et les satrapes persans mangeaient au bruit
d*un concert vocal et instrumental, exécuté par des dan-
seuses, que les Grecs appelaient musurges ^ que les Per-
sans désignent sous les dénominations de raccas ou alimeli^
c est-à-dire savantes^ et que nous nommons hay adirés^ d Câ-
pres le nom que les Portugais leur ont donné dans Tlnde.
Tout ce que disent de ces espèces de courtisanes Suidas et
Athénée convient aux Persans modernes, et semblerait copié
dans Chardin (2) : « Les unes jouaient de la flûte, les autres
« An psaltérion à cinq ou sept cordes, La musique naccom-
« pagnait pas le chant comme chez les Grecs ; elle en for-
« niait le prélude. »
«Le goût des Persans pour les fleurs est dune très-^an-
cienne origine. Il est vrai que le savant Langlès a parfaite-
ment démontré que la découverte de l'essence de rose ne
date que de Tan 1612 (3); cependant la fêle de Goulryzé^ ou
de la profusion des roses, paraît indiquée par Hérodote
erQuinte-Curce comme un usage ancien lors de l'entrée so-
lennelle des monarques dans une ville. Un beau climat et
une riche végétation doivent rendre cette fête éternelle.
« Mais c'est une triste gloire pour les Perses d'avoir, d a-
(0 Olivier, V, 271. Xénophon, Cyrop. , I et VIII. — >») Jihén. ,111.
Suiffas, in voce Musurgi. Xénophon , Cyrop. IV, in fine. Chardin,
I. IV, p. 3o5, etc. — (^) Lànglès .* Recherches sur la découverfe de
r essence de rose.
VIII. a6
402 LIVRK CENT VIHGT-NtUVlÈMK.
près les témoignages des anciens (i), inventé une opération
qui, en produisant des êtres sans sexe, donne aux sérails
des gardiens sans pitié ; il est du moins certain que les eu-
nuques étaient aussi nombreux et aussi puissans à l'an-
cienne cour de Persépolis qu'aux cours modernes d'Ispahan
et de Téhéran. L'éducation des princes, admirée par Platon,
était, comme chez les Persans modernes, confiée à des
hommes mutilés (>). Ce n'est pas la seule trace d'ancienne
barbarie qui s'est conservée. Plusieurs punitions atroces,
encore aujourd'hui usitées, sont d'ancienne institution :
on écorchait vifs les rebelles, on les sciait en deux; on
crevait les yeux aux victimes de la politique. Depuis Héro-
dote, au V siècle avant Jésus-Christ, jusqu'à Procope,
au IV^de notre ère, l'histoire est attristée par de fameux
exemples de ces atrocités. Faire couper les oreilles, le nez,
les mains, était un jeu pour les anciens comme pour les
modernes souverains de ce pays (5), Les Perses anciens,
comme les modernes , après avoir passé par les verges ou
reçu la bastonnade par ordre du roi , venaient remercier à
genoux le monarque de ce qu'il avait bien voulu se souve-
nir d'eux (4). Les marques de ia servitude la pins ignomi-
nieuse ne révoltaient pas plus tes anciens que les modernes
grands seigneurs de la Perse. Si, comme aujourd'hui, du
temps de Chardin, les courtisans se donnaient et recevaient
sans honte l'épitliète de chiens du roi , les satrapes du temps
de la dynastie des Arsacides allaient encore plus loin, et,
fidèles à cette expression allégorique, se couchaient au bas
de la table royale pour manger avec respect les restes d'a-
limens que le monarque leur jetait t^). Les génuflexions,
(■) Hérod. , VI. Joseph. , Anliq. Jud. , X , i6, Steph. , in voci; Spadd.
— W Plat., de leg.. 111. Luciau., in Eunueho, — W Hèmd. V. Plu-
tarch. , in Artaxcnc- Ciétiat, inPers. Xénophon, Espetlit. 1. Jmmian.
jtfflJveWiM. , XXUI et XX-X. Procop. , de bello Fera., etc. — Ci) ^leo/.
Damatc. aa.Strab.. XU. — i^Posnd. np. Mien. XIV.
k 1
ASIE : La Perse 4^3
les titres de frère du soleil et de la lune^ ne permettaient
point au roi de Perse de se croire un mortel; il demeurait,
comme les schâhs d'aujourd'hui ^ inaccessible dans son sérail,
au milieu des femmes et des eunuques. Tous ses sujets , sans
distinction de rang, étaient qualifiés ^esclaves. En un mot ,
l'histoire ancienne de la Perse nous retrace presque trait
pour trait le hideux spectacle de despotisme et d'esclavage
que nous présentent les annales modernes de ce pays. Il y
a quelque chose d'effrayant dans cette succ*ession hérédi-
taire des mêmes vices et des mêmes atrocités. *
Chez les Persans d'aujourd'hui , dommé au temps de Xérto-
phon , les règles de la plus sévère étiquette fixent les rangs
et les prérogatives de toutes les classes d'individus. De même
que le premier ministre rampe devant le souverain , on voit le
plus misérable paysan prendre la plus humble Contenance
devant le chef de son village. Un fils, de quelque haute
dignité qu il soit revêtu , ne s'assied jamais devant son père.
A la cour, les princes du sang, les poètes, les savans et les
ambassadeurs sont les seuls personnages qui aient le privi-
lège de s'asseoir devant le roi.
« On a souvent dit que les Persans étaient les Français
de l'Asie; en effet, les habitans de Chirac ressemblent uh
peu aux Parisiens par leur démarche vive et légère, par la
volubilité de leur langue, la facilité avec laquelle ils tour-
nent un compliment, le plaisir qu'ils éprouvent à dire des
riens agréables, le soin minutieux qti'ils prennent de leurs
vêtemens et de leur parure. Il serait cependant plus juste de
les nommer les Italiens de l'Asie. Les Persans ont, en géné-
ral, beaucoup de finesse et de souplesse d'esprit; ils en ont
même trop; Chardin, leur meilleur apologiste, convient
qu'ils sont fourbes, égoïstes, livrés à la vénalité, et inca-
pables d'aucun essor généreux. Leur politesse n'est qu'un
vain cérémonial; leur hospitaUté n'est ni exempte de
nité, ni séparée de l'espoir d'être payés de leurs atteiiti
a6-
4o4 LIVRE CENT VINGT- NEUVIÈME.
par des prësens. Ils semblent se considérer comme beau-
coup plus sages et plus spirituels que les autres nations :
cependant ils flottent toujours entre l'anarchie et le des^
potisme. Doux et humains en temps de paix, ifs semblent,
dans leurs guerres civiles, altérés de sang; mais, vainqueurs
ou vaincus, riches ou pauvres, leur gaieté et leur présence
desprit ne )es abandonnent jamais; on voit chez eux une
joie immodérée succéder aux plus violentes querelles. »
« Le persan, dit un voyageur français (0 , n'a pour lui
« que le premier coup d'œll. Il n'a que l'extérieur de la
« bonté : n'en attendez pas autre chose. Que vous excitiez
<c ou non sa méfiance, qu'il vous aime ou vous haïsse, qu'il
« espère ou qu'il n'espère pas de vous, il cherchera à vous
« tromper. Il ne tiendra jamais ses promesses, et vous serez
« toujours sa dupe. »
Si nous consultons Malcolm, voici ce qu'il nous dit :
« La nation persane, en général, forme un beau peuple,
«rempli d'énergie, d'activité, d'imagination; un peuple
« d'une conception rapide , et dont les manières sont agréa-
ce blés et même entraînantes. Mais les défauts des Persans
« l'emportent sur leurs vertus. Sous le régime qui les gou-
« verne, étant contraints, dans toutes les circonstances, de
« recourir à la ruse ou à la violence, ils sont alternative-
« ment ou esclaves ou tyrans. »
Pottinger peint ainsi les Persans : Aimables envers leurs
égaux, serviles envers leurs supérieurs, superbes envers
leurs subordonnés, ils sont, dans les plus hautes conditions
comme dans les classes les plus inférieures, également avares
et fripons. La fausseté et la perfidie leur paraissent des
moyens plausibles pour parvenir à leurs fins. Bref, la Perse
est pour ainsi dire le foyer.de toute espèce de vexation,
de tyrannie, de cruauté, de bassesse et d'opprobre.
(0 Dupré 1 t. II, p. 399 et suiv.
ASIE : La Perse, 4^^5
Le voyageur Otter s'exprime, à 1 égard des Persans, dé la
manière suivante : « Ils ont Tesprit très-délié; ils réussis-
se sent dans les sciences, dans les arts, et généralement
« dans tout ce qu'ils entreprennent. Ils sont de bonne so-
« ciété, civils et polis envers les étrangers. Ils aiment le
« vin , les fêtes et le luxe, qu'ils ont porté aussi loin qu'au-
« cune autre nation. Ils sont bons connaisseurs en tout, et
« il est difficile de les tromper : c'est ce qui fait que les juifs,
« qui dans la Turquie sont puissamment riches , sont fort
« misérables en Perse. »
Ecoutons maintenant M. Jaubert : « Persuadés que la
« justice n a d'autre règle que la volonté du prince, les
« Persans courbent la tête sous le joug, et ne conçoivent
« pas même qu'il soit permis de s'y soustraire. Ils combat-
« tent par obéissance ou pour changer de maître, mais non
" pour la liberté, mot qui n'a point d'équivalent dans leur
« langue. Ils flattent sans pudeur l'homme puissant qui les
« opprime, et mettent souvent en pratique cette maxime
« odieuse, qui est devenue proverbiale chez eux : Baise
« la main que tu ne peux couper, A leurs yeux le droit
« n est rien, la force est tout. Le succès justifiant toujours
« l'entreprise, ils comptent pour peu de chose le choix
« des moyens. La perfidie, la trahison, le parjure n^ônt
« rien qui leur paraisse répréhensible : il faut réussir. Dis-
« simuler, retiier même sa religion dans un danger pres-
« sant, n'est point un crime à leurs yeux. Je le» ai entendus
« se glorifier, comme d'une action héroïque, d'avoir fait
« assassiner lâchement un général ennemi. Cette morale
« affreuse fut de tout temps celle des habitans de la
« Perse (i). « ■
Outre la fête des roses, dont nous avons parlé, il existe
en Perse plusieurs autres fêtes plus ou moins célèbres e^
(0 À, Jauben : Voyage en Arménie et en Perse, p. ^-2^.
4o6 LIVRE CENT VlNGT-NEyVIEME.
plus OU moins antiques : telles sont la fête des flammes
{Ydi'niran)y ia fête des eaux {^Abrizegan) ^ la fête dcjs
sacrifices ( Ydî'Kourban)^ le Ramazan, le petit Beyram,
XAchoura ou le martyre de Hassan et Hussein > enfin le
Nèw-rouz ou la fête du nouvel an, instituée par Djemchid,
et dont les processions sont représentées sur les marbres
dlstakhar^ dans la plaine de Persépolis,
<i La fête du nouvel an , la seule fête civile que les Per-
sans connaissent, est célébrée avec beaucoup de pompe«
Le sultan Djélaleddin , instituteur d*un calendrier qu on
dit préférable au calendrier grégorien, a fixé la fête du
irenouvellement de Tannée solaire au jour de 1 equinoxe
du printemps, tandis que l'année mahométane et lunaire
commence à une époque variable. « On annonce la fête au
• peuple, dit Chardin, par des décharges d'artillerie et de
« mousqueterie dans les lieux où il y en a Les astrolo-
« gués, magnifiquement vêtus, se rendent au palais royal
<( ou chez le gouverneur du lieu, une heure ou deux avant
« lequinoxe, pour en observer le moment... A l'instant qu'ils
% en donnent le signal, on fait des décharges, et les instru-
« mens de musique , les timbales , les cors et les trompettes
« font retentir l'air de leurs sons. Ce ne sont que chants y
« qu'allégresse chez tous les grands et les riches du royaunae»
(c. A Ispahan on sonne des instrumens tous les huit jours de
« la fête devant la porte du roi, avec des danses, des feux
« e^ des comédies comme à une foire, et chacun passe la
<(. huitaine dans une joie qui ne se peut représenter. Les
«^ Persans, entre autres noms qu'ils donnent à cette fête, la
«. nomment \àfète des habits neufs ^ parce qu'il n'y a homme
« si pauvre et si misérable qui n'en mette un , et ceux qui
K en ont le moyen en mettent tous les jours de la fête. C'est le
« vrai temps de voir la cour, car ^Uç est plus pompeuse qu'en
« aucun autre temps,.,. Chacun s envoie des présens, et dès
« la veille on sentr'ençoie des œufs peints et dorés. Il y a
ASIE : La Perse. 4^7
<t de ces œufs qui coûtent jusqu'à trois ducats d or la pièce.
« Le roi en donne comme cela quelques cinq cents dans son
« sérail, dans de beaux bassins , aux principales dames. J'eii
• ai rapporté quelques uns de cette sorte. Uœuf est couvert
« d'or, avec quatre petites figures ou miniatures fort fines
« aux côtés. On dit que de tout temps les Persans se sont
n donné des œufs comme cela au nouvel an , parce que l'œuf
(« marque le commencement des choses. ^ M. Langlès fait
remarquer, à ce sujet, le rôle que joue, dans les cosmo-
gonies orientales ^ ïceuf mythologique^ symbole du chaos
et de letat primitif du monde. « Après le moment de Téqui-
« noxe, continue Chardin, les grands vont souhaiter là
<( bonne iete au roi j leur tadje ou bonnet royal en tête ,
N chargé de pierreries, dans 1 équipage le plus leste qu'ils
'( se peuvent mettre, et chacun lui fait son présent, con-
'« sistant en bijoux et en pierreries, ou en étoffes^ ou en
« parfums, ou en des raretés, ou en chevaux, ou en ar*
« gent , chacun selon son emploi et selon ses biens. La
«plupart donnent de lor, s excusant sur ce que Ton ne
« trouve plus rien dans le monde qui soit, assez beau pour
» entrer dans la garde-robe de sa majesté. On lui donqe or*
« dinairenient depuis 5oo ducats jusqua 4ooo. Les grands
« qui sont en emploi dans les provinces font aussi faire
« leurs complimens et leurs présens^ nul ne s'en exempte ,
« et c'est à qui surpassera les autres et soi-même , à l'égard
« de ce qu'il a fait les années précédentes, de manière que
a le roi reçoit de grandes richesses en cette fête, dont en^-
« suite il dépense une partie dans le séi*ail à donner les
« étrennes à tout ce grand monde qtii le compose.... Les
u grands passent le reste du jour à recevoir les visites et
« aussi les présens de ceux qui sont sous leur dépendance^
«* car c'est l'invariable coutume de l'Orient, llnférîeure/b/i-
« nant2k\x supérieur, ef le pauvre donnant au riche, depuis
<( le laboureur jusqu'au roi. »
4u8 LIVRE CENT VINGT-NEUVIÈME.
« Cet usage remonte à la plus haute antiquité, et pro-
hablement aux temps du gouvernement patriarcal. Quand
les anciens rois de Perse passaient dansj un village, on leur
offrait des bœufs, du fromage, du blé. Le roi Artaxercès-
Mnémon ayant un jour rencontré à Timproviste un nommé
Sénéfas , celui-ci , qui n'avait rien sous la main qu'il pût
offrir au monarque, courut chercher, dans la paume de sa
jnain, un peu deau limpide; et ce don si simple, accom-
pagné duri discours plein de dévouement, lui valut Tac-
cueil le plus gracieux. Plutarque et ^lien racontent encore
^ un autre trait de ce même prince. Un certain Mégisthès lui
offrit en présent une pomme d'une grosseur démesurée; il
en conclut que ce particulier saurait faire prospérer tout
ce que Ton confierait à ses soins, et lui donna une grande
place. Cela est tout-à-fait dans l'esprit de l'Orient, esprit
qui n'a jamais changé. »
« Mais reprenons la description de la fête du nouvel an.
Les gens dévots, continue Chardin, passent, s'ils le peuvent,
tous les premiers jours de la fête en dévotion dans, leur lo-
gis. Us se purifient au point du jour, en se lavant tout le
corps dans l'eai^, puis ils se vêtent d'habits bien nets,
s'abstiennent de femmes, font leurs prières ordinaires et
les extraordinaires du jour, lisent le Coran et leurs bons
livres ; tout cela à dessein de se procurer, par cette dévotion,
une heureuse année. « Une chose aide fort à rendre cette
« fête solennelle, c'est qu'on y fait aussi commémoration
« de l'inauguration d'Aly à la succession de Mahomet. >»
Les Persans qui sont chiites, prétendent que ce fut au jour
de l'équinoxe que le prophète remit le khalifat entre les
mains d'Aly; ce qui fait que de toutes les fêtes religieuses,
celle-ci est la seule qui ne soit pas mobile, étant réglée
d'après l'année -solaire. »
« Il parait prouvé que cette fête du nouvel an , chez les
Persans , remonte à la plus haute antiquité. I<e roi Djenichid ,,
ASIE : Za Perse. 4^9
qui, d'après la conjecture bien appuyée de M. Wahl, est
le même que \ Achœmenès des historiens gre(?s, régla le
premier le calendrier, et établit la fête de Nèw-rouz ou de
la nouvelle année; mais l'ordre des mois persans a subi
plusieurs changemens , vraisemblablement dus à une
irrégularité primitive du calendrier. M. Langlès a re-
marqué cette circonstance, mais voici un fait qui semble
pouvoir conduire à calculer, du moins à peu près, la
marche progressive de cette irrégularité. Strabon dit que
les mariages des Perses se concluaient à l'équinoxe du
printemps ; d'après le calendrier de Djélaleddin , expliqué
par M. Langlès, le jour spécialement consacré aux maria-
ges était le 5 du mois à' Esfendiarmez j qui répond au 26 ou
au 27 février : il paraîtrait donc que depuis le temps de
Strabon jusqu'au siècle de Djélaleddin, c'est-à-dire pen-
dant onze cents ans , le dérangement du calendrier ne
montait pas tout-à-fait à un mois. Si donc le mois
Azer qui, selon Djélaleddin^ répond à novembre, occu-
pait autrefois la place de Fen^erdiriy ou mars, il faudrait,
pour expliquer ce changement par l'effet d'une irrégula-
rité progressive , faire remonter l'origine du calendrier de
Djemchid et de l'empire persan à plus de 35oo avant Jésus-
Christ. »
« Toutes ces choses resteront encore long-temps enve-
loppées d'épaisses ténèbres. Je ne saurais pourtant passer
sous silence une analogie frappante que la mythologie
adoptée dans le calendrier persan de Djélaleddin offre
avec la mythologie Scandinave. Tirest, chez les Persans,
Tange gardien des troupeaux et du mois de juin; Tyr est
selon l'Edda, le dieu de l'aveugle force; c'était le dieu de la
guerre avant Thor et Odin. Le nom de Tyr signifie encore
en danois et en suédois, taureau. C'était donc évidem-
ment cette divinité que les Cimbres adoraient sous l'em-
blème d'un taureau de cuivre* Ce rapprochement peut
4lO LIVRE CEWT VINGT-NEUVIÈME.
ètre.âjoutéà tant d'autres indices dune ancienne pai*enté
entre les Persans et les peupleis de race gothique (0* »
« La religion mahométane^.qui est aujourd'hui celle de
la plupart des Persans y a perdu ici une partie de Tinto-
léranc0 fanatique qui la caractérise. Comme chiites ou
partisans d'Aly , les Persans portent aux Turcs et à d autres
sectateurs d'Omar uiie haine mortelle; dans la fête d'Hus^
sein, fils d'Aly, et l'un dés grands saints de la secte per-
sane, on entend |6s rués de Chiraz retentir d'imprécations
contre les sunnites (^); mais ces haines, peut-être entrete*
nues par la rivalité politique de deux empires, ne s'étendent
pas aux autres religions. Nulle part dans FOrient les chré-
tiens d'Europe né sont mieux reçus; les Juifs et les Armé-
niens sont vexés, mais moins qu'ailleurs ; depuis long-temps
on a cesse de persécuter les Guèbres ou adorateurs du feu;
le roi régnant tolère même, malgré le clergé persan, di-
verses sectes mahométanes , entre autres les ismaélites,
dont le patriarche réside dans l'Irak- Adjemi(^). Le clergé
persan avait déjà éprouvé un contre «temps plus sensible
sdos le règne du fameux Nadir. Ce conquérant, qui, dans
sa profonde mais cruelle politique, méditait la réunion de
toutes les sectes mahométanes, fit un jour assembler les
mollams et les imasj ou les docteurs en théologie, et les
desservans des églises; il leur demanda quel usage ils fai-
saient de leurs revenus : « Nous les employons en œuvres
pieuses; nous faisons dire des prières pour la prospérité de
(0 L*ère persane , dont la fondation est attribuée à Djemchid , com-
mençait à Vëqainoxe de Taiitomne ; les nonns des mois étaient les mêmes
que ceux dont se sert Tère djekleenne qui commence à Téquinoxe du
printemps. Chaque mois est de 3o jours » auxquels on ajoute 5 ou 6 jours
complémentaires. Ainsi Tancienne année persane, qu'on appelle encore
yezdedjirdique , était la même que celle dont on aurait essayé l'établis-
sement en France en 1793 sous le nom d*ère républicaine.
{Note communiquée par M* Jouarmin. )
(*) Franklin , II, 9a -(|5. — (^) M. Rousseau, dans les Annales des
Voyages, XIV, 279.
ASïK : La Perse. l\\i
l'empire ; nous élevons la jeunesse dans les collèges. » Le
despote leur répliqua : « Les calamités que l'empire éprouve
« depuis un demi-siècle montrent assez combfen vos prière»
« sont impuissantes; quant aux collèges, je me chai'ge de
« leur entretien; ainsi, comme mes soldats^ soutiens de la
» foi et de FEtat, sont aussi les seuls véritables mollas^j'or*-
« donne que vos biens soient confisqués à leur profit (i). »
Nous pouvons ajouter qu'en Perse là religion mahomé-
tane a dégénéré en momerie , et ne consiste plus que dans
l'accomplissement de quelques cérémonies et dans des pra*-
tiques passées en habitude ; ce qui n'empêche pas les Per-
sans de punir sévèrement ce qu'ils appellent la profanation
des choses saintes. Cet esprit irréligieux a même passé dans
toutes les classes : les derviches eux-mêmes en donnent
l'exemple au peuple par leur scepticisme; aussi, avec la foi
religieuse s'est évanoui l'enthousiasnie belliqueux; aussi
le Persan n'a-t-il plus pour mobile dans ses expéditions
guerrières que l'ardeur du pillage.
« Nous ferons observer ici, en passant, qu'il existe en-
core dans le Khousistan une secte mahométane très-reroar"
quable : c'est celle des Sàbiens, en arabe Sabioun, qu'on a
tort d'appeler SabéenSy^ et de confondre par-là avec les adhé^
rens de l'antique culte des astres , désigné sous le nom de
Sabéisme, et avec les peuples de l' Arabie-Heureuse connus
sous les noms de Sabâ et Schabâf d'où les géographes grecs
firent SabœL La secte dont nous partons, quoiqu'elle ait queK
ques établissemens près de Bassorah et de Lahsa , n'a rien de
commun avec les Sabéens de l'Yémen ni avec Iç culte des
astres; elle a été fondée dans le IX® siècle par un certain
Nassaïri; et ses livres religieux, écrits dans un idiome
syriaque qui se rapproche du dialecte galiléen , indiquent
le pajrs d'où elle est originaire W. Comme les Sabiens ré-
(0 Langlès , Notice chronologique , d»ns Chardin ^ X ^ ai i . — (») I^or-t.
4l2 LIVRE CENT VINGT-NEUVIÈME.
vèrent la croix, comme ils emploient une sorte de bap-
tême, et s'appellent en même temps disciples de JohanneSy
on a pense un instant que c'était une secte née avec le
christianisme dans la Galilée : mais cette opinion paraît
avoir été suffisamment réfutée; leurs dogmes se rappro-
chent beaucoup de ceux des Ismaéliens, et en partie de
ceux des Guèbres. Le nom de Johannes signifie , selon un
savant orientaliste , la lumière , et n'a rien de commun avec
la dénomination des Chrétiens de Saint- Jean dans l'Inde (0 :
peut-être faudrait-il plutôt y voir un reste de l'ancienne
fable chaldéenne sur le prophète et demi-dieu Oannes. Les
Sabiens immolent des poules et un bélier. Leurs mariages
sont accompagnés de beaucoup de cérémonies relatives à
la conservation de la virginité (2).
« Revenons au portrait général des Persans. Les sciences
et les lettres avaient jeté plus d'éclat en Perse sous les sé-
phisque dans aucune autre contrée d'Asie, depuis l'époque
des califes. Les poèmes de Ferdoucyiy de Saadiet de Hajis^
ont plu dans des traduction^ européennes. L'imagination
vive et fleurie de ces auteurs ne respire que l'odeur des
roses, n'entend que les soupirs du rossignol, ne vit que
dans le monde des génies et des fées; mais il y a du vide
dans les pensées et dans les sentimens ; c'est l'image du sol
persan avec ses paradis et ses déserts. Il reste encoreT quel-
ques faibles clartés ; le souverain actuel cherche à les en-
tretenir et à les répandre. Les langues arabe, turque et
bei"^ j dams Jj^icïtaè'Us f Bibliothèque orientale, XV, p. iî6-i43. Obser-
\ati0n3 de Nielfuhr, ibid. XX, p. i , et réponse de Norber^g <, p. 149»
Idem, de religione et linguâ Sabaeorum, in Comment. Gotting. , XV.
( M. Norberg , savant orientaliste et professeur à Lund , en Scanie ,
travaille à un ouvrage sur le dialecte et les dogmes des Zabiens ).
(0 Tychsen , dans le Muséum allemand , 1 784 ; dans le Journal de
AlutTf l^' cah. ; Bruns, dans le Reperlor. orient. ^ XVII, p. aS, etc.
( Langlès devait publier l'alphabet des Zabiens ou Ssaby.) — (*) Boullaye-
la-Gouz , Voyages, p. 3o3. Chardin, VI , 48- 143 sqq. Niebuhr , 11 , 14 1 •
ASIE : La Perse. 4^3
persane, 1 éloquence, la poésie, la théologie, la médecine
et 1 astrologie sont enseignées dans de nombreux collèges.
Si la Turquie n était pas placée comme une barrière entre
les lumières de l'Europe et le génie naturel, nous verrions
peut-être ce. peuple asiatique prendre un essor extraordi-
naire. En Perse, on estime les gens instruits^ on leur accorde
les places les plus importantes (0.
« Les talens naturels des Persans s'étaient exercés dan^ la
carrière de l'industrie. Chardin a donné un aperçu fort dé-
taillé des manufactures et du commerce de la Perse dans le
XVII® siècle. On avait porté à une haute perfection la bro-
derie sur le drap, la soie et le cuir. La poterie se fabriquait
dans toute la Perse, et la meilleure venait de Chiraz, de
Mechhed, d'Yezd* 11 s'en fabriquait d'une qualité qui ré-
sistait au feu ; la matière en était si dure , qu'on en tirait
des mortiers assez forts pour y piler différentes substances.
La porcelaine qui se fabrique à Kerman, renommée pour
sa légèreté, est encore remarquable sous un autre point de
vue. Pline dit que les fameux vases murrhins étaient ap-
portés en partie de cette province , nommée alors Carma-
nie (2). Peut-être les vases murrhins n'étaient -ils qu'une
sorte de porcelaine fabriquée d'après des procédés aujour-
d'hui oubliés. Les manufactures de cuir, de chagrin et de
maroquin remontent aux temps des rois parthes, et peut-
être à l'époque de Cyrus P) ; elles se maintenaient lors du
voyage de Chardin ; elles fleurissent encore. Les Persans
travaillent fort bien en chaudronnerie : ils se servent de
1 etain de Sumatra pour étamer leurs batteries de cuisine.
Les arcs de la Perse étaient les plus estimés de l'Orient;
leurs sabres damasquinés, faits avec du fer et de l'acier
(0 Olivier, Voyage en Perse, chap. x. — (=») Plia. , XXXVII, a.
(}) Voyez les passages cités par Moiigez, Mémoire sur le costume. des
Perses, clans les Mémoires de V Institut, classe de littérature et beaux-
arts, IV, p. lôa. Coijip., F- S^*
4l4 LIVRE CEftT VINGT-NEUVIÈIVU:.
de THindoustan (0 9 paraissent à Chardin inimitables pour
nos armuriers d'Europe. Leurs rasoirs et autres ouvrages
dacier étaient aussi recherchés. Ils étaient habiles a tailler
les pierres précieuses et à faii'e des teintures solides et
brillantes. Leurs manufactures de verre ne méritaient pas
grande attention. Leurs étoffes de Coton, celles de laine,
et celles fabriquées avec du poil de chèvre et de chan^eau ,
leurs spies , leurs brocards et leurs velours atteignaient à
une qualité supérieure. Les tapis si précieux venaient
principalement du Khorassan. Chardin ajoute que , de
son temps , on les appelait tapis de Turquie , parce qu'on
les faisait passer en Europe par ce pays. Les étoffes faites
de poil de chameau se fabriquaient généralement à Kerman,
et celles de poil de chèvre dans les montagnes du Mazan-
deran; mais les draps de coton venaient principalement
de THindoustan. La fabrique des draps larges n était pas
connue, et on j suppléait par une espèce de feutre. Le roi
lui-même était intéressé dans les marchandises de soieries
brocards, les tapis et les bijoux, probablement avec peu
d avantage pour le pays. La marchandise principale de la
Perse était la soie de différentes qualités^ On envoyait à FHin-
doustan le tabac, des fruits con&ts, particulièrement des
dattes, des vins, des chevaux^ de la porcelaine et des ouirs
<le différentes couleurs ; à la Turquie , du tabac, des usten-
siles de cuisine; à la Russie, des soies fabriquées.
a Cet état de choses n'a pas autant changé qu on pour-
rait se l'imaginer. On fabrique encore d excellens sabres à
Kazvïn et dans le Khorassan. On les reconnaît à la qualité
de lacier très-fin , sur lequel on voit des veines ondoyantes
qui forment une espèce de moire; on les damasquine en
or ; ces lames ne plient pas. Les sabres de Kazvïn coûtent
6o à 8o piastres, mais ceux du Khorassan coûtent jusqu'à
(0 Chardin, IV, i36, édit. de Langlès.
ASiK ; La Perse, 4*5
loo s«quins ou ySo livres de France. Les Persans, ainsi que
les Turcs, battent à fi*oid tous les métaux, jusqu*aux fers
des chevaux; ce qui donne, dit-on, plus de solidité. Les
Persans connaissent encore aujourd'hui 1 etamage des gla-
ces, et taillent le diamant; ils paraissent, généralement
parlant , n'avoir oublié aucun des arts qu'ils exerçaient du
temps de Chardin, et ils en ont encore acquis de nou-
veaux , tels que l'art de travailler l'émail , qu'ils possèdent
très- bien (i). »
Les laines, dit M. de Hammer, sont une des principales
marchandises de la Perse : les lliat ou tribus en font les plus
riches tapis, des feutres magnifiques, des tentes et des
manteaux de voyage nommés kabas. Entre Hamadan et
Ispahan on recueille une manne dont on fait des pâtes
pectorales Qslvaxée^^novaméesguézengubïn, Yezd et Ispahan
sont célèbres par leurs riches brocards, et cette dernière
ville par ses tissus nommés kàt'toun; Kachan par ses étoffes
de soie et ses ouvrages en cuivre ; Koum par ses poteries ;
Recht par ses bures à sept brins {heft tahmiz); Kerman-
chah et Ghiraz par leurs armes, et la seconde de ces villes
par ses cristaux ; Kerman par ses châles , et Nichapour par
ses turquoises. Les ventes et les achats se font rarement au
comptant , mais ordinairement à 6 mois de terme.
« Le manque de bois de construction et la chaleur du
climat semblent avoir empêché les Persans d'établir une
marine dans les ports qu'ils possèdent sur le golfe Persique.
Ils ont d'ailleurs beaucoup d'éloignement pour le métier de
marin , et le pilote est appelé en persan hakhouda , c'est-à-
dire athée. Leur commerce maritime ne se fait que par des
navires étrangers. Celui qu'ils faisaient par Ormus et Gom-
roun avec les Anglais et plusieurs autres nations, était le plus
lucratif qu'ils eussent , mais leurs guerres perpétuelles l'ont
(') Deauchamp y Journal des Savans, 1790, p. 73(1.
4l6 LIVRE CENT VINGT-HEUVIÈME.
ruiné. On prétend cependant encore évaluer à 1 2 millions
les marchandises qui entrent annuellement dans le golfe
Persique ; les deux tiers y sont apportés par les Anglais ; les
Maures, les Indiens, les Arméniens et les Arabes four-
nissent le reste. Les cargaisons de leurs navires consistent
en riz , en siicre , en coton ; en mousselines unies , rayées
ou brodées, du Bengale; en épiceries de Ceylan et des
Moluques; en grosses toiles blanches et bleues de Coro-
mandel ; en cardamome , en poivre , et toutes sortes de
drogues indiennes. L'occupation de la Turquie d'Asie par
des puissances européennes pourrait rendre au golfe Per-
sique son ancienne importance. Des caravanes entre Bas-
sorah et les échelles de. Syrie , offriraient plus de sûreté
que la navigation du golfe Arabique. Le Danube pourrait
aussi recevoir les flottes qui, de Trébizonde et du Phase,
apporteraient les marchandises de la Perse.
« Telle est l'idée générale que nous avons prise des Per-
sans modernes , en comparant entre elles les relations des
voyageurs : mais avouons que cette esquisse est nécessaire-
ment incomplète , tant qu'on n'aura point observé les nom-
breuses tribus nomades dispersées sur tout le sol , et qui ,
d'après des voyageurs récens , y forment comme une se-
conde nation presque indépendante et souvent ennemie
de la population sédentaire , fuyant avec horreur le séjour
des villes, et pillant les caravanes (i). Les hordes turques ou
turcomanes^ répandues dans le nord de l'empire, comptent
625,000 individus; celle des Ef chars j dans l'Azerbaïdjan ,
autour du lac Méraga, forte de 90,000 têtes, a produit le
féroce mais habile Nadir-Chah ; elle se divise en Kassemlou
et Erechlou ; celle des KadjarSy qui comprend 5o,ooo âmes,
et qui demeure dans le Mazanderan , et principalement aux
environs de Téhéran, a donné à la Perse son souverain
(0 Voyez ci-aprcs le l^ableau des Nations qui habitent la Perse,
ASiK : La Perse. 4>7
actuel ; aussi la langue turque domine-t-elle à la cour. Les
Kadjars se divisent en lokarou-bâchy en Achagha-hâchy et en
plusieurs antres tribus. Les tribus Kourdes de Perse , parmi
lesquelles les Erdelany sont les plus puissans, comptent
1 55,000 individus: dans cette estimation on ne comprend pas
les Kourdes agricoles. D'autres tribus importantes sont celles
des Bakhtïariy dans l'Irak et le Louristan , et celles des Féîliy
dans le Khousistan. Les tribus Loures ou LourlenneSy dont
la population est estimée à 2i5,ooo individus, parcourent
principalement les contrées montagneuses entre le Khou-
sistan et rirak, qui, d'après eux, ont pris le nom de
Louristan; elles parlent un dialecte particulier, qui pour-
tant doit ressembler assez au kourde pour avoir été con-
fondu avec cet idiome (0. Comme Hadji-Khalfa assure
que dans le Farsistan on parle trois langues , le parsi , Tarabe
et \^ pehlevij on peut, avec beaucoup de probabilité, con-
clure que la langue loure, seul dialecte aujourd'hui connu
dans le Fars, outre Tarabe et le parsi, est ou le pehlevi, ou
du pioins un dialecte de cette ancienne langue. La côte
du golfe Persique est comme abandonnée aux tribus arabes
dont nous avons déjà parlé ; mais il y a encore dans l'in-
térieur des tribus arabes nomades, dont la force est d'en-
viron 400,000 individus. Une classe particulière parait
comprendre les Ghelakyou Ghilèki, sur les montagnes du
Ghilan, qui parlent entre eux un idiome particulier, tan-
dis que les Embarlou^ habitans des vallées, parlent un
dialecte persan W, Les Paddar^ les Hassaraïsy et autres
tribus peu connues , errent sur les bords de l'Araxe,
« Toutes ces hordes errantes, ou , comme les Persans les
nomment, les Ilot y forment depuis long- temps la princi-
pale force des armées persanes (3) ; ce sont elles qui boule-
(0 Comp. Otter, Voyage , I , p. 267 ( en allcm. ). Sanson , Voyage de
Perse, p. aa2. — (2) Gmelin , Voyage en Perse , 111 , 35o et 35a ( en ail. ,
in-4** ). — C^) Jbdoul'Kerym, Voyage de l'Inde à la Mekkc, p. 37,
trad. de Langlès.
VIII. 37 *
(
4l8 LlVIUi CKNT VINGT-NEUVIKME.
versent ce pays , comme les tribus gothiques bouleyeraaient
l*eiiipire romain. » /
Disons un mot de l'administration , des revenus et 4jes
ressources de la Perse. Le gouvernement persan est uûé
monarchie absolue , un despotisme militaire qui ne recon^
naît aucun frein; le chah peut disposer à son gré de la vie
et des biens de ses sujets. La couronne est héréditaire
en ligne directe : et c'est à tort que Ton a prétendu qu'elle
passe de frère en frère , et que ce n'est qu'à défaut de branche
cadette que le fils succède au père.
Les titres et les dignités sont en grand nombre dans la
Perse : nous allons mentionner tous ceux qui sont de quelque
importance. La désignation de mirza se donne à tous les
lettrés, inais pour ceux-ci elle précède toujours le nom de
l'individu ; elle ne se place après que pour désigner les fils du
monarque et les princes du sang. Le titre de khan se donne
ordinairement aux chefs de tribus militaires et aux gouver-
neurs des provinces et des villes: il est héréditaire dans beau-
coup de familles. Le roi le confère à ceux qu'il veut anoblir.
Après le Vely-Ahdy dénomination réservée à l'héri-
tier présomptif du trône et aux princes du sang, la
plus éminente , dit M. de Hammer, est celle de premier
ministre ( sadri-azem ) , qui porte aussi le titre de itimad'
ud'dew/ety ou celui de mou-temid'ud-dewlet y c'est-à-
dire soutien et confiance de Vempire. Viennent ensuite le
ministre des finances ou l'intendant de l'empire ( emin^
ud'dewlet ) ; le ministre de f intérieur, ou l'ordre de l'empire
(nizam-ud'dew/et)^ qui reçoit aussi le titre de grand-chan-
celier de l'Etat ( mounchi-U-memâlik ). Le naïb-i-mounchi-
oul-memâlik est son substitut. Les mouste^fi sont les secré-
taires d'État. Le lechker- hui>is est le secrétaire d'Etat au
département de la guerre; Tune des principales fonctions
est celle d'exécuteur des confiscations ( darogha4-defter).
Le chef de la justice et des cultes se nomme sadr ou bien
cheik'ul-islam»
JiCs gouverneurs des provinces, qui représentent les
ASIE : La Perse. 4 1 9
anciens satrapes, sont nommés iég/er-ieg^, cest-à-dTre
prince^ des princes ; les commandans de villes considé-
rables hakim; ceux de places moins importantes jza^/^^
qui signifie autorité. Viennent ensuite les maires des villes
{kelanter)^ les lieutenans de police [darogha)^ les com-
missaires de mai*chés {mouIUesib)^ les chefs des gardes
de police (^mir-i-aMas) ^ cest-k-^re pnnces des accidens;
les pak-kar ou percepteurs des contributions, et les maires
de villages ( ketkhouda ).
Les principaels charges de la cour sont les suivantes :
le nasaktchi'bachi ou grand-maréchal, qui est en même
temps lexécuteur de la justice; Xichik^aghasi où grand-
maître des cérémonies j et \t Tàihmandar^backi on •^^nà.-
maître de Thospitalité, chargé de faire les honneurs aui
étrangers et de pourvoir, aux frais de l*État, aux dépenses
des ambassadeurs.
Dans les audiences solennelles le roi est entouré de dif-
férens officiers : ce sont leporte-épée Çsilikhdar)^ \e porte"
bouclier (^kalkandar)^ le ^erse-café {kah\fedjibachi^y le
porte-pipe {kalioundar ) , le porte^sceau ( muhurdar ) , et le
porte- couronne ( tadjdar). Il faut y ajouter le porte-para-
sol y le porte-tabouret et le porte-aiguière. Les gardes-du-
corps se nomment kechiktchi.
C'est le ministre des finances qui est chargé de toutes les
dépenses du harem ; mais la surintendance en est toujours
confiée à une princesse du sang , qui porte le titre de dame
du harem ( banou-i-harem ). M. de Hàmmer fait remarquer à
ce sujet que c'est im usage qui existait chez les anciens Perses.
Ainsi, dit-il, les reines Esther [Asitaré, étoile), Parisatis
( Perizadéj fille de fée ) , Roxane ( Rouhsan, semblable à un
esprit), Monimé {Mou^niméy la clémente) , étaient dames du
harem. Les autres dignitaires du harem, femmes ou hom-
mes, portent le nom de barbeblanche (rich-sifid(^).
Avant d'examiner quels sont les revenus de la Perse , il
(0 M, de Hammei' : Mcmoire sur la Perse.
4^0 LIVRE GEKT VINi^T-NEnVlEME.
conyient de donner une idée de la nature des propriété».
Le sol est partagé entre quatre classes de propriétaires :
la couronne I les particuliers, les communautés religieuses ,
et les personnes qui ont reçu du roi des biens-fonds en
récompense de quelque service éclatant. Les biens de la
couronne se nomment khalisié; ceux qui sont confisqués
au profit du roi prennent le nom de zabt-i-chah; et lors-
qu'il daigne accorder au propriétaire une petite rente sur
le bien confisqué, cette rente est appelée moustéémn.
Les grands propriétaire^ partagent leurs terres entre
les paysans d*un village , et ceux-ci les cultivent. Alais si
le cultivateur fertilise un terrain inculte en le canalisant,
ce terrain devient sa propriété. Chaque village possède un
certain nombre d'instrumens aratoires et de boeufs; les
cultivateurs qui n en ont point trouvent facilement à en
louer. Le propriétaire, par héritage, par achat, ou par
concession royale , reçoit de ses fermiers un dixième du
revenu annuel. S'il canalise le terrain , il en vend leau au
fermier; s il fournit la semence, il perçoit en outre, à titre
d'intérêt, un dixième de la récolte totale ; enfin s'il fournit
les bestiaux pour le labour, il a les deux tiers de la ré-
colte et quelquefois plus, mais alors il se charge de payer
les contributions. Les fiefs, ainsi que les terres concédées par
le roi, n'étant soumis à aucun impôt, l'usufruitier perçoit
seulement trois dixièmes du revenu^ parce que le droit
de propriété et l'impôt absorberaient ces trois dixièmes.
L'impôt foncier ou maliat se paie à la couronne partie
en nature et partie en argent. C'est en nature que le roi
reçoit le cinquième des céréales, du tabac, de Tindigo,
du coton , de la soie et d'autres denrées de quelque valeur ;
mais pour les légumes et les fruits des jardins qui en*
tourent les villes et les villages, il se fait donner de l'argent.
Autrefois cet impôt était du dixième , aujourd hui il est du
cinquième, et est levé par les soins de percepteurs qui
ASIE : La Perse. 4^i
achètent et revendent leur emploi et qui ne livrent que la
quantité due, mais qui trouvent un grand bénéfice dans
les extorsions dont ils accablent les contribuables.
Les animaux sont également imposés : un dieval paie
un réal{^ 5^ c.) par an , un chameau ou un bœuf, les quatre
cinquièmes d*un réal; un mouton et une chèvre le tiers
dun réal; et une ruche d'abeilles le sixième de la même
monnaie. La quotité de Fimpôt personnel et celle de la taxe
des maisons sont difficiles à déterminer : on sait seulement
que les Arméniens, les Juifs et les Guèbres paient une ca-
pitation plus forte que les Mahométans ; elle varie de 3 à
8 réaux , suivant les provinces. Les habitans des villes en
sont exempts. Les boutiques et les nïagasins paient , suivant
Timportance du commerce des marchands^ depuis :i jus-
qu'à 2o réaux.
Par ces impôts on voit que le paysan doit être fort obéré;
il est certain aussi que le boutiquier {dukandar) l'esit
moins , et que le marchand ou négociant {sewdagher) Test
encore moins , puisqu'il ne paie que des droits de douane
et d'octroi.
Les marchandises étrangères sont soumises à un droit
d'entrée de 5 pour cent; mais il existe en outre Un grand
noipbre de douanes particulières {goumrouk-khanè')^ où
les marchandises qui ont déjà payé le droit d'entrée en
paient un nouveau de i à a | pour cetit. Ces douanes sont
affermées à un prix énorme, de sorte qu'il n'est pas de
vexations dont le fermier n'accable le marchand pour aug-
menter ses propres bénéfices.
Les impôts que nous venons d'énumérer ne sont pas les
seuls que le peuple ait à supporter: il en est un, le sadr,
ou tribut extraordinaire, qui est de sa nature tout-à-fait
vexatoire. Ainsi Thabitant est oblige de fournir de che-
vaux , de grains , de fourrages , de moutons , etc., le roi ,.
les princes, les hauts fonctionnaires, les ambassadeurs.
42» LIVRE CENT VIWGT-NEUVIÈME.
étrangers, lorsqu'ils voyagent ; d'approvisionner les troupes
en marche, d'héberger les courriers, et d'entretenir les
routes, les ponts, les édifices publics.
Ce n'est pas tout : nous n'avons pas encore parlé du
pichkechy présent que le roi reçoit à la fête du Netvrouz.
C'est un impôt qui passe pour volontaire, mais qui ne
laisse pas d'être très-onéreux pour le mïa (^reuet)^ parce
que les gouverneurs, dans l'espoir de mériter la faveur
du souverain, cherchent à se surpasser les uns les autres
dans l'importance du présent. Les simples courtisans n'ont
garde de se présenter chez le roi, sans s'être munis au moins
d'une bourse pleine d'or; et ceux qui ne peuvent apporter
ni or, ni argent, ni pierres précieuses, donnent des che-
vaux, des châles et d'autres objets de valeur. A cette
époque tout s'offre et rien n'est refusé. On évalue à plus
<le i,5oo,ooo tomans, ou plus de 3o,ooo,ooo de francs,
la valeur des présens qui viennent s'engloutir dans le
trésor du roi pendant la durée de cette fête.
On assure que la couronne tire un revenu considérable
des édifices publics ; mais nous n'avons aucune donnée sur
son importance. Bien qu'il soit impossible de connaître
ou d'évaluer d'une manière exacte les revenus de la Perse
ou de son souverain, ce qui est absolument synonyme,
nous croyons qu'ils ne s'élèvent pas à moins de 2,5oo,ooo
tomans qui, calculés en monnaie française, forment
5o,ooo,ooo de francs (0.
(0 M. Ad. Balbi porte ces revenus à 80,000,000 de francs : c*est
probablement en y comprenant le pichkech. Un anonyme , auteur de plu-
sieurs articles sur la Perse » insérés dans le journal Le Temps , des aB
juin, 4 <^t 39 juillet i834y articles du reste généralement très-exacts , et
que nous avons consultés avec fruit, porte ces mêmes revenus à 2,489,000
tomans; ce qui, hraison de 30 francs par toman, forme 49;78o,ooo francs.
Nous ferons observer à ce !>ujct que le foman porté pour la valeur d(^
44 fr. 44 ^' <^«»ns lo Nouveau Traité des Monnaies de M. Guérin de
riiionvillc, n'est, plus qu'une monnaie do compic.
ASIE : La Perse. 4^3
Cette*somme, dans un État comme la Perse, où les objets
nécessaires à la vie sont à un taux bien moins élevé qu en
Europe , doit suffire non seulement à lentretien de larmée
et aux autres dépenses publiques, mais à celles, du mo-
narque, qui sont très<-considérables , lorsque Ton songe à
ce que doit coûter un harem composé de 3oo femmes,
avec domestiques , esclaves., eunuques et autres employés ,
la solde des gardes-du-corps , Tachât et l'entretien des
bétes de somme , des chevaux , des chameaux et des équi-
pages du roi, la réparation des châteaux royaux, le salaire
des fonctionnaires publics, les pensions faites aux membres
de la famille royale qui, à lexception de 19 fils et petits-
fils soutenus par les revenus des divers gouvememens qui
leur sont confiés, s élèvent à des. sommes importantes;
enfin les cadeaux faits par le prince, non seulement aux
différentes personnes qui composent sa cour, mais aux
étrangers de distinction. Cependant il est probable que
les guerres malheureuses que la Perse a soutenues depuis
une vingtaine d'années, que la perte qu'elle a faite de
quelques unes de ses provinces , ont dû considérablement
diminuer les ressources de cet Etat, et peut-être même
absorber en grande partie le trésor immense que le chah
régnant conservait dans son palais à Téhéran.
Ce n'est pas cependant le traitement des fonctionnaires,
quel que soit leur rang, qui peut obérer le trésor royal,
puisque l'on sait qu'ils sont en général très-peu rétribués.
Mais il est bon de répéter que, dans les provinces, c'est le
peuple qui est victime de la parcimonie du gouvernement :
ainsi certaines classes de fonctionnaires, qui sont payés en
traites sur les districts qu'ils administrent, obtiennent par
leurs exactions le double et le triple de ce qui leur est
alloué; ceux qui sont rétribués sur les fonds du trésor n'ont
pas toujours, à la vérité, cette ressource désastreuse pour le
pays, mais le roi les indemnise quelquefois par de ridies
4^4 LIVRE CENT VINGT-NEUVIÈME.
présens. Il est vrai encore que , lorsque ces fonctionnaires
ont acquis quelques richesses , le monarque absolu les dé-
pouille suivant son caprice. Aussi la Perse est-elle le pays
où le peuple est le plus écrasé d'impôts, et la haute classe
la plus endettée, la plus mécontente et la plus démorali-
sée. Quelle perspective encourageante pour les projets am-
bitieux de la Russie ! Déjà cette puissance a su importer
chez les Persans le fléau du jeu, et, malgré le précepte du
Coran, ce fléau fait déjà parmi eux d effroyables ravages.
L'armée persane se compose de milices provinciales et
de cavalerie fournie par les tribus nomades, soldats presque
indisciplinés , et de troupes exercées et équipées à peu près
à leuropéenne, et que Ton désigne sous le nom de kou-
chx>uTw<Lkavi y c'est-à-dire troupes à la solde du roi. Elle
est conséquemment divisée en deux grandes classes: les
djanhazj ou soldats soumis à Tancienne discipline , et les
serbaz, ou soldats soumis à la nouvelle. On y distingue
plusieurs corps particuliers : les zemhourektchi ^ artilleurs
montés sur des chameaux ; les kechikdjij gardesrdu-corps
répandus dans les différentes résidences royales, et for-
mant un total de 3ooo hommes, et les ghoulam^ gardes-du-
corps à cheval , qui ne quittent jamais le roi , et qui sont au
nombre de 3 à 4ooo. Outre leur service habituel , ils sont
souvent chargés de missions qui exigent de lactivité et une
fidélité à toute épreuve; quelquefois ils sont employés dans
des affaires importantes; on leur confie même la percep-
tion de quelque impôt extraordinaire; ce-st alors qu'ils
savent tirer de leur position des profits considérables :
aussi l'arrivée d'un ghjoulam dans un canton est-elle sou-
vent considérée par les habitans comme un véritable lléau ;
la terreur qu'elle inspire est si grande qu'à son approche
ils s'enfuient épouvantés dans les montagnes ou dans le
canton voisin.
Les généraux portent le litre de hhan; ics gra(l<»s infé-
ASiB : La Perse. 4^5
rieurs se désignent par les noms de binrbachiy ïouz-ia^hiy
pendjah'bachi et deh-bachiy c'est-à-dire chefs de looo,
loo, 5o et 10 hommes.
Comnie la Perse ne possède ni hôpitaux militaires, ni
magasins pour lapproyisionnement de larmée^ le soldsit
est obligé de se fournir, sur sa solde annuelle, de tout ce
dont il a besoin. Cette solde varie de 6 à 7 tomans (120
à i4o fr. ) par soldat, et de 20 à 3o ( 4oo à 600 fr. ) par
officier. La paie la plus haute pour un officier supérieur est
de 5oo, 1000 et même 2000 tomans par an. Quant aux chefs
des nomades , leur traitement n'est point fixe ; il est pro-
portionné au nombre d'hommes qu'ils commandent.
Les armes en usage dans l'armée persane sont le fusil à
mèche 9 la carabine, le sabre, le pistolet, de longues lances
en bambou flexible, des boucliers, des javelots et des
masses d'armes. La cavalerie turcomane porte aussi des
arcs et des carquois. L'infanterie est peu nombreuse. L'ar-
tillerie est le corps le plus mal organisé : elle est même
presque toujours un embarras dans une bataille, parce
qu'elle n'est pas pourvue des munitions nécessaires ;
aujourd'hui elle a rarement plus de 20 à 25 charges par
pièces , et il arrive souvent qu'avant la fin d'une affaire elle
devient tout-à-fait inutile. C'est au prince Abbas-Mirza
qu'elle doit son organisation. Le voyageur Morier, qui fut
attaché à une ambassade anglaise en Perse, raconte qu'un
jour que Ton parlait au prince du projet de soumettre les
Ta tares Ouzbeks, celui-ci s écria : « Oh rien n'est si facile!
Je me rappelle le temps où nous autres Persans nous ne
valions guère mieux qu'eux. Le chah mon père, ajouta-
i-il, assiégeant une fois un fort, n'avait qu'une seule pièce
de canon et trois boulets ; et cependant on regardait cela
("onime quelque chose. 11 tira deux de ses boulets sur les
ennemis et les somma de se rendre; les assiégés, qui sa-
vaient qu'il n'avait quun boulet de reste, lui répondirent ;
•f
4
426 LIVRE CENT VINGT-NEUVIÈBIE.
«Pour Dieu! tirez-nous votre dernier boulet et laissez-
H nous tranquilles. » Cette réponse y toute plaisante qu'elle
est, n'est cependant pas sans justesse : les Persans cou-
ronnent leurs ouvrages de construction par les plus grosses
pierres au lieu de les placer dans les fondations ; il s'ensuit
que la plupart de leui*s forts s'écroulent facilement; dès
lors on conçoit qu'un boulet de plus ou de moins n'est pas
une chose indifférente.
Les troupes persanes marchent presque toujours de nuit,
à la clarté de torches allumées et au son d'une musique
bruyante. Elles vivent , avons-nous dit , sur le sol persan ,
aux dépens des habitans; de sorte que leur approche est
aussi redoutée que celle d'une armée ennemie. Précédées
de leurs bagages, elles avancent toujours dans le plus
grand désordre, pillant et saccageant les pays qu'elles
traversent. Lorsqu'un khan arrive dans le lieu désigné
pour le quartier-général, ses gens renversent les habita-
tions et les murs de clôture pour donner passage aux
troupes, construisent une habitation pour le chef, et dé-
tournent toutes les eaux^ courantes pour les amener dans
le camp. Pendant ia nuit personne ne fait sentinelle; les
cavaliers mettent des entraves aux pieds des chevaux, et
toute la troupe se livre au sommeil, restant exposée au
danger des surprises nocturnes.
Gomment croire qu'un peuple aussi abruti que le peuple
persan , courbé sous le joug le plus despotique , et défendu
par des armées si peu à craindre pour un ennemi , et si
redoutables pour la nation seule , puisse résister aux projets
d'un voisin ambitieux?
TABLEAOX.
TABLEAU
4*7
De la population y de la superficie , des contributions , et du contingent
en soldats , de chaque province de la Perse.
PROVINCES.
CAPITALES.
1 ^
S Q
SI- S
il. H^
S
POPULATION.
MONTANT NET
des
contributions
en touians.
CONTINGENT
en kommes.
Irak-Aojkmi .. .
Tabaristan
AIazanoerak. > > .
TéUrun
Damavtnd
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6oo
*
3,900
1,700
3,800
i6,5oo
8,5oo
3,000
io,5oo
a, 300,000
X 00,000
65o,ooo
aoo,ooo
x,8oOfOOo
400,000
/oo,ooo
i,3oo,ooo
5oo,ooo
1
•
i5o,ooo
i,5oo,ooo
53o,ooo
» (a)
1 5,000
iGo,ooo
« (a)
3o,ooo
1,000?
a 04, 000
5o,ooo
» (a)
» (3)
5o,46o
1,700
13,000
OuiLAM. .......
Rechi
3,000
A2KRBAÏOJAK....
KnORDISTAN. ...
Khouzistan. . . .
Fars
Tauris
Kirmanchah . . .
Choutter. ......
Clara*
Kerman. •••*..
Chehéristan. , ..
Mcchhed
45,340
6,000
1 3,000
3o 000
Kerman
KoURISTAir
KuORASSAir
7,000
a, 000
a3,ooo
62f3oo
9,5oo,ooo (i)
990,000
193,500
Amendes, confiscations, prësens ëralués à i,5oo,ooo
Total approximatif da revenu de ]a couronne 3,490,000
(1) N. D. C'est une erreur typographique qui nous a fait dire, pago 3a8, que le nombiro
«les liabitans de la Perse est de cinq à six millions : c*est neufk dix qu'il faut lire.
(ï) Tjcs provinces de Tabaribtan, Aserbaîdian et KonUistan , absorbent le montant de leurs
cnnlributions en frais d'administration.
(3^ fin Kliorassan passe pour ne rien rapportera la couronne, attendu que les contributions
.suflisrul à peioe pour pnj«?r 1rs gouverneurs et autres agens de i'atlministralion.
4a8 tlVHB CB!fT VIIIGT-ffBUVlfeMX.
TABLE4U
l>£8 POSITIONS AETROHOHIQUEfi DES PBIHnPAUX LIEUX DE U PEHEE.
NOMS
Aboucher
Amadan oh Hama-
dan
AmotOu Amou
Arddàl.
Atterabad
Baffrouck
Bender-Abaiti ou
Cttchanou Kaclui.
Cashïn ou Katvii
Chehéristan
Damégan
Dourak
EbheroaAbker.
Enzeii ou Inteti.
Echref
Ferhabad.
Itpahan
Kermanckak. . . .
Kharek{ae)....
Ur !!!".!!!!
Maragha
Mianek
IXyckabaur
Ouriniak
Oimoia (lie)
Persipolii
Kee}u
Seomaii
Siwié
Tauns
TVAc'ron
36 .1
3S U
37 So n!
n%
36 54 o k:
3» >4 M tl.
3ï ï4 a N.
3a 39 34 H.
34 14 o N.
ag 13 o H.
39 56 o N.
17 ai iS N.
37 i3 o H.
37 M o H.
36 13 3oN.
37 38 3o N.
37 7 oN.
3o o oN.
37 17 3o N.
137 14 iSH.
3!! 33 3o N
3i 33 3S N.
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44 55 o E.
4? 5o oE.
53 40 o E.
5i 45 oE.
44 10 45 E.
45 14 3o E.
56 30 13 E.
43 34 o E.
54 i& 45 E.
- o o E.
„ -a 38 E.
47 =7 >5 E.
44 57 3o E.
48 3i 10 E.
3 35 E.
Auteun,
rdem.
ConDaisaancc dei Tempa ,
Auteun.
Fraser.
IdeT"'
tdem.
Conna iuance i.i& Tcmpi.
Auteurs.
Idtm.
Trexel.
Jaubert.
Fraser.
Riddli.
Auteun.
Jaubert.
Transactions piiilosoph
TABLEAUX. 4^9
TABLEAU coii^ARATiP des divisions anciennes et modernes
de la Perse,
PROVINCES
MODERtlSS.
CH1RVA^.
Erivak ouAbmé-
MB persane...
A. AZERBAÎDJAK.
PROVINCES
AHCISKNKS.
Albania.
Àvmeniapersica .
Media Att^pa-
tène «...
B. GniLAN
• Djiein.
* Dùtrii-t de f^eng-
kerdn.
C. Mazanderan..
Dordian s. Korkan.
Dahistan
D. K1IORASSA9
persan
£. InAK-AnJBMi.
* Isfaliaii Scheriar. .
* Kdm
* Kachan
•Roï
* liainadufi , elc . . • .
F. K0URDISTA^
persan
G. Rmouzistak..
1 Hou.si&tan . .....
2 Souaitttaii ..«•...
3 Lourùian * .
4 Elum .k
H. Parsistak ou
Farsistan
(Fars)
VILLES
principales.
Cftamakhie^ <>tc.
Svkonsche.
/Crivan. . . .
Naksliiran.
ToMm.. .
Ardebil.
Maraglia.
Ouriuiuh.
Oudiab.
KhoV.
Selmas.
1
Sabalag .
Ahar.
GeloBt s. Cadiisii
(pays des).....
HcchL
Ajitara.
Enzcly.
Lengheroud.
Roudbar.
Sari.
Fcrbabad.
Partie occidenf.
de la satrapie
d^ffjnvanie —
Hyrcania propria.
Kalfroiicn.. .........
Asterabad.
Dahœ (pays des).
Âchraf s. Esclircf .
Âmol.
Parthyhie
iiargiane occfdentale.
Mechhed
Nychabour.
"
Kabutu-liaii.
Media magna . . .
îspahan ( Is'ahan ). . ..
.
Tt'-hêran.
Kuchan.
Kuuiu .
Media Rageiana.
Casbïn ( Kaz\ïn ).
Camhadbne ( Isidore ).
Ilaniadun.
Sidtanieh.
Zcudjan.
Partie de XAssy-
ria, ctc
Kirmanchah
Senney.
Susiana, satrapie.
Chvuster.
f/xii (pays des)
Dizfou].
Susiana propria
Goba II.
Il^ivizu.
Cossaei (pays des) ou
Sjrro~Media
Kliourrcnioliad.
Elyniaïs
j
Persis ou Perse
4
propre
Cfiiraz.
SOUVERAINS
en 1834.
L'empereur dj| Russie
ou khans vassaot de
la Russie.
f
Rus&ie.
Le cbali de Persp.
Itiem .
Idem .
Idem .
Idem.
Idem .
Idem .
Idem .
( Tribus arabes [icn
soumisrii).
Idem ,
43o
LIVRE CErfT VINGT-NEUVlèsiE.
PROVINCES
MODERlfSS.
PROVINCES
AHCIEMICBS.
VILLES
PRINCIPALES.
SOUVERAINS
en 1854.
I Khoureh A.«chekh. . .
a — Kobaad.
3 — Sckaapour.
(Schiraz).
4 — Ardchyr.
• Guermsir ou Shjrf-
eUBahr. ...<•....
* Paraotaeene.
• Mesamhria ( c'est-à-
dire côte mcridion.)
KonmcKah.
Yezdekast.
Kazeroun.
Istakhar.
MourgÂb.
Fesa ob Bessa.
Bender-Rvk
(Tribus arabes peu
soumises ).
5 — Arradjan.
6 — Dsliiaur.
( Firouzabad )• • •
j rdem.
Bender-Rouchelir ....
Firouzabad.
Aberkouh.
Darabgfaerd.
Yezd.
Bender î-vheher.
IfOar on Lar
Taroum.
m Darâb
Pasargads .•.<••.••.
« Istakliar ^ . x . . . .
Pers^uolîs. ...<......
t\ ^K Ahprknn .••••.••
lo Yezd
fsatichœ de Ptolémëc .
Partie de Mesam-
bria ou Persis
mantima.,.4.,.
Hannuzia
Carmania
t^ai isttin
• Partie du Guermsir,
• Hormouz , province
dans le moyen «ge.
I. K.fiBIiAV
îdem.
(Cheik arabe dépen-
dant de l'imm dn
Mascate ).
Idem.
Kerman on Sirdjan. . .
Berdacliyr.
Yelazgherd.
Bendcr-Abassy ou Gom>
rouii.
Minab,
IVIinam .«••«••
* Sird)an.
* Berdachyr.
* Yelazglierd , etc.
* Mogliostan »
Portion delà Pap-
thic ( pays des
Tapyri)
Comisena.
Tabiène.
Aria *
Gedi'osîa avec la
côte des Ich-
tyophages
^rabitœ et Iloritm
(pays des).
Draiigiane
Sacast^ne (d'Isidore).
Idem.
J. Tabaristan....
Krouk.
Kebis.
Kichm.
Djask.
Damavend , , ,,
* Komis. . ...........
Damégan.
Komis.
Chehérislan *. .•
K. KouHISTA^...
idem.
Khorassan oriek-
TAL
Toun.
Ta})8 ou Tebbes.
Mekrah
lierai, ..••.....••..
Tiz
Un prmce indépen-
dant dont les Élut»
sont compris soub le
nom de rojraume de
Herat.
Un ou plosieun prin-
ces ou «ali^ indê-
peadans.
• Malan
.
Sedjistak
Appartenant aujour-
d'hui à l'Afghani-
stan.
Idem.
Saboulistak
jiareng ••••••••••..
Farra.
Dergasp.
Rnk/in/Iii'
1 Arokliadi
Araehosia.
Paropamisadœ ( le pays
des).
Bainian,
a Bamian .
3 Onaur ••.•.......
TABLEAUX.
43 1
PROVINCES
MODERKES.
Afghakistav
I KandaLar (Canda-
har.
a Peria.
3 Hasaridjat.
4 Tkoiiran.
PROVINCES
AliCIEKNES.
Paropamisadœ{ le
pays des)
VILLES
PRIKCIPALES.
Candafmr.
SOUVERAINS
en 1854.
Idem. ( N. B. Le nom
à* jéfghanistan j ou
pays des Afghans, sr?
prend quelquefoii»
pour tous les État3
Afghans.
TABLEAU des nations qui hahitent la Perse ^ tiré des
Itinéraires de plusieurs voyageurs français ^
A. Nations agricoles ou. manufacturières , ayant des
demeures stables.
1 . Les Persans moderDes , nommés Tadjiks ou tributaires
par les nomades. C'est un mélange d'anciens Persans ,
de Tatares, d'Arabes et de Géorgiens. Nombre pré-
sumé 7 ,4<)o>ooo
a. Les Parsis ou Guèùres , restes des Persans des V« et
VI® siècles, adorateurs du feu. Nombre présumé
a5,ooo à 3oyOoo
3. Les Ghilèky ou. anciens habit ans du Ghilan a 70.000
4. Les yfrméniens. Dans TAzerbaïdjan , etc 70,000
5. LesTui/f. A Ispahan, Chiraz, Téhéran, Kachan..... 35, 000
6. Les Syréetis ou Zaùéens. Dans le Kiiousistan i5,ooo
7,820,000
B. Nations nomades ou tribus vivant de leurs
troupeaux ou de la pèche , changeant de demeu-
res , ou du moins prêtes à en changer ( i ,680,000
individus).
1. l^ibus de la langue turque (626,000 individus).
a. Les Efchars^ dans T Azerbaïdjan , le Khousistan , le
Kerman, le Khorassan, le Farsistan et le Mazanderan.
Le noyau est à Ourmiah \ 90,000
Subdivisés en Kassemlou et Erechlou.
b. Les Qatchars ou Kadjars. Tribu dont Feth-Aly-Chah
est originaire. Noyau à Asterabad , dans le Mazan-
deran ; à Mérou , dans le Khorassan ; et c.
Subdivisés en lokarou Bach et Jchagha Bach .SOjOoo
Ces deux subdivisions comprennent les Kai^âllou , les
Dèièllou , les Khiâklou , les Dâbânlou , les Sont-
châidou, les Kerlou et les Ezèdetdou.
c. Les Mukaddem, à Maragha, dans l'Azcrbaïdjan. Tribu
extrêmement brave 8,000
A reporter 7,968,000
43a LIVRE CENT VINGT-NEUVIÈME.
Bepoit 7,968, oo.>
d. lies Domùalou, aux. environs de Khoï et de Selmar... 70,000
e . Les Turkmens ou Turcomans , dans l'Azerbaïdjan ; près
d'Hamadan dans l'Irak ; près de Kazeroun dans le
Fars 3o,ooo
Les Turkmens sont divisés en Kadim et Djédid
(branche vieille et nouvelle).
/*. Les TalicJis , dans le Mazanderan et le Ghilan ao, 000
g. Les Kara-Gheuzlou , aux environs d*Hamadan i5,ooo
■ A. Les Beïat, dans TAzerbaïdian; a Téhéran, à Nycha-
bour ( dans le Khorassan ) , dans le Fars , etc ao,ooo
Les Bciat se partagent en Kai^-Beiat et en Jk-Beïat.
i. Les Châh-sei'en f aux environs d'Ardebil et de Reï... 20,000
k. Les Djelaïr, à Kelat dans le Khorassan (ûombre in-
connu) 10,000?
/. Les Far-Modaidbu , dans le Farsistan 10, 000
m. Les Kodjaifetid, dans le Ghilan et le Mazanderan. .... 5,opo
«. Les Kara-Tchorlôu , dans T Azerbaïdjan , le Kho-
rassan , elc 1 3,000
o. Les JSïnallou . 5, 000
p. Les Bekdillou , dans l'Azerbaïdjan » .5,000
q. Les Kourd'Petché , dans Flrak-Adjerai et l'Azer-
baïdjan 6,000
v. Lès Jùdoul-Méléki, dans le Mazanderan et le Ghilan. 6,000
s. Les Bèhindùu .\ooo
t. Les Nésèr-Bêchârlou , dans le Fars 1 5 , 000
u. Les Khodd-Bcndélou 6, 000
V, Les Hâdjilèr , dans le Mazanderan 5 ,000
X. Les Emrdnliiu y idem 4»ooo
y. Les Kara-EmrârMu , aux environs d'Ispahan.. 3, 000
s. Les EmwarloUy sur le territoire de Kasvïn 5, 000
aa . Les Oustedjarlôu , dans ï Azerbaïdjan 3 , 000
où. Les Saridjelùu . idem.... .5,000
ce. Les Khân-ChobàtUàu, idem 10,000
dd. Les Djiuâtichiry idem 8,000
ce. Les Kou'iounlou , idem 8,000
ff. Les KhaLedj , idem 8,000
gg. Les SeïdLoà , dans le Ghilan 5, 000
iili. Les BouLwerdi , dans le Farsistan 5, 000
ii. Les Kdchkaï , idem 1 5 ,000
jj. Les Kourdy dans l'Irak, le Fars et le Mazanderan. 4 000
kk. Les Jdjerlou , au nord-ouest d'ispahan 6,000
11 y a encore 20 à 00 autres tribus moins connues ,
dont le nombre d'individus est évalué h 1 35,000
2. Tribus de lu langue arabe (4oo,ooo individus).
A. Arabes pasteurs introduits par Tamcrian.
a ) Les BesLami , à Bestani dans le Khorassan uo,ooo
b ) Les Tliouni , dans le Khorassan 20,000
c) Les Djiiidaki, dans une oasis du grand désert
salé 12, 000
d ) Les /igakhani , dans le Bas- Fars 20, ooo
A reporter 8,51? ,oo(i
•j
TABLEAUX.
BefOTt
e) Les Ahwaz ou Jhwizè, dans les plaines du
Khousistah
f) Les Jthullahi, dans le Rerman
g) Les j4rdestâni,..^
n) Les Kermâni
i ) Les Sistâni
Plusieurs autres tribus , dont, le nombre est
évalue à
B. Jrabes pécheurs , sur la côte méridionale.
a ) Les Beni'Kiab , dans le Khousistan ( Elam }. .
b ) Les Arabes ffindidn, sur les côtes du Fars. . .^
c ) Les Beni'ffoule , idem.
d) Les Arabes Lindje ( peut-être de la ville de
Lundje) , idem
5. Tribus de la langue hure (qi5,ooo individus).
a. Les Zend, aux environs d*Ispahan.et dans Je nord
du Fars ...^
b. Les Lekes, dans le Fars
c. Les Khogilou, idem
d. Les Zinguénéh, aux environs de Kirmanchah
e. Les Feïli , dans le Louristan , entre Souster et
Kermanchah
yi Les Bakhtari, dans le Louristan , entre Souster et
Ispahan
g. Les Kerrous , aux environs de Rhamsé
7i . Les Kara - Zendji'ri , près Kirmanchah
Les Mâfi , les Bâ^emiou , les Païrwend, les
Kàrkâijèïf les Kebhour, les Tchiguini^ les
Sadewendj les Oourguij les Nouti, les Me-
messdni , les Dechtistâni, çt onze autres tribus
qu*il est inutile de nommer , forment im nom-
bre d'individus que Von peut évaluer à
4. Tribus de la langue kourde ( 275,000 individus ).
A. Dans le Kôurdistan,
a ) Les Moukri, indépendans, pouvant lever dans une
journée 3, 000 chevaux
b ) Les Bilbas , indépendans , dispersés , pouvant le~
ver 1 5,000 hommes et 5 à 6,000 chevaux
c) Les Giafs , habitant les États d'Abdoui-Ramal,
chef indépendant ; 4 ^ 5 ,000 familles
d) Les Gourars , aux environs de Senney, soumis i^u
valhi ou gouverneur persan
c } Les Baras y i ,000 familles. \
^' ^4ilS^!!T;..'.:?°.°..'!'Pé«ne demeure, etc.
g ) I^s Leks , 1 ,000 familles. . /
h) Les Kotchanlou
i) Les Chaghaghis, Cette tribu pacifique, agricole
et heureuse, est aussi répandue dans î'Azer-
baïdjan
433
8|5i7,ooo
5yOOO
7,000
,000
,000
8,000
l
100,000
193,000?
i.'>,ooo
a5,ooo
ao,ooo
8,000
40,000
4o,opo
13,000?
8,000
47,000
ji reponer. . .
VllI.
40,000
87,000
35,000
4»ooo?
16,000
10,000
20,000
9,262,000
28
434 LIVRE CENT VIlSrGT-NEUVlÈME.
Report -9,^62,000
B. Hors du Kourdistan.
a ) Les Rechevend; dans le canton de Taroan , près
le défilé de Routbar» entre l'Irak et le BCa-
zanderan la, 000
bj Les Pazègui, entre Rey et Téhéran 4»ooo
c ) Les Zafèranlou , dans le Khorassan 1 0,000
d) Vas Erddany, dans le Kousistan ( ? )
e ) Les Boïnourd , dans le Khorassan 8,000
f ) Les Modanlou , dans le Mazanderan 5, 000
g) Les ^m^ar/oa, etc. , etc 4«<)c>o
h ) Les Djikàn-BehUm , dans le Mazanderan 5 , 000
i ) Les Chèkdki , dans TÂzerbaldjaiv 25,ooo
5. Tribus de la langua patanc.
* Les Beloutchis on Batioudches , dans le Kcrman et
leMoghostan, les Ify6er,\^ iSSert'omVles Aèdûlli,
et plusieurs autres tribus issues de la même race
que les Afghans , et parlant à peu près la même
langue , errent plutôt comme brigands que comme
nomades dans la partie orientale de la Perse 1 65, 000
Total approximatif de la population 9, 5oo,ooo
Nota. Il est question, dans les Itinéraires, de quelques autres tribus
nomades , telles que les Kechlacks , dans le Guermsir et le Kourdistan ;
les Seïds, qui prétendent faire des miracles, et qui demeurent dans
r Azerbaïdjan , etc. ; mais les Itinéraires manuscrits que nous avons pu
consulter ne fournissent aucun renseignement ultérieur sur ces tribus.
MM. Jmédée Jaubert , maître des requêtes , Fabvier^ Trézel et Treil-
hier, oiEciers distingués , ont aussi fait diverses remarques sur ce sujet
neuf et intéressant , qui a été indiqué , je le pense ,. pour la première fois ,
dans le Foyage d^Abdoul-Kerym, p. 87, traduction de M. Langlès.
Nous avons consulté aussi le Voyage en Perse de M. Adiien Dupré , dans
lequel se trouve un Tableau très-complet des tribus nomades , dont les
matériaux ont été fournis par M. Joiiannin , ex-premiér interprète de la
légation française en Perse, aujourd'hui premier secrétaire interprète
du roi.
r rîffn ■ytwtTt «y !!■■
LIVRE CENT TRENTIÈME.
Suite de la Description de l'Asie. — Description du Bëloutchistan,
Les pays dont la description va faire le sujet de ce livre
et du livre suivant , sont des dëmembremens de la Perse
alors quelle formait un puissant empire; leur histoire se
lie à celle des souverains de l'Iran. En proie à Fanarchie
et aux changemens frëquens qu elle provoque , il est diffi-
cile d en connaître avec exactitude le gouvernement et les
divisions administratives. Commençons par la plus méri-
dionale de ces anciennes annexes du territoire persan.
Le Béloutchistan ou Béloudjistarty borné au nord par
l'Afghanistan , au sud par la mer d*Oman , à Fouest par la
Perse, et à lest par le Sindhy, a environ 275 lieues de
longueur de Fouest à Fest, 1^5 dans sa moyenne largeur du
sud au nord, et 19,000 lieues géographiques carrées.
Il appartient physiquement à la Perse : c est le prolon-
gement du même plateau et des mêmes chaînes de mon-
tagnes; celles-ei se dirigent les unes à Fest et les autres au
nord-est , séparées par de longues vallées. Dans le nord-est
on traverse d'effroyables défilés dominés par des sommets
de 8000 à 9000 pieds de hauteur; l'intérieur du pays est
coupé par le désert de Ben-pour, entouré de rochers, et le
nord par un autre plus vaste , connu sous le nom de désert
du Béloutchistan , dont le sol , composé de sables mouvans ,
est parsemé de quelques petites^ oasis inhabitées^ Le pays
n'est arrosé par aucune rivière importante; le Doust, dont
le cours est peu connu , passe pour l'une des plus considé^
râbles , et paraîtrait avoir une centaine de lieues de cours ;
le Bkegçory grossi du Nekenk, en a environ 1 3o ^ le Pouralfyy
a8.
436 LIVRE CENT TRENTIÈME.
YArabis des anciens , n'en a que ^o ; le Mouklou est à peu
près de la même étendue ; toutes les trois se jettent dans la
mer d*Oman. Le Nary^ le Kouhi^ le Kaskïn et le Serhoud
vont se perdre dans les sables des déserts.
Sur le plateau du Béloutchistan , le sol , aride et sablon-
neux, est rebelle à la culture; il ny croît que des grami-
nées qui servent de pâture à de nombreux troupeaux.
Toute la partie méridionale , depuis la côte jusqu'à quel-
ques lieues dans les terres, ne présente que des plaines
dun aspect sauvage; puis s'élèvent les monts Bechkord,
au-delà desquels s étend le désert de Pendjgour, sépare du
grand désert par les monts Vacheti; puis on trouve tes
monts Saravan et Kounaji, et au nord-est la chaîne des
Brahouiks, montagnes d'une grande élévation, et que
Pottinger désigne ainsi du nom du principal peuple qui
1 habite (0. En se dirigeant vers le nord, il se trouve vers
la moitié de sa longueul* une ouverture de lo à ii lieues,
due à une plaine nue dont la stérilité est suffisamment in-
diquée par son nom de Dechtibédoulet ou désert de la
pauvreté : quelquefois on le nomme aussi Dechtibédur ou
désert inhabité. A l'occident les monts Bechkord et Bagous
forment les principales limites de la province du Kouhestan ,
dont l'intérieur est occupé par les monts Serhoud. Ces
montagnes offrent des foyers volcaniques qui ne sont pas
encore éteints : dans certains endroits la surface du sol est
brûlante et se couvre de larges crevasses. Les parties orien-
tales sont souvent ravagées par des tremblemens de terre.
Quelques unes des chaînes de collines qui partent du Kou-
hestan, se dirigent au sud et vont former un groupe qui
comprend le Kouhé-'Nouchadir ou mont du Sel ammoniac.
Les vallées du Béloutchistan sont en général couvertes
d'une terre noire, argileuse et assez productive.
(0 H. PoLLinger : Voyage dans le Béloutchistan, tom. II, p. iq,
traduction de M. JEpiès.
Asi£ : Le Beloutchàtmn. 4^7
Les montagnes appartiennent à des terrains anciens
composés de granités, de gneiss, de calcaires. et de por*
phyres. Elles renferment des marbres de, diverses couleurs,
du sel gemme , du soufre , de lalun , et des métaux utiles
et précieux, tels que l'or, l'argent, Tétain, le cuivre, le
fer, le plomb et Tantimoine.
Le climat varie dans les diverses parties du Béloutchis-
tan : au nord-est et à lest, les saisons sont réglées à peu
près comme en Europe ; cependant sur les bords du Kauby,
affluent de Tlndus , et dans les environs de Gondavà , leté
est si chaud que les habitans sont souvent obligés d aller
chercher un refuge contre la chaleur, dans les montagnes.
Le printemps commence du i5 au 25 février, et dure deux
mois; Tété se prolonge ensuite jusqu'au commencement
d'août, et l'automne lui succède jusque dans les premiers
jours d'octobre que vient l'hiver, saison qui est ordinaire-
ment assez rigoureuse. Dans les autres parties , le prin-
temps et l'été commencent plus tôt qu'en Europe; dans
toutes^ l'hiver est toujours accompagné du vent de nord-
ouest, le seul qui souffle périodiquement dans le pays.
Dans la partie maritime, les chaleurs ont lieu en mars et
finissent en octobre ; elles ne sont interrompues que par
les moussons du sud-ouest vers le mois d'août ; mais cette
partie est malsaine, et même ce n'est que sur le plateau
intérieur que l'air est pur et salubre.
Le Béloutchistan n'est pas , comme la P«pse , dépourvu
de forêts; celles-ci même y sont remplies d'arbres précieux.
Le meilleur bois de charpente est fourni par le jujubier et
le tamarinier, qui parviennent à une dimension considé-
rable. Le chêne , le frêne et le sapin y sont tout-à-fait in-
connus. Du reste , on y récolte les mêmes productions que
sur le sol persan. On y trouve aussi les mêmes «animaux , .
tels que le buffle, le mouton, la chèvre, le cheval et l'âne.
Le cheval y est grand , robuste et bien fait, mais ordinaire-
438 hiVtCÈ CENT TUEJÏTlÈftTK»
ment très- vicieux. Lé dromadaire se plaît dans le» sables
des déserts, ainsi que l'aiftilope, le léopard, Thyène, le loup
^t' le chacal. Le lion et le tigre y sont rares. Les bois sont
peuplés de singes, de caméléons, doiseaux d'un grand
nombre d espèces , et d'abeilles ; mais le pays nourrit peu
d'insectes , et surtout de reptiles venimeux.
Le Béloutcbistan paraît renfermer au moins 2,000,000
d'habitans; quelques auteurs portent même sa population
à 3>ooo,ooo d'individus. Us appartiennent principalement
à deux peuples différens , les Béloutchis ^t les BrahouU^ qui
se distinguent par leurs mœurs et leur langage, mais qui
mènent généralement la vie nomade; aussi les villes de
quelque importance y sont-elles en petit nombre, et la po-*
pulation est-elle partagée en plusieurs territoires, gouTeis
nés chacun par un chef. Ces différens chefs reconnaissent
cependant la suprématie de celui qui réside à Kélat, et quî
s'est reiidu indépendant du roi de Kaboul. C'est ce qui a
même porté plusieurs géographes à considérer le*Bélout-«
chistan comme une réunion d'États fédératifs, à laquelle
ils ont donné la dénomination de Confédération des Bélout"
chis; dénomination qui ne serait pas sans justesse, si cette
forme de gouvernement était établie sur des garanties poli-
tiques réelles, et si elle ne variait pas suivant les vues diffé-
rentes des cliefs ou selon les révolutions qui surviennent.
Les Béloutchis prétendent descendre des premiers maho»
métans qui envahirent la Perse \ ils sont très-flattés qu'on
les suppose d'extraction arabe, et sont choqués de l'idée
qu'ils viennent d'une souche commune avec les Afghans.
On a cru qu'ils pouvaient descendre des Mongols; mais
Pottinger pense qu'ils sont plutôt d'origine turcomane.
Quant aux Brahouis, dit-il, ils semblent être une peuplade
de Tatares montagnards qui, à une époque très-reoulëe,
se sont établis dans les parties méridionales de l'Asie, où
ils menaient une vie errante , réunis en kheils ou sociétés ,
ASIE : Le Béloutchistan. 4^9
conduits et gouvernés par leurs chefs et par leurs lois
pendant plusieurs siècles, jusque vers le commencement
du XYIP, épocjue où ils se réunirent en un corps et par-
vinrent à former les établissemens qu ils ont aujourd'hui à
Kélat et dans tout le Béloutchistan , en assurant à leurs
chefs la prépondérance dans le pays. Au surplus, malgré
la date peu ancienne de leur établissement, les Brahouis
sont tellement ignorans qu'ils s'imaginent être aborigènes
du Béloutchistan. Us croient que rien n'est antérieur à
l'islamisme , excepté que l'univers existait ; et , pçur prouver
qu'ils furent l'objet d'une prédilection particulière de la
part du prophète arabe , ils racontenj; que pe^idant. une
nuit il vint, monté sur une colombe, leur prendre visite > et
qu'il laissa parmi eux plu$i^urs /^r^^ ou saints pour être
leurs guides spiri^u^l^ lU ajoutent même que les reliques
de quarante de ces docteurs déifiés sont enterrées à 26 et
quelques lieues au nord de Kélat, sous une montagne qu'ils
appellent pour cette raison Kouhétchéhelten ( la montligne
des quarante corps), et qui est pour les musulmans et les
Hindous un lieu de pèlerinage (0.
Outre les Béloutchis et les Brahouis, le Béloutchistan
renferme des Dehvars ou Dekhans qui, selon Pottinger,
ne sont que des descendans des anciens Guèbres et des
Hindous, qu'il regarde comme les premiers colons de la
partie supérieure des monts Brahouiks, à l'époque où ils
furent expulsés du Mekran, du Lotsa et du Sindhy par les
armées des califes de Bagdad , dans les années pS et 94 4^
l'hégire.
Le vol chez les Béloutchis est regardé coimae une 9Cti^
méprisable , mais le pillage des nation^ voisinas est l'aictiaii
la plus glorieuse : quelques unes de leurs tribus y exo^enC.
L'hospitalité est pour eux un devoir sacré s quand une fcds
CO //. Pouitiger <* Deseription du Béloutchistan.
44o LIVRE CENT TRENTIÈME.
ils offrent ou promettent d accorder leur protection à quel-
qu'un, ils mourraient plut;ôt que de manquer à leur parole.
Us habitent ordinairement sous des tentes ou ghedans,
faites de feutre noir ou de couvertures grossières étendues
sur une carcasse en branches de tamaiisc entrelacées. La
réunion d'un certain nombre de ghedans forme un toumén
ou village , et celle de leurs habitans une société ou kheîL
Plusieurs tribus préfèrent les maisons en terre aux tentes ,
et habitent même dans des forts. La plupart des Béloutchis
ont ordinairement une ou deux femmes; les chefs en ont
quatre. Ils ont des attentions et des égards pour elles. Us
entretiennent un grand nombre d'esclaves des deux sexes,
qui ne sont que les prisonniers qu'ils ont faits dans leurs
tchépaos ou courses de pillage.
L'habillement ordinaire d'un Béloutchi consiste en une
chemise de toile de coton blanche ou bleue, en pantalons
de la même toile fermés autour de la cheville, en une pe-
tite calotte piquée de soie ou de coton ; quand ils se parent,
ils ajoutent un turban et une ceinture en toile bleue. L'hi-
ver ils mettent par-dessus ces vêtemens une tunique ou
une sorte de manteau. Les femmes s'habillent à peu près
comme les hommes. Un soldat bien armé présente un aspect
formidable : il porte un fusil, une épée, une lance, un
poignard et un bouclier , avec un grand nombre de cornets
à poudre et à balles , et d'autres munitions. Ils sont excel-
lens tireurs.
Les Brahouis diffèrent peu des Béloutchis par leurs mœurs
et leurs costumes; c'est la même hospitalité envers les
étrangers, les mêmes vertus et presque les mêmes vices,
bien qu'ils soient moins avares et moins vindicatifs. Ils soqt
plus tranquilles, plus industrieux, et surtout opposés à ces
habitudes de rapine et de violence dans lesquelles se
plaisent les Béloutchis. Du reste, les mariages tendent à
confondre complètement ces deux peuples (0.
(0 //. Pouinger : Voyages dans le Bcloulchibtan.
ASIE : Le Béloutchistan. 44'
On s'accorde à considérer le Béloutchistan comme divisé
en six provinces, dont nous allons parcourir les villes, en
commençant par la partie méridionale.
Le Mékran est la plus grande de ces provinces : elle
s étend depuis le centre jusqu'à la mer d*Oman; on lui
donne plus de loo lieues de largeur du nord au sud^ et
environ 200 lieues de longueur de louest à lest. Elle est
composée de plaines arides et sablonneuses, coupées de
montagnes escarpées appartenant aux Brahouis. Ce n'est
que près des côtes que le sol est arrosé , non par des ri-
vières, mais par des torrens qui ne coulent que pendant
quelques heures après que la pluie a cessé , et dont le lit
est très-profond. Les autres cours d eaux ne sont que des
ruisseaux plus ou moins considérables. Un de ces ruisseaux ,
appelé le Dest , qui n a que deux pieds de profondeur à son
embouchure, a cependant plus de 3oo lieues de longueur. Peu
productive, cette province nourrit peu d'habitans; c'est l'an-
cienne Gedrosia : Alexandre la traversa en revenant de
l'Inde , et son armée y éprouva toutes sortes de privations.
Les villages 7 sont disséminés; ils ne se composent que
de cabanes couvertes de paille, et sont ordinairement dé-
fendus par un petit fort en terre. Kedge ou Kidgé, l'an-
tique Chodda^ est la capitale de la province et la résidence
d'un hakerriy chef qui entretient une garde de 4 ^ 5oo
Arabes. Elle est bâtie autour d'une montagne dont le
sommet est occupé par une forteresse. On dit qu'elle
a 2000 maisons, mais pas un seul édifice digne d'être
mentionné. Selon le géographe turc Cherefeddyn, elle
serait aussi grande qu'Ai ep (0. C'est dans ses environs que
l'armée d'Alexandre eut le plus à souffrir de la variation
continuelle du chaud et du froid et des passages difficiles
à travers des montagnes de sables brulans ; c'est aussi
(0 Cherefeddyn y II, p. 17, traduction française
44^ LIVRE Cfii!fX TRENTIÈME.
dans les mèmiis lieux que Sémiramis vit réduire à une
vingtaine dliommes les restes de son armée,
Kellégan , située dans une vallée étroite et irom^ui-
tique ; se compose d'environ i5o maisons, dont plusieurs
sont à deux et trois étages, afin quen cas d'attaque les
habitans puissent se réfugier d^ns la partie supérieure*
Chaque habitant monte dans sa demeure à laide cl'une
échelle quil retire ensuite. Nous pouvons çi^er ençppe
d'autres villes qui ailleurs pourraient passer pour des vil*-
lages: Tiz^ l'antique Tiza^ sur la côte des Ichtyophages,
était autrefois importante; elle esf située dans une v9U4e
ouverte du côté de la mer. Dans les montagn^ç qi|i l'en-
vironnent on voit plusieurs grottes qui passent pour avoir
servi an culte des Hindous, Ç^tte ville a ui) port assez
fréquenté, d'où l'on exporte de la spie, du cptpn et
des châles ; ce port esl; Serbar, ou plutôt Tckarbagh*
Gouattor^ composé de i5o cabanes çt défendu par un
petit fort en terre, possède sur le golfe du m^me nom
un petit port à l'embouchure du N^ghor. Oq en ex-
porte une grande quantité de dattes. Jalk est situé près
du grand désert du Béloutchistan \ Kasr^Kend ou KMser^
Koundy défendu par un fort construit en terre > a. 5oo
maisons. Kohfik est sur le I^ord gauche d'uue rivière du
même nom \ Koulaj est à 8 lieues de la mer d'Oman ;
Motch sur la rive droite du BhegyoTy et Pendjgwr ou
Purygour sur la rive gauche, Cette petite viUe est le chef-
lieu du Pendjgour^ pçtit cai^ton fertile à neuf journées de
marche au nord-est dç) Kedj , et formé par une vallée qui
renfern^e habituellement unç douzaine de villages composés
de tentes et assez peuplés. Ce canton abonde en dattes, qui
passent pour les meilleures du Mékran.
Les habitans du Mékran sont d'une race petite et gréle;
ils sont fort adonnés à lusage du jus fermenté de dattes,
dont ils font un abus dangereux. I^urs femmes sont ordi-
ASIE : Za Béloutehistan- 443
nairemên^ très-laides , et tellen)ent débauchée^) qu'aucun
frein ne peut les empeGher d assouvir leurs passons; aussi
les hommes sont-ils fort peu sensibles à leurs intidélités.
La province de Lous ou de Lotsa^ sur une longueur dct
4o lieues et une largeur de 3o , pe nourrit que 5o,ooq in^
dividus, Cest une contrée plate ) ainsi que l'indique son
nom. Située à lest dç Ifi précédente 9 elle e$t entourée
de montagnes et offre d^ vastes plaines au centre ; mais ce
n'est que sur les bords du PpuraHy et de ses nombreux
affluens que le sol s^ nioptre fertile. Le djam , ou le chef
de cette province ^est obligé de fournir au khan de Kélat
un corps de troupes de é^^QO hommes. Bela^ sa capitale ^
est une jolie petite ville bâtie $ur un roqher, au pied duquel
coule le Pourally qui , dans les temps de séehere&se » n A
pas plus de 5o à 60 pieds de largeur , tandis qu'il a plus
d'un quart de mille dans la saison des pluies. £lla est dé-^
fendue par une muraille en terre ; ses maisons sont con-
struites en bois et en argile^ et ses rues sont fort étroites:
on y remarque le$ sépultures du djam et de sa famille. Ce
chef jouit d'un revenu annuel d'environ 400,000 francs que
produisent les droits de douane dans la province. Une
autre ville , appelée [Mari ou Leyari^ sur le Pourally, con-
tient environ 1600 à 1800 maisons. Du reHe, il n'y a pas
dans tout le pays dou'^e villages fixes. Le peuple demeure
généralement dans de$ buttes que l'on change de place à
volonté. Le Commerce consiste en exportations considé-
rables de grains et de tapis grossiers, et en importations^
de dattes, d'amandes, de fer, d'acier, d'étain, de sucre, de
bétel et de cocos.
Dans la partie orientale du Béloutcbistan, la province
de Kotch'Gondai>af ou Koutch- Goundaua ^ appelée aussi
Katch'Gandaifa^ longue de 5o )iei|eis; et large de 4o> est
un pays plat et fertile , parce que le sol en est limoneux et
bien arrosé; on assure que s'il était mieux cultivé, il pour-
444 LIVRE CENT TRENTIEME.
rait nourrir tout le Béloutchistan : aussi l'exportation des
grains fait-elle sa richesse. La plus grande partie de sa popu-
lation se compose de Djeths^ peuple dont les mœurs , Texte-
rieur f t les usages prouvent qu'il descend des Hindous abo-
rigènes qui ont été convertis de gré ou de force à la foi
musulmane. De même que les Dehvars des environs de Kélat ,
ils demeurent exclusivement dans des villages, et cultivent
les teiTes des propriétaires béloutchis et brahouis (O* Gon-
daça ou Ganda^a , qui en est le chef-lieu , est une ville assez
grande et 1 une des mieux bâties du pays des Béloutchis. Le
khan y a son palais d'hiver, et les principaux serdars et
seigneurs du Djhalavan et duSaravan viennent y passer cette
saison pour éviter le froid rigoureux des régions élevées.
Dador ou Dadoury sur la rive gauche du Kâby, se compose
de ï5oo maisons. Horrond ou Hourroundy sur un petit
affluent du Sind , Dadjely Bagh et Lhériy sont encore moins
considérables.
A l'ouest de la province dont nous venons de parler
s'étend celle de Jhalavan ou Djhalavan y que l'on prononce
Djalaouan , longue de 90 lieues et large de 4o à 5o. Ses ha-
bitans se composent de Béloutchis et de Brahouis, la plupart
nomades. Le plus grand de ses cours d'eau est le ruisseau de
r Ournatch , qui est souvent à sec pendant la saison chaude.
Zouhn ou Zouhouriy appelé aussi Zehriy qui en est le chef-
lieu , renferme , dit-on , 2 à 3ooo maisons défendues par un
mur en terre; Khozdar en a 5oo dans une vallée profonde,
où lliiver est très-rigoureux.
La province de Saras>an ou de Saraouariy ou le Khanat de
Kélay a 90 lieues de longueur sur aS de largeur moyenne;
elle comprend des montagnes et des déserts , et sa popula-
tion ne se compose presque que de Brahouis ; plus peuplée
que les autres, elle renferme aussi plus de villes importantes.
i}) H. Potlinger : Description du Béloutchistan.
ASIE : Le Béloutchistan. 445
Cest à Kélaty qui renferme !i5oo maisons, et dont le nom
béloutchi signifie cité^ que réside le khan auquel tous les au-
tres se soumettent. Cette ville est bâtie sur le sommet d'une
montagne qui s élève au milieu d'un territoire fertile; sa
forme est carrée ; elle est environnée de trois côtés de murs
et de bastions bâtis en torchis, et dominée par une forteresse
qui dans le pays passe pour importante. Le quatrième
côté a pour défense le flanc occidental de la montagne
coupée à pic. Elle a des faubourgs , et ses maisons , presque
toutes bâties en briques et en bois , forment des rues assez
larges et garnies de trottoirs , mais sales parce qu'elles ont
peu de pente. On y voit des temples des différens cultes ma-
hométans et hindous , un bazar bien approvisionné et une
manufacture d'armes. Le palais du khan n'est qu'un amas
confus de bâtimens en terre avec des toits en terrasses. La
population de Kélat est évaluée à 20,000 âmes. Le plateau
sur lequel elle est construite est élevé de 7800 pieds au-
dessus du niveau de la mer. La neige y reste constamment ^
même daiis les vallées , depuis la fin de novembre jusqu'à la
fin de février; le riz et plusieurs autres plantes qui aiment
la chaleur n'y réussissent pas; le froment et l'orge y mû-
rissent plus tard que dans les îles Britanniques, et cependant
Kélat est situé par 29® de latitude septentrionale. Sarai^an,
qui donne son nom à la province, le doit peut-être aux
monts Saravani, dont elle n'est éloignée que de 2 ou 3 lieues.
Elle se compose de 5oo maisons, et est défendue par un
mur en terre , flanqué de bastions. Kharan, qui passe pour
être un peu plus considérable , est la résidence d'un serdar
qui peut mettre 5 à 600 hommes sur pied ; elle est située
au pied même des monts Saravani.
Dans la partie occidentale du Béloutchistan , s'étend une
province qui porte le nom de Kouhestan^ c'est-à-dire pays
montagneux (0. Elle a 70 lieues de longueur du sud au
(0 De /:oii/t (mon! agne), et stan (contrée). Voyez //. Pottinger^
Voyages dans Je Béloutchistan.
446 LIVAE CENT TRENTIËMB.
nord, et 3o de leàt à louest. Les monts Brechkordfôrment
sa limite méridionale, les monts Bagous lorientale^ et les
monts Serhed ou Serhoud le centre. Ces derniers , dont le
nom'^ignifie montagnes froides, sont situées entre les 29^
et 3o* degrés de latitude ; on peut les apercevoir à la dis-
tance de 20 à 3o lieues, s'élevant par^dessus toutes les
autres. Elles abondent en productions minérales : les habi-
tans y exploitent du cuivre, du fer et d'autres métaux; dans
plusieurs de leurs vallées se trouvent des étangs qui se
couvrent d'une croûte de bitume qui coule de leurs flancs.
C'est dans ces montagnes que se trouve le Kouhé-Noucha-
dir ou mont de Sel ammoniac, dont les roches sont volca-
niques , et dont les crevasses se couvrent d efSorescences
de soufre et d ammoniac. Avant de se réunir, les différens
groupes de montagnes du Kouhestan se dispersent en un
nombre infini de petits chaînons de collines rocailleuses
qui s étendent à hauteurs égales, mais souvent en lignes
interrompues, à travers le Mékran. Le Kouhestan produit
peu de blé , mais beaucoup de dattes , et n'est peuplé que
de Béloutchis. Ce pays se divise en deux parties : lé Mydani
ou la plaine , et le Kouhéky ou la montagne. Dans la pre-
mière se trouvent les villes et les villages; dans la seconde
on ne voit que des groupes de tentes en feutre , seules de-
meures des montagnards. Pourha^ sa principale ville, se
compose de 4oo maisons. Elle est située au milieu d'un
bois de palmiers qui produit beaucoup de dattes. C'est la
résidence du chef de la tribu des Ourabhi^ le plus puissant
serdar de la province. Sourhoudy chef-lieu de district, est
une ville de peu d'importance, même pour le Bélout-
chistan ; Basman, Ben-pour et Rester ne sont que des vil-
lages de 2 à 3oo maisons.
Nous avons dit que les deux nations qui forment la prin-
cipale population du Béloutchistan diffèrent de langage et
de mœurs. La langue des Béloutchis a beaucoup de rapports
ASIE : Le Béloutchistan. 44?
avec le persan; elle se divise en deux dialectes : le bélotit-
chî proprement dit, qne parlent la plus grande partie de la
nation ainsi que les habitans du Khanat de Réiat ; et le
babi^ en usage dans le royaume de Kaboul. La langue des
Brahouis paraît dériver de Thindoustani; cependant un au-
teur, qui s*est beaucoup occupe d*ethnographie, comprend
le brahoui parmi les idiomes persans, et le regarde même
comme un dialecte béloutchi. Ces langues, qui au surplus
sont encore très-peu connues, et qpiî ne possèdent aucun
monument, s'écrivent avec un caractère arabe, auquel on
a ajouté quelques lettres pour représenter des sons parti-
culiers (0.
Les nombreuses tribus du Béloutchistan jouissent toutes
du droit d élire leurs chefs ou serdars ; mais il paraît que
cette charge, fixée une fois sur quelqu'un, devient héré-
ditaire.
Le khan de Kélat jouit des prérogatives de la souverai-
neté; c'est lui qui confirme l'autorité qu'exerce chaque ser-
dar sur sa tribu, et celui-ci se reconnaît alors comme son
tributaire. Cependant plusieurs serdars se sont affranchis du
tribut qu'ils lui payaient; mais bien que quelques uns se
soient rendus îndépendans , aucun ne peut refuser de l'as-
sister en personne pendant les guerres entreprises dan»
Tintérêt général. Chaque serdar a sa bannière ornée de ses
couleurs. C'est le khan qui a le di'oit de déclarer la guerre, de
conclure les traités, et de déterminer les limites territoriales
de chaque tribu. Ce chef est le juge suprême de tout le Bé-
loutchistan ; aucun criminel ne peut subir la sentence rendue
contre lui si le khan ne Ta sanctionnée, à moins qu'il ne
s'agisse d'un outrage ou d'un meurtre commis sur la per-
sonne d'un étranger. Outre cette disposition du code criminel
du Béioutchistan , nous en citerons d'autres qur en donne-
(•) M. /4. Balbi : Atlas ethnographiqac du globe.
44B LIVRE CEHT TRENTIEME.
ront une idée plus exacte. Le meyrtre est ordinairemaiii;
expié par un emprisonnement et par. de grosses amendes,
si les parens du mort y consentent. Dans le cas où ils de-
mandent sang pour sang , le khan ëlrite toujours de pro-
noncer la sentence de mort : il livre le meurtrier aux parens
pour en faire ce qu'ils jugent à propos ; mais presque tou-
jours ceux-ci, dans leur propre intérêt, le retiennent en
esclavage et remploient à de rudes travaux. Le vqI de nuit
et avec effraction est passible de la peine capitale; le vol
en plein jour , du fouet et de 1 emprisonnement , suivant le
nombre et la valeur des objets volés. Un mari qui surprend
sa femme en adultère peut la tuer ainsi que son amant;
mais il est obligé d'amener deux témoins recommandables
pour attester le fait, autrement il est traité comme meur-
trier. Si un homme séduit une fille, et que le père s'en
aperçoive avant qu'elle soit enceinte , il peut exiger que les
deux amans soient mis à mort. Les querelles, les petits
vols et autres délits sont jugés par les serdars (O*
La dignité de khan est héréditaire çt se transmet dans la
famille et la tribu des Kembérami, Ses revenus s'élèvent à
plus de 4)000,000 de francs, et son armée à 4ooo hommes
eu temps de paix. Mais en cas d'invasion , le Béloutchistan
peut mettre i5o,ooo hommes sui^pied.
L'origine de cet Etat n est pas fort ancienne ; la ville et
le territoire de Kélat étaient depuis deux siècles sous la do-
mination dun radjah hindou et de sa famille, lorsque l'un
de ces princes , ne pouvant réprimer les brigandages d'une
horde voisine , demanda du secours à Kember , chef d'une
autre horde. Kember vint et détrôna le radjah. En 1738^
Nadir Chah s'empara du pays et en laissa le gouvernement
à la famille de Kember, et c est encore un membre de cette
famille qui le gouverne aujourd'hui.
(0 //. Poitiiiger : Dcscriprion du Béloutchistan.
ASIE : Le Béloutchistan.
449
TABLEAU des principales tribus du BéloutcJUstan , d'après
H. POTTIJIGER.
BELOUTCHIS.
A. Béloutchis Néhroui.
Noms. Cooibattaus.
i Rockchenis 700
a Sedjedts \^o
3 Khesodjis liîo
4 Kourds ou Giehidès.... 4^oû
Noms. Comliattans.
5 Mings ou Mtnde Soo
6 Erbabis 6000
7 Mélikêhs aSo
B. BétoiUchis'JRinds .
1 Rindanis 8000
2 GoulemLoulks 700
3 Poghs âoo
4 Djellcmbanis 800
5 Dinaris 700
6 Pouzhés 600
7 Kélouis
8 Djétouis
g Doumbekis
10 Boudléis 900
11 Dankis 80
12 Kharanis 1000
i3 Omranis 4^^^
700
i4 K'osés
i5 Tchengyas....^
1 b Noucby rvanis
17 Bégolhis
18 Méris....
iQ Gourkanis
30 Mezaris ,
21 Dirichks
22 Legharis ,
23 Lourds
24 Tchélchris
25 Moundcstrift
i5o
100
700
•
3ooo
25oo
5 00
5ooo
1000
1.^00
i5oo
c. Béloutchis- Meghsis.
i Meghsis 8000
2 Ebrebs 3ooo
3 Lacbaris 20,000
4 Mctyhis 1000
5 Bourdis 200
6 Ouners »... ?
7 Nêris 5oo
8 Djctkis 4°^^
9 Kellenderanift.
I o Mousanis
II Kckrânis
12 Djckrûnis
i3 Isobanis
14 Djekrahs ,
1 5 Djellûnis
16 Tourbendzahs.
70^»
Cooo
m
•f
m
BUAHOUIS.
3
4
Kemberany 1000
Zéhry 8000
MingoU io,5oo
Soumlery J^ooo
Gourguenany 3oo
(^ Iman-Hoçciny 2000
7 Koultchi-Bhegva 5oo
8 Mahmoudany 5oo
c) Moureha 1 000
VIII.
0 Koury i5o
1 Berdjeî 1000
2 Kaiky 700
3 PenJcrany 3ooo
4 Rysetké 100
5 Cnerouary 8000
G Rysany i5oo
7 Kitchary 2000
8 Bpzendja 1000
=»9
45o
LIVBE CENT TRENTIEME.
N'oins. Combittan*.
19 Choudjaoïidiny 1000
30 Momasiny 1 5oo
ai Harouny aoo
aa Rodény 600
a3 Sesouly aoo
a4 Kerou-Tchékou 5oo
a5 Bedjeï 700
a6 Kourda aoo
27 Negry aooo
a8 Ridjen-Bouledy 7000
39 Nessir-Rodany 3ooo
3b Tchotva 700
3i Khedrany 5ooo
3a Mirvary 7000
33 Keledaï 3oo
34 Ghelousoury 700
35 Kouletchy a5o
36 Làguy 3ooo
Noms. Combattanr.
37 Kery i5oo
38 M ahmoud-Châhy . . . 35oo
39 Dil>eky 4^0^
40 Rysany Boo
4» Kaïssery. ..' 1000
4a Moury 3oo
43 Geddjaga aoo
4i Djyany 60
45 Mousouvàny 1000
46 Saravany 10,000
47 Serferany ■ aSoo
4o Pourdiehaï aoo
49 Koutciitka 3oo
50 Bhouldra 3oo
5i Bhouka 3oo
5a Ridy 1700
53 Isirêny ?
♦^^■i>oo.o^'OK»»o-o-»tt-^^o-»»»»oO'0-»o-»o-a-»»«-^<»»^o»^oo-ooB>aooooo«oooop»ao-«»o-oaoooo«
LIVRE CENT TRENTE-UNIÈME.
Suite de la Description de l'Asie. — Description de l'Afghanistan
occidental, comprenant le royaume de Kaboul, le Sedjistan et
le Khorassan afghan.
La contrée que nous allons parcourir est, depuis le com-
mencement du XIX® siècle, tellement livrée aui^ horreurs
de la guerre civile et aux désordres de lanarchie, qu'il est
difficile de fixer d'une manière précise 1 étendue, le» limites
et la population des États qu'elle comprend. Considérée
s
sous le point de vue physique , la partie de TA^hanistan ,
qui n'appartient pas à llnde , est circonscrite au sud par les
ramifications des monts Bagous, Braliouiks ou Ghizneh; à
l'est par la chaîne de Rouh-Soleyman , qui forme le côté
occidental du bassin de l'Indus; au nord par le prolongement
occidental de celle de l'Hindou-Kouh ou Hindou-Koh, le
Paropamisus des anciens; et à l'ouest par une partie d'une
autre chaîne qui forme la limite du désert de Kerman.
« Aucune nation de l'Asie occidentale n'a joué un rôle aussi
bruyant et aussi important que les Afghans, que certains
auteurs appellent ^^A^rt/w. On ignore l'origine de ce peuple,
connu dans l'Inde sous le nom de Patanes ou Pntaji;
sont-ils une colonie des Albaniens, comme on a voulu le
conclure de la prétendue identité des noms de Aghvan et
Alvhan? Cette identité ne nous semble pas suffisamment
prouvée. Sont-ils des descendans des dix tribus d'Israël
exilées dans le pays à'Arzareth ou Hazareh, comme quel-
ques uns parmi eux-mêmes ont paru le croire (i) ^ Le nom
(0 Suivant M. Burnes , les Afghans se nomment eux-mêmes Beni-
Israèl ou enfans d'Israël. Ils prétendent que Nabuchodonosor , après le
sac de Jérusalem, les transporta dans la ville de Ghore, et qu'on les
appela afghans , du nom de leur c\iQ{ Jfghana; qu'ils suivirent la loi de
452 LIVRE CENT TRENTE-UNIEME.
d Hazareh j donné à un canton de l'Afghanistan, signifie en
kourde et en chaldéen, langue rapprochée de Fafghan, des
tribus en général; c'est donc un terme vague. Nous devons
avouer qu'en réfléchissant sur le grand nombre de tribus
afghanes, nous avons peine à croire qu'elles ne soient pas
indigènes des contrées qu'elles habitent, et où Alexandre
déjà trouva des peuplades nombreuses et guerrières, peu-
plades qui n'ont pu disparaître (0. On sait d'ailleurs que
depuis un temps immémorial ils habitent les revers de
l'Hindou-Kouh et du Kouh-Soleyman.
« Quoi qu'il en soit, les Afghans, avec leurs tribus se-
condaires, occupent toute la lisière orientale de la Perse.
Les Rohillas , qui ont formé un petit Etat dans l'Hindou-
stan, sont sortis de ce pays. Les Béloutchis^ qui parcourent
leurs propres provinces et une partie de l'Hindoustan, pas-
sent généralement pour Afghans. Le canton ou sircar de
Candahar parait le centre des tribus afghanes fixes. Cette
nation, qui compte peut-être 8 à io,poo,opo d'individus,
règne aujourd'hui sur les provinces indiennes de Cache-
mire , de Kaboul et de Moultan , et sur les provinces au-
trefois persanes de Mékran, en partie, de Sedjistan, de
Candahar et du Khorassan oriental.
^ Robustes, braves, mais sanguinaires et indisciplinés,
les Afghans montrent déjà par leurs manières une arro-
Moïse jusqu'au IX" siècle qu^ils furent subjugués par Mahmoud de Gliiz-
neh. Au surplus , ils ont tout-à-fait Vaspcct des Juifs, et nfême ils en ont
plusieurs coutumes : chez eux les jeunes frères épousent la veuve de leur
aine , suivant la loi de Moïse. Ce qui porterait à croire que l'origine que
s'attribuent les Afghans est basée sur un fond de vérité, c'est qu'ils ont
contre les Juifs une foule de préjugés fortement enracinés : ce n'est donc
pas par amitié pour les Israélites qu*ils prétendeiit appartenir à la mémo
souche. J. H.
(0 Tychsen , de Afghanorum origine et historiâ , dans le journal :
Gœttinger gelehrte anzeigen , i8o4 , p. ^49 sqq. W, Jones et Fcui Sittart ,
dans les Recherches asiatiques. Laiiglès , dans les notes sur le Voyage
de Forstet\ Bommel, Caucasus, in Excurs., etc.
ASIE : Afghanistan occidental, 4^3
gance barbare, et du mépris pour toutes les occupations
de la "vie civilisée.
« Les Afghans reçurent des Tatares , leurs conquérans ,
la religion musulmane. Ils suivent comme eux la secte des
sunnites; mais on les regarde aujourd'hui commft les
musulmans les plus relâchés. Un haut bonnet de forme
conique, une veste de laine, un haut-de-chausse étroit
composent lagreste costume des Afghans ; il ne ressemble
ni à celui des Hindous, ni à celui des Persans.
« Les Afghans ne vivent absolument que de pain, de lait
caillé et d eau , sous un climat où Ion passe en un seul jour
du grand froid au plus grand chaud. Leurs femmes se
tiennent cachées. Cependant les hommes ne sont pas très-
rigides sur ce point, et ne se livrent pas aux plaisirs du
harem avec autant d'ardeur que les Indiens, les Persans et
les Turcs (i). »
Ajoutons que les Afghans sont en général maigres et
musculeux; qu'ils ont les cheveux et la barbe noirs, et
quelquefois bruns; que leurs femmes sont ordinairement
grandes et bien faites; que, malgré leur caractère fier et
vindicatif, que malgré leur avarice et leur avidité, ils sont
braves , francs , hospitaliers et pleins d'ardeur pour le tra-
vail. Ils se divisent, comme les autres peuples de l'Asie
occidentale, en nomades et sédentaires. Les uns ont em-
brassé différentes sectes de l'islamisme : ils sont sofis^ zckys^
rouchanys^ etc. , cependant en général ils sont peu religieux,
mais plutôt fort superstitieux. La polygamie leur est per-
mise, mais elle n'est en usage que chez les riches. Les autres
achètent une femme , et ils peuvent la répudier sans alléguer
aucun motif, tandis que la femme ne peut quitter son
mari sans exposer ses raisons au cadi.
(0 /^o/'s£ cr : tom. II. Passim Hamilton : Hislotûcat aecount of thc
Afghans.
454 LIVBE CENT TRENTE-tJNlÈRIE.
Les Afghans occidentaux prennent un grand plaisir à
une danse nationale qu'ils nomment attem , et qui s'exécute
au son des instrumens accompagnés de chants, de cris et
de battemens de mains ; dix à Tingt danseurs se mettent en
cercle, prennent toutes sortes d attitudes, et exécutent
des figures très-variées. Us aiment beaucoup les courses de
chevaux, et lexercice de la chasse, à laquelle ils emploient
souvent Thyène. La manière dont ils prennent cet animal
est assez singulière et hardie pour être rapportée. Ils se mu-
nissent d'une corde à deux nœuds coulans qu'ils tiennent
de la main droite, tandis que de l'autre ils portent un petit
manteau die feutre ou de drap. Ainsi équipés , ils s'avancent
hardiment vers la tanière de l'hyène : celle-ci , à l'approche
du chasseur, se caché au fond de sa retraite ; malgré l'ob-
scurité du lieu , l'Afghan reconnaît ioujoiirs l'endroit où elle
s'est retirée à la scintillation de ses yeux. Il se dirige vers
elle en marchant sur les genoux , et , lorsqu'il en est tout
près, il jette adroitement sur la tête de l'animal le feutre
ou le drap qu'il tient de la main gauphe; l'hyène, embar-
l'assée dans les plis de l'étoffe , s'accroupit , mord le tissu ,
mais ne cherche point à mordre le chasseur. C'est alors que
celui-ci passe sans crainte les jambes de devant de l'animal
dans les nœuds coulans de sa corde, et qu'il les lie en même
temps avec le cou, après quoi il emporte l'hyène, que l'on
s'amuse ensuite à lancer dans les plaines pour les plaisirs
de la chasse, mais en ayant soin de lui mettre un bâillon
pour l'empêcher de mordre les chiens. Jamais les Afghane
ne tuent les oiseaux au vol 5 ils ne les tirent que lowqui^
ceux-ci sont en repos à terre ou sur les arbres. Ils forcent
la perdrix à la course : ainsi deux ou trois cavaliers fôlit
lever une perdrix et la poursuivent au galop jusqu'à Ce
qu'elle s'arrête après une courte volée; alors un des chas-
seurs la poursuit seul , et les autres lui succèdent jusqu'à
oe que la perdrix épuisée tombe de fatigue.
é
ASIE : Afghanistan occidental. 455
La langue dés Afghans se novaixii^ pouVKto oixpouchtoû;
elle se divise en trois principaux dialectes : le doumhni, le
berdourahni et \epatahni, en usage chez les nombreuses tri-
bus afghanes. Cies dialectes diffèrent non seulement par la
prononciation , mais par les mots mêmes. Le pouchtou ,
malgré sa dureté, a beaucoup d^analogie avec le persan (ï).
Il n est pas sans éilergiè , et ne déplaît pas aux oreilles fa-
miliarisées avec les idiomes orientaux. On ignore quelle est
son origine. M. William Jones, qui a vu un dictionnaire de
cette langue, lui trouve une grande ressemblance avec le
ohaldéen. Selon M. Elphinstone , tandis qu'une grande par-
tie des mots qui la composent . dérivent de racines incon-
nues, pliisieUrs, tels que les noms de nombre et ceux de
père, mère, frère et sœur, viennent du sanskrit; d'autres,
tels que les termes qui se Rapportent à la religion , au gou-
vernement et aux sciences, viennent presque tous de l'a-
rabe et du persan. Enfin on y reconnaît, dit-il, des mots
hindoustàni, arméniens, géorgiens, hébraïques et chai-
daïques (2), Le même voyageur assure que la littérature
afghane est peu ancienne et paiivrei, puisqu'il n'y a pas de
livre écrit en pouchtou qui remonté à plus de trois siècles ,
et que ses principaux ouvrages , entré autres ceux de leurs
meilleurs poètes, Khouchal et Rehman, sont traduits du
persan. Cette dernière langue est tnême, avec l'arabe, celle
qu etiiploient communément les savàns afghans les plus
distingués. Le pouchtou s'écrit avec un caractère particu-
lier qui n'est que le neskhy des Persans, auquel plusieurs
nouvelles lettres ont été ajoutées poiir représenter diffé-
rens sons particuliers (3). C'est dans la caste dès savans que
Ton prend les administrateurs et les chefs du culte : aussi
les études sont-elles principalement dirigées vers la jurîs-
(0 Jd. Balbi : Atlas ethnographique du globe. — (*) Mountstuarl-
Elphinstone ; An account of the Ringdom of Caubul.
(*) Idem j p. iQi.
456 LIVR£ CENT TRENTE-UWliîME.
prudence et la théologie. Les princes encouragent et dis-
tinguent les savans, et dans toutes les Tilles il y a des
écoles assez semblables aux gymnases établis eïi Europe.
Les Afghans ont été la nation dominante dans l'Inde
depuis le commencement du XIP siècle jusqu'au quart du
XVI®, En 1584} ils possédaient encore le royaume du
Bengale. En 1722, ils conquirent toute la Perse. Ils sont
partagés en trois branches principales, subdiyis^s en un
grand nombre de tribus fixées en général dans la partie
occidentale. Les Berdomuhnis ^ tribus agricoles qui habitent
les vallées et les collines de THindou-Koh, se divisent
en un grand nombre de petites sociétés. Comme ils ne
peuvent pas étendre leur culture en proportion de laccroîs-
sement de leur population, ils sont souvent en querelle, et^e
livrent même des combats sangians. Les Youssoufzdis on fils
de Youssoufy tribu voisine en proie à la guerre civile et aux
déchiremens intérieurs par suite de leur organisation dé-
mocratique, qui place le principal pouvoir dans des assem-
blées populaires, habitent près des Berdourahnis. Le pays
qu'ils occupent leur appartient depuis 3oo ans. lis unissent
la férocité et la ruse des sauvages à la modération des
peuples civilisés. Agriculteurs et guerriers à la fois, ils
forment au moins une trentaine de petites républiques.
Chaque horde procède périodiquement à un partage jde
terres pour un certain nombre d'années , de sorte que toutes
jouissent alternativement de la possession' de leur fertile
sol. Les Kattaksy les Otmankhïals et, les TurcolaniSy qui ha-
bitent les mêmes contrées que les précédentes, sont con-
stamment en querelle entre eux. C'est au milieu des
Youssoufzaïs que l'on trouve une nation esclave, probable-
ment conquise par les Afghans à une époque reculée, et
qui cultive la terre au profit de leurs maîtres, qui lui donnent
la dénomination de Fakirs. Chacun de ces Fakirs reconnaît
un seigneur à qui il paie une redevance , et à qui il doit
ASIE : Afghanistan occidental. 4^7
un certain nombre de corvées. Le maître peut battre et
même tuer son Fakir sans être recherché par la justice;
mais il faut dire que le maître se trouverait presque désho-
noré s'il se portait à une extrême sévérité envers le Fakir,
et que même il lui doit protection dans toutes les circon-
stances où elle est nécessaire. Les principales tribus des
montagnes de Kouh-Soleyman sont les Chiranis et les
Visiris^ qui vivent de brigandage et mettent à contribution
les caravanes qui t|:averseut leur territoire.
A Touest des précédentes nous trouvons les Dourahnis^
nommés jadis Abdally; ils doivent leur nom à Ahmed-
Chah , qui était issu de cette trilju et qui prit le titre de chahi
douri douran^ ou roi du monde des mondes. Au nord de
ceux-ci se trouvent les Ghildjis ou Ghlldeksy célèbres pour
avoir conquis la Perse dans le siècle dernier. Les Hazarehs
sont connus comme étant passionnés pour le chant, la
poésie et la chasse; leur caractère est cependant grave et
sérieux; plusieurs de leurs villages sont creusés dans les
montagnes. Les voyageurs ont remarqué que les tribus
occidentales sont en général plus civilisées que celles de
lest; ce qui tient sans doute à leurs rapports fréquens avec
les Persans; les tribus orientales, au contraire, à leur
voisinage des Hindous.
L'Afghanistan occidental a été nommé par les Anglais
Kaboulistany parce que la ville de Kaboul en a été la
capitale jusque dans ces derniers temps : c'est le royaume
de Candahar des anciens géographes. Les montagnes de
cette contrée appartiennent au système que nous avons
proposé d'appeler himalayen. Plusieurs de leurs cimes
sont couvertes de neiges éternelles; l'une d'elles, appar-
tenant à l'Hindou-Koh, a plus de 20,000 pieds de hau-
teur. Au sud de cette chaîne, au sommet du Spinnghoury
dont le nom signifie Mont-Blanc en afghan , commence le
Kouh-Soleyman. Les flancs de toutes ces montagnes sont
458 LIVRE CENT TRENTE-UNIÈME.
garnis de forêts. Leurs entrailles sont (ïune faible richesse
en métaux, si ce nest en fer; elles donnent naissance à
un grand nombre de sources minérales. Des roches en-
tières de lapis-lazuli dominent le cours du Kachgar. On
trouve des Eions argentifères dans le nord , et de lor dans le
lit de quelques rivières. Celles-ci sont le Kaboul qui sort des
monts Brahouiks et va se jeter dans le Sind après un cours
de 75 lieues, souvent interrompu par des cataractes; le
Kachgar ou Kameh qui, plus large et plus profond, s'y
réunit sur sa rive gauche après avoir parcouru un espace de
plus de 100 lieues; enfin YHelmendy YEty'mander des an-
ciens, rivière de aSo lieues de Ipngueur, qui va se jeter dans
le lac Zerreh ou Zéreh, Ce lac, appelé aussi Khachek ou .
Loukhy est très-peu connu; les anciens l'appelaient Aria
Palus. Il paraît avoir 35 lieues de longueur sur 10 de lar-
geur. Suivant Ibn Haukal , il est long de 3o farsangs et large
d'une journée de marche. L'eau en est fraîche et poisson-
neuse. Le voyageur anglais Mounstuart-Elphinstone assure
que ses eaux sont crues et à peine potables; elles inondent
chaque année le pays environnant. Nous ne parlerons pas
de plusieurs cours d eau quelquefois assez considérables qui
ressemblent à de grands torrens, guéables pendant la plus
grande partie de Tannée.
Le climat de l'Afghanistan occidental varie suivant les
expositions des différens pays qu'il comprend , tant à cause
de l'étendue qu'il occupe que des hautes montagnes qui
le traversent. Les extrêmes de chaleur et de froid s y font
sentir; les pluies y sont rares. Les vents les plus habituels
sont celui de l'ouest qui est froid et celui de l'est qui est
chaud. Au sud et au sud-ouest régnent des vents pério-
diques qui correspondent aux moussons de l'océan Indien ;
ils tliminuent vers le bassin de l'Helmend, et reprennent
toute leur force dans la partie du nord-est. Le pestilentiel
sémoun se fait quelquefois sentir, même dans le nord , mai»
ASIE : Afghanistan occidental, 4^^9
il ne dure que quelques minutes et exerce principalement
ses ravages sur les contrées désertes. Les pluies pério-
diques sont loin d être aussi abondantes que dans Tlnde ,
et les brouillards sont rares. L'air est en général plutôt
sec qu'humide; aussi les pluies qui accompagnent l'hiver
sont-elles d'une grande importance pour la végétation.
Les maladies les plus communes sont l'ophthalmie, les
fièvres , daais l'automne et au printemps : les rhumes sont
dangereux, et la petite- vérole fait de grands ravages, mal-
gré Tintroduction de l'inoculation et même de la vaccine*
Presque partout on fait deux récoltes par an ; ainsi le riz
et le maïs , que l'on sème à la fin du printemps , se recueillent
en automne ; le froment et les autres graines , qile Ton sème
à la fin de l'automne, se nécoltent en été. Le blé est la
principale nourriture de l'homn^e , et l'orge celle des che-
vaux; on cultive le riz dans la plupart des vallées. Le tabac,
le lin et la garance réussissent presque partout ; la canne à
sucre, le gingembre et le coton, dans lès parties méridio-
nales. Le cèdre , le cyprès , le chêne , le sapin et d'autres
arbres de l'Europe, sont les plus communs dans les mon-
tagnes; dans les plaines croissent le peuplier, le platane, le
mûrier, la plupart de nos arbres fruitiers, ainsi que les
orangers, les figuiers, les amandiers et les grenadiers.
Les animaux sauvages les plus communs sont l'hyène,
le loup, le chacal, l'ours, le léopard et plusieurs espèces
de renards. Il y a aussi des chèvreé, des sangliers, des
cerfs , des antilopes , des singes et des porcs-épics. Les
dromadaires, les buffles, les mules, sont très-répandus;
vers le nord on élève une race de chevaux aussi estimée
que la race arabe. Les moutons sont la richesse des tribus
de pasteurs.
Tout ce que nous venons de dire sur l'Afghanistan occi-
dental convient à la partie que l'on peut considérer comme
formant le royaume de Kaboul aussi bien qu'à (ylle (jui
46o LIVRB CENT TREWTE-UNlÈMJî.
constitue le Sedjislan. Commençons notre description topo-
graphique par le premier de ces États.
Le Kahoulistan^ ou le royaume de Kaboul, que Ton écrit
aussi Caboul, se divise en sept provinces, dont six portent
les noms de leurs capitales : Kaboul, Djelal-abad, Ghaz-
nah, Sivi, Kandahar, Farrah, et la septième appelée le
Loghman , qui a Dir pour chef-lieu.
Le gouvernement est féodal; le pouvoir du prince est li-
mité , et la liberté du peuple est garantie par la puissance
aristocratique des grands et par l'organisation des tribus. Le
trône est héréditaire, mais aucun usage fixe ne règle les
droits de primogéniture. Lorsque le roi meurt, les gi*ands
déterminent lequel de ses fils doit hériter de la couronne ; les
autres membres de la famille royale, à lexception de ceux
que le prince favorise,, sont enfermés dans la citadelle de
Kaboul où ils sont bien traités, mais gardés rigoureusement.
Le roi a le titre de chah ou de padichah; \\ possède le
pouvoir législatif et exécutif, le droit de battre monnaie,
celui de faire la paix et la guerre et de conclure des traités ;
mais il ne peut céder aucune partie du territoire afghan.
Les princes de la famille royale auxquels il accorde la liberté
sont nommés gouverneurs de provinces ou chefs des armées.
Les différens chefs se confinent dans leurs villages fortifiés,
d'où ils exercent sur leurs vassaux une autorité non contestée
et néanmoins modérée. Ils témoignent peu d'égards au padi-
chah , si ce n'est dans le cas où la chose publique est me-
nacée; car alors tous s'empressent de lui obéir. Dans les
villes, les magistrats qui rendent la justice sont les cadis,
les mouftis, etc.; dans les campagnes, les principaux pro-
priétaires fonciers sont responsables de la police. Au sur-
plus, celle-ci est généralement très-mal faite. Le prince
traite ses sujets avec modération et douceur. Ses édits sont
rarement accompagnés d'exécutions sanglantes, et il ne
se montre l'ennemi d'aucune secte i^eligieuse.^Sous Ahmed-
Â.SIE : KabouUstan. [\&\
Chah, qui fonda le royaume de Kaboul en 1747 en l'en-
levant à la Perse après l'assassinat de Nadir-Chah', les
revenus de TÉtat étaient évalués à environ 75 millions de
livres tournois; mais sous son fils Tymour-Chah, qui
commença à régner en 1773, ils n'étaient que d'environ aS
millions : il est vrai que ce prince perdit quelques unes
des conquêtes que son père avait faites dans l'Inde. Au-
jourd'hui c'est peut-être le porter trop haut que de l'éva-
luer à 36 millions, bien qu'il soit estimé par les uns à 27
et par d'autres à 45 millions. D'ailleurs, non seulement ce
revenu ne peut pas être exactement connu des Européens,
mais encore il paraît être très- variable.
Il n'est pas plus facile d'évaluer au juste la force militaire
de cette monarchie , bien que sa population soit estimée à
4,000,000 d'individus. On porte l'armée à 100,000 hommes;
mais il est certain que , dans un besoin urgent , elle pourrait
s'élever à i5o,ooo hommes. La cavalerie constitue la prin-
cipale force des Afghans. On se procure à bas prix dans le
Kaboul d'excellens chevaux du pays même ou des districts
de la Tatarie et de la Perse situés dans les environs. Un
corps d'infanterie , armé de mousquets , fait aussi partie de
l'armée afghane; mais il a peu de supériorité sur la solda-
tesque indisciplinée de l'Inde. Ahmed-Chah avait sur pied
100,000 hommes de cavalerie, et Tymour-Chah n'en en-
tretenait que 3o,ooo. L'artillerie des Afghans ne vaut pas
mieux en général que leur infanterie.
La proi^ince de Kaboul paraît avoir environ 45 lieues
de longueur dif nord au sud, et 20 de l'est à l'ouest dans
sa moyenne largeur. Kaboul j sa principale ville et la rési-
dence du padichah, est d'une médiocre étendue. Elle est
bâtie sur les bords de la rivière dont elle porte le nom , et
environnée d'un mur en briques. Sur le sommet d'une
colline s'élève le Balla-hissar y espèce de citadelle dans
laquelle se trouve le vaste palais du souverain ; il est flari-
462 LIVRE CENT TREDfTE-DWlÈME.
que de trois tours dont les flèches sont dorées, et renferme
une belle salle soutenue par des colonnes. Une autre cita-
delle sert de prison d'Etat : c'est là que Ton renferme ,
ainsi que nous lavons dit, les principaux membres de la
famille régnante. Au centre de la ville on remarque quatre
beaux bazars à deux étages et toujours bien approvision-
nés. La plupart des maisons sont en bois , d'autres en terre, et
un très-petit nombre en pierres. Avant les derniers troubles
civils, Kaboul renfermait, dit-on, 80,000 habitans. Suî»
vaut un voyageur anglais (i), elle n'en a pas plus de 3o,ooo.
Plusieurs poètes persans et indiens ont chanté le bel aspect
de cette ville. Hors de son enceinte , on remarque sur une
colline le tombeau de l'empereur Baber. Les autres villes
de la province, telles que Logar et Safaïd-Kouh^ n'offrent
rien de remarquable.
m
h^proi^ince de Djelal-abad s'étend entre celle de Kaboul,
les monts Soleyman et Keiber. Djelal-abad y sa capitale,
est une petite ville où réside le liakim; elle a un marché,
et son commerce est assez important. Dans ses environs,
on cultive la canne à sucre.
Dans celle de Ghaznah ou Ghaznih^ appelée aussi Ghiz-
nihy pays montagneux et froid, habité principalement
par les Ghildjis, la ville de Ghizm'h ou Ghizneky n'est plus
<;e qu'elle était lorsque les sultans Ghaznevides y rési-
daient. Bâtie sur une petite montagne, sa vaste enceinte,
formée d'une muraille en pierres, renferme à peine i5oo
maisons. Les beaux édifices construits par le célèbre Mah-
moud Ghazneh, le premier prince de cette dynastie qui prit
le titre de sultan , ont disparu : il ne reste plus , de deux
siècles de splendeur, que de vastes ruines, deux minarets de
100 pieds de hauteur et trois bazai's. Mais, hors de son en-
ceinte , on voit encore le superbe tombeau du sultan Mah-
(0 Mowistuart-Elphînstone : A n accoiint of tlic Ringdom of Caubul , etc.
ASIE : Kaboulistan. 4^3
moud Ghazneh , mort en io3o ; il est en marbre et surmonté
d'une coupole. D'autres tombeaux, érigés à la mémoire d'un
grand nombre de saints personnages , ont fait donner à
Ghizneh le surnom de Seconde Médine. Bien que cette ville
soit sous le 33® parallèle, elle est une des plus froides de
l'Asie ; ce qui s'explique tout naturellement par son élévation
au-dessus du niveau de la mer. A quelques lieues au nord
on trouve une autre ville , appelée Sourmoul^ qui donne son
nom à une vaste plaine dans laquelle elle est bâtie.
Nous n'avons rien à dire de la petite ville de Swi ou Sévi y
chef-lieu de la province de ce nom.
Celle de Loghmon ou Loughmoriy qui confine aux pro-
vinces de Kaboul et de Djelal-abad, est un pays important
par sa population que l'on évalue à 900,000 âmes; mais
Dir, sa principale ville , résidence d'un khan puissant , est
peu considérable ; il en est de même de celle de Bandjaour
ou Bajour, Dans le Farrah ou Fourrah , que l'on écrit aussi
Ferrah , nous ne connaissons non plus aucune cité digne
d'être nommée, si ce n'est le chef-lieu qui porte le même
nom. Farrah est une grande ville murée, située dans une
vallée fertile , à moitié chemin de Hérat à Kandahar. Son
bazar est bien approvisionné (i).
hsi prouince de Kandahar^ que l'on a l'habitude d'écrire
Candahar, est plus digne de fixer notre attention. Elle est
bornée au nord par le Khorassan afghan ou oriental, et
au sud par le Sedjistan ; depuis le nord-est jusqu'au sud-
est s'étendent plusieurs chaînes de montagnes, telles que
les monts Mokhour et la chaîne du Khodjah-Amran , et
depuis le nord-ouest jusqu'à l'ouest ce sont de vastes
plaines désertes et sablonneuses et des rochers arides. Sa
population, que l'on évalue à 7 ou 800,000 âmes, est
principalement composée d'Afghans : ce sont des Dourah-
vO H. Pottinger : Voyages dans le Bdloutchistan et le Sindliy.
464 LIVRE CENT TRENTE-UNIÈME.
nis , des Tadjiks et des Kizilbachi , la plupart de la secte
sunnite. Le Kandahar a long-temps fait partie de la Perse
et passé tour à tour de ëelle-ci aux souverains de Dehiy.
Kandahar y la capitale, est une longue et va^te ville
située dans une plaine, près de la rive gauche de TOrghen-
dab, rivière de 60 lieues de cours , affluent de IHelmend.
Cette cité, dont Vorigine est incertaine, mais qui paraît
avoir existé du temps d'Alexandre et avoir été détruite et
réédifiée plusieurs fois, fut, en dernier lieu, construite
sur un plan régulier, par Ïîadir-Chali , près de son antique
enceinte. Une muraille lentoure et deux forts la défen-
dent ; ses rues sont étroites mais bien alignées ; ses maisons
sont en briques et à plusieurs étages; en un mot, elle passe
pour une A^ plus belles villes de TAsie- Au centre selève
une rotonde voûtée, nommée Tchassou^ de 4o à 5o mètres
de diamètre, garnie intérieurement de boutiques, et à
laquelle viennent aboutir quatre grands bazars. Cette ro-
tonde sert de place publique ; c'est là que l'on fait les pro-
clamations et que Ton expose les corps des criminels. Plu-
sieurs caravansérails , l'ancien palais royal y la mosquée
voisine de ce palais, le tombeau d'Ahmed -Chah, surmonté
d'une élégante coupole, et orné intérieurement de pein-
tures et de dorures, sont, avec le Tchassou, ses principaux
édifices. Kandahar est arrosée par deux canaux dérivés de
rOrghendab et traversée par plusieurs petits ponts. Elle est
partagée en un grand nombre de quartiers réserves cha-
cun à une des nations qui l'habitent (i). Sa population
qui, en 1809, s'élevait à 100,000 âmes, ne paraît pas
avoir beaucoup diminué, bien que cette ville n'ait plus,
depuis 1774 5 le titre de capitale du Kaboulistan. Des
anciens privilèges attachés à ce titre, elle n'a conservé
que celui de battre monnaie. Cependant c'est encore la
(0 Mounstuart-Elphinstone : An accoiint , olc.
ASIE : Kaboulistan. 465
principale place de commerce et celle où l'industrie est
la plus active. L empereur Baber , connu aussi sous les noms
de Babr ou Babour, et arrière-petit-fils de Tamerlan, s'en
empara en i5o7; en i625 elle fut prise par Chah-Abbas-le-
Grand; en i638 le gouverneur persan, Aly-Merdan-Klian ,
la livra à l'empereur Djehanghir; en 1649 elle tomba au
pouvoir de Chah-Abbas II ; le chef afghan , Myr-Veïs , la prît
en 1709 et la garda jusqu'en 1737, que Nadir-Chah s'en
rendit maître après un siège de 18 mois. Il la détruisit et
la rebâtit un peu plus au sud en lui donnant le nom de
Nadir-Abad; mais, en 1747? Ahmed-Chah- Abdalli la surprit
et en fit la capitale de l'Afghanistan en lui rendant son
ancien nom. Outre cette ville on trouve encore dans le
Kandahar Meïmoud, chef-lieu de la tribu des Popoulzis,
et Ourghessan , chef-lieu de celle des Bahrikseï.
Le Ghennsyl ou Ghermsir^ que Ion écrit aussi Guermsiry
et qu'il ne faut pas confondre avec un district de la pro-
vince de Kerman, en Perse, désigne ici un canton qui
dépend de la province de Kandahar, et qui s'étend sur la
rive méridionale de l'Helmend. Il paraît occuper, suivant
un voyageur (i) , l'ancien lit d'une rivière à sec. Son nom
signifie pays chaud. Il est humide et marécageux en plu-
sieurs endroits et couvert d'herbes et de buissons, au milieu
desquels vienpent camper les Alekkosis. Sur les bords de
FHelmend s'élèvent cà et là quelques villages tadjiks , avec
les châteaux-forts qui les défendent. Sa partie septentrio-
nale est bornée par des montagnes, au milieu desquelles
s'étendent des vallées fertiles en blé, en orge et en riz,
tandis que les flancs de ces montagnes sont couverts d'aman-
diers , de figuiers , de grenadiers , de noyers et de platanes.
Les Alekkosis sont au nombre de 10,000 familles; c'est un
ramas de tous les voleurs sortis des pays voisins. Ils sont
(0 H. Pottinger : Voyage dans le Béloutchistan et le Sindhy.
VIII. 3o
466 LIVRE CENT TRENTE-UNIÈME.
célèbres par leurs brigandages. Il paraît que ce qui les a
engagés à venir s'établir dans ce district , c'est la facilité
avec laquelle on y obtient des récoltes : ce qu'il faut attri-
buer à la température et aux débordemens périodiques de
l'Helmend.
Le Khountchi est un petit district contigu au Ghermsyl
et qui présente le même aspect physique et politique. On
y trouve un village du même nom.
Le Khorabouk , pays situé à l'ouest des monts Khodjah-
Amram, se compose d'une plaine aride, arrosée par la
Lora et habitée par les Barytchis au nombre de aSoo à
3ooo familles , divisées en tribus ^ en partie nomades et en
partie fixées dans des villages. C'est la plus méridionale
des possessions du roi de Kaboul : un de ses agens y réside
pour la perception des revenus, qui, au surplus, sont peu
considérables (i).
Le Sedjestan ou Séistan , que 1 on nomme aussi Saghis^
tan et Sistan, et qui faisait partie de YArie des anciens,
est situé au sud du Kaboul et au nord du Béloutchistan ;
la Perse le borne à l'ouest. Il a environ loo lieues de rorient
à l'occident et un peu moins du nord au midi. C'est un pays
plat et sablonneux, couvert en quelques endroits de bois
et de halliers ; l'Helmend le traverse et va se terminer sur
la frontière de la Perse dans le lac de Zereh. En cet en-
droit le sol est tellement humide et marécageux qu'il sort,
des roseaux et des broussailles , des myriades de mouches
et de cousins qui incommodent les habitans depuis le
mois d'avril jusqu'au commencement d'octobre. Durant ce
temps, on est obligé de préserver de leur piqûre les che-
vaux et les dromadaires en les couvrant de toiles de coton
(0 H. Pottinger : Voyages dans le Béloutchistan et le Sindhy, t. II,
p. i3i-i33.
ASIE : Sedjestan. 467
qui leur descendent jusqu'aux pieds. Les sables brûlans
du Béloutchistan sont transportés par les vents dans le
Séistan où ils ensevelissent quelquefois de vastes champs
et des villages entiers; quelque vent qu'il fasse, on voit se
lever dans les airs des nuages de poussière ; et cette con-
trée, jadis fertile et remplie de cités florissantes, ainsi que
l'attestent une foule de ruines , a été tellement envahie par
les sables qu'elle est presque entièrement réduite à la plus
complète stérilité. Ce n'est que sur les bords de l'Helmend,
dans une vallée large d*environ une lieue , que l'on trouve
de vastes champs en culture ; c'est là que s'élèvent quelques
villes et de nombreux villages : le reste n'est habité que
par des tribus nomades qui cherchent çà et là de rares
pâturages , et qui vivent dans une mésintelligence presque
continuelle avec la population sédentaire.
« Le Séistan est désigné par Isidore de Gharax, au III^ siè-
cle avant notre ère, sous le nom deSacastène, L'orientaliste,^
incertain entre les étymologies que fournissent les diffé-
lens noms de ce pays , n'ose décider si le Seghistan ou le
Sedjistan est un pays des chiens ou un pajrs d'or, ou sim-
plement un pays de plaines [^), La dernière version s'accor-
derait avec les relations du petit nombre de voyageurs qui
ont visité cette contrée. »
Elle fut la patrie de deux héros , Djemchid et Roustem ,
et devint le patrimoine de ce dernier, que Ton peut regai*der
comme l'Hercule persan, qui, suivant les écrivains nationaux,
vécut plusieurs siècles et défendit l'Iran contre les entre-
prises des peuples du Touran ou de la Tatarie. Aujourd'hui
ce pays forme deux principautés : le Sultanat de Djelal-abad
et le Khanat d^Illoumdary qui, avant les derniers troubles j
étaient tributaires du roi de Kaboul, et dont la plus
considérable, qui est la première que nous venons de nom-
(0 /f a/i/ : Asien , 1 , 378.
468 LIVRE CENT TRENTE-UNIÈME.
mer, ne peut pas mettre sur pied plus de 3ooo hommes.
DjelaUabad ^ appelée aussi Donchak ou Zarangy est la
principale yille de tout le Séistan. Elle renferme environ
aooo maisons construites en briques et. un assez beau
bazar. On y fabrique, dit-on, de la porcelaine. Il paraît
qu elle est bâtie sur les ruines d'une autre ville impor-
tante qui pourrait bien être lantique Prophtasia, la même
que celle où se trouvait Alexandre au moment où se décou-
vrit une conspiration tramée contre lui, et dans laquelle
furent impliqués Parménion et son fils Philotas. Ce qui au
surplus semble l'indiquer, c'est son nom de Zarang, qui
vient -évidemment de Zarangœ ou Drangœ ^ dénomina-
tions par lesquelles on désignait les anciens habitans de la
éontrée qui environne le lac Zereh.
Si nous n'avons rien de particulier à dire des petites
villes de Koulinout et de Rodbar, qui appartiennent au
sultan de Djelal-abad^ nous ne chercherons pas à nous
arrêter à Illoumdar qui, bien que chef-lieu d'un khanat,
n'est pas plus digne que les autres de fixer notre attention.
Le petit État que nous allons parcourir est connu sous le
nom de Kharassan oriental y parce qu'il est en effet situé à
l'est de la province persane du Khorassan ; sous celui de Kho-
rassan afghan ^ parce qu'il est en partie habité par des tribus
afghanes, et sous celui de royaume de Hérat^ parce que ce
dernier nom est celui de sa capitale. Il formait jadis une par-
tie de la Bactnane. Ses limites sont , à l'est , au sud et au sud-
ouest, le Kaboul ,^ à l'ouest et au nord-ouest la Perse, et
enfin au nord le pays de Balkh. On lui donne environ i5o
lieues de longueur de l'est à l'ouest, 70 de largeur du nord
au sud, et à peu près 8700 lieues carrées de superficie. Au
sud il appartient au grand plateau de la Perse ; il est tra-
versé de l'est à l'ouest par la chaîne de montagnes appelée
Hindouh-Kouh ou Hindou-Koh, qui va se perdre dans
ASIE : Khorassan oriental. 469
les hauteurs qui sillonnent le plateau élevé dont nous ve-
nons de parler. Au nord il forme un autre plateau , borné
par les monts Hazara ou Hazareh , sur une longueur d'en-
viron 3o Heues; ceux du Kohy-Baba s'étendent dans sa
partie orientale où ils donnent naissance à la rivière d'Hel-
mend, qui l'arrose au sud-est; tandis que le Tedzen ou
Tedjen, l'antique Ochus ^ et le Morg-al, le Margus d^s
anciens, qui appartiennent tous deux au bassin de la mer
Caspienne , traversent le nord et l'ouest du pays.
La hauteur du plateau septentrional d'où descendent
ces rivières paraît être de 4ooo à 6000 pieds^ La constitu-
tion physique des montagnes est peu connue; cependant
il paraît que l'Hindou-Koh est principalement formé de
gneiss , de micaschistes et de calcaires.
Le climat que Ton éprouve dans le Khorassan diffère
suivant l'élévation du sol , mais il est généralement tem-
péré; Thiver n'y est pas rigoureux, et Ion y jouit au
printemps d'une température délicieuse , surtout dans les
plaines basses et dans les vallées. L'agriculture, favorisée
par un sol naturellement fertile , y est dans un état floris-
sant : on y cultive du blé, de Torge, du maïs, du riz, du
millet, du lin, du chanvre, du safran, de la garance, du
sésame, du tabac, du coton, des pavots, diverses espèces
de légumes , et des fruits délicieux , tels que du raisin , des
grenades, des melons, des amandes; Xassafœtida y abonde
ainsi que plusieurs plantes aromatiques , dont on fabrique
différentes essences estimées dans l'Orient. Le mûrier y
réussit parfaitement et nourrit une innombrable quantité
de vers à soie, dont les produits alimentent un grand
nombre de manufactures. Outre des soieries, on fabrique
des étoffes de coton, des châles, des maroquins, des
armes blanches et des armes à feu. Les femmes des nomades
font de la toile et du drap pour la consommation de leurs
familles. On y élève beaucoup de bestiaux et des chevaux
470 LIVRE CEJVT TRENTE-UNIEME.
d'une race excellente. Le commerce est actif : le pays ex-
porte du blé, du tabac, du safran, de l'opium, de Yassa
fœtiday des fruits secs et confits, des bestiaux, des che-
vaux , des fourrures et des armes.
On s'accorde à évaluer la population du Khorassan
afghan à i,5oo,ooo individus, composés de Tadjiks, qui
mènent une vie sédentaire, et de peuples nomades, dont
les principaux sont les Eïmaks et les Hazarehs. Ceux-ci se
distinguent par leur extérieur grave et sérieux et par leur
amour pour la chasse , le chant et la poésie ; leurs femmes
sont généralement belles, et sont traitées avec beaucoup
d'égards ; leurs villages se comppsent ordinairement de 3oo
maisons; souvent leurs habitations sont creusées dans le
roc. Les Eïmaks se divisent en trois principales tinbus^ de
même que les Hazarehs. Chacune de ces tribus est gou-
vernée par un chef qui prend le titre de khan. A ces
peuples il faut ajouter des Afghans , des Béloutchis et des
Ouzbeks. A l'exception des Hazarehs, qui sont schiites
zélés , toute la population appartient à la secte sunnite.
Le Khorassan afghan était divisé en trois provinces, et
dépendait du royaume de Kaboul, lorsqu'au commence-
ment du XIX® siècle Mahmoud-Chah détrôna Zéman-Chah
son frère. A la faveur de la guerre civile , plusieurs parties
de ce royaume conquirent leur indépendance. Mais Mah-
moud-Chah lui-même, ayant été détrôné par le gouverneur
de Cachemire, se réfugia dans le Khorassan oriental que
gouvernait Kamram son fils, et y fonda, en 18126, un
Etat indépendant que l'on peut appeler le royaume de
Hérat, ou du Khorassan oriental. Il est probable que
l'ancienne division de ce pays en trois provinces, le Hérat,
le Siahband et le Bamiam, a été conservée. Nous la repro-
duisons, à l'exemple de plusieurs géographes.
IjSi province de Hérat, bornée au nord et à l'ouest par
la Perse , au sud par le Kaboul , à Test par le Siahband ,
I
ASIE : Khorassan oriental, 47 '
et au nord-est par le kbanat de Baikh, porte le nom de
son chef-lieu, qui est en même temps la capitale du
royaume.
La ville de Hérat est bâtie au milieu d une superbe
vallée , aussi importante par sa culture que par sa popula-
tion. Cette vallée, dit le capitaine Christié, est entourée
de hautes montagnes et se prolonge au moins à 3o milles
de lest à l'ouest, et en a environ i5 de largeur; elle est
arrosée par une rivière qui paraît porter le même nom
que la ville et être un affluent du Tedjen, si ce n'est cette
rivière elle-même. Le sol y est cultivé avec soin ; de tous
côtés on ne voit que villages et jardins. En arrivant à la
ville on fait quatre milles au milieu de vergers et sur une
route magnifique , à l'extrémité de laquelle on traverse la
rivière sur un ancien pont, long de 1200 pieds et con-
struit en briques : on l'attribue à une marchande d'huile
qui le fit construire à ses frais; il est aujourd'hui en très-
mauvais état. Avant sa construction , la communication de
la capitale avec la campagne était interceptée tous les ans
à la fonte des neiges par les débordemens de la rivière.
Au-delà du pont , on entre dans un faubourg qui a quatre
milles de longueur jusqu'à la porte de la ville; celle-ci
couvre une superficie de quatre milles carrés. Elle est dé-
fendue par une haute muraille en terre , flanquée de tours
et ceinte d'un fossé plein d'eau. Au nord se trouve la
citadelle, située sur un monticule plus élevé que les murs
de la ville : c'est un petit château carré, dont les remparts'
parallèles à ceux de la ville sont construits en briques cui-
tes, avec des tours à chaque angle qui sont entourées d'un
fossé plein d'eau, sur lequel il y a un pont-levis. Au-delà
du fossé règne un mur extérieur environné d'im fossé sec.
Hérat a une porte sur chacun des côtés de ses murailles ,
et deux sur celui du nord. Mais, au total, ses moyens de
défense se réduisent à peu de chose. A partir de chaque
47^ LIVRE CENT TRENTE-UNIÈME.
porte, de vastes bazars conduisent au tchoT'Souhh ovù
marché, situé au centre de la ville. Les rues sont étroites
et irrégulières; les mardis, jours de marché, elles sont tel-
lement remplies de monde, ainsi que la grande place,
qu'il est impossible d y circuler, La ville est bien pourvue
deau; les maisons sont en briques; quelques unes sont
assez belles; mais ledifice de la plus chétive apparence
est le palais du prince : à lextérieur, on ne voit qu'une
porte ordinaire , au-dessus de laquelle s élève un bâtiment
mesquin , et en avant s étend une place ouverte avec des gale-
ries au milieu pour les nékarak-khénéoM timbales. Ses jardins
passent pour magnifiques. Les principales constructions
de cette ville sont d'abord la mosquée appelée Gaïat^
eddiri'Mohammed'Sam y puis celle que l'on appelle Mesdjid*
djoumâ ou mosquée du vendredi , qui couvre une superfi-
cie de 800 pieds carrés, mais qui tombe en ruines (i). Nous
devons citer encore le tombeau de Khodj a- Abdallah Ans*
sari y et le medresséh ou collège, nommé Bdikara^ qui fut
fondé par le sultan Hussein , un des descendans de Ta-
merlan , qui résidait à Hérat vers la fin du XV® siècle, et qui
se rendit célèbre par la protection éclairée qu'il accorda aux
lettres. Hérat est une des villes les plus peuplées de l'Afgha-
nistan : le capitaine Christié estime qu'avec ses faubourgs
elle renferme environ 100,000 habitans, dont ia,ooo
Afghans, 600 Hindous ^ et le reste composé de Mongols^
d'Ëïmaks, et de quelques Juifs. Les Hindous y sont très-
considérés : ce sont les seuls capitalistes de cettç ville que
Ion peut regarder aussi comme la plus commerçante de
cette partie de l'Asie; c'est l'entrepôt du commerce entre
le Kaboul, le Kandahar, le Cachemire, la Perse, Bag-
dad, etc. Ses étoffes de soie ne sont pas autant estimées
que celles que fabriquent les Persans ; cependant elle en
(0 Voyage du capitaine Christié , de Nouchky ù Ispahaa.
ASIE : Khorassan oriental. 47 3
exporte beaucoup : aussi les jardins qui lentourent sont-
ils remplis de mûriers que Ton n élève que pour nourrir
les vers à soie. Les plaines et les montagnes d alentour,
surtout à l'ouest, sont couvertes d^assafœiida qui s élève
à la hauteur de 2 à 3 pieds. Cette plante est encore une
branche importante d'exportation : les Béloutchis et les
Hindous l'aiment beaucoup; ils la mangent après avoir
fait cuire la tige sous les cendres et avoir assaisonné l'om-
belle comme les autres plantes potagères. Les revenus
d'Hérat et de son territoire sont d'environ 1,200,000 francs;
ils proviennent de l'impôt des caravansérails, des bouti-
ques et des jardins ; une partie se perçoit en grains ou en
bestiaux et le reste en argent. La policejy est sévère, dit le
capitaine Ghristié , moins pour maintenir les bonnes mœurs
que pour tirer les amendes qui reviennent au gouverne-
ment. Personne ne peut se montrer dans les rues dès qu'il
fait nuit. Hérat est de toutes les villes du Khorassan celle
dans laquelle on tend le plus de pièges aux étrangers im-
prudens : ainsi des fripons les attirent chez eux sous pré-
texte de leur faire prendre part à un régal , et les accusent
ensuite d'avoir enfreint les lois de l'hospitalité en cherchant
à séduire leurs femmes. Le pauvre diable qui se trouve pris
dans un piège semblable doit s'estimer heureux d'en être
quitte pour une amende de 5oo roupies (1260 fr.); au sur-
plus, ces escrocs ne manquent pas de proportionner leurs
prétentions d'indemnité à la condition de leurs dupes; la
moitié revient au dénonciateur et l'autre au ministre et au
gouvernement. Deux vastes jardins» appartenant au prince
servent de promenades publiques. Une montagne voisine,
sur laquelle il existait jadis un temple de Parsis, et où l'on
exploite aujourd'hui de bonnes pierres à meules de mou-
lin, fournit à la ville toute l'eau dont elle a besoin. A une
journée de route de celle-ci , de beaux herbages nourris-
sent une race de chevaux qui se vendent de 2,5oo à io,ooa
474 LIVRE CENT TRENTE-UNIÈME.
francs chacun. Hérat est une des plus anciennes cités de
rOrient ; elle portait le nom &Aria ou èiArtacoana et la
rivière qui larrose celui â^Arius. Du temps d'Alexandre,
elle était déjà la capitale d'une vaste province. Le héros
macédonien apprit que cetait dans cette ville que le sa-
trape Satibarsane, à qui il avait déjà pardonné, rassem-
blait toutes ses forces pour se réunir à Bessus ; il se mit
aussitôt en marche pour aller ly surprendre^ le satrape
s'enfuit, mais ses complices furent punis de mort ou em-
menés en captivité. Cette ville fut prise par Djenghiz-Khan ;
Tamerlan y fixa le siège de son empire ; elle passa ensuite
sous la domination de la Perse, à laquelle elle fut enlevée,
en 171 5, par les Douranys, nation afghane. Nadir-Chah
la reprit en 1731; mais Ahmed-Chah, prince afghan, s'en
empara en 1 749. Depuis ce temps elle appartint au royaume
de Kaboul , et n'en fut séparée qu a lepoque récente du
démembrement de ce royaume , pour devenir , ainsi que
nous lavons dit ^ la capitale d'un petit État indépendant.
On cite encore dans la province d'Hérat une ville appe-
lée Gour ou Jaughouri ou Clioughehiran ^ peut-être la même
que celle que d'autres géographes nomment Goroudje;
elle fut dans le XIP siècle la capitale d'un petit royaume;
mais depuis qu'elle a été saccagée par les armées de Djenghiz-
Khan et de Tamerlan elle ne s'est point relevée, et même
elle est à peine connue aujourd'hui. On trouve dans ses
environs des eaux thermales et des mines de fer et de
plomb. Oubah donne son nom à un canton dans lequel se
trouvent des bains d'eaux minérales et des carrières d'une
espèce de marbre qui a servi à la construction des monu-
mens publics d'Hérat.
La pwuince méridionale de Siahhand ou Chahbend ne
renferme aucune ville importante , sans en excepter même
le chef-lieu qui porte le même nom. Biliboud-Khan^ petit
bourg, Goura-Klian^ village sur la route d'Hérat à Kaboul,
ASIE : Khorassan orientât 47 5
et Kôuroum-Khan^ sont les résidences de trois khans des
Eïmaks.
Ce peuple annonce par ses caractères physiques une
origine tatare; un auteur indien, Aboul-Fazl, qui fut pre-
mier ministre et historiographe du grand-mogol Akbar,
prétend même que les Eïmaks sont les restes de l'armée
du quatrième empereur mongol , Mangou-Khan , petit-fils
de Djenghiz-Khan. Ce sont des hommes grands et forts,
qui vivent de pain , de légumes , de lait caillé , de viande ,
et pour lesquels la chair de cheval est un régal. Ils pos-
sèdent d'immenses troupeaux de moutons, et nourrissent
des chevaux petits , mais vifs et infatigables. Leurs villages
sont des espèces de camps, dont les chefs reconnaissent
l'autorité d'un chef supérieur appelé khan (i). Tous sont
mahométans sunnites rigoureux.
La province de Bamiam est la plus septentrionale des
trois qui composent le royaume de Hérat; c'est aussi la
moins productive; la plus grande partie est même tout-à-
fait stérile ; c'est enfin celle dont le climat çst le plus rigou-
reux. Cependant quelques étroites vallées produisent des
grains ; mais la principale ressource consiste en nombreux
troupeaux de moutons^ en bœufs et en chevaux. Elle
n'offre rien de particulier , si ce n'est son chef-Ueu , intéres-
sant par les antiquités qui s'élèvent dans son voisinage.
Au milieu des montagnes se trouve la petite ville de Ba-
miam; celle-ci ne mérite pas de fixer l'attention; mais il
faut visiter près de là les ruines de l'ancienne Bamiam,
qui fut prise et saccagée en 1221 par Djenghiz-Khan, et
abandonnée par ses habitans. Elle consiste en un nombre
prodigieux d'excavations pratiquées dans une montagne
isolée. Aboul-Fazl en compte 12,000 y compris celles de
ses environs. Mais cette ville de troglodytes , que le voya-
0 MoiunsUutn-Eïpliinsione : Voyages dans le Bétoutchistan , etc.
476 LIVRE CENT TRENTE-UNIÈBIE.
geur Hamilton appelle la Thèbes de TOrient, offre des
antiquités du plus grand intérêt qui mériteraient d'être
visitées par des archéologues versés dans la connaissance
des anciens cultes de l'Asie : ce sont , entre autres , deux
statues colossales, hautes de 5o coudées, représentant un
homme et une femme, et une troisième, de i5 coudées
de hauteur, qui paraît représenter leur fils. Lliomme,
coiffé d'un turban , a lune de ses mains placée sur sa bouche
et lautre sur sa poitrine. Ces statues adhèrent à la mon-
tagne et sont posées dans des niches; on croit quelles se
rapportent au culte de Bouddha. Deh-Kounctjr^ Deh Sendji
et Tchaghourij situés sur une montagne qui porte le même
nom, sont de petits châteaux-forts dans lesquels résident
trois khans des Hazareh.
*
Cette nation a pour demeures des chaumières à moitié
enfoncées dans les flancs des montagnes. Chaque village
se compose de 20 à 200 habitations, quelquefois même de
tentes, et est défendu par une haute tour capable de ren-
fermer dix à douze hommes et percée de tous côtés de
meurtrières. En temps de paix , un seul homme reste dans
la tour; en cas d'alarme, il frappe sur uu grand bassin
de cuivre; ce signal, donné par une seule tour, est répété
par toutes les autres, de village en village, et en peu
d'instans toute la population d'un canton est sur pied. Les
Hazareh sont très-irascibles et prompts à se livrer aux
plus violens excès; mais, à part ces momens de vivacité,
ils sont gais et sociables; ils ont un goût prononcé pour
le chant et la poésie ; les amans célèbrent leurs amours en
vers de leur composition; et souvent les hommes s'amu-
sent pendant des heures entières à se railler dans des
satires improvisées. Les caractères physiques par lesquels
se distinguent les Hazareh sont une face large, de petits
yeux, et le défaut presque absolu de barbe. Leurs femmes ,
en général assez jolies, sont beaucoup plus heureuses et
ASIE : Khorassan oriental. 477
plus libres que chez la plupart des autres peuplades asia-
tiques: ce sont elles qui dirigent tout dans la maison et
qui président aux soins du ménage; jamais elles ne sont
battues ; elles sortent quand elles le veulent et jamais voi-
lées ; il est vrai que la chasteté est la vertu à laquelle elles
tiennent le moins, et quelles se livrent même souvent au
plus honteux libertinage. Tous les Hazareh sont sectateurs
fanatiques d'Aly : aussi ont-ils en horreur les Afghans , les
Eïmaks et les Ouzbeks, qui tiennent à la secte opposée (0.
Nous ne terminerons pas ce tableau de rAfghanistan
occidental sans donner la description du costume de ses
habitans. Celui des Douranys se compose d'un large pan«
talon en étoffe de coton de couleur foncée, d'une sorte
de blouse à manches larges, tombant sur les genoux, et
portant en arabe le nom de camiss, dont nous avons fait
le mot chemise y parce que c'est à l'époque des croisades
que les Européens ont emprunté ce vêtement aux Orien-
taux; d'une paire de bottines dont la pointe est un peu
recourbée, et d'un bonnet étroit, bordé d'une bande de
soie et surmonté d'une calotte brochée en or. Quelquefois
ils portent par-dessus leurs habits un grand manteau à
collet, fait avec des peaux de moutons, dont le poil est
en dedans, ou bien en une sorte de feutre doux et souple.
Ce manteau flotte sur les épaules, et les longues manches
qui y sont attachées tombent jusqu'en bas. Les personnes
de la haute classe s'habillent comme les Persans.
Quant aux Sedjestaniens^ parlant la même langue et ayant
le même culte que les Persans , ainsi que de fréquens rap-
ports avec eux, il n'est pas étonnant qu'ils aient adopté le
même costume.
Les Eïmaks portent de larges pantalons, sur lesquels
tombe une ample l'obe retenue par une ceinture ; le plus
(0 Mowistuart-Elphinstone : Voyages dans le Béloutchistan , etc.
478 LIVRE CENT TRENTE-UNIEME.
ordinairement ils ont les pieds nus ; quelquefois ils se coiffent
d'un turban , mais le plus souvent d'un bonnet de peau de
mouton noir.
Les Hazareh ont une sorte de chemise blanche, par-
dessus laquelle ils mettent une large robe en étoffe brune
liée par une large ceinture rayée ; leur coiffure consiste en
une espèce de calotte brodée avec deux rebords saillans
qui forment quatre pointes, dont deux avancent sur le
front et deux sur la nuque ; au lieu de bas ils enveloppent
leurs jambes de bandes de drap , et leurs souliers sont des
espèces de petites bottines attachées avec des cordons.
Leurs femmes portent de longues robes de laine et des
bottes en peau de daim qui montent jusqu'aux genoux;
leur coiffure consiste en un petit bonnet , derrière lequel
pend une longue bande d'étoffe qui descend jusqu'aux
reins.
TABtEAU.
479
TABLEAU des positions astronomiques des principaux lieux
de r Afghanistan occidental.
NOMS
DES I. I EU X.
BÉLOUTCHISTAN.
Kélat
Bêla
Kedjé
Pouhra
KABOULISTAIÎ.
Kaboul
Djelal-abad
Ghaznah
Kandahar
Farrah
SEDJESTAlf.
Djelal-abad.
KHORASSAV ORIEKTAL.
Hérat
Bamiam
Latitudes.
deg. min. sec.
39 6 o N.
36 49 o JV.
^6 26 o N.
a5 2 o N.
34 10 o N.
34 6 o N.
33 II o N
3a 20 o N
3a 48 o N
3i 58 o N.
36 56 o N.
34 40 o N.
Longitudes.
deg. min. sec.
63 ai o E.
7 12 4^ E.
9 54 o £.
76 58 45 £.
l
66 54 45 E.
67 20 o £,
66 32 o E.
64 5 45 E.
60 6 o £.
59 5o o £.
65 3o o E.
65 38 o E.
NOMS
DES OBSERVATEURS.
Auteurs.
Hamilton.
Auteurs.
Hamilton.
Idem.
Auteurs.
Idem.
Allen.
Auteurs.
Idem.
Idem.
Idem.
>o»oooooo»«>o«o«opo»»oooeoo»ooooooo>>oi>oooooo>ooo#
LIVRE CENT TRENTE-DEUXIÈME.
Suite de la Description de l'Asie. — Recherchés sur la mer
Caspienne et sur l'ancienne embouchure du fleuve Oxus ou
Djihoun (0.
«Il est peu de sujets qui aient fourni matière à plus de
discussions que la mer Caspienne; la Géographie physique
en a examiné avec étonnement la nature particulière; la
Géographie critique en a changé vingt fois la situation , la
configuration et l'étendue sur les cartes , quoique vraisem-
blablement ni l'une ni l'autre n*aient éprouvé aucun chan-
gement réel depuis les premiers siècles de l'histoire.
« Telle que les dernières obseiTations astronomiques et
les mesures locales nous représentent la mer Caspienne , elle
s'étend du nord au sud avec une sorte d'étranglement pro-
duit par la saillie de la péninsule à^ Apchéron ; la partie sep-
tentrionale de cette mer forme pour ainsi dire une grande
baie qui se courbe du nord au nord-est, et qui s'approche
du bassin du lac Aral. En mesurant la mer Caspienne par
les seules lignes droites qu'on y puisse tirer, elle a une
longueur de 122 | myriamètres (ayS lieues) W , et une lar-
geur de 17I myriamètres (4i lieues) à l'endroit le plus
étroit, mais de 44 j myriamètres (100 lieues) à l'endroit le
plus large P). Notre atlas indique plus en détail la situation
(0 Ce Livre traitant plusieurs questions , entre autres une très-impor-
tante , celle de Tancienne réunion de la mer Caspienne et du lac Aral ,
nous avons pensé qu*il était convena])lc de conserver intact le texte <le
Malte-Brun, afin de faire connaître son opinion tout entière : nous n*y
ajouterons que les notes qui nous paraîtront nécessaires. J. H.
(0 Depuis la baie de Kolpinskom, à Touest de l'Oural , jusqu'h Balfroch.
Cette ligne passe cependant par la péninsule Kamganskoï,
(^) Entre Astara et le Dahistan.
ASIE : Mer Caspienne. 48 1
de cette mer , situation qui n'offre plus que de très-Iëgères
incertitudes.
« Il n en était pas ainsi il y a cent ans. L'erreur presque
générale de l'antiquité, qui avait regardé la mer Caspienne
comme un golfe de l'Océan septentrional, avait disparu
au II® siècle de l'ère vulgaire ; Ptôlémée avait rappelé la
vérité, connue d'Hérodote, et peut-être d'Aristote; la mer
Caspienne était redevenue, sur les cartes, un lac ou une
mer méditerranée , séparée de toutes parts de l'Océan et de
toute autre mer (i). Mais au lieu de lui donner sa plus
grande étendue du nord au sud, on se laissa entraîner à
l'étendre dans une direction est et ouest ^ d'abord parce
qu'on se figurait l'Océan septentrional beaucoup plus rap-
proché qu'il n'était , ce qui obligeait à trouver , comme on
le pouvait, la place exigée par les dimensions connues de
la mer Caspienne ; ensuite parce que le lac Aral , connu
très -imparfaitement, était'censé faire partie de la mer Cas-
pienne , ainsi que le prouve l'opinion des anciens sur l'em-
bouchure de VOxus; opinion que nous allons discuter.
« Pendant les siècles ténébreux du moyen âge, les fai-
seurs de cartes se bornèrent à répéter celle de Ptôlémée.
La mer Caspienne y occupait 20 degrés de l'est à l'ouest :
le lac Aral y était confondu; le Djihoun ou l'Oxus s'y
écoulait environ à l'endroit où nos cartes placent la ville
de Balkh. Le premier voyageur savant qui substitua des
observations à ces traditions vagues et obscures fut le
négociant anglais lenkinson^ qui voyagea, en i557 et
i56i, aux frais d'une compagnie de commerce (2). Parti
d'Astrakhan, il visita les côtes septentrionales jusqu'à
l'embouchure de l'Iemba; il débarqua à Manghichlak, daù
(0 Voyez les passages d^ Hérodote y à'Jristote, de^rabon, de Ptôlé-
mée y etc. , cités et discutés dans notre toI. I^'^, Histoire de la Géogra*
phie, livre MI, pag. 6a-B5; livre XIV, pag. 874.
(0 « Merchants of Landon ofthe Moscos^ie Comp, »
VUI. 3i
48a LIVRÉ CENT tRENTÈ-DEÙÎLrèME.
i4 se tendit à Boukharâ. Il distingue la mer d'At^l sdus le
nom de lac de Kithay, Son deuxième voyage le conduisit,
pôt* le Caucase, sur les rivages méridionaux de la mer
Caspienne. Il fiit suivi par son compatriote Christophe
Bârt^ughy qiii, en i58o, traversa la Russie, et, s'étant
émbdrqué à Astrakhan, longea le^ côtes oticidentales de
là kher Càspieiine, et y dëtemiina la latitude de plusieurs
pditits (i). Eli i633 , lé savant Oléarius (2) , qui accompagna
utte légation du duc de Holstein au séphi de la Perse ,
détermina les liatitudes de plusieurs points de la côte occi-
deiitale et méridionale de la mer Caspienne (3).
« Toutes ces observations isolées restèrent à peu près
inconnues à l'Europe savante; du moins il serait difficile
de produire une carte française, anglaise ou allemande du
XVII® siècle, qui donnât à la mer Caspienne une forme
tant soit peu rapprochée de la véritable. Celle de Jean
Stniy^^ la plus remarquable sans doute, met Astrahkan
sur la côte orientale, et place les îles du Volga danij le
milieu de là mer (4). Il était réservé à la Russie de nous
ouvrir la routé de la vérité. La possession de la ville
d'Astrakhaîi et les grands projets politiques du tzaf Pierre P**
amenèrent d'abord des doutes sur la forme de la mer Cas-
pienne, ensuite des voyages et des recherches hydrogra-
phiques ; éhfirt , des cartes grossières , il est vrai , mais où
déjà la vérité perçait à travers un nuage d erreurs. Des
Voyages entrepris, vers Tan 1719 — i^^ao, par le conseiller
(») Coiiip. Hàkîujrty Voyages, vol. I, p. 4^7 (édil. de 1S99). Blu--
menbaeh , dans Zach , Corresp. , III , 58o. — (») Son vrai nom était
Oelschlœgerj il était natif d'Ascliersleben ; il fut professeur à Leipsick ,
et mourut en 1671.
C^) En 1670, le Hollandais Jean Struys alla sur un navire d'Astrakhan
en 9^r»e , et doi^na une carte dans laquelle la mer Caspienne est sin-
gulièrement contournée. J. H.
(4) « Zeekaert vertonende de Caspische zee ^ etc. , gcteckînt door Jan
Janscn Struys ^ in t'iaer 1668. »
ASIE : Mer Cuspienne. 483
d'Etat Kirilofy par lamiral Soinvonof^ et par le vice-amiral
CruySy Norvégien (0, donnèrent lieu en 173 1 à la publi*
cation de cartes qui sont aujourd'hui devenues très-rates ,
même en Russie. Dans les années 1726 et 1727, Pierre P'
fit parcourir la nier Caspienne par quelques navigateurs
hollandais qui, pendant trois ans, en levèrent la catte
sous la direction dun certain Charles Van^VerdJeen. Lors
du voyage du tzar à Paris , ce grand prince eut des entre-
tiens fréquens avec le savant géographe Guillaume Dé--
lisle (2) , et , d'après les vœux de cet académicien , il fit Re-
mettre à l'Académie des Sciences de Paris la carte de
Van-Verdeen (à laquelle il avait lui-même pris part), et.
celle du vice -amiral Cruys, lune et l'autre dépourvues de
l'indication des longitudes. Delisle, les ayant examinées,
y trouva encore les fautes les plus grossières. Celle d«e
Cruys plaçait Astrakhan sur la côte orientale de la mer
Caspienne ; les mêmes endroits y étaient répétés deux fois
à une distance de plus de cent lieues; les latitudes, qu'on
pouvait alors facilement observer à 4 ou 5 minutes près,
offraient des erreurs de 5 à 6 degrés. La carte de Van-
Verdeen, ou, comme on l'appelait, du tzar Pierre, était
meilleure; cependant la latitude d'Asterabad était fausse
de 3 degrés. I/académicien français publia les quatre re-
présentations de la mer Caspienne, résultant des données
de Ptolémée, d'Aboulfeda, de Cruys et du tzar Pierre; il y
joignit une nouvelle esquisse critique d'après les observa-
tions de Burrough, de lenkinson et d'Oléarius (3).
« Vingt ans se passèrent avant qu'on fît aucune tentative
pour perfectionner la géographie de ces régions. Une
(0 Cruys ou Creux , né à Stavanger en Norvège. Aiédorf, Révolutions
de l'Europe, dans ses OEuvres complètes, Ill« partie, !!• vol., p. aqo
(en danois ). — (*) Mémoires de l'Académie des Sciences , 1 720 , p. SSa.
(5) Mémtiires de l'Académie , 1 721 , p. a45. Carte de la mer Caspienne ,
1 feuilles , 1725.
3i.
484 LIVRE CENT TRENTE-DEUXIÈME.
nouvelle compagnie de négocians anglais reprit le projet
d'ouvrir une communiofttion avec Tlnde par la route
d'Astrakhan. Le célèbre Jones Hanway qui, dans son
voyage de Perse, a écrit l'histoire de cette entreprise,
reçut, en 1745, des capitaines Elton et Woodroofey une
nouvelle carte de la mer Caspienne, contenant très-peu
d'observations qui ne fussent déjà connues. Hanway en
publia encore une autre qui, étant projetée comme les
anciennes cartes plates, donne un ensemble informe. Vers
le même temps, un voyageur allemand , le docteur Lerche,
fit quelques observations très-bonnes sur la côte du Da-
ghestan et du Chirvan.
« Notre célèbre d'Anville ayant trouvé quelques manu-
scrits à la Bibliothèque royale, en tira une nouvelle carte (>) ,
dans laquelle la mer Caspienne, reculée d'un degré à Test,
rétait encore de plus de deux degrés de sa véritable situa-
tion. Vingt ans plus tard, l'hydrographe Bonne imagina
un nouveau système sur ce grand problème; il admit
comme vraie l'observation du P. Bèze sur la long^itude de
Trébizonde, quoiqu'elle soit aujourd'hui reconnue fausse
de 7 degrés et demi , et que déjà Delisle en eiit démontré
l'inexactitude W • d'un autre côté , il plaçait Gourief à l'ex-
trémité septentrionale de la mer Caspienne , conformément
à la bonne obseï'vation de Lowitz, académicien russe P).
De cette combinaison d'une fausse observation et d'une
bonne, il résqlta que la Géorgie et les autres contrées cau-
casiennes , repoussées à l'est par le trop grand prolonge-
ment de la mer Noire, envahissaient la place du milieu
de la mer Caspienne, dont la partie septentrionale restait
dans sa vraie situation; de là toute cette mer prit une
(0 Essai d'une nouvelle Carte de la mer Caspienne, 1754.
(>) Mémoires de l'Académie des Sciences, 1720, p. 38 1. «
(^) Nov. Comment. Academ. Pctrop. , XIV, 1769, parf. II, p. i53.
ASiK : Mer Caspienne. , 485
direction oblique du nord-ouest au sud-est, et devint en
même temps ti'op longue d'un cinquième. D* An ville com-
battit ce système, et maintint la véritable direction de la
mer Caspienne (i).
« Les expéditions nautiques dont Gmelin^ Hablitzl et
Tokmatchef^) firent partie, procurèrent la détermination
exacte de toutes les latitudes et de quelques longitudes
relatives à la côte orientale et méridionale. Les observa-
tions de ces voyageurs , mises en rapport avec la longitude
de Kazvïn déterminée par M. Beaucharop, et comparées plus
récemment avec les nombreux itinéraires des officiers
français revenant de Perse, paraissent enfin avoir fixe
l'étendue et la position de la mer Caspienne. Moins éloi-
gnée à l'orient, plus dentelée, plus courbée que d'Anville
ne lavait faite, elle a pourtant, comme ce savant géo-
graphe et le tzar Pien*e l'avaient cru , une direction presque
parallèle au méridien (5).
« Si nos lecteurs nous pardonnent cet exposé, nécessai-
rement aride , des longs égaremens de la Géographie ma-
thématique, ils nous suivront avec plus de plaisir dans la
description physique. La mer Caspienne a un niveau plus
bas que l'Océan et que la mer Noire; M. Olivief estime la
différence à 60 pieds ; Tacadémicien Lowitz , dont ce savant
voyageur paraît n avoir pas connu les recherches , ne porte
(0 Mémoires de T Académie des Sciences , 1774» P- 3^8.
<^) Les côtes orientales de la mer Caspienne furent visitées et décrites
en 1764 par Tokmatchef , et les côtes occidentales et méridionales par le
naturaliste Gmelin en 1770, 1771 et 1773. , J. H.
(3) Le capitaine russe Mouraviev est le plus récent voyageur qui ait
visité la mer Caspienne : il partit en 1819 de Bakou pour Lankoran,
alla jusque vis-à-vis d'Asterabad, côtoya la partie orientale jusqu*au lac
Amer , et détermina les contours du golfe du Balkan et des iles voisines.
D'un autre côté le voyageur anglais Fraser a déterminé la position de la
côte, méridionale , et a reconnu que cett« mer s'étend plus au sud qu'on
ne l'avait cru jusqu'alors. J. H.
486 LIVRE CENT TRENTE-DE OXlÈME.
cette difEérenoe qu'à 5o pieds (0* Les vents du nord et du
sud, engoufFres dans cette vallée deau, soulèvent et abais-
sent la mer assez fortement pour que le niveau varie de
4 à 8 pieds W. La fonte des neiges y contribue en gon-
flant les rivières qui portent leurs eaux dans cette mer, et
parmi lesquelles on distingue le Volga et TOural ou Tlaîk,
du côté de FEurope; le Tedjep ou YOckus, le Rizil-Ozeu
et le Kbour, du côté de l'Asie. On prétend encore y avoir
observé une variation séculaire ou à longue période ; on
assure que. depuis i556, les eaux de la mer ont générale-
ment empiété sur les terres de Russie, au nord. Ce fait
mériterait d'être constaté. La profondeur de cette mer est
peu considérable, excepté vers l'extrémité méridionale, où
une sonde de 38o toises n'a pas atteint le fond (3). Hanway
ne l'a pas même touché avec une sonde de 4So toises. Dans
les autres parties sa profondeur est de 70 à 80 toisea.
« Quelques naturalistes ont renouvelé et rendu très-vrai-
semblable l'opinion émise d'abord par Varénius, d'après
laquelle la mer Caspienne aurait eu, à une époque trèa-
reculée, une plus grande étendue au nord-ouest y et même
une communication avec la mer d'Azof. Des terres basses
et sablonneuses , des plantes salines dans un sol imprégné
de sel , des coquillages propres à la mer Caspienne ; tels
sont les faits que Gmelin et Pallas ont observés dans toutes
les plaines du gouvernement d'Astrakhan^ mais spéciale-
ment dans les deux bas-fonds où coulent la Manytch vers
la mer d'Azof, et la Kouma vers la met* Caspienne (4).
(0 Georgiy Russie, 1, a58. Des observations récentes ont prouva que
cette différence de niveau était bien plus considérable. M. de Humboldt »
pendant le voyage qu*il fit en 1829 dans l'Asie septentrionale , a reconnu
qu'Astrakhan est à 3oo pieds au-dessous du niveau de TOcéan. J. H.
(>) Hanway y Voyage en Perse, I, 289. — (3) De Sainte- Cix)ix , Exa-
men des Historiens d'Alexandre , p. 701 . — (4) Pallas , premier Voyage ,
VII, 312 j trad. franc. Gmelin, Voyage, IV, 49"^7 (en allcm.) Voyez
fi-dcssus, liv. CXXII.
Asiç : Mer Cdspimnet 487
C'est là qu'existait Tanpien détroit ^ntre les deux iT)ers;
mais quoique ce détroit, comblé peu h^ peu par les 9llu-
vions du Don, du Volga et du Kouban, ait pu se oon-
server long-temps après la dernière grande catastrophe
du globe, il nous parait certain qu'il nen existe pas h
moindre trace historique dans aucun auteur grave qt 4igne
de foi. Les idées des géographes anciens ^vir \^ vaste éten-
due de la mer Caspienne à Cest Xkont rien de oommun
avec ce détroit > les navigations des Argonautes ne sau-
raient sexpliquer suffisamment par lexistenoe de cette
communication^ et s'expliquent très-bien sans ellelO;
enfin, le rapport imagins^ire qu'on éf;ablit entre l'écou-
lement de cette ancieppe ipéditerranée et une prétendue
rupture du Bosphore de Thrace, accompagnée ^nn dé-
luge dévastateur, a été démontré contraire à des vérités
physiques incont;estables ; la vallée du Bosphore est na-
turelle, et nqn point formée par une catastrophe violente;
les eaux réunies dp Pont-Ëuxin et de la iper Caspieppe,
élevées à un assez haut niveau pour causer un déluge
aussi violent et Qussi général que Ion nous peint celui
dont il est question, se ^er^iept époulées par d'autres
vallées que celles du Bosphpre (3). Nous ajouterons encore
que ces prétendus déluges généraux n'étaient trèa-proba-
blement que des inondations locales de certaines parties
de la Grèce.
<c Disons donc que le comblement de Tancien détroit,
entre la mer Caspienne et celle d'Azof , a eu lieu avant les
temps historiques; que la mer Caspienne et l'isthme cau-
casien avaient, du temps d'Hérodote comme du temps de
Ptolémée, leurs formes actuelles; et que le marais dont
parle un auteur byzantin , comme existant dans le IV^ siè-
(0 Voyez notre volume 1", livre H , p. 45> et spécialement p. 49"^ "^^
(^) Olii^ier, Voyage en Perse, V, p. 337 sqq.
488 LIVRE CENT TRENTE-DEUXIÈME.
de au nord du Caucase, nest autre chose que le lac Bol-
cho{ 9 qui existe encore.
« Mais que deyiennent , nous demandera*t*on , toutes les
eaux que tant de fleuves versent dans la mer Caspienne? Se
précipitent-elles dansMeux gouffres qui communiqueraient
avec le golfe Persique, et que d'anciens voyageurs (i)
prétendent avoir ijus ? Mais ces gouffres ont.de tout temps
paru imaginaires aux observateurs judicieux (2). Les feuilles
de saules qui se montrent à la surface de ce golfe n'ont
pas besoin de venir du Ghiian; elles peuvent venir des
bords de TEupfarate. Les eaux de la mer Caspienne per-
dent leur supei'flu , comme celles de TOcéan , par Tévapo-
ration. Elle est extrêmement forte ; c'est ce que démontre
l'éternelle humidité de la température dans le Daghestan ,
le Ghirvan, le Ghiian et le Mazanderan.
« Les côtes de la mer Caspienne , formées à lest par des
hauteurs escarpées, sont bordées au sud par des plaines
marécageuses; et à l'ouest, ainsi qu'au nord, par des dunes
sablonneuses ; le fond est jonché de coquillages à l'état de
débris et à celui de pétrification; la craie, le grès et les
pyrites y sont les substances les plus communes. De vastes
amas de joncs attristent les rivages et dérobent à la viie
l'embouchure des fleuves.
« L'eau qui, près de l'embouchure des rivières, est pres-
que douce, devient médiocrement salée au large; elle
contient, outre les élémens ordinaires des eaux mai'ines,
une quantité considérable de sel de Glauber (5) , ou sulfate
de soude, qui provient peut-être de la décomposition du
naphte, si commun dans les montagnes caucasiennes, et
dont quelques veines paraissent setendre sous la mer.
Les vents de nord-ouest font diminuer la salure et aug-
(0 Slvuys^ Voyage, p. 126 (édit. allem. de 1678). P. Àxfrilf Voyages
eu divers États d'Europe et d'Asie, p. 73. — (*) Kœmpfev^ Amœnitat.
<;xot. , p. ^54. — Q) Gmclin, Voj'ngr, HT, 261-267.
ASIE : Mer Caspienne. 489
menter lamertume. La forte phosphorescence des eaux
grasses et bourbeuses de la mer Caspienne a été remarquée
par Pallas ; mais la couleur noire qu elles semblent prendre
au large, paraît ou mal observée ou due à des illusions
optiques (0. La glace couvre souvent les golfes septen-
trionaux.
« Beaucoup d'oiseaux aquatiques chérissent les rivages
de ce grand lac; beaucoup de poissons s y prti^agent;
lesturgepn ( acipenser sturio) est le principal objet de la
pêche; on en a pris en quelques années 3 à 4o<^9<^oo9
mais on préfère , pour la délicatesse de la chair, le sterlet
( acipenser ruthery ) ; et c'est de Testurgeon étoi)é ( acipen-
ser stellatuSy en russe sei>nige ) qu on tire le meilleur ca-
viar et la colle la plus forte. Un million et demi de ces
poissons,^ pris dans une année, ont valu un million de
roubles. Le béluga des Russes est notre huson ( axiipenser
Auso); il devient d'une gi^osseur énorme; il y en a que
trois chevaux peuvent à peine traîner. On retit)uvc ce
poisson dans le lac Aral, la mer Noire, le Danube, et
dans les grands fleuves de la Sibérie , jusqu'à la Lena. Cent
mille husons qu'on a pris une année dans la mer Caspienne,
ont valu 34o,5oo roubles (2). Cette mer renferme des
phoques dont l'espèce n'est pas encore bien déterminée.
Les espèces de coquillages et de plantes marines sont peu
nombreuses (5).
« Les îles de cette mer sont indiquées dans les descrip-
tions des contrées auxquelles elles appartiennent. Généra-
lement parlant, celles qui ont de l'élévation manquent
d'eau et de végétation; les îles basses ne sont souvent qu'un
banc de sable entouré de roseaux. Le nombre de ports
sûrs et profonds est extrêmement circonscrit; circonstance
(0 Kœmpfev , Ainœnit. exol. . p. 259. Comp. Petreius , Chronic. ,
folio 1 20. — (>) Georgi , Description de la Russie , pari. 111 , p. 1902 577. ,
iQfMj sqq. — 0) Gmeliny Voyage, IH, 233-257-
4gO LIVRE GBVX TR£NT£-DEI}XIÈM£.
qui, jointe aux brusques variations des vents, ne laisse
pas que de rendre la navigation périlleuse.
« Nous ne perdrons pas notre temps à énumérer toutes
les dénominations que cette mer a portées. Celle de Cas-
pienne, dérivée probablement de Kasp^ montagne (nom
donné au Caucase ), est une des plus anciennes; commune
à la langue grecque et à la latine, elle est également usitée
en arménien, en géorgien et en syriaque (i}. Les rabbins et
Perïtsol rappellent mer Morte. La dénomination turque de
Tenghiz ou Denghiz , que lui donnent plusieurs tribus tur-
comanes qui vivent sur ses bords, est traduite de plusieurs
manières [2). Les Byzantins et les Arabes du moyen âge
lont appelée mer des Khazares ou ChazareSy d'après une
nation puissante ; et les annalistes russes ou slaves l'ont
connue, dans le X® siècle, sous le nom de Khvalenskoé
Moréj d api'ès les Khvalisses y peuple slavon très -mal connu,
et qui demeurait sur le Volga (5). Dans les cartes du moyen
âge , à une époque que nous n osons pas déterminer, on
(') JVahly A sien, I, 679 sqq. — Les Arméniens disent Gasbits dsotf ,
et les Géorgiens Kaspis zghawa, mer Gkspienne; ils l'appellent aussi
Gourganis zghawa, mer de Gourgan, et Daronbandis zghawa ^ mer de
Derbend. Les Persans la connaissent sous la dénomination, de Kolzimiy
qui n'est, comme Ta fait remarquer M. Klaproth, qu*une corruption
du nom de Clysma , port jadis célèbre du golfe de Suez , qui fit dopni^r
par les Arabes le nom de mer de Clysma ( Bahv el Kolzum ) à la mer
Bouge. Plus tard , ajoute le savant que nous citons , les Persans, supposant
que cette dénomination désignait en général une mer enfermée par des
terres, comme l'est le golfe Arabique, donnèrent le nom de Kolzum à
la mer Caspienne. Outre le nom de mer des Khazares {Bahr el Khozar)
que lui ont donné les Arabes , ils lui ont réservé ceux de merde Djordjan
( Bahr el Djordjan ) , mer de Dilem ( Bahr el Dilem ) , et aussi ceux de
mer de Tliabaristati , mer de Bakou, Les anciens historiens chinois l'ap-
pelaient mer occidentale ( Si hai); enfin on Ta appelée aussi mer d'As-
trakhan. J. H.
(^) Cette dénomination signifie aussi , selon M. Klaproth , la mer, et
a k denghiz, mer Blanche. J. H.
0) Ihuching , Magasin, vol. XVI, p. 287-348.
ASIE : Mer Caspienne. 49 <
voit paraître le nom de Mar di Sala^ que le sarant Wahl
veut expliquer par mer salée; nous croyons plat6t qne
cette dénomination est due à la ville de Sara ou Saray'^;^
capitale du Kaptchak ou Kiptchak, dësigfnée sur quelques
cartes sous le nom de Sala^ et qui est aujourd'hui le tîI*
lage de Selitrénoï- Gorodok, Nous ne parierons pas des ap-
pellations tirées des provinces limitrophes, telles que mer
d^Hyrcanie^ et autres semblables; mais celle que le Zend*
Avesta indique est très-remarquable ; ce livre apocryphe ^
et cependant plein d'anciennes traditions, nomme la mer
Caspienne Tchekaèt Daéti^ c est-à-dire la grande eau du
jugement. Est-ce que le déluge de Noé, si fameux dans
rOrient, aurait quelque rapport avec les affaissemens qui
ont concouru à la formation de la mer Caspienne?
« Après avoir ainsi tracé lliistoire géographique de la
mer Caspienne , nous ne pouvons nous empêcher d'y join-
dre Faperçu dune discussion qui s y rattache naturelle-
ment , question célèbre dans les fastes de la Géographie ;
la voici : Le fleuve Oxus ou Djihoun a-t-il jadis eu son
embouchure dans cette mer ?
« Si Ton se bonie à lire superficiellement les géographes
grecs et romains; si, au lieu de peser leurs témoignages,
on les compte, on ne remarquera qu'une opinion assez
unanime au sujet de VOxus : il est censé s'écouler dans la
mer Caspienne, en allant droit de lest à l'occident ; Strabon
et Pline le supposent; Ptolémée le dit expressément; mais
diverses circonstances enlèvent à cet accord des auteurs
tout ce qu'il offre d'imposant. D'abord, l'extension trop
grande donnée par ces géographes à la mer Caspienne du
côté de l'est, et leur silence à l'égard du lac Aral, doivent
faire croire qu'ils regardaient ce lac comme une partie dé
la mer Caspienne, et que, par la prétendue jonction de
(0 Aboyez Itinéraire de PegolelU , dans notre vol. V' , p. 44^.
49^ LIVRE CENT TRENTE-DEUXIEME.
rOxus avec cette dernière mer, ils n'entendaient parler
que de sa jonction réelle avec le lac. C'est ce qui paraîtra
surtout probable à ceux qui , la carte à la main , réfléchi-
ront sur le passage où Strabon affirme que Tlaxartes, ou le
SiTr-déria, s'écoule également dans la mer Caspienne ; chose
que la direction du cours de ce dernier fleuve a dû de tout
temps rendre impossible (0. Donc l'erreur évidente qui a
existé au sujet de ce fleuve a facilement pu s étendre à
rOxus; ce qui était fabuleux à l'égard de l'un, l'est égale-
ment à l'égard de l'autre. Il existe d'ailleurs un témoignage
foi*mel d'un ancien , qui marque le cours de l'Oxus con-
formément à l'état actuel des lieux ; c'est celui de Pompo^
nius Mêla, qui, après avoir fait couler ce fleuve de l'orient
en occident, le conduit directement au nord^ et lui donne
une embouchure dans le golfe Scythique (2). Il est évident
que, pour arriver à la mer Caspienne, le fleuve devait
continuer à couler dans la direction est et ouest ; s'il tour-
nait au nord , il ne pouvait rencontrer d'autre bassin que
celui du lac Aral, considéré sans doute par les auteurs
que suivait Mêla comme un golfe de l'Océan septentrio-
nal ou scythique. L'ordre dans lequel Denys le Périégète
nomme l'Oxus indique que , bien qu'il le fasse couler dans
la mer Caspienne , il place son embouchure dans la Sog-
(liane ou dans la Chorasmiey et non pas chez les Derbices^
peuple qui occupait les environs du lac Balkan (5) : il semble
donc avoir connu l'inflexion du cours de ce fleuve ^ers le
nord,
« Un passage très -important de Patrocle, cité par Stra-
(0 « O laÇoipTy); èxcïi^uat « ô/jlo7o)$ ( OÇo xal O^w ) «îç tô Kâ^TTiov. »
Lib. XI, p. 35i. Edit. Atreb.
(*) « laxartcs cl, Oxos per dcscrta Scytliiœ ex Sogdianoriim rcgionibus
in Scy thicum excuiit Hic , aliquandiù adoccasum ab oriente currens
juxla Dahas primitm injlectilur , cursuquc ad scptenlrionem convcrso ,
iiiter Amardos et Pnçsicas os apcrit. » — O Dion, Perieg. , v. 747.
ASIE : Mer Caspienne. 49^
bon, prouve encore dune manière formelle que l'Oxus
avait son embouchure au même endroit où nous la trou-
vons. « Les uns disent que XOchus (le Tedjen) coule au
« travers de la Bactriane; les autres le font couler sur la
« limite de ce pays; ceux-ci le considèrent comme diffé-
« rent de \ Oxus jusqu'à son embouchure, et plus méri-
« dional que celui-ci, quoique tous les deux ils aient leur
« écoulement dans la mer en Hyrcanie; ceux-là convien-
« nent que, dès l'origine, ce sont des fleuves différens , mais
« qu'ils se réunissent, et que le lit de l'Oxus a souvent 6
« à 7 stades de large. 11 est du moins sûr que Tlaxartes ,
« dès le commencement jusqu'à la fin, est différent de
« rOxus, quoiqu'// jrVc'OM/e daiis la même mer (i). Patrocle
«I dit que leurs embouchures sont éloignées l'une de l'autre
« d'environ 8o farsangs; mais le farsang persan est, selon
a les uns de 6o stades \ selon d'autres , de 3o , et selon
« quelques uns, de 4o. » En mesurant à l'ouverture de com-
pas la distance actuelle entre l'embouchure la plus méri-
dionale de riaxartes ou Sir-déria, et la plus orientale de
rOxus ou Djihoun, on trouve 2 degrés et 20 minutes,
équivalant à 2592 stades de iiii -au degré; or, le far-
sang étant pris de 3o stades , la distance , selon Patrocle ,
serait de 2400 stades; c'est précisément le nombre de
stades que donne Eratpsthène, cité par Strabon un peu
plus haut (2) : ainsi , les distances anciennes et modernes
s'accordent à peu de chose près. Cet accord paraîtra en-
core plus surprenant si l'on examine les mêmes distances
(0 « Eîç fA«v T/jv avr^v r/Aevrcov 3^ot^aTTav. » Lib. XI.
(») Pline , liv. VI , c. xiii , rapportant le même passage d'Ératosthène ,
dit : Ad ostium Zom fltiminis quatuor MDCC stad, Ab eo ad ostiutn
Jaxartis , MCCC. Quœ sutnma efficit qiiùidecies centena LXXf^ millia .
Le passage est certainement très-corrompu ; on a proposé de lire ^/^ôo
stades pour la distance cntn: Zonus et laxartes; mais le nom de Zonus
est curieux ; c'est une corruption de celui de -Djikoun que les Orientaux
ont de tout temps donne à l'Oxus.
494 LIVRE CENT TRENTE-DEUXIÈME.
prises le long des rives du lac Arai ; on les trouve alors de
33 20 stades, ou de 83 farsangs à 40 stades. Enfin, si on
prend pour termes extrêmes i embouchure la plus occi-
dentale du Djihoun et 4a plus septentrionale duSir-déria,
on aura 82 farsangs à 60 stades. Ainsi , les trois indica-
tions données par Patrocle, ou plutôt par les Persans qu'il
avait consultés, concourent à démontrer que les deux em-
bouchures de rOxus et de Tlaxartes étaient à la même dis-
tance Tune de Tautre où elles sont aujourd'hui : donc, Tun
et Tautre ils s'écoulaient dans le lac Aral.
« 11 reste donc prouvé que les Grecs et les Romains
n'ont eu par eux-mêmes aucune notion sûre et positive
sur l'embouchure de TOxus ; mais les traditions qu'ils ont
recueillies, et quelques données géographiques qui leur
sont parvenues, rendent probable que ce fleuve avait alors
le même cours et la même embouchui^ qu'aujourd'hui.
Les Grecs et les Romains ne l'ont conduit dans la mer
Caspienne que par une conséquence nécessaire de leur faux
système sur l'étendue de cette mer.
« Les Orientaux fourniraient sans doute quelques lu-
mières sur cette matière obscure; mais, ne pouvant con-
sulter leurs écrits dans les langues originales , nous ne pou-
vons entrer dans une discussion détaillée de leurs opi-
nions. Ibn-Haukal^ suivi par Aboulfeda , décrit le cours du
ileuve Djihoun conformément à nos cartes modernes , et
lui assigne son embouchure dans le lac de Khot^arezmj
que nous appelons la mer d'Aral. Aboulfeda cite, mais
sans l'approuver, l'assertion de Rasmol Mamouri, se-
lon lequel un bras du Djihoun se jetterait dans la mer
Verte[^)^ c'est-à-dire dans le golfe Persique. Le géographe
turc Hadgi-Klmlfah dit, d'après Hamdoulah, gragraphe
CO Aboulfeda , Reiskii^ d'après Busching. Magasin géogr. , IV, 169.
Ibii Haukaly oriental Geograpby, par Ouseley, p. a4i sgq, atiS.
ASIE : Me^ Caspienne. 495
persan, qu'un bras de FOxus se dirige vers la mei* Cas-
pienne, en traversant à grand bruit la vallée de Khèrlavah,
Le voyageur Abdoul Keryniy qui visita les lieux en i^So-
1740» affirme que le Djihoun, « loin d arriver dans le Ma-
« zanderan (rHyrcapie), comme lont dit quelques auteurs,
« n arrive pas même jusqu'au lac de Khovarezm , attendu
« que de fréquentes saignées, réclamées parles besoins de
« lagriciilture , en absorbent entièrement les eaux (0. ^
« Les voyageurs européens des XVP et XVIF siècles
nous paraissent avoir vu les faits moins par leurs propres
yeux qu'à travers le prisme trompeur que leur présentait
la géographie de Ptqlémée. S'il n'en eût pas été ainsi, ces
voyageurs seraient-ils tombés dans tant de contradictions ?
Hanwaff Bruce et lenkinson prétendent tous connaître un
bras desséché de l'Oxus, qui autrefois en conduisait les
eaux , ou du moins une partie des eaux , dans la mer
Caspienne. Mais l'un d'eux trouve l'embouchure de ce
bras près de Sellisoure , par 4^ degrés et demi ; l'autre ,
dans la gi'ande baie de Balkan, par 89 degrés; le grand
Atlas russe le fixe au petit golfe de Balkan. On n'est pas
plus d'accord sur l'endroit où ce bras de l'OxUs se dé-
tache du bras qui coule dans le lac d'Aral; les uns placent
le point de départ à Hezàr-aSb , les autres à Vazirkend ; il
y en a qui descendent jusqu'à Ourghendj. Enfin, l'époque
du prétendu dessèchement de ce bras par les Tatares est
également un sujet d'incertitude et d'assertions conti'adic-
toires. Les Arabes, que noiis venons de citer, n'admettent
point l'idée d'un dessèchement moderne ; il a dû être anté-
rieur à Ibn-Haukal, c'est-à-dire au X® siècle : les Russes,
au contraire, prétendent qu'il a été fait vers l'an 17 19,
pour empêcher leurs projets de conquête.
« Examinons en détail le récit des Russes au sujet
(0 Ccllcction des Voyages, par M. Langlès , ï, p. 55 sqq.
496 LIVRE CENT TRENTE-DEUXIÈME.
de cette prétendue dérivation des eaux du Djihoun(0.
• Pierre-le-Grand avait entendu parler des sables d or
que roule le Kisil-déria, fleuve qui, venant de lest, se
jette dans le Djihoun, et que Ton confond quelquefois avec
celui-ci. U résolut de s'emparer d'un pays où il espérait
trouver des mines très-riches , et par lequel il pouvait d'ail-
leurs ouvrir un commerce avec Tlude. Des maiîns furent
envoyés chercher l'embouchure du Kisii-déria, que l'on
supposait se jeter dans la mer Caspienne. On trouva une
rivière quelconque , peut-être le Tedjen , qu'on prit pour
le Kisil-déria. Les savans consultés décidèrent que c'était
rOxus; une expédition fut résolue et préparée. Alexandre
Beckeifitchj fils d'un prince circassien , capitaine de la garde
du tzar, et sachant la langue tatare, fut chargé de conduire
un corps de 3ooo hommes aux prétendues embouchures
du Kisil-déria, et de se mettre en possession des contrées
adjacentes. Les ïatares , inquiets de voir les Russes reve-
nir plusieurs fois à ce même endroit, détournèrent, dit-on,
le cours du fleuve, en le barrant par une forte digue, et le
conduisant par trois canaux dans le lac Aral. Beckevitch
arrive avec son armée , et cherche en vain le fleuve par où
il comptait remonter jusqu'à Khiva. U ne se laisse point
effrayer par ce contre-temps ; il construit en pierre cal-
caire, cimentée de chaux et de coquillages, sur le promon-
toire Karaganskoï, un fort qui devait lui servir de place
d'armes , et avance ensuite avec ses troupes contre Khiva.
Le khan marche à sa rencontre avec une nombreuse ar-
mée; l'artillerie européenne décide promptement la vic-
toire. Le khan, vaincu et privé d'espoir, envoie demander
au général russe quels sont les griefs de la Russie, et quels
sacrifices on exige de lui. Beckevitph, plein de l'idée de la
(0 Alùller, Sammlung russisclicr geschichten (Mémoires pour servir
à rhistoirc de la Russie, vol. Vil ).
ASIE : Mer Caspienne. 497
prétendue dérivation du fleuve Kizil-déria , demande au
khan de faire abattre les digues qui empêchaient le fleuve
de couler vers la mer Caspienne, et de lui rendre son an-
cien cours. Le prince tatare répond que cette opération
est au-de$su6 de ses forces y et qu'il n est plus possible de
fermer les canaux dans lesquels le fleuve a déjà pris sa
nouvelle direction. Beckevitch déclare alors qu'il exécutera
cet ouvrage avec ses propres gens, pourvu quon garan»-
tisse sa sûreté en lui donnant des otages. Les Tatares ac-
cèdent avec plaisii' à cette proposition. Les otages sont
donnés, et seiTent en même temps de guides à larmée
russe , qui marche pendant cinq jours vers le prétendu lit
desséché du fleuve. Partout on ne rencontrait que de pe-
tites mares d eau stagnante. La soif dévorait les soldats.
Les guides, dans les vues les plus perfides, proposent aux
Russes de se séparer en petites troupes, et de suivre dif-
férentes routes. La nécessité force le chef des Russes à
suivre le conseil des ennemis. A peine la petite armée russe
s'-est-elle disséminée dans ces déserts mai connus, que les
Tatares, qui la guettaient, attaquent de toutes parts ces
faibles détachemens. Les uns périssent sous le glaive, les
autres sont réduits en esclavage. L'infortuné Beckevitch ,
conduit devant le khan , est haché en morceaux; un tam-
bour, couvert des lambeaux de sa peau écorchée, et con-
servé à Khiva comme trophée, atteste à la postérité la
désastreuse issue de cette expédition , conçue et conduite
sans prudence. La Russie apprit ces événemens par ceux
des soldats qui, laissés dans le fort de Karaganskoï,
purent se sauver à bord des vaisseaux qui les avaient
amenés.
« Ce récit doit-il nous faire changer d opinion à l'égard
de lancien cours de l'Oxus? Il nous semble qu*il est
impossible d'admetti^e qu'une faible nation tatare ait, en
une ou deux années, exécuté les travaux immenses queùt
VIII. 3a
498 LIVRE CENT TRENTE-DETJXTEME.
exigés la dérivation d'un grand fleuve. Il est plus facile à
concevoir qu'un détachement russe , envoyé en avant pour
reconnaître la prétendue embouchure du Kizil-dérîa, ait
pu se tromper en se contentant de remonter, pendant une
lieue ou deux, le premier torrent gonflé d'eau de pluie
qu'il aura rencontré. Les Tatares, voyant Beckevitch obs-
tiné à suivre un projet chimérique, se seront bien gardés
de lui dire la vérité, puisque Terreur leur devait être
utile.
« Toutes ces questions seraient décidées, si un voyageur
instruit, le baromètre à la main, pouvait aller par terre
de GourJef à Asterabad , en tournant la mer Caspienne par
4'orient. Les cartes russes admettent des vallées sablon-
neuses entre le cours actuel de l'Oxus et la mer Caspienne;
mais sur quelles autorités se fondent-elles .^^ Géorgi, dans sa
Description de la Russie, et Gmelin, dans ses Voyages, re-
présentent ce pays comme rempli d'une chaîne de monta-
gnes, qui, sortant de la steppe des Kirghiz, se continue
jusqu'à Asterabad, en séparant entièrement le bassin du
lac Aral de celui de la mer Caspienne.
« Nous ne pouvons juger ce procès ; mais nous en avons
fait un rapport aussi clair que les connaissances actuelles
le permettent (i). »
(0 Ce procès parait être aujourd'hui définitivemeut jugé : le voyage de
M. Mouraviev, celui du baron de Meyendorflf , celui de M. de Humboldt ,
et une série de nivellemens barométriques faits par MM. Duhamel et
Anjou pendant l'expédition du colonel Bcrg, et quelques autres encore,
tels que MM. de Parroz , lïcngclhardt , Hofmann , Ilelmerseii et de Ham-
boldt , donnent lieu de penser qu'à une époque ancienne , mais cependant
historique , la mer Caspienne était beaucoup plus éteiAlue qu'aujourd'hui;
peut-être, ainsi que l'avait présumé Pallas, se prolongeait-elle à i aS lieues
plus au nord et à l'ouest Jusqu'à la mer d'Azof; mais il y a tout lieu de
croire, avec ce savant voyageur , qu'à l'est elle se réunissait au lac Aral.
Le dessèchement graduel des lacs et des rivières dans la partie occiden-
tale de TAsie-Moyenne suffirait pour donner une grande prohabilitë à
vxttc opinion. Mais lorsque l'on considère que le capitaine Mouraviev a
ASIE : Mer Caspienne. 499
reconnu les anciens bords de la mer Caspienne entre les côtes actuelles et
l'extrémité méridionale du lac Aral ; que le Djan-déria ou le bras mé-
ridional et le plus considérable des trois par lesquels le Sir-déria , l'an-
cien laxartes , se jette dans ce lac , s'est desséché depuis dix ans ; que
le Kou\fan-déiiat qui forme le bras du milieu , a diminué considérable-
ment en cent ans ; que ce dessèchement est tellement rapide que le co-
lonel George de Meyendorff cite a ce sujet le témoignage d'une foule de
Kirghiz qui lui assurèrent que leurs pères avaient vu les eaux du lac Aral
s'étendre jusqu'au pied du Sari-boulac, colline éloignée aujourd'hui de
i5 lieues de ses rives, et que le Camechln-bach, grande baie du Sir-déria,
s'est reculé de trois quarts de lieue en moins de quatre ans ; n'est-on pas
en droit d'en conclure que la mer Caspienne a dû comprendre jadis le lac
Aral? Les environs de ce lac démontrent si clairement que ses bords
se sont rétrécis ; la marche des sables mouvans qui ont contribué si
puissamment à diminuer sa surface est encore si rapide , que le témoi-
gnage des Kirghiz est ici du plus grand poids pour prouver que les an-
ciens n'avaient pas tort de donner à la mer Caspienne une étendue beau-
coup plus grande vers l'est qu'elle ne l'a de nos jours. D'ailleurs ce lac
appartient à la grande dépression du bassin de la mer Caspienne : il est,
à la vérité , ainsi que l'a reconnu M. de Humboldt » à 1 14 pieds au-dessous
du niveau des eaux de cette mer, mais à 186 pieds au-dessous de celles
de l'Océan. 11 est donc évident que si les anciens n'ont pas parlé de ce lac,
c'est qu'il n'e.\istait pas encore de leur temps ; c'est que la mer Caspienne
ne l'avait point formé en se rétrécissant. Du temps d'Hérodote, ainsi
que l'a fait observer M. Klaproth, le bras du laxartes, appelé
Araxes , tombait dans la mer Caspienne ; 3y autres bras de ce fleuve se
perdaient dans des marécages qui vraisemblablement ont séché , et qui
font partie de la steppe des Kirghiz. Si l'ancienne mer Caspienne a des-
séché, ajoute le savant orientaliste, et si le lac Aral est le reste de sa
partie orientale, il paraît vraisemblable qu'il doit être plus haut que la
mer Caspienne de nos jours. Et en effet les différens nivellemens ont
prouvé cette élévation dont nous venons de donner plus haut la dernière
évaluation. (Voyez ce que nous avons dit tome I", pages a5i et a5a de
ce Prtkis , dans une note. — Voyez encore Notice sur la mer Caspienne ,
par M. Klaproth : Mémoires relatifs à l'Asie, toni. 111 , p. 27 1. — Foya^e
d'Orenbourg à £oukhara, par M. le baron G. de Meyendorff , pag. 35.
— Foyage en Turcomanie et à Khlua^ par M. jjlourai^ie^^ , p. 97. -r-
Voyez enfin les Fragmens de Géologie et de Climatologie asiatiques ,
par M. de Humboltlt, tom I). J. H.
3
'i
LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
Suite «le la Description de l'Asie. — Tatarie indépendante ouTur-
kestan , comprenant le pays des Kirgliiz , le khanat de Khokan ,
la Turcomanie, le klianat de Kliiva, la Graude-Boukharie, les
khanats de Clicrzbz et de flissar, le Badackhchan , le khanat de
Bnlkh et ceux d'Ankoï , de Meïmaneb, de Khoulm , de Koundouz,
de Taliklian, de Dervazeh, de Koiilab, d'Abi-gherm , de Ra-
inid, etc.
«Les contrées à Test' de la mer Caspienne, qu'arrosent
rOxus et riaxartes , portaient chez les Grecs le nom de
Scythie asiatique. Il est possible, et même vraisemblable,
que les véritables Scythes d'Europe, les peuples de la race
finnoise, dont nous avons parlé à leur place, aient occupé
ce pays à une époque très-reculée ; mais les nations que
l'histoire connaît comme habitans de la Scythie d*Asie, pa-
raissent ne pas avoir différé d'origine avec les Tatares ou
Tatars actuels. Les dénominations tatares des fleuves, des
montagnes et des provinces (i)? se reconnaissent au milieu
des noms persans consacrés par la géographie gi*ecque de-
puis Alexandre, et l'on n'y a retrouvé aucune trace de»
langues finnoises. D'ailleurs, l'histoire, depuis le siècle
d'Alexandre jusqu'au IV** ou V® siècle, ne connaît avec cer-
titude aucune grande migration des peuples qui ait pu
amener dans ces régions de nouvelles colonies.
« Mais des tribus belliqueuses et nomades durent souvent
changer de rang, de nom et de situation. Les Saces et les
Massagètes disparurent de la carte entre le II* et le IV®
siècle; la Perse et Byzance apprirent à connaître les re-
(0 Khowarezm , Chorasmîa ( Ptol. , Strab. ). Khaiizm ^ Cliarasmii
( Herod. ). Uzesy Ulii (lïerotl. ); Uitii ( Strab. ). Tokharestan, Todiari.
Sakita, (d'Anvillc) Sacîe. Turks ^ Turcae ( Pomp. Mcl.). Vjihotm, Zonus
(Plin. ). Sihouiif Silys (Pliii. ). Mus-Tag ^ Iniaus, olc
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan, 5oi
dou tables noms des Turcs de la Transoxiane et des Huns
blancs ou Ephthalites : ces derniers , nommés ainsi
parce qu'ils demeuraient sur TOxus, appelé Aptelah en
persan, étaient probablement des Turcs; et peut-être ne
diffèrent-ils point des Ouzes ou Ouzbeksy qui, après plu-
sieurs révolutions, sont restés maîti*es de la'Grande-Bou-
kharie. Les Turcs, dont la capitale était Taraz, et ensuite
Otrar, donnèrent à une grande étendue de pays le nom de
Turkestan, Toutes les nations que nous désignons sous le
nom deTatares, reconnaissent celui de Turcs pour leur ap-
pellation commune (0- H n'est pas encore décidé qu'il faille
rayer ce nom dans Pomponîus Mêla et dans Pline {2) ; s'il y
est conservé, il remonte au-delà de l'époque de ces abré-
viateurs. Sa célébrité est répandue dans les saga's des Is-
landais (3) , et semble indiquer d'anciennes liaisons entre
les Goths et les nations turques ; liaisons dont les traces se
retrouvent dans les langues.
« Ce n'est que dans le XII* siècle que le nom de Tar-
taresy ou plus exactement Tatars, devint célèbre en Europe.
Aboul-Ghazi affirme qu'il y eut parmi les hordes turques
une tribu nommée Tatars^ et il en parle comme de l'une
des plus considérables parties de la grande nation turque (4).
(0 Bytschhow , Orcnbiirgskaia topografia, t. I, cli. 1. Fischer, Quœs-
tiones petropoUtanœ , p. 58. D*An\>ille^ Mém. de TAcacl. des Inscript. ,
t. LU, p. 201. — (*) PUn.,Vl, 7, Turcîe, usque ad solitudines sal-
tuosis coDvallibus aspcras. Pomp. Mêla, I, 21. Comp. llerod., IV, aa.
0) StionH) , Hcimskringla , 1, p. 2. Hervarar Saga, p. I ,, cap. i.
Langfedgatal f etc.
(4) Voici la traduction du passage d'Aboul-Gl»azi , donnée par M. Kla-
proth : « Dans ce temps-lk le roi des Mogouls était originaire de la tribu
« des Gourlas. Il envoya des ambassadeurs à tous les peuples pour leur
n annoncer la sortie d^lrgene Koiin. Quelques uns la voyaient avec plai-
u sir, d'autres avec un mauvais œil. La nation des Tatars était méchante»
« et faisait beaucoup de guerres. Les Tafars et les Mogouls se mesurèrent
<c en bataille rangée, ri les derniers furent victorieux; ils passèrent les
n grands au (il de l'épéc , cl rcduisirenf les jeunes gens en captivité.
f( Pendant 4^0 ans ils s'étaient considérablement augmentés et avaient
5o2 LIVRF CENT TRENTE-TROISIEME.
Il dit encore que ces Tatars se partagèrent en plusieurs
tribus, et qu'une d'elles eut des guerres sanglantes à sou-
tenir contre les Chinois : ce qui s'accorde fort bien avec
les annales de la Chine (0. Une opinion différente con-
sidère la dénomination de Tatars comme étrangère aux
nations turques, et comme leur ayant été donnée par les
Chinois; il paraît en effet que ceux-ci nomment Tata les
nations nomades de l'Asie centrale (2). Enfin, M. Klaproth
a prouve que les Tatars étaient une tribu mongole et non
pas turque. «
Nous allons exposer en peu de mots sur quoi se fonde
l'opinion de ce savant. Les Chinois ne connurent les Tatars
que dans le IX® siècle de notre ère. Ils les appelèrent alors
Thata^ et plus tard Tha tha ew/, parce qu'ils ne prononcent
pas l'r et le remplacent par euL Dans la grande géographie
de la dynastie Ming, on lit ce qui suit à propos des Tatars:
« Dans le temps de la dynastie des Soung et des Khitans
« ( au XP siècle ) , quelques petites hordes devinrent puis-
« santés, comme Xt^^Moung kou (Mongols), les Thai tcfU
1 ( Taitchout ) , les Tka tha eul ( Tatars ) et les Khe lie
« (Rerit); toutes ces hordes furent réunies sous la domi-
« nation des Moung kou qui firent avec eux la conquête de
« la Chine. » D'après ce passage , il est déjà évident que les
Tatars et les Mongols sont des tribus d'un même peuple.
« acquis des richesses. Ils habitèrent derechef leur ancienne pafrie.
« Dans le même pays demeurèrent aussi des Iribus de la nation turque,
« parmi les((uellcs il n'y en avait pas une plus nombreuse et plus brave
K que celle des Tatars, Après la sortie d'Irgene Koun^ les Mogouls
« battirent les Tatars; et quand ils furent de retour dans leur patrie,
« ils dominèrent sur les Tatars et sur tous les autres peuples. Des tribux
« qui n'étaient pas Mogouls étant venues se mettre sous leur protection ,
« se disaient aussi Mogouls. » M. Klaproth fait observer que dans ce
passage Aboul-Gliazi parle des Tatars blattes ou Oiaigouts qui , en effet ,
appartiennent à la nation turque. {Mémoire sur les Tatars. )
(0 Histoire généalogique des Tatars, p. 167 ; Histoire de l'empire de»
Mogouls, p. 5. — (0 FisdeloUy Biblioth. orient. , p. 147.
ASIE : Tatarie indép, ou Turkestan. 5o3
Mais il y avait trois tribus de Tatars : c'est ce que nous
apprend Meng Koung^ général et historien chinois, mort
en 1246, qui commandait un corps d'armée envoyé par le
gouvernement chinois au secours des Mongols contre les
Kiriy et qui eut ainsi l'occasion de recueillir des renseigne-
mens exacts sur ce peuple. Les Tatars blancs^ qui n'avaient
rien de rebutant dans leur extérieur^ et qui se faisaient des
incisions aux joues , étaient une horde turque ; leur prince,
du temps de Djenghiz-Khan , tirait son origine des anciens
khans des Thou khine ou Turcs de F Altaï, Les Tatars
sauvages étaient stupides et servaient d'esclaves aux pre-
miers. Les Tatars noirs ^ parmi lesquels naquit Djenghiz-
Rhan, portaient le petit nom de Temondjin. Ce sont les
Tatars noirs qui postérieurement ont reçu le nom de Mon-
gols ou Moung kou en chinois, ils étaient soumis aux Ta-
tars blancs ou Turcs, et se trouvaient avec eux sous la dé-
nomination de Liao^ et plus tard sous celle de Kin ou A/m
tchi. Après la mort de son père Yesougai^ Djenghiz-Khan
soumit les Tatars blancs qui s'étaient révoltés, et devint
chef de toutes les tribus tatares. Il garda pour ses sujets
le titre honorifique de Monggol^ qui fut celui de sa horde
et qui depuis resta à la nation entière.
D'après tous ces faits, on ne peut douter que les déno-
minations de Mongol et de Tatar ne soient synonymes et
n'appartiennent à une seule et même nation.
« Quoi qu'il en soit, le nom de Tatars^ changé en celui
de Tartares^ malgré les réclamations des savans (i) , et que
l'on pourrait écrire Tatares pour se rapprocher de l'or-
thographe de ce dernier nom, eut une telle vogue dans
les XIV% XV® et XVP siècles, qu'il envahit toute l'Asie
centrale et septentrionale. Il engloutit celui des Mongols,
quoique ceux-ci régnassent sur les Tartares j on doit peut-
(0 Leunclavius f Pandect. hisfor. Turc. Lartglès, Pallas, etc,
5o4 LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈMB.
être en chercher la cause dans les victoires mêmes de
Djenghîz Khan. » G est à la même cause qu'il faut^attribuer
la confusion qui s'est établie relativement aux dénomma^
tions de Turcs et de Tatars^ bien que ceux*ci soient les
méme« que les Mongols; c'est à la même cause, enfin , qu'il
iaut attribuer la dénomination de Tatars donnée à toutes
les tribus turques qui ne sont paâ comprises dans les limites
de lempire Ottoman.
Quand Touchi-Khan ^ fils de Djenghiz , fit la conquête
d'une partie du nord-ouest de l'Asie et de l'orient de l'Eu-
rope, dit M. Klaproth, les pays situés au nord dé la mer
Caspienne ^ et entre cette mei* et le Dnieper, étaient princi-
palement habités par des peuplades turques qui toutes de-
vinrent les sujets des conquérans tatars. Ceux-ci fondèrent
l'empire du Kaptchak qui s'étendait depuis le Dniester jus-
qu'à la lemba ^ et se terminait à l'orient avec la steppe des
Kii*ghiz. Les princes de cet empire étaient Tatars, mais la
plus grande partie de leurs sujets étaient Turcs. Vers
la fin du XY^ siècle > l'empire du Kaptchak fut divisé en
plusieurs khanats dont les chefs descendaient de Djenghiz:
ils étaient donc Mongols ou Tatars, « Cependant les ar-
« mées de cette dernière nation^ venues de l'intérieur de
« l'Asie^ n'existaient plus; l'usage de' la langue mongole
« même s'était perdu, et les khans étaient entourés de
« soldats et de sujets turcs, issus des anciens habitans
« du pays. Malgré cela, ces khanats furent toujours ap«
« pelés Tatars , parce que les princes étaient Mongols.
« On disait le royaume des Tatars d'Astrakhan , de
« Ka^an et de la Crimée. Même après la soumission de
•r ces pays au sceptre des tzars , la dénomination de Tatai's
« resta aux habitans turcs. Leur langue fut aussi appelée
« tatare. Mais si l'on demande à un soi-disant Tatav de
« Kazan ou d'Astrakhan, s'il est un Tatar, il répond né-
« gativement ; il appelle aussi l'idiome qu'il parle turkè et
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 5o5
<t jamais tatarL N ayant pas oublié que ses aneêtres otit
« ^té subjugués par les Mongols ou Tatars^ il regarde
« le nom de ces derniers comme une injure qui équivaut au
« mot voleur [^), »
« Les Tatares dont il est question ici , c est^à-^ire ]e&
Turcs, diffièrent autant des Mongols par leurs traits^
leur constitution physique et leur langue , que les Maure»
diffèrent des Nègres. Une taille élancée, des visages
européens, quoique teints un peu ert jaune , de» cheveux
bouclés, une longue barbe, distinguent le Turc du mons-
tre difforme, trapu, au nez écrasé, aux joues saillantes^ atr
menton presque imberbe, aux cheveux raides, qui habite
les déserts de la Mongolie. Les pays de ces deux races con-
stituent aussi deux régions physiques. Les Mongols, dont
les Kalmouks sont une branche, occupent tout le plateau
central depuis le lac Palcati et depuis le mont Belour jus-
qu'à la Grande-Muraille et jusqu'aux monts Siolki^ appelés
plus exactement les monts Hing^an, lesquels séparent ces
peuples des Mantchoux , tribu de la grande race des Toun-
gouses. Les Turcs sont restés définitivement les maîtres de
la vaste contrée qui, des monts Belour, s étend vers le lac
Aral et la mer Caspienne, et qu'on appelle improprement
Ta^ar/e, tandis qu'on devrait la nommer Turkestan^
« Il est vrai que les Tatares ont habité et même dominé
dans la Petite-Boukharie ; mais ils y ont été subjugués par
les Kalmouks. D'un autre côté , les Tatares ont possédé les
royaumes ou khanats de Sibir ou Sibérie , nommés aussi de
Toura-, de Kazan, d'Astrakhan et de Krim ou Crimée; mais
ces quatre Etats sont tombés au pouvoir des Russes. Il y est
resté un certain nombre de Tatares; les uns sur le Tobol
et rinyche, jusqu'à l'Ienisseï en Sibériç_, les autres aux
(0 Kluproth : Mc^moiro sur les Tatars, dans la colleclion des Mémoirch.
relatifs à TAsie , (om. I, p. 461.
5o6 LIVRE CENT TRENTE-TROISIEME.
«nvirons de Kazan ; un petit nombre est demeuré en Cri-
mée; enfin, le Caucase en recèle quelques tribus réfugiées..
Voilà Textension de la Tatarie dans le sens historique , ou
considérée comme le pays tatare. Mais les nations turques,
indépendantes, sont circonscrites dans des limites plus
étroites ; elles n*occupent que la région physique , bornée au
nord par les monts Alglddin tsano ou le cours de Tlrtyche ,
à louest par le cours de l'Oural et la mer Caspienne , au
^ud par le Khorassan y à Test par les chaînes de Belour. .
«' Au nord , la steppe dichim et la rivière d'Iaik ou de
l'Oural les séparent de la Russie ; les monts Belour les dé-
fendent contre la puissance chinoise. A l'ouest, la mer
Caspienne leur donne une frontière naturelle; mais au sud
il leur manque une semblable barrière pour les garantir
des invasions des Afghans , qui se sont rendus maîtres de
la ville de Balkh. Cependant la Géographie doit considérer
le Turkestan comme s étendant au sud- est jusqu'aux monts
HindoU'Kohj qui le séparent du Kaboul, province ou
royaume de l'Afghanistan.
« Ce pays , même en excluant la steppe d'Ichiih réclamée
par les Russes, a plus de 60,000 lieues carrées de super-
ficie ; mais il ne nourrit peut-être pas cinq millions dTia-
bitans.
* Les principales divisions sont , au nord , le pays des
Kirghiz , avec les districts des Karakalpaks et des AralienSy
et les anciens Etats de Tachkend et de Turkestan^ qui
forment aujourd'hui le khanat de Khokhan; à l'ouest, le
Khovarezm ou Kharism^ appelée aussi Khivie ou khanat de
Rhiva, avec le pays des Turkomans; au sud-est, la Grande-
Boukharie avec les khanats de Chehri-sebz et de Hissary etc.
Au sud, les khanats de Balkh y d'Ankoïy de Mei-manieh y etc.
» La Tatarie , telle que nous venons de la circonscrire ,
occupe à l'est de la mer Caspienne l'immense dépression
qui comprend une grande partie de l'Asie occidentale et
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 5oj
une faible partie de FEurope orientale. Cest une suite de
bassins qui aboutit au lac Aral et à la mer Caspienne.
Le niveau dune grande partie de ce pays est, ainsi que
nous lavons dit, au-dessous de celui de TOcéan; mais des
montagnes l'encerclent du côté du sud^ de l'est, et en par-
tie du nord. «
Les principales montagnes à l'orient sont celles de Be-
lour ou Bolor, dont toutes les relations s'accordent à faire
une grande chaîne couverte d'une neige éternelle. La
chaîne du Belour ou Belour^tagh , se nomme en ouigour^
selon M. Klaproth , Bouljt-tagh , c'est-à-dire Mont-de»*
Nuages y à cause des pluies extraordinaires qui, durant
trois mois, tombent sans interruption dans la région
qu'elle occupe. Elle est si âpre et si peu praticable, qu'il ne
s'y trouve, dit M. de Humboldt, que deux cols qui depuis
les temps les plus anciens ont été fréquentés par les armées
et les caravanes : l'un, au sud-est, entre Badahkchpn et
Tchitcal, l'autre au nord, à l'est d'Ouchi, près des sources,
du Sihoun ou Sir-déria (0. Sa partie méridionale se rat-
tache à l'ouest à Illindou-Koh, et à l'est au Kouen-loun.
Au nord elle se joint à une chaîne qui passe au nord-ouest
de Kachghar, et qui porte le nom de col de Kachghar {Kach-
ghar Divan ou Doi^an ). Plus loin elle va couper presque à
angle droit une chaîne de montagnes qui, à l'est, prend le
nom de Mouztagh ou Thian-Chan, et à l'ouest celui â^As-
ferah'taghy et plus à l'ouest encore celui ^Ak-tagh ( Mont-
Blanc ou Neigeux), et aussi celui ^AUBotoiriy du nom
d'une cime qui , suivant le géographe arabe Ibn-al-Ouardi ,
fume pendant le jour , est lumineuse pendant la nuit , et
produit du sel ammoniac. Au nord de cette chaîne s'étend,
de l'est à l'ouest et sur la rive droite du Sihoun , une chaîne
appelée Ala-tau ou Ala-taghy nom qui en kirghiz signifie
(0 Humboldt : Fragmen? de géologie et de climatologie asiatiques.
1.^
5o8 LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
Monts tachetés j parce que les saillies de ses rochers noir»
forment de loin comme autant de taches et de raies sur
les couches de neiges qui couvrent sa cime. Il existe au pied
de cette chaîne plusieurs sources chaudes.
« Toute la partie orientale du hassin du Djihoun est
environnée et remplie de montagnes et de collines, à trar
vers lesquelles le fleuve se fraye un passage : Fun de ce*
défiles n a que cent pas de large , et porte le nom persan
de Djani'Chir^ ou Gueule-du-Lion, qui en peint les su-
blimes horreurs (i). Immédiatement après commencent
des plaines sablonneuses. *
Au nord du bassin de la mer Caspienne on ne ti*ouve
pas ce prolongement oriental de TAltaï que la plupart des
cartes représentent sous les noms èi Alghidin-tsano ou
Alghidin-cliamo^ei que Ton suppose aller s unir aux monts
Oural s. Mais il paraît que depuis Tlrtyche jusqu'aux sources
de richim il règne une chaîne de hauteurs que les Russes
nomment Alghinskoe Khrebet , et les Kirghiz Dalaï Kam--
tchat; c'est une suite de montagnes à filons, entrecoupées
de vastes plateaux inclinés; Tun de ces plateaux porte le
nom diOuloU'tau ( la Grande Montagne ). A lextrémîté
orientale de cette chaîne setend une région de lacs jus-
qu a lendroit où TOural méridional envoie dans la plaine
des Kirghiz la chaîne de Moughodjar, Cette région de lacs
indique, suivant M. de Gens, une ancienne communica-
tion d'une masse d eau avec le lac Ak-Sakal , et de là avec
celui d'Aral. Les monts Moughodjar sont la continuation
des monts Gouberlinsk^ qui sont eux-mêmes une branche
de l'Oural. Ce sont des montagnes rocailleuses composées
de mamelons coniques bizarrement groupés; leur sommet
le plus élevé est le mont Aïrouky c'est-à-dire isolé ^ que
l'on nomme aussi Aïwurxmk ou fourche^ à cause de sa
(') Hadgi-Khalfah, p. 884, trad. MS.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. Sog
double cime. Il a 900 pieds de hauteur au-dessus de s»
base. « Ces montagnes prennent dans la steppe les noms
<c de Tachkitchou et de Karaoul-tepeh. D'abord séparées
« par le Kir-gheldi, elles se réunissent à une trentaine de
« verstes de TOural , d où elles se dirigent vers le sud en
«plateau élevé, et forment ensuite les monts Ourkatch
« ou montagnes (VOurj ainsi nommées de TOur ou de TOr,
« rivière qui baigne leur pied. Près des sources de cette
« rivière, les monts Ourkatch se réunissent aux monts^
« Moughodjar, qui se dirigent vers le sud-ouest. Des moAt»
« Ourkatch paitent deux chaînes de collines vers Touest;
« Tune sépare le bassin de Fllek de ceux du Témir et de
H l'Emba. Les monts lakchi-tagk longent la rive droite de
« rOur, et s'en séparent ensuite pour aller se joindre aux
« monts Kornadur^ c'est-à-dire réunion de montagnes (i). »
« D'immenses steppes , ou plaines désertes, occupent
une bonne moitié du Turkestan. Le pays des Kirghiz en
forme presque la totalité. Il y a un désert au nord de la
Grande-Boukharie, et un autre à l'ouest. Le Khovarezm
en est ceint de toutes parts. Les bords orientaux de la
mer Caspienne n'offrent qu'une longue et triste chaîne de
dunes et de rochers arides. Il paraît que tout le plat pays
compris entre les pieds des montagnes et les vallées des
(leuves est condamné à la sécheresse et à la stérilité.
« Deux grands fleuves arrosent la Tatarie indépendante ,
XAmou et le Sir: on ajoute à l'un et à l'autre de ces noms
tatares le terme de déria ou fleuve. Les géographes orien-
taux nomment le premier Djihoun et le second Sikoun. »
L'Amou, appelé dans les idiomes turcs Amiïn-déria^
est , suivant M. Klaproth , le Veh ou Veh-roud des livres
religieux des Parsis, le Vei ou Vei-choui des Chinois, et
XOxus des anciens. Le mot Djihoun, par lequel on le dé*
(0 Baron G. de Meyendorff : Voyage d'Orenbourg à Boukhara.
5lO LIVRE CENT TRENTE-TROISIEME.
signe aussi, paraît signifier ^ew^^^?. Il y a un autre Djihoun
dans r Asie -Mineure; les Arabes rappellent Djihân : c'est
le Pyramos des Grecs. Le nom d'Amou-déria vient de
lancienne ville d'Amou ou d'Amol , située dans la province
persane du Khorassan, qui est sur la rive gauche de ce
fleuve. Le Djihoun supérieur s'appelait autrefois Hharrat
ou Hasyat^ et porte chez les Persans le nom de Peiidj,
Ses sources, encore peu connues, paraissent être situées
vers le point culminant du Belour-tagh^ sur le versant
occidental du Pouchtihar (0 ou Pouchtikhar, couvert de
neiges perpétuelles. Elles sont cachées totalement, dit
M. Klaproth, sous des glaces compactes, qu'on dit épaisses
de plus de 5oo pieds sans aucune fente. A peu de distance
de ses sources, le fleuve a plus de 5o pieds de largeur; il en
acquiert bientôt i25 après avoir reçu plusieurs torrens;
enfin son bassin s'élargit, et sur sa gauche il reçoit 7 à 8
rivières plus ou moins considérables, et sur sa droite le
Chiber ou Adem-Kouch, dont la largeur est de i5o pieds.
Plus bas il reçoit, à gauche, le Noumân, le Farghi ou
Farghen, l'Andidjaragh , le Kechem, l'Anderâh et l'Ak-
saraï; et, sur la droite, la grande rivière de Vakhch ou
Vakhch-ab, ou l'eau blanche, qui prend ensuite le nom
de Sourkh-ab ou l'eau rouge, rivière qui roule des paillettes
d'or, et qui était en partie connue des anciens sous le nom
de Bascatis. C'est après avoir été grossi par les eaux de cette
rivière et de ses affluens que l'Amou quitte le nom de Pendj
pour prendre celui de Djihoun. A 10 lieues plus bas il reçoit,
à droite, une rivière considérable appelée autrefois Tcha*
ghamân , et aujourd'hui Kafer-nihan ou Kafer-nikhan , et
Hissarek. Plusieurs cours d'eau , qui allaient autrefois re-
joindre la rive gauche de l'Amou-déria, se perdent aujour-
dliui dans les sables ou dans des lacs et des marais qu'ils
CO Erakinc and U'addingioii : Méinoii es de Bal)or , p. 27, 29 , \\ , G7.
ASiK : Tatarie indép, ou Turkestan, 5 1 f
forment : tels sont, parmi les plus considérables, le Dehâch
ou Derouha , et le Kohek ou Zer-afchân, Après avoir reçu
les principaux affluens que nous venons de nommer, le
Djihoun roule majestueusement ses flots dans un lit de
I200 à 1800 pieds de largeur, et c'est après un cours
d'environ 45o lieues , en y comprenant ses nombreuses
sinuosités , qu'il se partage en deux bras pour se jeter dans
la partie méridionale du lac Aral. Ses bords sont sablon-
neux et cà et là couverts de forêts. En hiver, dit M. Kla-
proth , il se couvre liMlHhe glace si solide que des armées
entières le peuvent passer : c'est aussi cette saison que les
Ouzbeks choisissent pour faire leurs excursions dans le
Khorassan.
Parmi les affluens du Djihoun se trouvait autrefois
le Kizil'déria^ ou la rivière rouge, que l'on voit encore
cité dans plusieurs géographies; mais cette rivière ne se
jette plus dans le fleuve, et même il paraît qu'elle est pres-
que entièrement desséchée.
Le Slr-déria ou Sihoun , connu des anciens sous le nom
de laxartes^ prend naissance au pied de la chaîne de Ming-
houlak-tag ou du mont des mille sources. Ibn-Haukal ap-
pelle ce fleuve Chajé ou Chach, Dans son cours, il a sou-
vent 800 pieds de largeur; mais il devient moins large en
approchant de son embouchure, parce qu'il se partage en
deux bras, dont le moins considérable, qui forme quatre ou
cinq longues îles parallèles , va se jeter dans le lac Aral , sous
le nom àeRouçan-déria, Ce bras a considérablement diminué
depuis cent ans. Un bras desséché depuis le commence-
ment de ce siècle, et nommé Djan-déria^ paraît avoir été
son principal lit, à en juger par sa largeur. Le Sihoun est
navigable à peu de distance de sa source jusqu'à son em-
bouchure, où sa largeur est de 3oo à 4oo pieds. Son cours,
non moins sinueux que celui du Djihoun, a environ
36o lieues de longueur.
5ia LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
•« Plusieurs lacs et rivières, aujourd'hui plongés dans
loubli, eurent jadis de la célébrité par les victoires de
Djenghiz-Khan et de ses successeurs, lorsque, dirigeant
leurs courses au nord de la mer Caspienne , ces conquérons
soumirent la plus grande partie de la Russie d'Europe. Le
})Ius grand lac de ces contrées est la mer d^Araly appelée
chez les Orientaux mer (VOurghendj, Ses eaux, presque
«douces, nourrissent, comme la mer Caspienne, des pho-
ques et des esturgeons. Si ce lac joignit jamais la mer Cas-
pienne, ce ne fut probablement^^e par un détroit peu
large, puisque les plaines qui les séparent sont fort élevées,
«et que, suivant quelques uns, il existe même entre elles de
véritables montagnes (0; les rives orientales du lac sont
plates et marécageuses.
« Les autres lacs de la Tatarie, peu remarquables par
leur étendue, le sont presque tous par la nature sau-
mâtre de leurs eaux. Toute la steppe des Kirghiz en est
parsemée; toute la contrée entre la mer d'Aral et la mer
Caspienne offre également une infinité de mares remplies
d'eau saumâtre. Nous avons déjà considéré cette espèce
de lacs d'après des lois générales de Géographie phy-
sique (2).
« II est singulier que les régions montagneuses vers les
sources de TOxus et de l'iaxartes ne présentent point ,
comme la Haute-Sibérie, un amas de grands lacs, si com-
muns ordinairement dans le voisinage des grandes chaînes
de montagnes. »
(0 $)uivant M. G. de Meyendoiff, ces ipontagncs ne sont formées que
tic sable; elles ne paraissent avoir qu'une soixantaine de pieds au-dessus
de leur base , mais elles peuvent être d'une date assez récente. 11 est vrai
aussi que M. de Humbuldt leur donne 48 toises de hauteur au-dessus de
l'Océan , ce qui fait 588 pieds au-dessus de la mer Caspienne, et 474
au-dessus du lac Aral. Cependant ce sol élevé ne pouvait-il pas former
des îles hautes à l'époque où le lac était réuni à la mer? J. H.
(^) Voyez notre vol. 11^, p. 3ao-32i.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 5i3
Le lac Teîetzkoïj à peu de distance de la rive droite
du Sir-déria, reçoit la rivière du Sara-sou dont le cours
est d'environ 1 5o lieues. Plus au nord s étendent les deux
groupes de lacs dont lun porte le nom de Koum-koul et
le plus septentrional celui de Balec-koul, Le lac Sikirlik
reçoit la rivière de Talas^ longue d'environ loo lieues.
Enfin le lac ^ara-^ott/ ou lac noir^ situé à i5 lieues vers
le sud de Boukhara, et qui n'a pas plus de 7 à 8 lieues
de longueur, reçoit le Zer-afchan appelé aussi Kohek^
Sogd ou Kouan-déria , et connu des anciens sous le nom de
Polyiimetus j TÏyiève de plus de 100 Ueues de cours.
. « Le climat du Turkestan paraît en général salubre; la
chaleur même, dans les parties méridionales, est tem-
pérée par le voisinage des monts, dont les cimes con-
servent des neiges éternelles; et quoique situées sur
le parallèle de l'Espagne, de la Grèce et de la Tur-
quie asiatique, des vents, des pluies abondantes et la
proximité des déserts de la Sibérie et des Alpes du Tibet
leur donnent des étés supportables. Au nord du Sir, les
hivers sont quelquefois très-rudes. Schereffedyn nous a
laissé une terrible peinture de celui qu'éprouva l'armée de
Tamerlan , rassemblée sur les bords de ce fleuve , pour mar-
cher contre la Chine. « Les uns perdaient le nez et les oreil-
« les, les autres voyaient tomber leurs pieds et leurs mains.
« Le ciel n'était qu'un nuage, et la teiTC qu'un monceau
« de neige (0- »♦
Le printemps commence de bonne heure et fait bientôt
place à l'été, comme dans les régions les plus septentrio-
nales \ cette dernière saison est accompagnée de chaleurs
excessives. L'automne est ordinairement pluvieux. L'hiver
est tardif mais rigoureux : dans les régions les plus méridio-
nales, le thermomètre descend en janvier à 8 degrés au-
(') Schereffedyn f Histoire de Timour-Bcg , liv. VI, ch. 2cj.
VIII. 33
5l4 ' MVRE CENT TRENTE JTROlsi^E.
dessous de zéro. Dans les saisons sèches, un yent Violent
élève dans les airs des nuages de sable fin qui obscurcis-
sent souvent latmosphère et qui engloutissent quelquefois
et les récoltes et les habitations. Le Turkestan est aussi très-
souvent le théâtre de violens tremblemens de terre^
« Cette contrée offrirait probablement à un voyageur na-
turaliste la même variété de productions et de sites que
présente la région caucasienne. Le sol s étend ici en plai-
nes à peite de vue , que couvre une herbe grossière ou un
amas de sable mouvant : là , il est coupé de rivières sans
nombre y entremêlé de collines agréables, dominé par des
monts escarpés. Généralement les bois y sont rares , ainsi
que dans la Perse orientale; il peut y avoir des bois dis-
persés sur les bords du Djihoun , et de grandes forets de
pins inconnues sur les flancs du mont Belour. »
La fertilité du sol se fait remarquer sur le bord des ri-
vières , où rherbe surpasse, en quelques endroits, la hauteur
d un homme ; quelques pâturages où dominent les plante»
de la famille des borraginées et de celle des crucifères, as-
sociées à des liliacées et à quelques euphorbes, croissent
naturellement dans les steppes et dans les parties humides.
Les froids rigoureux auxquels succèdent de fortes chalears
sont autant d obstacles à la végétation des arbres et des
arbustes. Ce n est qu'au bord des rivières que Ton voit pa-
raître les plus grands arbres, tels que le peuplier blanc et
une belle espèce de saule, mais qui dépassent rarement la
hauteur de 6 pieds. Quant aux arbustes , ils appartiennent
principalement à la famille des légumineuses , et consistent
en astragales et en robiniers , en tamariscs. On y trouve aussi
l'amandier nain, et une espèce particulière de rosiers à
fleurs simples. Le riz et d autres grains sont cultivés en
plusieurs cantons avec beaucoup d'industrie et de succès.
C'est surtout dans la partie orientale et dans les oasis du
sud que ces graines réussissent le mieux. On y ajoute le
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 5ii
\Aéy Torge et le millet. En d autres mains que celles dea
Ouzbeks, ces contrées pourraient devenir florissantes* La
vigne et quelques fruits de TEurope méridionale réussis-
sent dans la Boukharie. Dans les jardins on cultive des
pommes, des poires, des cerises, des pêches, des prunes ,
des figues et des amandes. Le raisin fournit un vin excel-
lent. On cultive aussi des melons, des pastèques, quelques
plantes d*agrément, telles que le ^dLvme,v{cercis siliquastrum),
plusieurs espèces de pavots, dorobes, dalyssons, et plu-
sieurs plantes dune grande utilité, telles que la rhubarbe,
la garance^ le lin, le chanvre, le tabac, le sésame ; enfin
le cotonnier y réussit aussi bien que le mûrier, dont la
feuille nourrit une grande quantité de vers à soie, et dont
1 ecorce sert à fabriquer un papier que Ion vend sous le nom
de papier de Boukhara.
« Il paraît que les montagnes du sud-est, le Belour et
THindou-Koh contiennent de Tor , de l'argent , du lapisla-
zuli , et une variété de spinelle qui est de couleur rose pâle
et que Ion connaît sous le nom de rubis-balais. Son nom
vient du canton de Balascian^ dont la position est dou-
teuse (0 , et que nous croyons être le Badakhchan. Au
X"" siècle, avant que l'industrie des naturels eût été paralysée
par une longue oppression, on tirait àe Fergana^cAnXon
situé vers les sources du Sir-déria, du sel ammoniac, du
vitriol, du fer, du cuivre, du plomb, de l'or et des tur-
quoises; depuis on y a découvert des mines de mercure. Il
y avait aussi , dans la montagne de Zarka , des sources de
naphte et de bitume , et « une pierre qui s'enflamme et brûle » ;
description qui indique le charbon de terre (^j. Nous étu-
dierons plus en détail les contrées les mieux connues. Mais
faisons encore ici l'observation générale que, selon Strabon ,
(0 Marco Polo, extrait dans notre vol. I**", liv. XX, p. 555.
(^) Hadgi'Khalfah , p. 866. Trad. MS.
33
5l6 LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
dont les connaissances se terminent vers Tlaxartes, les Scy-
thes de ces contrées manquaient de fer et d'argent, tandis
qu'ils possédaient en abondance lor et le cuivre. Ces deux
métaux sont d une exploitation plus facile. Les anciens tra-
vaux de mines dans TAltaï et TOural , attribués aux Ouigours
et aux Finnois, avaient aussi pour objet For et le cuivre. »
Suivant M. Pander, naturaliste attaché à l'expédition faite
en 1820 en Boukharie, par ordre du gouvernement russe,
le grès rouge constitue les collines qui s'étendent depuis
les bords de l'Oural jusque dans la steppe des Kirghiz; sur
ce grès repose en plusieurs endroits le calcaire ancien ap-
pelé inuschelkalk , rempli d'ammonites. Le grès est riche en
filons métalliques qui ont été jadis exploités, ainsi que le
prouvent des traces distinctes de mines abandonnées et
des morceaux de minerais roulés par les eaux des torrens ;
le métal le plus commun est le cuivre à l'état de carbo-
nate; plusieurs troncs d'arbres pétrifiés ou plutôt agatisés
servent de gangue à ce métal. Dans la partie septentrio-
nale de la steppe, le grès rouge est remplacé par un pou-
dingue, formé de fragmens de quarz roulés, agglutinés
par un ciment siliceux. Cette roche est plus ou moins fer-
rugineuse; elle repose en certains endroits sur des couches
de houille; dans d'autres, le poudingue est recouvert de
couches calcaires et de gypse fibreux.
Les monts Moughodjar , qui ne sont élevés que de 3oo à
900 pieds au-dessus de la plaine, sont composés d'une
roche appelée grunstein par les Allemands, «t diorite par
les Français; à l'est, ces montagnes sont limitées par des
masses de porphyre et de syénite. A l'est des montagnes ,
les plaines sont argileuses et sablonneuses; et c'est sur ces
argiles que repose le sable, qui forme çà et là des collines.
D'autres collines sont composées d'une marne calcaire dure,
remplie de coquilles marines; elles s'étendent jusque vers
le lac Aral dont elles paraissent avoir formé les anciens
\siE : Tatarie indép, ou Turkestan. 617
rivages. Cette marne se perd peu à peu vers Test , et est
remplacée par un grès blanchâtre qui p^sse par gradation
au quarz blanc ou d un gris . clair. Près de l'embouchure
du Sir, cette roche constitue des élévations d'environ 200
pieds au-dessus du niveau du lac. Au milieu des plaines,
on trouve de petits lacs salans, desséchés pour la plupart
à bras d'hommes.
Entre le Sir-déria et l'Amou-dérîa se trouve une chaîne
de petites montagnes, composées d'aphanite, de schiste
siliceux, de diorite , de talc et de schiste argileux. Les Bou-
khares prétendent qu'elles contiennent de l'or et des tur-
quoises; mais il est probable qu'ils prennent pour des pail-
lettes dor les lames de mica jaune disséminées dans le
diorite. Quant aux turquoises, on en trouve fréquemment,
mais elles ont une teinte verdàtre qui empêche qu'elles
soient recherchées.
On remarque au nord de l'ancienne embouchure de FA-
moudéria^ dans la mer Caspienne, des porphyres noirs en
partie vitrifiés, des syériites, des granités qui constituent la
chaîne des monts Krasnouodsk^ longue d'environ 20 lieues.
Les côtes orientales de la mer offrent des sources de
naphte comme les côtes opposées. Les traditions des Tatares
nous apprennent que la naissance de ces sources a été
précédée d'éruptions ignées. Plusieurs lacs salés ont une
température élevée. Des porphyres trachytiques s'élèvent*
en groupes de rochers au milieu de masses de sel gemme ,
exploitées à ciel ouvert comme des carrières de pierres. La
chaîne de l'Oural, de même que celle du Belour, ont été pro-
bablement plus récemment soulevées que celles de l'Hima-
laya et du Thian-chan auxquelles se rattache le Belour.
« Commençons notre voyage dans le Turkestan par le
nord, puisqu'en effet cest de ce côté que l'on peut, à la
suite d'une caravane russe d'Orenbourg, pénétrer dans ce
pays négligé des voyageurs modernes : le vaste territoire des.
5f8 LIVRE CENT TRENTE^TROISIÈBIE.
Kirghiz le présente le premier. Les frontières entre ces no-
mades et leurs voisins les Chinois et les Russes ne sont
pas déterminées d'une manière bien fixe. »
Us se divisent en trois djouz ou hordes,
La petite horde , la plus occidentale , se compose de
x5o,ooo familles. « En été, dit M. Klaproth, elle campe
principalement sur les rivières Soundouk, Or, Mourza-
Boulak, Ilek et Khobda, qui toutes se jettent dans la
gauche du laîk , entre Kizylskaia et Iletskoï-GorodoL En
hiver, elle occupe les endroits suivans : les bords des ri-
vières Kamychloï-Irghiz et Taïl-Ii*ghiz, formant l'Oulou-
Irghiz, qui se jette dans le lac bourbeux d'Âk-Sakal; puis le
désert sablonneux appelé Kara-Koum, au sud de ce lac:
le canton de Tournak sur les bords du Sir-déria; le Jemba
ou Djem de la mer Caspienne; à Touest de cette rivière
les cantons appelés Boursouk; le voisinage des lacs Tai-
flougan et Karakoul, entre le Jemba et le laïk ; les rivières
Ouïl et KouU, qui viennent de l'est, et se jettent dans ces
lacs; enfin les rives du Kaldagaïda et du Bouldourta, qui se
perdent dans les lacs marécageux de la gauche du Ia&. »
La hord^ moyenne campe souvent au-delà des monts
Altyn-toubé , dans la steppe dlchim. Les Russes compren*
nent sur leurs cartes tout cet espace dans les limites de leur
empire ; mais c'est une souveraineté nominale. Cette horde
est la plus puissante et la plus riche; elle compte envi*
ron 160,000 familles. « Ses campemens commencent à
« l'orient, au Sara-sou, à l'Irtyche , au lac Dzaîsang {Dzaî"
« ^ang-noor) et à l'Ichim supérieur; ils sëtendent sur les
« sources du Tobol et les rivières nommées Tourghen, jus-
• qu'au lac Aksakal, où ils atteignent ceux de la petite
« horde. En hiver, ces Kirghiz habitent les contrées qui
« avoisinent le lac Balkhach (^}. »
(0 M. Klaproth ; Sur la langue des Kazak et des Kirghiz.
ASiB : Tatarie indép. ou Turkestan. 619
La grande horde étend sa domination au sud-est du lac
Aral , sur les bords des rivières de Sara-sou et de Sir , et jus-
qu'à la ville de Tachkend, peut-être jusque dans le Ferga-
na. Malgré son nom , cette horde est la plus faible des trois;
elle ne peut mettre sous les armes que 1 0,000 hommes.
«. Il règne ici , pendant Thiver, un vent de nord très-im-
pétueux , accompagné de neige , d'un froi<j[ excessif et de
tourbillons si violens , qu'ils élèvent des colonnes de pous-
sière de trente pieds de haut; cependant la neige n'y sé-
journe que très-peu de temps, du moins vers les bords de
la mer Caspienne (0. »
Cette saison rigoureuse ne dure en tout que trois mois,
décembre, janvier et février. Le printemps commence en
mars et est très-court; leté, généralement très-chaud, est
tempéré dans quelques endroits par des vents (rais et des
pluies abondantes; l'automne se prolonge jusqu'à la fin de
novembre.
« Le lac salé èiindersk {Inderskoé) , à 2 lieues des bords
du fleuve Oural, mérite, selon Pallas, le nom d'une mer-
veille de la nature (^}. C'est une flaque d'eau de 4 à 5 lieues
de longueur sûr 2 à 3 de largeur, tellement imprégnée de
sel , que la surface en paraît toute blanche ; des sources
salées y portent constamment de nouveaux alimeps ; les
brouillards qui s'en élèvent sont chargés de particules de
sel; les rivages présentent un mélange étonnant de coii^-
ches argileuses et marneuses , d'écaillés d'huîtres, de cris-
taux d'alun et de soufre.
« Les plantes salines dominent dans cette contrée stérile;
cependant, le long des rivières, il croît diverses ei^ces
d'arbres; il y a des vallées ou bas-fonds très-agréables en
été. Sans des pâturages étendus , les Kirghiz ne pourraient
(0 Pallas y Voysige, t, I, p. 6i8 (in-4°). iV. Bytscïikow , Topogrîi-
phic d'Orenbourg ; dans Busching , Magasin g^ogr. , VI. — (^) Pallas ,
Voyage , 1. 1 , p. 63o et suiv. ( 111-4° )•
5aO LIVRE CEIIT TRENTE-TROISIÈME.
pas nourrir des chevaux, des chameaux, 3 à 4ooo pièces
de gros bétail , des brebis et des chèvi*es. On a assuré à Pallas
que des individus de la moyenne horde possédaient jusqu'à
10,000 chevaux, 3oo chameaux, 20^000 brebis, et plus de
1O9OOO chèvres. Leurs dromadaires, qu'ils tondent tous les
ans comme les brebis, fournissent une grande quantité de
poil laineux , que les Russes ou les Boukhares achètent.
Ils font leur nourriture ordinaire de l'espèce de mouton à
large queue; et l'agneau y est d'un goût si délicat, qu'on
l'envoie d'Orenbourg à Pétersbourg pour les tables du pa*
lais. Les steppes fournissent beaucoup de gibier, des loups,
des renards, des blaireaux^ des hermines, des belettes, des
marmottes. Dans les montagnes du sud et de l'est , on vcrit
errer les brebis sauvages , le bœuf du Tibet ou le yak , les
chamois , les chacals , les kulans ou ânes sauvages, l'antilope
saïga et le takia ou cheval sauvage (i). On y rencontre souvent
le tigre royal, qui pénètre même beaucoup plus au nord. Les
Kirghiz ont dressé à la chasse des aigles de l'espèce nommée
en russe berkuti'^). Dans les vastes marécages on voit fourmil-
ler les oies , les canards et d'autres oiseaux aquatiques. Des
serpens blancs de la longueur d'une toise et au-delà , ef-
frayèrent les troupes russes; mais les Kirghiz disent que
ces reptiles ne font aucun mal. Ils craignent beaucoup une
espèce d'araignée venimeuse, noire, velue, qui a huit yeux,
et qui est de la grosseur d'une noix (3). 1.
Il est aujourd'hui prouvé par les savantes recherches de
M. Klaproth , que l'on donne en Europe le nom de Kir-
ghiz à deux nations fort distinctes par leur origine, bien
qu'elles se confondent par leur langage (4). Celle dont
nous nous occupons ici se donne elle-même le nom de
i^)Bardanes, JV. Jîytschkow , 1. c. Pallas, Neuc nord. Beytraegc,
II , 6. — (») Aigle doré de Pallas. — (3) N. Jiytschkow , dans le Magasin
géogr. , VII , 48. Idem , ibid. , VIII , 461 . — (4) Klapjvthj sur la laogae
des Kazak et des Kirghiz;
A.SIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 5a i
Kazak et repousse la dénomination de Kirghiz. Elle oc-
cupe actuellement , dit M. Klaproth , l'immense steppe qui
s étend depuis la rive gauche de Flrtyche supérieur jus-
qu'au bord de TOural; au nord, elle plante ses tentes de
feutre jusqu'au 55® parallèle; et au sud elle s'arrête aux
monts Tarbagataï, au lac Balkhach^ au lac Aral et à la
mer Caspienne. C'est elle qui se divise en trois hordes et
dont les déserts portent le nom de Steppes des Kirghiz.
A l'époque de la conquête de la Sibérie par les Russes,
ils habitaient les bords de l'Ichim. L'autre se compose de
deux peuples : l'un nommé Bourouty qui se tient à l'est des
monts Bolour, et l'autre appelé aujourd'hui Karâ Kirghiz:
ce sont les véritables Kirghiz. Sortis de la Sibérie méridio-
nale, où ils s'étendaient depuis les bords de l'Irtyche jus-
qu'à ceux du Ienisseï, ils sont en grande partie réunis aux
Bourout. Nous en parlerons en temps utile.
Les Kirghiz ou plus exactement les Kazak^ nom qui si-
gnifie homme de chenal y selon les uns, et guerriers^ selon
les autres, ont les traits tatares, le nez écrasé, la bouche
petite , les oreilles grandes et les yeux petits , mais non pas
obliques comme les Mongols et les Chinois. Leur physiono-
mie est agréable. Ils sont robustes et d'une taille moyenne.
Leurs femmes ne sont pas laides; elles sont bien constituées,
lestes; elles montent à cheval et suivent même quelquefois
leurs maris au combat. Belliqueux, féroces et passionnés
pour la vie aventureuse , ils prétendent qu'ils perdront leur
liberté dès qu'ils habiteront des maisons et qu'ils se livre-
ront à l'agriculture. Une vie frugale et tranquille leur pro«
cure une longue et fraîche vieillesse. Leurs maladies ordi-
naires sont les fièvres intermittentes, les rhumes, l'asthme;
la maladie vénérienne est répandue parmi eux, mais ils
craignent davantage la petite-vérole (0.
(0 Palias, I, p. 620.
Ssa LIVBE CENT TRfirTTE-TROISlÈMK.
La langue des Kirghiz est un dialecte turc; mais leur
prononciation est très-forte , et ils aiment le style allégo-
rique. Enclins à la mélancolie , le murmure des eaux ra-
pides du Sir charme leurs nombreux loisirs. Ils passent
souvent la moitié de la nuit , assis sur une pierre j à regaf^
der la lune et à improviser des paroles assez tristes sur des
airs qui ne le sont pas moins. Ils ont aussi des chants his-
toriques qui rappellent les hauts faits de leurs héros , mais
ces sortes de poèmes ne sont chantés que par des chan-
teurs de profession (i).
Les Kazak ou Kirghiz sont gouvernés par des anciens y
des béhadirsj des begs^ des sultans et des khans. Un ancien
est ordinairement un vieillard qui a de la fortune et une
famille nombreuse. Les béhadirs sont des hommes d'une
bravoure reconnue, d'un esprit juste et entreprenant, qui
combattent en partisans pendant la guerre. Le titre de beg
est censé héréditaire , mais de fait il est électif. Celui qui ne
peut le soutenir par son mérite et ses qualités , le perd bien-
tôt, tandis que celui qui sait se faire estimer lobtient, soit
par riiabitude qui s'établit insensiblement de lui donner une
qualification honorifique, soit parce qu'une assemblée se
réunit exprès pour lui conférer ce titre honorable. Les sul-
tans sont les parens du khan ; ils conservent toujours quelque
influence sur le peuple. On les nomme toura ou seigneurs;
mais s'ils sont sans mérite, ils sont aussi sans crédit. Le
khan a, par le fait, droit de vie et de mort sur ses sujets:
ceux-ci n ont quelque garantie contre son despotisme que
dans lopinion publique , qui est très-puissante chez ces peu-
ples nomades. Il arrive souvent que, mécontent d'un ch^f
injuste, le peuple en choisit un autre. Le khan est donc
obligé de se conformer aux lois du Coran ; mais alors il 9
soin de s'attacher un mollah qui lui soit dévoué et qui în-
(') G. de Meyetidorff : Voyage (VOrenbourg à fioukhara.
ASIE : Tatarie indép, ou Turkestan. 5a3
terprète le Code sacré selon ses vues particulières. Il s en-
toure aussi de conseillers qui sont pour la plupart des an-
ciens fort estimés dans sa horde , et qu'il tâche de captiver
par des libéralités et des flatteries. Mais toutes ces précau-
tions ne lui suffiraient pas pour conserver son pouvoir s*il
ne parvenait à se concilier Tassentiment général , par son
courage , sa hardiesse et son activité , et à imposer à ses
ennemis par une juste sévérité.
« Selon les rapports les plus modernes, les deux hordes,
dites petite et moyenne^ yavenl fidélité à l'empereur de
Russie par leurs députés; mais ils ne se reconnaissent nul-
lement pour ses sujets, et ne lui paient aucun tribut (i). Au
contraire, la Russie leur fait de petits présens annuels.
I^s caravanes de Boukharie, de Khiva et de Tachkend
paient un droit de transit pour passer à travers les terres
des Kirghiz et sous leur escorte.
« Libres de tout joug despotique et pourvus en abon-
dance de toutes les nécessités , les Kirghiz mènent une vie
beaucoup plus agréable que Ion ne croit communément.
La chair de leurs moutons et le lait de leurs jumens les
nourrissent. La lance et le fusil à mèche sur le bras, ils
pillent toutes les contrées voisines. Ils ne sont point san-
guinaires, mais ils mettent dans leur brigandage une adresse
qui déconcerte les garnisons russes. Ils aiment à enlever
les femmes des KLalmouks , parce qu elles conservent long-
temps les attraits de la jeunesse. Ces infatigables brigands
se regardent entre eux comme frères : ils se font servir par
des esclaves qu'ils prennent dans leurs incursions. Us por-
tent l'habit tatare , un large caleçon , des bottes pointues,
ont la tête rasée et couverte d'un bonnet qui a la forme d'un
cône. Les harnais des chevaux sont couverts de riches
ornemens. Les femmes coiffent leur tête avec des cous de
(0 Le Word littéraire^ etc. , à'Olivanus ^ 1799, n. X.
524 LIVRE CEITT TRENTE-TROISIÈME.
héron, arrangés en façon de cornes. Les Kirghiz, cheva-
liers sauvages, aiment les jeux, les exercices, les courses à
cheval. Dans les funérailles des riches, Théritier, semblable à
Achille, distribue des esclaves, des chameaux, des chevaux,
des harnais et d'autres magnifiques prix aux vainqueurs dans
la course à cheval. Ils passent des rivières sur des ponts for-
més de nattes de jonc roulées , et réunies par deux cordes
tendues. Leur poudre à fusil blanche ^ dont ils cachent la
fabrication, paraît un objet digne de recherches (i). »>
« Indompté , belliqueux , féroce , dit le baron de Meyen-
« dorff, le Kirghiz, seul , à cheval, s'élance dans le désert,
« et parcourt 5 à 600 verstes avec une rapidité étonnante,
« pour aller voir un parent ou un ami d'une tribu étran-
« gère. Chemin faisant, il s'arrête presque à chaque aoul
« qu'il trouve sur sa route; il y raconte quelque nouvelle,
« et toujours sûr d'être bien accueilli, quand même on ne
« le connaîtrait pas , il partage la nourriture de ses hôtes.
« C'est ordinairement du krout ( sorte de fromage ) , de
« Yhcdran (lait caillé de brebis ou de chèvre), de la viande,
« et quand on en a, du koumes^ boisson extraite du lait de
«jument et très-estimée dans le désert. 11 n'oublie jamais
<t l'aspect du pays où il a passé, et revient chez lui après
« quelques jours d'absence, riche en nouvelles histoires,
« se reposer auprès. de ses femmes et de ses enfans. Ses
« femmes sont ses uniques ouvrières; ce sont elles qui font
« la cuisine, façonnent ses habits, sellent son cheval, tan-
« dis qu'avec une nonchalance imperturbable , il borne ses
« soins à garder tranquillement ses troupeaux. J'ai vu le
«^ frère d'un sultan très-considéré faire paître ses mou-
« tons, monté sur son cheval, en habit de draprpuge, et
« voyager ainsi pendant une quinzaine de jours, sans croire
« déroger à sa dignité (2). »
(0 N. jRytschkow , 1. c. , p. 4^9'
(') G. de Meyendorff : Voyage J'Orcnbourg à Boukhara, p. 45-
ASIE : Tatarie indép, ou Turhestan. 5^5
« Ce fut vers le commencement du XVIP siècle que ces
peuples, autrefois chamaniens, gagnés par les prédica-
tions des prêtres du Turkestan, se soumirent à la circonci-
sion. Mais Pallas, en 1769, les trouva livrés à toutes les
extravagantes superstitions de la magie. Les morts sont ho-
norés chez eux; tous les ans ils célèbrent une fête en leur
mémoire.
« Les Kirghiz font quelque commerce avec les Russes;
Orenbourg en est l'entrepôt ordinaire. La horde moyenne
va jusqu'à Omsk en Sibérie. On évalue à i5o,ooo le nombre
des brebis quils conduisent tous les ans à Orenbourg;
outre cela, ils fournissent une grande quantité de chevaux,
de bétail , d'agneaux , de pelleteries , de poil de chameau et
de camelots ; ils prennent en échange des ouvrages de ma-
nufacture, surtout des draps et de la quincaillerie; ils por-
tent en Boukharie et à Khiva des esclaves persans , turco-
mans et quelquefois russes; ils en reçoivent en échange des
chameaux et du bétail.
« Au sud du pays des Kirghiz ou des Kazak , la géogra-
phie se perd dans un labyrinthe de petites divisions, la plu-
part mal connues, et que nous allons tâcher de déterminer.
Tout le pays qui s étend sur les deux rives de l'Iaxartes,
jusqu'à la chaîne des monts Ak-Tagh, était compris dans
l'ancien Turkestan^ division déjà connue de Moïse de Kho-
rène, dans le V® siècle de l'ère vulgaire (0, et qui peut-être
correspondait au fameux Touran des écrivains persans et
arabes. On distinguait ce Turkestan occidental, d'un autre
qu'on appelait oriental^ et qui paraît avoir embrassé une
partie de la Kalmoukie et de la petite Boukharie.
« Le Turkestan renfermait, selon les géographes orien-
taux, la province de Ferghanah ou Fergana^ où sont les
villes ai Andekhan^ îX^Akhsikattl autres, sur le haut Sihoun;
'.') Turkestan et Tuvkhia.
5a6 LIVRE CENT TREKTE-TROISIÉME.
celle d!Osrouchnahy avec un chef-lieu de même nofn; celle
^Ylak ou Ylestan^ où coule la rivière de Tounkat^ afQuent
du Sihoun (i) , et où s élevait Otrar^ lancienne capitale, non
loin des ruines d'Iessij capitale plus ancienne encore, et qui
répond peut-être à Xlssedon Scjthica des Grecs (2) ; enfin XAl-
Chacky qui se prolongeait vers lembouchure du fleuve
Sihoun.
Les relations modernes ne connaissent presque plus ces
divisions ; elles nous représentent le Turkestan actuel com-
prenant tout le teri'itoire de lancienne Tatarie indépen-
dante y et devant son nom au district de Turkestan qui
appartient au Khanat de Khokhan,
« Ce pays est arrosé, par la rivière de Kara-sou , qui se jette
dans le Sir; le sol y est assez fertile en coton, en millet,
blé et châtaignes, mais il est médiocrement cultivé. On y
voit l'araignée venimeuse dont nous venons de parler, et
une espèce de lézards qui ont les pieds hauts d un quart
d aune (3). »
La capitale de cet Etat porte aussi le nom de Khokhan
ou Khokand'j elle est située dans une plaine, sur un petit
afQuent et à peu de distance de la rive gauche du Sir-
déria; grande, et composée de rues étroites, non pavées,
mais arrosées par des ruisseaux d eau courante, elle n'a
que des maisons en terre, et pour seul moyen de défense
le château du khan. On dit qu elle renferme 4oo mosquées
et chapelles, et que sa population est de 60,000 âmes;
quelques voyageurs ne la portent qu a 3o,ooo ; les vastes
écuries du khan, bâties en briques, et quelques mosquées,
sont ses principaux édifices. Elle a deux bazars assez bien
approvisionnés. On y fabrique une grande quantité d'étoffes
de coton, et de soieries brochées en or et en argent, des
(0 Jbotdfeda : Descript. Chorasmiaî et Mawcralnarae , p. 5o sqq.
(Geog. Min. ). — (') ffadgi-KImlfah y p. 908. — (^) Arapow, interprète
russe, dans Busching , Magas. géogr. , VII, 48.
I
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. Sa^
draps et d'autres tissus. C'est dans les plaines qui environ-
nent cette ville que Djenghiz-Khan avait coutume de ras-
sembler le conseil général de tous les khans ou chefs mili •
taires de ses vastes Etats , réunions auxquelles on compta
quelquefois jusqu'à 5oo ambassadeurs de peuples conquis.
A Test de KJiokhan, on trouve Andekhan ou Andadkhauy
autrement Andidjan^ agréablement située au milieu de
jardins ; etplus loin, dans la même direction, Och ou TakhU
SouUajnan^ ville célèbre par le tombeau d'Âsef-Barkhia ,
visir de Salomon , qui attire au printemps un grand nombre
de pèlerins. Ce monument consiste en une petite maison
carrée placée sur la montagne de Takht-Souleïman , dont
le nom signifie trône de Salomon. Suivant la tradition rap-
portée par le baron de Meyendorff , Salomon égorgea près
€k ce lieu un chameau, dont on voit encore le sang rougir
le rocher. « Si Ton ressent des douleurs de rhumatisme , ou
« d'autres maux, on s'étend sur une pierre plate qui est là,
« et le mal passe infailliblement. Tous les voyageurs qui ar-
« rivent de ces pays parlent de ce but de pèlerinage : plu-
« sieurs m'ont assuré qu'on n'y voit point de traces de co-
« lonnes; M. Nazarov prétend y avoir vu les restes de deux
« anciens édifices, sous lesquels se trouve une caverne (i).»
« La ville qui porte les deux noms de Turkestan et de
TarcLs ou Toros^ renferme mille maisons bâties en terre;
autrefois elle était grande , florissante , et le chef-lieu d'un
khanat.Un prince kirghiz y résidait (s). Elleest entourée d'un
fossé large de i5 pieds qu'on peut remplir d'eau à l'appro-
che de l'ennemi. C'est une ville qui renferme les tombes de
plusieurs saints personnages : de tous ceux qui y sont en-
terrés Kora'Ahmed'KkodJa est le plus révéré. Près du mo-
nument qui lui est consacré, on remarque une inunense
(0 Baron G. de Meyendorff: Voyage d'Orenbourg à Boukhara , p. n8.
(') Rytschkow : Topogr. d'Orcfibr^iirg; dans Busching, Magas. gëogr. ,
V, iyn aqq.
528 LiVRElfCENT TRENTE-TROISIÈME.
marmite de plus dejia pieds de diamètre qui sert à faire
cuire les alimens que les gens riches font distribuer à cer-
tains jours ]aux pauvres.
Tachkent OM Tachkendy situéesur les bords duTchirt-chik,
affluent du fleuve Sir ou Sihoun, renferme, dit-on, 6000
maisons ; mais le baron de Meyendorff ne lui en accorde
qu'un peu plus de 3ooo. Elle est entourée, sur une éten-
due de 4 lieues et demie, d une haute muraille en briques
séchées , ouverte de 1 2 portes. On y voit un grand nom-
bre de vieilles mosquées qui attestent sa splendeur passée,
probablement à lepoque où elle s'appelait Chach. Elle ren-
ferme 10 médresséhs ou écoles. Son territoire, arrosé par
des canaux d'irrigation , produit les fruits les plus exquis.
Le climat dont on y jouit est agréable. Ses habitans font
un petit commerce j ils ^cultivent le pêcher et la vigne , le fro-
ment, le coton et la soie ; l'hiver n'y dure que trois mois ;
les montagnes renferment de l'or. Dans ses environs s'élève
un fort qui peut être occupé par une garnison de 10,000 .
hommes. Marghc^lan^ appelée aussi Marghilan ou Marghi^
nan^ aux pieds des monts Kachgar, est, dit-on, de la gran- .
deur de Khokhan. C'est une antique cité , entourée d'une .
mauvaise muraille en terre et remplie de portiques et d'an-
ciens monumens. Au centre s'élève un édifice dans l'inté-
rieur duquel on conserve un étendard en soie rouge, qui
passe aux yeux des habitans pour avoir appartenu à
Alexandre-le-Grand , qui, à son retour de l'Inde, serait mort
dans cette ville. Les prêtres promènent cet étendard à l'arri-
vée de chaque nouveau gouverneur. Aune lieue de la ville,
la forteresse ÔLYarmazar peut renfermer 20,000 hommes.
Khodjend^ sur la rive gauche du Sihoun, à une ving-
taine de lieues au sud de Tachkend, est grande et bâtie en
terre sur un sol élevé. On y fabrique une grande quan-
tité de cotonnades , dont elle fait un important commerce
avec les Russes. A vingt lieues au nord-est de Khodjend,
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. Sap
Akhsikat bu Akhssia passa pour être le diRT-lieii û% la
province^ dfi Ferghanab, dans laquelle il exi^e des initiés
d'or et dargent* Sousak est une petite forteresse dans tes
nriontagnes. Ouratepeh^ à une vingtaine de lièues de Rho*
khan, est bâtie entre deux coltines et entourée de hautes
murailles (S'énefées. U ne faut pas confondre cette tille
avec Ouratoupa qui s'élève à lo lieues au nord-ouest dé
Khodjend, sur la rive gauche du Sir. ^
L'état de Khokhan s*est considérablement accru par des
<}onquêtes depuis i8i5« Il occupe maintenant, dans le
Turkestan, le deuxième rang pour la population et le troi-
sième pour rétendue. On estime qu'il renferme environ
1,200^00 habitans, et qu'il a 160 lieues de longueur sur
70 de largeur, et 10,000 lieues carrées de superficie. La plus
iprande partie du territoire est d'une gi*ande fertilité; on y
ti'ouve des mines d'or, d'argent, de cuivre, de fer et de
houille. Les habitans s'occupent beaucoup il'agricultiire et
de l'éducation des bestiaux. Les manufau^tinres de soieries
«t de cotonnades y sont florissantes , et le <x>mmerce avec
la Chine, k Boukharie et la Khivie^ jouit d'une grande ac*
tivité. Le pays est gouverné par un khan , chef suprême qui
entretient une armée de 10,000 hommes de cavalerie qiii ne
tiennent la campagne que pendant deux mois , et à laquelle
se réunissent 3o à 40,000 hommes fournis par les tribus et
qui ne s'engagent que pour un mois chaque année. Aussi les
guerres sont- elles courtes et n'interrompent-elles pas le
conunerce. L'artillerie du beg de Tachkend consiste, comme
. en Perse , en petits canons portés par des chameaux. Dans ce
pays, qui est mahométan, les prêtres sont juges et siègent
avec les gouverneurs. Les procès s'instruisent sans écritures ;
les crimes de haute trahison, d'usure et d'adultère sont
punis de mort; le voleur est condamné à perdre la main,
et le meurtrier à servir comme esclave les parens de celui
qu'il a tué , à moins qu'il ne puisse se racheter.
Vlll. 34
63o LIVRE CENT TREITTE-TROTSIEMJ?.
.i «Les Karakalpaks habitent aussi les bords du Sihoun. ,
Cette peuplade se fiomme elle^-méme Kam-Kiptchak ^ cest^
à-dire^ t les Kiptchak noirs ou tributaires. Cest une tribu
4e$ Taiares de Kiptcbak subjugués par les Kirghiz. Ils se
divisent en bordes ou oulous supérieure et inférieure. En
i^4^> ^^ horde inférieure, qui était alors de i5,ooo famil-
les, rechercha la protection de la Russie ou du Tzar blanc;
mais les Kirghiz détruisirent presque cette tribu , qui osait
invoquer contre eftx un secours étranger. Ils ne comptent
plus maintenant que 2 à 3ooo guerriers.
« Les chefs des oulous se donnent pour descend ans de
Mahomet. U y a une sorte de noblesse. Le genre de vie
ressemble à celui des fiachkirs en Russie. Les cabanes
d'hiver ont un emplacement fixe, celles d été sont mobiles.
Le soin de lagriculture s allie à celui des bestiaux. N ayant
que peu de chevaux , ils se servent de leurs bêtes à cornes
pour le trait et la selle. Ils exercent avec succès plusieurs
métiers; ils vendent à leurs voisins des couteaux, des sa-
bres, des fusils, des marmites et de la poudre à tirer. Ils
'Sont mahométans et connaissent assez bien les. préceptes
de leur religion. Le pouvoir des khans est borné par l*in-
fluence dont jouissent les khodcha ou prêtres , et les seits
qui prétendent descendre de Mahomet.
« Les Troukmenes ou Turcomans habitent toute la côte
orientale de la mer Caspienne , pays sablonneux, rocailleux
et presque dépourvu d'eau, excepté près de la côte. La
chaîne des monts de Manghichlak^ qui occupe une longueur
de 80 lieues, est peu élevée, très-escarpée et coupée de ra-
vins; elle présente, du côté de la mer, des roches calcaires,
remplies de coquillages littoraux , des couches de marne et
d'argile, beaucoup de sources de naphte et de pétrole, et
tjuelques indices de plomb et de cuivre (i). On rencontre
^nr le rivage des conglomérats de coquillages et de sable ,
(0 Gmelin , Bytschkow et Falk , cités par Georgi.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestau. 53 1
cimentés par du calcaire et quelquefois par du bitume; plus
loin de la mer ces masses sont déjà entièrement durcies.
Les eaux sont salées ou saumàtres. »
La chaîne de Manghichlak se dirige de lest à louest
jusqu'au cap appelé Touk-Karagan^ qui forme le côté mé-
ridional du golfe de Kottchak-Koultiouk y à l'entrée du-
quel se présentent les îles Si^iatoï, Koulal et Dolgoï cpï
sont inhabitées. A 1 5 lieues à 1 est du cap Touk-Karagan ,
se présente un enfoncemetit appelé aussi Manghichlak , près
duquel campent, leté, des Mank ou Nogaï; une langue de
terre sy avance dans la mer et forme un port qui est peu
fréquenté, parce qull est exposé aux brigandages conti-
nuels des Turcomans (0. A quelque distance de- là se voit
le mont Ahichtchœ^ volcan dont le cratère vomit constam-
ment des vapeurs sulfureuses.
Au sud du golfe de Kottchak-Koultiouk se trouve le
golfe Alexandre , dans lequel le Sirtbach et le Kitthi ont
leur embouchure. A 6o lieues au sud, est le détroit de
Kara-boughaz ou Aehi gorge noire ^ qui communique avec
le Kouli'déria ou lac amer y grand golfe dans lequel s en-
gloutissent les eaux de la mer Caspienui^. Les Turcomans
viennent y pêcher des phoques.
La chaîne du Balkan occupe l'espace qui s avance dans
la mer, entre le Kouli-déria et le golfe de Balkan. A l'entrée
de ce golfe se trouvent plusieurs îles dont nous citerons
les deux plus considérables. Tcheleken ou Nephtenoï doit
son nom aux sources de naphte qui s y trouvent : on la dit
habitée par une centaine de familles turcomanes ; elle s est
agrandie, en i8o4, par sa réunion avec Tîle Dervich^ opé-
rée à la suite d'un tremblement de terre. Ogourtchinsk
est inhabitée et manque d'eau douce; cependant elle nour
rit un grand nombre de moutons qui y vivent sans ber-
(0 Klaprolh : Notice sur la mer Caspienne.
-> /
04.
53a LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME. \
ger. Un petit nombre de Turcomans vient y passer l'hiver;
ils remplacent leau douce par celle des glaçons, qui perd
en cet état une partie de son goût amer et salé. Ils y trou-
vent en suffisance du bois de chauffage^ L'île de Djardji
est maintenant réunie au continent. Les deux principales
cimes du Balkan ont un aspect noirâtre et paraissent être
granitiques. Près de la côte^ ces montagnes sont escar-
pées et parsemées de roches d'une pierre friable qui aug-
mente beaucoup la difficulté de la marche (0.
Le cours du Gourghen sert de limites entre la Perse et le
Turkestan^ comme celui de Ylemba entre leTurkestan et la
Russie (3). Le Gourghen coule au milieu de marais; son fond
est vaseux ; sa largeur est de 20 à 36 pieds ; ses rives sont
basses et inondées à une distance considérable ; son cours
est embarrassé d'herbes de 3 à 5 pieds de hauteur; son eau
a un goût vaseux et légèrement salé; il coule avec lenteur;
en été il a peu de profondeur; cependant il n'est jamais
entièrement à sec. A une demi-lieue de son embouchure y
ses eaux ont un peu plus de 3 pieds de hauteur. UAtrek est
une autre rivière plus petite que le Gk)iârghen et à deux
milles au nord d^ celui-ci.
« La végétation de ces contrées se borne à peu d'es-
pèces, parmi lesquelles on distingue, par ses formes raides,
la saliola orientalis (?). L'absinthe du Pont abonde, ainsi
que le câprier. On emploie le rhamnus alpina au chauffage.
Les renards , les chats sauvages , le mouton d'Orient et le
chameau, sont les animaux les plus répandus; l'once s'y
montre, et même le tigre, si l'on veut en croire les rela-
tions. Les insectes y fourmillent, surtout les papillons et
les sauterelles ; dans les golfes et les baies , le Noctiluca
miliarU au corps gélatineux et transparent, répand la
(0 ^ouraftef ; Voyage en Turcomanie et à Khiva. — (») Klaproth :
Notice sur la raer Caspienne. — (^) Gmelin : Voyage , etc. , IV, planche 5.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan: 533
nuit^ sur la surface des ondes , sa lumière phosphorique (0. »
Il est une particularité que nous ne devons peut-être
point passer sous silence, c*est que les Turcomans ont as-
suré au capitaine Mouraviev, que les djeiran ou antilopes
qui peuplent leurs déserts peuvent passer deux ou trois
mois de 1 été sans boire. Ce fait aurait besoin d être con-
firmé, mais il est certain que dans ces déserts on ne trouve
ni eau douce ni eau salée. Peut-être doit-on supposer que
ces animaux trouvent une boisson suffisante dans leau dé-
posée par les rosées qui sont souvent fort abondantes.
« Les Turcomans, plus basanés, moins grands, mais
ayant les membres plus carrés que les autres habitans du
Turkestan , vivent sous des tentes ou dans les cavernes des
rochers. Ce sont des pasteurs grossiers qui font , en pas-
sant, le métier de brigands. Ils sont divisés en plusieurs
hordes , qui oiit chacune leur chef. »
Suivant M. Mouraviev, ils ont la taille élevée, les épaules
laides, la barbe couite, et la forme du visage assez sembla-
ble à celle des Kalmouks. Les Turcomans méridionaux ont
adopté le costume persan et le bonnet garni de peau d'a-
gneau noire. Leurs femmes peignent leurs cheveux avec
beaucoup de soin , elles les séparent sur les côtés et les
réunissent en une longue tresse garnie de grelots en ar-
gent et qui tombe par-derrière. Elles complètent leur coif-
fure par un bonnet qui ressemble à celui des Cauchoises
par son élévation , et qui est orné en or et en argent selon
la fortune du mari. Elles ont les traits agréables et gra-
cieux et ne se voilent pas le visage , mais elles portent un
anneau à une narine. Leur habillement consiste en un ca-
leçon de couleur et une grande chemise rouge.
Les Turcomans se partagent en deux nations , celle du
nord et celle du sud , et se divisent en plusieurs tribus ;
(') Gmclin, Voyage, 1. IV
534 LIVRK CENT TRENTE -TROI SI KAIF.
la principale , au nord , est celle des Abdaloxx Abdallah, Au
sud, on en distingue quatre, appelées lomondy Er-saréy Téké
et Keklen; cette dernière est la plus rapace. Chacune se
subdivise en plusieurs autres tribus. Celle des lomouds
peut, dans un moment d'urgence, mettre jusqu'à 3o,ooo
hommes sous les armes, et celle d'Er-saré 90,000.
IjevLTsaouls ou villages se composent d'un groupe plus ou
moins considérable de kibitki ou tentes en feutre. Ils nour-
rissent beaucoup de chameaux, de bœufs, de chevaux et
de moutons; la chair de ces derniers est excellente. Avec
le poil de chameau ils fabriquent une étoffe grossière. Ils
cultivent un peu de froment, du riz, des melons et des
concombres. Montés sur leurs chevaux infatigables, ils
parcourent leurs déserts avec une incroyable rapidité,
vont piller les villages des tribus avec lesquelles ils sont en
guer«re, endurent la faim et la soif, aussi bien que leurs
coursiers auxquels souvent ils ouvrent une veine pour se
désaltérer. Leurs armes habituelles sont l'arc, dont ils se
servent avec beaucoup d'adresse , le sabre et le pistolet. Ils
fabriquent eux-mêmes d'assez mauvaise poudre.
Les Turcomans méridionaux ont pour chefs des khans ,
nommés par le gouvernement persan ; mais le peuple leur
obéit , lorsqu'ils ont acquis de l'autorité par leurs qualités
personnelles et par leur conduite. Cette dignité n'est point
héréditaire. Celle fLakh-sakhal {barbe blanche) ou ancien^
qui est élective , paraît l'emporter sur celle de khan , et se
conserver dans la famille, lorsqu'après la mort de celui qui
en est revêtu , ses parens ont , par leur conduite, des droits
à l'estime générale (1). Bien que les tribus voisines de la
Perse reconnaissent l'autorité de cette puissance , les Tur-
comans méridionaux exercent leurs brigandages sur les
Persans eux-mêmes et sont souvent en guerre avec eux.
(0 Mourax'ieu : Voyage en Turconiauie et à Khiva.
ASIE : Tatarie indép. oU Turkestan. 535
« Les Turcomans , dit M. Mouraviev^ n ont pas cette sé-
« vérité et cette droiture qui distinguent les peuples du
« Caucase; au milieu de sa pauvi*eté^ ce peuple reste étran-
« ger aux lois de l'hospitalité; il se montre tellement avide
» d'argent, qu'il nest point de bassesse à laquelle il ne se
« soumette pour un léger salaire. Les Turcomans ignorent
« ce que cest que l'obéissance; quand l'un deux montre
« un peu plus de pénétration ou de hardiesse que les autres,
« ils récoutent sans s'informer quel est son droit. Par consé^
« quent, il n'est point de Russe qui ne puisse prendre fa-
« cilement parmi eux le ton de la supériorité, et qui, en-
« touré et désarmé , ne puisse sans danger se fâcher, les
« injurier, et même les battre s'il en a sujet. Ils n'ont au-
« cune idée de bien public et de bienséance ; chacun d'entre
• eux, quand il croit y trouver son avantage, prend le
« titre X ancien y son voisin, qui ne le reconnaît pas pour
« tel, prend à sou tour celui éiakh-sakhal qui est syno-
« nyme. »
Les Turcomans parlent un dialecte turc semblable à
celui qui est en usage à Kazan. Gomme ils sont de la
secte d^Omar, on conçoit leur antipathie pour les Per-
sans; mais, du reste, ils ne sont fidèles qu'aux pratiques
extérieures de la religion et ne s'occupent nullement du
dogme.
lueurs caractères physiques ainsi que leur langue , indi-
quent qu'ils appartiennent à la race turque ; c'est ce peuple N
qui, dans les XP et XIP siècles, inonda la Boukharie, la
Perse septentrionale , l'Arménie, la Géorgie méridionale, le
Chirvan et le Daghestan. Les Persans disent que le nom de
Turcomans signifie semblables aux Turcs; mais M. Klaprotb
pense que ce nom , composé de ceux de turc et de coman ,
a été donné à la partie de la nation comane qui est restée
à l'orient de la mer Caspienne sous la domination des Turcs
de l'Altaï, tandis qu'une autre qui était indépendante s'est
536 LIYRS GE9T TaENTE-TROISlisiE.
étaUie xlaDS les vastes plaines situées à Toccident de cette
mer, et passa même depuis jusqu en Hongrie (i).
Comme ii ny a dans la Turcomanie que des aouls qui
sont plutôt des camps que des villages ^ nous n'avons con-
séquemment aucune ville à citer. Les bords du Gourghen
et de TAtrek sont garnis de ces aouls, ainsi que plusieurs
points des côtes de la baie de Balkan , du lac Amer, et
qadques parties du désert. Mais cette contrée n'a pas tou-
jours été dépourvue de villes, c'est ce qu'attestent plusieurs
mines. Sur la rive droite du G&urghen s'étendent les restes
d'une grande murail|e dont on ne connaît pas l'origine,
mais qui paraît avoir servi de frontière entre le royaume
d'Iran et celui de Touran. Cette muraille porte aujour-
d'hui le nom de kizil^alal; elle est construite en bonnes
briques cuites au £eu. A l'extrémité occidentale de la mu-
raille , et sur le bord de la mer^ on voit <^core le mur
extérieur d'un grand bâtiment ou d'un fort , sur le côté
oriental duquel s'est formé un amas de sable qui lui
donne l'apparence d'une colline. M. Mouraviev a trouvé
dans ce mur des tombeaux et des ossemens humains ,
qui paraissent être moins anciens que cette construction,
et appartenir à des Turcomans. Le mur peut avoir envi-
ron aoo mètres de longueur sur 4 de hauteur. Sous ce
mur, M. Mouraviev aperçut une petite voûte dans la-
quelle il trouva un morceau de verre et du charbon. A
\4f> QM i5o mètres du mur, on trouve un proniontpire
qui ne paraît pas être formé par la nature : et en effet on
y rrâiarque des murailles qui ont appartenu à des édi-
fices, des tours rondes, et^ de petits emplacemens pavés
régulièrement en grandes briques carrées; on observe
ces débris jusqu'à environ 80 mètres dans la mer. Mais ce
(0 Klaproth : Notes ajoutées au Voyage de M. Mouraviev en Turco-
manie e( à Kbiva.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 53'j
quil y a de plus remarquable, cest que ces débris n'of-
frent pas lapparence de ruines : les murs sont tous de ni»
veau avec Thorizon; ce qui fait croire qu'ils ont appar-
tenu à des bâtimens qui ont été engloutis par un trem-
blement de terre. Les Turcomans 7 ont souvent trouvé
des monnaies d'or et d argent. Ils prétendent que ces restes ,
qui portent dans le pays le nom de Sérébrénoï- bougor
on colline d'argent , sont sur un sol qui formait autrefois
une île que l'abaissement des eaux de la mer a réunie au
continent depuis i8i4 (0*
A environ 1 5 milles allemands àu nord de ce cap , on
trouve le promontoire 7/ert (Zélénoï-bougor) ^ et près de là ,
une ancienne mosquée nommée mama-kjrz ou mamelons
de vierge. A l'est de ce cap , on voit dans l'intérieur des
terres les ruines d'une ville appelée Metedi-Mesterian,
Du mont Balkan , on se dirige vers Test pour aller à
Khiva. On traverse la chaîne de Saré-Baba ou du Grand-
Père jaune ^ qui s'étend du nord au sud. La route est tracée
au milieu d'un sol calcaire; on y est souvent enveloppé de
tourbillons de sable , et au mois de septembre on y éprouve
un froid très-vif. Sur le sommet de cette chaîne s'élève le
A^T, monticule où règne un vent violent et sur lequel on
voit un monument en l'honneur dii fondateur de la mbu
appelée Er-Saré-Babay et qui, après avoir habité long-temps
les environs de la baie du Balkan, s'est établie en Boukha-
rie. Ce monument consiste simplement en une perche à
laquelle sont suspendus des chiffons de différentes cou-
leurs et autour de laquelle sont entassés des bois de cerfs,
des pierres et des tessons de vases, offrandes que les Tur^
comans de toutes les tribus y déposent.
Vers l'extrémité orientale du territoire des Turcomans ,
Touer est un lieu où se trouvent plusieurs puits, près des-«
(0 Mouvaviev : Voyage en Turcomanie et à Khiva, p. 4»-
538 LIVRE CEKT TaENTE-TROISlÈME.
quels habite la tribu appelée Ata, qui diffère des autres
par rhabiilement, les mœurs et les traits du visage, et qui
paraît avoir une origine différente : elle ne se compose que
de looo kibiùL
« Au sud du lac Aral , nos regards fatigués de la monotonie
des déserts trouvent à se reposer à l'aspect d'un pays un peu
plus fertile, appelé Khosforesm par les Arabes, Karism ou
Kharizmie par les Tatares et les Russes , et Chorasmie par
les anciens. Il porte encore le nom de Khivie ou Khanat
Khwuy de celui de la ville principale. Les Turcs de Karism
possédaient dans le XIP siècle un puissant empire. Cet
Etat , après avoir été réduit à la province de Khiva , dont
un homme à cheval peut faire le tour en trois jours, est
devenu l'un des plus étendus de tout le Turkestan.
* Les géographes orientaux parlent de la Kharizmie
comme d'un pays froid , en comparaison de la Perse. Le
fleuve Djihoun se gèle tous les ans (i). »
D'après les relations russes les plus récentes, l'air de ce
pays est tempéré; les gelées ne durent que peu de jours,
mais le thermomètre y descend fréquemment à i6 ou i8
degrés au-dessous- du point de congélation, et le froid y
est très-sensible à cause des vents perçans et continuels
auxquels on est exposé. Il y tombe peu de neige ; mais le
verglas y cause souvent de grands dommages aux cara-
vanes, parce qu'il blesse le pied des chameaux, et que, ne
pouvant continuer leur route, ils périssent abandonnés
après quelques jours de souffrances. Les chaleurs de l'été
seraient insupportables, si l'atmosphère n'était rafraîchie
par des vents d'est et de sud -est qui soufflent avec force.
Les pluies y sont rares, même en s^utonme : pendant cette
saison, comme en hiver, régnent des vents presque conti-
(0 lin Haukal, ap. Aboulfeday Descript. Chorasm. , p. a3. Gcogr.
GraîC! minores, t. III.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 6^9
nuels qui apportent des steppes des nuages de sable fin
qui obscurcissent quelquefois 1 éclat du soleil. Ces sables,
arrêtés parle moindre obstacle, une pierre ou un buisson,
transforment en peu de temps une plaine unie en une
plaine ondulée, couverte de petits tertres qui lui donnent
de loin lapparence d une mer agitée. En général , le ciel y
est presque toujours serein (1).
« Les montagnes qui forment la chaîne de Chikh-djeri
renferment des mines d'or et d'argent, jadis exploitées^
mais dont il est aujourd'hui défendu de chercher les traces.
Les Khiviens s'occupent d'extraire seulement le soufre
et le plomb. On y trouve aussi ^ dit-on, dès émeraudes,
des sardoines et d'autres pierres fines. La plus grande par-
tie du pays est en plaines; le sol, généralement composé
d'une argile rougeâtre, se prête à toutes sortes de cultures;
mais les déserts de sable mouvant qui ceignent la fron*
tière en envahissent quelquefois des portions considé-
rables.
« Le grand fleuve Djihoun ou Amou-déria , qui traverse
cette contrée, a, selon les historiens d'Alexandre, 6 à 7
stades de largeur, même dans la partie supérieure de son
cours; il est trop profond pour qu'on puisse le passer à
gué (2). Les géographes arabes en font une peinture sem-
blable j ils parlent des inondations qu'il cause. Arrivé au
pied des monCs Waïslouka dans la Kharizmie, il est par-
tagé en beaucoup de canaux d'irrigation; il conserve deux
branches principales. Il n'y a que le petit bras du Djihoun
qui ait toujours de leau; l'autre, dans ses crues, se répand
sur une plaine marécageuse qui le borde ; et , comme tous
les fleuves mal encaissés, il reste quelquefois à sec en plu-
sieurs endroits de son cours. ^
(0 Ephémérides géographiques de M. Bertuch, v. XXV, p. 108.
Consultez surtout le Voyage de M. Mouraviev en Turcomanic et à Kliiva.
(=») Jnian, 111 , 29. Straù. , XI , Sog-SiS, éd. x\lm.
54o LIVRE CENT TRENTE-XaOISlÈMR.
D après les rapports faits par les Khiviens à M. Mou-
raviev, le Djihoun est très-profond et si large que, d'une
rive à lautre, deux hommes ne peuvent ni se reconnaître
ni s'entendre; il faut être au milieu pour que la voix
puisse arriver à lautre rive : ce qui supposerait une lar-
geur de 6 à 700 pieds. Les principaux canaux de dériva-
tion qui partent de ce fleuve ont jusqu a 3a pieds de lar-
geur. On y voit plusieurs digues construites aveu art, et
quelquefois même deux canaux se rencontrent au moyen
dun pont. La manière dont ces travaux sont exécutés a
lieu d'étonner, quand on songe que les Khiviens nont
aucune idée de nivellement. Les eaux de ces canaux sont
alimentées par une infinité d'autres petits canaux qui ar-
rosent le sol et le fertilisent ; quelquefois elles se rassem-
blent dans de grands étangs qui servent de' réservoirs
pendant les temps de sécheresse.
« Parmi les productions végétales on distingue le djwariy
espèce de froment, l'orge, Xholcus sorghum ou millet de Bou-
kharie^ le tchegoura^ espèce de riz, les pois, les fèves, lès
lentilles, le chanvre, le tabac, le coton, le cuscute de
Perse, plante qui donne de l*huile, toutes sortes de fruits
du goût le plus exquis ,' des mûriers et des vignes en abon-
dance, lie raisin y mûrit parfaitement, mais la religion
mahométane empêche quon en fasse du vin. Dans de
magnifiques prairies on voit errer nombre de bœufs, mais
les chevaux y trouvent peu de pâturages qui leur con-
viennent (0. La volaille domestique y est assez commune,
(Bt les espèces variées du gibier ailé, parmi lesquelles la
perdrix rouge, lalouette, le faisan, les canards et les van-
neaux sont les pliîs communes, fournissent une proie
abondante aux chasseurs. »
Les habitans, presque tous de race turque, sont princi-
(0 Bytschkow , Topographie d'Orcnbour^ r «ïans le Mag. hisl. et
géogr. de Busching y V, 470.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. ^{\i
paiement des Ouzbeks et des Turcomans* Les Boukhàres,
dit un savant auteur, sont les vrais indigènes du pays (i);
mais cette assertion est inexacte , en ce sens que les habitans
de la Boukharie se composent surtout d*Ouzbeks et de Ted-
jiks : il faut dire , au contraire , que les anciens habitans sont
des saiij. Lés peuples tatares donnent aux habitans khiviens
le nom A' Ourghenetch (2) , d'après celui d'Ourghendj, leur
ancienne capitale. Les Ouzbeks, qui sont ces mêmes Oui-
gours qui habitaient jadis au sud des monts Célestes dans le
Turkestan chinois, se partagent en Ouigour-Naïmariy
Kangli'Kiptchak^ KiaUKonrat ou Kiat-Konkrad^ et Nce-
kious'Mangoud» Les Kiat-Konrat se subdivisent en Imheiy
Balgali^ Atchataïli^ Kandjirgali y Kochtamgaliy Koegqese-
gU et Boegoedjeli (3). Tous ces Ouzbeks descendent de ceux
qui ont conquis le pays ; ils sont fiers de leur titre de con*
quérans et méprisent les Sarty, et ceux-ci justifient leurs
vainqueurs par leur éloignement pour le métier des armes«
Les Kara-Kalpaks se composent en partie de nomades qui
errent au-delà de TAmou-déria , et de familles sédentaires
qui cultivent les terres au sud du lac Aral. Ces derniers ont
reçu le nom dUArales. à'Araliens,
L'Etat de Khiva ou la Khivie compte, sur environ 19,000
lieues carrées, une population d'environ 900,000 âmes. Cha-
cune des quatre principales tribus d'Ouzbeks était gouvernée
autrefois par son ancien qui prenait le titre àHnakh, Mais
l'ancien de la tribu des Kiat-Konkrad possédait quelques
prérogatives particulières qu'il devait à l'importance et à l'an-
cienneté de sa tribu. Le souverain de la Boukharie avait
même une sorte de prépondérance sur ces tribus guerrières,
et le khan des Kirghiz limitrophes profitait des divisions
intestines pour envoyer de temps en temps à Khiva un chef
(0 Histoire générale des Tatares, p. 5i5. — (^) Bytschkow , L c. , 468.
(}) Klaproth : Notes au Voyage de M. Mouraviev en Turcomanie et h
Khiva.
5/^2 LIVRE CENT TBENtE-ÏROISIÈME.
qui exerçait 1 autorité suprême. Cette organisation cessa par
lambitieuse tentative d'Elthezer qui, après avoir pris le titre
de khan, sentant la nécessité de détruire la prépondérance
qu exerçait sur la Khivie le gouvernement boukhare , se noya
au passage de FAmou-déria dans une expédition qu'il diri-
geait contre Boukhara. Il n avait régné qu*une année. Son
frère , Koutli-Mourad , qui lui succéda, rétablit lancienne
organisation aristocratique ; mais bientôt deux de ses paren^
se disputèrent le pouvoir, et le plus heureux^ ou plutôt le
plus perfide et le plus cruel , Mohan^med-Rahim , après avoir
feint une réconciliation avec son adversaire, s*empara de
sa personne et de ses principaux partisans ainsi que de
.leurs femmes et de leurs enfans, les fit périr sous ses yeux,
et prit, en 1802, le titre de khan^ quil a conservé jusqua
ce jour, en établissant son pouvoir sans bornes sur des
assassinats et sur des atrocités révoltantes. I^orsquil fut
paisible possesseur de l'autorité suprême , il organisa son
royaume, institua un conseil supérieur, qui est en même
temps le seul tribunal civil et criminel du pays, établit
des impôts 'réguliers ^ détruisit le brigandage de ses sujets
et de ses voisins , en se le réservant pour lui seul , força
une partie des Rirghiz à lui payer un tribut, créa une
douane, fit le premier frapper monnaie, et fonda plusieurs
établissemens utiles.
Ce khan peut mettre sous les armes i5 à 20,000 hom-
mes, y compris les nomades qu'il prend à sa solde. Cette
armée ne se compose que de cavalerie ; un arc , une
lance , un sabre , voilà leurs principales armes ; rare-
ment on leur voit des mousquets , et ceux qu'ils ont se
tirent au moyen d'une mèche (i). Cependant l'armée' khi-
vienne comprend un corps d'artillerie composé d'une
dizaine de pièces dé différens calibres. On y voit encore
(0 Éphémérkies géographiques, p 110.
ASIE : Tatarie indép, ou Turkestan. 543
quelques cavaliers armés de cuirasses et de casques en
acier.
Les Khiviens vivent dans un état assez civilisé. Selon
Al-Bergendi, ils montrent plus desprit naturel que les
autres peuples du Turkestan; ils s*adonnent beaucoup à
la poésie , et naissent avec de gi*andes dispositions pour la
musique ; les enfans semblent pleurer et crier en cadence (i).
Les personnes aisées ont ordinairement à leur suite des
espèces de troubadours qui, par leurs chants improvisés
sur les héros de Tantiquité, ou par d*autres récits- accom-
pagnés du son d*une mauvaise guitare à deux cordes,
charment les loisirs de leurs maîtres. Ces bardes, vieillards
à barbe blanche, s'asseyent quelquefois devant leur porter
et, rappelant à leur mémoire le souvenir des siècles passés,
se livrent à leurs inspirations poétiques.
L'habillement des Khiviens consiste en trois ou. quatre
robes de soie ouatées, qu'ils mettent Tune par-dessus
l'autre , même dans la saison la plus chaude. En hiver,
leurs chemises et leurs caleçons sont également ouatés.
Ils portent de longues bottes jaunes, dont la semelle, avec
de hauts talons , se termine en pointe. Ils se rasent la tête
et se coiffent d'un grand bonnet noir en peaux d'agneaux,
sous lequel ils ont une calotte de la même couleur que
leur habit. Leurs femmes sont très-jolies, bien qu'elles
aient la physionomie un peu kalmouke. Leur teint basané
ne nuit pas à l'agrément de leur figure. Comme tous les
Orientaux , les Khiviens sont très-jaloux et tiennent leurs
femmes enfermées dans des harems. Ils sont fort malpro-
pres, et passionnés pour les épiceries, les aromates et les
sucreries. Leurs maisons n'ont ni plancher ni fenêtres;
on y fait le feu au milieu de la chambre, et la fumée
s'échappe par une ouverture pratiquée au plafond. Depuis
(0 D* Hevbelot , Bibliothèque orientale.
544 LIVRE CENT TEENTE-TROISIÈME»
le khan jusqu'au dernier de ses sujets, tous les Khiviem
ont lliabitude de s asseoir par terre. Leur vaisselle est en
terre, sans aucun ornement; mais ils prennent le thé dans
des tasses en porcelaine de la Chine ; leur batterie de cui-
sine est en fonte. L'ameublement des gens riches ne diffère
pas de celui des pauvres, si ce n'est que leurs tapis sont
plus beaux. Chez la plupart, la famille du maître et tous
ses gens logent dans une seule ou tout au plus dans deux
chambres fort sales et sans vestibule. Comme ils aiment
beaucoup les chevaux, l'écurie est souvent tenue plus
proprement que la maison (i).
La langue khivienne , dit M. Mouraviev, est un dialecte
turc, nommé Djagataïy qui ressemble plus à celui qu'on
parle à Kazan qu'à celui qui est usité parmi le bas peuple
des provinces septentrionales de la Perse. Les Ouzbeks
parlent vite et changent souvent d'intonation , ce qui fait
que , pour ceux qui ne comprennent pas leur langue , ils
paraissent se disputer et s'injurier. L'instruction des Khi-
viens est très-bornée, il en est peu qui sachent lire et
écrire. Les plus instruits sont versés dans les langues arabe
et persane, connaissent l'astrologie et possèdent des no-
tions de médecine.
« Ces peuples cultivent avec soin leurs terres \ ils élèvent
des vers à soie et fabriquent des étoffes de soie, de coton ,
et de soie et coton mêlés ensemble. Ils excellent surtout
dans la fabrication de différentes espèces de ceintures en
soie. Ce sont les femmes qui travaillent ces étoffes dans
leurs maisons, il n'y a point de fabriques à la manière
européenne. Les caravanes de Khiva portent^î^renbourg
du blé , du coton écru , des étoffes de soie et coton , des
robes de chambre brodées en fil dor^ toutes faites, et
appelées khalatesy des peaux d'agneaux, et quelquefois des
(0 Mourai^ieu : Voyage en Turcomanie et à Khiva.
ASIE : Tatarie indép, ou Turkestan. 545
monnaies persanes et indiennes (i). Us achètent en Boii-
kharie des toiles imprimées , du coton filé , des étoffes de
soie , des peaux d'agneaux morts-nés , des draps , du tabac ,
et une grande quantité de thé de la Chine , dont ils font
une consommation extraordinaire, préférant endurer la
faim que de se passer de cette boisson. Us se procurent
en Russie des produits des fabriques européennes, chez
les Turcomans, des chevaux, des bœufs et des moutons.
Khiva est encore le grand marché d!esclaçes de tout le
Turkestan. Le commerce extérieur de cet État est évalué
à 3oo,ooo roubles d*argent, ou à environ i,4oo,ooo
francs.
K La ville de Khwa est située sur un canal tiré du Dji-
houn. Entourée dun fossé, d'un mur en îirglle et d'un
rempart, elle a trois portes, un château, trente mosquées,
une école supérieure ( médresséh ) et 3ooo maisons bâties
en claies revêtues de terre glaise, à la manière du pays;
on y compte 10,000 habitans. Les environs sont remplis
de vergers , de vignobles , de champs de blé et de villages
populeux (2). Tout le canton de Khiva renferme une po-
pulation de 60,000 âmes. »
A une lieue de cette capitale, la vue plonge, dit M. Mou-
raviev, sur un grand nombre de jardins, coupés de ruelles
et parsemés de fortins où demeurent les habitans qui ont
de l'aisance. La ville charme, par son aspect, l'œil du
voyageur, quand, au-dessus du grand mur qui l'environne,
il voit s'élever majestueusement les vastes coupoles des
mosquées, surmontées de boules dorées et peintes d'une
couleur d'azur qui tranche agréablement avec la verdure
des jardins; ils sont tellement multipliés, que l'œil ne sau-
rait embrasser, dans toute son étendue, l'enceinte de la
(0 Géorgie Dcscript. de la Russie , III, 517. Mourauiei* : Voyage en
Turcomanic et à Khiva. — (0 Epliémérides gcogr. , XXV, 110.
Vin. 35
546 LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
ville. Auprès de ces lia1)itations , destinées au plaisir de
la promenade, s élèvent d anciens tombeaux. La grande
mosquée est vaste et belle, et sa coupole est peinte en bleu
turquoise (').
Ourghendj la Nouvelle, à ii lieues au nord de Khiva,
sur le même canal, renferme 20 mosquées, 3 grandes et
17 petites, 5ooo maisons, i5,ooo habitons; il y en a
55,000 dans tout le canton. Cette ville est le point central
du commerce des Rhiviens; elle offre un aspect extrême-
ment animé. « Ses nombreuses boutiques, remplies de
« marchandises de prix, venues de toutes les parties de
« l'Orient, éblouissent la vue par leur éclat. Il règne dans
« ses rues un bruit continuel , occasioné par l'affluence
« des marchands et les cris des chameaux qui plient sous
« les pesans fardeaux dont ils sont chargés W. >» Our-
ghendj la Vieille, à /{O lieues au nord-ouest de Rhiva,
près de l'ancien lit de l'Amou-déria, n'offre plus que des
ruines , parmi lesquelles on voit les restes d'un palais des
khans. On découvre fréquemment dans ces ruines, dit
M. Mouraviev, des sacs contenant d'anciennes monnaies
d or et d'argent , dont quelques unes passent pour remon-
ter au temps des sultans de Rharism. Cet argent ne rentre
pas dans la circulation; chacun est obligé, sous peine
d'un châtiment exemplaire, de l'apporter au khan, qui
l'envoie aussitôt à la monnaie.
« Chabat ou Chevot et Kiat ou Kati sont deux petites
villes; l'une a 2000 habitans, l'autre i5oo. Anbar ou
Anbaiyy ville forte, avec une belle mosquée, ne compte
que 1000 individus, mais son canton en renferme 4i}OOo.
Le canton de Chanka compte 27,000 Ames, dont 2000 dans
la ville. AzariSy probablement le Hasaranp d'Ibn Haukal,
a i5oo habitans, t^t avec le canton ii,5oo. Hurlian ou
(0 •\1oiiyavi€\> : Voyage on 'rurcoiiianio et à Kliiva. — C'^) Idem , ibicl.
I
ASIE : Tatarie ùidêp. oa Twrktmtan. 547
Givrlicai^ autrement (Irluirriien , très petit emlroit aiir la
river gauehe du Djihoun , passe pour une irbrterease ; .son
(tonton, extrêmement peuplé pour le Turkestim , ren&rme-
EÔ^onu hubitans. Cette population, concentrée dans an es-
pacfrde 10 à !}o lieues de long et de Uu:<re, offrirait les êlë-
men& d'un État puissant , ^ une colonie européenne pouvait
parvenir a s établir au milieu de peuples aussi fortement
attzichéfr au mahométisme.
«Ees OuzùeAsj appelés Jtm/iujis^ parce cpiUs occupent
lës^ plaines voisines du lue Aral , prennent , iiinsi ([ue mius
Tavon&dii., le nom de Kuit-Konrat^ d'après leur principale
ville Konrat^ rpii a «*st , a proprement parier, que leur camp
«ITiirer : ce camp, qui renferme on grand nombre de
niOÂ({iiees. a ") lieues de circoniierence j il est défendu par
»n rpmpai'T: «n terre, liant <i.e i.") pieds; les poites 'Hint
fermées. •îîi fîas de besoin, par des »:hevaux de frise. Ce que
Buonrat ^*st t^n ^rand, Maninmt^ qiu passe pour <:ont«^nir
8uoo liahJtans, <ft [{.tsdklwzia le sont àur une moindre
échelle. Les Ai'aliens, gouvernés pju' deux hegs éiectits^
dcijvent i l'Etat de Kliiva un tiibut tmuuel 'ie iooo du-
'.^ts; mais ils ne ie paient îjue lorstpi lis ne .i<»nt piis- eu
yjuerre av«c les Kliiviens , ce qui aiTÎve fretpiemment. A.vec
les Ktir'ikalmihs et des T'ur^dwans ■pu ^ivont parmi eux-
ils peîivent tonner «lUi? masse de loo.anii âmes. Ces peu-
ples, demi-uomatitîs- iuppieent, par la p«*-.!ne et ia «îiiasse,
aux nroduits «considéra h les de !«ïirs ci^oupeaux.
« Les pins -If! les provîncoa île ia Tatarie aous attendent.
On les comprenil communément sims ie nom de G/nniie--
Btmkhana et s<iiis oeiid de Khanut /e Bimkliurn ou Bv-
khdin: mais les limites de ce navs. au nord et a. Touesi.
varient .ive<î la puissance des Ouzdieks qui y 'tiijnenr. t^i
d'aillesu's comment, entomxi de deseits et en l'eufennani
uièfiiepiusie!ii*s. re pavs pouiTait-d avoir des •"ivnUiei'eh bien
548 LIVRE CEINT TRENTE-TROISIEME.
déterminées ? C'est la partie de la Grand e-Boiikharie située
au nord du Djihoun ou de \ OxuSy qui porta jadis le nom
célèbre de Transoxiane ou de Sogdiane^ et plus tard chez
les Orientaux celui de Mavaralnahar ou Mavarennahar,
c'est-à-dire pays au-delà du fleuve , noms qu'on a étendus
à tout le Turkestan. »
Le colonel G. de Meyendorff trace les limites de la Bou-
kharie en tirant une ligne passant au nord d'Ankoï et de
Baikh et enclavant Aghtchou et Mervi-chah-Djehan : c'est
la frontière méridionale; de cette dernière ville, elle va
traverser l'Amoù-déria en se prolongeant jusqu'aux puits
de Kara-aghatch : c'est la limite occidentale; à l'est
d'Aghtchou , une autre ligne se dirige vers Deïnaou et suit
les contours du bassin de l'Amou-déria jusque vers Oura-
tepeh qu'elle enclave : c'est la frontière orientale; enfin,
de cette ville au puits de Kara-aghatch, une ligne droite
forme la frontière septentrionale. Du reste , les voyageurs
modernes estiment sa superficie à 10,000 lieues géogra-
phiques carrées (i).
« La partie orientale de la Boukharie est montagneuse;
« les hauteurs se terminent au nord de Boukhara, à l'ouest
« de Samarcande près de Kachi , au sud vers l'Amou-déria.
« Toute la partie occidentale du pays est une plaine qui
« s'étend à perte de vue, et sur laquelle s'élèvent de pe-
«c tites collines isolées , ayant i à 3 toises de hauteur sur
« 3, 4 ^t jusqu'à 100 toises de longueur et de largeur;
«elles sont de nature argileuse, de même que le terrain
«des déserts, notamment de ceux que l'Amou traverse;
o cette argile est couverte de sables mouvans qui forment
« aussi des collines dont la forme est différente de celle
« des précédentes, et qui sont encore plus basses; c'est ce
« que Ton observe dans le Kizil-coum. »
CO G. de Meyendorff :\oyv(Ç^c d'Orenboïirg à Roukliara.
ASiB : Tatarie indèp. ou Turkestan. 049
Le Nouratagh est la montagne la plus élevée du côté
septentrional de Boukhara et la seule qui soit visible, de
cette ville. Cette montagne et celles auxquelles elle se
rattache renferment du cuivre, de l'argent, de l'or, des
turquoises et d autres pierres précieuses, et sont compo-
sées de gneiss et de marbre blanc.
Après TAmou-déria, les principaux cours d'eaux qui
arrosent la Boukharie sont au nombre de deux : le Zer^
afchan ou le Kouvan^ appelé aussi le Sogd^ le Kohek et le
Kouan-déria ^ large de 54 pieds, profond de 3 à 4? long
de plus de 100 lieues, se partage en deux bras, dont le
plus septentrional va se perdre dans les sables, et dont
l'autre va former, au sud-ouest de Boukhara, le lac Kara-
coul , qui a 1 2 ou 1 5 lieues de tour ; la Karcha ou le Karchiy
long de 5o lieues , se perd aussi dans les sables aux envi-
rons de la ville du même nom.
Le climat de la Boukharie , du moins celui des plaines ,
la seule partie de ce pays sur laquelle on possède quelques
renseignemens , est agréable et sain. Les saisons y sont
régulières : vers le i5 février, les arbres fruitiers commen-
cent à fleurir et à bourgeonner; des pluies presque con-
tinuelles accélèrent la végétation et durent jusque dans
les premiers jours de mars; bientôt commence l'été, ca-
ractérisé par des chaleurs d'autant plus accablantes que
l'atmosphère est rarement rafraîchie par des orages. Cette
saison se prolonge jusqu'en octobre, époque à laquelle
arrive la saison pluvieuse de l'automne qui dure à peu
près trois semaines. En novembre et en décembre, de
petites gelées et quelquefois de la neige annoncent l'hiver :
cependant le 20 décembre on trouve quelquefois encore
des melons dans les champs. C'est au mois de janvier que
le froid est le plus rigoureux : il est alors de i à 2 degrés ,
et rarement de 6 à 8; la neige ne reste jamais plus de i5
jours sur la terre. En hiver, mais surtout en été, régnent
55o LIVRE CENT TRENTE -TROISIEME.
des vents violens qui transportent au loin les sables du
désert et qui donnent à l'atmosphère une teinte grisâtre.
Les maladies les plus fréquentes en Boukharie sont les
rhumatismes, généralement dus à Thumidité des habita*
lions ; la cécité causée peut-être par les nuages de pous»
sière soulevés par les vents, et une autre , plus cruelle en-
core, contre laquelle il ny a pas de remède, et que les
habitans nomment richta : le corps se couvre de pustules
qui occasionent des plaies très-douloureuses; des vers,
longs d'une aune et de la classe des annélides, sortent de
ces pustules , particulièrement aux jambes. Cette maladie
paraît être due aux eaux stagnantes que boivent les habi-
tans et qui donnent naissance à des vers que Ton avale sans
s'en apercevoir (i).
Les plantes que Ton cultive en Boukharie paraissent y
être indigènes, cependant les fruits d'Europe y mûrissent
parfaitement. On y mange toute l'année d'excellens melons
d'eau , et la vigne y produit des raisins délicieux. Le tabac
est une des plantes les mieux cultivées; la rhubarbe y
vient naturellement; le cotonnier y donne trois récoltes
par an ; enfin la grande quantité de mûriers , le soin que
l'on prend de leur culture, attestent celui que l'on donne
au ver à soie et l'importance de ses produits. C'est avec
l'écorce du mûrier que l'on fabrique à Boukhaia un papier
célèbre dans tout l'Orient.
Les tarentules, les scorpions, les lézards et plusieurs
espèces de souris abondent dans les steppes, et des nuées
de sauterelles dévastent souvent les champs. Les bœufs et
les vaches y sont rares, mais les ânes, les mulets et les
moutons sont nombreux; ceux-ci sont de deux espèces,
l'une à queue épaisse, et l'autre à laine frisée. Quant aux
chevaux, ils sont d'une race grande, forte et belle.
(0 G. de Meycndorff : Voyage d'Orcnboiirg à BoulLhara.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan, 55 1
« Les oasis de la Boukharie , dit le baron de Meyendorff ,
«c offrent Taspect le plus agréable et le plus riant; on ne
« peut voir un pays mieux cultivé que ces plaines couvertes
« de maisons , de jardins et de champs partagés en petits
« carrés nommés tanaby dont les côtés, garnis de gazon,
H sont élevés d'un pied , afin de retenir leau qu'on y amène
« pour les îirroser. Des milliers de canaux d'irrigation
« entrecoupent la plaine , et , ainsi que les chemins qui
« sont fort étroits , ils sont ordinairement bordés d'arbres.
« Les eaux de ces canaux n'ayant pas toutes le même ni-
« veau, produisent à leur jonction de petites cascades, dont
« le murmure flatte agréablement l'oreille. La grande quan-
« tité d'arbres plantés de tous les côtés forme des rideaux
« qui empêchent la vue de s'étendre au loin , et qui ce-
« pendant plaisent à l'œil , parce qu'ils prouvent que les
« habitans du pays se sont occupés des moyens de le rendre
« fécond. >»
Une population nombreuse qui indique l'aisance des.
classes laborieuses, des villages d'une centaine de maisons,
les uns à demi-cachés par des groupes d'arbres fruitiers,
d'autres entourés de murailles crénelées et flanquées de
tourelles, tous situés sur le bord d'un canal, et ayant dans
leur centre un puits ou un réservoir dans lequel l'eau se
renouvelle au moyen d'un fossé : tel est l'aspect qu'offre
la campagne. Les villes sont bâties sur des rivières, et
doivent à cette position l'agrément d'être environnées de
champs cultivés.
« La province la plus célèbre et la plus fertile de toutes
est celle de Sogd^ ainsi nommée de la rivière qui la tra-
verse. «Pendant huit jours, dit Ibn Haukal, on peut
« voyager dans le pays de Sogd sans sortir d'un jardin
> délicieux. De tous côtés des villages, des champs riches
^ de moissons, des vergers féconds, des maisons de cam-
« pagne , des jardins , dos prairies , des ruisseaux qui les
552 LIVRE CENT TRENTE-TROISIEME.
« coupent , des réservoirs et des canaux retracent le ta7
« bleau de l'industrie et du bonheur. >•
« La riche vallée de Sogd^ à laquelle les Arabes don-
naient 4o parasanges de longueur et 20 de largeur (i),
produisait une si grande abondance de raisins exquis , de
melons, de poires et de pommes, qu'on en faisait passer
«en Perse, et jusque dans l'Hindoustan. »
C'est dans cette fertile vallée que se trouve Samarkand,
dont le nom se prononce et s'écrit aussi Samarcande.
Cette ville s élève sur la rive gauche du Sogd; elle est
renfermée dans une double enceinte ; la première est for-
mée par une muraille de 12 lieues de circonférence, per-
cée de 1 2 portes en fer, avec des galeries et des tours pour
la défendre 5 après l'avoir franchie , on traverse des champs^
des jardins et des faubourgs; la seconde est en terre et percée
de quatre portes : c'est lorsqu^on l'a traversée que l'on est
dans la ville. On y trouve la citadelle qui renferme le
palais y 25o mosquées, la plupart en marbre blanc; ^o
médresséhs où des professeurs ecclésiastiques font des cours
de langue arabe et de législation musulmane; un grand
nombre de fontaines publiques, plusieurs bazars et trois
grands caravansérails. Les façades de tous les grands édifices
sont couvertes de tuiles vernissées. Le plus beau de ses mo-
numens est celui qui a été érigé à Timour ou Tamer-
lan : les cendres de ce prince sont dans un tombeau en
jaspe placé sous une immense coupole qui renferme aussi
les restes de quelques autres personnages célèbres. Sous
Taraerlan, qui se plut à lembellir, cette ville devint la
capitale d'un des plus vastes empires du monde : alors
les arts, les sciences, les lettres et le commerce la ren-
daient florissante; alors les fêtes animaient le palais im-
périal, la ville et les belles campagnes d'alentour; alors
(') La parasangc, mesure usitée en Perse, égale 5564 lt!lonièlre&.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 553
i5o,ooo habitans animaient ses rues et ses places publi-
ques; aujourd'hui sa population ne s élève qu*au tiers de
ce nombre. La plupart de ses maisons sont construites
en glaise durcie, et quelques unes en pierres que four-
nissent des carrières voisines (i). L'excellence de son pa-
pier de soie la rend depuis long-temps recommandable
dans toutes les contrées d'Orient; et Ion prétend que
c'est d'elle que nous tenons cette invention. Ibn Haukal
rapporte que cette industrie fut connue vers Tan 65o.
Tous les ans, à son avènement au trône, le khan de Bou-
kharie doit aller à Samarcande et s'y asseoir sur le kouk-
tachy bloc de marbre bleuâtre qui se trouve dans le mé-
dresséh de Mirza Oloug-beg. C'est une pierre carrée d'envi-
ron 9 pieds de longueur sur 2 d'épaisseur, recouverte d'un
feutre blanc. «On soulève trois fois le khan sur ce feutre,
« dont les coins sont soutenus par des ouléma, \esfoukera
« (les pauvres), \es fouzéla (les docteurs) et les seïd. On
« a , dit-on , l'intention de faire un trône de cette pierre ,
«< qui est tirée du mont Ghazgham (2),,
Samarcande a été la capitale de la Boukharie ; mais au-
jourd'hui la ville qui porte ce titre est Bokhara ou Bou-
khara, située aussi dans une plaine fertile traversée par
un grand canal dérivé du Zer-afchan.
«Je me suis trouvé, dit le géographe Ibn Haukal, au
Kokendizy l'ancien château de Bokhara; j'ai porté mes
regards tout à l'entour : je ne vis jamais une verdure plus
fraîche et plus abondante; jamais la nappe n'en fut plus
étendue. Ce vert tapis allait à l'horizon se mêler à l'azur
des cieux; les champs prêtaient aux villes leur simple
parure; une foule de maisons de plaisance décoraient la
(0 Bentinck, préface à la trad. de l'Histoire des Talares, par Aboul-
Ghazi. — (^) G. de Meyendorff : Voyage d'Orenbourg à Boulthara , p. i6o.
— Consullcz aussi l'ouvrage de M. J. Senkowsky pour l'histoire de la
Boukharie.
554 LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
simplicité des champs. Aussi je ne m'étonne pas que, de
tous les habitans du Khorassan et du Mavarelnahar, ce
soient ceux de Bokhara qui atteignent à un âge plus
avancé (i). »
« Lorsqu en 1741 les agens commerciaux anglais visi-
tèrent cette cité, qui s élève sur le penchant d'un coteau
en forme d'amphithéâtre, ils la trouvèrent grande, popu-
leuse, et gouvernée par un khan. Les habitans fabriquaient
du savon et des toiles de coton ; ils recueillaient du riz et
élevaient du bétail. Ils recevaient desKalmouks de la rhu-
barbe et du musc, du lapis -lazuli et quelques autres
pierres précieuses de Badakhchan. Ils avaient des monnaies
d'or et de cuivre. Le peuple était civilisé, mais perfide. Le
sol , dit le géographe turc , est si fertile , qu'un champ d'un
ou tout au plus deux dumen ou arpens suffit pour nourrir
une famille (2). »
. Boukhara se distingue par ses mosquées dont on porte
le nombre à 36o , par ses coupoles élégantes , par ses légers
minarets , par ses médresséhs , ses palais et les murs crénelés
qui l'entourent. Un lac, situé près de son enceinte, envi-
ronné de jolies maisons de campagne à toits plats et en-
tourées de murailles à créneaux; enfin des jardins et des
bouquets d'arbres contribuent à rendre sa position fort
agréable. Mais l'intérieur ne répond pas. à l'apparence
qu'elle présente de loin. Les plus belles rues n'ont pas plus
de 6 pieds de largeur, les autres en ont à peine 3 ou 4» Les
maisons , disposées sans alignement , sont en terre de cou-
leur grisârtre mêlée à de la paille, et n'offrent, du côté des
rues, que des murailles uniformes sans fenêtres. Le mur
qui entoure la ville a 24 pieds de hauteur et la même
épaisseur à sa base; il forme des angles saillans qui res-
(0 Géographie oriciilaio, trad. par Ouseley , p. 3oo. — (^) lladgi-
Khalfahy p. 844- Vf Hcrbelot , Biblictli. orient.
ASIE : Tatarie indép, ou Turkestan, 555
semblent à des bastions , et de distance en distance il est
flanqué de tours rondes. On y entre par 1 1 portes con-
struites en briques; sa circonférence est de 3 à 4 lieues;
le nombre de ses maisons est de 8ooo, et celui de ses
habitans d environ 70,000, composés de 5o,ooo Tadjiksy,
de 3ooo Tatares, de 2000 Afghans, de 7000 Juifs ^ de
8000 Ouzbeks , et de quelques centaines de Kalmouks et
d'Hindous. Presque au centre de Boukhara s'élève la Nou-
michkend^ colline naturelle, rehaussée à bras d'hommes,
haute de 200 à 240 pieds, et sur laquelle se trouve le palais
du khan , l'un des plus anciens édifices de la ville : il date
de plus de 10 siècles. Les Boukhares le nomment Arck;
il consiste en une enceinte de murailles qui couronne la
colline, et qui renferme une mosquée, les habitations du
khan et de sa cour, le harem et les jardins. On arrive à
cette enceinte par une grande porte en ogive, flanquée
de deux tours, d'où l'on entre dans un corridor voûté qui
conduit au haut du monticule.
La plus belle mosquée est sur la grande place de
Sedjistany devant le palais; le plus beau minaret est le
Mirgharaby qui a 72 pieds de circonférence et 180 de
hauteur. Boukhara possède 60 médresséhs ou écoles, i4
caravansérails, renfermant des boutiques, malgré le grand
nombre de celles qui se voient dans différens quartiers de
la ville; i4 bains publics et 68 puits d'environ 120 pieds
de circonférence et peu profonds, dans lesquels on des-
cend par une douzaine de marches en pierre de taille (0-
Cette ville fut florissante depuis l'année 896 jusqu'en
998 , sous la dynastie des Samanides qui y faisaient leur
résidence. Enrichie par son commerce, elle fut pillée et
brûlée par les hordes de Djeiighiz-Khan qui ne la fit re-
bâtir que vers la (in de sa vio. Sous Timour, elle refleurit
(0 G. de Meyendoi^ : Voyage d'Orcnbourg à Boukhara.
556 LIVRE CENT TRENTE-TROISIEME.
de nouveau et redevint une ville lettrée qui justifiait son
iincien nom dont la signification est trésor (Tétude ou lieu
■de réunion des sciences (i). Ce n*est gue depuis la domina-
tion des Ouzbeks, que l'amour des arts et des lettres s'y
est éteint. Cependant le nombre des écoliers et des étu-
dians y est encore d environ 10,000. Quelques uns de ceux-
ci pâlissent pendant 10 , 20 et même 3a années sur les
nombreux commentaires du Coran, et sur quelques tra-
<luctions plus ou moins fidèles de certains écrits d*Aristote :
après cela , ils passent pour des philosophes consommés.
La science de la médecine est en vénération chez
les Boukhares; mais elle y est mêlée de secrets et de re-
cettes empiriques, et ne fait point de progrès, par une
conséquence de la persuasion où ils sont que tout ce qui
se trouve dans les anciens ouvrages de médecine ne sau-
rait être contredit. Un bon médecin doit, en tâtant le
pouls du malade, être au fait de la maladie, sans faire au-
cune question. L'astronomie n est que de l'astrologie : en-
core n'est-elle fondée que sur le mouvement du soleil au-
tour de la terre, et sur la connaissance de ciiiq planètes.
L'astrologue de la cour doit prédire les éclipses deux jours
d'avance. La géographie est tellement dans l'enfance que,
bien que les Russes aient porté des cartes géographiques à
Boukhara , aucun savant n'a pu les comprendre. L'étude
de l'histoire n'est guère plus avancée : les austères mollahs
la regardent comme une occupation profane. Cependant il
suffirait d'une meillieure direction donnée aux études pour
répandre les lumières et la civilisation dans la Boukharie^
(0 Le colonel de Meyendoiff A\t qu'il a trouvé dans un livre oriental ,
qu'en mongol bouh signifie étude , et ara , trésor. M. À, Jaubert cite à
oe sujet un passage du géographe Hadgi-Klialfah , dont voici la traduc-
lion : « L'auteur du livre intitulô Ilabib-id-seir ( l'Ami du Voyage)
rapporte que le nom de celte ville est dérivé du mot bouMutr, qui dans
la langue des infidèles signifie lieu de rèiuiion des sciences. »
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 55 j
et de là, dans tout le Turkestan; car Tamoiir de l étude est
répandu à Boukhara et Ton y respecte le savoir.
Les autres villes de la Boukharie méritent à peine d être
mentionnées après Samarcande et la capitale. Cependant il
en est quelques unes assez populeuses pour mériter de n'être
pas passées sous silence. Karakoul y à i5 lieues au sud-ouest
de Boukhara, prend le troisième rang immédiatement après
les deux précédentes; elle a au moins 3o,ooo âmes. Nakh-
cheb ou Karchiy près de la rivière de ce nom , à 25 lieues,
au sud-est de la capitale , renferme , dit-on , 25 à 3o,ooa.
habitans , et une garnison de 2 à 3ooo hommes. C est len-
trepôt des peaux de fouines, de renards et d'agneaux^
morts-nés qui viennent du midi de la Boukharie. A Test
de cette ville, Tcharaghtchi et Ghoussar sont des cités,
considérables : la place de gouverneur de la seconde est
une des plus importantes de la Boukharie. Ourdenzéi est
une petite forteresse, si Fon peut donner ce litre à une
ville entourée d un mur en terre de 24 pieds de hauteur.
Tchardjouï ou TchardjoUy sur la rive gauche de TAmou-
déria, se compose d un millier de maisons, et contient une
assez forte garnison , qui la tient à labri des attaques des
Kirghiz. Maçri ou plutôt Marv-chahkljan ou Man^i-chah'
(I Jehan y près de la frontière de la Perse dont elle dépendait
autrefois, n'a que 3ooo habitans. Elle fut jadis importante;
fondée par Alexandre-le-Grand , les anciens lui donnaient
le nom èiAntiochia Margiana ; elle fut long- temps une des
quatre grandes cités du Khorassan. Termez ou Termouz^
sur l'Amou, est une ville aujourd'hui ruinée, de même
qu'un grand nombre d'autres que nous nous dispense-
rons de nommer, et qui attestent que le Mai^ar-elnahar était
autrefois plus florissant que la Boukharie d'aujourd'hui, A
25 lieues au nord- ouest de Samarcande, Osrouchnah, ville
peu considérable , avait jadis 70,000 habitans.
« Le père de la géographie arabe, Ibn-Haukal, nous a
558 LIVRE CENT TRENTE-TROISIEME.
donné une vive peinture des mœurs du peuple boukhare
de son temps.
« Telle est la générosité et la libéralité des habitans, qu'il
« n'en est pas un qui se refuse aux devoirs de Ihospjtalité.
« Un étranger arrive-t-il parmi eux , chacun s'empresse
k autour de lui, chacun veut l'avoir, on se le dispute, et
« Ion porte envie à celui qui obtient cet honneur. Chacun,
« ne possédât-il que son nécessaire, porte à la cabane où
« l'étranger est reçu une partie des fruits de sa récolte.
« C'est ainsi que leur cœur sait trouver des richesses au
* sein de la pauvreté. Etant dans le pays de Sogd, je vis
« un grand édifice , semblable à un palais , dont les portes ,
« entièrement ouvertes, étaient fortement attachées aux
<i murs avec de gros clous. J'en demandai la raison : il y a
« plus de cent ans, me répondit- on, que cette maison n'a
«été fermée ni nuit ni jour; -les étrangers, en quelque
« nombre qu'ils soient, peuvent s'y présenter à toute
«heure; le maître a abondamment pourvu d'avance à la
« réception des hommes et de leurs animaux ; enfin , il
« n'est jamais plus content que lorsque ses hôtes s'arrê-
« tent quelque temps. Je ne vis jamais rien de semblable
« dans aucun autre pays. Partout ailleurs les riches et les
« puissans prodiguent leurs trésors aux caprices du luxe
« ou à des fatoris dont tout le mérite est d'être aussi
« corrompus qu'eux. Les habitans du Mavarelnahar font un
« usage plus raisonnable de leurs économies; ils construi-
<i sent des caravansérails, des ponts et d'autres ouvrages
« utiles. Dans le Mavarelnahar, vous n'arrivez pas dans unc'
« ville quelque triste que soit sa situation, dans un désert
« même, sans y trouver le secours d'une auberge, d'une
« hôtellerie pourvue de toutes les choses nécessaires à
« un voyageur. La gloire du Mavarelnahar ne peut être
« effacée par celle d'aucune autre région; il a produit de
« grands monarques et d'habiles capitaines. Aucun peuple
ASIE : Tatarie indèp, ou Turkestan. SSg
« musulman ne lemporte sur ce peuple du côté du cou-
« rage. Leur nombre et leur discipline leur donnent la-
« vantage sur les autres nations qui , par ki défaite d une
« armée , sont réduites à Timpossibilité d en avoir de long-
« temps une autre pour se défendre ; mais dans le Mava-
« relnahar, si cet accident arrive , une tribu est toujours
« prompte à réparer les pertes d'une autre. »>
La civilisation introduite par le mahométisme chez ces
peuples sest éclipsée avec leur gloire et leur puissance.
Cependant on reconnaît encore à quelques usages les tra-
ces de celle qui fut introduite par Tamerlan.
Dans la haute société, on se fait des visites de cérémo-
nie ; celui qui les rend ne se retire qu'après en avoir de-
mandé la permission à son hôte qui offre à l'étranger du
thé, des fruits et des sucreries. Si celui-ci ne les accepte
pas, le comble de la politesse est de les faire porter chez
lui. il Le khan lui-même, dit G. de Meyendorff , fait aussi
« des présens en sucre ; souvent il y ajoute un habillement
« complet , sorte de cadeau connu à Boukhara sous le nom
« de Sarpaï. Avant d'entrer chez un Boukhare marié , on
« attend ordinairement pendant quelques minutes à la
« porte, pour donner aux femmes le temps de se retirer.
« Pour saluer, les Boukhares s'inclinent un peu , mettent
« la main droite sur le cœur et prononcent le mot khoch,
« Cette politesse est souvent exagérée de la manière la plus
« ridicule, surtout par les esclaves : ils font le geste qui
« accompagne le salut, en tournant plusieurs fois la tête,
« la penchant vers l'épaule gauche, soulevant les coudes,
« tenant les deux mains sur le cœur, souriant d'une ma-
« nière presque niaise , et prononçant «ivec empliase le mot
« khoch ^ comme s'ils se pâmaient de plaisir (i). » En géné-
ral, les habitans de Boukhara sont extrêmement cérémo-
(0 G. de Meyendoiff : Voyage d'Orenbourg à Boiikliara, p. a8(|.
56o LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
nieux ; niais les Ouzbeks sont polis, tandis que les Tadjiks
sont obséquieux et rampans.
Les Boukhares se nourrissent d'une manière fort simple:
après la prière du matin, ils prennent une sorte de potage
faite avec du thé, du lait et du sel; vers 4 ou 5 heures , on
sert le dîner, qui consiste ordinairement en pilau composé
de riz, de carottes ou de navets et de viande de mouton.
Immédiatement après ce repas , ils prennent du thé pré-
paré comme en Europe. Ils ne font pas usage du café, et
ne se servent ni de cuillères ni de fourchettes. Les agré-
mens de la société et les jouissances domestiques sont
très-peu connus en Boukharie : la bigoterie proscrit les
jeux et Jes plaisirs. L'esprit de la nation est mercantile, et
le despotisme du gouvernement fait que chacun évite de
passer pour riche en se gardant bien de meubler àa maison
avec luxe.
Les personnes opulentes ont ordinairement une quaran-
taine d'esclaves et un grand nombre de chevaux , car tout le
monde va à cheval , et la civilisation boukhare ne s'étend
pas jusqu'à l'usage des voitures , à l'exception de grandes
charrettes destinées aux longues courses. Le prix d'un
homme robuste est d'environ 4o à 5o tellas ( 64o à 800
francs ) ; s'il est artisan , par exemple menuisier, maréchal
ou cordonnier, on le paie jusqu'à 100 tellas (1600 francs).
Les femmes sont en général moins chères que les hommes;
mais si elles sont jolies, elles coûtent 100 à i5o tellas
(1600 à 2400 francs). En général, les esclaves sont fort mal
traités.
L'habillement du peuple se compose d'une ou deux
robes longues en cotonnade bleue et rayée, dont lune,
plus courte et plus étroite que l'autre , tient souvent lieu
de cl\/emise; leur tête est couverte d'un turban blanc en
toile de coton; sous leur robe descend un large pantalon
blanc qui est toujours accompagné d'un caleçon court. Les
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan, 56 1
personnes aisées se servent d*un khalaat^ large et longue
houppelande, ordinairement en soie, attachée sur les reins
par une belle ceinture , et se coiffent d'une calotte en soie
brodée ou d un turban de mousseline. Les fonctionnaires
publics riches sont vêtus de cachemires et de drap d*or.
Les femmes ont la tête couverte d*un turban , et mettent
un large pantalon avec une robe courte à manches lon-
gues et étroites. Dans les rues elles s enveloppent d une
longue mantille dont les manches se joignent par-derrière , et
elles cachent leur visage sous un voile noir peu transparent ,
dont elles relèvent furtivement un coin pour regarder les
étrangers \ alors , et surtout si ce sont des femmes tadjiks,
elles laissent voh* un joli visage que dépare un anneau
passé dans leurs narines, mais des yeux noirs pleins de feu,
des dents de la plus grande blancheur et un beau teint.
Le gouvernement de la Boukharie est une monarchie
iiéréditaire dont le despotisme n*est tempéré que par Tin-
fluence de la religion et par les habitudes nomades d une
grande partie de la population. Le chef de FÉtat, qui doit
toujours être de la famille des Djenghiz, joint au titre de
khan celui diémir el momerun ou de chef des vrais
croyans \ il dispose de la vie et des biens de ses sujets. Le
titre d'atalik , qui correspond à celui de grand- visir, est pu-
rement honorifique : le khan en décore quelquefois le chef
indépendant d*un dés khanats voisins. La seconde charge
de l'État est celle de dad-khah ou de pervanatchi qui
correspond au titre de généralissime. La troisième est celle
de cheik'Oul'islam ou chef du clergé. Un titre important
est celui à'inak ou de conseiller intime. Le destarhantchi
remplit les fonctions de chambellan et de maître des céré-
monies. Le couch'beghi est en quelque sorte le premier
ministre. Nous citerons encore le nùr-akhar^bachi ou. chef
des écuyers , le cazirasker ou casù-ordou ou juge des trou-
pes, \e casi'i'kalan ou grand»juge, lejassaoul-bachioxi le
VIU. 36
560i, WVRE CENT TREPTTE-TROISIÈMEi
chef de la police ; enfin l'astrologue , le trésorier de la cas-
sette du khan et plusieiirs autres encore , dont la plupart
fo^rment le divan ou conseil d'Etat que préside toujours ce
khan. Ce prince, néanmoins, fait droit aux requêtes de ses
sujets, en recevant tous les matins lés |)étitions en au-
dience publique.
Suivant la hiérarchie ecclésiastique, le cheik- oui -islam
nomme seul à tous les emplois vacans dans le clergé ; il
remplit quelquefois les fonctions de juge suprême : c'est à
lui qu'on s'adresse dans les procès graves pour solliciter un
arrêt conforme à la loi. Le second emploi est celui A'a'lam;
au troisième rang se trouvent les mufti; puis viennent les
prêtres savans ou dana-mollah et les simples prêtres ou les
akhoun. Quiconque sait lire reçoit le titre de mollah.
Le khan a quatre épouses légi tintes, 200 femmes dans
son harem, mais point d'eunuques pour les garder. Suc-
cesseur des conquérans de la Boukharie, il est considéré
comme le propriétaire du sol. Ses domaines sont considé-
rs^^les. Sa liste civile se monte à environ i million et les
revei^us de l'Etat à 10 ou 12. Sa principale dépense est
celle de la police et de l'armée régulière. Le peuple est
soumis à une taxe personnelle, et même, à un impôt pour
les pauvres , espèce de dîme nommée zékat et oucfir.
Hâtons-nous de terminer ce tableau de la Boukharie, en
faisant observer que cet État renferme 2,5oo,ooo habi-
tans, qu« l'armée permanente est de 25,ooo hommes de ca-
valerie, mais qu'en temps de guerre elle peut être poitée
à 80,000.
Entre Karchi et Samarcande, au centre de la Boukharie,
s'étend le kkcmat de Chersabès ou de Chekri-sebz^ l'un
des plus fertiles du Turkestan , et même l'un des plus peu-
plés. Il peut mettre sur pied une armée ou plutôt une le-
vée en masse d'environ 20,000 cavaliers; ce qui annoncerait
une population de plus de 600,000 âmes. Ce khanat, qui
ASIE : Tatarie inàép, ou Turàè)stan. Ô6â
àviait ^é réuni à k Boukhârie par Mohamtnéd'-Rtdiikii-
Khan , dit le baron de Mèyendorff , s en détacha à là mort
de Cfe priwcie , en 1 75 1 . La perte de ce territoire doit ébre trèis-
sén^ible aux Boukhares : traversé dans toute sa longueur
p^aft* lia rivière du Karchi, et riche en diverses productions ,
il envoie en Boukharie de très-bon coton et des plàtftes
propres à la teinture; eto rétour, il en tire dii fer, dii cuir
et d'^mi^s marchandises qui "viehnent de Russie. Là tïâ-
pitale, appelée Ckefisùèès ou Ckehri-sèbz où simplenvônt
ChersebZy noms qui signifient ville ^verte, est agréablement
âtuée près de la rive gauche du Karchi, qui a protégé, plus
d'une fois ce khanat contre les entréprises des Boukhares ,
parce qu'au moyen de digUés on peut inonder les envirohs
de la ville et de la forteresse qui la défend. Gherisabès é^t
bâtie sur remplacement du village de Kech où naquit le
célèbre Tamerlan. Parmi les autres lieux les pluS rettiai:-
quables du khanat , on peut citer les deux fortereissés de
Kitdi et Donabf Djmuz , Pitakarueh ou Boat-khanehy
c'est-à-dire temple d'idoles y làkabak ou ïàka-bagh > jafdin
ÉùUtaiteK^) y et Outakour-ghati dbnt le nom signifie tombeau
du père ou du saint,
A l'est de la Boukharie se trouve le khanat dé HissoTy
pays montagneux , situé entre lé Djihoun et la Toupàlak , et
traversé par lé Kafer-nikhan, rivière de 100 lieues de cours,
affluent du Djihoun. Ce pays, encore peu éonnu, est au
moins aussi fertile et aussi peuplé que celui de Ghersabès.
Hissary près dé la rive gauéhe du Kafer-nikhan , dans une
vallée bien cultivée et abondante en pâturages, renferme
environ 3ooo maisons. Deïnaouy la seconde ville de cet
Etat^ en a environ 2000. Khùdja-Taman est célèbre dans
le pays, parce qu'elle renferme le tombeau d'un saint
révéré des musulmans. Decht-abad, Saridjouiy Tcok-ma-
(0 Selon M. le professeur Senkowsky.
564 UVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
zar et Toupalak, qui ont le titre de villes, ne sont, pour
ainsi dire , que des villages. Les habitans de ce pays sont
presque tous Ouzbeks : ils possèdent des troupeaux con*
sidérables et jouissent d'une certaine aisance. Les Tadjiks
y sont en très-petit nombre^ mais la plupart sont fort
riches.
Les six khanats dont nous allons parler étaient, il y a
quelques années, vassaux du royaume de Kaboul; mais ces
petits États sont exposés à de fréquentes vicissitudes. Celui
de Badakhchan est un des plus riches et des plus puissans :
cependant il ne fournit au commerce que du lapis-lazulL
Badakhchan , située sur une rivière de ce nom qui se jette
dans FAmou-déria, est son ancienne capitale. Quelques
géographes distinguent cette ville de celle de Féizabady
située sur la même rivière; mais le baron George de Meyen-
dorff affirme que ces deux noms désignent une seule et
même cité (0.
« Dans le dernier siècle , Badakhchan qui appartenait au
khan de la Grande-Boukharie , ou plutôt de Samarcande ,
était petite, mais bien bâtie et populeuse; ses habitans
senrichissaient de For, de l'argent et des rubis qui se
trouvaient dans ses environs ; car les torrens qui descen-
dent des montagnes lorsque la neige fond , au commence-
ment de l'été, entraînent une grande quantité de grains
d'or et d'argent. Plusieurs des caravanes qui se rendent
à la Petite-Boukharie ou à la Chine passent par cette ville;
d'autres préfèrent la route du Petit-Tibet, sur le côté
oriental de ses monts. Ihn Haukal rapporte que non seu*
lement le sol de Badakhchan renfermait des mines de rubis
et de lapis, mais qu'il produisait une grande quantité de
musc. »
« L'intéressante contrée qui comprend le Kokhan , le
(0 G. de Meyendofff: Voyage d'Orenbourg à Boukhara, p. i3i.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkertan. 565
Badakhchan , la Boukharie , le Ghersabès et le Hissar que
nous venons de parcourir, formait le célèbre Mtwarelnahar
de ITiistoii-e arabe et tatare. Là s'élevait le trône de Tamer-
lan; là les ambassadeurs de tous les princes du monde
vendent s'humilier devant le chef des Mongols. En i494>
Sultan-Baber, descendant de Timour, chassé de la Grande-
Boukharie avec ses Mongols , s'enfonça dans FHindoustan ,
et y fonda lempire mogol. Les vainqueurs tatares, appelés
Ouzbeks j établirent une puissante monarchie dans la
Boukharie, dont le trône fut successivement occupé par
plusieurs khans, depuis i494 jusqu'à i658. G'est vers
cette époque que cette grande et fertile contrée paraît
avoir été partagée en plusieurs États, sous l'autorité de
diiférens khans.
« Les Ouzbeks , qui probablement demeuraient dans le
pays depuis le Ul® ou IV® siècle, n'ont pourtant pas effacé
la trace d'une race d'habitans plus ancienne. Ces habitans
indigènes, nommés les Tadjiks ^ sont plus beaux que les
Tatares, par l'élégance de leurs formes et l'agrément de
leurs traits ; ils se rapprochent de ceux de la Petite-Bou-
kharie, auxquels ils ressemblent encore par le costume.
Les vêtemens des gens aisés sont, en grande partie, de
soie et de fourrures ; les longues robes des femmes offrent
des plis larges et variés; elles ornent leurs cheveux de
tresses de perles. Ils mènent une vie très-frugale , et
leur nourriture consiste principalement en riz, froment,
millet, et surtout en fruits, tels que melons, raisins,
pommes, etc. Us se sei'vent beaucoup de l'huile de sésame;
le thé , assaisonné d'anis , et le moût des raisins , sont leurs
boissons favorites. Ils s'enivrent d opium; leur pain est fait
sans froment.
« Les Tadjiks ne portent jamais d'armes. Les Ouzbeks^
au contraire, ne sont pas étrangers à l'usage du mous-
quet ; et Ton assure que les femmes même , qui surpassent
566 IIVBE ÇEÇfT TRBNTE-TBOISliME.
6n h^SLuXé celles des autres Tatar^s , suivent leurs ii^gris à
la guerre ^ et comlb^titent à leurs côtes, «
Le hhanat de Balkh , autrefois lui^ des plys puissapa du
Turkestam, en est aujourd'hui Fuq des plus faibles et çlçs
moins peuplés. Il comprend une partjie de la BactxiaDe el;
es| limitrophe de FÉtat de Hérat; sapopulatioj^^ quiétgit.,
aya^nt 1820, de pli^s d'un million d'habitans, nen a^pçut^*
être pas 5oo,ooo, aujourd'hui quelesi AfghwsetlesOu^beks
Font, tovir à tour envahi et d^n36iub?é.
« Au commencement du dernier siècle , ce pays s^vaiJI $011
khan particulier ; Balkh était alors une des villes l^s^ pAus
Çjonsijdérables de ces contrées : les mjaisons étaient bâties en
briques ou en pierres ; le château était presque entièirement
construit en marbre tiré des montagnes enyironnan^s.,
objet d'ambition pour les puissances voisines y la Perse et
THindoustan. Ijcur jalousie mutuelle gara^ntissait la sjécu*
rite de la ville de Balkh noueux que les hautes montagnes
qui renferment d*uu côté et les déserts qui Tentiouirei^t
de l'autre. Les habitans de ce pays , autrefois Tun des plus
civilisés de tout le Turk^stan, préparaient de fort belles
soies y productions de leur pays. »
Balkh passf^ chez les Asiatiques pour ia plus ancienne
villç du mpnde : iU lui donnent le titre de Mère-des-FUies
{ Omm- elr Buldan), C'est en effet l'antique Bactra ou
Zariaspay capitale de la Bactriane, cité qui rivalisait avec
Ninive et Babylone. Ce fut au siège de cette ville par Niniis^
que M^énonès, gouverneur de la Syrie qui accompagnait
le prince , fit venir près de lui Sémiramis , sa lenune , dont
les conseils et le courage hâtèrent la prise de la place
assiégée. Nin^us, admirant la bravoure et les charmes de
l'héroïne, résolut de l'épouser; Ménonès, instruit d^ cette
résolution, se pendit de désespoir, Sémiramis, devenue
veuve, épousa Ninus, et bientôt la mort de ce second
époux la mit seule en possession du trône d'Assyrie qu'elle
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 567
occupa avec tant d'éclat et de gloire. Balkh est située sur uoe
éminence au milieu d^une plaine fertile ; elle est grande et
défendue par une muraille et un château; mais sa popu-
lation, jadis considérable, n'est plus que de 8 à 10,000
âmes. Andkou , autre ville du khanat de Balkh, n'offre rien
de remarquable.
« Anderab, chef-lieu du district du Tokarestouy est près
d'un défilé par lequel on traverse les montagnes d'Hindou-
Koh. Ce passage était soigneusement gardé par le khan de
Balkh , mais les Afghans l'ont franchi. On trouve dans le
voisinage de riches carrières de lapis, substance dont il
paraît que la Grande -Boukharie a fourni nos pères, et
qu'elle continue de nous envoyer encore aujourd'hui. »
Au nord-ouest de celui de Balkh se trouve le khanat (VAn-
koï qui paraît être Tun des moins importans du Turkes-
tan. Ankoïy sa capitale, est une ville fort grande, qui ren-
ferme 4000 maisons habitées par un petit nombre d'Ouz-
beks, peu de Tadjiks et beaucoup d'Arabes. EHe est à
environ 26 lieues de Balkh. Une petite rivière qui coule
auprès est à sec pendant l'été : ce qui oblige les habitans
à creuser des puits pour avoir de l'eau.
Dans la direction du sud , le petit khanat de Meimaneh se
présente. Sa capitale, du même nom, est à environ 20
lieues d'Ankoï; la route est parsemée de quelques miséra-
bles villages. « Meimaneh est une ville renfermant environ
« 1000 maisons; elle n'est habitée que par des Ouzbeks qui,
« en été, sont nomades. Ce sont des brigands déterminés;
<( ils pillent souvent les caravanes , sont fréquemment en
« guerre avec leurs voisins, font des excursions dans le
« Khorassan , et amènent leurs prisonniers au marché aux
« esclaves de Boukhara (i). »
Le khanat de Khoidm passe pour l'un des plus puissans.
V»; G. de Meyendorff : Voyage d'Oicnbourg à Boukharti, p. i43.
568 LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME.
du Turkestan méridional. U peut mettre sur pied un corps
de 10,000 hommes de cavalerie. Le khan jouit d'un revenu
d'environ 3oo,ooo francs ; il exerce une grande influence
sur les pays de Balkh et de Koundouz. Gholam , KhouU
hum ou Khoulm sa capitale, sur la rive gauche du Khoul-
loum , dont les bords sont délicieux, est une grande ville,
dominée de trois côtés par une montagne et défendue par
deux châteaux; les maisons, au nombre de 8000 , sont bien
bâties, mais en briques crues. L'eau y est abondante. Cinq
rivières se réunissent à Khoulm et y forment une cascade.
«On m'a assuré, dit G. de Meyendorff, que l'ancienne
« ville de Khoulm a été détruite , et que celle qui porte
« aujourd'hui ce nom est la même qu'on nommait autre-
« fois Tachkourghan y éloignée de Balkh d'environ 65
« verstes (i5 lieues et demie). »
A l'est du précédent^ le khanat de Koundouz offre un
territoire généralement plat , terminé vers le sud par une
chaîne de collines qui forment plusieurs vallées belles et
fertiles. Bien que le khan puisse mettre sur pied une force
armée à peu près égale à celle dont dispose le khan de
Khoulm, il n'en est pas moins tributaire de celui-ci. Koun-
douz, dont le nom signifie château (0 , rivalise en grandeur
et en importance avec Khoulm. Se^ environs sont fort bien
cultivés.
Le district de Talikhan, peuplé d'Ouzbeks , paraît former
un khanat indépendant, mais de peu d'importance; il est
arrosé par une rivière du même nom , affluent de l'Âkséraï,
et par une autre rivière appelée le Fourkahr, qui passe à
Talikhnn sa capitale , ville qui paraît être d'une faible im-
portance. Le khan de Talikhan fait de fréquentes incur-
sions sur le territoire de ses voisins.
(') Vo^ez la Géographie d*lbn-Haiikal : (raduclion de W. Ouselcy,
pag. 23B-u68-2()(j, etc.
ASIE : Tatarie indép. ou Turkestan. 669
Au nord du Badakhchan on trouve trois khanats sur les-
quels on a peu de renseignemens ^ mais qui paraissent être
d une faible importance. Celui de Dervazeh doit probable-
ment son nom à la rivière qui l'arrose. Son territoire com-
prend principalement une grande vallée au fond de la-
quelle la Dervazeh roule ses eaux en mugissant. Ce cours
d eau, d'environ 5o lieues de longueur, charrie de l'or que
les habitans recueillent en y jetant des outres qui se rem-
plissent promptement de limon dont ils retirent le métal.
Les campagnes sont cultivées par de paisibles Tadjiks. La
petite ville de Dervazeh est la résidence du khan. Ce chef
prétend descendre d'Alexandre-le-Grand.
Koulaby ville de 3ooo maisons, est la capitale d'un kha-
nat du même nom , limitrophe du précédent. Plus au nord,
le khanat cVAbi-gherm , dont le chef est souvent en guerre
avec celui d'Hissar, a pour capitale une petite ville du
même nom ; mais à l'ouest de celui-ci, le khanat de Ramid,
assez important pour que son chef puisse, dans ses excur-
sions, mettre 10,000 cavaliers sous les armes, a pour chef-
lieu une ville assez considérable située à â5 lieues à l'est
de Hissar^ sur la route de Badakhchan à Khokhan. Près de
Ramid y s'élève une des plus hautes montagnes d'un des
rameaux des monts Kachghar. Ces trois derniers khanats
sont peuplés d'Ouzbeks pour la plupart cultivateurs.
Dans la contrée montagneuse où prend sa source le
Kafer-nikhan j afQuent du Djihoun, et qui se terminé au
nord par les monts Kachghar ou le Kachghar- davan, ha-
bitent les GhaltchaSy peuple pauvre et indépendant^ for-
tement attaché aux croyances des mahométans sunnites.
Des voyageurs russes, dit le baron de Meyendorff, les
nomment Persans orientaux , et en effet ils ne connaissent
point dautre langue que le persan. Leurs traits diffèrent
cependant beaucoup de ceux des Tadjiks; leur teint est
très-basané et même plus brun que celui des Arabes bou-
ijO UVI^E CENT TRENTE-TROISIÈME.
khares^ Leurs habitations sont de misérables cabanes bâties
dans des vallées. Ils sont tous cultivateurs ; ils élèvent du
bétail et tiès-peu de chevaux : aussi ne sont-ils point re-
doutés des nations voisines. Leurs chefs, qui prennent le
titre de khan, habitent Ignaou et Matchuy qui sont plutôt
de gros bourgs que des villes. Karateghin paraît être aussi
une de leurs petites cités.
Peut-être devrions-nous, à l'exemple de quelques géo-
graphes , terminer la description des différens États du Tur-
kestan par le pays des Kafirs ou le Kafiristan; mais ce
pays ne pouvant, sous le point de vue physique, être sé-
paré du bassin de FIndus y nous le décrirons en traitant de
THindoustan.
TA9l£AI)X^ 57 1
TABLEAU APPROXIMATIF
des tribus iurcomanes qui haf}itent à t orient de la mer
Caspienne (d après M. Mouraviev).
TRIBUS SEPTENTRIONALES.
/Tchovdour.
Igdyr.
Abdal.
iBoiiroundjouk.
TcHov DouR-£ssEii-Iu - 1 Boussâ^lii.
( 8000 kibitki^ ) < MeogU-Koadja.
|Ogr|.
'DeU.
i Tchekakbaï.
Rourban. jOganych.
( KLjzlèr-Ghének.
TRIBUS MÉRIDIONALES.
/'Nour-Ata.
Ata. \ Gèsl-Au.
( 1000 kibitki. ) ] Oamar^Ata.
'ibag-Ata.
EKE.
( 30)Ooo kibitki. )
Salyr.
( 4000 kibitki. )
£r-saré.
( 100.000 kibitki. )
Sakhkar.
(*2o,ooo kibitki. )
Iemrelu.
( .3oo kibitki. )
Sabyk.
( 20,000 kibitki. )
loMouo.
( 40,000 kibitki. )
OUA-AIMAR.
( 80,000 kibitki. )
Sy^i
KX&LBK.
(4p,ooo kibitki. )
LIVRS CENT TRENTE-TROISIÈME.
Lanjak.
Sengryk.
Khar.
Chor.
Baindyr.
iKara-Balkan.
Herkès.
iKaï.
Kyryl.
'Keïk.
Sovranli.
lerkekli.
Pytyr.
vKychik.
Bairama.
/'Salak ( 3000 kibitki ).
i Arkochtchi ( aooo kibitki ).
J Okus { I ooo kibitki ).
i Ouchak ( looo kibitki ).
f Kara-Kodja ( 600 kibitki ).
\Djuneït ( 55o kibitki ).
Koudjouk-Tatàr .
TcUOIYUKI
Cher
EB.
Tatar (4oo kibitki).
Ak-Karyn ( aoo kibitki ).
Kourama ( aoo kibitki ).
Marama ( aoo kibitki ).
Kyryk.
Keké ( 400 kibitki ).
.Khivatchi ( 400 kibitki ).
/ Ata-Baï ( 1000 kibitki ).
I Ak (900 kibitki ).
I Das (700 kibitki ).
\ Badrak ( 600 kibitki ).
< Ketcbek ( 600 kibitki ).
ilgdyr(55o kibitki).
J lolma ( aoo kibitki ),
\ Eïmir ( 700 kibitki).
\Mechrick (900 kibitki).
Beliké (600 kib. ).
/^Karadagli.
l Evdek.
] Mind.
Dugdi ( 3100 kib. ). < Khivali.
I Ghereï.
f Outchmek.
\Tchouk-bach.
Karaoui (800 k. ).
\ Baga ( 400 kib. ).
Ilgai ( 700 kib. ).
TABLEAUX.
573
Cbcrxb.
Djafarbaï.
( 2000 kibitki ).
T^rekli.
Semidin.
Nedim.
Ghereï.
Tchoukan.
ISakbkali.
Ark.
I Touraan-djan-ali .
Pang.
Kelté.
Karindjik.
Kèr-Toekel.
.Kèr-Essen.
TABLEAUX
De la population des principaux Etats du Turhestan.
KHANAT DE KHOKHAN.
SUPERFICIE
lieues géograpliiques
carrées.
POPULATION
ABSOLUS.
POPULATION
par
lieue carrée.
AHMÉE.
10,000.
1,200,000.
120.
10,000 homme&.
3o à 40,000
( arec les nomades ).
KHARISM ou KHANAT DE KHIVA.
SUPERFICIE
en
lieues carrées.
POPULATION
ABSOLUS.
POPULATION
par
lieue carrée.
ARMÉE.
19,000.
900,000.
47-
8,000 hommes.
i5 à 20,000
( avec les nomades ).
BOUKHARIE ou KHANAT DE BOUKHARA.
SUPERFICIE
en lieues.
POPULATION
ABSOLVE.
POPULATION
par
lieue carrée.
ARMÉE.
11,000.
2,5oo,ooo.
227.
25,000 hommes.
80,000
( en ttmps de guerre ).
5^4 LIVRE CENT tïttetrte-TROISlèME.
^OPDLATIOK DK LA BOUKHARIE PAR MATIOKS.
Ouzbeks iy5oo,ooo
Tadjikè 670,000
Turcomans aoo^ooo
Arabes 5o,ooo
Persan». V 4<)»<)^<)
Kahnouks 20,000
KîrgHiz 6 à 8,000 — 7»ooo
Juifs.. 4 ^ S)Ooo — 4^^^^
Afghans ^ 4 ^ 5,ooo — ^fSoo
Lesghiz a, 000
Bohémiens a, 000
'iTotâl a,5oo,ooo
TABLEAU ûfeiÇ positions iistronomiques de quelques nns
des principaux lieux du Turkestan.
.*<«»*.i— jfct*.
■■■ii^MÉfl I iT ■ Il
NOMS
DSS LIKUX.
Mta
Badakhchan.
Balkh
Boukhara...,
Khiva
Khoc^'end. . . .
Samarcatide.
Turkestan ...
Latitudes.
deg. min. sec
37 ao o N.;
36 40
^9 ^^
41 40
41 aa
39 3o
44 56
oN.
oN.
oN.
oN.
oN.
oN.
Longitudes.
deg. min. sec.
t)6 3o o £.
65 o
6a 4o
58 45
67 o
66 3o
o E.
o E.
o E.
o E.
oE.
66 aa o E.
NOMS
DES OBSERVATEUHS.
Auteurs.
Idem,
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem .
♦»ooo«ooo-»oo>»oo>o»»aoo»o»»o»oo»iBoa'0'>fcooobooi»<BOO'00«-»o»»o»»oo-»oo^*^»p<
TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS CE HUITIEME VOLUME.
Pages.
LIVRE CENT VINGT-UNIÈME. —Description de l'Asie.
— Généralités sur cette partie du Monde. — Montagnes,
Neuves , mers et golfes. — Température. — Productions.
— Habitans. — Etat civil et politique i
Origine du nom d'Asie , Ib.
Limites * 'i
Superficie. — Dimensions 5
Montagnes. — Systèmes. — Système hymalayen 6
Groupe de l'Altaï 7
Le Tarbagataï , chaîne de l'Altaï » lo
Groupe du Thian-chan i v n
Thsoung-ling. — Hindou-Koh. i a
Himalaya ♦ . ♦ i .B
Minéraux et roches de l'Himalaya. . . . , * 1 4
Volcans • 1 5
Lac d'Issi-Koul. — Volcans de Tour-fan. — Système ouralien.. . . i6
Cours d'eau de ce système. — Roches , minéraux. — Monts Ilmen.
— Monts IrencUk 17
Montagne de Blagodat iS
Monts Moughodjar. — Lacs Balek-Koul, Koum-Koul, etc 19
Système caucasique. — Monts Taurus^ Elvend , Liban 20
Massif du Caucase. — Système arabique. — Système indien. —^^■
Région centrale * ^1
Région méridionale. — Région septentrionale a 2
Régions orientale et occidentale !23
Affaissement de l'Asie occidentale a5
Bassins de l'Asie a6
Volumes des fleuves de l'Asie. — Lacs 29
Mer Caspienne. — Lac ou mer d'Aral , etc 3o
Vents dominans 33
Température. — Climat 34
Caractère des habitans 37
Considérations politiques 4 *
5*76 TUkBhE DES MA.T1ÈRES.
Pages.
Productions. — Animaux 44
Richesse végétale de l'Asie 45
Règne animal 53
Tableau des points culminans des montagnes de l'Asie Sq
LIVRE CENT VINGT-DEUXIÈME.— Suite de la Descrip-
tion de TAsie. — Pays Caucasiens soumis a la Russie ^ ou
Géorgie. Grande-Abasie ^ Iméréthie, Mingrélie, Chirvan
et Arménie 6i
Origine du mot Caucase 16,
Partes caucasiennes et albaniennes * . . . 6a
Description du Caucase. — Roches 64
Animaux. — Végétaux , 65
Peuples 60
Géorgiens. — Origine de leur nom 67
Description de la Géorgie 68
Tijlis 70
Mtzkhetha 71
Gori. — AnanouTy Telaxf et autres villes 72
Population de la Géorgie 7$
Revenus. — Précis historique. — Iméréthie 74
Population. — Scharaùatia et autres villes 75
Koutaïs , Génath , etc. — Gouriens ^ . . . . 76
Gourie. — Mingrélie y^
Bedout'Kalé, — Àimkria 78
Industrie. — Mœurs des Mingréliens 79
Grande-Abasie • 80
Soudjouk-Kalé , Soubachi , etc 81
Chirvan 82
Culture. — Pêcheries 83
Population. — Nouki, — Cheki , et autres villes 84
Feux de Bakou 86
Arménie. — Population. — Villes 88
Tableau des positions géographiques de la Russie au sud de la
crête du Caucase 90
LIVRE CENT VINGT -TROISIÈME.— Suite de la Des-
cription de l'Asie. — Turquie d'Asie. —Première section.
— Péninsule de l'Anatolie ou de TAsie-Mineure , avec les
côtes de la mer Noire g i
Description du mont Taurus 93^
TABLE DES MATIÈRES. Syy
Page».
Fleuves de TAsie-Mineurc 96
Lacs. — Climat 98
Végétaux. — Animaux y^
Minéraux 101
Gouvernemens. — Villes. loa
Pachalik de Trébizonde. — Rizeh , Of , Sourmeni io3
Trébizonde 1 o4
Traboli; Keresoun. — Lazes , , . io5
Pachalik de Sivas. — Cunieh, — Jn{cisieh ^ 1 06
Tokat. — Zileh , 1 08
Djanik, — Tcheldir. — Bâfra , etc 1 09
Ouscat. — Niksar. — Sivas 110
Dev^righi. — Jrabkir. — Kastamouni , etc 111
Inéùoli. — Jmastrah. — Erekli. — Scutati. — Ismid. — Isnik, 112
Peramo. — Jjwusse. — Moudaiiia 1 13
Terekli ou Tarakli. — Boly^ etc '. 114
Koutaïéh. — Afioum-Kara-Hissar 1 1 5
Akcheher. — Eilgoim. — Konieh 1 1(5
Caraman. — Jkseraï. — Nigdeh. — Begbazar. r— Angora 117
Kaisariéh 118
Malatiah. — Jyas — Marach. — Àïniab 119
Cilicic. — Jdana. — Tarsous y 120
Selefkeh. — Pachalik de KouialUék, — Satali 1:2 1
Jlmali. — Cacamoi — Sparta. — Moglah 1 2j
JDegnizli. — Jla-cheher. — TireJi , etc 1 îjU
Gouzel-Hissar. — Smyrne , 126
Manika. — Phokia , etc 127
Iles de la mer de Marmara , 1 28
Ténédos, — Mételin. — Scio 1 29
Nicaiia. — FaUunos. — Lero , etc 1 3 1
Starî-co 1 3'2
Rhodes 1 33
Description de Tile de Chypre i34
Tableau comparatif des différentes acceptions des noms à'Asia ^
d'Asia propria et â! Asie-Mineure i38
Tableaux synoptiques des divisions de l'Asie- Mineure 1^9
LIVRE CENT VIJNGT-QUATRIÈME. — Suite de la Des-
cription deTAsie. — Turquie d*Asie. — Deuxième section,
comprenant l'Arménie, le Kourdistan, la Mésopotamie et
rirak-Araby i48
Divisions des provinces orientales de Fempirc Turc en Asie Ib
VIII. 37
578 TABLE DES MATIÈRES.
Pag M.
Arménie ... 1 49
Montagnes. — Fleuves 1 5o
Lac de Van 1 54
Erzeroum i55
Erz-inghian. — Hassan-Kaleh , etc. — Pachalik de Kars 167
Fan. — Bayazid , etc. . i58
Habitans. ~ Caractère. — Religion. — Moeurs 169
Kourdistan 161
Villes principales. — Djoulamerk. — Àmadieh, — Djezyreh 162
Kerkoiik. — Erbil , etc i63
Mœurs des Kourdes i64
Mésopotamie. — Pachalik de Diarbekir 167
Villes principales. — Âmid. — Merdin , etc 1 68
Palou, — Pachalik de Mossoul t . . . 169
Orfa. — Harran , etc 1 70
Bir. — Nisibïn. — Kara-Déré, etc 171
Désert de Mésopotamie 172
Pachalik de Bagdad 1 7^
Babylonie ^ • 176
Bagdad « 1 77
Babylone , Hillah 1 79 ,
Koufa f Lemloun 180
Korna > Bassorah 181
Tableau des divisions des pays sur le Tigre et TEuphrate 18a
Tableau Ae,s divisions les plus récentes de TArménie , du Kourdis.-
tan et de la Mésopotamie. i83
Tableau des divisions de TArraénie , d'après l'histoire armé-
nienne composée par Moïse de Khorène dans le V® siècle,
comparées avec celles qu'ont connues les Grecs et les Romains. i85
LIVRE CENT VINGT -CINQUIÈME. -Suite de la Des-
cription de l'Asie. — Turquie d*Asie, — Troisième partie.
— La Syrie avec la Palestine 187
Limites de Syrie Ib,
Montagnes 1 88
Constitution géognostique 189
Terrains volcaniques 190
Tremblemens de terre. — Jourdain. — Fleuves 191
Lacs. — Climat « 19a
Végétaux 193
Animaux » 194
Populations 196
Langues. — Religions 196
TABLE DES MATIÈRES. B'JC)
P3gC^.
Pachalik ctAlep 197
Scaïuierouti. — Killis , ctc 199
Hamah îit>o
Latakiéh • • • 201
Tripoli a02
Batroiui. — Bairout, — Saïde » 2o!J
Saint-Jean-d'Acre 204
Assassins 2o5
Description du Liban ♦ 207
Maronites. — Druzes 210
Moutoualis. — Baalbek ai 4
Damas ; 2 1 5
Description de la Palestine 217
Galilée • à 1 8
Nazareth u 19
Mont Thabor. — Kaisarièh •:...... 2!2o
Mont Carmel. — Naplous 211
Judée. — Jaffa 22*i
Jérusalem 224
Bethlchem 228
Mer Morte 2^0
Tableau des divisions de la Syrie sous les Romains , dans les
trois premiers siècles 23-^
Tableau comparatif des divisions de la Palestine ou du Chanaan ,
d'après les douze tribus 233
Tableau des divisions du diocèse d'Orient , établies par Constan-
tin-le-Grand et ses successeurs , et en partie par Trajan 234
Tableau des divisions du royauine de Jérusalem dans le XII« siècle,
d'après l'abbé Guénée 235
Tableau des grandes divisions modernes de la Syrie 23(j
Tableau des divisions modernes de l'ancienne Palestine d'après
Busching, Volney, etc Ih.
Tableau des divisions les plus récentes de la Syrie 287
Population et superficie de toute la Turquie d'Asie Ib.
Tableau des longitudes et des latitudes des principaux lieux de la
Turquie d'Asie , d'après les meilleures observations :?3S
LIVRE CENT VINGT-SIXIÈME.— Suite de la Descrip-
tion de l'Asie. — Arabie , avec les golfes Arabique et
Persiquo v.4 i
Bornes de TArabie ]h.
Coup d'œil historique t'.j-i
07.
58o TABLE DES iMATlKRES.
Pages.
Golfes Arabique et Persique 343
Montagnes 245
Climat 246
Vents du Samoum 247
Aridité et constitution du sol 248
Végétaux 249
Animaux 261
Minéraux 266
Provinces. — Villes remarquables. — Jïlah , Hérac , 7 or 257
Mont Sinaï '. 268
Tribus arabes 269
Ruines de l'antique Petra 260
Médine 263
Yamboel'Bakr 267
La Mekke 268
Tayef, 278
Djeddah 279
Déserts du Nedjed 281
Principales villes des Wahabys .* 28a
lémarnah. — Ei-Soulemyeh. — Plaine à*El-IIamad 283
Coup d'oeil liistorique sur les "Wahabys ou Wahabitcs 285
Hadjar ou Lahsa 289
Villes remarquables 290
Iles Bahreïo 291
Oman 293
Villes principales. — Habitans 293
Hadramaout 295
Revenus. — Divisions. — Villes remarquables 297
Beïsché 299
Damar. — Doran. — Kousma 3oo
Deifan, Barrad, Chamiry Aden 3oi
Moka 3o2
Peuples de l'Arabie 3o3
Langue 3 1 1
Mœurs « 3 12
Sectes religieuses 3 1 4
Industrie. — Population ', 3i5
Tableau des positions géographiques de l'Arabie 3 16
Tableau des principales tribus de Bédouins 3 1 7
LIVRE CENT VINGT-SEPTIÈME. — Suite de la Descrip-
tion de TAsie. — Description de la Perse. — Description
physique générale de ce royaume 323
Coup d'œil historique 73.
TABLE DES MATIÈRES. 58 1
Pages.
Etendue , superficie 328
Montagnes Sag
Portes caspiennes 33o
Déserts salins 33a
Lacs 333
Fleuves et rivières 334
Constitution géologique. — Tremblemens de terre 336
Mines. — Climat 337
productions végétales 339
Forêts 341
Animaux domestiques 344
Animaux sauvages 345
LrV^RE CENT VINGT-HUITIÈME. — Suite de la Descrip-
tion de J'Asie. — Détails topogrnphiques sur les provinces
et les villes de la Perse 346
Limites de la Perse d'après le dernier traité avec la Russie Ib.
Division en onze provinces 647
Irak-Adjemi. — Ispakan 3^8
Kachan. — Koum 35i
Téhéran 35a
Ruines de Reï ou Rhagx. — Cazbin 354
Sultaniéh 355
Zinghan. — Hamadan 356
Trône de Roustèra 857
Kirmanchah. — Kourdistan persan. — Senney 358
Azerbaïdjan 359
Tauris 36o
Maragha. — Ourmiah. — Selmas. — Khoï. — Marend 36 1
Ardebil. — Le Ghilan '. 36a
Recht 364
Fomen. — Lahidjan. — Lengher-Roud 365
Le Mazanderan. — Ralfrouqh 366
Amol. — Sari. — Aster-abad 867
Porte-Caspienne. — Fehr-abad. — Province de Tabaristan 368
Damavend. — Damagan. — Province du Kbouzistan 869
Dizfoul. — Ruines d'Elymaïs. — Goban. — Havisé. — Kourmaabad. 370
Farsistan. — • Portes de la Susiane. — Chiraz 371
Ruines de Persépolis 873
Antiquités 375
lezd 376
Aberkouh. — Komm-chah. — Kazroun. — Ruines de Chapour. . . 377
58a TABLE 0KS MATIÈRES.
Pdges.
Firouz-abad. — Yezd-kliâçt 378
Darabdjerd 3^q
Productions du Farsîstan. — Abou-Chehr 38o
Bender-Ryk. — Arabes indépendaDs 38i
District de Kourd-i-Kobad . — Méraacena 38u
Kala-i-Séfid. -r- Nevbendjan. — Ardjan. — Province de Laristan.
— Lar , 383
Bender-Abassî. — Bender-Congoun. — Siraf. — Ile de Kharek. . . . 384
Iles de Kais , Kichmich. — Ormouz. — Province de Kerman 385
Kerman. — Kcrmasïp. — Velazgherd. — Khomda. — Le Mo-
ghistan. — Minab 380
Province de Khorassan. — Productions 387
Mechehcd. — Nicliabour. — Kaboucban 38<)
Province de Kohistan. — Giiéheristan. — Tabs. — Toun 390
LIVRE CENT VINGT-NEUVIÈWE. — Suite de la Des-
cription de l'Asie. — Fin du Tableau de la Perse. — Aperçu
moral et politique 391
Les Partbes. — Langue 391
Persans * ' 397
Costumes 399
Nourriture. — Usages 4^^
Caractère des Persans 4^3
Pétes et coutumes 4^^
Calendrier persan 4^9
Religion 4 '^
Les Sabiens 4*^
Industrie ^i3
Commerce 414
Tribus nomades /^i6
Gouvernement. — Dignités 4 * ^
Finances. — Impôts 4^^
Armée 4^4
Tableau de la population, de là superficie, des contributions et
du contingent en soldats de chaque province de la Perse. , . . . . 4^7
Tableau dés positions astronomiques des principaux lieux de la
Perse 4^^
Tableau comparatif des divisions anciennes et modernes de la
Perse 4^9
Tableau des nations qui habitent la Perse , tiré des itinéraires de
plusieurs voyageurs français '• . • 43f
LIVRE CENT TRENTIÈME.— Suite de la Description de
TAsie. — Description du Béloulchistan 4^5
TvVBLE DES MATIÈRES. 583
Pdge».
Description physique 4^5
Climat. — Forêts 437
Population. — Origine 4^8
Béloutchis. — Mœurs 4^9
Costume. — Brahouis 44<^
Province de Mékran. — Kedge ... ,. 44 *
Kellégan. — Tiz. — Tcharbagh. — Jalk.— Kasr-Kend.—- Koulaj.
— Pendjgour 44*
Province de Lous. — Bêla. — Laïari. — Province de Kotch-
Gondava • • • 44^
Gondava. — Dador. — Horrond. — Province de Djlialavan. —
Zouhri. — Khozdar. — • Province de Saravan 4 i4
Kélat. — Saravan. — Kharnn. — Province de Koubestan 44^
Pourba. — Sourboud 44^
Langues. — Gouvernement 44?
Tableau des principales tribus du Béloutcbistan , diaprés H. Pot-
tinger 449
LIVRE CENT TRENTE-UNIÈME. — Suite de la Descrip-
tion do l'Asie. — Description de TAfghanislan occidental,
comprenant le royaume de Kaboul, le Scdjistan et le
Khorassan af'gban <. 4^ i
Origine et caractère des babitans Ib,
Mœurs > 4^^
Langage 4^^
Berdourabnis. — Youssoufzaïs. — Kattaks. — Otmankbaïls. —
Turcolanis 4^^
Cbiranis. — Visiris. — Dourabnis. — Gbildjis. — Hazarehs. —
Le Kaboulistan. — Description pbysique . 4^7
Montagnes. — Climat 4^^
Végétaux. — Animaux. 4^1)
Gouvernement 4^^
Province de Kaboul. — Kaboul 4^i
Province de Djelal-abad. — Djelal-abad. — Province de Gbiznib.
— Gbizneb 4^^
Sourmoul. — Sivi. — Province de Logbmon. — Dir. — Bandjaour.
— Province de Ferrab. — Province de Kandabar 4^^
Kandabar , ^^.j
Meïmoud. — Ourgbessan. — ^ Le Gbermsyl 4^
Le Kbountcbi. — Le Kborabouk. — Le Sedjestan 4^>
Zarang. — Koulinout. — Rodbar. — lUoumdar. — Kborassan
oriental /|6S^
Constitution pbysique. — Climat. — Productions 4%
584 TABLE DES MATIÈRES.
PagM.
Populations. — Mœurs. — Gouvernement. — Province de Hérat . . 4?*^
Hérat 4? *
Goiir. — Oubah. — Province de Siahband 474
EVmaks. -^ Province de Bamiam. — Bamiara 4?^
Habitans. — Mœurs. — Costume 4?^
Tableau des positions astronomiques des principaux lieux de TAf-
ghanistan occidental 479
LIVRE CENT TRENTE-DEUXIÈME.— Suite de la Des-
cription de TAsie. — Recherches sur la mer Caspienne et
sur Tancienne embouchure du fleuve Oxus ou Djihoun. . . 480
Dimensions de la mer Caspienne Ib.
Erreur des anciens relativement à cette mer. — Premiers explo-
rateurs ; 4^'
Premières cartes des géographes français 4^4
Description physique 4^^
Opinions sur Tëtendue qu'elle occupait jadis 4^^
Poissons. — Coquillages. — Plantes marines 4^9
Différens noms de la mer Caspienne < . . . . 49^
Examen de la question relative à Tancienne embouchure de TOxus. 49^
Expédition faite par ordre de Pierre-le-Grand. 49^
Note par laquelle on prouve que le lac Aral a fait jadis partie de la
mer Caspienne ' 49^
LIVRE CENT TRENTE-TROISIÈME. — Suite de la Des-
cription de l'Asie. — Tatarie indépendante ou Turkestan ,
comprenant le pays des Kirghiz, le khanat deKhokhan,
la Turcomanie y le khanat de Khiva , la Grande-Roukharie ,
les khanats de Chehri-sebz et de Hissar , le Badakhchan , le
khanat de Balkh et ceux d'Ankoï , de Meïmaneh , de
Kboulm, de Koundouz , de Talikhan , de Dervazeh , de
Koulab , d'Abi-gherm , de Ramid , etc 5oo
Anciens habitans Ib,
Tatares 5o i
Constitution physique. — Population. — Divisions 5o6
Montagnes 507
Monts Alghidin. — Moughodjar 5o8
Steppes. — Fleuves v 609
Lacs • 5ia
aimât 5i3
Productions , 5i4
TABLE DES MATIÈRES. 585
Richesses minérales .' 5i5
Constitution physique 5i6
Hordes Kirghiz 5i8
Climat. — Lac Indersk. — Productions ♦. . . 519
Animaux. — Origine des Kirghiz 5io
Mœurs des Kirghiz 62 1
Langue. — Gouvernement 622
Usages. — Costume 5i'i
Religion. — Commerce. — L'ancien Turkestan 525
Khokhan 526
Andekhan. — Och. — Turkestan ou Taras , -ville 527
Tachkend. — Marghalan. — Yarmarzar. — Khodjend. — Akhsi-
kat. — Sousak 52S
Ouratepeh. — Population, étendue, industrie, armée, mœurs de
l'Etat de Khokhan 529
Karakalpaks , etc. — Chefs des Oulous. — Turcomans , . . . . 53a
Chaîne de Manghichlak ; Abichtcha , golfe de Balkan , iles 53 1
Gourghen j Atrek . — Végétation 532
Caractères physiques, mœurs, habillement des Turcomans 533
Villages. — Chefs , elc 534
Caractère moral, langue , histoire des Turcomans 535
Constructions anciennes sur les bords du Goiirghen 536
Autres ruines. — Monument de Saré-Baba. — Lieu appelé Touer. 53^
KaHsm , Kharyzmie , Khoi^aresm , Chorasmie ou khanat de
Khwa , autrement Khi\fie. — Climat de ce pays 538
Sables mouvans. — Chaîne de Chikh-djeri. — Djihoun ou Amou-
déria 539
Canaux. — Productions végétales. — Animaux domestiques. —
Gibier 540
Peuples. — Tribus. — Superficie et population de TÉtat de Khiva. 54 1
Coup d'œil historique sur cet Etat. — Armée^ 542
Mœurs des Khiviens 543
Langue khivienne. — Industrie 544
Commerce. — Ville de Khiva 5^5
Ourghendj la Nouvelle , Ourghendj la Vieille , Chabat , Kiat ,
Anbar, Chanka, Azaris 5.j(5
Ghurulen. — Ouzbeks araliens. — Konrat , Manhout , Kisilkhozia. 547
Boukharie Ib,
Montagne de Nouratagh. — Cours d'eau. — Climat 549
Maladies. — Culture. — Animaux 55o
Oasis. — Villages. — Ancienne province de Sogd 55 1
Samarcande. 552
Boukhara 553
Aspect de la ville 554
586 TA3L*: DES MATliRlïS.
Pagp«
Population. — Edifices 555
Instruction . — Sciences ...» 556
Karakoulj Karchij Tcharaghtchi ^ Ghoussar, etc 557
Peinture des mœurs des anciens Boukhares 558
Cérémonies. — Usages 559
Repas. — Esclaves. — Costumes 56o
Costume des Boukhares. — Gouvernement. — Dignités 56î
Revenus. — Population. — Armée. — Khanat de Chehri-sebz. . . . 56»
Chehri-scbz et autres villes. — Khanat de Hissar. — Ville de ce
nom. — Deïnaou > etc ■. 563
Rhanat de Badakhchan 564
Khanat de Balkh. — Ville de ce nom 566
Andkou. — Anderab. — Kh'anats d'Ankoï , de Meïmaneh , de
Khoulm 567
Khanat de Koundouz. — District de Talikhan t . . 568
Khanats de Dcrvazeh, de Koulab, d*Abi-gherm, de Ramid. —
les GhaUchas 569
Tableau approximatif des tribus turcomanes qui habitent à Forient
de la mer Caspienne ( d'après M. Mouravîev ) r . . 57 1
Tableaux de la population des principaux États du Turkestan. . . 573
Tableau des positions astronomiques de quelques uns des princi-
paux lieux du Turkestan 574
FIV DE LA TABLE DU TOME HUITIEME.
ADDITIONS.
OBSERVATIONS
FAITES RÉCEMMENT DANS L'ASIE-MINEURE.
PAR M. C. TEXIER,
CHABCÉ FAR LK OOCrERNEMENT rSANÇA» c'BxrLORKR CETTE CnKTRGK y
SOUS LE RAPPORT DR l'uISTOIRR , DK» AHTIQUU ÉS ET DKS SCIRNCK.V,
PACHALIR D*ANADOLI.
Antiquités. M. C. Texier vient de reconnaître Fantiqae
Azania^ que quelques auteurs nomment Azaniuniy ville
de la Phrygie. On y voit encore un théâtre, un temple
d'ordre ionique , un gymnase , des ponts , des basiliques en
marbre dans le plus bel état de conservation. Cette an-
cienne cité, qui a été visitée récemment par M. Keppel,
n'est plus qu'un misérable village dont le nom moderne
Azani rappelle encore le nom antique.
M. Texier a retrouvé, en allant à Angora, la nécropole
des rois phrygiens, située dans un terriain volcanique.
L'architecture de ces tombeaux, les inscriptions grecques
et phrygiennes, rendent cette découverte fort intéressante
pour l'histoire , l'archéologie et les langues de l'Asie-
Mineure.
Géologie. La géologie de l'Asie-Mineure est très-peu
connue : M. Fontanier a publié en 1829 quelques ob-
servations relatives aux parties qu'il a visitées; M. Texier
en a iiiit de nouvelles. Il a observé de superbes volcans
dans la Phrygie brûlée, des soulèvemens trachytiques à
Kara-Hissary à Serri-Hissar et à Angora. Le bassin de
Koutaïeh est crayeux. Le Sakaria dirige son cours rapide
588 ADDITIONS.
et sinueux au milieu d'un dépôt argileux. Isnik ou Nicée
est sur le calcaire alpin; Ismid ou Nicomédie est sur le
grès rouge, passant à la grauwachey c'est-à-dire au psam-
mite ou grès micacé, dans les vallées.
« J'ai vu , dit M. Texier, peu d'exemples d'épanchemens
« de trachytes aussi beaux que ceux de Kara-Hissar ( le
« château noir); ce sont huit îlots placés au milieu d'une
« plaine unie et disposés circulairement suivant deux lignes
u concentriques. J'ai relevé un plan de cette ville et dessiné
« tous les rochers à la chambre claire. J'en fais de même
« partout où je trouve des formations intéressantes; pour
« les échantillons, j'en recueille peu, à caiîse de l'extrême
« difficulté du transport. »
PACH..4.LIK DE KONI£H.
Antiquités. M. Texier annonce avoir trouvé, près de
l'ancienne Tdnia^xv Cappadoce, les restes d'une ville an-
tique inconnue aux géographes , dont la superficie est plus
grande que celle de Paris, et dont le palais est grand
comme une ville. Près de là il a découvert un monument
qui doit être antérieur à Hérodote et qui contient plus
de soixante figures colossales armées et vêtues. Le sujet de
ces sculptures paraît êtreM'entrevue de deux puissans sou-
verains de l'Asie , parmi lesquels on reconnaît distinctement
le grand roi de Perse.
M. Texier a relevé, dessiné, mesuré et décrit tous ces
monumens.
( Communication faite à l* Académie des Sciences de
r Institut y dans sa séance du 24'noifembre i834 j /^«^ M. Du'
reau de la Malle. — Voyez le Journal de t Institut du 26
novembre. )
N. B. Les Corrections relatives à ce tome Vlll paraitront dans le
tome IX.
DO NOT CIRCULATTE
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